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TRADUCTION LATIN JACKY LAVAUZELLE

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Traduction Latin Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
LATINE
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Plautus Plaute Artgitato Mostellaria Le Revenant





Traductions Artgitato Français Portugais Latin Tchèque Allemand Espagnol

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TRADUCTION LATIN

LATINE

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Hildegarde de Bingen

Poèmes
hildegarde-de-bingen-poemes-hildegard-von-bingen-artgitato




Catulle
Catullus

La Poésie de Catulle

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JUVENAL
Decimus Iunius Iuvenalis
VIE & OEUVRE
SATIRES – SATVRAE

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Plaute

Le Revenant – Mostellaria
Vers 190 av J-C

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Pline l’Ancien

Historiarum Mundi – Histoire Naturelle
 Quand le Parfum devient luxe

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Publilius Syrus

In Luxuriam – Contre le luxe
Sentences – Sententiae
Sur l’avarice, l’avidité et l’argent

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 Sénèque

De Brevitate Vitae – De la brièveté de la vie

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Caius Suetonius Tranquillus
Suétone

De vita Caesarum libri VIII- La Vie des douze Césars
Caligula

Traductions Artgitato Français Portugais Latin Tchèque Allemand Espagnol

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Traduction Latin

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LA TRADUCTION ET LA VERSION
DANS
LA PREMIERE ENCYCLOPEDIE

TRADUCTION, s. f. VERSION, s. f. (Synonymes.) On entend également par ces deux mots la copie qui se fait dans une langue d’un discours premièrement énoncé dans une autre, comme d’hébreu en grec, de grec en latin, de latin en français, &c. Mais l’usage ordinaire nous indique que ces deux mots different entre eux par quelques idées accessoires, puisque l’on employé l’un en bien des cas ou l’on ne pourrait pas se servir de l’autre : on dit, en parlant des saintes écritures, la Version des septante, la Version vulgate ; & l’on ne dirait pas de même, la Traduction des septante, la Traduction vulgate : on dit au contraire que Vaugelas a fait une excellente traduction de Quint-Curce, & l’on ne pourroit pas dire qu’il en a fait une excellente version.

Il me semble que la version est plus littérale, plus attachée aux procédés propres de la langue originale, & plus asservie dans ses moyens aux vues de la construction analytique ; & que la traduction est plus occupée du fond des pensées, plus attentive à les présenter sous la forme qui peut leur convenir dans la langue nouvelle, & plus assujettie dans ses expressions aux tours & aux idiotismes de cette langue.

Delà vient que nous disons la version vulgate, & non la traduction vulgate ; parce que l’auteur a tâché, par respect pour le texte sacré, de le suivre littéralement, & de mettre, en quelque sorte, l’hébreu même à la portée du vulgaire, sous les simples apparences du latin dont il emprunte les mots. Miserunt Judæi ab Jerosolimis sacerdotes & levitas ad eum, ut interrogarent eum : tu quis es ? (Joan. j. 19.) Voilà des mots latins, mais point de latinité, parce que ce n’était point l’intention de l’auteur ; c’est l’hébraïsme tout pur qui perce d’une manière évidente dans cette interrogation directe, tu quis es : les latins auraient préféré le tour oblique quis ou quisnam esset ; mais l’intégrité du texte original serait compromise. Rendons cela en notre langue, en disant, les juifs lui envoyèrent de Jérusalem des prêtres & des lévites, afin qu’ils l’interrogeassent, qui es tu ? Nous aurons une version française du même texte : adaptons le tour de notre langue à la même pensée, & disons, les juifs lui envoyèrent de Jérusalem des prêtres & des lévites, pour savoir de lui qui il était ; & nous aurons une traduction.

L’art de la traduction suppose nécessairement celui de la version ; & delà vient que les translations que l’on fait faire aux jeunes gens dans nos collèges du grec ou du latin en français, sont très-bien nommées des versions : les premiers essais de traduction ne peuvent & ne doivent être rien autre chose.

La version littérale trouve ses lumières dans la marche invariable de la construction analytique, qui lui sert à lui faire remarquer les idiotismes de la langue originale, & à lui en donner l’intelligence, en remplissant les vides de l’ellipse, en supprimant les redondances du pléonasme, en ramenant à la rectitude de l’ordre naturel les écarts de la construction usuelle.

La traduction ajoute aux découvertes de la version littérale, le tour propre du génie de la langue dans laquelle elle prétend s’expliquer : elle n’employe les secours analytiques que comme des moyens qui font entendre la pensée ; mais elle doit la rendre cette pensée, comme on la rendrait dans le second idiome, si on l’avait conçue, sans la puiser dans une langue étrangère. Il n’en faut rien retrancher, il n’y faut rien ajouter, il n’y faut rien changer ; ce ne serait plus ni version, ni traduction ; ce serait un commentaire.

Ne pouvant pas mettre ici un traité développé des principes de la traduction, qu’il me soit permis d’en donner seulement une idée générale, & de commencer par un exemple de traduction, qui, quoique sorti de la main d’un grand maître, me paraît encore répréhensible.

Cicéron, dans son livre intitulé Brutus, ou des orateurs illustres, s’exprime ainsi : (ch. xxxj.) Quis uberior in dicendo Platone ? Quis Aristotele nervosior ? Theophrasto dulcior ? Voici comment ce passage est rendu en Français par M. de la Bruyère, dans son discours sur Théophraste : « Qui est plus fécond & plus abondant que Platon ? plus solide & plus ferme qu’Aristote ? plus agréable & plus doux que Théophraste ? ».

C’est encore ici un commentaire plutôt qu’une traduction, & un commentaire au-moins inutile. Uberior ne signifie pas tout à la fois plus abondant & plus fécond ; la fécondité produit l’abondance, & il y a entre l’un & l’autre la même différence qu’entre la cause & l’effet ; la fécondité était dans le génie de Platon, & elle a produit l’abondance qui est encore dans ses écrits.

Nervosus, au sens propre, signifie nerveux ; & l’effet immédiat de cette heureuse constitution est la force, dont les nerfs sont l’instrument & la source : le sens figuré ne peut prendre la place du sens propre que par analogie, & nervosus doit pareillement exprimer ou la force, ou la cause de la force. Nervosior ne veut donc pas dire plus solide & plus ferme ; la force dont il s’agit in dicendo, c’est l’énergie.

Dulcior (plus agréable & plus doux) ; dulcior n’exprime encore que la douceur, & c’est ajouter à l’original que d’y joindre l’agrément : l’agrément peut être un effet de la douceur, mais il peut l’être aussi de toute autre cause. D’ailleurs pourquoi charger l’original ? Ce n’est plus le traduire, c’est le commenter ; ce n’est plus le copier, c’est le défigurer.

Ajoutez que, dans sa prétendue traduction, M. de la Bruyère ne tient aucun compte de ces mots in dicendo, qui sont pourtant essentiels dans l’original, & qui y déterminent le sens des trois adjectifs uberior, nervosior, dulcior : car la construction analytique, qui est le fondement de la version, & conséquemment de la traduction, suppose la phrase rendue ainsi ; quis suit uberior in dicendo præ Platone ? quis fuit nervosior in dicendo, præ Aristotele ? quis fuit dulcior in dicendo, præ Theophrasto ? Or dès qu’il s’agit d’expression, il est évident que ces adjectifs doivent énoncer les effets qui y ont produit les causes qui existaient dans le génie des grands hommes dont on parle.

