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INTERVIEW de Mariam KANDIASHVILI – LES GRANDES PORTES NOIRES DU MONDE – მარიამ ყანდიაშვილი – THE GREAT BLACK DOORS OF THE WORLD – მსოფლიოს დიდი შავი კარები

   *****LES SUBLIMES COULEURS DE DALI PODIASHVILI - დალი ფოდიაშვილი- PEINTRE GEORGIEN TBILISSI - ნარიყალა
Géorgie
საქართველო

PHOTO 
https://www.facebook.com/mariamkandiashviliart/

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ARTISTE GEORGIEN
ქართველი მხატვარი
[kartveli mkhat’vari]

Mariam KANDIASHVILI 
მარიამ ყანდიაშვილი

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LES GRANDES PORTES NOIRES DU MONDE
მსოფლიოს დიდი შავი კარები
THE GREAT BLACK DOORS OF THE WORLD

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Je tiens tout d’abord à remercier Mariam pour sa gentillesse et le temps apporté pour la réalisation de cet interview sur de nombreux aspects de son art qui fait d’elle une des artistes majeures de notre époque.
First of all, I would like to thank Mariam for her kindness and the time given for the realization of this interview on many aspects of her art which makes her one of the major artists of our time.

Jacky Lavauzelle
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LA FORMATION ARTISTIQUE
მხატვრული სწავლება
Artistic training

Question JL
როგრია თქვენი მხატვრული სწავლება?
Marina, quel est ton parcours artistique ?
Marina, what is your artistic background?

MARIAM :
ჩემი მხატვრული სწავლება შედგება სამი კომპონენტისგან.
1. ყოველდღიური მუშაობა
2. მუდმივი ექსპერიმენტები თემებთან, მასალასთან ხელოვნების სხვადასხვა მედიუმებთან.
3. ახალი შთაგონების ძიება ყველგან და ყოველთის რაც შეიძლება მეტი ინფორმაციის მიღება და შემდეგ მისი რეკერეაცია სხვადასხვა ფორმაში
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Ma formation artistique comprend trois composantes.
1. Travail quotidien
2. Expérimentation constante avec des sujets, des matériaux et divers supports.
3. Chercher partout de nouvelles sources d’inspiration et obtenir le plus d’informations possible, puis recréez-les sous diverses formes.

My artistic training consists of three components.
1. Everyday work
2. Constant experimentation with topics, materials, and various media.
3. Search for new inspiration everywhere and get as much information as possible and then recreate it in a variety of forms

LES SOURCES D’INSPIRATION
შთაგონების წყაროები
Sources of inspiration

QUESTION JL
რა არის თქვენი შთაგონების წყარო?
Quelles sont tes sources d’inspiration ?
What is your source of inspiration?

MARIAM :
შთაგონება არის ხშირად არაკონტროლირებადი, საჩუქარი მატერიალური ან ფიზიკური სამყაროდან რომელიც უეცრად მოდის. მაგრამ გამოცდილებასთან ერთად ხელოვანი სწავლობს თუ როგორ გამოიწვიოს ან სად მოძებნოს შთაგონება ჩემთვის ეს არის პირველ რიგში პოეზია და მითოლოგია ასევე სიზმრები და მედიტაციის დროს დანახული ხილვები.
L’inspiration est un cadeau souvent incontrôlable du monde matériel ou physique. Mais avec l’expérience, l’artiste apprend à la diriger ou à trouver l’inspiration ; pour moi, il s’agit principalement de poésie et de mythologie, ainsi que de rêves et de visions de mes méditations.

Inspiration is an often uncontrollable gift from the sudden material or physical world. But with experience, the artist learns to lead or find inspiration ; for me: it is mainly poetry and mythology, as well as dreams and visions of meditation.

LA PLACE DE L’HOMME
ადამიანის ადგილი
The place oh the human

QUESTION JL
როგორ ხედავთ ადამიანის ადგილს ამ სამყაროში?
Comment voyez-vous la place et le rôle de l’homme dans le monde ?
How do you see the place and role of man in the world?

MARIAM
მე მგონია რომ ყველაფერი ერთია და ერთი ყველაფერი აქედან გამომდინარე ადამიანი არის ერთი და ყველაფერიც. მე მჯერა განსხივოსნების და მჯერა ძახილის რომელსაც ქმედებით ანუ შრომით ვპასუხობთ – ადამიანი არის მუშა. ყველა მოვდივართ რაღაცის გასაკეთებლად ვინ აკეთებს კარგს და ვინ ცუდს ეს სხვა საკითხია.
Je pense que tout est une seule et même chose, donc l’homme est un et tout. Je crois en l’excitation et en l’exclamation avec laquelle nous répondons par l’action ou le travail – l’homme est un travailleur.
I think that everything is one and all one thing, so man is one and all. I believe in excitement and I believe in the exclamation we respond to by action or labor – man is a worker.

L’URGENCE
მოქმედების აუცილებლობა
The urgency

LA LIGNE GENETIQUE ET LA LIGNE SPIRITUELLE
THE GENETIC LINE AND THE SPIRITUAL LINE

QUESTION JL
d’où vient cette urgence perceptible dans chacune de tes toiles ? Comment vois-tu l’évolution de ce monde ?
where does this perceptible urgency come from in each of your canvases? How do you see the evolution of this world?

MARIAM
Je crois en deux lignées- une génétique et une spirituelle.
I believe in two bloodlines – one genetic and one spiritual.
Tous les êtres humains sont le produit de la lignée génétique, de la représentation de leurs ancêtres et de l’histoire de la famille, de la tribu, du pays, du continent et du monde. La lignée spirituelle est autre chose car elle n’a ni frontières ni limites ; elle unit les gens à travers le temps et l’espace en utilisant des œuvres d’art, des idées, des vues philosophiques, un artiste donne la vie à un autre à travers son art et c’est ainsi que nous obtenons notre lignée spirituelle. Nous établissons des liens avec des personnes qui vivent il y a des siècles. Elles nous aident dans notre travail aujourd’hui et nous espérons aider les futurs artistes de demain.
All human beings are product of genetic bloodline, representation of their ancestors and history of family, tribe, country, continent, world.
spiritual bloodline is something else it has no borders or limits, it unites people through time and space with use of artworks, ideas, philosophical views one artist gives life to another through his art and that’s how we get our spiritual bloodline. We find connections with people who lives centuries ago and they help us in our work today and we will hopefully help future artists.

L’EXPRESSION PURE 
სუფთა გამოხატულება
Expression pure

QUESTION JL
Comment contrôles-tu ton pinceau qui semble parfois rentrer en dissidence ?
how do you manage to control your brush which sometimes seems to be in dissidence?

MARIAM
le pinceau n’est pas mon instrument principal, je travaille principalement avec un couteau à palette, mais je pense que le travail s’avère être meilleur lorsque nous perdons le contrôle, lorsque nous entrons dans l’espace au-delà de la conscience et que notre esprit ne dirige ni corps ni cerveau, nous mettons de l’âme et tout le reste obéit, c’est un état trans, dans lequel la propreté et la stratégie sont à la traîne et l’expression pure fait un pas en avant.
brush is not my main instrument, I mostly works with pallet knife, but I think that work turns out to be best when we lose control, when we enter the space beyond consciousness and let our spirit lead not body or brain, we put soul in charge and everything else obeys it, it’s a trans like state in which cleanness and strategy falls behind and pure expression steps forward.

LES COULEURS DOMINANTES
დომინანტური ფერები
The dominant colors

QUESTION JL
ბევრ ფერწერაში ჩანს, რომ ლურჯი და შავი დომინირებს?
Le bleu et le noir semblent dominer dans de nombreuses toiles ?
Blue and black seem to dominate in many paintings?

MARIAM
ეს ფერები ნამდვილად დომინირებენ ამ ეტაპზე, ჩემი ფერი არ მაქვს ფერმწერი ვარ და ყვეა ფერი ჩემია გააჩნია პერიოდს და თემას.
Ces couleurs sont vraiment dominantes à ce stade, mais je n’utilise pas que ces couleurs. Chaque période et chaque thème a une couleur particulière.
These colors are really dominant at this point, but I do not just use these colors. Each period and each theme has a particular color.

QUESTION JL
კაცი ჩაძირული ჩანს კოშმარულ სამყაროში?
L’homme a-t-il sombré dans un monde cauchemardesque ?
Has the human sunk into a nightmarish world?

