Archives par mot-clé : richesse

LAISSEZ-MOI L’EXTASE -POEME EMILY DICKINSON (1885) Take all away from me, but leave me Ecstasy

POEME D’EMILY DICKINSON
LITTERATURE AMERICAINE

*******

 

EMILY DICKINSON
December 10, 1830 – May 15, 1886
10 décembre 1830 – 15 mai 1886
Amherst, Massachusetts




Traduction – Translation

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

French and English text
texte bilingue français-anglais

Take all away from me, but leave me Ecstasy
****

*********




LAISSEZ-MOI L’EXTASE
****

*****

1885

********

Take all away from me, but leave me Ecstasy,
Retirez-moi tout, mais laissez-moi l’Extase,
 And I am richer then than all my Fellow Men —
Et plus riche que tous mes Semblables  je deviendrai –
 Is it becoming me, to dwell so wealthily,
Pourquoi vivre dans l’abondance
When at my very Door are those possessing more,
Quand à ma Porte ceux qui possèdent tant
 In boundless poverty?
Sont dans une abjecte pauvreté ?




 

***************

POEME D’EMILY DICKINSON

LA FILLE D’AFFAIRES de J.H. Rosny Aîné – UNE FEMME DANS LE VENT DE LA FINANCE

 J.-H. ROSNY Aîné
La Fille d’affaires

 Une Femme dans
le vent de la finance

Bienvenue dans le monde des affaires !

On y trouve de l’argent, des faillites, des rires et des pleurs.

« Le monde redoutable des affaires » dépasse en intensité tout ce que vous trouverez dans le plus terrible des films d’action. Oubliez la puissance nocturne d’un Lovecraft et plongeons –nous dans les arcanes de ce monde terrifiant. C’est J.-H Rosny Aîné qui nous y entraîne. Comme dans sa Guerre du Feu, nous pénétrons dans un univers hostile. Tenons-nous bien la main.

UN MONDE DE REQUINS !
PLUS TERRIBLE QUE LA GUERRE DU FEU !

Les plus sensibles, s’abstenir. Ce monde de requins déchiquète tout sur son passage. Après ce paragraphe, vous ne pourrez plus revenir en arrière. Sinon, mal préparé, vous serez seul contre cette multitude de prédateurs affamés, sans morale.

Vous traverserez en un temps record ce monde hostile d’une violence inouïe et apprendrez en quelques minutes ce que les professionnels apprennent pendant des années. Nous allons comprimer le temps. Des années vont devenir des secondes. Et, comme dans Lovecraft, mais nous n’y sommes pas, le temps n’aura plus vraiment d’importance. Nous sortons de notre dimension de terriens, pour atterrir sur celle des affairistes et des vendeurs en tous genres.

LES PLUS HABILES SE FONT PINCER !

Un aperçu de la terrifiante odyssée : voilà comment le père de Denise réagit quand il apprend que celle-ci veut se lancer dans le monde des affaires. « Mais, malheureuse, comment saurais-tu ce que sont les affaires ! Il faut des années et des années pour y voir un peu clair…et les plus habiles se font pincer…Une jeune fille ! Personne ne te prendra au sérieux… », « Pendant plusieurs minutes, il plongea dans un tel chaos qu’il lui fut impossible de proférer une parole. Puis, sa fureur s’affaissa d’un bloc. »

Suivons Denise et essayons d’être habile parmi les plus habiles…

JE VEUX DES AFFAIRES !
MON ROYAUME POUR UNE AFFAIRE !

Tous crient : à moi, l’argent ! À moi, les affaires ! Une course s’engage contre la montre. De l’argent avant toute chose, et pour cela préfère la vitesse, sans psychologie inutile. C’est la bousculade indescriptible. Le départ est lancé. Gare aux retardataires !  « Allons au but…Je voudrais faire des affaires. » lance Denise devant son père décontenancé. S’imagine-t-elle un seul instant où elle met les pieds. Son père, lui, sait où elle s’embarque et que le trajet ne sera pas de tout repos ; lui, qui au bord de la faillite se démène comme un forçat.

NOUS NE SOMMES PLUS MYTHOLOGIQUES

Début du XXème. Un nouveau siècle commence et les statues des anciens tombent. Lechat (Les Affaires sont les affaires d’Octave Mirbeau) finit de liquider ce qui reste de l’ancienne noblesse. Il soumet le vicomte et s’amuse à l’humilier en public, il savoure la déconfiture financière et le démantèlement de son voisin le duc avec délectation.  Denise de Rocheverne, l’héroïne de La Fille d’affaires de J.-H Rosny Aîné, précise à la question « Qui donc n’est pas mythologique ? », « nous ne le sommes plus, fit-elle froidement. »

LE TEMPS COÛTE CHER. IL N’A MÊME JAMAIS COÛTE AUSSI CHER

Ce changement dans le siècle est spectaculaire. Il est même foudroyant. Tout va vite et doit aller vite. « Le temps coûte cher ! Il n’a même jamais coûté aussi cher » appuie M Goulard, le conseiller du vicomte Guillaume de Rocheverne. Tout paraît trop lent. Ils le savent la richesse vient à celui qui se positionne le mieux, qui prend le premier les meilleurs paris. « Vous vous imaginez que vous allez faire fortune comme si vous jouiez à la roulette. Cela arrive…tout arrive…Mais il faut un tel concours de circonstances ! » (Pierre Goulard à Denise)

JE VEUX QU’ELLE SOIT RICHE… RICHEEEEEE!

