Archives par mot-clé : prologue

LA FLÛTE DES VERTEBRES de MAÏAKOVSKI – Le Prologue – Флейта-позвоночник

Флейта-позвоночник

LA FLÛTE DES VERTEBRES DE MAÏAKOVSKI


русский поэт- Poète Russe
русская литература
Littérature Russe
 

 





 

Владимир Владимирович Маяковский
Vladimir Maïakovski

1893-1930

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE
стихотворение Лермонтова

 




 Poème de Vladimir Maïakovski

LA FLÛTE DE VERTEBRES
Флейта-позвоночник
1915
PROLOGUE – пролог

**

За всех вас,
A vous toutes,
которые нравились или нравятся,
qui aiment ou qui avez aimé,
хранимых иконами у души в пещере,
Icônes stockées dans une caverne de l’âme,
как чашу вина в застольной здравице,
Comme une coupe de vin à boire lors d’un toast,…



 




*******

Poème de Vladimir Maïakovski
LA FLÛTE DES VERTEBRES
PROLOGUE
1915




LA FLÛTE DES VERTEBRES DE MAÏAKOVSKI

LE CAVALIER DE BRONZE POUCHKINE prologue МЕДНЫЙ ВСАДНИК

МЕДНЫЙ ВСАДНИК
Poèsie de Pouchkine

Poème de Pouchkine
1833


Alexandre Pouchkine
русский поэт- Poète Russe
русская литература
Littérature Russe
ALEXANDRE POUCHKINE
Poésie de Pouchkine

pushkin poems
стихотворение  – Poésie
  Пушкин 

 

 

POUCHKINE – Пу́шкин
Алекса́ндр Серге́евич Пу́шкин
1799-1837

[создатель современного русского литературного языка]

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

 

LA POESIE DE POUCHKINE

СТИХИ АЛЕКСАНДРА СЕРГЕЕВИЧА ПУШКИНА
Пушкин 


МЕДНЫЙ ВСАДНИК
ВСТУПЛЕНИЕ
1833

 LE CAVALIER DE BRONZE
Prologue
1833

 

  1833
Le Cavalier de Bronze
Пушкин 

Vas.Surikov. Bronze Horseman on the Senate Square. Rusian Museum

Le Cavalier de bronze
Vassily Ivanovitch Sourikov
Василий Иванович Суриков

*

ПРЕДИСЛОВИЕ
AVANT-PROPOS

Происшествие, описанное в сей повести, основано на истине.
L’incident décrit dans cette histoire est basé sur des faits réels. Подробности наводнения заимствованы из тогдашних журналов.
Les détails de l’inondation sont empruntés à des magazines contemporains.
Любопытные могут справиться с известием, составленным В. Н. Берхом.
Les curieux peuvent se référés aux nouvelles compilées par  V.N. Berhe.

ВСТУПЛЕНИЕ
PROLOGUE

На берегу пустынных волн
Sur la rive des vagues désolées,
Стоял он, дум великих полн,

Il était là, dans de si grandes pensées,…

DISPONIBLE SUR AMAZON

Печален будет мой рассказ.
Mais qu’elle est triste mon histoire.

 

*****

 Poésie de Pouchkine
LE CAVALIER DE BRONZE
Prologue
1833
Пушкин 

LA POÉSIE D’ALEXANDRE POUCHKINE – поэзия Александра Пушкина

 *******
Алекса́ндр Серге́евич Пу́шкин
Alexandre Pouchkine
русский поэт- Poète Russe
русская литература
Littérature Russe

poemes-de-alexandre-pouchkine-artgitatopushkin-alexander

ALEXANDRE POUCHKINE
******
стихотворение  – Poésie
*******************

 

 

POUCHKINE – Пу́шкин
Алекса́ндр Серге́евич Пу́шкин
1799-1837

[создатель современного русского литературного языка]

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

LA POESIE D’ALEXANDRE POUCHKINE

СТИХИ АЛЕКСАНДРА СЕРГЕЕВИЧА ПУШКИНА 

Pouchkine en 1810, alors âgé de 11 ans.
Aquarelle de Serguei Gavrilovich Tchirikoff
Сергей Гаврилович Чириков
(1776—1853)

1811
Pouchkine s’inscrit au lycée Tsarskoïe Selo
(25 km de Saint-Pétersbourg).
Царское Село
Porte le nom de Pouchkine

****

1814
La famille Pouchkine emménage à Saint-Pétersbourg après la fin des Guerres napoléoniennes, en 1814.
Pouchkine a consacré son temps libre à la littérature et, en 1814, à quinze ans, il a déjà publié pour la première fois son poème « À un ami poète » dans la revue « Le Messager de l’Europe ». Ces vers, déclamés lors d’un examen de passage, lui valent l’admiration du poète Gavrila Derjavine.

****

1811-1817
Amitié avec les futurs décembristes. L’Insurrection décabriste, ou insurrection décembriste, prendra la forme, une dizaine d’années plus tard environ, d’une tentative de coup d’État militaire (Saint-Pétersbourg, en décembre 1825) afin d’obtenir une constitution du Tsar Nicolas Ier.

***************

Любопытный
CURIEUX
1814

— Что ж нового? «Ей-богу, ничего».
  – Quoi de neuf ? « Par Dieu, rien. »
— Эй, не хитри: ты верно что-то знаешь.
  « Hé, quoi ! tu sais que quelque chose ! »

**

К НАТАШЕ
A NATACHA 
1814

Вянет, вянет лето красно;
L’été écarlate se flétrit ;
Улетают ясны дни;
Les beaux jours désormais s’envolent ;

**

РОЗА
UNE ROSE
1815

Где наша роза?
Où est notre rose ?
Друзья мои!
Mes amis!

une-rose-pouchkine-poeme-artgitato-the-roses-of-heliogabalus-les-roses-dheliogabale

*

ИСТИННА
La Vérité
1816

Издавна мудрые искали
Les sages depuis longtemps recherchent
Забытых Истинны следов
 Les pistes de la vérité oubliée

la-verite-pouchkine-artgitato-la-verite-jules-joseph_lefebvre

*

Екатерина Пучкова
SUR CATHERINE POUTCHKOVA
1816

Зачем кричишь ты, что ты дева,
Pourquoi criez-vous que vous êtes vierge,
На каждом девственном стихе?
A chaque verset virginal ?

*

LE RÉVEIL
Пробуждение
1816

Мечты, мечты,
Rêves ! Ô mes rêves !
Где ваша сладость?
Où sont tes douceurs ?

*

В альбом
L’Album
1817

Пройдет любовь, умрут желанья;
Passe l’amour, meurt le désir ;
Разлучит нас холодный свет;
La lumière froide nous sépare ;

*

К НЕЙ
Pour Elle
1817

В печальной праздности я лиру забывал,
Dans ma triste oisiveté, j’en ai oublié ma lyre,
Воображение в мечтах не разгоралось,
L’imagination dans mes rêves s’est éteinte,

К Чаадаеву
Pour Tchaadaïev
1818

Любви, надежды, тихой славы
Amour, espoir, majestueuse gloire
Недолго нежил нас обман,
Un court instant vous nous avez trompé,

pour-tchaadaiev-pouchkine-1818-artgitato-2

*

Мечтателю
LE RÊVEUR
1818

Ты в страсти горестной находишь наслажденье;
Tu trouves du plaisir dans une triste passion,
Тебе приятно слезы лить,
Tu te montres joyeux en versant des larmes,

*

Выздоровление
GUÉRISON
1818 

Тебя ль я видел, милый друг?
Est-ce toi que j’ai vue, tendre amie ?
Или неверное то было сновиденье,
Ou n’était-ce qu’un faux rêve

*

 Уединение
Intimité
1819

Блажен, кто в отдаленной сени,
Béni soit celui qui, sous l’ombre d’un porche,
Вдали взыскательных невежд,
Loin des sagaces ignorants,

intimite-pouchkine-poeme-1819-artgitato-arkhip-kouindji-1901-les-bouleaux

*

Веселый пир
Soirées Festives
1819

Я люблю вечерний пир,
J’adore la fête le soir,
 Где веселье председатель,
Lorsque préside les lieux

soirees-festives-pouchkine-artgitato-jacob-jordaens-le-roi-boit-vers-1640-bruxelles-musees-royaux-des-beaux-arts-de-belgique*

Возрождение
LA RENAISSANCE DU GÉNIE
1819

Художник-варвар кистью сонной
Un artiste barbare brosse, lime
Картину гения чернит
Et détruit l’image laissée par un génie

*

TIEN & MIEN
1818 – 1819

«Твой и мой, — говорит Лафонтен —
« Tien et mien, — dit La fontaine —
Расторгло узы всего мира». —
Du monde a rompu le lien. » —
Что до меня, я этому отнюдь не верю.
Quant à moi, je n’en crois rien.
Что было бы, моя Климена,
Que serait ce, ma Climène,
Если бы ты больше не была моей,
Si tu n’étais plus la mienne,
Если б я больше не был твоим?
Si je n’étais plus le tien ?

(Texte en français par Pouchkine et publié en 1884)

**********

Rouslan et Ludmila
Parution en 1820
écrit à la façon d’un conte de fées épique
Par
Prosper Mérimée
« cet essai frisait la témérité« 

« Il obtint un succès plus légitime et dont il n’avait pas à rougir, en publiant vers 1820 le poème de Rousslan et Lioudmila. C’est encore une imitation, mais plus habile et d’après un original d’une autorité moins contestable. Il s’inspira de l’Arioste et surtout de Voltaire, dont la langue et l’esprit lui étaient plus familiers. Comme ses maîtres, il est gai, gracieux, élégamment ironique. En faveur de l’imitation, les Aristarques du temps lui montrèrent quelque indulgence ; ils y virent une preuve de modestie digne d’encouragement ; ils eussent été impitoyables peut-être pour une œuvre originale. À Rome autrefois, on n’aurait osé écrire en latin qu’en s’abritant sous l’autorité d’un Grec. À Saint-Pétersbourg, les lettrés exigeaient qu’on copiât un type français ou allemand. Aujourd’hui ce qui nous paraît le plus à remarquer dans Rousslan et Lioudmila, c’est un essai d’emprunter aux croyances populaires de la Russie des ressorts moins usés que ceux de la mythologie grecque, hors lesquels en 1820 il n’y avait pas de salut. Alors cet essai frisait la témérité, tant était grande l’intolérance classique. »

Prosper Mérimée
Portraits historiques et littéraires
Michel Lévy frères
1874

*********

Редеет облаков летучая гряда
ASTRE TRISTE, ASTRE DU SOIR !
1820

Редеет облаков летучая гряда.
En file, les nuages s’évadent vers les sommets.
Звезда печальная, вечерняя звезда!

