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LES PIRES DOULEURS – POÈME HEINRICH HEINE – LE LIVRE DES CHANTS XIII – DIE HEIMKEHR – Wenn ich an deinem Hause

HEIRICH HEINE POÈMES
DIE HEIMKEHR HEINE
LE LIVRE DES CHANTS
LITTERATURE ALLEMANDE






Christian Johann Heinrich Heine


*

 

Wenn ich an deinem Hause
Quand devant ta maison
 Des Morgens vorübergeh,
Le matin je passe,
 So freut’s mich, du liebe Kleine,
Alors je suis heureux, ma chère enfant,
Wenn ich dich am Fenster seh.
Si je te vois à la fenêtre.

*

Mit deinen schwarzbraunen Augen
Avec tes yeux noirs
 Siehst du mich forschend an:
Tu me regardes étrangement :
 « Wer bist du, und was fehlt dir,
« Qui êtes-vous, et que vous manque-t-il,
Du fremder, kranker Mann? »
Étranger qui semblait souffrant ? « 

*

 


*

 

 

« Ich bin ein deutscher Dichter,
« Je suis un poète allemand,
Bekannt im deutschen Land;
Connu en terre allemande ;
Nennt man die besten Namen,
Qu’on évoque les grands noms,
So wird auch der meine genannt.
On m’évoquera parmi eux.

*

Und was mir fehlt, du Kleine,
Et ce qui me manque, chère enfant,
Fehlt manchem im deutschen Land;
Manque à beaucoup dans le pays allemand ;
Nennt man die schlimmsten Schmerzen,
Qu’on évoque les pires douleurs,
So wird auch der meine genannt. »
On évoquera aussi les miennes ».

 


*

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HEINRICH HEINE POEMES
*************

UNE HISTOIRE DE SOUFFRANCE

Les Mains & La Beauté musicale de Heine

Mais ce qui m’intéressait plus encore que les discours de Heine, c’était sa personne, car ses pensées m’étaient connues depuis longtemps, tandis que je voyais sa personne pour la première fois et que j’étais à peu près sûr que cette fois serait l’unique. Aussi, tandis qu’il parlait, le regardai-je encore plus que je ne l’écoutai. Une phrase des Reisebilder me resta presque constamment en mémoire pendant cette visite : « Les hommes malades sont véritablement toujours plus distingués que ceux en bonne santé. Car il n’y a que le malade qui soit un homme ; ses membres racontent une histoire de souffrance, ils en sont spiritualisés. » C’est à propos de l’air maladif des Italiens qu’il a écrit cette phrase, et elle s’appliquait exactement au spectacle qu’il offrait lui-même. Je ne sais jusqu’à quel point Heine avait été l’Apollon que Gautier nous a dit qu’il fut alors qu’il se proclamait hellénisant et qu’il poursuivait de ses sarcasmes les pâles sectateurs du nazarénisme : ce qu’il y a de certain, c’est qu’il n’en restait plus rien alors. Cela ne veut pas dire que la maladie l’avait enlaidi, car le visage était encore d’une singulière beauté ; seulement cette beauté était exquise plutôt que souveraine, délicate plutôt que noble, musicale en quelque sorte plutôt que plastique. La terrible névrose avait vengé le nazarénisme outragé en effaçant toute trace de l’hellénisant et en faisant reparaître seuls les traits de la race à laquelle il appartenait et où domina toujours le spiritualisme exclusif contre lequel son éloquente impiété s’était si souvent élevée. Et cet aspect physique était en parfait rapport avec le retour au judaïsme, dont les Aveux d’un poète avaient récemment entretenu le public. D’âme comme de corps, Heine n’était plus qu’un Juif, et, étendu sur son lit de souffrance, il me parut véritablement comme un arrière-cousin de ce Jésus si blasphémé naguère, mais dont il ne songeait plus à renier la parenté. Ce qui était plus remarquable encore que les traits chez Heine, c’étaient les mains, des mains transparentes, lumineuses, d’une élégance ultra-féminine, des mains tout grâce et tout esprit, visiblement faites pour être l’instrument du tact le plus subtil et pour apprécier voluptueusement les sinuosités onduleuses des belles réalités terrestres ; aussi m’expliquèrent-elles la préférence qu’il a souvent avouée pour la sculpture sur la peinture. C’étaient des mains d’une rareté si exceptionnelle qu’il n’y a de merveilles comparables que dans les contes de fées et qu’elles auraient mérité d’être citées comme le pied de Cendrillon, ou l’oreille qu’on peut supposer à cette princesse, d’une ouïe si fine qu’elle entendait l’herbe pousser. Enfin, un dernier caractère plus extraordinaire encore s’il est possible, c’était l’air de jeunesse dont ce moribond était comme enveloppé, malgré ses cinquante-six ans et les ravages de huit années de la plus cruelle maladie. C’est la première fois que j’ai ressenti fortement l’impression qu’une jeunesse impérissable est le privilège des natures dont la poésie est exclusivement l’essence. Depuis, le cours de la vie nous a permis de la vérifier plusieurs fois et nous ne l’avons jamais trouvée menteuse.

Émile Montégut
Esquisses littéraires – Henri Heine
Revue des Deux Mondes
Troisième période
Tome 63
1884

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POÈME HEINRICH HEINE
DIE HEIMKEHR HEINE

LA SIRÈNE – POÈME HEINRICH HEINE – LE LIVRE DES CHANTS XII – DIE HEIMKEHR

HEIRICH HEINE POÈMES
DIE HEIMKEHR HEINE
LE LIVRE DES CHANTS
LITTERATURE ALLEMANDE






Christian Johann Heinrich Heine


*

Der Abend kommt gezogen,
La soirée commence à se dessiner,
 Der Nebel bedeckt die See;
Le brouillard couvre la mer ;
Geheimnisvoll rauschen die Wogen,
Bruit mystérieux des vagues.
  Da steigt es weiß in die Höh’.
Une blancheur émerge au milieu des ondes.

*

Die Meerfrau steigt aus den Wellen,
La sirène sort des flots,
Und setzt sich zu mir an den Strand;
Et s’assied avec moi sur la plage ;
Die weißen Brüste quellen
Les seins d’albâtre gonflent
Hervor aus dem Schleiergewand.
Le tissu de son voile.