LES OISEAUX
LES ARTISTES MAUDITS

ჩიტები
შეურაცხყოფილი მხატვრები

THE BIRDS
The accursed artists

Les Oiseaux d’Aristophane
« J’entrevois un grand dessein pour la race des oiseaux : elle deviendrait puissante, si vous m’obéissiez…. « Quel est cet oiseau ? » Et Téléas répond : « C’est un homme sans équilibre, un oiseau qui vole, un être inconsidéré, qui ne saurait jamais rester en place. »
Les Oiseaux – Aristophane
Traduction française par Eugène Talbot.
Théâtre complet d’Aristophane, Alphonse Lemerre, 1897

The Birds of Aristophanes
« I see a great design for the race of birds: it would become powerful, if you obey me …. » What is this bird? « And Téléas answers: « He is a man without equilibrium, a bird that flies, an inconsiderate being, who can never remain in place. »

QUESTION JL
Je voulais aborder avec toi cette large part de ton œuvre sur les oiseaux. Représentent-ils tes aspirations les plus élevées, ton désir de liberté, ta part spirituelle ? Tes oiseaux ressemblent plus à des corbeaux, non ? Il représente je pense plus votre personnalité profonde. Es-tu d’accord avec ça ? Les oiseaux noirs sont souvent liés à l’obscurité et font souvent référence à des crises internes. Cette période correspond-elle à une crise interne chez toi ?
I wanted to come on Birds. Do they represent your highest aspirations, your desire for freedom, your spiritual part? But your birds are more like crows, right? He represents I think more your personality deep. Do you agree with that? But black birds are linked to darkness and often refer to internal crises. Does this period correspond to an internal crisis?
Pour la série Birds, as-tu lu Les oiseaux d’Aristophane : « Je vois un grand dessin pour la race des oiseaux: il deviendrait puissant si vous m’obéissez … » Qu’est-ce que cet oiseau? « Et Téléas répond: » C’est un homme sans équilibre, un oiseau qui vole, un être inconsidéré, qui ne peut jamais rester en place. « For the series of Birds, have you read The Birds of Aristophanes: « I see a great design for the race of birds: it would become powerful, if you obey me …. » What is this bird? « And Téléas answers: « He is a man without equilibrium, a bird that flies, an inconsiderate being, who can never remain in place. »

MARIAM
Birds – une série d’oiseaux appelés Birdland.
Birdland est le projet le plus important sur lequel j’ai travaillé jusqu’à présent. Birdland est une métaphore des artistes de la planète. ARTISTE MAUDIT, artiste maudit, outsider mi-oiseau mi-homme. oiseaux qui symbolisent la divinité. Birdland est le type d’humanoïdes à la moitié de l’oiseau qui sont prêts à voler mais ne peuvent le faire.
Birds – series depicting birds is called Birdland. Birdland is the most important project I have worked on so far. Birdland is a metaphor of artists life on earth, ARTIST MAUDIT a damned artist, outsider half-bird half-man this figure represents artist as half divine creatures that can’t be with humans which in birdland symbolize carnal nature and can’t be with birds which symbolize divinity. Birdland is the lad of half bird humanoids who are desperate to fly but can’t do it.

QUESTION JL
Dans « Le Nid » tu sembles trouver la paix et la sérénité. Tu te positionnes au centre du nid. quel est le protecteur qui te couvre de son aile noire ?
In « nest » you seem to find peace and serenity. you put yourseld in the center of the nest. what is the protector that covers you with his black wing?

MARIAM
Le nid symbolise un abri dans le monde maudit, le seul endroit où les oiseaux peuvent se reposer des terreurs du monde dans lequel ils vivent. C’est un autoportrait avec ma partenaire actuelle, Iva Martashvili, qui est aussi une artiste. Ce tableau est un hymne à l’amour et à la confiance artistique, deux artistes s’entraidant pour grandir et vivre pleinement.
Nest symbolizes a shelter in the damned world, the only place where birdmen can rest from the terrors of the world they live in. It’s a self portrait with my current partner Iva Martashvili who is also an artist, this painting is an ode to love and artistic trust, two artists who help one another to grow and get through life.

L’arbre aux oiseaux – Bird Tree
Huile sur toile – oil on canvas
60x50cm
2018
Dans les rues du Pays des Oiseaux – Huile sur toile
“In the streets of Birdland” – oil on canvas
40×50, 2018
Naissance – Birth
Huile sur toile – Oil on Canvas
100x80cm
2018
Signe de l’oiseau – Sign of the bird
Huile sur toile – oil on canvas
70×50
2019
Le Catcheur d’œuf – The Egg Catcher
Technique mixte sur papier – Mixed media on paper
50×52 – 2018
Danse des oiseaux- ჩიტების ცეკვა Bird Dance
-60×40
Huile sur toile – ტილო ზეთი Oil on canvas
Mère Oiseau – ჩიტი დედები – Bird mothers
60×40
Huile sur toile – ტილო ზეთი – Oil on canvas
Mères Oiseau – ჩიტი დედები – Bird mothers
60×40
Huile sur toile – ტილო ზეთი – Oil on canvas
Le Nid – ბუდე – Nest
60×50
Huile sur toile – ტილო ზეთი – Oil on canvas
Vue du rivage – ხილვა ნაპირზე – Vision on the shore
80×60
Huile sur toile – ტილო ზეთი – Oil on canvas
Oiseau fou du pays des oiseaux – Mad King of Birdland
Technique mixte sur papier – mixed media on paper
2018
Oiseau Générateur – Generator Bird
Technique mixte sur papier – Mixed media on paper
65×57 – 2018
Ciel Ouvert – Open sky
oil on canvas 80×60, 2018
La maison en feu – სახლის დაწვა – Burning down the house
Huile sur toile – ტილო ზეთი – Oil on canvas
30×40
L’Appel – პასუხი ძახილზე – They answered the call
80×100
Huile sur toile – ტილო ზეთი – Oil on canvas

LA FORÊT
ტყე
THE FOREST

Les Esprits de la Terre – Inspiré de l’esprit des Eléments » de Heinrich Heine
Spirits of the earth – inspired by « Elemental spirits » Henrich Heine
Huile sur toile – Oil on Canvas – ტილო ზეთი
Dans la forêt – ტყეში – In the forest
Huile sur toile – ტილო ზეთი – Oil on canvas
30×40

LA VILLE 
ქალაქი
THE TOWN

Detroit
Huile sur toile – Oil on Canvas – ტილო ზეთი
Rue – Street
Huile sur toile – Oil on Canvas – ტილო ზეთი
La neige – Snow
Huile sur toile – Oil on Canvas – ტილო ზეთი
Blues de 2001 – Blues of 2001
Huile sur toile – Oil on Canvas – ტილო ზეთი
Le feu et son ombre – Fire and it’s shadow
Huile sur toile – Oil on Canvas – ტილო ზეთი

POEMES – ROMANS – FILMS
ლექსები – რომანები – ფილმები
Poems – Novels – Movies

Yukio Mishima
LA RECHERCHE D’ABSOLU

Question JL
Tu fais référence dans plusieurs tableaux à Yukio Mishima. Qu’est-ce qui t’intéresse dans cet auteur ?
You refer to Mishima in several paintings what attracts you first in this author?
MARIAM :
Yukio Mishima est un écrivain très important pour moi. On m’a présenté son travail à 15 ans et ma première peinture à grande échelle a été inspirée par son roman « Patriotisme« . Ce qui me fascine chez cet auteur, c’est sa foi. Je l’admire pour devenir ce qu’il est. Il a vécu la vie artistique absolue d’être un artiste dans tout ce qu’il a fait même quand sa mort a été une œuvre d’art. Cette dévotion, ce pouvoir et cette foi me fascinent.
Yukio Mishima is a very important writer to me, I was introduced to his works at the age 15 and my first big scale painting was inspired by his novel « Patriotism » what fascinates me about this author is his faith. I admire him for becoming what he is. He lived the life artistic absolute being artist in everything he did even his death was an artwork, This devotion, power and faith fascinates me.

Le prêtre du temple de Shiga et son amante – Histoire de Yukio Mishima
The Priest of Shiga Temple and his love – story by Yukio Mishima
Huile sur toile – Oil on Canvas – ტილო ზეთი
Le Buffet – Inspiré du poème d’Arthur Rimbaud
Cupboard – inspired by a poem « The Cupboard » by Arthur Rimbaud
Huile sur toile – Oil on Canvas – ტილო ზეთი

LE BUFFET
Arthur Rimbaud

C’est un large buffet sculpté ; le chêne sombre,
Très vieux, a pris cet air si bon des vieilles gens ;
Le buffet est ouvert, et verse dans son ombre
Comme un flot de vin vieux, des parfums engageants ;

Tout plein, c’est un fouillis de vieilles vieilleries,
De linges odorants et jaunes, de chiffons
De femmes ou d’enfants, de dentelles flétries,
De fichus de grand’mère où sont peints des griffons ;

– C’est là qu’on trouverait les médaillons, les mèches
De cheveux blancs ou blonds, les portraits, les fleurs sèches
Dont le parfum se mêle à des parfums de fruits.

– buffet du vieux temps, tu sais bien des histoires,
Et tu voudrais conter tes contes, et tu bruis
Quand s’ouvrent lentement tes grandes portes noires.