Astre triste, astre du soir !

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Astre-triste.jpg.

**

Мне бой знаком
J’aime la bataille
Avril 1820 –  Апрель 1820

Мне бой знаком — люблю я звук мечей;
J’aime la bataille et le bruit des épées ;
От первых лет поклонник бранной славы,
Dès mes premières années, fasciné par les gloires guerrières,







*

Зачем безвременную скуку
Pourquoi cet ennui ?
1820

Зачем безвременную скуку
Pourquoi cet ennui prématuré
 Зловещей думою питать,
Qui attise de si noires pensées,

*****

1820
Ses poèmes sont jugés séditieux.
Pouchkine est condamné à l’exil en Ukraine à Iekaterinoslav
par Alexandre Ier.

******

на гр. Ф. И. Толстого
Sur Fiodor Tolstoï
1820

В жизни мрачной и презренной
Dans sa vie, noire et méprisable
Был он долго погружен,
Il a longtemps sombré,

sur-fiodor-tolstoi-pouchkine-artgitato-poeme-de-1820

**

Pour la fille de Karađorđe
ou
Pour la fille de Karageorges 
Дочери Карагеоргия
1820

Гроза луны, свободы воин,
Guerrier de la liberté, foudroyant la lune des Turcs,
Покрытый кровию святой,
Couvert du sang d’un saint,

**

 – Мой друг –
LES TRACES DES ANNÉES PASSÉES
(Les Muses)
1821

‎Мой друг, забыты мной следы минувших лет
Mon amie, j’ai oublié les traces des années passées
И младости моей мятежное теченье.
Et le parcours rebelle de ma jeunesse.

**

Я пережил свои желанья
J’AI SURVÉCU A MES DÉSIRS
1821

Я пережил свои желанья,
J’ai survécu à mes désirs,
Я разлюбил свои мечты;
J’ai cessé d’aimer mes rêves ;

**

Муза
La Muse
1821

В младенчестве моем она меня любила
Dès mon enfance, elle m’a aimé,
И семиствольную цевницу мне вручила.
Et la cithare à sept cordes me tendit.
la-muse-pouchkine-artgitato-nicolas-poussin-linspiration-du-poete-niedersachsisches-landesmuseum

*

ДРУЗЬЯМ
A des Amis
1822

Вчера был день разлуки шумной,
Hier fut le jour d’une bruyante séparation,
Вчера был Вакха буйный пир,
Hier fut le lieu d’une exubérante bacchanale,
a-nos-amis-1822-poeme-de-pouchkine-la-jeunesse-de-bacchus-william-bouguereau-1884

*****

1823
Pouchkine commence son roman en vers
« Eugène Onéguine« ,
achevé en octobre 1831

******

сеятель
Le Semeur
1823

Свободы сеятель пустынный,
Semeur de liberté dans le désert,
Я вышел рано, до звезды;
Je suis sorti tôt à la belle étoile ;

le-semeur-poeme-de-pouchkine-jean-francois-millet-1850-vincent-van-gogh-1889

*

Телега жизни
LE CHAR DE LA VIE
1823

Хоть тяжело подчас в ней бремя,
Bien que son fardeau soit lourd,
Телега на ходу легка;
La manœuvre reste toujours aisée ;

*

ВИНОГРАД
LE RAISIN
1824

Не стану я жалеть о розах,
Je ne me sens pas triste pour les roses,
Увядших с лёгкою весной;
 Qui flétrissent à la lumière printanière ;
le-raisin-pouchkine-artgitato-jean-baptiste-simeon-chardin-raisins-et-grenade-1763-le-louvre

*

АКВИЛОН
L’AQUILON
1824

Зачем ты, грозный аквилон,
Pourquoi, aquilon menaçant,
Тростник прибрежный долу клонишь?
Fouetter les roseaux de la terre ?

********

Les Adieux de Pouchkine à la mer
Toile de Ilia Répine et Ivan Aïvazovski
(1887)

********

К морю
A la mer
1824

Прощай, свободная стихия!
Adieu, élément libre !
В последний раз передо мной
Pour la dernière fois devant moi

*

ЗИМНИЙ ВЕЧЕР 
Soirée d’hiver
1825

Буря мглою небо кроеть,
La tempête fracasse le ciel couvert,
Вихри снежные крутя ;
Tourbillonne la neige en torsion ;

*

 ЖЕЛАНИЕ СЛАВЫ
Le Désir de Gloire
1825

Когда, любовию и негой упоенный,
Quand, enivré d’amour et de bonheur,
Безмолвно пред тобой коленопреклоненный,
À genoux devant toi, silencieux,

*

СОЖЖЕННОЕ ПИСЬМО
La Lettre brûlée
1825

Прощай, письмо любви! прощай: она велела.
Adieu, lettre d’amour ! adieu : elle le veut ainsi.
Как долго медлил я! как долго не хотела
J’ai tant attendu ! tout ce temps, ma main

*

В крови горит огонь желанья
Le Feu du désir

В крови горит огонь желанья,
Le feu du désir brûle mon sang consumé,
Душа тобой уязвлена,
Et laisse mon âme épuisée 

*

Я помню чудное мгновенье
LA VIE ET LES LARMES ET L’AMOUR
1825

Я помню чудное мгновенье:
Je me souviens de ce moment merveilleux :
Передо мной явилась ты,
Tu étais devant moi

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Aivazovsky_-_Portret_of_wife_Anna_Burnazyan-Sarkisova.jpg.*

poésie de Pouchkine

**********

1826
UN HOMME DANGEREUX
AUX POÈMES SÉDITIEUX

« Nous en trouvons l’explication dans une lettre que Joukowsky lui adressait, à Michailowskoïe, en 1826 : « Tu n’es mêlé à aucune affaire, cela est vrai, mais on a trouvé tes poèmes dans les papiers de tous ceux qui ont agi ; c’est un mauvais moyen de rester en bons termes avec le gouvernement. » Ainsi, pour ne jamais avoir déserté le terrain littéraire et s’être tenu à l’écart de la politique proprement dite, Pouchkine n’en était pas moins un homme dangereux. Il l’était peut-être plus que ceux que l’on avait emprisonnés et envoyés en Sibérie, car son influence était occulte, impalpable et fuyante. S’il n’existait aucune preuve tangible de sa culpabilité, son nom se rattachait cependant indiscutablement au parti libéral et, par-là même, au parti révolutionnaire. Ses poèmes séditieux, souvent mordants et satiriques, passaient sous forme de manuscrits de mains en mains, beaucoup d’inculpés politiques, parmi lesquels se comptaient les plus grands noms de la Russie, avouaient aux juges avoir été fortement influencés par les œuvres de Pouchkine. Nicolas Ier s’en souvint toute sa vie. Il ne cessa d’exercer une surveillance étroite sur le poète et sur ses œuvres. Trop intelligent pour ne point reconnaître la valeur réelle de Pouchkine, il y mit assez de formes pour ne point frapper le s poète, tout en se méfiant de l’homme. Il ne l’exila point comme avait fait son père ; au contraire, il exigea sa présence constante dans la capitale d’où Pouchkine ne put que rarement s’échapper. De cette manière, aucun de ses faits et gestes ne restait inconnu à la police. D’autre part, l’Empereur le délivra dès 1826 du joug officiel de la censure et se constitua son seul et unique censeur. Cette décision, qui avait les apparences d’une grâce » exceptionnelle, n’était, au fond, qu’un suprême moyen de contrôle. »
Le duel et la mort de Pouchkine
Hélène Iswolsky
Revue des Deux Mondes
Tome 56
1920

***********

8 septembre 1826
Pouchkine rentre d’exil par ordre de Nicolas Ier
Il sera reçu par Nicolas Ier.

************




ПРОРОК
Le Prophète
1826

Духовной жаждою томим,
Tourmenté par la soif spirituelle,
В пустыне мрачной я влачился, —
Dans un sombre désert je me traînais-

Le Prophète Alexandre Pouchkine Peinture de Sokolov Traduction Artgitato

********

LE PROPHÈTE
PAR
PROSPER MÉRIMÉE

« Je terminerai par une pièce d’un tout autre caractère qui, de même que l’Antchar, a eu le malheur d’être prise par la censure pour un dithyrambe révolutionnaire. Aujourd’hui l’une et l’autre sont imprimées dans toutes les éditions récentes de Pouchkine. Elle est intitulée le Prophète.  « Tourmenté d’une soif spirituelle, j’allais errant dans un sombre désert, et un séraphin à six ailes m’apparut à la croisée d’un sentier. De ses doigts légers comme un songe, il toucha mes prunelles ; mes prunelles s’ouvrirent voyantes comme celles d’un aiglon effarouché ; il toucha mes oreilles, elles se remplirent de bruits et de rumeurs, et je compris l’architecture des cieux et le vol des anges au-dessus des monts, et la voie des essaims d’animaux marins sous les ondes, et le travail souterrain de la plante qui germe. Et l’ange, se penchant vers ma bouche, m’arracha ma langue pécheresse, la diseuse de frivolités et de mensonges, et entre mes lèvres glacées sa main sanglante mit le dard du sage serpent. D’un glaive il fendit ma poitrine et en arracha mon cœur palpitant, et dans ma poitrine entrouverte il enfonça une braise ardente. Tel qu’un cadavre, j’étais gisant dans le désert, et la voix de Dieu m’appela : Lève-toi, prophète, vois, écoute, et parcourant et les mers et les terres, brûle par la Parole les cœurs des humains. »

Prosper Mérimée
Portraits historiques et littéraires
Michel Lévy frères
1874

*******************

A MA NOURRICE
Няне 
1826

******

Pouchkine en 1827
peinture d’Oreste Kiprensky
Орест Адамович Кипренский
Galerie Tretiakov
Государственная Третьяковская галерея
Moscou

******

27 janvier 1827
Interrogatoire de Pouchkine
par le chef de la police de Moscou
pour son poème
« André Chénier ».