*

Sie drückt mich, und sie preßt mich,
Elle me pousse et me presse,
 Und tut mir fast ein Weh; –
Presque à m’étouffer ; –
« Du drückst ja viel zu fest mich,
« Tu m’étreins si fort,
Du schöne Wasserfee! »
Toi, belle fée des eaux ! « 

*
« Ich preß dich, in meinen Armen,
« Je te presse dans mes bras,
 Und drücke dich mit Gewalt;
Et je t’étreins de toute ma force ;
Ich will bei dir erwarmen,
Je veux me réchauffer à toi,
Der Abend ist gar zu kalt. »
Le soir est si glacial« .

*

Der Mond schaue immer blasser
La lune apparaît toujours plus pâle
Aus dämmriger Wolkenhöh’;
Entre de noirs nuages ;
 « Dein Auge wird trüber und nasser,
« Tes yeux sont humides et ternes,
Du schöne Wasserfee! »
Toi, belle fée des eaux ! « 


*
« Es wird nicht trüber und nasser,
« Ils ne sont ni humides ni ternes,
 Mein Aug’ ist naß und trüb,
Mes yeux ne sont ainsi,
Weil, als ich stieg aus dem Wasser,
Que lorsque je sors de l’eau,
Ein Tropfen im Auge blieb. »
Car une goutte y est restée « . 

*

Die Möwen schrillen kläglich,
Les mouettes ricanent lamentablement
 Es grollt und brandet die See; –
Dans le grondement de la mer ; –
 « Dein Herz pocht wild beweglich,
« Ton cœur bat sauvagement,
 Du schöne Wasserfee! »
Toi, belle fée des eaux ! « 

*
« Mein Herz pocht wild beweglich,
« Mon cœur bat sauvagement,
Es pocht beweglich wild,
Et s’il palpite violemment,
Weil ich dich liebe unsäglich,
C’est parce que je t’aime divinement,
Du liebes Menschenbild! »
Toi, fils aimé des hommes ! « 

 


 

*

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HEINRICH HEINE POEMES
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UNE HISTOIRE DE SOUFFRANCE

Les Mains & La Beauté musicale de Heine

Mais ce qui m’intéressait plus encore que les discours de Heine, c’était sa personne, car ses pensées m’étaient connues depuis longtemps, tandis que je voyais sa personne pour la première fois et que j’étais à peu près sûr que cette fois serait l’unique. Aussi, tandis qu’il parlait, le regardai-je encore plus que je ne l’écoutai. Une phrase des Reisebilder me resta presque constamment en mémoire pendant cette visite : « Les hommes malades sont véritablement toujours plus distingués que ceux en bonne santé. Car il n’y a que le malade qui soit un homme ; ses membres racontent une histoire de souffrance, ils en sont spiritualisés. » C’est à propos de l’air maladif des Italiens qu’il a écrit cette phrase, et elle s’appliquait exactement au spectacle qu’il offrait lui-même. Je ne sais jusqu’à quel point Heine avait été l’Apollon que Gautier nous a dit qu’il fut alors qu’il se proclamait hellénisant et qu’il poursuivait de ses sarcasmes les pâles sectateurs du nazarénisme : ce qu’il y a de certain, c’est qu’il n’en restait plus rien alors. Cela ne veut pas dire que la maladie l’avait enlaidi, car le visage était encore d’une singulière beauté ; seulement cette beauté était exquise plutôt que souveraine, délicate plutôt que noble, musicale en quelque sorte plutôt que plastique. La terrible névrose avait vengé le nazarénisme outragé en effaçant toute trace de l’hellénisant et en faisant reparaître seuls les traits de la race à laquelle il appartenait et où domina toujours le spiritualisme exclusif contre lequel son éloquente impiété s’était si souvent élevée. Et cet aspect physique était en parfait rapport avec le retour au judaïsme, dont les Aveux d’un poète avaient récemment entretenu le public. D’âme comme de corps, Heine n’était plus qu’un Juif, et, étendu sur son lit de souffrance, il me parut véritablement comme un arrière-cousin de ce Jésus si blasphémé naguère, mais dont il ne songeait plus à renier la parenté. Ce qui était plus remarquable encore que les traits chez Heine, c’étaient les mains, des mains transparentes, lumineuses, d’une élégance ultra-féminine, des mains tout grâce et tout esprit, visiblement faites pour être l’instrument du tact le plus subtil et pour apprécier voluptueusement les sinuosités onduleuses des belles réalités terrestres ; aussi m’expliquèrent-elles la préférence qu’il a souvent avouée pour la sculpture sur la peinture. C’étaient des mains d’une rareté si exceptionnelle qu’il n’y a de merveilles comparables que dans les contes de fées et qu’elles auraient mérité d’être citées comme le pied de Cendrillon, ou l’oreille qu’on peut supposer à cette princesse, d’une ouïe si fine qu’elle entendait l’herbe pousser. Enfin, un dernier caractère plus extraordinaire encore s’il est possible, c’était l’air de jeunesse dont ce moribond était comme enveloppé, malgré ses cinquante-six ans et les ravages de huit années de la plus cruelle maladie. C’est la première fois que j’ai ressenti fortement l’impression qu’une jeunesse impérissable est le privilège des natures dont la poésie est exclusivement l’essence. Depuis, le cours de la vie nous a permis de la vérifier plusieurs fois et nous ne l’avons jamais trouvée menteuse.