Ces réflexions me porteraient donc à traduire ainsi le passage dont il s’agit : Qui a dans son élocution plus d’abondance que Platon ? plus de nerf qu’Aristote ? plus de douceur que Théophraste ? si cette traduction n’a pas encore toute l’exactitude dont elle est peut-être susceptible, je crois du moins avoir indiqué ce qu’il faut tâcher d’y conserver ; l’ordre des idées de l’original, la précision de sa phrase, la propriété de ses termes.J’avoue que ce n’est pas toujours une tâche fort aisée ; mais qui ne la remplit pas n’atteint pas le but.

« Quand il s’agit, dit M. Batteux, (Cours de belles-lettres, III. part. jv. sect.) de représenter dans une autre langue les choses, les pensées, les expressions, les tours, les tons d’un ouvrage ; les choses telles qu’elles sont, sans rien ajouter, ni retrancher, ni déplacer ; les pensées dans leurs couleurs, leurs degrés, leurs nuances ; les tours qui donnent le feu, l’esprit, la vie au discours ; les expressions naturelles, figurées, fortes, riches, gracieuses, délicates, &c. & le tout d’après un modèle qui commande durement, & qui veut qu’on lui obéisse d’un air aisé : il faut, sinon autant de génie, du-moins autant de goût, pour bien traduire que pour composer. Peut-être même en faut-il davantage. L’auteur qui compose, conduit seulement par une sorte d’instinct toujours libre, & par sa matière qui lui présente des idées qu’il peut accepter ou rejeter à son gré, est maître absolu de ses pensées & de ses expressions : si la pensée ne lui convient pas, ou si l’expression ne convient pas à la pensée, il peut rejeter l’une & l’autre : quæ desperat tractata nitescere posse, relinquit. Le traducteur n’est maître de rien ; il est obligé de suivre partout son auteur, & de se plier à toutes ses variations avec une souplesse infinie. Qu’on en juge par la variété des tons qui se trouvent nécessairement dans un même sujet, & à plus forte raison dans un même genre… Pour rendre tous ces degrés, il faut d’abord les avoir bien sentis, ensuite maîtriser à un point peu commun la langue que l’on veut enrichir de dépouilles étrangères. Quelle idée donc ne doit-on pas avoir d’une traduction faite avec succès ? »

Rien de plus difficile en effet, & rien de plus rare qu’une excellente traduction, parce que rien n’est ni plus difficile ni plus rare, que de garder un juste milieu entre la licence du commentaire & la servitude de la lettre. Un attachement trop scrupuleux à la lettre, détruit l’esprit, & c’est l’esprit qui donne la vie : trop de liberté détruit les traits caractéristiques de l’original, on en fait une copie infidèle.

Qu’il est fâcheux que les révolutions des siècles nous aient dérobé les traductions que Cicéron avait faites de grec en latin, des fameuses harangues de Démosthène & d’Eschine : elles seraient apparemment pour nous des modèles sûrs ; & il ne s’agirait que de les consulter avec intelligence, pour traduire ensuite avec succès. Jugeons-en par la méthode qu’il s’était prescrite dans ce genre d’ouvrage, & dont il rend compte lui-même dans son traité de optimo genere oratorum. C’est l’abrégé le plus précis, mais le plus lumineux & le plus vrai, des règles qu’il convient de suivre dans la traduction ; & il peut tenir lieu des principes les plus développés, pourvu qu’on sache en saisir l’esprit. Converti ex atticis, dit-il, duorum eloquentissimorum nobilissimas orationes inter se contrarias, Eschinis Demosthenisque ; nec converti ut interpres, sed ut orator, sententiis iisdem, & earum formis tanquam figuris ; verbis ad nostram consuetudinem aptis, in quibus non verbum pro verbo necesse habui reddere, fed genus omnium verborum vimque servavi. Non enim ea me annumerare lectori putavi oportere, sed tanquam appendere. (B. E. R. M.)

Nicolas Beauzée
Première édition de l
’Encyclopédie
1751
Tome 16

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VILLA BORGHESE – LA FONTAINE DE VENUS – LA FONTANA DELLA VENERE

ROME – ROMA
LA VILLA BORGHESE

Armoirie de Rome

Traductions & Photos  Jacky Lavauzelle

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FONTANA DELLA VENERE
La Fontaine de Vénus

« cuius effigiem habitu Cupidinis in aede Capitolinae Veneris Liuia dedicauit »
Livia mit son effigie sous la protection de Cupidon, et la consacra dans le temple de
Vénus au Capitole
Caligula – Suétone (Chapitre VII)

fontana della venere Fontaine de Venus Villa Borghese Roma Rome Artgitato 1

 Venere Callipige in una oscena
Venus Callipyge dans une obscène

posa. Scolpiti nel tondeggiamento
pose. Sculptées dans les courbes
de’ lombi stan due solchi; ampia la schiena
de ses reins deux rainures son échine ample
piegasi ad un profondo incavamento.
qu’elle plie, profondément se creuse.
Argentea -Argentée- Sonnet de Gabriele d’Annunzio

 

fontana della venere Fontaine de Venus Villa Borghese Roma Rome Artgitato 2

Sustentava contra ele Vénus bela,
Se tenait contre lui la belle Vénus,
Afeiçoada à gente Lusitana,
Affectueuse avec  le peuple Lusitanien,
Por quantas qualidades via nela
Pour les nombreuses qualités qu’elle voyait en lui
Da antiga tão amada sua Romana
De l’antique et tant aimée Rome 

Os Lusiadas – Les Lusiades
Luis de Camões – Canto Primeiro – Verso 33

fontana della venere Fontaine de Venus Villa Borghese Roma Rome Artgitato 3

Lugete, O Veneres Cupidinesque,
Pleurez, O Amours

 et quantum est hominum venustiorum:
et vous aussi hommes vénérables :
passer mortuus est meae puellae,
le passereau de mon amie est mort,
passer, deliciae meae puellae,
Le passereau, que la délicieuse enfant
quem plus illa oculis suis amabat.
aimait plus que ses propres yeux.

La Mort du Passereau – Luctus in morte passeris
Catulle – Catullus
Poésie III

fontana della venere Fontaine de Venus Villa Borghese Roma Rome Artgitato 4 fontana della venere Fontaine de Venus Villa Borghese Roma Rome Artgitato 5

fontana della venere Fontaine de Venus Villa Borghese Roma Rome Artgitato 6

PHILOLACHES
(Elle voit Philématie – à part)
O Venus venusta !
Ô belle Vénus,

Haec illa est tempestas mea, mihi quae modestiam omnem
 Voici ma tempête, qui a modestement mis à nu

 Detexit, tectus qua fui, quam Amor et Cupido
 Ma couverture ; que l’Amour et Cupidon

In pectus perpluit meum, neque jam umquam optegere possum.
En mon sein, ruissellent, que déjà maintenant je ne puis plus me protéger.