*********

В степи мирской
LES TROIS SOURCES
1827

В степи мирской, печальной и безбрежной,
Dans les steppes de ce monde banal, triste et sans bornes,
Таинственно пробились три ключа:
Mystérieusement trois sources ont apparu :

*

QUE DIEU VOUS AIDE
19 октября 1827

19 octobre 1827

Бог помочь вам, друзья мои,
Que Dieu vous aide, mes amis,
В заботах жизни, царской службы,
Dans les soucis de la vie,

19-octobre-1827-pouchkine-20-octobre-1827-bataille-de-navarin

*

Во глубине сибирских руд
BAGNARDS DE SIBÉRIE
1827

Во глубине сибирских руд
Dans les profondeurs des mines de Sibérie
Храните гордое терпенье,
Restez fier, soyez patient,

*

Aнчар
L’ANTCHAR
1828

В пустыне чахлой и скупой,
Dans le désert, désolé et aride,
На почве, зноем раскаленной,
Un terrain, une chaleur torride,

*

Друзьям
A MES AMIS
1828

Нет, я не льстец, когда царю
Non, je ne suis pas du tsar un adulateur
Хвалу свободную слагаю:
Quand je le loue librement,

*

Réponse à Pavel Katenine
Ответ Катенину
1828

Напрасно, пламенный поэт,
En vain, ô fougueux poète,
Свой чудный кубок мне подносишь
Tu m’apportes ta merveilleuse coupe

*************

1829
1er mai 1829  départ pour l’armée active dans le Caucase
Juin 1829 – Pouchkine à Tiflis – Tbilissi (actuellement capitale de la Géorgie)
27 juin 1829 – Pouchkine lors de la prise d’Erzurum.
En 1829, la ville d’Erzurum (aujourd’hui située en Turquie) tombe aux mains des russes qui l’abandonnèrent aussitôt.

*********

Я вас любил
Je vous aimais
1829

Я вас любил : любовь еще, быть может,
Je vous aimais : cet amour, peut-être,
В душе моей угасла не совсем;
Dans mon cœur, n’est pas tout à fait encore éteint ;

*




Дон
LE DON
1829

Блеща средь полей широких,
 Il s’étale sur les larges prairies,
Вон он льётся!.. Здравствуй, Дон!
Là, il coule ! .. Bonjour à toi, Don !

le-don-pouchkine-poeme-de-1829-artgitato-cosaques-du-don-timbre-russe-2010

*

Приметы
PRESAGES
1829

Я ехал к вам: живые сны
Je suis allé à vous : des rêves vifs
 
За мной вились толпой игривой,
 Espiègles, m’envahissaient,

*

Когда твои младые лета
1829
UN VÉRITABLE AMI

Когда твои младые лета
Lorsque tu es malade
Позорит шумная молва,
De la honteuse rumeur

*

ЭЛЕГИЯ 
ELEGIE
1830

Безумных лет угасшее веселье
Les joies passées de ma jeunesse débridée
Мне тяжело, как смутное похмелье.
Me sont aujourd’hui pénibles, telle une gueule de bois.

*




poésie de pouchkine

*

1830
SONNET
L’austère Dante ne méprisait pas le sonnet
Суровый Дант не презирал сонета

Суровый Дант не презирал сонета;
L’austère Dante ne méprisait pas le sonnet ;
 
В нем жар любви Петрарка изливал;
Pétrarque y versait ses éclairs d’amour ;

*

Что в имени тебе моём?
MON NOM
1830

Что в имени тебе моём?
Qu’est-ce que mon nom pour toi ?
Оно умрёт, как шум печальный
Ce nom va mourir, comme le triste bruit

*

 Поэту
AU POETE
1830

Поэт! не дорожи любовию народной.
Poète ! Détache-toi de l’amour d’autrui
Восторженных похвал пройдет минутный шум;
Les louanges ne sont qu’un bruit que la minute efface

*

1830
карантин
Quarantaine
La Russie subit une épidémie de choléra pendant l’automne 1830
(3 mois d’isolement pour Pouchkine du 3 septembre 1830 et le 5 décembre 1830 à Boldino)
Il arrive dans sa propriété pour organiser les affaires immobilières, puis il reste par obligation de quarantaine imposée par les autorités.
Cette période correspond à ce que l’on a appelé l’Automne de Boldino, une propriété familiale, (Бо́лдинская о́сень).
Cette période fut très intense pour le poète. Il y terminera Eugène Onéguine.
Boldino se trouve à environ 600 kilomètres à l’est de Moscou, aujourd’hui dans l’oblast de Nijni Novgorod (Нижний Новгород).
Il écrira notamment le poème ci-dessous Румяный критик мой, librement renommé ici LA QUARANTAINE AU TEMPS DU CHOLÉRA.

*

 Румяный критик мой
LA QUARANTAINE AU TEMPS DU CHOLÉRA
1830

Румяный критик мой, насмешник толстопузый,
Mon critique aux joues vermeilles, moqueur au ventre repu,
Готовый век трунить над нашей томной музой,
Toujours prêt à taquiner notre muse langoureuse,

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Choléra.jpg.
Illustration « Le Petit Journal »
 supplément illustré du 1er décembre 1912.
Le choléra en Russie

*

Бесы
DÉMONS
1830

Мчатся тучи, вьются тучи;
Les nuages se précipitent, les nuages planent ;
Невидимкою луна
Sous l’invisible lune

*

ДОМИК В КОЛОМНЕ
La Petite Maison de Kolomna
1830

I L’OCTAVE & L’OCTOSYLLABE II LA RIME VERBALE III LES SYLLABES SOLDATES IV Syllabes féminines et masculines V TAMERLAN & NAPOLÉON

*******

LA PETITE MAISON DE KOLOMNA
(La Petite Maison dans la Kolomna)
Par Prosper Mérimée

« La Petite Maison dans la Kolomna et le Comte Nouline sont deux charmants petits tableaux du même genre, non moins gracieux que leur devancier. Sauf la forme des vers et le ton général de la composition, Pouchkine n’a rien dérobé à lord Byron. Ses caractères sont bien russes et pris sur la nature. La Petite Maison dans la Kolomna chante les tribulations d’une bonne veuve, mère d’une jolie fille, en quête d’une servante à tout faire. Il s’en présente une, grande, robuste, un peu gauche et maladroite, mais qui prend les gages qu’on lui offre. La fille de la maison est d’ailleurs fort empressée à la mettre au fait et l’aide de son mieux. Un jour, la veuve est prise, pendant la messe, d’un pressentiment que sa bonne fait quelque sottise dans le ménage : elle rentre en hâte, et la trouve devant un miroir en train de se raser. »

Prosper Mérimée
Portraits historiques et littéraires
Michel Lévy frères, 1874

***************

18 février 1831
mariage avec Natalia Gontcharova
Natalia Nikolaïevna Gontcharova
Наталья Николаевна Гончарова
( – )


Natalia Gontcharova par Alexandre Brioullov
Алекса́ндр Па́влович Брюлло́в
En 1831

Le 25 mai 1831, ils déménagement à Tsarskoïe Selo.
En octobre 1831, ils s’installent à Saint-Pétersbourg

******

LE MARIAGE DE POUCHKINE
AVEC NATALIA

…Telle était la situation de Pouchkine à l’époque de son mariage, qui fut célébré à Moscou le 18 février 1831. Il avait trente-deux ans. Sa fiancée, Nathalie Nicolaievna Goncharowa, en avait dix-huit. Très épris de cette belle et jeune personne, Pouchkine ne restait pas moins sceptique au sujet de son bonheur. Ses fiançailles furent longues et pénibles et la famille Goncharoff ne témoignait que peu d’empressement pour le projet de cette union. Mme Goncharowa, mère, occupée surtout de la dot de sa fille, cherchait sans cesse querelle à son futur gendre. Quant à la jeune fille, elle se montrait aussi passive, aussi indifférente que Pouchkine était ardent et impatient.
« Quel cœur doit-elle donc avoir ? s’écriait Pouchkine ; il est armé d’une écorce plus dure que celle du chêne. » Jamais, dès ses premières rencontres avec Nathalie, Pouchkine ne se sentit aimé ou même apprécié par cette énigmatique et froide fiancée qui, en réponse à ses plus tendres épîtres, lui écrivait des lettres « grandes comme une carte de visite
Le duel et la mort de Pouchkine
Hélène Iswolsky
Revue des Deux Mondes
Tome 56
1920

********

Эхо
L’ECHO
1831

Ревёт ли зверь в лесу глухом,
Que ce soit à travers le rugissement de la forêt,
Трубит ли рог, гремит ли гром,
Du son du cor ou du tonnerre,
lecho-pouchkine-artgitato-arkhip-kouindji-clair-de-lune-dans-une-foret-en-hiver

**

Красавица
Une Beauté
1832
Елены Завадовской – Elena Zavadovskaya

Всё в ней гармония, всё диво,
Tout en elle est harmonie, tout est miracle,
Всё выше мира и страстей;
Au-dessus de toutes les passions, elle trône ;poeme-de-pouchkine-1832-elena-mikhailovna-zavadovskaya

**

poésie de Pouchkine

**

LE CAVALIER DE BRONZE
МЕДНЫЙ ВСАДНИК
1833

Vas.Surikov. Bronze Horseman on the Senate Square. Rusian Museum

ПРЕДИСЛОВИЕ
L’avant propos

Происшествие, описанное в сей повести, основано на истине.
L’incident décrit dans cette histoire est basé sur des faits réels.

ВСТУПЛЕНИЕ
PROLOGUE

**

Стою печален на кладбище
AU CIMETIERE
1834

Стою печален на кладбище.
Debout, je suis triste, là dans le cimetière.
Гляжу кругом — обнажено
Je regarde tout autour de moi – nue

**

Пора, мой друг, пора! покоя сердце просит
IL EST TEMPS, MON AMIE, IL EST TEMPS !
1834

Пора, мой друг, пора! покоя сердце просит —
Il est temps, mon amie, il est temps ! Le cœur désire la paix-
Летят за днями дни, и каждый час уносит
Les jours s’envolent et chaque heure prend

**

Пред мощной властью красоты
Par la forte puissance de la beauté
1835

Я думал, сердце позабыло
Je pensais :  mon cœur a oublié
Способность лёгкую страдать,
La facile capacité de souffrir,

**

Пир Петра Первого
Fête de Pierre Premier
1835

Над Невою резво вьются
Au-dessus de la Néva espiègle, se tordent
 Флаги пёстрые судов;
Les drapeaux de navires bariolés ;

**

1835
ПЕСНИ ЗАПАДНЫХ СЛАВЯН
LES CHANSONS DES SLAVES DE L’OUEST

**
17 poèmes

**

7
Похоронная песня Иакинфа Маглановича

CHANT DE MORT

С Богом, в дальнюю дорогу!
Que Dieu t’accompagne dans ce voyage !
А Путь найдешь ты, слава Богу.
Et que tu trouves ta voie, par la grâce de Dieu

**

10
СОЛОВЕЙ
LE ROSSIGNOL

Соловей мой, соловейко,
Mon rossignol, mon petit rossignol
Птица малая лесная!
Petit oiseau forestier !

**

13
Вурдалак

LE MORT-VIVANT

Трусоват был Ваня бедный:
Vanya était un pauvre lâche:
Раз он позднею порой,
Une nuit, très tard,

**

16
КОНЬ
LE CHEVAL

«Что ты ржешь, мой конь ретивый,
«Pourquoi hennis-tu, mon beau cheval zélé ?
Что ты шею опустил,
Pourquoi baisses-tu ainsi ton encolure ?