Émile Montégut
Esquisses littéraires – Henri Heine
Revue des Deux Mondes
Troisième période
Tome 63
1884

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POÈME HEINRICH HEINE
DIE HEIMKEHR HEINE

Lyrisches Intermezzo HEINE INTERMEZZO LYRIQUE LXIII Die Armesünderblum’

Lyrisches Intermezzo
INTERMEZZO LYRIQUE
Heinrich Heine

Die Armesünderblum’

INTERMEZZO LYRIQUE HEINE
Lyrisches Intermezzo
LITTERATURE ALLEMANDE
intermezzo-lyrique-heine-artgitato-lyrisches-intermezzo-heine-willem-van-aelst-bloemenstilleven-met-horloge



Christian Johann Heinrich Heine
Die Armesünderblum’
LA FLEUR DES PAUVRES PECHEURS

 




Deutsch Poesie
 Deutsch Literatur

Heinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich Heine

HEINRICH HEINE
1797- 1856

German poet
Poète Allemand
Deutsch Dichter

Heinrich Heine Oeuvre Poèmes Poésie Gedichte Artgitato

Übersetzung – Traduction
Jacky Lavauzelle




INTERMEZZO LYRIQUE HEINE
LXIII

Die Armesünderblum’

 

Lyrisches Intermezzo
LXIII
LA FLEUR DES PAUVRES PECHEURS

1823

INTERMEZZO LYRIQUE
Lyrisches Intermezzo
Die Armesünderblum’
Poésie HEINRICH HEINE

Am Kreuzweg wird begraben
Au carrefour sont enterrés
Wer selber sich brachte um;
Les suicidés ;
Dort wächst eine blaue Blume,
Il y pousse une fleur bleue,
Die Armesünderblum’.
La fleur des pauvres pécheurs.

*

Am Kreuzweg stand ich und seufzte;
Au carrefour, je me suis levé et j’ai soupiré ;
Die Nacht war kalt und stumm.
La nuit était froide, silencieuse.
Im Mondschein bewegte sich langsam
Dans le clair de lune se déplaçait lentement
Die Armesünderblum’.
La fleur des pauvres pécheurs.

*******

LXIII

Die Armesünderblum’

Heinrich Heine
INTERMEZZO LYRIQUE
Lyrisches Intermezzo

********

Lyrisches Intermezzo

*********
LA POESIE DE HEINRICH HEINE

A ce point de vue, Heine est traité en privilégié. Les Allemands peuvent bien maudire le pamphlétaire, ils savent par cœur les vers du poète. Éditeurs, biographes, critiques d’outre-Rhin lui ont consacré d’importans travaux. Chez nous, seul entre les poètes allemands, il bénéficie de ce privilège d’avoir un public. Je ne nie pas que nous n’ayons pour quelques autres, et pour Goethe par exemple, un juste respect. Nous admirons Gœthe, nous ne l’aimons pas. Au contraire, l’auteur de l’Intermezzo est pour quelques Français de France un de ces écrivains qui sont tout près du cœur. Cela tient à plusieurs raisons parmi lesquelles il en est d’extérieures. Heine a vécu pendant de longues années parmi nous ; il parlait notre langue, quoique avec un fort accent ; il l’écrivait, quoique d’une façon très incorrecte ; il nous a loués, quoique avec bien de l’impertinence ; il a été mêlé à notre société ; il a été en rapports avec nos écrivains, nos artistes et même nos hommes politiques. Nous nous sommes habitués à le considérer comme un des nôtres, et sa plaisanterie, fortement tudesque, passe encore pour avoir été une des formes authentiques de l’esprit parisien. Notre sympathie pour Heine se fonde d’ailleurs sur des motifs plus valables. Il a quelques-unes des qualités qui nous sont chères : son style est clair ; ses compositions sont courtes. Nous aimons ces lieds dont quelques-uns durent le temps d’un soupir, l’espace d’un sanglot. Leur pur éclat nous semble celui de la goutte de rosée que le soleil taille en diamant, ou d’une larme qui brille dans un sourire. C’est par eux que le meilleur de la sentimentalité allemande est parvenu jusqu’à nous. Ou, pour parler plus exactement, la poésie de Heine représente une nuance particulière de sensibilité, qu’il a créée et que nous avons accueillie. Aussi doit-elle avoir sa place dans une histoire de la poésie lyrique en France. De même qu’il y a une « critique allemande » de l’œuvre de Heine, il convient qu’il y en ait parallèlement une « critique française ».

René Doumic
Revue littéraire
La poésie de Henri Heine d’après un livre récent
Revue des Deux Mondes
4e période
tome 140
1897
pp. 457-468

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INTERMEZZO LYRIQUE
Lyrisches Intermezzo
LXIII
Die Armesünderblum’
Poésie HEINRICH HEINE

Uralte Nacht HEINRICH HEINE INTERMEZZO LYRIQUE LXIV

uralte Nacht
Poésie Heine
INTERMEZZO LYRIQUE
Heinrich Heine

Die Thränen und die Seufzer

INTERMEZZO LYRIQUE HEINE
LITTERATURE ALLEMANDE
intermezzo-lyrique-heine-artgitato-lyrisches-intermezzo-heine-willem-van-aelst-bloemenstilleven-met-horloge



Christian Johann Heinrich Heine
uralte Nacht
Nuit Ancienne




Deutsch Poesie
 Deutsch Literatur

Heinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich Heine

HEINRICH HEINE
1797- 1856

German poet
Poète Allemand
Deutsch Dichter

Heinrich Heine Oeuvre Poèmes Poésie Gedichte Artgitato

Übersetzung – Traduction
Jacky Lavauzelle




INTERMEZZO LYRIQUE HEINE
LXIV

uralte Nacht

 

 

Lyrisches Intermezzo
LXIV
Nuit Ancienne

1823

INTERMEZZO LYRIQUE
mein Traum Poésie Heine

*

Wo ich bin mich rings umdunkelt
Je suis enveloppé des sombres anneaux
Finsterniß, so dumpf und dicht,
De l’obscurité, si ternes, si denses,
 Seit mir nicht mehr leuchtend funkelt,
Depuis que n’illuminent plus,
Liebste, deiner Augen Licht.
Ma tendre aimée, tes yeux.

*

  Mir erloschen ist der süßen
Pour moi, elle est si loin
Liebessterne goldne Pracht,
La splendeur dorée de l’étoile d’amour,
Abgrund gähnt zu meinen Füßen –
Un abîme se trouve sous mes pieds :
Nimm mich auf, uralte Nacht!
Prends-moi, nuit ancienne !