PLAUTE
Mostellaria – Le Revenant
Acte I -Scène 3

fontana della venere Fontaine de Venus Villa Borghese Roma Rome Artgitato 7

Plaute – LE SOLDAT FANFARON – LE MAÎTRE PRETENTIEUX &L’ESCLAVE MALICIEUX

PLAUTE
MILES GLORIOSUS
LE SOLDAT FANFARON

buste de Plaute

Le Maître
prétentieux




&
L’esclave
malicieux

 

 

 

Pour approcher Pyrgopolinice, le meilleur

conseil vient de Palestrion, son nouvel esclave :

il faut louer sa beauté et son allure, s’émerveiller de ses vertus (conlaudato formam et faciem, et virtutes conmemorato). Alors les portes de son cœur s’ouvrent. Et la citadelle s’effrite de tous côtés.

Aetna mons non aeque altus

Il a de bien nombreux défauts, mais pas tous. Il se glorifie d’exploits guerriers et de nombreuses aventures (Alazon graece huic nomen est comoedia, id nos latine Gloriosum dicimus). Il ne se glorifie pas d’être riche, par exemple ; il n’est pas cupide (non mihi avaritia unquam ingnata est ; satis est divitiarum. Plus mi auri mille est modiorum Philippei), même s’il ne se montre pas tout-à-fait désintéressé par l’argent. Palestrion avoue que cette richesse est bien supérieure encore, plus haute que des montagnes, et dépasse même l’Etna (Aetna mons non aeque altus). Il est capable de laisser un véritable petit trésor pour assouvir sa soif de conquête féminine en laissant Philocomasie, l’amante de l’athénien Pleuside,



Nepos sum Veneris

Il se veut  le fils de Mars et le petit-fis de Vénus (nepos sum Veneris). Il est la force et la beauté. Personne ne lui résiste. Les femmes se pâment et les hommes tombent en charpie. Il se veut invincible et séducteur, il n’est qu’un fanfaron.
Le monde autour de lui se joue de sa bêtise qui se fortifie un peu plus chaque jour.

 Ce Fils de Mars, chante ses exploits divins de surhomme à la première scène  et se retrouvera humilié par des esclaves, dans la maison de Périplectomène,  dans  la dernière scène dans l’impossibilité de se défendre.

 Pour l’art de la guerre, tout commença si bien aidé de son bouclier resplendissant les rayons du soleil (Curate, ut splendor meo sit clupeo clarior, quam solis radii esse olim, quom sudum ’st, solent), avant que son épée ne fende l’ennemi pour en faire du hachis. Pyrgopolinice plus qu’un fils des dieux est un dieu lui-même. Il rayonne et inonde. Il parle à son épée et à son bouclier. Nul besoin d’une armée. Il suffit. Il est là par-dessus la bataille. Il est le Don Quichotte de ce IIIe siècle avant J-C. Il croit avoir trouvé son Sancho Panza en Artorogus. Il se dit fidèle (heic est ; stat propter virum fortem atque fortunatum, et forma regia), il sera sa perte. Artorogus, l’esclave stratège, organisera la défaite de Pyrgopolinice. Celui-ci n’est pas un menteur comme le souligne Artorogus, il est dans son monde, à moitié fou. Il est persuadé d’être ce divin guerrier et ce séducteur émérite. Les moqueries des autres ne sont pas comprises, mal interprétées ; elles alimentent sa croyance.

 Venus me amat !





Dans l’art de l’amour, il est conseillé par Vénus (Venus me amat), il dépasse Alexandre en beauté et il sait que son charme est à peine supportable pour les femmes qui ne peuvent s’empêcher de lui courir après telles des furies (Itaque Alexandri praestare praedicat fornam suam : itaque omneis se ultro sectari in Epheso memorat mulieres – Atque ejus elegantia (Acrotéleutie))

 CAECA AMORE EST

Sa seule vue fait défaillir (Quia stare nequeo, ita animus per oculos meos defit (Acrotéleutie)). Autant les hommes sur le champ de bataille que les femmes sur le terrain amoureux (Viri quoque armati idem istuc faciunt ; ne tu mirere plus mulierem. Sed quid volt me agere ?). Il brille tant qu’il aveugle,  mais l’amour n’est –il pas aveugle ? (Caeca amore est)

Pour autant, Palestrion lui rappelle qu’il ne doit pas céder facilement aux avances de ces dames. Il a un prestige à préserver. Il ne doit pas se compromettre si rapidement, il doit garder de la hauteur et ne point se déprécier en courant le jupon (Nam tu te vilem feceris, si tu ultro largiere. Sine ultro veiat, quaeritet, desideret, exspectet. Submovere istam vis gloriam quam habes ? cave, sis, faxis. Nam nulli mortali scio obtigisse hoc, nisi duobus, tibi et Phaoni Lesbio, tam misere ut amarentur. (Palestrion))

 UN ETALON HUMAIN

En mélangeant le guerrier et l’amoureux, il ne pourra engendrer que des enfants résistants et magnifiques qui vivront des centaines d’années, voire mille ans. Il est l’étalon humain (nam tu quidem ad equas fuisti scitus admissarius (Palestrion), celui qui engendra une race nouvelle. Une race pure de héros, invincibles (Meri bellatores gignuntur, quas hic praegnateis fecit, et pueri annos octingentos vivont (Palestrion) – Quin mille annorum perpetuo vivont, ab seclo ad seclum (Pyrgopolinice))



LE MAÎTRE E(S)T L’ESCLAVE

L’esclave est le maître. C’est lui qui décide et qui prend toutes les décisions importantes (siccam, succidam, quam lepidissumam potes), et le vieil homme libre qui l’écoute et demande des précisions (lautam vis, an quae nondum sit lauta ?). Son nouveau maître lui aussi demande toujours des conseils (loquere, et consilium cedo). C’est Artrogrus qui montre la voie, qui dirige (Tum te hoc facere oportet –  Tibi sum obediens (Pyrgopolinice)- Id nos ad te, si quid velles, venimus (Acrotéleutie)).

 INPETRABIS, INPERATOR
Volo! Tace!

Il est même appelé Général, Empereur (Inpetrabis, inperator, quod ego potero, quod voles (Acroteleutium)).

 Il décide seul (Volo) et pour cela fait taire son maître comme s’il était un vulgaire valet (Tace !)

 Palestrion est le metteur en scène de la pièce. La pièce centrale. Il ouvre et referme, avance et retire. Il est l’architecte, non pas seulement quand il se présente à Acrotéleutie, mais du début à la fin de la pièce (Salve, architecte…Nam, mi patrone, hoc cogitato : ubi probus est architectus, bene lineatam si semel carinam conlocavit)

QUANTAS RES TURBO!



Sa décision n’est jamais contestée. Il tranche. Personne ne lui résiste, aucun esclave, aucun homme libre. Cette pensée parfois l’interpelle, ainsi que le poids de sa responsabilité (Quantas res turbo ! Quantas moveo machinas !) Mais l’action ne s’arrête pas. Il est inutile de réfléchir trop  longtemps.