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GHOST DOG
ou

LA PHILOSOPHIE DU SAMOURAÏ

Question JL
Dans Ghost Dog ou dans Mishima, il y a cette recherche de perfection et d’engagement. La plupart des samouraïs ont consacré leur vie au bushido, un code strict qui exigeait loyauté et honneur jusqu’à la mort. Est-ce que c’est cet engagement qui t’attire? Est-ce le besoin de contrôler le corps ?
In Ghost Dog or in Mishima, there is this search for perfection and commitment. Most samurai devoted their lives to bushido, a strict code that required loyalty and honor until death. Is this commitment that attracts you? Is this body control?

MARIAM
En ce qui concerne la philosophie du chien fantôme et des samouraïs en général, j’ai une profonde admiration pour cette philosophie et ce style de vie et c’est mon meilleur ami, le réalisateur David Gurgulia, qui m’y a présenté. Je ne pourrais jamais m’identifier ni mon mode de vie à cette « manière de samouraï » parce que je pense qu’il faut être extrêmement fort pour suivre cette voie et aussi pour être une personne très consciente et rationnelle que je ne suis pas. Mais comme ils disent, nous sommes attirés par des choses qui nous ressemblent beaucoup ou qui sont complètement différentes de nous. Dans ce cas, je suis intéressé par la philosophie des samouraïs et par l’idée même de la façon dont on vit par soi-même parce que c’est tellement différent de ce que je suis ou de ce que je fais.
What concerns Ghost dog and samurai philosophy in general I have a pure admiration for this philosophy and lifestyle and my best friend film director David Gurgulia was one who introduced it to me to it. I could never identify myself or my lifestyle to this « way of samurai » because I think that one has to be extremely strong to follow this way and one also has to be very conscious and rational person which i’m not. But as they say we are attracted to stuff that is very much alike us or something that is completely different from us. In this case I am interested in samurai philosophy and the whole idea of self controlled way of living because if it so different from who I am or what I do

Ghost Dog – Inspiré par le film de Jim Jarmusch
Ghost Dog – inspired by Jim Jarmusch
Huile sur toile – Oil on Canvas – ტილო ზეთი
Après-midi de Mishima – Inspiré de la nouvelle de Yukio Mishima « Patriotisme »
Mishima’s afternoon – inspired by « Patriotism » – novel by Yukio Mishima
Oil on Canvas – ტილო ზეთი

LA MORT
& L’INFINI DE L’ÂME

სიკვდილი
THE DEATH

Question JL
სიკვდილი ყოვლისშემძლეა შენს საქმეში. რას ფიქრობ სიკვდილზე?
La mort est omnipotente dans ton travail. Que penses-tu de la mort ?
Death is omnipotent in your work. What do you think about death?

MARIAM
სიკვდილი ისეთივე ყოვლისშემძლეა როგორც სიცოცხლე, როცა ვიბადებით გვგონია რომ ვკდებით და ტერორში ვევლინებით ამ სამყაროს რომელშიც ვიცით რომ მოვკვდებით, სიკვდილი ჩვენი ნაწილია ჩვენ ის თან დაგვაქ ყველგან მაგრამ ეს მხოლოდ გარდაქმნის ნაწილია, ჩემი აზრით სიკვდილი არის მატერიალური სხეულისგან და მისი ლიმიტაციებისგან განთავისუფლება. მჯერა სულის და მისი მუდმივი ცვლილების უსასრულობაში.

La mort est aussi omnipotente que la vie, quand nous naissons pour penser que nous mourons et dans la terreur de ce monde dans lequel nous savons que nous mourons, la mort fait partie de nous, nous sommes partout, mais ce n’est qu’une partie de la transformation, à mon avis, la libération est la libération du corps matériel et de ses limites. Je crois en l’infini de l’âme et son changement constant.
Death is as omnipotent as life, when we are born to think that we are dying and in the terror of this world in which we know we are dying, death is a part of us, we are everywhere, but it is only part of the transformation, in my opinion, death is liberation from the material body and its limits. I believe in the infinity of the soul and its constant change

Prémonition de la guerre – Premonition of war
Huile sur toile – Oil on Canvas – ტილო ზეთი

QUESTION JL
Dans « Premonition of war », parles-tu de la guerre avec la Russie ou s’agit-il de l’état du monde en général ?
In « premonition of war » do you mention war with Russia or is it about world in general?

MARIAM
Cette peinture ne concerne pas vraiment la Russie.
Elle a été peinte accidentellement.
La peinture était donc la première et le nom est venu après. Je ne suis pas sûr de ce dont il s’agit, mais le monde a mal tourné depuis très longtemps et il y a toujours des guerres sous différentes formes.
This painting is not about Russia for sure, It was painted accidentally so painting was first and name came afterwards so I am not sure what it is about but world has gone wrong for a very long time and there is always war around just in different forms
.

Thanatos
Huile sur toile – Oil on Canvas – ტილო ზეთი
Homme émeraude – Emerald man
Technique mixte sur du bois – Mixed media on Wood – შერეული მასალა ხეზე ტილო ზეთი

AUTRES THEMATIQUES
სხვა თემები
other themes

Etrangers – Strangers
Huile sur toile – Oil on Canvas – ტილო ზეთი

L’ENIGME DU HUSSARD 

QUESTION JL
le « Hussard » semble différent des autres peintures. Comment as-tu eu l’idée de peindre ce tableau ?
The « Hussard »seems different from other paintings. where did you get the idea of painting this painting?

MARIAM
En fait, il s’agit d’un très vieux tableau. J’avais environ 16 ans quand je l’ai peint. J’expérimentais différents concepts. J’ai donc eu cette idée de créer une série de portraits représentant chacun un jour de la semaine. Hussard représentait le lundi .
Je ne l’aime pas du tout. Toute cette idée me semble assez banale maintenant.
It is a very old painting, I was about 16 years old when I created it back then I was trying to experiment more with different concepts so I had this idea to create series of portraits each would represent a certain day of the week Hussard was monday.
I don’t like it at all. This whole idea seem pretty banal to me now
.

Hussard – Hussar
Huile sur toile – Oil on Canvas – ტილო ზეთი
Perdus en Asie – Lost in Asia
Huile sur toile – Oil on Canvas – ტილო ზეთი
La diseuse de bonne aventure – Fortuneteller
Huile sur toile – Oil on Canvas – ტილო ზეთი
Dans le futur – In future
Huile sur toile – Oil on Canvas – ტილო ზეთი
Eve et le serpent – ევა და გველი – Eve and snake
50×40
Technique mixte sur toile – შერეული ტექნიკა ტილოზე – Mixed media on canvas

LES PROJETS ARTISTIQUES

QUESTION JL
რა არის თქვენი მხატვრული პროექტები?
Quels sont tes projets artistiques ?
What are your artistic projects?

MARIAM:
ამ ეტაპზე 3 პროექტი მაქვს განხორციელებული.
1. წიგნი a place for us
2, მულტიმედიური სერია ფლორიოგრაფია

და 3. Birdland ასევე მულტიმედიური პროექტი რომელიც ჯერ არ არის დასრულებული
4 წელია მასზე ვმუშაობ და იმედია მალე დავასრულებ
.
À l’heure actuelle, j’ai mis en œuvre 3 projets.
1. réserver une place pour les USA
2, série multimédia floriographie
et 3. Birdland est également un projet multimédia qui n’est pas terminé depuis 4 ans et, qui, je l’espère, sera terminé bientôt.
At the moment I have implemented 3 projects.
1. book a place for us
2, multimedia series floriography
and 3. Birdland is also a multimedia project that has not been completed for 4 years and which, I hope, will be finished soon.

LES VIDEOS & LES RADIOS
Mariam KANDIASHVILI – მარიამ ყანდიაშვილი

Rencontre avec la jeune artiste Mariam Kandiashvili
გაიცანით ახალგაზრდა მხატვარი მარიამ ყანდიაშვილი
Matin GDS – Portrait de Mariam Kandiashvili
GDS დილა – მარიამ ყანდიაშვილის პორტრეტი, თიკო ფრანგიშვილის სიუჟეტი
Mariam Kandiashvili expose à Art Palace
ხელოვნების სასახლე მარიამ ყანდიაშვილის გამოფენას მასპინძლობს
Interprétation du monde de Mariam Kandiashvili
სამყაროს ინტერპრეტაცია მარიამ ყანდიაშვილის ნამუშევრებში/“დილის სამინისტრო“/რადიო იმედი, Radio Imedi
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PAUL ADAM LETTRES DE MALAISIE SEPTIEME LETTRE 1896

MALAISIE – MALAYSIA
PAUL ADAM LETTRES DE MALAISIE


D’après une photo de Nadar et le portrait de Félix Valloton




PAUL ADAM
1862 – 1920

LETTRES DE MALAISIE
1896
SEPTIEME LETTRE

Texte paru dans La Revue Blanche
Paris
1898 

*****

Portrait de Paul Adam
Félix Vallotton paru
Le Livre des masques de Remy de Gourmont
1896

***

SEPTIEME LETTRE DE MALAISIE

Lorsqu’on approche de Mars, tout à coup, les wagons plongent sous le sol, descendent la pente d’un tunnel, où un tube ininterrompu de verre contient les fils électriques en incandescence. Très vaste, ce tunnel renferme des gares desservies par des ascenseurs. Elles commandent des embranchements compliqués. De temps à autre un puits perce l’épaisseur du terrain et laisse les fumées fuir.

