Archives par mot-clé : Pierre l’Arétin

LETTRES DE L’ARETIN A MADONNA MARIA DE’ MEDICI A MARIA DE MEDICIS 1526 LETTERE DI ARETINO

PIERRE L’ARETIN – PIETRO ARETINO
LETTERE – Libro I – LETTRES -LIVRE I
A MADONNA MARIA DE’ MEDICI
A MARIA DE MEDICIS

1526

Traduction – Texte Bilingue
LITTERATURE ITALIENNE
Letteratura Italiana

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

Pietro Aretino
Pierre l’Arétin
Arezzo, 20 aprile 1492 – Venezia, 21 ottobre 1556
Arezzo 20 avril 1492 – Venise 21 octobre 1556

——–











 L’ARETIN

LETTERE – Libro I
LETTRES -LIVRE I
A MADONNA MARIA DE’ MEDICI
A MARIA DE MEDICIS
Decembre 1526

 

 

Tiziano – Le Titien
Vers 1548 circa 1548
Frick Collection New York












******

Notes & Précisions historiques

Cette lettre est écrite par Pierre l’Arétin à Mantoue et datée du 10 décembre 1526. L’Arétin présente ses condoléances à Maria de Médicis, suite à la mort du très célèbre candottiere de la famille des Médicis, Jean des Bandes Noires (1498-1526)- Giovanni dalle Bande Nere -mort dans la même ville de Mantoue, une dizaine de jours avant, le 30 novembre de cette année 1526.
Jean des Bandes Noires est le fils de Jean de Médicis. En 1516, il épousa la fille de Jacopo Salviati, Maria ( 1499-1543). Maria avait donc 26 ans à la mort de son époux. Elle descendait des Médicis du côté maternel.

Portrait de Jean des Bandes Noires

L’Arétin évoque la personne de Giullio di Raffaello dans cette lettre. [E sarei morto, mentre ho visto esalargli lo illustre spirito, e nel formargli del volto, che fece Giulio di Rafaello, e nel chiuderlo io ne la sepoltura.Il s’agit du peintre Jules Romain, élève de Raphaël, Giulio di Pietro di Filippo de Gianuzzi, Giulio Pippi ou  Giulio Romano,  qui aussi mourut à Mantoue le premier novembre 1546. Il est connu pour avoir réalisé des dessins érotiques qui lui valurent de nombreux ennuis et condamnations papales, notamment de la part d’Adrien VI. L’érotisme qui se dégage des dessins de Giullio di Raffaello se retrouve dans les I Sonneti lussuriosi de l’Arétin.

Giulio Romano par Jean-Louis Potrelle (1825)

Frédéric Gonzague est cité aussi dans notre lettre : « E il marchese, con tutta la nobiltà di casa Gonzaga e de la corte sua, con la folta del popolo dietro e la turba de le donne su per le finestre, conversa in stupore, ha riverito il tremendo corpo di lui che a voi fu sposo e a me signore, affermando di non veder mai più essequie di maggior guerriero. » Il s’agit de Frédéric II Gonzague, Frederico II Gonzaga, Frédérique II de Mantoue, né en 1500 à Mantoue. En 1526, il est auréolé de la prise de Parme,  avec le marquis de Pescara et Prospero Colonna, survenue 5 ans plus tôt en 1521, tenue par les armées de François Ier.

Il est question aussi de la blessure de Jean des Bandes Noires, survenue quelques jours avant, le 18 février 1525, qui l’empêche de participer à la Bataille de Pavie qui se déroula le 24 février 1525. [«Se il signor Giovanni non era ferito, la fortuna non mi faceva prigione?] François Ier fort de ses victoires en Provence en 1523, la conquête de Milan, continue sa progression avant d’échouer à Pavie où un siège commence le commence le 27 octobre 1524François Ier sera arrêté par César Hercolani et fait prisonnier par Charles Quint.