 Il fait sortir et rentrer à sa guise les personnages (St, tace ! aperiuntur foreis, concede huc clanculum). Il guide Pyrgopolinice comme un caniche (sequere hac me ergo – pedisequos tibi sum).

 CONFIDO CONFUTURUM

Il est le lien. Il joint les personnages. Affecte les rôles. Libère les prisonniers. Il est le malicieux qui tisse. Il sait que sur ce terrain-là il est imbattable. Il sait comment nouer des alliances indéfectibles (Confido confuturum. Ubi facta erit conlatio nostrarum malitiarum, haud vereor, ne nos subdola perfidia pervincamur).  Il négocie secrètement avec les autres personnages, en s’entourant d’un nuage mystérieux (Nam hoc negoti clandestino, ut agerem, mandatum ‘st mihi)

 TUIS VIDEO ID

Il est même visionnaire. Il a des connaissances parfaites sur la nature humaine (Gnivi indolem nostri ingenii). Il voit ce qui va arriver. Palestrion est un prophète ! (Bonus vates poteras esse ; nam quae sunt futura, dicis. (Acrotéleutie))

 En tant que vision, il est l’œil par lequel les autres voient la réalité. Pyrgopolinice ne voit plus qu’à travers ses yeux, tel un aveugle (Tuis video id, quod crebo tibi. ). Ce que je crois, je le crois car je l’ai vu à travers toi.

Jacky Lavauzelle

PLAUTE – MOSTELLARIA – LE REVENANT (pièce en 5 actes)

PLAUTE

 LE REVENANT – MOSTALLERIA
vers 190 av. J.-C.





Plautus Plaute Artgitato Mostellaria Le Revenant

Traduction Jacky Lavauzelle

ACTE I
Scène 1

GRUMIO – GRUMION
Fermier de la Maison Theuropide
à la porte de la maison de Theuropide

Exi e culina, sis, foras, mastigia,

Sors de ta cuisine, canaille !

Qui mi inter patinas exhibes argutias.

 Qui fait le beau au milieu des casseroles.

 Egredere, erilis permities, ex aedibus.

Sors ! Fléau de ton maître !

Ego, pol,  te ruri, si vivam, ulciscar probe.

 Moi, par Pollux, si je vis, je me vengerai à la ferme !

Exi, inquam, nidor, e culina. quid lates?                  



Sors, te dis-je, des odeurs de ta cuisine ! Que caches-tu donc ?

                                                                                                                              

TRANIO – TRANION
Servant-Esclave- de la maison de Theuropide
Il sort

Quid tibi, malum, hic ante aedis clamitatiost?

 Qu’est-ce que tu as à crier devant notre maison ?

An ruri censes te esse? abscede ab aedibus.

Où crois-tu être ? Fous le camp !

Abi rus, abi,  dierecte, abscede ab janua.

Retourne aux champs !, allez ! Crétin ! Pars !

Hem, hocine volebas?

Tiens ! C’est ça ce que tu veux ?
(il le frappe)

 

GRUMION

Perii ! Cur me verberas?

Aïe ! Je meurs ! Pourquoi me frappes-tu ?

 

TRANION

Quia, tu, vis.

Parce que tu vis encore !

 

GRUMION

Patiar ! Sine modo adveniat senex

Je souffre ! Quand notre vieux maître rentrera



Sine modo venire salvom, quem absentem comes.

Sain et sauf, il verra que tu le dévores pendant son absence !

 

TRANION

 Nec veri simile loquere, nec verum, frutex,

Qu’est-ce que tu racontes ? Frustre ! C’est n’importe quoi !

 Comesse quemquam ut quisquam absentem possiet.

On ne dévore pas quelqu’un qui n’est pas là !



 

GRUMION

Tu urbanus vero scurra, deliciae popli,             

Toi, qui fait le beau, le  sophistiqué de la ville !

Rus mihi tu objectas? sane hoc, credo, Tranio,

Tu te crois supérieur aux paysans ? Tu crois vraiment, Tranion,

Quod te in pistrinum scis actutum tradier.

Tu seras un jour envoyé au moulin !

Cis, hercle, paucas tempestates, Tranio,

Par Hercule ! Dans peu de temps, Tranion,

Augebis ruri numerum, genus ferratile.

Tu rejoindras la populace des champs !

Nunc, dum tibi lubet licetque, pota, perde rem,    

Maintenant,  fais à ta guise, puisque tu veux tout perdre ainsi

Corrumpe herilem filium, adulescentem optumum.

Détruis le fils de notre maître, cet adolescent si prometteur !

Dies noctesque bibite, pergraecamini,

Jours et nuits, vous buvez, vous vivez à la grecque !

Amicas emite, liberate, pascite

Achetez des filles, puis les affranchir, vous gavez

Parasitos, obsonate pollucibiliter.

Les parasites, videz les marchés pour vos orgies !



Haeccine mandavit tibi, quom peregre hinc iit, senex?    

Est-ce ce ça qu’a demandé, avant de partir, notre vieux maître ?

Hoccine modo hic rem, curatam obfendet suam?

Est-ce ainsi qu’il entend que ses biens soient gérés ?

Hoccine boni esse opficium servi existumas,

Est-ce ainsi que l’on sert bien les intérêts de son maître ?

 Ut heri sui conrumpat et rem et filium?

En corrompant ainsi et la fortune et le fils ?

Nam ego illum conruptum duco, quom his factis studet;

Il est désormais corrompu, avec ce qu’il a fait !

Quo nemo adaeque juventute ex omni Attica                

Lui qui n’avait pas son pareil dans toute la jeunesse d’Attique

Antehac est habitus parcus, nec magis continens ;

Jusqu’à présent  qui avait l’habitude d’être économe

Is nunc in aliam partem palmam possidet.

Et qui maintenant c’est dans une autre partie qu’il obtient la palme.

Virtute id factum tua et magisterio tuo.

Et c’est grâce à tes actions et à tes leçons !

 

TRANION

Quid tibi, malum, me aut quid ego agam curatio’st ?

Qu’est-ce que tu as, malheureux, à être curieux ainsi de ce que je fais ?

An ruri quaeso non sunt, quos cures, bovis?                

Ne peux-tu donc pas t’occuper à soigner tes bœufs ?

Lubet potare, amare, scorta ducere.

Et s’il me plaît à moi de boire, d’aimer, et d’être escorter par de belles et jolies filles.

Mei tergi facio haec, non tui, fiducia.

C’est mon dos qui répondra de tout ça, non le tien, fais-moi confiance.

 

GRUMION

Quam confidenter loquitur ! Fue !

Comme tu parles hardiment ! Fi !



 

TRANION
(soudain écœuré, recule)

 At te Jupiter

Que Jupiter,

Dique omneis perduint, fu, oboluisti,  allium.

Et tous les Dieux réunis t’anéantissent, ce que tu pues l’ail !

Germana inluvies, rusticus, hircus, hara suis

Misérable, rustre, bouc, porcherie ambulante !

Canes capro conmista.

Mélange de chien et de bouc !

 

GRUMION

Quid tu vis fieri?