****

29 mars 1836
décès de la mère de Pouchkine, Nadejda Pouchkina
Надежда Осиповна Пушкина
( — 

Deuil éprouvant pour Pouchkine qui venait juste de se réconcilier avec sa mère.

****

1836

 Денис Васильевич Давыдов
A DENIS DAVYDOV

  Тебе, певцу, тебе, герою!
Toi, le chanteur, toi, le héros!
Не удалось мне за тобою
Je n’aurais pas pu te suivre

a-denis-davydov-poesie-de-pouchkine-artgitato

************

Georges-Charles de Heeckeren d’Anthès
Beau-frère de Pouchkine
(mariage le 10 janvier 1837 avec la sœur de Natalia, Ekaterina Nikolaïevna Gontcharova  Екатерина Николаевна Гончарова (1809 -1843)


Duel le 8 février 1837
Mort le 10 février 1837 à 37 ans

Le duel Pouchkine – d’Anthès
le 8 février au soir
par Alexey Avvakumovich Naumov

*************

LE DUEL ET LA MORT DE POUCHKINE
par
Hélène Iswolsky

Mais il y eut aussi un autre Pouchkine, celui des dernières années, un Pouchkine sombre et triste, déchiré par la vie. Bien avant de recevoir la blessure qui devait l’emporter, il avait été meurtri, frappé mortellement au point le plus sensible de sa libre conscience de poète ; le drame intime de Pouchkine, et c’est ici qu’il s’éloigne de Lensky, ne fut pas essentiellement un drame d’amour ; le mal était plus grave et plus cruel et se rattachait à toutes les fibres de son âme. Son génie, sa fière indépendance, étaient touchés autant et plus peut-être que son cœur. Cette histoire complexe et douloureuse des dernières années du grand poète ne fut jamais complètement déchiffrée ; ses biographes récents s’y sont attachés avec un intérêt croissant. M. Stchegoleff, qui a consacré à Pouchkine plusieurs volumes d’une grande probité historique et de la plus haute valeur, a étudié minutieusement les faits et les documents se rattachant à cette époque. Il a eu, notamment, le privilège de puiser dans les archives d’un Français, le très distingué conservateur du Musée des Arts décoratifs de Paris ; M. Louis Metmann est en effet l’arrière-petit-fils du gentilhomme alsacien, le baron Georges d’Anthès Heckeren, dont la main porta le coup meurtrier à Alexandre Pouchkine….
Le duel et la mort de Pouchkine
Hélène Iswolsky
Revue des Deux Mondes
Tome 56
1920

**************

Natalia Gontcharova par Ivan Makarov
Ива́н Кузьми́ч Мака́ров
en 1849

*****

Georges de Heeckeren d’Anthès
Vers 1878
Peint par Carolus-Duran
D’Anthès prit le nom de Georges-Charles de Heeckeren, après accord du roi des Pays-Bas par lettre du 

***********

Depuis le 6 février 1837
La tombe de Pouchkine se trouve dans le Monastère Sviatogorski ou
Monastère Sviatogorski de la Dormition de la Vierge Marie
Святогорский Свято-Успенский монастырь
Oblast de Pskov – Пско́вская о́бласть
(Proche de la Lettonie, de l’Estonie et de la Biélorussie.)
Le monastère a été fondé en 1569, sous ordre d’Ivan le Terrible.
 

***************
Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
****************

VILLA BORGHESE – ROME
Вилла Боргезе в Риме
Monumento a Alexander Pushkin
MONUMENT A ALEXANDRE POUCHKINE
Памятник А.С.Пушкину

Monumento a Alexander Pushkin - MONUMENT A ALEXANDRE POUCHKINE-artgitato Villa borghese Rome Roma 2

*****************

PUSHKIN POEMS
LA POESIE DE POUCHKINE

 **********

POUCHKINE ET LE MOUVEMENT LITTERAIRE EN RUSSIE DEPUIS QUARANTE ANS (I)
par Charles de Saint-Julien

*

poésie de pouchkine

POUCHKINE ET LE MOUVEMENT LITTERAIRE EN RUSSIE DEPUIS QUARANTE ANS (II)

*

poésie de pouchkine

POUCHKINE ET LE MOUVEMENT LITTERAIRE EN RUSSIE DEPUIS QUARANTE ANS (III)

***************

LA POESIE DE POUCHKINE

********

LES JUGEMENTS DE Tolstoï
SUR LES POEMES DE POUCHKINE

Ayons donc pleine confiance dans le jugement du comte Tolstoï sur les poèmes de Pouchkine, son compatriote ! Croyons-le, encore, quand il nous parle d’écrivains allemands, anglais, et scandinaves : il a les mêmes droits que nous à se tromper sur eux. Mais ne nous trompons pas avec lui sur des œuvres françaises dont le vrai sens, forcément, lui échappe, comme il échappera toujours à quiconque n’a pas, dès l’enfance, l’habitude de penser et de sentir en français ! Je ne connais rien de plus ridicule que l’admiration des jeunes esthètes anglais ou allemands pour tel poète français. Verlaine, par exemple, ou Villiers de l’Isle-Adam. Ces poètes ne peuvent être compris qu’en France, et ceux qui les admirent à l’étranger les admirent sans pouvoir les comprendre. Mais il ne résulte pas de là, comme le croit le comte Tolstoï, qu’ils soient absolument incompréhensibles. Ils ne le sont que pour lui, comme pour nous Lermontof et Pouchkine. Ce sont des artistes : la valeur artistique de leurs œuvres résulte de l’harmonie de la forme et du fond : et si lettré que soit un lecteur russe, si parfaite que soit sa connaissance de la langue française, la forme de cette langue lui échappe toujours.

Léon Tolstoï
Qu’est-ce que l’art ?
Traduction par T. de Wyzewa.
 Perrin, 1918
pp. i-XII

**********

poésie de Pouchkine

KHALIL GIBRAN LE PROPHETE – THE PROPHET – 1923

 

KHALIL GIBRAN
Littérature Libanaise
Lebanese literature
le-prophete-khalil-gibran-fred-holland-day-1898Photographie de Fred Holland Day
1898





جبران خليل جبران
Gibran Khalil Gibran
1883–1931
le-prophete-khalil-gibran-the-prophete-n

 

Traduction Jacky Lavauzelle

 

 

THE PROPHET
LE PROPHETE
1923

 

1
Prologue
The Coming of the Ship
L’arrivée du bateau

Almustafa, the chosen and the beloved, who was a dawn onto his own day, had waited twelve years in the city of Orphalese for his ship that was to return and bear him back to the isle of his birth.
Almustafa, l’élu, le bien-aimé, qui était à l’aube de cette journée particulière, avait attendu douze ans dans la ville d’Orphalese son navire qui devait le porter sur l’île où il naquit.





prologue-du-prophete-khalil-gibran-artgitato-vassily-kandinsky-1926-plusieurs-cercles-several-circles

**

2
Love
L’Amour

Then said Almitra, « Speak to us of Love. »
Ensuite, Almitra demanda  : « Parle-nous de l’amour. »

le-prophete-ii-amour-love-khalil-gibran-artgitato-self-portrait-auto-portrair-1887-1888-vincent-van-gogh

*

3
Marriage
Le Mariage

Then Almitra spoke again and said, « And what of Marriage, master? »
Puis Almitra parla de nouveau et dit: «Et que dis-tu du mariage, maître ?« 

marriage-le-mariage-le-prophete-the-prophet-khalil-gibran-silva-porto-artgitato




*

4
Children
Les Enfants

And a woman who held a babe against her bosom said, « Speak to us of Children. »
Et une femme qui tenait un bébé contre son sein dit : «Parle-nous des enfants.« 

children-khalil-gibran-les-enfants-jean-baptiste-greuze-lenfant-gate-1765-saint-petersbourg-musee-de-lermitage

*

5
Giving
Le Don

Then said a rich man, « Speak to us of Giving. »
Puis un homme riche demanda : « Parle-nous du Don. »

giving-khalil-gibran-artgitato-van-dyck-16-18-saint-martin-partageant-son-manteau

*

6
Eating and Drinking
Le Manger et le Boire

Then an old man, a keeper of an inn, said, « Speak to us of Eating and Drinking. »
Puis un vieil homme, le gardien d’une auberge, dit : «Parle-nous du manger et du boire.« 

eating-and-drinking-khalil-gibran-artgitato-le-dejeuner-dhuitres-jean-francois-de-troy-1735-musee-conde-chantilly

*

7
Work
Le Travail

Then a ploughman said, « Speak to us of Work. »
Puis le laboureur dit : « Parle-nous du Travail. »

the-prophet-khalil-gibran-le-prophete-artgitato-gustave-caillebotte-the-floor-planers-les-raboteurs-de-parquet

*




*

8
Joy and Sorrow
La Joie et la Tristesse

Then a woman said, « Speak to us of Joy and Sorrow. »
Puis une femme demanda : « Parle-nous de la Joie et de la Tristesse. »

joy-and-sorrow-le-prophete-viii-the-prophet-khalil-gibran-joie-et-tristesse

*

9
Houses
Les Maisons

Then a mason came forth and said, « Speak to us of Houses. »
Ensuite, un maçon sortit et dit : «Parle-nous des maisons. »

the-prophet-khalil-gibran-houses-les-maisons-artgitato-caspar-david-friedrich

*

10
Clothes
Contre les Vêtements

And the weaver said, « Speak to us of Clothes. »
Et le tisserand dit : «Parle-nous des vêtements. »

contre-les-vetements-khalil-gibran-clothes-artgitato-the-prophet-le-prophete

*

11
Buying and Selling
Vendre et Acheter

And a merchant said, « Speak to us of Buying and Selling. »
Et un marchand dit : «Parle-nous des Achats et des Ventes. »
buying-and-selling-khalil-gibran-artgitato-lenseigne-de-gersaint-antoine-watteau-1720

*

12
Crime and Punishment
Le Crime et le Châtiment

Then one of the judges of the city stood forth and said, « Speak to us of Crime and Punishment. »
Ensuite, l’un des juges de la ville surgit et dit : « Parle-nous du Crime et du Châtiment. »

crime-and-punishment-khalil-gibran-artgitato-david-et-goliath-daniele-da-volterra-musee-du-louvre-paris

*

13
Laws
Les Lois

Then a lawyer said, « But what of our Laws, master? »
Ensuite, un juriste demanda : «Mais que peux-tu dire de nos Lois, maître? »

laws-khalil-gibran-les-lois-artgitato-lavocat-honore-daumier

*

14
On Freedom
La Liberté

And an orator said, “Speak to us of Freedom.”
Et un orateur demanda : « Parle-nous de la Liberté. »

on-freedom-khalil-gibran-la-liberte-artgitato-eugene-delacroix-1830-la-liberte-guidant-le-peuple