Cette partie souterraine de la ligne met les trains à l’abri des projectiles lancés par un envahisseur possible. Elle permettrait, jusque l’heure d’un investissement très rétréci, l’arrivée des convois munitionnaires. Mars occupe, en effet, le centre stratégique d’un système de montagnes qui ferme le territoire de la Dictature à toute incursion venue de la mer par la seule côte abordable, puis par la vallée du seul fleuve que puissent remonter des canonnières, des remorqueurs, des chalands chargés de vivres.

Nous roulâmes près de deux heures à travers ce tunnel resplendissant. Le phonographe criait les nouvelles. Pythie et Théa lisaient, s’embrassaient, me raillaient. Pour les contredire je poussai le bouton d’un coffre à musique ; et tout un orchestre mystérieux nous joua du Schumann qu’elles finirent par entendre, silencieuses.

Revenant au jour réel, moins agréable que la lumière du gros tube, notre ligne de rails s’unit à d’autres sur lesquels couraient des wagons remplis de bétail, moutons, bœufs, porcs et qui se dirigeaient vers la masse de la ville accroupie derrière ses fortifications rases.

— Où vont ces animaux ? demandai-je.

— À l’abattoir. Ici l’on tue toutes les bêtes destinées à l’alimentation universelle du pays. Ce nuage de fumées épaisses couvre les cheminées de fabriques culinaires, où ces viandes cuites, assaisonnées, sont mises en terrines, qui, par d’autres trains, repartent sur tous les points des provinces.

— C’est donc la ville des bouchers et des cuisiniers ?

— C’est la ville de la Mort. Les soldats égorgent les moutons et assomment le bétail pour se familiariser avec l’œuvre de sang. Les vétérans que leurs forces déchues exemptent de service sont employés aux fabrications culinaires. Ils confectionnent ces pâtés dont votre goût apprécia la saveur dans nos restaurants.

— Voyez ici : ces dômes bleus. Ce sont les fours crématoires !

— Et voici, dans ce train bleu, un convoi de cadavres humains qui viennent au feu définitif.

— Tenez, après les verdures des grands bois, ces édifices les voyez-vous ? Ils renferment les cendres de nos concitoyens scellées dans un million de petites boites.

Avec une rapidité affolante le train bleu passa, laissant aux narines une forte odeur pharmaceutique. Dans les wagons à claire-voie les bœufs meuglaient, les cochons criaient, les moutons bêlaient. Des sonneries militaires de trompettes éclataient de toutes parts, pendant qu’à notre flair arrivait un parfum de cuisine et de rissolement.

Le train tourna autour d’immenses parcs. Là des cohues de bœufs fuyaient l’aiguillon de cavaliers en uniforme sous le commandement d’une sorte de capitaine à bottes fauves. Ailleurs les moutons galopaient aussi. Un océan de porcs roses grouillait dans une fange sans limites. Ensuite nous reconnûmes une esplanade militaire, des caissons d’artillerie, des affûts, des avant-trains automobiles, des wagons blindés, surmontés de coupoles métalliques fendues pour l’allongement des gueules d’acier. Non loin de cet endroit des compagnies évoluaient, alertes, casquées bas de cuir noir, armées de petits fusils à canons doubles, très militaires d’allure à cause des guêtres, des larges braies de toile, des courts dolmans gris, à passepoils bruns. Seule l’artillerie porte un uniforme couleur de feu, parce que cette arme opérant à longue distance, ne se dénonce point à la perspicacité de l’ennemi trop lointain par la couleur écarlate de ses costumes.

On débarque. Voici des patrouilles, des bataillons, des tambours. Les façades des hautes bâtisses sont rouges. Faits de squelettes de bronze élevant sur leurs têtes un fanal électrique, des lampadaires bordent les trottoirs où circule une foule casquée, armée. Les sabres retentissent sur les dalles. Nous revoyons le funèbre train bleu franchissant un viaduc qui enjambe les avenues. L’odeur pharmaceutique se répand. Les fumées des fours crématoires et des fabriques culinaires s’élèvent mal par la chaleur dans l’atmosphère lourde. Il passe des tramways sans ouvertures. Ils viennent des abattoirs. Leur quille sanglante glisse dans le rail. La fade senteur des boucheries en émane.

En une salle de restaurant, dépourvue de plantes, les figures des soldats, pareilles à celles de nos bouchers européens, m’étonnent par leurs fronts bas, leur chair sanguine et adipeuse. Sur presque toutes ces faces, le sceau du crime se révèle. Je n’ignore pas que le service militaire remplace ici l’amende et la prison.

— Presque tous ces gens, me dit Théa, sont des contrebandiers qui tentèrent d’introduire de l’alcool, du tabac, d’autres poisons. Beaucoup furent envoyés au régiment pour crime passionnel, après que leur colère eût affligé des rivaux, des rivales, ceux et celles qui n’acceptèrent pas leur domination sentimentale, qui voulurent garder la libre pratique de l’amour, ainsi que le conseillent les lois. On punit extrêmement la jalousie parce que cette basse prétention de propriété sur la vie d’un autre être gêne la fécondation, la maternité, source de la plus grande vie, donc de la plus grande production. Néanmoins, en dépit de la sévérité des jugements, ces sortes de crimes encombrent la statistique.

Afin d’exaspérer mon grief contre elle, Pythie continua :

— On se déshabitue mal des vieilles injustices ; on renonce difficilement au privilège saugrenu qui rend deux êtres esclaves de leurs caprices réciproques pour la vie, s’ils ont, selon les hasards de l’instinct, confronté leurs spasmes, une heure.

— Mais quoi ? répliquai-je. N’y a-t-il donc jamais parmi vous deux êtres qui se chérissent au point de recréer une seule âme et un seul corps avec leurs deux formes et de perpétuer ce nouvel être en le contemplant de tout leur bonheur.

— Il y en a, certainement. Personne ne s’oppose à leur manie.

— N’est-il pas non plus des femmes qui se refusent à des hommes, pour n’en chérir qu’un, parmi vous ?

— Il y en a. Peu.

— Celles-là ?

— Mais on respecte leur volonté. Nos lois avertissent d’abord, punissent ensuite quiconque tente d’asservir une femme par l’obsession ou la brutalité. Le tribunal du groupe veille au repos de chacune. Ici, dans l’armée, on enrôla de force nombre de gaillards à l’instinct trop vif.

De l’œil Théa désignait un trio de fantassins qui les dévisagèrent toutes deux sans dissimuler une convoitise érotique. Moi, je me sentis mal à l’aise, d’autant plus que Pythie, par jeu, ne se gardait pas de sourire vers les colosses.

Il entra des femmes en dolmans rouges soutachés de noir. Les mêmes casques bas les coiffaient. Sauf au sautillement de la marche on ne les différenciait guère des jeunes garçons. Quelques-unes, quadragénaires, avaient des figures pareilles à celles de nos prêtres, mais empreintes d’une rare expression de cruauté. Leurs lèvres nues et grasses saillissaient pour une moue dédaigneuse. Des narines au menton le pli de chair marquait les souffrances de la haine et de la rancune.

Vite les hommes et les femmes échangèrent des propos immondes. L’abjection de nos populaces européennes se manifesta par leurs bouches affectant de grasseyer, par leurs gestes obscènes. Des couples se formèrent aussitôt. Tout ce monde se querelle, s’embrasse, s’étreint. Ce n’était plus le silence ou les propos pédants des autres villes. Pythie s’amusait de voir grogner cette honte. Un soldat ayant insinué la main dans le dolman de sa camarade, notre amie se leva, s’approcha du couple, pour demander sa part de liesse. La brutale satisfaction des deux êtres rouges et baveux la tentait. Théa dut lui dire une réprimande pour qu’elle revint en riant, et nous suivit dans la rue.

— Alors, dis-je un peu rageur à Pythie, cet état social représente en réalisation tous les vœux de votre idéalité.