Et alors que veux-tu que j’y fasse ?

Non omneis possunt olere unguenta exotica,

Tout le monde ne peut pas sentir l’odeur des parfums exotiques,

Si tu oles, neque superior adcumbere,

Comme toi, ni occuper la meilleure place à table

Neque tam facetis, quam tu vivis,  victibus.

Ni être aussi spirituel quand tous les aliments à disposition.

Tu tibi istos habeas turtures, pisceis, aveis :          

Tu peux garder tes tourterelles, tes poissons et tes volailles :

Sine me alliato fungi fortunas meas.

Laisse-moi mon ail et vivre ma vie !

Tu fortunatus, ego miser : patiunda sunt.

Tu es un homme heureux et moi un misérable : c’est ainsi.

Meum bonum me, te tuum maneat malum.         

Mais à moi les bonnes choses à venir, et pour toi de grands malheurs.

 

TRANION





Quasi invidere mihi hoc videre, Grumio,         

Mais tu désires vivre comme moi, Grumion,

Quia mihi bene est, et tibi male est ; dignissumum’st.

Pour moi la vie est facile, et toi tu vis chichement.

Decet me amare, et te bubulcitarier ;

Je suis fait pour aimer, et toi conduire les bœufs ;

Me victitare polchre, et te miseris modis.

A moi de vivre agréablement, et à toi de vivre misérablement.

 

GRUMION

O carnuficium cribrum, quod credo fore :

Par mille tortures ! Je crois que ce sera l’inverse :

Ita te forabunt patibulatum per vias

Ils te traîneront dans les rues, le carcan sur ton dos

 Stimulis, si huc reveniat senex.

En te piquant, si notre vieux maître revient.

 

TRANION

Qui scis  an tibi istuc prius evenat quam mihi ?

Comment sais-tu tout ce qui nous arrivera ?

 

GRUMION

Quia numquam merui, tu meruisti et nunc meres.

Parce que je ne le mérite pas et que toi tu l’as mérité et que tu le mérites aussi maintenant.

 

TRANION

Orationis operam compendi face,

Abrège ton discours,

Nisi te mala re magna mactari cupis.

Sauf si tu souhaites une plus grande correction.

 

GRUMION

Ervom daturin’ estis, bubus quod feram?

Est-ce vous qui donnerez le fourrage qu’attendent mes bœufs ?

Date aes, si non estis : agite, porro, pergite

Donnez-moi de l’argent, si vous n’en êtes pas capable : eh bien ! en avant ! continuez !

Quomodo obcoepistis : bibite, pergraecamini,

Comme vous avez commencé : buvez, vivez comme des grecs

Este, ecfercite vos, saginam caedite.     

Bouffez, saoulez-vous, tuez ce qui est gras.               

 

TRANION





Tace, atque rus abi : ego ire in Piraeum volo,

Tais-toi ! Rentre dans ta campagne ! Je veux aller au Pirée

In vesperum parare piscatum mihi.

Acheter du poisson pour ce soir.

Ervom tibi aliquis cras faxo ad villam adferat.

Quelqu’un demain t’apportera du fourrage.

Quid est? quid tu me nunc obtuere, furcifer?

Qu’est-ce que c’est ? Pourquoi me regardes-tu ainsi, maraud ?

 

GRUMION

Pol, tibi istuc credo nomen actutum fore.    

Par Pollux ! Je crois que ce sera bientôt le nom que tu porteras.

 

TRANION

Dum interea sic sit, istuc actutum sino.

Pourvu que je jouisse maintenant, ce bientôt m’est égal.

 

GRUMION

Ita est : sed unum hoc scito, nimio celerius

Qu’il en soit ainsi : mais sache seulement ceci

Veniet quod molestum’st,  quam id quod cupide petas.

Les ennuis arrivent souvent plus vite que ce nous désirons ardemment..

 

TRANION

Molestus ne sis : nunc jam i rus, teque amove.

Tu m’ennuies. Retourne aux champs et laisse-moi respirer.

Ne tu erres, hercle,  praeterhac mihi non facies moram.

Crois-moi, par Hercule, que je me retiens encore un instant.

 

GRUMION
(enfin seul)

Satin’ abiit, neque quod dixi flocci existumat !

Il est parti, sans tenir compte de ce que j’ai dit !

Pro Di inmortaleis, obsecro vostram fidem ;

Par les Dieux Immortels, je demande votre aide ;

Facite huc ut redeat noster quamprimum senex,

Faîtes donc que notre vieux maître,

Triennium qui jam hinc abest, priusquam omnia

Après trois longues années, revienne bientôt

Periere, et aedis, et ager : qui nisi huc redit,       

Terres et maisons : que tout cela  ne soit pas encore dévoré   



Paucorum mensium sunt relictae reliquiae.

S’il ne revient pas dans les mois à venir,  il n’en restera que des reliques

Nunc rus abibo : nam eccum herilem filium

Maintenant je rentre à la ferme : voici le fils de mon maître

Video  corruptum heic ex adulescente optumo.

Que je vois aujourd’hui corrompu, lui, autrefois, si droit.

 

ACTE I
Scène 2

PHILOLACHES
(Fils du maître Theuropide & amant de Philématie)

 

 

Recordatus multum et diu cogitavi

J’ai beaucoup et longtemps réfléchi

Argumentaque in pectus multa institui

J’ai pris le temps du raisonnement

Ego, atque in meo corde, si est quod mihi cor,

Moi, j’ai questionné mon cœur, si tant est que j’en possède un,

Eam rem volutavi et diu disputavi,

J’ai examiné et j’ai cherché

Hominem quojus rei, quando gnatus esset,

L’homme qui vient de naître, à quoi puis-je le comparer ?

Similem esse arbitrarer simulacrumque habere.

Il ressemble en fait à un bâtiment neuf.

Id reperi jam exemplum.  

J’ai trouvé cette comparaison intéressante ;

Novarum aedium esse arbitror similem ego hominem,

J’aime cette similitude entre le bâtiment et l’homme,

Quando hic gnatus est : ei rei argumenta dicam,

Quand celui-ci vient de naître : vous serez persuadé bientôt de ce que je dis,

Aque hoc haud videtur veri simile vobis :

Et je tiens à vous démontrer ce que j’avance :

At ego id faciam esse ita ut credatis.

Une fois que je vous aurez entendu, vous me croirez.

Profecto ita esse, ut praedico, vera vincam.

Vous serez d’accord avec moi

Atque hoc vosmetipsi, scio,

Vous aussi, j’en suis certain

Proinde uti nunc ego esse autumo, quando

Serez persuadé de la justesse de ma pensée. Quand



Dicta audietis mea, haud aliter id dicetis.

Vous entendrez mes paroles, pas moins vous raconterez.

Auscultate, argumenta dum dico ad hanc rem :

Ecoutez, les arguments que j’expose dans cette affaire;

Simul gnarureis vos volo esse hanc rem mecum.     

Que vous voyiez les choses telles que je les voie.

Aedeis quom extemplo sunt paratae, expolitae,

Le bâtiment est enfin prêt, habitable,                        

Factae probe, examussim,

Bien fait selon les règles de l’art,

Laudant fabrum, atque aedeis probant.