Jacky Lavauzelle

*****************************

A MADONNA MARIA DE’ MEDICI
A MARIA DE MEDICIS

MARIA SALVIATI

 

Io non voglio, signora, contendere con voi di dolore.
Je n’entends pas, Madame, ici opposer nos douleurs.
Non che io non vincessi per dolermi la morte del vostro marito più che a persona che viva;
Non que je puisse vaincre, car je pleure la mort de votre mari plus qu’aucune autre personne vivante ;
ma perché la vincita mi saria perdita, essendogli voi moglie, perché tutti i duoli, nel mancar dei consorti, si dànno a loro.
mais ce serait perdre inéluctablement, car sa femme vous êtes et le malheur suprême revient toujours inéluctablement au conjoint.
E non è perciò che la mia passione non preceda a la vostra, perché il vezzo, che vi domesticò a star senza, aveva indurato l’amore, tanto più tenero in me quanto non un’ora, non un momento, non un attimo ho saputo né potuto stargli assente, e più son note le vertù sue a me che a voi.
Mais mon affliction surpasse la vôtre, car l’habitude de vivre sans l’être chéri, a durci votre amour, alors que, pour moi, elle est tellement tendre que pas une heure, pas une seconde, pas un instant, je n’ai été en mesure de vivre cette absence, et, je l’avoue aussi, ses vertus me sont plus connus qu’à vous.
E mi si debbe credere, avendole io sempre vedute e voi sempre udite;
Et je crois que je les ai toujours vues, vous qui les connaissez par la rumeur ;
onde altri si compiace più ne la vertù degli occhi propri che nei gridi de la fama.
et nous préférons contempler la vertu de nos yeux plutôt que d’entendre courir les cris de la renommée.
E, caso che io ceda con la passione al vostro patire, do cotal preminenza al valore e a la saviezza di che sète piena, di maniera che è più capacità de le cose in voi donna che in me uomo.
Et, si je cède à l’intensité de votre souffrance, c’est que vous êtes la gardienne de la sagesse et de la grandeur de cet homme, et que vous les ressentez plus fortement qu’un homme tel que moi.
E, essendo così, il duolo è maggiore dal lato che più sa che da quello che men conosce.
Mais, ceci étant, le deuil est plus grand du côté de celui qui sait que que de celui qui ignore.

Ma diamisi il secondo luogo ne la doglia, la quale è sì giunta al sommo nel mio core, che non ha di che più dolersi.
Mais donnez-moi alors la seconde place dans cette échelle de la douleur, douleur qui se positionne au sommet de mon cœur, que rien ne plus déchirer davantage.
E sarei morto, mentre ho visto esalargli lo illustre spirito, e nel formargli del volto, che fece Giulio di Rafaello, e nel chiuderlo io ne la sepoltura.
J’aurais pu mourir quand Giulio Raffaello a terminé son moulage avant son enterrement, comme s’il venait à l’instant de nous quitter.
Ma il conforto, che mi ha dato la eternità de la sua memoria, mi ha sostenuto in vita.
Mais le réconfort que m’apportait la présence éternelle de sa mémoire, m’a soutenu en vie.
La publica voce de le sue vertù, le quali saranno le gioie e gli ornamenti de la vedovanza vostra, mi ha asciutto il pianto.
La connaissance publique de ses vertus qui réjouit et calme votre veuvage, assèche aussi mes larmes.
L’istorie dei suoi fatti mi tolgono non pur la maninconia, ma fannomi lieto.
Les histoires des ses actions balaient non seulement ma mélancolie mais aussi me rendent joyeux.
E mi pasco di udir da le gran persone:
Et je me nourris en entendant des gens formidables dire :
“Egli è morto uno sforzo di natura.
« Cette force de la nature est morte.
Egli è finito l’essempio de la fede antica.
Il s’est éteint ce parangon de la foi antique.
Egli è sparito il vero braccio di battaglia”.
Il a disparu ce bras vigoureux dans la bataille ».
E certo non fu mai chi levasse a tanta speranza l’arme italiane.
Il n’y a certainement jamais eu d’autre personne capable de faire lever ainsi les bras italiens.
E che più bel vanto può avere uno tolto a le cose umane che la ricordanza del re Francesco, da la cui bocca s’è udito più volte:
Quelle plus belle fierté que de recevoir du roi François, de sa bouche  même, et à maintes reprises, les propos suivants :
«Se il signor Giovanni non era ferito, la fortuna non mi faceva prigione?”
« Si le Seigneur Jean n’avait pas été blessé, la fortune m’aurait-elle conduit en prison ? “