*

15
On Reason and Passion
La Raison et la Passion

And the priestess spoke again and said: Speak to us of Reason and Passion.
Et la prêtresse parla à nouveau et dit : « Parle-nous de la Raison et de la Passion.« 

on-reason-and-passion-khalil-gibran-artgitato-dessins-de-charles-le-brun

*

16
On Pain
La Souffrance

And a woman spoke, saying, « Tell us of Pain. »
Et une femme prit la parole en demandant : « parle-nous de la souffrance. »
on-pain-khalil-gibran-sur-la-souffrance-artgitato-eugene-delacroix-le-massacre-de-scio

*

17
On Self-knowledge
La Connaissance de Soi

And a man said, Speak to us of Self-Knowledge.
Et un homme demanda : »Parle-nous de la connaissance de soi. »

khalil-gibran-on-the-self-knowledge-sur-la-connaissance-de-soi-artgitato-auguste-rodin-les-mains

*

18
On Teaching
L’Enseignement

Then said a teacher, « Speak to us of Teaching. »
Puis un professeur demanda : « Parle-nous de l’Enseignement. »

on-teaching-khalil-gibran-sur-lenseignement-artgitato-hippolyte-flandrin-jeune-homme-assis

*

19
Friendship
L’Amitié

And a youth said, « Speak to us of Friendship. »
Et un jeune homme demanda : « Parle-nous de l’amitié. »

friendship-khalil-gibran-sur-lamitie-arearea-paul-gauguin-1892

*

20
Talking
La Parole

And then a scholar said, « Speak of Talking. »
Et puis un savant demanda : « Parle-nous de la Parole. »
talking-khalil-gibran-la-parole-artgitato-ciceron-demasque-catilina-tableau-de-cesare-maccari

*

21
TIME
Le Temps

And an astronomer said, « Master, what of Time? »
Et un astronome demanda : « Maître, que peux-tu nous dire sur le Temps ? »

time-khalil-gibran-sur-le-temps-artgitato-les-vieilles-francisco-de-goya

*

22
Good & Evil
Le Bien et le Mal

And one of the elders of the city said, « Speak to us of Good and Evil. »
Et l’un des anciens de la ville demanda : «Parle-nous du Bien et du Mal. »

good-and-evil-khalil-gibran-artgitato-le-bien-et-le-mal-victor-orsel

*

23
PRAYER
La Prière

Then a priestess said, « Speak to us of Prayer. »
Puis une prêtresse demanda : « Parle-nous de la Prière. »
prayer-khalil-gibran-the-prophet-la-priere-le-prophete-artgitato-jean-francois-millet-langelus

*

24
PLEASURE
Le Plaisir

Then a hermit, who visited the city once a year, came forth and said, « Speak to us of Pleasure. »
Puis un ermite, qui visitait la ville une fois par an, s’approcha et demanda : « Parle-nous du Plaisir. »

pleasure-khalil-gibran-le-plaisir-artgitato-moissons-en-provence-1888-van-gogh

*

25
BEAUTY
Sur La Beauté

And a poet said, « Speak to us of Beauty. »
Et le poète demanda : « Parle-nous de la Beauté. »
beauty-khalil-gibran-artgitato-la-beaute-gustav-klimt-le-baiser

*

26
RELIGION
La Religion

And an old priest said, « Speak to us of Religion. »
Et un vieux prêtre demanda : « Parle-nous de la Religion. » religion-khalil-gibran-artgitato-the-prophet-le-prophete-meister-von-meskirch-benoit-de-nursie-dans-la-grotte

*

27
DEATH
La Mort

Then Almitra spoke, saying, « We would ask now of Death. »
Puis Almitra parla en demandant : « Nous voudrions maintenant que vous parliez de la Mort. »

death-khalil-gibran-la-mort-artgitato-le-triomphe-de-la-mort-peinture-de-pieter-brueghel-lancien-1562

*

28
The Farewell
L’Adieu
Épilogue

And now it was evening.
Et maintenant le soir était tombé.

And Almitra the seeress said, « Blessed be this day and this place and your spirit that has spoken. »
Et Almitra, la voyante, dit : « Béni soit ce jour, béni soit ce lieu et béni ton esprit qui a parlé. »

***********************

LE PROPHETE KHALIL GIBRAN – THE PROPHET – 1923

LE PROLOGUE DU PROPHETE : KHALIL GIBRAN

Le Prologue du Prophète
KHALIL GIBRAN
Littérature Libanaise
Lebanese literature
le-prophete-khalil-gibran-fred-holland-day-1898Photographie de Fred Holland Day
1898





جبران خليل جبران
Gibran Khalil Gibran
1883–1931
le-prophete-khalil-gibran-the-prophete-n

 

 

THE PROPHET
LE PROLOGUE DU PROPHETE
1923




Traduction Jacky Lavauzelle

1
Prologue
The Coming of the Ship
L’arrivée du bateau

prologue-du-prophete-khalil-gibran-artgitato-vassily-kandinsky-1926-plusieurs-cercles-several-circles

Vassily Kandinsky
Plusieurs cercles – Several Circles – 1926

******

Le Prologue du Prophète

Almustafa, the chosen and the beloved, who was a dawn onto his own day, had waited twelve years in the city of Orphalese for his ship that was to return and bear him back to the isle of his birth.
Almustafa, l’élu, le bien-aimé, qui était à l’aube de cette journée particulière, avait attendu douze ans dans la ville d’Orphalese son navire qui devait le porter sur l’île où il naquit.

And in the twelfth year, on the seventh day of Ielool, the month of reaping, he climbed the hill without the city walls and looked seaward; and he beheld the ship coming with the mist.
Et la douzième année, le septième jour d’Ielool, le mois des récoltes, il grimpa la colline hors des murs de la ville et regarda vers la mer ; et il vit le navire qui arrivait avec la brume.

Then the gates of his heart were flung open, and his joy flew far over the sea. And he closed his eyes and prayed in the silences of his soul.
Puis les portes de son cœur s’ouvrirent totalement, et sa joie vola loin sur la mer. Il ferma ensuite les yeux et pria dans les silences de son âme.

But he descended the hill, a sadness came upon him, and he thought in his heart:
Mais quand il descendit la colline, une tristesse vint à lui, et il pensa dans son cœur :

How shall I go in peace and without sorrow? Nay, not without a wound in the spirit shall I leave this city.




Comment irai-je en paix et sans douleur ? Non, sans une blessure dans mon esprit, je ne quitterai pas cette ville.

Long were the days of pain I have spent within its walls, and long were the nights of aloneness; and who can depart from his pain and his aloneness without regret?
Qu’ils étaient longs les jours de douleur que j’ai passés dans ses murs, et longues les nuits de solitude ; et qui, qui peut écarter de sa douleur et de sa solitude sans regret ?

Too many fragments of the spirit have I scattered in these streets, and too many are the children of my longing that walk naked among these hills, and I cannot withdraw from them without a burden and an ache.
Trop de fragments de l’esprit se sont dispersés dans ces rues, et trop nombreux sont les enfants de mon désir qui marchent nus parmi ces collines, et je ne peux pas ainsi les en retirer sans que cela devienne un fardeau et une douleur.

It is not a garment I cast off this day, but a skin that I tear with my own hands.
Ce n’est pas un vêtement que je retire ce jour, mais bien une peau que je déchire de mes propres mains.

Nor is it a thought I leave behind me, but a heart made sweet with hunger and with thirst.
Ni une pensée que je laisse derrière moi, mais un cœur attendri par la faim et par la soif.

Yet I cannot tarry longer.
Pourtant, je ne peux pas rester plus longtemps.

The sea that calls all things unto her calls me, and I must embark.
La mer qui appelle toutes choses à elle me réclame, et je dois embarquer.

For to stay, though the hours burn in the night, is to freeze and crystallize and be bound in a mould.
Rester à travers ces heures qui brûlent dans la nuit, reviendrait à se congeler et à se cristalliser et se rouler dans un moule.

Fain would I take with me all that is here. But how shall I?
Je voudrais bien prendre avec moi tout ce qui est ici. Mais comment faire ?

A voice cannot carry the tongue and the lips that give it wings. Alone must it seek the ether.
Une voix ne peut porter la langue et les lèvres qui lui donnent des ailes. Seule, elle atteindra l’éther.

And alone and without his nest shall the eagle fly across the sun.
Et seul et sans son nid, l’aigle volera à travers le soleil.

Now when he reached the foot of the hill, he turned again towards the sea, and he saw his ship approaching the harbour, and upon her prow the mariners, the men of his own land.
Maintenant, alors qu’il atteignit le pied de la colline, il se retourna à nouveau vers la mer, et il vit son navire approchant du port, et sur sa proue les marins, les hommes de sa propre terre.

And his soul cried out to them, and he said:
Et son âme cria vers eux, et il  dit:







Sons of my ancient mother, you riders of the tides,
Fils de mon ancienne mère, vous survolez les marées,

How often have you sailed in my dreams. And now you come in my awakening, which is my deeper dream.
Combien de fois avez-vous navigué dans mes rêves. Et maintenant vous pénétrez dans mon éveil, qui est mon rêve le plus profond.

Ready am I to go, and my eagerness with sails full set awaits the wind.
Prêt je le suis à partir, et mon impatience a sorti ses voiles qui attendent dans le vent.

Only another breath will I breathe in this still air, only another loving look cast backward,
Une dernière inspiration de cet air calme et serein, un dernier regard aimant derrière moi,

Then I shall stand among you, a seafarer among seafarers.
Alors je serai parmi vous, un marin parmi les marins.

And you, vast sea, sleepless mother,
Et toi, vaste mer, mère éveillée,

Who alone are peace and freedom to the river and the stream,
Qui seule offre paix et liberté à la rivière et au ruisseau,

Only another winding will this stream make, only another murmur in this glade,
Ce ruisseau dessinera une autre sinuosité, un autre murmure dans cette clairière,

And then shall I come to you, a boundless drop to a boundless ocean.
Et puis je viendrai à toi, une chute sans limite dans un océan sans bornes.

And as he walked he saw from afar men and women leaving their fields and their vineyards and hastening towards the city gates.
Et en marchant, il vit au loin des hommes et des femmes quittant leurs champs et leurs vignes et se hâtant vers les portes de la ville.

And he heard their voices calling his name, and shouting from the field to field telling one another of the coming of the ship.
Et il entendit leurs voix qui l’appelaient, et qui criaient, de champ en champ, pour annoncer la venue du navire.

And he said to himself:
Et il se dit :

Shall the day of parting be the day of gathering?
Le jour de la séparation sera-t-il le jour de la collecte ?

