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L’ÎLE DES CHASSEURS D’OISEAUX de PETER MAY (TRILOGIE ECOSSAISE) – Critique

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L’ÎLE DES CHASSEURS D’OISEAUX
Editions du Rouergue -2009
Traduction de Jean-René Dastugue 
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PETER MAY

CRITIQUE

UNE HISTOIRE DANS LE TROU DU CUL DU MONDE

L’inspecteur Fin Macleod est touché, pas encore coulé.
Il vient de perdre son fils de huit ans dans un accident avec un chauffard toujours en fuite.
Prostré, en pleine confusion, c’est un être seul que son chef envoie sur les lieux de son enfance, dans le pays de son enfance : Île de Lewis.
Une île que le temps ne voit pas, une île qui semble être abandonnée par l’Histoire. Sans récit. Sans narration. Empesée dans la glace et dans les vents. Imbriquée dans la nuit et dans le froid. Une histoire dans ce trou noir du monde, dans ce trou du cul du monde.




Peter May (né en 1951 à Glasgow) dans ce premier volet de sa Trilogie Ecossaise (viendront L’Homme de Lewis, Le Rouergue, 2011  –  The Lewis Man, 2012), Le Braconnier du lac perdu, Le Rouergue, 2012  – The Chessmen, 2013) joue les allers-retours incessants avec le même et le différent, les êtres différents de son enfance dans un pays qui semble ne pas avoir changer. … le suspense est davantage dans la découverte du passé de Macleod que dans la résolution de l’enquête. Une remontée dans le temps dans cette île hors du temps.
Peter May nous plonge dans ce nord de la Grande-Bretagne. En Ecosse. Au nord de l’Ecosse. Dans l’archipel des Hébrides.




L’espace se glace.
Le temps aussi qui ne s’y retrouve plus.
Le vent, de vieux pneus, nuages bas, « quelque part derrière le brouillard »,de sombres édifices, les odeurs, la brise, de lents et de longs enfermements.
Le gris avant tout, «  tout le long de Church Street, jusqu’au port, des petits paniers de fleurs suspendus se balançaient dans le vent, sans doute pour essayer de mettre un peu de couleur dans les vies passablement tristes. »
Et autour de ce gris, le gris de la prison de l’île : « j’aurais une chance d’aller à l’université, une chance de m’échapper. » Et tout est emprisonné.
Le coupable est déjà un peu jugé. « il commanda une pinte et s’appuya au bar en attendant que la serveuse la tire.




Il avait l’impression d’être enfermé dans une bulle invisible
. » Et au-delà du gris, le noir de la tourbe et le sombre des cœurs « la lumière avait été chassée du ciel de la fin d’après-midi par des nuages menaçants qui s’étaient rassemblés plus tôt au-dessus de l’océan ». Nous sommes dans les veines des Blackhouses.
La terre est lourde, l’air est lourd.
«J’avais l’impression d’avoir passé mes dernières années dans l’obscurité, écrasé par un poids énorme. »
L’aspect polar reste donc éminemment secondaire.
Accessoire.
C’est une histoire d’’ambiance étouffée où les respirations et les éclaircies se font dans les intermittences du gaélique, les feux de tourbe.
Avant de retrouver et de retomber dans les contraintes religieuses strictes, les perspectives d’avenir bouchées pour les jeunes, le chômage, l’alcool, la rudesse des hommes, certaines pratiques ancestrales barbares perpétuées au nom de ‘rite initiatique’ pour les garçons de dix-huit ans, la résignation des femmes, leur complicité muette, y compris chez les plus fortes et déterminées.

Jacky Lavauzelle




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L’ÎLE DES CHASSEURS D’OISEAUX
de
PETER MAY
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CRITIQUE