Le temps ne va pas assez vite, il faut le dépasser. Ils crient tous, ensemble : nous voulons être les plus riches. « Voyant alors Denise pensive et lumineuse, il se dit : «  « je veux qu’elle soit riche…riche ! » …depuis huit ans, il essayait de rétablir, par des « affaires », une fortune que ses passions avaient écornée. Malgré la guerre, les spéculations avaient été pires que les femmes. »

L’action. Le futur. Il y a Denise qui symbolise les affaires, l’énergie, la détermination, « elle lui tendit la main en le regardant bien en face »,  la vitesse, la beauté, « il demeura un moment rêveur, encore sous le charme des grands yeux hardis »,  la surprise, l’anticipation, la nouveauté. C’est un rouleau compresseur qui envoûte et déstabilise ; « maintenant qu’elle était partie, la surprise reprenait plus forte et il ne comprenait guère qu’il eût cédé à la volonté de cette jeune créature. »

TU ES SEMBLABLE A CES HOMMES
QUI PARTAIENT SUR UNE CARAVELLE

La réflexion. Le passé. Il y a Arsène de Jurandot, son oncle, le scientifique. C’est le temps long, la réflexion, les hypothèses, confirmer ses résultats, ne pas s’affoler. Arsène, passe « sa vieillesse à collectionner les coléoptères dont il avait d’innombrables cadavres ».

Denise a choisi son mode d’action. Il lui faut donc agir. Mais comment ? Quand la jeunesse apporte aussi son manque de connaissance et d’expérience. Il faut donc se jeter. D’abord se pro-jeter.  Et de ces projets, ne pas hésiter à se lancer, comme lors des grandes découvertes sur le Nouveau Monde. « Tu es semblable à ces hommes qui partaient sur une caravelle, vers les terres inconnues…Ils ne savaient pas très bien où ils allaient ; leur destin les traînait et gonflait leurs voiles autant que le vent du large… » (Arsène à Denise)

IL Y A TANT DE VOIES NOUVELLES …

Denise l’a bien compris. Il faut prendre le temps dès ses premiers rebonds et anticiper. Elle ne doit même pas attendre et monter au filet, comme dans une partie de tennis. Et la première anticipation passe par l’émancipation. Devenir libre pour librement investir. « Je vous assure, reprit doucement la jeune fille, que l’émancipation serait très utile au développement de mon caractère et de mon activité …je voudrais aussi pouvoir me livrer à certaines occupations sans sentir aucune contrainte. » Il faut lâcher le fauve dans l’arène de la finance. Gare aux brebis égarées. « Je veux tâcher de me libérer, ma mère…il y a maintenant toute espèce de voies nouvelles. »

UN MONDE DE COMBINAISONS
ET D’ALGORITHMES

Le monde n’a plus que faire de l’irrationnel. Il faut du concret et du sens. Et surtout le feu sacré pour supporter cette accélération dans le temps. « Il (Jacques Vérone) l’écoutait avec une surprise croissante, presque scandalisé par l’énergie de la jeune fille, attristé par sa logique.» De multiples possibilités, un choix de produits de plus en plus conséquent, nos affairistes se transforment en logisticiens et en mathématiciens : « à travers des combinaisons nombreuses, les mêmes calculs revenaient, obstinément, et, coup sur coup, Rocheverne avala trois petits verres. » Des nombres à profusion, des océans de chiffres à analyser. Celui qui les comprendra deviendra immensément riche. Pour le moment, Rocheverne semble s’y noyer. « Alors un grand dédain souleva sa poitrine ; il se sentit la force de dominer la fortune ; il entrevit les flots de cette richesse qui devaient lui permettre de se gausser même de Pierre Goulard. »

Il faut savoir démêler le bon du gâteux, l’opportunité à la mauvaise affaire. Tout se dit, ainsi que son contraire. L’argent vient vite et part aussi très vite. Notre Lechat dans les Affaires sont les affaires n’avait-il pas déjà encaissé deux faillites. Pas mieux pour les Rocheverne : « elle continuait à songer aux embuches qui menacent les faibles créatures. La ruine du père, presque certaine, pouvait finir par un drame lamentable. »

JE VOIS TOUS LES JOURS DES IMPRUDENTS QUI S’EMBOURBENT

Et après l’euphorie de l’enrichissement rapide, arrive le temps des désillusions. Les pertes s’entassent. Les dégâts sont importants. Il reste peu d’élus. « Vous croyez qu’il est facile de faire des affaires…et peut-être auriez-vous eu raison, il y a un ou deux ans. Mais les temps sont passés. Les affaires sont redevenues difficiles et périlleuses. Je vois tous les jours des imprudents qui s’embourbent…Les ruines vont devenir fréquentes, les succès rares…Méfiez-vous, mademoiselle ! » Avertit Pierre Goulard.