*******

LXIV

uralte Nacht
Nuit ancienne
Poésie Heine
INTERMEZZO LYRIQUE

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LA POESIE DE HEINRICH HEINE

A ce point de vue, Heine est traité en privilégié. Les Allemands peuvent bien maudire le pamphlétaire, ils savent par cœur les vers du poète. Éditeurs, biographes, critiques d’outre-Rhin lui ont consacré d’importans travaux. Chez nous, seul entre les poètes allemands, il bénéficie de ce privilège d’avoir un public. Je ne nie pas que nous n’ayons pour quelques autres, et pour Goethe par exemple, un juste respect. Nous admirons Gœthe, nous ne l’aimons pas. Au contraire, l’auteur de l’Intermezzo est pour quelques Français de France un de ces écrivains qui sont tout près du cœur. Cela tient à plusieurs raisons parmi lesquelles il en est d’extérieures. Heine a vécu pendant de longues années parmi nous ; il parlait notre langue, quoique avec un fort accent ; il l’écrivait, quoique d’une façon très incorrecte ; il nous a loués, quoique avec bien de l’impertinence ; il a été mêlé à notre société ; il a été en rapports avec nos écrivains, nos artistes et même nos hommes politiques. Nous nous sommes habitués à le considérer comme un des nôtres, et sa plaisanterie, fortement tudesque, passe encore pour avoir été une des formes authentiques de l’esprit parisien. Notre sympathie pour Heine se fonde d’ailleurs sur des motifs plus valables. Il a quelques-unes des qualités qui nous sont chères : son style est clair ; ses compositions sont courtes. Nous aimons ces lieds dont quelques-uns durent le temps d’un soupir, l’espace d’un sanglot. Leur pur éclat nous semble celui de la goutte de rosée que le soleil taille en diamant, ou d’une larme qui brille dans un sourire. C’est par eux que le meilleur de la sentimentalité allemande est parvenu jusqu’à nous. Ou, pour parler plus exactement, la poésie de Heine représente une nuance particulière de sensibilité, qu’il a créée et que nous avons accueillie. Aussi doit-elle avoir sa place dans une histoire de la poésie lyrique en France. De même qu’il y a une « critique allemande » de l’œuvre de Heine, il convient qu’il y en ait parallèlement une « critique française ».

René Doumic
Revue littéraire
La poésie de Henri Heine d’après un livre récent
Revue des Deux Mondes
4e période
tome 140
1897
pp. 457-468

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INTERMEZZO LYRIQUE
LXIV
uralte Nacht Nuit ancienne
Poésie HEINE

POESIE HEINE INTERMEZZO LYRIQUE LVI mein Traum mon Rêve

mein Traum
mon Rêve
Poésie Heine
INTERMEZZO LYRIQUE
Heinrich Heine

Die Thränen und die Seufzer

INTERMEZZO LYRIQUE HEINE
LITTERATURE ALLEMANDE
intermezzo-lyrique-heine-artgitato-lyrisches-intermezzo-heine-willem-van-aelst-bloemenstilleven-met-horloge



Christian Johann Heinrich Heine
mein Traum
mon Rêve




Deutsch Poesie
 Deutsch Literatur

Heinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich Heine

HEINRICH HEINE
1797- 1856

German poet
Poète Allemand
Deutsch Dichter

Heinrich Heine Oeuvre Poèmes Poésie Gedichte Artgitato

Übersetzung – Traduction
Jacky Lavauzelle




INTERMEZZO LYRIQUE HEINE
LVI

Mein Traum

 

 

Lyrisches Intermezzo
LVI
Mon Rêve

 

1823

INTERMEZZO LYRIQUE
mein Traum Poésie Heine

*

    Ich hab’ im Traum’ geweinet,
J’ai pleuré dans mon rêve,
  Mir träumte du lägest im Grab’.
Je rêvais que tu gisais dans ta tombe.
Ich wachte auf, und die Thräne
Je me suis réveillé, et les larmes
Floß noch von der Wange herab.
coulèrent sur mes joues.

*

Ich hab’ im Traum’ geweinet,
J’ai pleuré dans mon rêve,
Mir träumt’ du verließest mich.
Je rêvais que tu me quittais.
Ich wachte auf, und ich weinte
Je me suis réveillé, et je pleurais
Noch lange bitterlich.
Amèrement longtemps encore.

*

Ich hab’ im Traum geweinet,
J’ai pleuré dans mon rêve,
Mir träumte du wärst mir noch gut.
Je rêvais que tu m’aimais encore.
Ich wachte auf, und noch immer
Je me suis réveillé, et toujours
Strömt meine Thränenflut.
Les larmes qui m’inondaient.

*******

LVI

mein Traum
mon Rêve
Poésie Heine
INTERMEZZO LYRIQUE

********

*********
LA POESIE DE HEINRICH HEINE

A ce point de vue, Heine est traité en privilégié. Les Allemands peuvent bien maudire le pamphlétaire, ils savent par cœur les vers du poète. Éditeurs, biographes, critiques d’outre-Rhin lui ont consacré d’importans travaux. Chez nous, seul entre les poètes allemands, il bénéficie de ce privilège d’avoir un public. Je ne nie pas que nous n’ayons pour quelques autres, et pour Goethe par exemple, un juste respect. Nous admirons Gœthe, nous ne l’aimons pas. Au contraire, l’auteur de l’Intermezzo est pour quelques Français de France un de ces écrivains qui sont tout près du cœur. Cela tient à plusieurs raisons parmi lesquelles il en est d’extérieures. Heine a vécu pendant de longues années parmi nous ; il parlait notre langue, quoique avec un fort accent ; il l’écrivait, quoique d’une façon très incorrecte ; il nous a loués, quoique avec bien de l’impertinence ; il a été mêlé à notre société ; il a été en rapports avec nos écrivains, nos artistes et même nos hommes politiques. Nous nous sommes habitués à le considérer comme un des nôtres, et sa plaisanterie, fortement tudesque, passe encore pour avoir été une des formes authentiques de l’esprit parisien. Notre sympathie pour Heine se fonde d’ailleurs sur des motifs plus valables. Il a quelques-unes des qualités qui nous sont chères : son style est clair ; ses compositions sont courtes. Nous aimons ces lieds dont quelques-uns durent le temps d’un soupir, l’espace d’un sanglot. Leur pur éclat nous semble celui de la goutte de rosée que le soleil taille en diamant, ou d’une larme qui brille dans un sourire. C’est par eux que le meilleur de la sentimentalité allemande est parvenu jusqu’à nous. Ou, pour parler plus exactement, la poésie de Heine représente une nuance particulière de sensibilité, qu’il a créée et que nous avons accueillie. Aussi doit-elle avoir sa place dans une histoire de la poésie lyrique en France. De même qu’il y a une « critique allemande » de l’œuvre de Heine, il convient qu’il y en ait parallèlement une « critique française ».

