Archives par mot-clé : Poésie de Jules Lemaître

LES POÈMES DE JULES LEMAÎTRE

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LITTÉRATURE FRANÇAISE

JULES LEMAÎTRE

 né le  à Vennecy et mort le  à Tavers

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LES POÈMES
DE
JULES LEMAÎTRE

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Jules Lemaître

LES MOUETTES

Alphonse Lemerre, éditeur
 

Par les couchants sereins et calmes, les mouettes
Vont mêlant sur la mer leur vol entrecroisé :

genre Rhodostethia mouette rosée par Johann Friedrich Naumann

LES PETITES ORIENTALES
RECUEIL

NOSTALGIE

Jardin de l’Occident, douce terre natale,
D’un cœur trop peu fervent je t’aimais autrefois,

LES MÉDAILLONS
RECUEIL

PASCAL

Tu voyais sous tes pas un gouffre se creuser
Qu’élargissaient sans fin le doute et l’ironie. . .

DON JUAN INTIME

Toutes les fois qu’une de vous,
Dupe de la pire chimère,

POÈMES PUBLIÉS
DANS LA REVUE

LISEZ-MOI

LA-BAS…
publié en 1930 dans la revue « Lisez-moi »

La-bas, sur la rive africaine,
Sous le beau ciel élyséen,

AUTRES POÈMES

LA LYRE D’ORPHÉE

Quand Orphée eut perdu sa maîtresse à jamais,
Il dit : « Je chanterai, pour épuiser ma peine,

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LA LYRE D’ORPHÉE – POÈME DE JULES LEMAÎTRE

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LITTÉRATURE FRANÇAISE

 

JULES LEMAÎTRE

 né le  à Vennecy et mort le  à Tavers

 

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LES POÈMES
DE
JULES LEMAÎTRE

 

LA LYRE D’ORPHÉE

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Jules Lemaître

LA LYRE D’ORPHÉE

Alphonse Lemerre, éditeur
 

Quand Orphée eut perdu sa maîtresse à jamais,
Il dit : « Je chanterai, pour épuiser ma peine,
Un thrène harmonieux sur celle que j’aimais
. »

Fuyant l’Hèbre fatal et sa rive inhumaine,
Au bois sombre, où parfois sonne un rugissement,
Il promenait les chants de la Lyre d’ébène.

Mais il sentait la plainte inégale au tourment.
Il cria : « L’Art est vain et ne saurait tout dire.
L’air qui vibre n’est rien, et la Muse nous ment.
 »

Il arracha d’un coup les trois fils de la Lyre,
Et, tandis qu’un suprême et déchirant accord
Éclate et dans le bois mélancolique expire,

Il se coucha sur l’herbe et souhaita la mort.

*

Était-ce une déesse ? était-ce un dieu ? Mystère.
Une forme éthérée, un clair fantôme bleu,
On ne sait d’où venu, descendit sur la terre.

Il abattit son vol auprès du demi-dieu
Et, déployant sur lui ses ailes blanchissantes,
Ouvrit le sein d’Orphée avec son doigt de feu.

Alors, pour remplacer les trois cordes absentes,
Il lui tira du cœur trois fibres, — et soudain
Au Luth silencieux les fixa frémissantes.

Réveillant le poète, il lui mit à la main
La merveilleuse Lyre aux fils rouges et tièdes,
Et dit : « Joue à présent, maître, et va ton chemin ! »

A sa voix se leva le prince des Aèdes,
Et son Luth animé, plein de souffles ardents,
Si douloureusement vibra sous ses doigts raides,

Que les tigres rayés et les lions grondants
Le suivaient attendris, et lui faisaient cortège,
Doux, avec des lambeaux de chair entre les dents.

Chœur monstrueux conduit par un divin Chorège !
Les grands pins, pour mieux voir l’étrange défilé,
En cadence inclinaient leurs fronts chargés de neige.

Les gouttes de son sang sur le Luth étoilé
Brillaient. Charmant sa peine au son des notes lentes,.
L’Aède, fils du Ciel, se sentit consolé :

Car tout son cœur chantait dans les cordes sanglantes.