C’EST L’ENFER MA FILLE !

Pour réussir, il faut savoir être vorace. Comment être vorace et  accepter cette violence ? Il faut faire sauter le verrou. En fait, la vie ne se résume-t-elle pas à ingérer, avaler encore et  encore du vivant. Notre machine ne peut survivre qu’à cette condition. Sinon, c’est mourir. C’est Arsène, l’oncle scientifique qui le lui apprend. « C’est l’enfer, ma fille ! Songe à ce que toi, délicieuse fille des hommes, tu manges de chair dans une année, à tout ce qui meurt pour que tes petites dents broient des côtelettes, des biftecks, des blancs de volaille…Songe à ce qu’on extermine de bœufs, de moutons, de poules, de chevreuils, de lièvres, de perdrix, de bécasses pour tes semblables …à ce que les bêtes carnivores massacrent dans la forêt…Ma petite fille, chacun de nos gestes mène à un meurtre. Qu’y faire ? C’est hideux et inévitable, et je rabâche en te le répétant ! »

ELLE PRESENTAIT UNE ÂME MALLEABLE ET SOUMISE

Pour réussir, il faut aussi s’assembler avec ses semblables.  Le choix des collaborateurs est donc de toute première importance. Le choix du partenaire financier est à cette condition. Ainsi  que celui du partenaire dans la vie intime. Mais dans la ressemblance nécessaire, la force doit prévaloir au chef. Les autres sont de la même étoffe. Mais d’une étoffe qui rehaussera le prestige du décideur. De la soumission est donc attendue. Le chef doit rester le chef et ne pas risquer se faire déposséder ou découronner un jour. Le plus important reste que les élus demeurent loyaux, indéfectiblement. « Dans la lumière pâlissante, il fut séduisant, enveloppé de vêtements délicats, la peau aussi fine que celle de Denise, les yeux ardents et ombrageux d’une bête de race Elle pressentait une âme malléable, fidèle et soumise qui, selon les influences, devait se corrompre ou s’épurer. Son destin dépendait des autres. Sous un chef héroïque, il serait un soldat sans reproche…une ambiance loyale le ferait loyal».

LA SPECULATION COMME UN PIS-ALLER

Il faut alors résister aux adversités. Avoir un tempérament hors du commun. Relativiser les échecs et les jours fastes. Réguler son tempérament. Le choix des affaires demeurent pour l’essentiel une prise de risques avec une multitude d’aléas. « La vie de Denise subit une crise fatale…Cependant, bonne joueuse, elle ne dépassait pas une température moyenne d’exaltation ou de dépression. » Pour résister à la violence des chocs, autant avoir la sagesse de commencer dans des eaux moins furibondes. Il faut savoir choisir son terrain de jeu. Il vaut mieux être le roi des navigateurs sur le lac de Genève, qu’un noyé écervelé dans le grand bain des océans déchaînés. « Au fond, elle considérait la spéculation pure comme un pis-aller, le seul moyen pour elle de tenter la fortune. Sa vocation véritable, à ce qu’elle imaginait, était le grand négoce, où la stabilité et l’aléa se balancent, où l’organisation est essentielle. »

DANS LES SOUBRESAUTS DE LA BOURSE

Mais la base reste la connaissance des marchés. Avoir l’information afin d’être décisif. Comprendre les chiffres et les faire parler avec une recherche personnelle et des algorithmes décisifs. Il faut donc plonger dans les données. « Cependant, elle travaillait, si cela peut se dénommer un travail ; elle étudiait avec persévérance des périodiques commerciaux, elle analysait les soubresauts des cours et, chaque fois qu’elle le pouvait, elle consultait Goudard ».

ELLE PASSAIT DANS LE MONDE COMME UNE OMBRE

Il ne faut bien entendu se disperser. Il faut se concentrer sur un but et s’y tenir. Oublier tout ce qui peut nous divertir. Comme dans la tempête déchaînée ou perdu dans la forêt, il faut savoir garder un cap et continuer, toujours tout droit. « Dans cette période, elle se désintéressait de tous les actes et de tous les vœux qui ne se rattachaient pas à ses projets. Jacques Vérone se perdait dans une brume ; elle passait dans le monde comme une ombre ».  Les affaires sont chronophages, il n’y a pas de temps pour les futilités. « Denise, qui n’aimait pas la poésie, et encore moins les poètes, n’avait guère écouté. »

Savoir écouter, se concentrer sur son cap. Sans oublier l’essentiel à tous les moments. Mais le plus important de tout : Il faut posséder du bon sens. « Ah ! Vous avez une volonté effrayante… – J’ai tout au plus un peu de bon sens ! »

Mais, malgré tous ces conseils, rappelez-vous une dernière chose :
  « il y a toujours du jeu dans les affaires et que la veine est canaille. »

Jacky Lavauzelle