René Doumic
Revue littéraire
La poésie de Henri Heine d’après un livre récent
Revue des Deux Mondes
4e période
tome 140
1897
pp. 457-468

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INTERMEZZO LYRIQUE
LVI
mein Traum mon Rêve
Poésie HEINE

POEME HEINE INTERMEZZO LYRIQUE LV

Mein Wagen
INTERMEZZO LYRIQUE
Heinrich Heine

Mein Wagen
POEME HEINE

INTERMEZZO LYRIQUE HEINE
LITTERATURE ALLEMANDE
intermezzo-lyrique-heine-artgitato-lyrisches-intermezzo-heine-willem-van-aelst-bloemenstilleven-met-horloge



Christian Johann Heinrich Heine
Mein Wagen Poème Heine




Deutsch Poesie
 Deutsch Literatur

Heinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich Heine

HEINRICH HEINE
1797- 1856

German poet
Poète Allemand
Deutsch Dichter

Heinrich Heine Oeuvre Poèmes Poésie Gedichte Artgitato

Übersetzung – Traduction
Jacky Lavauzelle




INTERMEZZO LYRIQUE HEINE
POEME HEINE LV
MA VOITURE

 

Lyrisches Intermezzo
LV
Mein Wagen

1823

INTERMEZZO LYRIQUE
Mein Wagen Poème Heine
Ma Voiture

*

     Mein Wagen rollet langsam
Ma voiture lentement roule
Durch lustiges Waldesgrün,
Traversant la plaisante forêt verte,
Durch blumige Thäler, die zaubrisch
Traversant les vallées fleuries, qui comme par magie
Im Sonnenglanze blüh’n.
fleurissent au soleil.

*

Ich sitze und sinne und träume,
Je suis assis et je pense et je rêve,
Und denk’ an die Liebste mein;
Et je songe à ma chère aimée ;
Da grüßen drey Schattengestalten
Et voici trois fantômes
Kopfnickend zum Wagen hinein.
Hochant la tête au passage de ma voiture.

*

Sie hüpfen und schneiden Gesichter,
Ils bondissent et grimacent,
So spöttisch und doch so scheu,
Si moqueurs et pourtant si timides,
Und quirlen wie Nebel zusammen,
Ils fouettent ensemble comme le brouillard,
Und kichern und huschen vorbey.
Puis rient, pour se précipiter vers l’au-delà.

*******

LV
POEME HEINE

INTERMEZZO LYRIQUE

********

*********
LA POESIE DE HEINRICH HEINE

A ce point de vue, Heine est traité en privilégié. Les Allemands peuvent bien maudire le pamphlétaire, ils savent par cœur les vers du poète. Éditeurs, biographes, critiques d’outre-Rhin lui ont consacré d’importans travaux. Chez nous, seul entre les poètes allemands, il bénéficie de ce privilège d’avoir un public. Je ne nie pas que nous n’ayons pour quelques autres, et pour Goethe par exemple, un juste respect. Nous admirons Gœthe, nous ne l’aimons pas. Au contraire, l’auteur de l’Intermezzo est pour quelques Français de France un de ces écrivains qui sont tout près du cœur. Cela tient à plusieurs raisons parmi lesquelles il en est d’extérieures. Heine a vécu pendant de longues années parmi nous ; il parlait notre langue, quoique avec un fort accent ; il l’écrivait, quoique d’une façon très incorrecte ; il nous a loués, quoique avec bien de l’impertinence ; il a été mêlé à notre société ; il a été en rapports avec nos écrivains, nos artistes et même nos hommes politiques. Nous nous sommes habitués à le considérer comme un des nôtres, et sa plaisanterie, fortement tudesque, passe encore pour avoir été une des formes authentiques de l’esprit parisien. Notre sympathie pour Heine se fonde d’ailleurs sur des motifs plus valables. Il a quelques-unes des qualités qui nous sont chères : son style est clair ; ses compositions sont courtes. Nous aimons ces lieds dont quelques-uns durent le temps d’un soupir, l’espace d’un sanglot. Leur pur éclat nous semble celui de la goutte de rosée que le soleil taille en diamant, ou d’une larme qui brille dans un sourire. C’est par eux que le meilleur de la sentimentalité allemande est parvenu jusqu’à nous. Ou, pour parler plus exactement, la poésie de Heine représente une nuance particulière de sensibilité, qu’il a créée et que nous avons accueillie. Aussi doit-elle avoir sa place dans une histoire de la poésie lyrique en France. De même qu’il y a une « critique allemande » de l’œuvre de Heine, il convient qu’il y en ait parallèlement une « critique française ».

René Doumic
Revue littéraire
La poésie de Henri Heine d’après un livre récent
Revue des Deux Mondes
4e période
tome 140
1897
pp. 457-468

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INTERMEZZO LYRIQUE
LV
Mein Wagen
Ma Voiture
POEME HEINE

Wenn ich ein Vöglein wäre HEINE SI J’ETAIS UN OISEAU

Wenn ich ein Vöglein wäre
INTERMEZZO LYRIQUE
Heinrich Heine

Wenn ich ein Vöglein wäre
HEINE

INTERMEZZO LYRIQUE HEINE
LITTERATURE ALLEMANDE
intermezzo-lyrique-heine-artgitato-lyrisches-intermezzo-heine-willem-van-aelst-bloemenstilleven-met-horloge



Christian Johann Heinrich Heine
Wenn ich ein Vöglein wäre
SI J’ETAIS UN OISEAU




Deutsch Poesie
 Deutsch Literatur

Heinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich Heine

HEINRICH HEINE
1797- 1856

German poet
Poète Allemand
Deutsch Dichter

Heinrich Heine Oeuvre Poèmes Poésie Gedichte Artgitato

Übersetzung – Traduction
Jacky Lavauzelle




INTERMEZZO LYRIQUE HEINE
LIV
Wenn ich ein Vöglein wäre

 

 

Lyrisches Intermezzo
LIV
SI J’ETAIS UN OISEAU

 

1823

INTERMEZZO LYRIQUE
Wenn ich ein Vöglein wäre

*

   Ich steh’ auf des Berges Spitze,
En gravissant le sommet de la montagne,
Und werde sentimental.
Je suis devenu sentimental.
 „Wenn ich ein Vöglein wäre!“
« Si j’étais un oiseau ! »
Seufz’ ich viel tausend Mahl.    
Soupirai-je à maintes reprises.