Eccolo a pena sotterra che gli orgogli barbari, sollevandosi al cielo, spaventano i più coraggiosi;
Ici, à peine enterré, l’orgueil des barbares s’élève vers le ciel, effrayant les plus courageux ;
e già la paura signoreggia Clemente, che impara a desiderar il morire a chi era atto a sostenerlo vivo.
et maintenant la peur envahit Clément, qui désire la mort de ceux qui étaient là pour le garder en vie.
Ma l’ira di Dio, che vòl procedere sopra i falli altrui, ce l’ha tolto.
Mais la colère de Dieu, qui châtie les fautes des autres, nous l’a enlevé.
La Maestà Sua l’ha tirato a sé per gastigar gli erranti.
Sa Majesté l’a tiré vers elle afin de juger les offenses.
Perciò consentiamo a la volontà divina, senza più trafiggerci l’animo, dando orecchie a l’armonia de la sua lode.
Par conséquent, remettons-nous à la volonté divine, ne nous martyrisons plus l’âme, tendons l’oreille à l’harmonie de ses louanges.
Ristringasi il cor nostro nei diletti dei suoi onori.
Que notre cœur se remplisse des honneurs attachés à notre bien-aimé.
E, ragionando de le sue vittorie, facciamoci lume con i raggi de la sua gloria, la quale è andata inanzi al feretro, mentre la pompa funebre stupiva nel vedersi splendere nel mezzo dei capitani famosi, che l’hanno portato a seppellire su le loro spalle onorate.
Et, en pensant à ses victoires, réchauffons-nous à la lumière des rayons de sa gloire, qui cheminait au-devant du cercueil, tandis que la cérémonie funèbre s’émerveillait de briller au milieu des célèbres capitaines qui le portaient sur leurs nobles épaules.

E il marchese, con tutta la nobiltà di casa Gonzaga e de la corte sua, con la folta del popolo dietro e la turba de le donne su per le finestre, conversa in stupore, ha riverito il tremendo corpo di lui che a voi fu sposo e a me signore, affermando di non veder mai più essequie di maggior guerriero.
Et le marquis Frédéric Gonzague, avec toute la noblesse de la famille Gonzague et de sa cour, avec le peuple derrière lui et la foule des femmes aux fenêtres, qui conversaient avec étonnement, vénérait le corps majestueux de votre époux et de mon Seigneur, déclamait qu’on ne verrait jamais plus de funérailles d’un aussi grand guerrier.
Sì che riposate la mente nel grembo dei suoi meriti, e mandate Cosimo a Sua Eccellenza, che così mi comandò che io vi scrivesse, perché quella vòl succedergli in luogo del padre, che gliene ha lasciato per figliuolo.
Oui, calmez votre esprit dans le sein de ses mérites, et envoyait Cosme à Son Excellence, qui m’a commandé ce que je devais écrire, car pour père il en souhaite la charge, puisqu’il lui a laissé un fils.
E, se io credessi che Iddio non gli rendesse con doppia usura la copia de le degnità tolte al mio idolo da la invidia del destino e de la morte, mi gittarei ne le braccia de la disperazione.
Et, si je ne croyais que Dieu ne lui accorde pleinement, avec usure même, une quantité de bienfaits que l’envie du destin et de la mort a privé votre mari, je me jetterais dans les bras du désespoir.
Ma viviamo, ché così sarà, perché non pò esser che non sia.
Mais vivons, qu’il en soit ainsi et que différemment cela ne peut être.

Di Mantova, il 10 di decembre 1526
De Mantoue, le 10 décembre 1526

******




Pierre l’Arétin
A MADONNA MARIA DE’ MEDICI
A MARIA DE MEDICIS
1526

Lettere di Aretino – Les Lettres de l’Arétin

PIERRE L’ARETIN – PIETRO ARETINO

Traduction – Texte Bilingue
LITTERATURE ITALIENNE
Letteratura Italiana

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

Pietro Aretino
Pierre l’Arétin
Arezzo, 20 aprile 1492 – Venezia, 21 ottobre 1556
Arezzo 20 avril 1492 – Venise 21 octobre 1556

——–



 L’ARETIN








LETTERE  DI ARETINO
LETTRES DE L’ARETIN

 