On approuve l’ouvrage et on le couvre de louange.

Inde exemplum expetunt sibi quisque simile,

Si bien que tous veulent en avoir un similaire,

Suo usque sumtu : operae ne parcunt suae.

Quel qu’en soit le prix : rien n’est épargné.

Atque ubi illo immigrat nequam homo, indiligensque,                      

Ensuite qu’arrive un homme sans morale, négligent

Cum pigra familia, immundus, instrenuus,

Avec des esclaves à son image, impurs, sans âme

Heic jam aedibus vitium additur,

A quoi s’ajoutent la négligence et la saleté,

Bonae quom curantur male.

Le bâtiment se détériore de si peu d’entretien.

Atque illud saepe fit, tempestas venit,

Et d’ailleurs, ce qui est souvent le cas, une tempête survient,

Confringit tegulas imbricesque : ibi

Cassant les tuiles de la toiture

Dominus indiligens reddere alias nevolt.

Le maître négligent  n’en remet pas d’autres.

Venit imber, lavit parietes, perpluunt,

La pluie tombe, lave les murs,

Tigna, putrefacit, aer operam fabri.

Les poutres  se putréfient, l’air les pourrit.

Nequior factus jam est usus aedium ;

Il en est fini des beaux travaux de l’architecte

Atque haud est fabri culpa ; sed magna pars

Ce n’est pas la faute de l’architecte ; mais une grande partie

Moram hanc induxerunt, si quid numo sarciri potest,    

Des gens reportent à plus tard, des travaux qui ne coûteraient pas si cher au départ

Usque mantant, neque id faciunt, donicum

Ils attendent et ne font rien

Parietes ruunt: aedificantur aedeis totae denuo.

Les murs sont en ruines : il faut détruire l’édifice et tout rebâtir.

Haec argumenta ego aedificiis dixi : nunc etiam volo

Voici mon argumentation sur les édifices : maintenant je souhaite

Dicere, ut homines aedium esse simileis arbitremini,

Montrer les similitudes entre les gens de sa maison et le bâtiment,

Primumdum, parenteis fabri liberum sunt,     

Premièrement, les parents fabriquent en quelque sorte les enfants,

Et fundamentum, substruunt, liberorum,

Les fondations, la  base,  de leurs enfants,

Extollunt, parant sedulo in firmitatem,

Ils accordent une attention particulière à la solidité de celle-ci,

Ut et in usum boni, et in speciem populo

Et afin qu’ils aient une réelle utilité, et une belle apparence

Sint ; sibique aut materiae non parcunt,

Tous les matériaux sont choisis avec soin,

Nec sumtus sibi sumtui esse ducunt ;         

Aucune dépense n’est jugée extravagante

Expoliunt, docent literas, iura, leges,

Pour les perfectionner, enseigner les lettres, les droits, les lois,

Sumtu suo et labore nituntur, ut

Tous les frais, tout le travail, pour s’efforcer

Alii sibi esse illorum simileis expetant.

Que les autres en souhaitent de semblables.

Ad legionem quom itant, adminiculum eis danunt

Et puis, quand ils partent à la légion, ils se font accompagner

Tum jam aliquem congnatum suum.                               

Par quelqu’un de la famille.

Eatenus abeunt a fabris.

A partir de maintenant l’ouvrier n’est plus maître de son ouvrage.

Unum ubi emeritum ‘st stipendium, igitur tum

Arrive la première campagne militaire, alors

Specimen cernitur, quo eveniat aedificatio.

On juge le spécimen et ce que l’édifice deviendra.

Nam ego ad illud frugi usque et probus fui,

Moi jusqu’à présent, j’étais un honnête homme,

In fabrorum potestate dum fui.

Tant que je restai dans les mains de l’ouvrier.

Posteaquam immigravi in ingenium in meum,          

Plus tard, quand je fus livré à moi-même

Perdidi operam fabrorum inlico oppido.

J’ai perdu ce qu’avait construit l’architecte, immédiatement

Venit ingnavia, ea mihi tempestas fuit,

Je me suis glissé dans la facilité, la tempête sur ma tête,

Ea mihi adventu suo grandinem imbremque adtulit ;

Et a apporté avec elle la grêle ;

Haec verecundiam mihi et virtutis modum

Ainsi, se sont détruits et ma vertu et mes principes

Deturbavit,  texit detexique a me inlico ;                      

J’étais à découvert immédiatement ;

Postilla obtegere eam neglegens fui :

Plus tard, j’ai été négligeant :

Continuo pro imbre amor advenit in cor meum.

L’amour, soudainement, est tombé sur mon cœur comme la pluie sur mon corps.

Is usque in pectus permanavit, permadefecit

Il m’a recouvert la poitrine et m’a pénétré profondément

Cor meum : nunc simul res, fides,  virtus,

Jusqu’au cœur ; maintenant ma raison, ma foi et ma vertu,

Decusque deseruerunt : ego sum in usu

M’ont déserté : je ne suis plus bon à rien

Factus nimio nequior :  atque edepol, ita,

Bien pire encore : pour cet édifice,

Haec tigna humide putent: non videor mihi

Ces poutres humides sont si pourries, que je ne suis plus

Sarcire posse aedeis meas, quin totae

En mesure de réparer la maison dans sa totalité

Perpetuae ruant, quin cum fundamento

L’humidité pénétrant, jusque dans ses fondations

Perierint, nec quisquam esse auxilio queat.

Et périssant, sans que quiconque puisse le sauver.

Cor dolet, quom scio ut nunc sum, atque ut fui :

Mon cœur est douloureux, quand je vois ce que maintenant je suis devenu, et ce que je fus :

Quo neque industrior de iuventute erat             

Lorsque parmi toute cette jeunesse            

Arte gymnastica, disco, hastis, pila,

Dans l’art de la gymnastique, du disque, de la lance, du javelot,

Cursu, armis, equo : victitabam volupe :

De la course, du maniement des armes, de l’équitation :

Parsimonia et duritia discipulinae aliis eram,

Je servais d’exemple pour que les autres endurent ces dures disciplines et la fatigue,

Optumi quique expetebant a me doctrinam sibi.   

Les leaders cherchaient à suivre ma doctrine.      

Nunc, postquam nihili sum, id vero meopte ingenio reperi.

Maintenant, je suis plus rien, et c’est moi qui en suis responsable.

ACTE I

Scène 3

 PHILOLACHES

SCAPHA  (« Ancilla », vieille courtisane au service de Philématie)

PHILEMATIUM – PHILEMATIE (Courtisane affranchie par Philolachès et amante de Philématie)

PHILEMATIE

Jampridem, ecastor, frigida non lavi magis lubenter,

Il y a bien longtemps, par Castor, que je n’ai eu autant de plaisir de me laver à l’eau froide,

Nec quom me melius, mea Scapha, rear esse defoecatam.

 Ni ne m’être, ma chère Scapa, aussi bien lavée.

SCAPHA

 Eventus rebus omnibus, velut horno messis magna

C’est le résultat de toutes choses, comme la moisson de cette année

Fuit.