*

Wenn ich eine Schwalbe wäre,
Si j’étais une hirondelle,
So flög’ ich zu dir mein Kind,
Alors je volerais vers toi mon enfant,
Und baute mir mein Nestchen
Et j’y construirais mon nid
Wo deine Fenster sind.
Sous ta fenêtre.

*

Wenn ich eine Nachtigall wäre,
Si j’étais un rossignol,
So flög’ ich zu dir, mein Kind,
Alors je volerais vers toi, mon enfant,
Und sänge dir Nachts meine Lieder
Et je te chanterais mes chansons dans la nuit
  Herab von der grünen Lind’.
Au cœur des verts tilleuls.

*

Wenn ich ein Gimpel wäre,
Si j’étais un bouvreuil,
So flög’ ich gleich an dein Herz;
Alors je volerais de suite vers ton cœur ;
Du bist ja hold den Gimpeln,
Tu es si fascinée par les bouvreuils,
Und heilest Gimpelschmerz.
Et il te plaît tant de soigner leur douleur. 

*******

LIV

Wenn ich ein Vöglein wäre
Si j’étais un oiseau

INTERMEZZO LYRIQUE

********

*********
LA POESIE DE HEINRICH HEINE

A ce point de vue, Heine est traité en privilégié. Les Allemands peuvent bien maudire le pamphlétaire, ils savent par cœur les vers du poète. Éditeurs, biographes, critiques d’outre-Rhin lui ont consacré d’importans travaux. Chez nous, seul entre les poètes allemands, il bénéficie de ce privilège d’avoir un public. Je ne nie pas que nous n’ayons pour quelques autres, et pour Goethe par exemple, un juste respect. Nous admirons Gœthe, nous ne l’aimons pas. Au contraire, l’auteur de l’Intermezzo est pour quelques Français de France un de ces écrivains qui sont tout près du cœur. Cela tient à plusieurs raisons parmi lesquelles il en est d’extérieures. Heine a vécu pendant de longues années parmi nous ; il parlait notre langue, quoique avec un fort accent ; il l’écrivait, quoique d’une façon très incorrecte ; il nous a loués, quoique avec bien de l’impertinence ; il a été mêlé à notre société ; il a été en rapports avec nos écrivains, nos artistes et même nos hommes politiques. Nous nous sommes habitués à le considérer comme un des nôtres, et sa plaisanterie, fortement tudesque, passe encore pour avoir été une des formes authentiques de l’esprit parisien. Notre sympathie pour Heine se fonde d’ailleurs sur des motifs plus valables. Il a quelques-unes des qualités qui nous sont chères : son style est clair ; ses compositions sont courtes. Nous aimons ces lieds dont quelques-uns durent le temps d’un soupir, l’espace d’un sanglot. Leur pur éclat nous semble celui de la goutte de rosée que le soleil taille en diamant, ou d’une larme qui brille dans un sourire. C’est par eux que le meilleur de la sentimentalité allemande est parvenu jusqu’à nous. Ou, pour parler plus exactement, la poésie de Heine représente une nuance particulière de sensibilité, qu’il a créée et que nous avons accueillie. Aussi doit-elle avoir sa place dans une histoire de la poésie lyrique en France. De même qu’il y a une « critique allemande » de l’œuvre de Heine, il convient qu’il y en ait parallèlement une « critique française ».

René Doumic
Revue littéraire
La poésie de Henri Heine d’après un livre récent
Revue des Deux Mondes
4e période
tome 140
1897
pp. 457-468

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INTERMEZZO LYRIQUE
LIV
Wenn ich ein Vöglein wäre
Si J’étais Un Oiseau
HEINE

Das Beißen HEINE LA MORSURE INTERMEZZO LYRIQUE LIII

Das Beißen Heine
INTERMEZZO LYRIQUE
Heinrich Heine

Das Beißen HEINE La Morsure

INTERMEZZO LYRIQUE HEINE
LITTERATURE ALLEMANDE
intermezzo-lyrique-heine-artgitato-lyrisches-intermezzo-heine-willem-van-aelst-bloemenstilleven-met-horloge



Christian Johann Heinrich Heine
Das Beißen
LA MORSURE




Deutsch Poesie
 Deutsch Literatur

Heinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich Heine

HEINRICH HEINE
1797- 1856

German poet
Poète Allemand
Deutsch Dichter

Heinrich Heine Oeuvre Poèmes Poésie Gedichte Artgitato

Übersetzung – Traduction
Jacky Lavauzelle




INTERMEZZO LYRIQUE HEINE
LIII

Das Beißen

 

 

Lyrisches Intermezzo
LIII
LA MORSURE

1823

INTERMEZZO LYRIQUE
Das Beißen

Mir träumte wieder der alte Traum:
Je rêvais à nouveau ce vieux rêve :
Es war eine Nacht im Maye,
Une nuit de mai,
Wir saßen unter dem Lindenbaum,
Assis sous le tilleul,
Und schwuren uns ewige Treue.
Nous nous jurions l’éternelle fidélité.

*

Das war ein Schwören und Schwören auf’s Neu’,
Un serment remplaçait un serment
Ein Kichern, ein Kosen, ein Küssen;
Les rires aux baisers se mélangeaient ;
Daß ich gedenk des Schwures sey,
Pour que je me souvienne du serment,
Hast du in die Hand mich gebissen.
La main, tu m’as mordu.