Arezzo, 20 aprile 1492 – Venezia, 21 ottobre 1556
Tiziano – Le Titien
Vers1548 circa
Frick Collection New York

******
LIVRE I – LIBRO I

**
A MADONNA MARIA DE’ MEDICI
A MARIA DE MEDICIS
1526

Io non voglio, signora, contendere con voi di dolore.
Je n’entends pas, Madame, ici opposer nos douleurs.
Non che io non vincessi per dolermi la morte del vostro marito più che a persona che viva;
Non que je puisse vaincre, car je pleure la mort de votre mari plus qu’aucune autre personne vivante ;

Di Mantova, il 10 di decembre 1526
De Mantoue, le 10 décembre 1526

**
AU CONTE DE SAN SECONDO
AL CONTE DI SAN SECONDO
1537

Andate piano con il farmi piacere, ch’io non voglio che mi incalziate tanto con la loro abondanza che, volendo far de l’uomo in sodisfarvigli e non potendo, vi paresse poi una bestia.








Allez-y modérément avec vos largesses, car je ne veux pas être pourvu par tant d’abondance ; je voudrais vous rendre la pareille que je ne le pourrai, je ressemblerai alors à une bête.

Di Venezia, il 24 giugno 1537
Venise, le 24 juin 1537

**

LIVRE III – LIBRO III

Lettera di Pietro Aretino a Michelangelo
Lettre à Michel-Ange
Sur le Jugement Dernier
Il Giudizio Universale
Novembre 1545

Nel rivedere lo schizzo intiero di tutto il vostro dì del Giudicio, ho fornito di conoscere la illustre gratia di Rafaello ne la grata bellezza de la inventione.
Lors de ma dernière vision générale de votre Jugement, j’ai retrouvé l’illustre grâce de Raphaël dans la beauté de l’invention.

****

L’ARETIN
par
Philarète Chasles
(1834)

« Arétin ! — L’infamie de ce nom m’arrêtait. — J’hésitais à tracer des lettres obscènes, symboles d’impureté : mais cet impur, fils d’un un impur, soulève un coin de l’histoire des hommes.
C’est la civilisation dépravée de l’Italie, et le premier excès de la presse vénale. C’est la plume devenue marchandise, et l’éloge et le blâme achetés lâchement par les rois, vendus lâchement par un misérable, à travers l’Europe, sa tributaire. C’est Venise savante, impudique, artiste, indépendante, asile des proscrits, des savants, des exilés, des penchants pervers et des arts brillants ; Venise riche et puissante, offrant toutes les libertés du vice à qui veut bien se passer des autres libertés. Vous ne voyez en lui qu’un type ignoble ? Il a dominé le XVIe siècle littéraire. François Ier l’honorait. Arioste l’appelait divin. Charles-Quint causait familièrement avec lui. De niveau avec toutes les puissances, ami de Titien, correspondant de Michel-Ange, bravant les foudres papales, plus riche qu’un prince, plus insolent qu’un condottiere, plus admiré que le Tasse, plus célèbre que Galilée, qu’était donc cet homme ?
D’où lui venait sa puissance ?
De quelle force disposait-il ?
Quelle terreur et quelle tyrannie se concentraient dans ces taches d’encre calomniatrices et immondes qui dégouttaient de sa plume ?Que résumait-il ? — Que représentait-il ? —
Il représentait la Presse. Il fut terrible comme elle. Né au moment précis où cette Force inattendue sortait des langes, se développait, grandissait, devenait redoutable, étendait son influence : il comprit le premier quel levier ce serait que l’injure de la Presse.
La calomnie, multipliée, impérissable !
La crainte lancée par cette calomnie !
Instrument, pouvoir, levier immense, qu’il devina ; instrument que son abus n’avait pas affaibli, que son excès n’avait pas usé. Arétin s’en saisit ; — il mit son siècle à ses pieds, — un grand siècle ! »

Philarète Chasles
L’Arétin, sa vie et ses œuvres
Première Partie
Revue des Deux Mondes
Période Initiale
Tome 4 – 1834








**************************

LETTRES DE L’ARETIN : AU CONTE DE SAN SECONDO Pietro Aretino Al conte di San Secondo (Venise-24 juin 1537)