Fut belle.

PHILEMATIE

Quid ea messis adtinet ad meam lavationem ? 

Quel est le rapport entre la moisson et mon bain ?

SCAPHA

Nihilo plus,  quam lavatio tua ad messim.

Rien de plus que ton bain avec la moisson.              

PHILOLACHES

(Elle voit Philématie – à part)

O Venus venusta !

Ô belle Vénus,

Haec illa est tempestas mea, mihi quae modestiam omnem

 Voici ma tempête, qui a modestement mis à nu

 Detexit, tectus qua fui, quam Amor et Cupido

 Ma couverture ; que l’Amour et Cupidon

In pectus perpluit meum, neque jam umquam optegere possum.

En mon sein, ruissellent, que déjà maintenant je ne puis plus me protéger.

Madent jam in corde parietes : periere hae oppido aedeis.             

Les murs déjà dans le cœur sont détrempés : l’édifice de la maison est en ruine.

 

PHILEMATIE

Contempla, amabo, mea Scapha, satin’ haec me vestis deceat ?

 Contemple, je t’en prie, ma chère Scapha, cette robe me met-elle en valeur ?

 Volo me placere Philolachi, meo ocello, meo patrono.

 Je veux plaire à Philolachès, ma prunelle de mes yeux, mon patron.

 

SCAPHA

Quin tu te exornas moribus lepidis, quom lepida tota es?

 Pourquoi se parer de si beaux ornements, plutôt que d’être soi-même?

 Non vestem amatores mulieris amant, sed vestis fartum.

 Les amants aiment moins le vêtement, que ce qui le remplit.

PHILOLACHES
(à part)

Ita me di ament, lepida est Scapha !  sapit scelesta multum.   

 Par les dieux qui me protègent ! Quelle Scapha ! La coquine a bien du bons sens.

 Ut lepide res omneis tenet, sententiasque amantum !

 Elle connaît toutes les manières et les opinions des amants !

 

PHILEMATIE

Quid nunc?

 Que faire maintenant ?

 

SCAPHA

Quid est?

Qu’est-ce ?

 PHILEMATIE

Quin me adspice et contempla, ut haec me decet.

Regarde et contemple, comme elle me va bien !

 

SCAPHA

Virtute formae id evenit, te ut deceat quidquid habeas.

 Avec de si belles formes, tout te va bien.

 

PHILOLACHES
(Toujours à part)

Ergo hoc ob verbum te, Scapha, donabo ego perfecto hodie aliquî :

 Pour ces bons mots, Scapha, je te ferai don d’un cadeau aujourd’hui :

 Neque patiar te istanc gratiis laudasse, quae placet mihi.  

 Je ne peux pas laisser sans récompense cet éloge à ma belle, qui me plaît.                 

   

PHILEMATIE

Nolo ego te adsentari mihi.

Je ne veux pas que tu me flattes.

 

SCAPHA

Nimis tu quidem stulta es mulier.

 Tu es bien bête !

 Eho mavis vituperari falso, quam vero extolli ?

 Préfères-tu des mensonges, plutôt que des vérités ?

 Equidem, pol, vel falso tamen laudari multo malo,

 En effet, par Pollux, je préfère encore à tort être louée,

 Quam vero culpari, aut alios meam speciem inridere.

 Qu’être justement critiquée,  et que l’on se moque de mon apparence.   

                     

PHILEMATIE

Ego verum amo, verum volo dici mihi, mendacem odi. 

 J’aime la vérité, je veux que la vérité me soit dite, j’ai le mensonge en horreur.

 

 SCAPHA

Ita tu me ames, ita Philolaches tuus te amet, ut venusta es.

 De cette façon, par l’amitié que tu me portes, par l’amour que Philolachès te porte, tu es charmante.

 

 PHILOLACHES

Quid ais, scelesta? Quomodo adjurasti ? Ita ego istam amarem !

 Que dis-tu, méchante ? Qu’as-tu dis ? Par amour pour elle !

 Quid istaec me, id cur non additum ‘st? infecta dona facio.

 Et son amour pour moi, pourquoi vous ne l’as-tu pas ajouté? Je reprends mes cadeaux.

 Periisti ! Quod promiseram, tibi donum, perdidisti.                      

 Perdus ! Ce que je t’avais promis comme cadeaux, tu viens de les perdre.

 

 SCAPHA

Equidem, pol, miror tam catam, tam doctam te, et bene eductam,

En effet, par Pollux, je suis surprise, toi avec autant d’intelligence, et bien éduquée,

Non stultam, stulte facere. 

Qui n’es pas sotte, te conduises comme une sotte.

 

PHILEMATIE

Quin mone, quaeso, si quid erro.

 En outre, dis-moi, je te prie, pourquoi suis-je dans l’erreur.

 

SCAPHA

Tu, ecastor, erras, quae quidem illum exspectes unum, atque illi

 Toi, par ma foi, tu as tort, de ne penser exclusivement qu’à lui, de n’attendre que lui

Morem praecipue sic geras, atque alios asperneris.

Et de négliger les autres, jusqu’à les rejeter.

Matronae, non meretricium ‘st unum inservire amantem.              

Beaucoup de femmes, qui ne se sont pas des courtisanes,  ne sont pas au service d’un seul amant.

 

PHILOLACHES

Pro Juppiter ! Nam quod malum versatur meae domi illud?

Par Jupiter !  Le mal est au cœur de la maison ?

Di deaeque me omnes pessumis exemplis interficiant,

Que les dieux et les déesses, me foudroient,

Nisi ego illam anum interfecero siti fameque atque algu.

Si je ne lui fais pas son compte  à la vieille grue par la soif, la faim ou le froid.

 

PHILEMATIE

 Nolo ego mihi male te, Scapha, praecipere. 

Ne me montre pas de mauvais commandements, Scapha.

 

SCAPHA

Stulta es plane, quae

 Tu es complètement stupide,

Illum tibi aeternum putes fore amicum et benevolentem.  

 De penser qu’il restera pour toujours ton ami bienveillant.  

 Moneo ego te : te deseret ille aetate et satietate.
Je te préviens :  il t’abandonnera avec le temps et l’abondance.

PHILEMATIE

Non spero.
J’espère que non.

SCAPHA

Insperata adcidunt magis saepe quam quae speres.
L’inattendu se produit plus souvent que ce que l’on attendait.

Postremo, si dictis nequis perduci, ut vera haec credas,
Enfin, si mes mots ne te persuadent pas, pour voir la vérité,

Mea dicta ex factis gnosce : rem vides, quae sim, et quae fui ante.
Mes mots ne te renseignent en rien : regarde les choses, comme je suis et comme je fus auparavant.

Nihilo ego quam nunc tu, amata sum, atque uni modo gessi morem,
Je n’étais pas différente de toi maintenant, j’étais aimée, par un seul amant,

Qui, pol, me, ubi aetate hoc caput colorem commutavit,
Lui, par Pollux, dès que sa couleur de cheveux changea,

Reliquit, deseruitque me : tibi idem futurum crede.
Me laissa tomber : je crois que la même chose va t’arriver.