— Mais non, dit la musique de sa voix. Je ne prétends point soutenir une telle sottise. J’affirme même qu’une pareille opinion n’existe chez aucun de ceux encore vivants qui débarquèrent en cette latitude avec notre Jérôme. Ils possédaient du monde et des hommes une notion fort étrangère à celle que suscitent les résultats actuels de leurs efforts. Mais, logiquement, il se passa sur ce pays, en quelque cinquante années, ce qui devait advenir du conflit entre un idéal pur et les caractères, les instincts, les survivances. Certes la Dictature ne réussit pas à transformer en dieux les citoyens, comme l’attendaient Jérôme, les socialistes de 1840, comme l’attendent avec foi Kropotkine et les anarchistes.

http://artgitato.com/lettres-de-malaisie-paul-adam-1896/Chacun courut à l’idéal d’après l’impulsion de ses besoins matériels. Ce ne fut pas magnifique, mais ce fut mieux que l’état antérieur. Rien de ce que prédisent aujourd’hui les réactionnaires d’Europe entrevoyant les débuts de l’ère sociale, ne se produisit. Très peu de gens refusèrent le travail. Il y eut même au commencement une émulation pour concourir au bien général. La plupart des alcooliques renoncèrent à boire. Quelques-uns en moururent, et avec héroïsme. Les compagnons de Jérôme durent, cinq ans, lutter les armes à la main, contre les indigènes, souffrir la chaleur, la peste, la soif et la faim ; aplatir des routes, canaliser des rivières, creuser des puits de mines, créer un outillage énorme. Chez presque tous, Jérôme rencontra le dévouement que Napoléon put espérer de ses soldats, que le Mahdi parvient à obtenir de ses derviches. Les temps héroïques passés, les villes construites, l’aise venue, les défaillances se firent bien plus nombreuses. Cette population de Mars se multiplia ; et notre armée compte à peu près le cinquième des citoyens. Mais, l’éducation des collèges amende l’esprit de tous. Vous apercevrez ici peu de jeunes soldats. Les enrôlements datent de sept ou huit années. Nous étudions même un moyen de parer à la décrudescence de nos forces militaires, réduites de jour en jour, par la moindre perpétration des crimes. Au premier temps, les hommes se sacrifiaient à l’idéal de l’aise universelle pour les mêmes raisons obscures qui conseillèrent aux soldats de Napoléon d’encourir la mort en vue d’une vaine gloire dont ils ne jouissaient guère, ou au bénéfice d’une patrie qui les nourrissait mal. Ce n’était pas leur solde minime qui excitait au combat les grenadiers de Wagram, ni l’espoir de devenir maréchaux, puisque la multitude d’entre eux n’ignorait pas que le bâton de commandement resterait dans la giberne. Croire que seuls l’argent et l’ambition guident l’effort est une foi simpliste. Les mouvements d’enthousiasme chez les foules obéissent à des influences mystérieuses bien plus difficiles à définir. Vos bourgeois d’Europe agitent des arguments niais lorsqu’ils montrent, au lendemain de la révolution générale, la fainéantise maîtresse de l’effort. Toutefois je pense que Jérôme fut sage lorsqu’il institua la sanction de l’enrôlement et de l’exil militaire contre les fauteurs de disharmonie sociale. Je pense aussi que, dans un siècle, avant peut-être, cette sanction sera devenue inutile, ou à peu près. L’intelligent égoïsme de chacun aura progressé jusqu’à vouloir toujours agir en vue du bien général dont le spectacle le ravira, tandis que le mal lui donnera de la douleur. Ainsi, dans votre Europe, le père de famille intelligemment égoïste travaille pour l’aise de ses filles, de ses fils, redouble l’effort, afin de ne pas heurter ses regards à des figures moroses, hostiles, lorsqu’il rentre à la maison. Nous allons vers l’égoïsme bien entendu.

— Lentement, ajoutai-je.

En effet, une bagarre assemblait les curieux devant nous. Deux femmes s’assommaient, s’égratignaient, s’arrachaient. Entre les lambeaux de leurs dolmans écarlates leurs chairs apparues excitaient les réflexions crapuleuses des soldats aux mufles d’assassins. L’une empoigna le sein pendant de l’autre, et le tordit. Un cri de chatte étranglée creva l’air. Hors cette griffe, la cime violette du sein saigna. Alors les dix doigts de la blessée s’attachèrent à ce poing qui se serrait plus. Les voix encourageaient les lutteuses. La victime se rua contre la victorieuse, referma les mâchoires sur la bouche adversaire. Le sang gicla de nouveau. Mais ni les griffes de l’une ni les dents de l’autre ne lâchèrent prise. Même nous vîmes par les mouvements de sa gorge que la femme au sein tordu buvait le sang de la bouche coupée… C’était ignoble… ; car, tandis que la haine unissait de la sorte leurs faces et leurs bras, il semblait que la perversion de l’instinct mêlait leurs jambes qui se lièrent, malgré les plis larges des braies de toile, attirait l’un à l’autre leurs corps.

Certainement je ne fus pas le seul à concevoir ce double élan des ennemies amoureuses ; car la chaleur de Pythie soudain appuyée contre moi vint à me pénétrer tandis que des recherches secrètes de sa main obligeaient l’émotion de Théa serrée contre elle. Autour de nous, des couples, des trios, s’unirent. Les mains disparurent dans les vêtements d’autrui. Vers la bagarre, la cohue aux joues chaudes, aux gorges pantelantes s’aggloméra, ricana, pantela, et devint plus silencieuse. La sueur coula le long des figures ; des lueurs strièrent les yeux clignés… Des expirations bienheureuses révélèrent du plaisir. Les deux femmes continuaient leur lutte et leur jeu ; elles finirent par tomber dans la poussière, y roulèrent, y restèrent, secouées de cris et de spasmes, jusqu’à ce qu’une patrouille de police, accourue la bayonnette haute, eût partagé le rassemblement. Saisies par des mains rudes, relevées, empoignées, elle marchèrent, le visage en sang, l’une avec la lèvre fendue, arrachée, l’autre tenant de sa main libre un sein bleui par les contusions. Elle sanglotait…

Le reste de la foule dispersée par la patrouille, se réfugia dans les jardins des nymphées, sous les arcades que voilent les buissons et les jets d’eau.

— Ces gens gênent l’odorat, dit Pythie. C’est dommage, car ils remplissent les arcades, les divans de pierre ; et j’eus bien aimé mettre fin à mon énervement, grâce à vos complaisances.

— Moi aussi, dit Théa.

Elle cherchait de l’œil un lieu solitaire. Nous n’en trouvâmes point. Deux énormes édifices émaillés de rouge dressaient des façades à baies larges par où l’on voyait des femmes écrire. En bas, les salles de lecture et de rafraîchissement étaient pleines de ces tumultueux personnages.

Nous continuâmes notre route, sans aise.

Les maisons portent pour cariatides des Persées brandissant la tête de la Gorgone, des David décapitant Goliath, des Hercule assommant l’hydre, et les figures d’autres exploits similaires. Sur les céramiques sont émaillés les combats célèbres. On voit Bonaparte à Arcole, Attila dans les champs catalauniques, les cuirassiers de Reischoffen chargeant par les rues du village alsacien, les éléphants de Pandajvânâ écrasant les têtes de vingt mille Parsis, Annibal au lac Trasimène, la bataille d’Actium : mille autres images polychromes du temps de guerre. De façade en façade cela se suit, dans l’ordre historique. Esclaves d’un réalisme outré, qu’influence fort le japonisme voisin, les artistes ont peint de belles déroutes, avec les faces cadavéreuses des fuyards, les dents grinçantes, les yeux hagards des poursuivants, la lividité des sabres en l’air, les paniques de cavalerie, les poings terreux des moribonds. On marche en pleine bataille. À droite et à gauche le sang des peintures éclabousse les fleurs de l’émail. Il y a des têtes grimaçantes au bout des piques, des ventres ouverts pour laisser fuir l’éboulis des entrailles…

Entre ces façades grouille une population gouailleuse, grasse, que sanglent cependant les ceinturons et les brandebourgs. Elle se moque. Elle invective. Elle a des gestes obscènes, des mimiques ignobles. Toutes les faces sont rasées. Les lèvres font des bourrelets violâtres sous les nez larges. Brunes et malingres après la double saillie des pommettes, les faces malaises glissent parmi les autres ainsi que têtes de crotales.

Nous nous mêlâmes au flot des marcheurs. À entendre les propos bruyants, je me crus dans un faubourg de Paris, tel jour de fête publique. Sans avoir pris d’alcool, tous ces gens étaient ivres. Ils affectaient une ignominie plus basse que la réelle. Ils s’appelaient, s’injuriaient, se répondaient d’autres insultes fraternellement. Les dolmans écarlates des femmes tachaient de vif les uniformes gris et bruns des soldats. Nous arrivâmes à un grand portique bleu fabriqué selon la mode chinoise. Avant le pont-levis, toute la foule s’arrêta. Il y eut des alignements, puis du silence.

Alors nous entendîmes, comme à notre entrée en gare, les beuglements du bétail, derrière les murs dont les céramiques représentent des scènes de chasse ; et nous sûmes que c’étaient là Les Abattoirs.

Un officier vint nous prendre, nous guida. Nous parvînmes à une sorte de tour quadrangulaire basse, où tout un état-major siégeait.

Nous assistâmes aux Hécatombes.