PIERRE L’ARETIN – PIETRO ARETINO
LETTERE – Libro I – LETTRES -LIVRE I
AU CONTE DE SAN SECONDO
AL CONTE DI SAN SECONDO
1537

Traduction – Texte Bilingue
LITTERATURE ITALIENNE
Letteratura Italiana

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

Pietro Aretino
Pierre l’Arétin
Arezzo, 20 aprile 1492 – Venezia, 21 ottobre 1556
Arezzo 20 avril 1492 – Venise 21 octobre 1556

 

——–











 L’ARETIN

LETTERE – Libro I
LETTRES -LIVRE I
AU CONTE DE SAN SECONDO
AL CONTE DI SAN SECONDO

 

Tiziano – Le Titien
Vers 1548 circa 1548
Frick Collection New York












******

Andate piano con il farmi piacere, ch’io non voglio che mi incalziate tanto con la loro abondanza che, volendo far de l’uomo in sodisfarvigli e non potendo, vi paresse poi una bestia.
Allez-y modérément avec vos largesses, car je ne veux pas être pourvu par tant d’abondance ; je voudrais vous rendre la pareille que je ne le pourrai, je ressemblerai alors à une bête.
A me è troppo che, scrivendo al signor Cosimo dei Medici per alte vostre faccende, me gli ricordiate, senza così caldamente, qual mi scrivete, mandare a Fiorenza a posta.
Pour moi, c’est déjà inespéré que vous écriviez au seigneur Cosme de Médicis, afin de lui rappeler mon bon souvenir, mais aller jusqu’à le lui rappeler en lui envoyant spécialement une missive à Florence, aussi chaleureuse que celle que vous m’écrivez.
Ma ogni altra cosa è ciancia, eccetto l’avere addosso quel diavolo d’amore che, non perdonando a la vecchiezza mia, è da credere che non perdoni anco a la gioventù vostra.
Mais tout le reste est absurdité, sauf ce diable d’amour, qui ne m’oublie pas dans ma vieillesse, et tout me laisse à penser qu’il ne passe pas à côté de votre jeunesse.
Che crudeli notti, che fieri giorni si trapassano, bontà de le sue ribalderie!
Que de nuits cruelles, que de jours inquiets, nous subissons sa fourberie! Io mi aveva scemato la metà di ciò ch’io mangiava per ismagrare (che certo non il cibo ma l’ozio di questa città m’ha ingrassato tanto che ne vivo in continua rabbia), e non giovava.
Pour maigrir, je m’étais forcé à manger deux fois moins (ce qui est certainement pas de la responsabilité de la nourriture, mais l’oisiveté dans cette ville m’a engraissé, ce qui m’a conduit dans une colère constante), et pour tout dire n’a rien donné.
Occorsami la perdita di una mia già donna, e ora d’altri;
Seulement la cause en est la perte de ma femme, qui à cette heure est avec un autre ;
onde io per tal cagione divenni come un di quegli che trafugano la vita di mano a la peste o a la fame, che sono simili a l’ombre di loro stessi.

de sorte que, pour cette raison, je suis devenu semblable à ceux qui échappent des mains de la peste ou de la famine, et qui ne ressemblent plus qu’à l’ombre d’eux-mêmes.
Veramente ch’io ho più compassione a chi pate amando che a chi si muor di fame o a chi va a la giustizia a torto:
En fait, j’ai plus de compassion pour ceux qui se meurt d’amour que pour ceux qui meurt de faim ou ceux qui sont condamnés à tort par la justice :
perché il morirsi di fame procede da la dapocaggine, e l’esser giustiziato a torto nasce da la mala sorte;
parce que mourir de faim procède de la lâcheté, et être condamné à tort procède de malchance ;
ma la crudeltà che cade sopra a un innamorato è uno assassinamento fattogli da la fede, da la sollecitudine e da la servitù de la bontà propria.