*

O Liebchen mit den Aeuglein klar!
Ô ma tendre aux yeux clairs !
O Liebchen schön und bissig!
Ô aimée belle et vorace !
Das Schwören in der Ordnung war,
Le serment suffisait,
Das Beißen war überflüssig.
La morsure était superflue.

*******

LIII

Das Beißen Heine
INTERMEZZO LYRIQUE

********

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LA POESIE DE HEINRICH HEINE

A ce point de vue, Heine est traité en privilégié. Les Allemands peuvent bien maudire le pamphlétaire, ils savent par cœur les vers du poète. Éditeurs, biographes, critiques d’outre-Rhin lui ont consacré d’importans travaux. Chez nous, seul entre les poètes allemands, il bénéficie de ce privilège d’avoir un public. Je ne nie pas que nous n’ayons pour quelques autres, et pour Goethe par exemple, un juste respect. Nous admirons Gœthe, nous ne l’aimons pas. Au contraire, l’auteur de l’Intermezzo est pour quelques Français de France un de ces écrivains qui sont tout près du cœur. Cela tient à plusieurs raisons parmi lesquelles il en est d’extérieures. Heine a vécu pendant de longues années parmi nous ; il parlait notre langue, quoique avec un fort accent ; il l’écrivait, quoique d’une façon très incorrecte ; il nous a loués, quoique avec bien de l’impertinence ; il a été mêlé à notre société ; il a été en rapports avec nos écrivains, nos artistes et même nos hommes politiques. Nous nous sommes habitués à le considérer comme un des nôtres, et sa plaisanterie, fortement tudesque, passe encore pour avoir été une des formes authentiques de l’esprit parisien. Notre sympathie pour Heine se fonde d’ailleurs sur des motifs plus valables. Il a quelques-unes des qualités qui nous sont chères : son style est clair ; ses compositions sont courtes. Nous aimons ces lieds dont quelques-uns durent le temps d’un soupir, l’espace d’un sanglot. Leur pur éclat nous semble celui de la goutte de rosée que le soleil taille en diamant, ou d’une larme qui brille dans un sourire. C’est par eux que le meilleur de la sentimentalité allemande est parvenu jusqu’à nous. Ou, pour parler plus exactement, la poésie de Heine représente une nuance particulière de sensibilité, qu’il a créée et que nous avons accueillie. Aussi doit-elle avoir sa place dans une histoire de la poésie lyrique en France. De même qu’il y a une « critique allemande » de l’œuvre de Heine, il convient qu’il y en ait parallèlement une « critique française ».

René Doumic
Revue littéraire
La poésie de Henri Heine d’après un livre récent
Revue des Deux Mondes
4e période
tome 140
1897
pp. 457-468

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INTERMEZZO LYRIQUE
LII
Das Beißen HEINE

Vergifteten HEINE INTERMEZZO LYRIQUE LII EMPOISONNES

Vergifteten Heine
INTERMEZZO LYRIQUE
Heinrich Heine

Vergifteten HEINE Empoisonnés

INTERMEZZO LYRIQUE HEINE
LITTERATURE ALLEMANDE
intermezzo-lyrique-heine-artgitato-lyrisches-intermezzo-heine-willem-van-aelst-bloemenstilleven-met-horloge



Christian Johann Heinrich Heine
Vergifteten
EMPOISONNES




Deutsch Poesie
 Deutsch Literatur

Heinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich Heine

HEINRICH HEINE
1797- 1856

German poet
Poète Allemand
Deutsch Dichter

Heinrich Heine Oeuvre Poèmes Poésie Gedichte Artgitato

Übersetzung – Traduction
Jacky Lavauzelle




INTERMEZZO LYRIQUE HEINE
LII

Vergifteten

 

Lyrisches Intermezzo
LII
EMPOISONNES

 

1823

INTERMEZZO LYRIQUE
Vergifteten

*

Vergiftet sind meine Lieder;
Empoisonnées sont mes chansons ;
 Wie könnt’ es anders seyn?
Comment pourrait-il en être autrement ?
 Du hast mir ja Gift gegossen
Tu m’as déjà versé le poison
  In’s blühende Leben hinein.
En moi, sur la fleur de ma vie.

*

Vergiftet sind meine Lieder;
Empoisonnées sont mes chansons ;
Wie könnt’ es anders seyn?
Comment pourrait-il en être autrement?
Ich trage im Herzen viel Schlangen,
Je porte tant de serpents dans le cœur,
Und dich, Geliebte mein.
Et toi, ma tendre aimée.

*******

LII

Vergifteten
INTERMEZZO LYRIQUE

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LA POESIE DE HEINRICH HEINE

A ce point de vue, Heine est traité en privilégié. Les Allemands peuvent bien maudire le pamphlétaire, ils savent par cœur les vers du poète. Éditeurs, biographes, critiques d’outre-Rhin lui ont consacré d’importans travaux. Chez nous, seul entre les poètes allemands, il bénéficie de ce privilège d’avoir un public. Je ne nie pas que nous n’ayons pour quelques autres, et pour Goethe par exemple, un juste respect. Nous admirons Gœthe, nous ne l’aimons pas. Au contraire, l’auteur de l’Intermezzo est pour quelques Français de France un de ces écrivains qui sont tout près du cœur. Cela tient à plusieurs raisons parmi lesquelles il en est d’extérieures. Heine a vécu pendant de longues années parmi nous ; il parlait notre langue, quoique avec un fort accent ; il l’écrivait, quoique d’une façon très incorrecte ; il nous a loués, quoique avec bien de l’impertinence ; il a été mêlé à notre société ; il a été en rapports avec nos écrivains, nos artistes et même nos hommes politiques. Nous nous sommes habitués à le considérer comme un des nôtres, et sa plaisanterie, fortement tudesque, passe encore pour avoir été une des formes authentiques de l’esprit parisien. Notre sympathie pour Heine se fonde d’ailleurs sur des motifs plus valables. Il a quelques-unes des qualités qui nous sont chères : son style est clair ; ses compositions sont courtes. Nous aimons ces lieds dont quelques-uns durent le temps d’un soupir, l’espace d’un sanglot. Leur pur éclat nous semble celui de la goutte de rosée que le soleil taille en diamant, ou d’une larme qui brille dans un sourire. C’est par eux que le meilleur de la sentimentalité allemande est parvenu jusqu’à nous. Ou, pour parler plus exactement, la poésie de Heine représente une nuance particulière de sensibilité, qu’il a créée et que nous avons accueillie. Aussi doit-elle avoir sa place dans une histoire de la poésie lyrique en France. De même qu’il y a une « critique allemande » de l’œuvre de Heine, il convient qu’il y en ait parallèlement une « critique française ».