À l’ouest de la plaine, devant nous, les trains dégorgeaient des nations de bœufs, de brebis et de porcs, aussitôt lâchés dans d’immenses prairies fangeuses. Les compagnies de soldats, armés d’aiguillons, entouraient cette masse, la harcelaient, la poussaient dans des espaces cernés de basses murailles et de plus en plus étroites, jusqu’à ce que, une par une, les bêtes engagées dans une sorte de couloir en pente, et piquées par les lances des cavaliers chevauchant à l’autre face de la muraille basse, fussent parvenues sous un court tunnel. À la sortie, elles recevaient sur la nuque le coup d’un maillet de bronze enfonçant une lame fixée à son centre. Car des soldats colossaux, du faîte du portique, à l’issue du tunnel, maniaient cet instrument de mort avec vigueur et promptitude.

Le bœuf tombe d’une masse sur le wagon dont la surface prolonge le sol du tunnel et qui, aussitôt déclanché, glisse le long d’une pente vers une vaste cour où des escouades d’hommes et de femmes l’accueillent, munies de couteaux, de scies, de marteaux, de cuvelles. Cela se précipite sur l’animal, le décapite, le découpe, l’ouvre, tend les cuvettes aux rigoles de sang, détache la fressure, le cœur, les viscères, scie les os, arrache le cuir, désarticule les pieds, fend le crâne, extirpe la cervelle, lave la graisse, déroule puis enroule les boyaux, tourne le sang avec un bâton, recueille la fibrine sur des baguettes, et, en moins de dix minutes, il reste du bœuf une dizaine de pièces de boucherie toutes fumantes, mais rectangulairement scindées, ficelées, parées et prêtes pour un autre wagon qui les emporte, au bruit de son roulement, vers les fabriques culinaires sises à l’est de cette plaine.

Immédiatement l’escouade en sayons rougis se rue sur l’agonie d’un autre animal descendu des portiques et le réduit au même état comestible.

Il y a cent cinquante tunnels, où aboutit le même nombre de couloirs, et que termine le même nombre de portiques, élevant chacun deux soldats colossaux armés du maillet à lame.

Pour les moutons et les cochons, les tunnels comme les portiques sont moins hauts.

Ce service des abattoirs semble fournir au peuple la joie. En riant les femmes et les hommes se précipitent sur les bêtes assommées, les recouvrent, telles les mouches une ordure. Des nuées de cris et de rires tourbillonnent sur le sang. Au loin, les compagnies qui poussent le bétail encore vivant du côté des couloirs et des portiques, lancent au ciel des clameurs glorieuses. Autour des assommeurs, sur des tertres et des crêtes, les compagnies en ligne acclament les beaux coups, si la bête tombe d’une masse dans le wagon mobile aussitôt déclanché. Des filles gambadent autour des peaux dont leurs compagnes râclent l’intérieur, à genoux dans les viscères et les mucosités. Vers le Nord, au milieu de vastes esplanades, les écoles de bataillon évoluent. Les chevaux des capitaines courent ; les batteries s’exercent au tir. Les fantassins étudient l’ordre dispersé, le service en campagne et les formations de combat ; les colonnes défilent au rythme sourd de mille pas cadencés. La canonnade gronde ; les caissons automobiles fuient à l’horizon dans la stridence de leurs roues et la trépidation des mécaniques. Cela n’empêche point les tambours et les clairons de battre aux champs, ni les musiques d’exalter des hymnes de férocité majestueuse.

— Comment, dis-je à Théa, pouvez-vous en ravalant les devoirs de la guerre aux besognes d’abattoir, inculquer à vos soldats les sentiments d’honneur et de courage que leur fonction nécessite. Ici, à ce que je vois, le bagne et l’armée se confondent. Ici vous laissez, comme en Europe, subsister la prison, les travaux forcés, les peines disciplinaires, l’autorité des chefs. Et voici, au-dessus de nos têtes, le vol circuitant d’une nef aérienne, dont les grandes ailes jettent sur ce camp une ombre d’archange exterminateur ; car on distingue les chapelets de torpilles suspendus à la passerelle. En vérité je conçois mal toute cette organisation.

— Pourquoi donc, dit Théa ? Nous enrôlons dans l’armée ceux qui manifestèrent leur goût de conquête par le vol, leur goût de la mort par la soif de l’alcool, leur goût de détruire par la désobéissance aux lois de production. Loin de l’Etat l’idée de les punir. On les assimile seulement au métier qui séduit le mieux leur tempérament. Quel meilleur soldat qu’un brutal, un voleur, un ivrogne, un contrebandier, ou un assassin, puisque son devoir social est de vaincre, de conquérir, de s’enivrer de rage pour tuer, de ruser pour dépister l’ennemi, de mettre à mort le plus faible ? Seulement nous préférons qu’ils exercent les vertus de leur énergie contre les peuplades menaçant l’harmonie sociale. Dans l’armée nous comptons un général qui demeure un de nos savants les plus féconds d’esprit. Il voulut tuer sa maîtresse et le rival. Son groupe le désigna pour commander des troupes. Il remporte depuis dix ans, victoire sur victoire. Il inventa une stratégie. Il a chargé à la tête de sa cavalerie dans un combat que rappellent les statues des places d’armes. Sa colère et sa jalousie servent admirablement la cause de la civilisation. Vous vous étonnez de voir les abattoirs construits sur les champs de manœuvre. Mais au contraire cette habitude de donner la mort, de voir couler le sang, de ne pas s’attendrir a la vue de la victime pantelante, découpée, désossée, dépouillée, prépare de façon merveilleuse nos militaires à ne pas craindre la blessure ni s’étonner de la bataille. Nous développons par tous les moyens l’envie du meurtre, l’habitude de tuer, l’instinct de vaincre. Écoutez ces clameurs de joie. Tenez ! le maillet à lame abat un porc, à demi décapité par la force du coup. Le sang jaillit par deux fontaines ; la bête ahurie grogne et s’agite ; elle éclabousse de crachats rouges la haie des curieux ravis et qui s’amusent à présenter les visages vers le jet du sang. Comment ces êtres-la s’épouvanteraient-ils ensuite si l’ennemi décapite à leur côté le camarade de leur grade. Regardez à gauche ces jeunes femmes qui poursuivent un mouton échappé. Quelle agilité, quelle grâce et quelle rapidité dans leur course ! Voici qu’elles vont l’atteindre. La grande rousse brandit le couteau. La petite noire s’efforce de la dépasser afin de frapper la première. Une troisième galope. Elle gagne du terrain. Les entendez-vous rire ? Les voyez-vous bondir ?.,. Ça y est : la petite noire agrippe la bête. La lame luit. V’lan : elle roule par terre avec le mouton. Tenez : toutes ces lames plongent dans la vie bêlante ; elles se relèvent rouges. Oh, la petite qui tient par la toison la tête ovine tranchée, où pend une loque de chair ! Voilà l’esprit guerrier dans toute sa gloire. Écoutez rire l’ivresse de vaincre…

Pythie ricana. Moi j’eus mal au cœur et demandai à partir. Nous nous éloignâmes.

Partout on rencontrait des hommes et des femmes tachés de larges plaques rouges ; avec des poils et des caillots visqueux sur leurs guêtres. Ivres comme s’ils avaient bu, ils titubaient, chantaient, parlaient fébrilement, s’embrassaient, s’accouplaient au hasard du sol, en s’injuriant parmi leurs râles de bonheur.

Un tramway nous emmena loin de cette ignoble fantasmagorie. La couronne de feu cernait mon front. Les nausées secouèrent mon estomac. Pythie me fit renifler des sels.

— Mais pourquoi cette diatribe ? répondit-elle à mes exclamations. N’était-il pas logique de diviser les forces des citoyens en productrices et destructrices, selon les tempéraments de chacun. Certes, les compagnons de Jérôme espéraient, comme les anarchistes actuels, un peuple composé de seules âmes excellentes et bénignes. Il a fallu en rabattre. On a pris le meilleur système, en parquant les instinctifs et les stupides dans l’armée où leur brutalité devient mérite, honneur, gloire. Comme on ne leur permet pas de quitter les territoires militaires, ils ne corrompent point l’esprit des pacifiques. Ils ne les molestent pas et n’appellent pas la riposte ni la lutte. C’est au prix seulement d’une séparation absolue que l’intelligence a pu tant s’accroître à Minerve, à Jupiter, à Mercure. Ceux-ci sont, à Mars, notre vigueur physique, notre redoutable vigueur physique. De ces soldats, la plupart ne pensent même pas à la différence entre vivre et mourir. Ils mangent, ils forniquent, ils tuent. Donner la mort leur parait une bonne farce. Ainsi, pour une petite fille, il semble amusant de pincer la sœur plus jeune. Ils y mettent de la malice et de la sournoiserie, par esprit puéril de jeu. Ils ne comprendraient pas la pitié ni la sensiblerie, pas plus que vos soldats ne la comprennent à Cuba, ou à Manille, ni les Turcs en Arménie. Seulement, ici, nous avons la franchise de ne pas faire du courage et du meurtre des déités magnifiques dénommées Gloire, Honneur, Abnégation, Sacrifice, Patriotisme, etc…

Le tramway nous conduisit jusqu’aux fabriques culinaires. Elles n’ont rien de remarquable. Dix mille cuisiniers, mâles et femelles, hachent, assaisonnent, cuisent, grillent, mettent en terrine et emballent, dans d’immenses édifices de fer bleu et de céramique blanche. Vêtus à la mode de nos marmitons européens, en coton immaculé, ces gens, quadragénaires pour le moins, opèrent devant de monstrueuses marmites.