mais la cruauté qui tombe sur un amant est un assassinat contre sa foi, sa sollicitude et sa propre bonté.
Io mi son ritrovato e trovo e trovarò sempre, per la grazia di Dio e mia, senza danari, a perder padroni, amici e parenti, a esser in caso di morte, ad aver nimicizia, debiti a le spalle, e in mille altre rovine;
 Je me suis retrouvé et je me retrouverai toujours, par la grâce de Dieu et la mienne, sans argent, sans protecteur, ni amis et ni famille, comme mort, ayant des inimitiés, des dettes sur les épaules, et au milieu de mille autres ruines ;
e conchiudo che son zuccaro i fastidi predetti a comparazione del martello de la gelosia, de l’aspettare, de le bugie, degli inganni, con cui sei crocifisso dì e notte.
et je conclus qu’ils ne sont tous rien que des douceurs comparés au marteau de la jalousie, de l’attente, des mensonges, de la tromperie, qui te crucifient continuellement.
Il desinare ti si fa tosco, la cena assenzio, il letto di sasso, l’amicizia odio, e sempre la fantasia è fitta in colei;
Le déjeuner t’empoisonne, le dîner est immangeable, le lit dur comme de la roche, l’amitié en haine se transforme, et ton cerveau se bloque toujours sur elle ;
onde stupisco come è possibile che la mente sia in una continua tempesta e come ella non dimentichi se medesima ne l’essere sempre sempre combattuta dai pensieri che gli fan seguitare la cosa amata, strascinandosi dietro il core.
je me demande aussi comme est-il possible que l’esprit résiste tant dans cette tempête constante et qu’il ne perde pas sa raison dans cette violente lutte contre les pensées qui suivent la chose aimée, avec le cœur en lambeaux derrière lui.
E tutto sarebbe spasso se ne le donne fusse qualche pochetto di conoscenza del meglio.
Et tout ne serait qu’amusement si les femmes avaient quelque peu de bienveillance.
Apunto viola esse, giocando a la ronfa amorosa, scartano ogni volta gli assi e i re.
En jouant à la prime (ronfa), elles se débarrassent des as et des rois. 
Ma si doveria sculpire in lettre d’oro ciò che disse un perugino.
Mais il serait nécessaire de sculpter en or ces mots de Pérugin :
Egli cavò de l’amor d’una amica tanto mal francioso che avrebbe fatto disperare il legno d’India;
L’amour de sa bien-aimée lui a donné un mal français à désespérer le bois d’Inde [permettant de combattre la syphilis] ;
onde se ne coperse dal capo ai piedi pur troppo bestialmente.
donc il se couvrit de la tête aux pieds, mais si bestialement.
Ne aveva ricamate le mani, smaltata la faccia, ingemmato il collo e coniata la gola, talché pareva composto di musaico.
Il se retrouva avec les mains scarifiées et le visage glacé brodé, le cou et la gorge marqués, de sorte qu’il ressemblait à une mosaïque.
Ed essendo così malconcio, ecco che lo guarda uno di quegli voi mi intendete;
Et étant ici, c’est l’un de ces regards…vous me comprenez ;
e doppo le meraviglie e i conforti, disse:
qui lui dit afin de le consoler :
« Fratello, ella si coglie al nascere, e bisogna che chi può ce la mandi buona.
« Frère, cela vient à la naissance, et nous avons besoin de ceux qui peuvent nous donner du bien.
Ma buon per te, se tu avessi imparato l’arte mia! ».
Mais il eût été préférable pour vous, d’avoir appris mon art. »
« Volesse Cristo », rispose egli, che si faria per questa pelle ch’io ho abotitacento volte al vostro santo Arcolano;
« Plût au Christ !» répondit-il, que pour cette peau, j’ai prié tant de fois notre saint Herculan de Pérouse [Saint Herculan de Pérouse fut mis à mort, écorché et décapité sur les remparts de Pérouse en 547 par le roi Ostrogoth Totila] ;
ma perché non faria un piacere a Dio col pegno, sto come tu vedi ».
mais il ne plaît pas à Dieu, je suis comme tu le vois. »
E nel fin di cotal parabola mi raccomado a la vostra signoria.
Et comme je termine cette parabole, je me recommande à vous, Monseigneur.