And shall it be said that my eve was in truth my dawn?
Et mon crépuscule sera-t-il en vérité mon aurore ?

And what shall I give unto him who has left his plough in midfurrow, or to him who has stopped the wheel of his winepress?
Et que dois-je donc donner à celui qui a laissé sa charrue au milieu du sillon, ou à celui qui a arrêté la roue de son pressoir ?

Shall my heart become a tree heavy-laden with fruit that I may gather and give unto them?
Mon cœur doit-il devenir un arbre lourdement chargé de fruits, que je puisse les cueillir et leur donner ?

And shall my desires flow like a fountain that I may fill their cups?
Et mes désirs doivent-ils couler comme une fontaine, que je puisse verser dans leurs coupes ?

Am I a harp that the hand of the mighty may touch me, or a flute that his breath may pass through me?
Suis-je une harpe que la main du puissant puisse me toucher, ou une flûte que son souffle puisse passer à travers moi ?

A seeker of silences am I, and what treasure have I found in silences that I may dispense with confidence?
Suis-je un chercheur de silences, et quel trésor ai-je trouvé dans les silences que je puisse dispenser avec confiance ?

If this is my day of harvest, in what fields have I sowed the seed, and in what unrembered seasons?
Si ceci est mon jour de récolte, dans quels domaines ai-je semé la graine, et dans quelles saisons oubliées ?

If this indeed be the hour in which I lift up my lantern, it is not my flame that shall burn therein.
Si cette heure est réellement celle où je lève ma lanterne, ce n’est pas ma flamme qui doit y brûler.

Empty and dark shall I raise my lantern,
Vide et sombre, je soulèverai ma lanterne,

And the guardian of the night shall fill it with oil and he shall light it also.
Et le gardien de la nuit devra la remplir avec de l’huile et il l’allumera aussi.

These things he said in words. But much in his heart remained unsaid. For he himself could not speak his deeper secret.
Ces choses furent dites en paroles. Mais beaucoup resta son cœur. Car il ne pouvait pas faire parler son secret le plus profond.

And when he entered into the city all the people came to meet him, and they were crying out to him as with one voice.
Et quand il entra dans la ville, tout le peuple vint à sa rencontre, et ils criaient vers lui comme d’une seule voix.

And the elders of the city stood forth and said:
Et les anciens de la cité s’avancèrent et dirent :

Go not yet away from us.
Ne pars pas encore !

A noontide have you been in our twilight, and your youth has given us dreams to dream.
Vous étiez une lumière dans notre crépuscule, et votre jeunesse nous a donné des rêves à rêver.

No stranger are you among us, nor a guest, but our son and our dearly beloved.
Parmi nous, vous n’êtes pas un étranger, pas plus un invité, mais notre fils et notre bien-aimé.

Suffer not yet our eyes to hunger for your face.
Que nos yeux n’aient pas faim pour votre visage.

And the priests and the priestesses said unto him:
Et les prêtres et les prêtresses lui dirent :

Let not the waves of the sea separate us now, and the years you have spent in our midst become a memory.
Ne laissez pas les vagues de la mer nous séparer maintenant, et les années que vous avez passées avec nous devenir un souvenir.

You have walked among us a spirit, and your shadow has been a light upon our faces.
Comme un esprit, vous marchiez parmi nous, et votre ombre a été une lumière sur nos visages.

Much have we loved you. But speechless was our love, and with veils has it been veiled.
Nous vous avons adoré. Mais sans voix était notre amour, voilé de voiles.

Yet now it cries aloud unto you, and would stand revealed before you.
Mais maintenant, il crie vers vous, et il veut se révéler devant vous.

And ever has it been that love knows not its own depth until the hour of separation.
Et l’amour ne connaît sa propre profondeur qu’à l’heure de la séparation.

And others came also and entreated him.
Et d’autres vinrent ausi, et le prièrent.

But he answered them not. He only bent his head; and those who stood near saw tears falling upon his breast.
Mais il ne leur répondit pas. Il baissa la tête, seulement ; et ceux qui se tenait à ses côtés, virent des larmes tomber sur sa poitrine.

And he and the people proceeded towards the great square before the temple.
Et lui et le peuple se dirigèrent vers la grande place devant le temple.

And there came out of the sanctuary a woman whose name was Almitra. And she was a seeress.
Et sortit alors du sanctuaire une femme qui se nommait Almitra. C’était une voyante.

And he looked upon her with exceeding tenderness, for it was she who had first sought and believed in him when he had been but a day in their city.
Et il la regarda avec immense tendresse, car c’était elle qui l’avait d’abord cherché et qui avait cru en lui dès le premier jour dans leur ville.

And she hailed him, saying:
Et elle le salua et dit :

Prophet of God, in quest for the uttermost, long have you searched the distances for your ship.
Prophète de Dieu, en quête d’absolu, longtemps tu as attendu ton vaisseau.

And now your ship has come, and you must needs go.
Et maintenant ton navire est arrivé, et tu dois partir.

Deep is your longing for the land of your memories and the dwelling place of your greater desires; and our love would not bind you nor our needs hold you.
Profonde est ton envie de cette terre de tes souvenirs et de la demeure de tes plus grands désirs ; et notre amour ne te liera pas, ni nos besoins.

Yet this we ask ere you leave us, that you speak to us and give us of your truth.
Pourtant, ce que nous te demandons c’est de nous parler et nous livrer ta vérité.

And we will give it unto our children, and they unto their children, and it shall not perish.
Et nous la donnerons à nos enfants, et eux la donneront à leurs enfants, et ainsi cette vérité ne périra jamais.

In your aloneness you have watched with our days, and in your wakefulness you have listened to the weeping and the laughter of our sleep.
Dans ta solitude, tu as veillé sur nos jours, et dans ton éveil, tu as écouté les pleurs et les rires dans notre sommeil.

Now therefore disclose us to ourselves, and tell us all that has been shown you of that which is between birth and death.
Maintenant, révèle-nous à nous-mêmes, et dis-nous tout ce qui a t’a été montré de ce qui est entre la naissance et la mort.

And he answered,
Et il répondit :

People of Orphalese, of what can I speak save of that which is even now moving within your souls?
Peuple d’Orphalese, de quoi parler sinon de ce qui, aujourd’hui, est en mouvement au sein de vos âmes ?

*******

Le Prologue du Prophète

PROLOGUE POEMES SATURNIENS DE PAUL VERLAINE

POESIE FRANCAISE
PROLOGUE POEMES SATURNIENS

Paul_Verlaine_signature_svg




PAUL VERLAINE
1844-1896

Oeuvre de Paul Verlaine Artgitato Frédéric_Bazille_-_Portrait_de_Paul_Verlaine_comme_une_Troubadour

Portrait de Paul Verlaine en troubadour
Frédérique Bazille
1868
Museum of Art – Dallas




 

*

Œuvres de Paul Verlaine
 


Poèmes Saturniens

PROLOGUE

 

PAUL VERLAINE Son Oeuvre Texte Poésie Artgitato

Tableaux et Caricatures
Gustave Courbet – Eugène Carrière – Frédérique Bazille
Paterne Berrichon – Félix Vallotton – Félix Régamey

*

Prologue Poèmes Saturniens

*

Mikhaïl Vroubel
Séraphin à trois paires d’ailes
Azraël 1904

*

Dans ces temps fabuleux, les limbes de l’histoire,
Où les fils de Raghû, beaux de fard et de gloire,
Vers la Ganga régnaient leur règne étincelant,
Et, par l’intensité de leur vertu, troublant
Les Dieux et les Démons et Bhagavat lui-même,
Augustes, s’élevaient jusqu’au néant suprême,
Ah ! la terre et la mer et le ciel, purs encor
Et jeunes, qu’arrosait une lumière d’or
Frémissante, entendaient, apaisant leurs murmures
De tonnerres, de flots heurtés, de moissons mûres,
Et retenant le vol obstiné des essaims,
Les Poètes sacrés chanter les Guerriers saints,
Ce pendant que le ciel et la mer et la terre
Voyaient — rouges et las de leur travail austère —
S’incliner, pénitents fauves et timorés,
Les Guerriers saints devant les Poètes sacrés !

Une connexité grandiosement calme
Liait le Kchatrya serein au Chanteur calme,
Valmiki l’excellent à l’excellent Rama :
Telles sur un étang deux touffes de padma.

— Et sous tes cieux dorés et clairs, Hellas antique,
De Sparte la sévère à la rieuse Attique,
Les Aèdes, Orpheus, Akaïos, étaient
Encore des héros altiers et combattaient,
Homéros, s’il n’a pas, lui, manié le glaive,
Fait retentir, clameur immense qui s’élève,
Vos échos, jamais las, vastes postérités,
D’Hektôr, et d’Odysseus, et d’Akhilleus chantés.
Les héros à leur tour, après les luttes vastes,
Pieux, sacrifiaient aux neuf Déesses chastes,
Et non moins que de l’art d’Arès furent épris
De l’Art dont une Palme immortelle est le prix,
Akhilleus entre tous ! Et le Laëtiade
Dompta, parole d’or qui charme et persuade,
Les esprits et les cœurs et les âmes toujours,
Ainsi qu’Orpheus domptait les tigres et les ours.

— Plus tard, vers des climats plus rudes, en des ères
Barbares, chez les Francs tumultueux, nos pères,
Est-ce que le Trouvère héroïque n’eut pas
Comme le Preux sa part auguste des combats ?
Est-ce que, Théroldus ayant dit Charlemagne,
Et son neveu Roland resté dans la montagne,

Et le bon Olivier et Turpin au grand cœur,
En beaux couplets et sur un rythme âpre et vainqueur,
Est-ce que, cinquante ans après, dans les batailles,
Les durs Leudes perdant leur sang par vingt entailles,
Ne chantaient pas le chant de geste sans rivaux,
De Roland et de ceux qui virent Roncevaux
Et furent de l’énorme et suprême tuerie,
Du temps de l’Empereur à la barbe fleurie ?

— Aujourd’hui l’Action et le Rêve ont brisé
Le pacte primitif par les siècles usé,
Et plusieurs ont trouvé funeste ce divorce
De l’Harmonie immense et bleue et de la Force.
La Force qu’autrefois le Poète tenait
En bride, blanc cheval ailé qui rayonnait,
La force, maintenant, la Force, c’est la Bête
Féroce bondissante et folle et toujours prête
À tout carnage, à tout dévastement, à tout
Égorgement d’un bout du monde à l’autre bout !
L’Action qu’autrefois réglait le chant des lyres,
Trouble, enivrée, en proie aux cent mille délires
Fuligineux d’un siècle en ébullition,
L’Action à présent, — ô pitié ! — l’Action,
C’est l’ouragan, c’est la tempête, c’est la houle
Marine dans la nuit sans étoiles, qui roule
Et déroule parmi des bruits sourds l’effroi vert
Et rouge des éclairs sur le ciel entr’ouvert !