Ensuite nous visitâmes les tanneries et les corroieries, où l’on prépare les havresacs des soldats, les ceinturons, les cuirs des harnais. Comme partout, les ateliers sont vastes, les murs d’émail représentent des sujets appropriés à l’industrie du lieu. Les hommes et les femmes travaillent en commun devant des établis propres. Il n’y a rien de l’immonde saleté habituelle à nos fabriques d’Occident. Les ventilateurs projettent un air parfumé. Des jets d’eau retombent dans les vasques. Les ouvriers sont assis en de bons et larges fauteuils. Un orgue joue des choses douces ; car la loi du silence est admise, observée de tous.

Cette promenade se termina par une excursion aux Fours crématoires.

Au milieu d’un bois épais, le mystère du Temple accueille de ses hautes et monstrueuses colonnes en céramique bleue. Les trains apportant les cadavres de tous les points de la Dictature aboutissent derrière les constructions dans une gare spéciale. Imbibés de phénol, embaumés, enduits de cires odorantes, les morts ne puent pas. Avant le voyage, tous subirent, devant les délégués du groupe auquel appartient le défunt, une autopsie scrupuleuse. Après la crémation, les cendres sont analysées chimiquement. Donc nulle mort occasionnée par un crime ne passerait inaperçue.

La coupole de céramique bleue recouvre une rotonde où deux cents fours sont ouverts autour d’un foyer électrique développant une chaleur de mille degrés. Hissé dans son compartiment, le mort nu est immédiatement exposé aux rayons de cette chaleur destructrice. Une glace de mica très lucide permet de suivre les péripéties de la combustion, par l’oculaire d’une lunette.

Lorsque nous entrâmes là, passé les fleurs de parterres célestes, la curiosité nous accueillit d’une assistance militaire que le spectacle des cadavres enflant à la chaleur réjouissaient fort.

Les filles riaient des pustules horribles gonflant sur les ventres, des tumeurs qui déformaient vite les faces bleuies, à l’éclat violâtre. Dans son cercueil de plaques étincelantes, à l’éclat quasi solaire, le mort très vite prend l’apparence d’une énorme vessie où soufflerait un ventilateur de forge. Cela se boursoufle, ondule, monte, se tend, crève, retombe, coule, se sèche, craque, s’effrite. Au bout de dix minutes, il reste une poussière blanchâtre.

Alors, l’opérateur tourne des boutons. Les cinq faces du cercueil s’assombrissent, rougissent, noircissent. On ferme l’oculaire de mica au grand désespoir des curieux qui réclament. La cendre, mise dans un coffret, sera transmise au laboratoire d’analyses.

Ce spectacle enchante l’assistance. Les mêmes interjections qui saluent, dans nos rues, les masques du carnaval, disent adieu aux rictus absurdes des défunts, aux lèvres vertes tirées sur les dents ternes, aux yeux devenus, par décomposition, plus gros que des œufs de poule et sortis des paupières déchirées.

Toute cette populace ricane, insulte, se tord de joie. Des remarques de gavroches excitent les rires unanimes. Pendant que nous y étions, une fille dégrafait son dolman et prétendit ranimer par la vue de ses appâts le corps déjà bouffi d’un vieillard chauve. Or, la chaleur fit lever une pustule sur le cadavre, une pustule qui grandit, se dressa. Toute la société, prise de délire, porta la gaillarde en triomphe.

Paul Adam
Sera continué.

PAUL ADAM LETTRES DE MALAISIE SIXIEME LETTRE 1896

MALAISIE – MALAYSIA
PAUL ADAM LETTRES DE MALAISIE


D’après une photo de Nadar et le portrait de Félix Valloton




PAUL ADAM
1862 – 1920

LETTRES DE MALAISIE
1896
SIXIEME LETTRE

Texte paru dans La Revue Blanche
Paris
1898 

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Portrait de Paul Adam
Félix Vallotton paru
Le Livre des masques de Remy de Gourmont
1896

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SIXIEME LETTRE DE MALAISIE

Mars
Fort des Quatre-Têtes.

Après que le train eût franchi des contrées indéfinies, lugubrement vêtues de forêts denses, après qu’il se fût engouffré aux gorges de montagnes violâtres, il ressortit le lendemain matin dans un pays de lacs. Sur l’étang des eaux vastes, bien des petites îles se mirèrent en bouquets. Des nefs glissaient entre deux sillages, sans fumée, sans bruit, sans mots, rapidement. Nous courions par une chaussée médiane où aboutissent les eaux. Peu à peu cette chaussée s’élargit. Les fleurs des tropiques envahissent le ballast, bientôt défendu au moyen d’un treillage contre les plantes épineuses et les arbustes de la brousse. Et puis toute une campagne se développe. Presque entièrement les hautes verreries des serres agricoles la recouvrent. Peints de couleurs épaisses les vitrages garantissent les céréales, les fruits et les légumes contre la brûlure du soleil. Selon la nature des végétaux, ces couleurs sont diverses. Toute une longue explication de Théa m’instruisit sur cette sorte de médication par les lumières nuancées.

Beaucoup de serres étaient ouvertes. Nous aperçûmes des charrues automobiles qui labouraient, toutes seules ; ailleurs des semoirs qui répandaient le grain ; en un troisième lieu des rouleaux qui aplatissaient une terre blanchâtre, gorgée de fumures artificielles. Ici les saisons ne collaborent pas. La mécanique et la chimie remplacent le soin de la nature, avec une activité autrement multiple.

Les serres agricoles sont gigantesques. Elles recouvrent des étendues. La galerie des machines, de Paris, donne assez la mesure des moindres. Sous les édifices de verre, les dynamos mettent en mouvement les appareils. Peu d’hommes dirigent. Il y a des vignobles portant des grappes de Terre Promise ; des blés dont les épis trop lourds exigent des étais ; des tiges de riz hautes de trois mètres. Mais les pommes de terre restent minuscules, parce que leur saveur s’accommode mieux de cette taille. Grosses comme des noix, elles valent, rissolées et croustillantes, une joie délicieuse pour la bouche. De même les fraises lilliputiennes enthousiasment le palais ; tandis que la monstruosité savoureuse des ananas et des poires rend l’âme béate pour des heures.

— Oui, déclara Pythie, nos estomacs deviennent les plus choyés du monde. Comme il n’est pas nécessaire de vendre bon marché aux pauvres des produits inférieurs, nos groupes agraires éliminent de la culture tout ce qui ne semble pas atteindre la succulence. L’étude des conditions qui la favorisèrent permet de les faire renaître au bénéfice de tous les champs, et vous avez pu voir des manœuvres manger sur les tables des restaurants publics des victuailles qu’en Europe on sert aux seuls millionnaires, aux filles entretenues, aux grands escrocs et aux rois. Les gens honnêtes eux-mêmes jouissent ici des bonnes sensations…

Voilà quel est sans cesse le ton d’aigreur employé devers moi. Vous jugez, mon cher ami, du petit supplice que me cause la présence de cette femme très aimée par ma passion, très accueillante pour la folie de mes sens, et notablement dédaigneuse de ma personne.

— Dire, reprit Théa, qu’avec votre énorme population, vous pourriez faire rendre au sol de l’Europe les mêmes félicités, à condition de secouer la tyrannie de l’argent. Au lieu de cela vous continuez à rivaliser, haïr, vaincre, asservir et avilir…, après dix-neuf siècles de christianisme !

— Mais il me semble que nous atteignons les zones militaires, annonçai-je. Ne voilà-t-il pas les terrains rectangulaires de la défense, des fortifications à ras du sol, une coupole d’acier émergeant à peine des talus bétonnés que masquent ces pentes artificielles et cette plantation de courts arbustes. Voilà l’évidente preuve ! En vérité vous ne désirez ni haïr, ni vaincre, ni asservir… Et la Dictature me convie à suivre une expédition de vos troupes contre les tribus malaises vers qui vous portez certainement l’amour piqué à la pointe des bayonnettes, comme notre Weyler le porte aux Cubains.

— Non pas… non pas ! Nous faisons la guerre à une sorte de tyran indigène qui coupe les têtes pour réjouir ses fêtes, qui empale, pille, viole et tue afin de distraire la monotonie du temps. La plupart de ses esclaves déserte et vient à nous. Il exige qu’on rende à son caprice sanglant ces vies. Nous refusons. Il a fait surprendre puis égorger nos sentinelles, dérailler deux trains, occasionné huit cents morts. La Dictature lui a cependant proposé la paix. Il veut ses victimes. Son honneur l’exige !… et il préfère s’ensevelir sous les ruines de ses palais plutôt que de permettre une existence facile à des sujets fugitifs.