Di Venezia, il 24 giugno 1537
Venise, le 24 juin 1537

******




Pierre l’Arétin

 


TRADUCTION ITALIEN JACKY LAVAUZELLE Traduzione di testi in italiano

**************************
Traduction Italien Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
Traduzione di testi in italiano
**************************





Traductions Artgitato Français Portugais Latin Tchèque Allemand Espagnol

*******




TRADUCTION ITALIEN

Traduzione di testi in italiano

*******




Rinaldo d’Aquino

La Complainte de l’amante du Croisé – Lamento dell’amante del crociato
Rinaldo Aquino Artgitato J Robert-fleury Baudouin s'empare de la ville d'Édesse 1098

**

PIERRE L’ARETIN
PIETRO ARETINO

Lettere di Aretino – Les Lettres de l’Arétin

**

Dino Campana

Donna Genovese – Dame Génoise
La Chimera – La Chimère

**

Carducci Giosuè

Poèmes (Selection) – Selezione di poesie

**

Dante Alighieri

La Vita Nuova – La Nouvelle Vie
1292

*

Gabriele d’Annunzio

Sélection de poèmes – selezione di poesie

**

Goldoni Carlo

La bottega del caffè – Le Café

**

Giacomo Leopardi

Poèmes – La Poesia di Giacomo Leopardi
Canti – Les Chants

giacomo-leopardi-poesie-poesia-artgitato-ferrazzi-casa-leopardi

**

Mastro Titta

Memorie di un carnefice scritte da lui stesso (extrait exécution Piazza del Popolo)

**

Giovanni Pascoli

Selezione di Poesie – Sélection de poèmes

**

Pétrarque – Francesco Petrarca

Canzoniere – Le Chansonnier 

Traductions Artgitato Français Portugais Latin Tchèque Allemand Espagnol

**
Traduzione di testi in italiano
Traduction Italien

*********

Littérature italienne
par Henri Hauvette
1907

AVANT-PROPOS
DE LA PREMIÈRE ÉDITI0N────

Pour présenter en cinq cents pages environ un tableau d’ensemble de la littérature italienne, on pouvait choisir entre deux partis : dresser un répertoire méthodique, aussi complet que possible, des auteurs et des œuvres, en consacrant à chacun une notice biographique et analytique ; ou bien sacrifier résolument les écrivains secondaires, pour s’étendre davantage sur les poètes et les penseurs les plus connus et les plus représentatifs, de façon à caractériser surtout les grandes époques et les principaux courants d’inspiration, qui constituent la véritable originalité de la littérature italienne.

C’est à ce dernier parti que je me suis arrêté sans hésitation : l’étude de Dante, Pétrarque, Boccace, Machiavel, Guichardin, l’Arioste, le Tasse, Métastase, Goldoni, Parini, Alfieri, Monti, Foscolo, Manzoni, Leopardi, G-. Carducci, occupe à peu près la moitié du présent volume. Les auteurs secondaires sont mentionnés, en grand nombre, mais très brièvement, parmi les précurseurs ou les épigones des personnalités les plus saillantes, dans les chapitres consacrés à expliquer l’enchaînement des périodes, les progrès ou les reculs de l’art et du goût.

Pour rendre encore d’un dessin plus facile à saisir dans son ensemble le développement de la littérature si complexe et si variée de l’Italie, l’exposé en a été divisé en quatre parties, correspondant à quatre étapes de la pensée et de la civilisation. La détermination de ces périodes est naturellement sujette à discussion, d’autant plus que je me suis écarté ici de certaines habitudes prises. Mon unique préoccupation a été de mettre en pleine lumière les caractères qui m’ont toujours le plus frappé dans l’évolution de la littérature italienne, depuis le milieu du XIIIe siècle jusqu’au commencement du XXe. Le seul élément personnel que l’on puisse introduire dans un livre très général, comme celui-ci, n’est-il pas justement la façon d’en concevoir le plan ? Sans doute, il faut être Pascal pour oser écrire : « Qu’on ne dise pas que je n’ai rien dit de nouveau : la disposition des matières est nouvelle… » ; cette déclaration orgueilleuse définit pourtant à merveille la seule originalité permise à un ouvrage dont la matière a déjà été traitée, discutée, analysée, retournée en tous sens par d’innombrables critiques.

La littérature moderne et contemporaine a été l’objet de soins particuliers ; non que l’on doive s’attendre à rencontrer dans le chapitre final de longues appréciations sur les œuvres parues en Italie depuis une trentaine d’années ; mais il a semblé utile de donner une nomenclature assez riche des auteurs qui se sont distingués, ou se distinguent actuellement dans les diverses branches de l’activité littéraire, avec quelques renseignements précis sur leur âge, sur la date de leurs publications les plus importantes, sur leurs tendances artistiques, etc.