— Cependant, orgueilleux et doux, loin des vacarmes
De la vie et du choc désordonné des armes
Mercenaires, voyez, gravissant les hauteurs
Ineffables, voici le groupe des Chanteurs
Vêtus de blanc, et des lueurs d’apothéoses
Empourprent la fierté sereine de leurs poses :
Tous beaux, tous purs, avec des rayons dans les yeux,
Et sur leur front le rêve inachevé des Dieux,
Le monde que troublait leur parole profonde,
Les exile. À leur tour ils exilent le monde !
C’est qu’ils ont à la fin compris qu’ils ne faut plus
Mêler leur note pure aux cris irrésolus
Que va poussant la foule obscène et violente,
Et que l’isolement sied à leur marche lente.
Le Poète, l’amour du Beau, voilà sa foi,
L’Azur, son étendard, et l’Idéal, sa loi !
Ne lui demandez rien de plus, car ses prunelles,
Où le rayonnement des choses éternelles
A mis des visions qu’il suit avidement,
Ne sauraient s’abaisser une heure seulement
Sur le honteux conflit des besognes vulgaires,
Et sur vos vanités plates ; et si naguères
On le vit au milieu des hommes, épousant
Leurs querelles, pleurant avec eux, les poussant
Aux guerres, célébrant l’orgueil des Républiques
Et l’éclat militaire et les splendeurs auliques.
Sur la kitare, sur la harpe et sur le luth,
S’il honorait parfois le présent d’un salut

Et daignait consentir à ce rôle de prêtre
D’aimer et de bénir, et s’il voulait bien être
La voix qui rit ou pleure alors qu’on pleure ou rit,
S’il inclinait vers l’âme humaine son esprit,
C’est qu’il se méprenait alors sur l’âme humaine.
— Maintenant, va, mon Livre, où le hasard te mène.

*********
Prologue Poèmes Saturniens

POEMES SATURNIENS (1866) de PAUL VERLAINE (Edition Vanier de 1902)

POESIE FRANCAISE

Paul_Verlaine_signature_svg

PAUL VERLAINE
1844-1896

Oeuvre de Paul Verlaine Artgitato Frédéric_Bazille_-_Portrait_de_Paul_Verlaine_comme_une_Troubadour

Portrait de Paul Verlaine en troubadour
Frédérique Bazille
1868
Museum of Art – Dallas

 

*

Œuvres de Paul Verlaine
 


Poèmes Saturniens
1866

PAUL VERLAINE Son Oeuvre Texte Poésie Artgitato

Tableaux et Caricatures
Gustave Courbet – Eugène Carrière – Frédérique Bazille
Paterne Berrichon – Félix Vallotton – Félix Régamey

*

Paul Verlaine Poèmes Saturniens Artgitato Mikhaïl Vroubel Séraphin à trois paires d'ailes Azraël 1904

Prologue

Dans ces temps fabuleux, les limbes de l’histoire,

**

Melancholia

I
Résignation

Tout enfant, j’allais rêvant Ko-Hinnor,

II
Nevermore

Souvenir, souvenir, que me veux-tu ? L’automne

III
Après trois ans

Ayant poussé la porte étroite qui chancelle,

IV
Vœu

Ah ! les oarystis ! les premières maîtresses !

V
Lassitude

De la douceur, de la douceur, de la douceur !

VI
Mon rêve familier

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant

VII
A une femme

À vous ces vers, de par la grâce consolante

VIII
L’Angoisse

Nature, rien de toi ne m’émeut, ni les champs

*********

Eaux-fortes 

I
Croquis parisien

La lune plaquait ses teintes de zinc

II
Cauchemar

J’ai vu passer dans mon rêve

III
Marine

IV
Effet de nuit

La nuit. La pluie. Un ciel blafard que déchiquette

V
Grotesques

Leurs jambes pour toutes montures,

*****

Paysages tristes 

I
Soleils couchants

Une aube affaiblie

II
Crépuscule du soir mystique

Le Souvenir avec le Crépuscule

III
Promenade sentimentale

Le couchant dardait ses rayons suprêmes

IV
Nuit du Walpurgis classique

C’est plutôt le sabbat du second Faust que l’autre.

V
Chanson d’automne

Les sanglots longs

VI
L’heure du berger

La lune est rouge au brumeux horizon ;

VII
Le rossignol

Comme un vol criard d’oiseaux en émoi,

*****

Caprices 

I
Femme et chatte

Elle jouait avec sa chatte ;

II
Jésuitisme

Le chagrin qui me tue est ironique, et joint

III
La chanson des ingénues

Nous sommes les Ingénues
Aux bandeaux plats, à l’œil bleu,

IV
Une grande dame

Belle « à damner les saints », à troubler sous l’aumusse
Un vieux juge ! Elle marche impérialement.

V
Monsieur Prudhomme

Il est grave : il est maire et père de famille.
Son faux col engloutit son oreille. Ses yeux,

****

INITIUM

Les violons mêlaient leur rire au chant des flûtes,

****

ÇAVITRI

Pour sauver son époux, Çavitri fit le vœu

****

SUB URBE

Les petits ifs du cimetière

****

SERENADE

Comme la voix d’un mort qui chanterait

****

UN DAHLIA

Courtisane au sein dur, à l’œil opaque et brun
S’ouvrant avec lenteur comme celui d’un bœuf,

****

NEVERMORE

Allons, mon pauvre cœur, allons, mon vieux complice,
Redresse et peins à neuf tous tes arcs triomphaux ;

****

IL BACIO

Baiser ! rose trémière au jardin des caresses !
Vif accompagnement sur le clavier des dents

****

DANS LES BOIS

D’autres, ― des innocents ou bien des lymphatiques, ―
Ne trouvent dans les bois que charmes langoureux,

****

NOCTURNE PARISIEN

Roule, roule ton flot indolent, morne Seine. —
Sur tes ponts qu’environne une vapeur malsaine

****

MARCO

Quand Marco passait, tous les jeunes hommes
Se penchaient pour voir ses yeux, des Sodomes

****

CESAR BORGIA

Sur fond sombre noyant un riche vestibule
Où le buste d’Horace et celui de Tibulle

****

LA MORT DE PHILIPPE II

Le coucher d’un soleil de septembre ensanglante
La plaine morne et l’âpre arête des sierras

****

ÉPILOGUE

I

Le soleil, moins ardent, luit clair au ciel moins dense.
Balancés par un vent automnal et berceur,

II

Donc, c’en est fait. Ce livre est clos. Chères Idées
Qui rayiez mon ciel gris de vos ailes de feu

III

Ah ! l’Inspiration superbe et souveraine,
L’Égérie aux regards lumineux et profonds,

**********************

Oeuvre de Paul Verlaine Artgitato Frédéric_Bazille_-_Portrait_de_Paul_Verlaine_comme_une_Troubadour

Plaza de España Madrid PLACE D’ESPAGNE – Площадь Испании – 西班牙广场 –

Madrid – Мадрид – 马德里
——
Plaza de España Madrid

Madrid Blason Artgitato  Madrid L'Ours & L'arbousier Artgitato La estatua del oso y del madroño

Photos Jacky Lavauzelle
*

Madrid Drapeau Artgitato


 Plaza de España
La Place d’Espagne
西班牙广场
Площадь Испании

 

Monumento a Miguel de Cervantes
Monument à Miguel de Cervantes

Lorenzo Coullaut Valera
Sculpeur espagnol
Escultor español
Marchena 1876 – Madrid 1932

Plaza de España Place d'Espagne Madrid Artgitato 000 Plaza de España Place d'Espagne Madrid Artgitato 00 Plaza de España Place d'Espagne Madrid Artgitato 0 Plaza de España Place d'Espagne Madrid Artgitato 1 Sancho Pancha Plaza de España Place d'Espagne Madrid Artgitato 1 Plaza de España Place d'Espagne Madrid Artgitato 2 Plaza de España Place d'Espagne Madrid Artgitato 3 Plaza de España Place d'Espagne Madrid Artgitato 4 Plaza de España Place d'Espagne Madrid Artgitato 5 Cervantes  Plaza de España Place d'Espagne Madrid Artgitato 7 Plaza de España Place d'Espagne Madrid Artgitato 8 Plaza de España Place d'Espagne Madrid Artgitato 9

 DON QUIJOTE DE LA MANCHA
El ingenioso hidalgo don Quijote de la Mancha
DON QUICHOTTE de la Manche

Miguel de Cervantès

Traduction Jacky Lavauzelle

Prólogo
Prologue

Don Quijote Don Quichotte Miguel de Cervantes Prologo Prologue Artgitato Traduction Française

Desocupado lector: sin juramento me podrás creer que quisiera que este libro, como hijo del entendimiento, fuera el más hermoso, el más gallardo y más discreto que pudiera imaginarse. Pero no he podido yo contravenir al orden de naturaleza, que en ella cada cosa engendra su semejante.
Lecteur inoccupé sans serment aucun, crois-moi, j’aurais envie que ce livre, comme fruit de l’entendement, soit le plus beau, le plus brave et le plus fin que l’on puisse imaginer. Mais je ne pouvais pas violer l’ordre de la nature, qui veut que chaque chose engendre son semblable.
Y, así, ¿qué podía engendrar el estéril y mal cultivado ingenio mío, sino la historia de un hijo seco, avellanado, antojadizo y lleno de pensamientos varios y nunca imaginados de otro alguno, bien como quien se engendró en una cárcel, donde toda incomodidad tiene su asiento y donde todo triste ruido hace su habitación?
Et donc, que pouvait engendrer un  stérile et inculte talent comme le mien, sinon l’histoire d’un fils maigre, rabougri, fantasque et plein de pensées étranges et inimaginables, comme ce qui a été engendré dans une prison où tout inconfort a son siège et où tout triste bruit a son habitation ?
El sosiego, el lugar apacible, la amenidad de los campos, la serenidad de los cielos, el murmurar de las fuentes, la quietud del espíritu son grande parte para que las musas más estériles se muestren fecundas y ofrezcan partos al mundo que le colmen de maravilla y de contento.
La paix, le calme, l’aménité des champs, la sérénité des cieux, le murmure des fontaines, un esprit calme sont de grands secours aux muses les plus stériles et fertiles qui apportent alors au monde des fruits merveilleux et plaisants.
Acontece tener un padre un hijo feo y sin gracia alguna, y el amor que le tiene le pone una venda en los ojos para que no vea sus faltas, antes las juzga por discreciones y lindezas y las cuenta a sus amigos por agudezas y donaires.
Il arrive à un père d’engendrer un enfant laid et sans grâce, mais l’amour lui bande les yeux de peur qu’il ne voit ses défauts, il les juge pour des subtilités et des finesses et en parle à ses amis comme des expressions d’intelligence et de malice.
Pero yo, que, aunque parezco padre, soy padrastro de don Quijote, no quiero irme con la corriente del uso, ni suplicarte casi con las lágrimas en los ojos, como otros hacen, lector carísimo, que perdones o disimules las faltas que en este mi hijo vieres, que ni eres su pariente ni su amigo, y tienes tu alma en tu cuerpo y tu libre albedrío como el más pintado, y estás en tu casa, donde eres señor della, como el rey de sus alcabalas, y sabes lo que comúnmente se dice, que «debajo de mi manto, al rey mato», todo lo cual te esenta y hace libre de todo respecto y obligación, y, así, puedes decir de la historia todo aquello que te pareciere, sin temor que te calunien por el mal ni te premien por el bien que dijeres della.
Mais moi, bien que je ne sois pas le père, je suis seulement le beau-père de Don Quichotte, je ne souhaite pas suivre cet usage courant, et te prier, presque les larmes aux yeux, comme les autres, cher lecteur, de pardonner ou de dissimuler les défauts de mon fils. Puisque tu n’es ni un parent, ni un ami, et que tu as ton âme dans ton corps et ta volonté libre comme tout un chacun, et tu vis dans ta maison, où tu en es le seigneur, comme le roi de ses impôts, et tu sais comme il est dit communément que « sous ma robe, je tue le roi, » tout ce qui fait que tu es exempté envers moi de respect et que tu es libre de toute obligation, et, ainsi, tu raconteras de l’histoire tout ce qui te semblera bon pour toi, sans crainte d’être calomnié par le mal ni récompensé pour le bien que tu diras d’elle.