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LA-BAS… Poème de JULES LEMAÎTRE

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LITTÉRATURE FRANÇAISE

 

JULES LEMAÎTRE

 né le  à Vennecy et mort le  à Tavers

 

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LES POÈMES
DE
JULES LEMAÎTRE

 

REVUE 
LISEZ-MOI
1930

Là-bas…

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Jules Lemaître

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À P***

La-bas, sur la rive africaine,
Sous le beau ciel élyséen,
Tu verras, ma petite reine,
Comme il fait bon, comme on est bien !

Chère, veux-tu du pittoresque ?
Nous aurons, si c’est là ton goût.
Une blanche maison mauresque
Avec des faïences partout.

Tu porteras, ô ma chérie,
Des bijoux turcs et marocains.
Et des vestes en broderie.
Et de lourds colliers de sequins.

Tu t’envelopperas de voiles
Compliqués et très précieux :
Sous ce clair nuage, tes yeux
Brilleront comme deux étoiles…

Et tu rêveras tout le jour.
D’odeurs suaves enivrée,
Auprès du jet d’eau, dans la cour
D’un blanc péristyle entourée.

Sur des tapis je serai là,
Baisant le bout de tes babouches.
Comme un fidèle Bamboula,
J’aurai soin de chasser les mouches.

Et muet, sans te déranger,
Captif des grâces de ta pose,
Je te regarderai manger
Des confitures à la rose…


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LE DON JUAN INTIME – POEME DE JULES LEMAÎTRE

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LITTÉRATURE FRANÇAISE

 

JULES LEMAÎTRE

 né le  à Vennecy et mort le  à Tavers

 

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LES POÈMES
DE
JULES LEMAÎTRE

 

RECUEIL 
LES MÉDAILLONS

DON JUAN INTIME

Alphonse Lemerre, éditeur
 

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Jules Lemaître

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Toutes les fois qu’une de vous,
Dupe de la pire chimère,
Ô vierges, fait pleurer sa mère
Et la quitte pour un époux,

Pour peu qu’elle me soit connue,
Qu’elle m’ait plu, fût-ce un moment,
Qu’elle m’ait tendu franchement,
Un soir, sa main souple et menue,

Malgré moi, d’un regret obscur
Mon âme en secret est saisie :
Ce n’est point de la jalousie,
C’est une souffrance à coup sûr.

Et pourtant jamais auprès d’elle
Je ne me sentis inquiet.
Rien d’intime ne nous liait :
Elle ne m’est point infidèle…

*

Mais quelque chose va mourir
De délicieux et de tendre
Que rien ne pourra plus lui rendre,
Et qui ne saurait refleurir :

Cette chasteté qui s’ignore,
La candeur des grands yeux distraits,
Je ne sais quoi de pur, de frais
Et de léger comme une aurore.

Elle sera dame et n’aura
Plus de rougeur involontaire.
Ses grâces perdront leur mystère,
Sa beauté se précisera…

*

Si le fruit mûr tente les bouches,
La fleur contient plus d’inconnu.
C’en est fait du torse ingénu
Et des gracilités farouches.

Je porte le deuil insensé
D’une chose vague et charmante.
Qu’un bourgeois loue et complimente,
La vierge au bras du fiancé !

L’aube innocente qui frissonne
Dans ses yeux humides et doux
Hier appartenait à tous
Puisqu’elle n’était à personne.

Discret et sans rompre le rang,
J’en jouissais autant qu’un autre.
Elle était mienne, elle était vôtre :
On nous l’enlève, on me la prend !

Un garçon bien mis l’a conquise.
Et pourquoi lui ? mon Dieu ! pourquoi ?
Bien qu’elle ne fût pas à moi,
Je suis triste qu’on me l’ait prise.

Car cet inconnu m’a volé
Des chances de joie ou de peine.
Il a rétréci le domaine
Où flottait mon rêve envolé.

Je te plains, pauvre endolorie
En proie à ce béotien !
Moi, je te comprendrais si bien
Et je t’aimerais tant, chérie !

Toutes les fois qu’une de vous,
Vierges dont j’adore la grâce,
Vêt sa robe de noce, et passe
Aux mains avides d’un époux,

Mon âme anxieuse est saisie
D’un chagrin qui n’a rien d’obscur ;
C’est un mal cruel, à coup sûr,
Et c’est bien de la jalousie.