PHILOLACHES

Vix comprimor, quin involem illi in oculos stimulatrici.
Je peine à me retenir ! Mais mes ongles aimeraient arracher les yeux de ce phénomène.

PHILEMATIE

Solam illi me soli censeo esse oportere obsequentem.
C’est à lui seul, que je suis sensée obéir.

Solam ille me soli sibi suo liberavit.
Seulement lui m’a affranchie.

PHILOLACHES

Pro di immortaleis, mulierem lepidam, et pudico ingenio !
Par les dieux immortels, la modeste femme, ce chaste génie !

Bene, hercle,  factum, et gaudeo mihi nihil esse hujus causa.
Je suis heureux, par Hercule,  et je me réjouis avoir tout donné pour une si belle cause.

 

SCAPHA

 Inscita, ecastor, tu quidem es.
Par Castor, tu n’y es vraiment pas.

PHILEMATIE

Quapropter ?
Pourquoi?         

SCAPHA

Quae istuc cures,
Parce que ta seule inquiétude,

Ut te ille amet.
C’est qu’il t’aime.

PHILEMATIE

Cur, obsecro,  non curem?
Pourquoi, je t’en prie,  ne pas m’en inquiéter ?

SCAPHA

Libera es jam.
Tu es libre désormais.

Tu jam quod quaerebas habes ; ille, te nisi amabit ultro,
As-tu ce que tu voulais ; lui, n’aime que lui-même,

Id pro capite tuo quod dedit, perdiderit tantum argenti.
Et sur ta tête ce qu’il a payé, est autant d’argent perdu.

PHILOLACHES

Perii, hercle, ni ego illam pessumis exemplis enicasso.
Je suis fait, par Hercule, si je ne l’a fait pas périr dans d’atroces souffrances.

Illa hanc corrumpit mulierem malesuada  vitilena.
Elle me la corrompt, fieffée maquerelle.

PHILEMATIE

Numquam ego illi possum gratiam referre, ut meritu’st de me.
Je ne pourrai jamais le remercier, de tout ce qu’il m’a donnée.

Scapha, id tu mihi ne suadeas, ut illum minoris pendam.
Scapha, tu ne me persuaderas pas, de moins tenir à lui.

SCAPHA

At hoc unum facito cogites, si illum inservibis solum,
Mais réfléchis bien, tu ne vis seulement que pour lui

Dum tibi nunc haec aetatula’st, in senecta male querere.
Tandis que tu es dans ta tendre jeunesse, viendront les désillusions de la vieillesse.

PHILOLACHES

In anginam ego nunc me velim verti, ut veneficae illi
Je voudrais maintenant me transformer en angine de poitrine, afin de l’étouffer,

Fauceis prehendam, atque enicem scelestam stimulatricem.
La prendre par le cou, jusqu’à l’étouffement de cette scélérate.

PHILEMATIE

Eundem animum oportet nunc mihi esse gratum, ut inpetravi,
Je désire maintenant lui conserver ma gratitude, qu’il a acquise,

Atque olim, priusquam id extudi, quom illi subblandiebar.
Comme dans le passé, lorsque je plaidais avec force, afin de l’adoucir.

PHILOLACHES

Di me faciant quod volunt, ni ob istam orationem
Que les dieux fassent de moi ce qu’ils veulent, si je pouvais pour ce discours

Te liberasso denuo, et nisi Scapham enicasso.
T’affranchir à nouveau, et étrangler Scapha.

SCAPHA

Si tibi sat abceptum ‘st, fore, victum tibi sempiternum,
S’il était certain que tu aies assez de victuailles éternellement,

Atque illum amatorem tibi proprium futurum in vita,
Et que tu doives posséder ton amant pour toute ta vie future, 

Soli gerundum censeo morem, et capiundos crineis.
J’entends alors que tu sois à lui jusqu’à la mort et que tu te fasses pousser les cheveux.

PHILEMATIE

Ut fama est homini, exin solet pecuniam invenire.
Si la réputation d’un homme est bonne, il trouvera facilement de l’argent.

 Ego si bonam famam mihi servasso, sat ero dives.
Si j’ai conservé ma réputation, alors je serai suffisamment riche.

PHILOLACHES

 Siquidem, hercle,  vendundu ’st, pater  vaenibit multo potius,
Je le jure, par Hercule, je vendrais mon père, je le vendrais le plus tôt possible,

 Quam te, me vivo, umquam sinam egere, aut mendicare.
Que de te laisser, moi vivant,  être dans le besoin ou dans la mendicité.                

SCAPHA

Quid illis futurum ‘st caeteris, qui te amant ?
Que deviendront les autres, ceux qui t’aiment ?

PHILEMATIE

Magis amabunt,
Ils m’aimeront davantage,

Quom  videbunt gratiam referri.
Quand ils verront que je me réfère au bien.

PHILOLACHES

Utinam meus nunc mortuus pater ad me nuncietur !
Je voudrais seulement que  dès, maintenant, on m’annonce la mort de mon père !

 Ut ego exhaeredem meis bonis me faciam, atque haec sit haeres.
Pour que je me déshérite, afin qu’elle devienne l’unique bénéficiaire.

SCAPHA

Jam ista quidem absumta res erit : diesque nocteisque estur,
Les ressources seront vite épuisées : nuit et jour, on mange

Bibitur, neque quisquam parsimoniam adhibet : sagina plane ‘st.
On boit, personne ne pense dépenser avec parcimonie : c’est de l’engraissement.

PHILOLACHES

In te, hercle, certum ’st, principium, ut sim parcus, experiri.
Ma foi, par Hercule, il est certain, que la première tu seras à expérimenter notre économie.

Nam neque edes quidquam, neque bibes apud me hisce diebus.
Ne plus rien manger,  ni boire chez moi pendant dix jours.

PHILEMATIE

Si quid tu in illum bene voles loqui, id loqui licebit :
Si tu souhaites parler de lui en bien, je t’autorise à parler:

Nec recte si illi dixeris, jam, ecastor, vapulabis.
Si tel n’est pas le cas, par Castor, tu seras battue.                

PHILOLACHES

Edepol, si summo Jovi vovi argento sacruficassem,
Par Pollux, si j’avais sacrifié l’argent au grand Jupiter,

Pro illius capite quod dedi, numquam aeque id bene conlocassem.
Celui que j’ai mis sur sa tête, que je lui ai donnée, il aurait été moins bien utilisé.

Ut videas eam medullitus me amare ! Oh ! Probus homo sum :
Vous la voyez comme elle m’aime ! Oh ! Je suis un homme heureux :

Quae pro me causam diceret, patronum liberavi.
C’est la raison pour laquelle je dis qu’elle affranchit son maître.

SCAPHA

Video te nihili pendere prae Philolache omneis homines.
Je vois qu’à part Philolachès aucun autre homme ne compte.

Nunc, ne ejus causa vapulem, tibi potius adsentabor,
Et maintenant, de peur d’être battue, je serai d’accord sur tout,

Si abceptum sat habes, tibi fore illum amicum sempiternum.
Si tu as la certitude qu’il sera ton ami pour toujours.