Image illustrative de l'article Don Quichotte

Solo quisiera dártela monda y desnuda, sin el ornato de prólogo, ni de la inumerabilidad y catálogo de los acostumbrados sonetos, epigramas y elogios que al principio de los libros suelen ponerse. Porque te sé decir que, aunque me costó algún trabajo componerla, ninguno tuve por mayor que hacer esta prefación que vas leyendo.
J’aurais aimé te la livrer nue, sans les fioritures du prologue, ou le catalogue innombrable des sonnets coutumiers, épigrammes et louanges dont l’usage veut qu’en début des livres ils soient fixés. Parce que je dois te dire que si la composition m’a coûté un peu de travail, un plus important encore a été nécessaire à la préface que tu lis à présent.
Muchas veces tomé la pluma para escribille, y muchas la dejé, por no saber lo que escribiría; y estando una suspenso, con el papel delante, la pluma en la oreja, el codo en el bufete y la mano en la mejilla, pensando lo que diría, entró a deshora un amigo mío, gracioso y bien entendido, el cual, viéndome tan imaginativo, me preguntó la causa, y, no encubriéndosela yo, le dije que pensaba en el prólogo que había de hacer a la historia de don Quijote, y que me tenía de suerte que ni quería hacerle, ni menos sacar a luz las hazañas de tan noble Caballero.
Plusieurs fois, je pris ma plume pour écrire, et souvent le l’ai laissée, ne sachant pas ce que j’allais écrire ; et un jour, le papier devant moi, avec une plume à l’oreille, le coude sur le bureau et la main sur sa joue, en pensant à ce que je dirais, est venu, à l’improviste, un de mes amis, drôle et spirituel, qui, me voyant, m’a demandé la cause de ma préoccupation. Je lui ai dit que je pensais au prologue qu’il faudrait pour l’histoire de Don Quichotte, et j’en étais si découragé que je ne souhaitais plus la faire ni de mettre au grand jour les exploits de notre noble chevalier.

-Porque ¿cómo queréis vos que no me tenga confuso el qué dirá el antiguo legislador que llaman vulgo cuando vea que, al cabo de tantos años como ha que duermo en el silencio del olvido, salgo ahora, con todos mis años a cuestas, con una leyenda seca como un esparto, ajena de invención, menguada de estilo, pobre de concetos y falta de toda erudición y doctrina, sin acotaciones en las márgenes y sin anotaciones en el fin del libro, como veo que están otros libros, aunque sean fabulosos y profanos, tan llenos de sentencias de Aristóteles, de Platón y de toda la caterva de filósofos, que admiran a los leyentes y tienen a sus autores por hombres leídos, eruditos y elocuentes? Pues ¿qué, cuando citan la Divina Escritura?
« Comment ne pas être dérouté par ce pensera le public, antique législateur, quand il verra que, après tant d’années, moi qui dormais dans le silence de l’oubli, je viens maintenant, avec toutes mes années derrière moi, avec une légende sèche comme un jonc, oublieux de l’innovation, le style diminué, pauvre d’esprit et manquant et d’érudition et de doctrine, sans annotations sur les marges, sans notes à la fin du livre, comme je vois dans d’autres livresmême quand ils sont fabuleux et profanes, remplis de citations d‘Aristote, de Platon et de toute le troupe des philosophes, qu’admire le public qui voit combien les auteurs qu’ils lisent sont érudits et éloquents ? Et que dire de ceux qui citent les Saintes Ecritures ?
No dirán sino que son unos santos Tomases y otros doctores de la Iglesia, guardando en esto un decoro tan ingenioso, que en un renglón han pintado un enamorado destraído y en otro hacen un sermoncico cristiano, que es un contento y un regalo oílle o leelle.
Ne penserait-on pas qu’ils sont comme des saints Thomas et autres docteurs de l’Église, peignant en une ligne un amour dépravé  et en une autre un sermon chrétien Christian, faisant de celui-ci un cadeau et une merveille à entendre.
De todo esto ha de carecer mi libro, porque ni tengo qué acotar en el margen, ni qué anotar en el fin, ni menos sé qué autores sigo en él, para ponerlos al principio, como hacen todos, por las letras del abecé, comenzando en Aristóteles y acabando en Xenofonte y en Zoílo o Zeuxis, aunque fue maldiciente el uno y pintor el otro.
Tout cela a fait défaut dans mon livre, parce que je n’ai rien à renvoyer à la marge, ou à préciser à la la fin ni ne sais quels sont les auteurs que j’ai suivis afin de les nommer, comme tout le monde, par les lettres de l’alphabet, en commençant par Aristote et en terminant par Xénophon ou par Zoilo ou Zeuxis, le premier un médisant et l’autre un peintre.
También ha de carecer mi libro de sonetos al principio, a lo menos de sonetos cuyos autores sean duques, marqueses, condes, obispos, damas o poetas celebérrimos; aunque si yo los pidiese a dos o tres oficiales amigos, yo sé que me los darían, y tales, que no les igualasen los de aquellos que tienen más nombre en nuestra España.
Il va également manquer dans  mon livre de sonnets au commencement, au moins ces sonnets dont les auteurs sont ducs, marquis, comtes, évêques, reines ou poètes célèbres; même si je dois demander aux deux ou trois amis officiels, je sais qu’ils me les donneraient, et de telle sorte qu’ils ne seraient pas égalés par les plus beaux noms de notre Espagne.
En fin, señor y amigo mío —proseguí—, yo determino que el señor don Quijote se quede sepultado en sus archivos en la Mancha, hasta que el cielo depare quien le adorne de tantas cosas como le faltan, porque yo me hallo incapaz de remediarlas, por mi insuficiencia y pocas letras, y porque naturalmente soy poltrón y perezoso de andarme buscando autores que digan lo que yo me sé decir sin ellos. De aquí nace la suspensión y elevamiento, amigo, en que me hallastes, bastante causa para ponerme en ella la que de mí habéis oído.
Eh bien, seigneur et ami – continuai-je-, je détermine que le seigneur Don Quichotte restera enterré dans les fichiers de La Manche, jusqu’à ce que le ciel envoie quelqu’un l’habillant de toutes ces choses qui lui manquent, parce que je suis incapable de remédier à mon échec et à mon manque de lettres, et parce que je suis fainéant et naturellement paresseux, incapable d’aller à la recherche d’auteurs qui disent ce que je sais dire sans les invoquer. D’où l‘hésitation et la pensée, ami, en laquelle vous me trouvâtes, cause suffisante comme vous l’avez entendu.

Oyendo lo cual mi amigo, dándose una palmada en la frente y disparando en una carga de risa, me dijo:
En entendant cela, mon ami, se frappant le front et la cuisse, dans un énorme rire, me dit:

—Por Dios, hermano, que agora me acabo de desengañar de un engaño en que he estado todo el mucho tiempo que ha que os conozco, en el cual siempre os he tenido por discreto y prudente en todas vuestras aciones.
-par Dieu, frère, vous venez juste de me sortir de la tromperie où j’étais depuis trop longtemps, moi qui vous tenais pour discret et prudent dans toutes vos actions.
Pero agora veo que estáis tan lejos de serlo como lo está el cielo de la tierra. ¿Cómo que es posible que cosas de tan poco momento y tan fáciles de remediar puedan tener fuerzas de suspender y absortar un ingenio tan maduro como el vuestro, y tan hecho a romper y atropellar por otras dificultades mayores?
Mais maintenant je vois que vous en êtes aussi loin que le ciel ne l’est de la terre. Comment est-il possible que des choses si petites,  et si faciles à remédier, peuvent endormir vos forces et absorber votre esprit accoutumé à casser et à écraser bien d’autres difficultés majeures ?
A la fe, esto no nace de falta de habilidad, sino de sobra de pereza y penuria de discurso.
Ma foi cela ne vient pas d’un manque de compétences, mais  de beaucoup de paresse et de la pauvreté de la pensée.
¿Queréis ver si es verdad lo que digo? Pues estadme atento y veréis cómo en un abrir y cerrar de ojos confundo todas vuestras dificultades y remedio todas las faltas que decís que os suspenden y acobardan para dejar de sacar a la luz del mundo la historia de vuestro famoso don Quijote, luz y espejo de toda la caballería andante.
Vous voulez voir si ce que je dis est vrai ? Soyez à l’écoute et vous verrez en un clin d’œil comme je confonds  toutes vos difficultés et solutionne tous ces défauts à vous décider de suspendre et d’arrêter l’histoire de votre célèbre Don Quichotte, la lumière et le miroir de toute la chevalerie errante.

—Decid —le repliqué yo, oyendo lo que me decía—, ¿de qué modo pensáis llenar el vacío de mi temor y reducir a claridad el caos de mi confusión?
«Dites, répliquai-je, ayant entendu ce qu’il dit de moi, comment pensez-vous combler le vide qui me terrorise et réduire notablement le chaos de ma confusion ?

*****************
Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
*

Plaza de España Madrid

Plaza de España Place d'Espagne Madrid Artgitato 6