René Doumic
Revue littéraire
La poésie de Henri Heine d’après un livre récent
Revue des Deux Mondes
4e période
tome 140
1897
pp. 457-468

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INTERMEZZO LYRIQUE
LII
Vergifteten HEINE

Ästhetik und Gefühle HEINE INTERMEZZO LYRIQUE LI ESTHETIQUE & SENTIMENT

Ästhetik und Gefühle Heine
INTERMEZZO LYRIQUE
Heinrich Heine

Ästhetik und Gefühle

INTERMEZZO LYRIQUE HEINE
LITTERATURE ALLEMANDE
intermezzo-lyrique-heine-artgitato-lyrisches-intermezzo-heine-willem-van-aelst-bloemenstilleven-met-horloge



Christian Johann Heinrich Heine
Ästhetik und Gefühle
ESTHETIQUE ET SENTIMENT

 




Deutsch Poesie
 Deutsch Literatur

Heinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich Heine

HEINRICH HEINE
1797- 1856

German poet
Poète Allemand
Deutsch Dichter

Heinrich Heine Oeuvre Poèmes Poésie Gedichte Artgitato

Übersetzung – Traduction
Jacky Lavauzelle




INTERMEZZO LYRIQUE HEINE
LI

Ästhetik und Gefühle

 

 

Lyrisches Intermezzo
LI
Esthétique & Sentiment

 

1823

INTERMEZZO LYRIQUE
Ästhetik und Gefühle Heine

Sie saßen und tranken am Theetisch,
Assis, ils buvaient à la table à thé,
Und sprachen von Liebe viel.
Parlant de l’amour, beaucoup.
Die Herren, die waren ästhetisch,
Les hommes, l’esthétique,
Die Damen von zartem Gefühl.
Les dames, les tendres sentiments.

*

Die Liebe muß seyn platonisch,
« L’amour doit être platonique »,
Ah!Der dürre Geheimrath sprach.
Lança le sec conseiller privé.
Die Räthin lächelt ironisch,
La conseillère sourit ironiquement,
Und dennoch seufzet sie: Ach!
Et pourtant, soupira : « Ah ! »

*

Der Domherr öffnet den Mund weit:
Le chanoine ouvrit grand la bouche :
Die Liebe sey nicht zu roh,
« L’amour ne doit pas être trop cru,
Sie schadet sonst der Gesundheit.
Il nuit alors à la santé. »
Das Fräulein lispelt: wie so?
Les jeunes chuchotèrent : « comment ça ? »

*

Die Gräfin spricht wehmüthig:
La comtesse dit tristement:
Die Liebe ist eine Passion!
« L’amour est une passion ! »
Und präsentiret gütig
Et présenta convenablement
Die Tasse dem Herren Baron.
Une tasse à monsieur le Baron.

*

Am Tische war noch ein Plätzchen;
Sur la table, une place vide encore ;
Mein Liebchen, da hast du gefehlt.
Ma bien-aimée, tu y étais absente.
Du hättest so hübsch, mein Schätzchen,
Tu aurais été si mignonne, mon bébé,
Von deiner Liebe erzählt.
De nous parler aussi d’amour.

*******

LI

Ästhetik und Gefühle Heine
INTERMEZZO LYRIQUE

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LA POESIE DE HEINRICH HEINE

A ce point de vue, Heine est traité en privilégié. Les Allemands peuvent bien maudire le pamphlétaire, ils savent par cœur les vers du poète. Éditeurs, biographes, critiques d’outre-Rhin lui ont consacré d’importans travaux. Chez nous, seul entre les poètes allemands, il bénéficie de ce privilège d’avoir un public. Je ne nie pas que nous n’ayons pour quelques autres, et pour Goethe par exemple, un juste respect. Nous admirons Gœthe, nous ne l’aimons pas. Au contraire, l’auteur de l’Intermezzo est pour quelques Français de France un de ces écrivains qui sont tout près du cœur. Cela tient à plusieurs raisons parmi lesquelles il en est d’extérieures. Heine a vécu pendant de longues années parmi nous ; il parlait notre langue, quoique avec un fort accent ; il l’écrivait, quoique d’une façon très incorrecte ; il nous a loués, quoique avec bien de l’impertinence ; il a été mêlé à notre société ; il a été en rapports avec nos écrivains, nos artistes et même nos hommes politiques. Nous nous sommes habitués à le considérer comme un des nôtres, et sa plaisanterie, fortement tudesque, passe encore pour avoir été une des formes authentiques de l’esprit parisien. Notre sympathie pour Heine se fonde d’ailleurs sur des motifs plus valables. Il a quelques-unes des qualités qui nous sont chères : son style est clair ; ses compositions sont courtes. Nous aimons ces lieds dont quelques-uns durent le temps d’un soupir, l’espace d’un sanglot. Leur pur éclat nous semble celui de la goutte de rosée que le soleil taille en diamant, ou d’une larme qui brille dans un sourire. C’est par eux que le meilleur de la sentimentalité allemande est parvenu jusqu’à nous. Ou, pour parler plus exactement, la poésie de Heine représente une nuance particulière de sensibilité, qu’il a créée et que nous avons accueillie. Aussi doit-elle avoir sa place dans une histoire de la poésie lyrique en France. De même qu’il y a une « critique allemande » de l’œuvre de Heine, il convient qu’il y en ait parallèlement une « critique française ».

René Doumic
Revue littéraire
La poésie de Henri Heine d’après un livre récent
Revue des Deux Mondes
4e période
tome 140
1897
pp. 457-468

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INTERMEZZO LYRIQUE
L
Ästhetik und Gefühle HEINE