Quelques lecteurs regretteront peut-être de ne pas trouver à la fin du livre le complément d’une bibliographie, indiquant les ouvrages généraux à consulter, et aussi quelques sources particulières, au moins pour certaines périodes et certaines œuvres. Après y avoir mûrement réfléchi, j’ai cru devoir y renoncer, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, les études relatives à la civilisation italienne ont pris une telle extension au xixe siècle, tant en Italie que dans le reste de l’Europe, et même en Amérique, qu’il devient très difficile de distinguer le bon grain de l’ivraie, c’est-à-dire de faire un choix personnel, de dresser une bibliographie originale. J’aurais dû en conscience mentionner tous les ouvrages que j’ai consultés, depuis plus de quinze ans que la langue et la littérature italiennes ont fait l’objet unique de mon enseignement. Mais cet appendice aurait été aussi incomplet (car on ne peut tout lire) que disproportionné. Il ne pouvait me plaire d’abréger, en les démarquant, les résumés bibliographiques que d’autres ont faits, et bien faits. À quoi bon présenter au public un reflet médiocre de ce qu’il peut trouver dans des ouvrages excellents, accessibles à tous ?

Cette dernière considération m’a définitivement arrêté. Depuis quelques années, les histoires générales et les manuels de littérature italienne se sont singulièrement multipliés, et parmi ces publications, plusieurs sont de remarquables mises au point du travail critique actuellement accompli. C’est pour moi une dette de reconnaissance de citer dès ces premières pages les ouvrages que j’ai eus constamment sous la main :

Storia letteraria d’Italia ; 10 volumes par différents auteurs ; Milan, Vallardi ; 1898-1906. Chaque volume est pourvu d’abondantes notes bibliographiques.

A. d’Ancona et O. Bacci, Manuale della letteratura italiana ; 5 volumes, Florence, Barbèra ; 2e ed., 1900 et suiv. – Ce Manuel contient des notices très soignées sur près de 400 auteurs, avec de longs extraits de leurs œuvres.

D’autre part, les périodiques ne manquent pas, qui permettent au travailleur de se tenir au courant des publications nouvelles. Je ne citerai que quatre des principales revues spéciales d’histoire littéraire :

Bullettino della Società dantesca italiana, Florence (sur Dante et son temps).

Giornale storico della letteratura italiana, Turin (avec le meilleur dépouillement des périodiques italiens et étrangers).

Rassegna bibliografica della letteratura italiana, Pise ;

Rassegna critica della letteratura italiana, Naples.

Parmi les manuels plus courts, je n’ai garde d’oublier deux publications scolaires d’une haute valeur, toutes deux avec des notes bibliographiques très soignées :

Vittorio Rossi, Storia della letteratura ilaliana ; 3 vol., Milan, Vallardi ; 3° éd., 1905-1906.

Francesco Flamini, Compendio di storia della letteratura italiana ; 1 vol., Livourne, Giusti ; 6° éd. 1906.

Le dernier chapitre du présent volume mentionne en outre les ouvrages de critique et d’histoire littéraire les plus remarquables publiés en Italie depuis une trentaine d’années. Ai-je trop présumé des capacités de mes lecteurs, en estimant que l’aide de ces indications, si sommaires qu’elles soient, ils pourraient s’orienter assez vite, et dresser eux-mêmes une bibliographie très suffisante sur un point spécial ? Il ne m’a pas paru que la grande affaire fut d’étaler devant eux une érudition facile, mais bien de leur désigner les guides les plus sûrs.

M. Ferdinando Neri, docteur de l’Université de Turin et lauréat de l’Institut Supérieur de Florence, lecteur de langue ilalienne à l’Université de Grenoble a bien voulu relire sur épreuves la première édition de ce livre. Il sait combien je lui en suis reconnaissant ; mais ce que je tiens à dire publiquement, c’est qu’il a mis au service de cette révision le même souci d’exactitude rigoureuse qui a contribué, avec bien d’autres qualités, à faire si hautement estimer ses premières publications, relatives à la littérature de la Renaissance. Je lui suis redevable, sur beaucoup de points particuliers, de très utiles conseils.

Henri Hauvette
Grenoble
juin 1906