Au fond, nos désirs jamais las
Ont soif d’infini. Plus de doutes :
Jeunes filles, je vous veux toutes,
Et c’est stupide, n’est-ce pas ?

Les yeux secs et la bouche close,
J’étouffe dans mon cœur plaintif
Un don Juan candide et craintif
Qui voudrait pleurer et qui n’ose.

(Les Médaillons)

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PASCAL – Poème de JULES LEMAÎTRE

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JULES LEMAÎTRE

 né le  à Vennecy et mort le  à Tavers

 

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LES POÈMES
DE
JULES LEMAÎTRE

 

RECUEIL 
LES MÉDAILLONS

PASCAL

Alphonse Lemerre, éditeur
 

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Tu voyais sous tes pas un gouffre se creuser
Qu’élargissaient sans fin le doute et l’ironie. . .
Et, penché sur cette ombre, en ta longue insomnie,
Tu sentais un frisson mortel te traverser.

À l’abîme vorace, alors, sans balancer,
Tu jetas ton grand cœur brisé, ta chair punie,
Tu jetas ta raison, ta gloire et ton génie,
Et la douceur de vivre et l’orgueil de penser.

Ayant de tes débris comblé le précipice,
Ivre de ton sublime et sanglant sacrifice,
Tu plantas une croix sur ce vaste tombeau.

Mais, sous l’entassement des ruines vivantes,
L’abîme se rouvrait, et, prise d’épouvantes,
La croix du Rédempteur tremblait comme un roseau.


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NOSTALGIE – Poème de JULES LEMAÎTRE

LITTÉRATURE FRANÇAISE

 

JULES LEMAÎTRE

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LES POÈMES
DE
JULES LEMAÎTRE

 

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LES PETITES ORIENTALES

NOSTALGIE

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Jules Lemaître
Alphonse Lemerre, éditeur
 
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Jardin de l’Occident, douce terre natale,
D’un cœur trop peu fervent je t’aimais autrefois,
Ô Touraine, où sur l’or des sables fins s’étale
La Loire lente, honneur du vieux pays gaulois !

Mais le ciel d’Orient, dont l’immuable gloire
Brûle mes yeux et pèse à mon corps accablé,
Par un lent repentir ramène ma mémoire
Vers ton sourire humain et de larmes voilé.

Car la Nature ici ne m’est plus une mère ;
Sa bonté ne rit plus éparse dans le jour ;
Elle n’a pas souci de l’homme, et c’est chimère
De rêver avec elle un commerce d’amour.

Belle implacablement, l’ombre sèche des palmes
Se découpe sur la blancheur de son front pur,
Et la fatalité siège dans ses yeux calmes
Dont nul pleur n’attendrit l’inconscient azur.

Elle ne comprend pas nos besoins de tendresses ;
L’éclat de ses couleurs éblouit sans charmer ;
Sa clarté sans pénombre ignore les caresses,
Et ses contours sont durs comme un refus d’aimer.

Je ne sens plus, perdu dans sa splendeur hostile,
Que mon être chétif sort de son flanc divin.
Sa face fulgurante et pourtant immobile
Est une porte close et que je heurte en vain…

Mais là-bas, au pays, la terre est maternelle.
La Nature a chez nous la grâce et l’ondoiement,
Quelque chose qui flotte et qui se renouvelle,
Et des vagues contours le mystère charmant.

Elle a le bercement infini des murmures
Et les feuillages fins dissous dans l’air léger ;
Elle a les gazons frais sous les molles ramures
Et les coins attirants où l’on vient pour songer.

Elle a dans ses couleurs, dans ses lignes fuyantes,
Des indécisions qui caressent les yeux ;
Et j’aime à lui prêter des pitiés conscientes,
Et je me ressouviens du jour de nos adieux.

Je sentais bien, là-bas, que je vis de sa vie
Et que je suis né d’elle, et qu’elle me comprend.
C’est une volupté que cette duperie,
J’ai trop souffert, ici, du ciel indifférent.

Et je veux vous revoir, ô ciel changeant et tendre,
Coteaux herbeux, petits ruisseaux, coins familiers !
Saules, je vous désire ! et je veux vous entendre,
Chuchotements plaintifs des tremblants peupliers…

(Petites Orientales)

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