— Cependant il n’est pas le seul à soutenir ce principe d’honneur.

— Non ; dix ou quinze mille hommes s’arment.

— Pour l’honneur de la patrie, qu’ils jugent supérieur au bien-être matériel de l’individu. Je ne trouve point cela laid.

— Votre race approuva longtemps la frénésie des Inquisiteurs qui préservaient l’éternité paradisiaque des foules en écartant, par le massacre, la contagion des hérésies. Il ne m’étonne pas que vous applaudissiez à une guerre suscitée pour l’honneur de faire, au gré d’un seul, périr les gens.

— Pour l’honneur de la patrie et pour les lois de la patrie… D’ailleurs vous-même n’armez-vous pas très patriotiquement, afin de venger vos concitoyens tués par les catastrophes de chemins de fer.

— Nous, nous défendons la vie productive contre la destruction. Nous armons afin de protéger la vie.

— Une certaine forme de vie, comme les Malais arment afin de protéger une autre forme de vie qu’ils jugent supérieure à la vôtre.

— Ils savent bien qu’elle est inférieure à la nôtre.

— Et pourquoi ?

— Parce que, proportionnellement au chiffre de population, on meurt beaucoup moins parmi nous, et on produit beaucoup plus. Et c’est là tout le critérium de supériorité ou d’infériorité entre les peuples.

— Alors, les races que frappe une mortalité grande, et qui produisent peu, devraient, par suite, renoncer aux lois de leur patrie, à leurs traditions, et adopter les formules législatives des états…

— Où la vie et la production se multiplient le plus.

— Et cela, sans tenir compte ni des atavismes de la race, ni des mœurs, ni de la personnalité de la patrie, ni du principe de nationalité.

— Mais, cher ami, vous dites des choses sentimentales, vous émettez des lieux communs de rhétorique ; vous ne raisonnez pas. Citez-nous donc, en Europe, une patrie qui soit la représentation exacte d’une race, ou d’une nationalité. Votre Espagne, par exemple, contient des Basques, dont l’idiome est étranger à tous les patois latins ; des Celtes en Galicie, tout à fait cousins par les mœurs des gens du pays de Galles et de l’Écosse. Ils jouent de la même cornemuse. Elle compte des Andalous de sang maure et des Castillans fils d’Ibères et de Visigoths. Au temps de Charles Quint votre nationalité a compris, en outre, des Italiens, des Allemands, des Bourguignons, des gens de Flandre, et des Picards. La France, votre voisine, est à peu près aussi bien lotie, pour le mélange des races. Il est donc puéril de soutenir que le principe de nationalité correspond à un ensemble d’âmes homogènes. Des nationalités géographiques sembleraient plus acceptables, telle l’Italie. Et en somme votre patrie existe de par la configuration péninsulaire du sol. La nationalité est donc une pure définition d’atlas. C’est méconnaître toute l’histoire que de ne pas attribuer son origine aux seules ambitions personnelles, de chefs, de rois, d’empereurs, propriétaires de territoires et qui surent intéresser à leurs vues d’accroissement les serfs du domaine. La patrie réelle, le coin de terre où existe une race parlant même langue, usant des mêmes mœurs, est toujours infime. Le pays Basque serait une patrie, la Provence une autre, la Bretagne une troisième. Les Wallons du siècle de Louis XI formèrent une patrie. L’Allemagne, sauf les provinces polonaises, représente une patrie où des races homogènes et des peuples de même langue s’assemblèrent dans une même région. Néanmoins avant le Zollverein elle ne constituait pas une nationalité. À quel moment Rome fut-elle la patrie ? À l’époque des Rois, à celle de la République, ou des douze Césars, ou de Byzance ? Si elle le fut à l’une, elle ne le fut plus à l’autre. Au temps de la République son esprit vécut d’hellénisme, et d’asiatisme après les Antonins. Les Arméniens maintinrent seuls l’unité de Byzance. Alors comment définir la patrie romaine, ce phénomène historique le plus complet et le mieux connu, depuis son origine jusqu’à sa déhiscence ? La patrie, à l’origine, désigne le territoire de la gens. Les chefs de tribu, besoin ou ambition, tentent d’accroître leur propriété. Ils conquièrent, ils asservissent. Lorsque le vaincu est nombreux, un contrat est passé avec le vainqueur. Les lois forment le premier lien de la nationalité qui peut grandir sans limites par annexions successives. Le désir de propriété pousse les chefs d’un peuple fort à multiplier leurs ressources en hommes (producteurs, soldats), en sols fertiles. La nationalité définit donc une agglomération momentanée de races vivant dans un même territoire, et régies par de mêmes lois. Cela ne présente rien de stable ni d’intangible. L’histoire sur ce point exprime une seule chose : sa loi générale sociologique montre que la tentative des sociétés humaines vise, pour chacune, à progresser de la moindre patrie à la plus grande, sans distinction de races, de mœurs, ou de climats. Il s’agit donc de voir cela clairement, et de fondre le plus possible les nationalités en une seule qui, les unissant, faciliterait les rapports des provinces et l’altruisme des individus. À cette tâche peinèrent les civilisations de Chaldée, de Chine, d’Inde, d’Egypte, de Rome. En ce temps l’Angleterre recommence l’œuvre d’unifier le monde. Qu’importent, auprès de ce gigantesque labeur, les soucis patriotiques ?

— Aussi, répliquai-je, vous interdisez par la torpille et le bombardement aérien l’intrusion de l’étranger dans le domaine de la Dictature…

— Parce que nous ne voulons pas que l’on vienne corrompre les âmes faibles, ici, ni que l’on vende, ni que l’on achète.

— Ni que l’on viole des coutumes qui constituent une patrie et une nationalité dont voici les défenseurs, si je ne me trompe.

Je désignai une troupe en marche. Coiffés de casques bas en cuir noir, vêtus d’un dolman brun, de braies semblables à celles des zouaves et brunes aussi, de hautes guêtres et de souliers fauves, les soldats, sous des havresacs évidemment peu lourds, marchaient prestement par grandes enjambées sautillantes, en quintuple file. Il en défila beaucoup, ils chantaient des hymnes assez beaux. Les fantassins étaient les plus grands, et les cavaliers les plus petits des hommes. Je m’en étonnai.

— C’est pourtant simple, dit Théa. Les grands, les solides gaillards supportent mieux la marche et la charge du sac. Au contraire, les gens de courte taille fatiguent peu les chevaux par leur poids. Aussi obtient-on le maximum de mobilité dans les deux armes. Ce sont des femmes militaires qui conduisent les voitures des régiments, les caissons à cartouches, et les équipages d’ambulance voyez donc !

Elles ne différaient pas des hommes, par l’uniforme. J’en vis qui marchaient aussi en compagnies de pied. On me dit qu’on ne les employait pas à l’occasion de longues étapes. Mais elles composent les unités de l’artillerie de forteresse, les troupes de chemin de fer qui gardent les voies et défendent les gares, les régiments sédentaires en garnison dans les forts. Elles sont soldats d’administration, secrétaires d’état-major. Elles fournissent tous les éléments du corps de l’intendance et du service sanitaire.

Elles ne paraissent pas moins lestes que nos gracieuses cyclistes. La colonne disparut au tournant de la route.

— Voilà, dit Pythie, les forces qui porteront le meilleur sort au monde.

— Par le fer et par le feu, ajoutai-je.

Mes compagnes dédaignèrent de répondre, un peu outrées de comprendre que je devinais dans leurs âmes altruistes le gros rêve de toutes les nations conquérantes, avec un mobile légèrement divers d’apparence.

Pour copie :
Paul Adam

(Sera continué.)

ENRICO TOTI – VILLA BORGHESE – MONUMENTO A ENRICO TOTI

ROME – ROMA
LA VILLA BORGHESE

Armoirie de Rome

 Photos  Jacky Lavauzelle

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Flag_of_Lazio

MONUMENTO A ENRICO TOTI
1922

(1882-1916)

Monumento realizzato da Arturo Dazzi (1922)
Monument réalisé en 1922 par Arturo Dazzi
ARTURO DAZZI
scultore e pittore
sculpteur & peintre
(1881-1966)

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Enrico Toti
Eroi d’Italia

Héros d’Italie

Romain, homme du peuple
un Romano – uomo del popolo
Il symbolise l’abnégation et le patriotisme
Simbolo del patriottismo

Amputé de la jambe gauche (accident du travail)
Amputata la gamba sinistra (incidente sul lavoro)

Avant la Grande Guerre, fait un Tour d’Europe avec sa seule jambe valide.
Giro d’Europa in bicicletta (con una gamba sola)

Se fait mobiliser à la Guerre grâce à de faux papiers
(fece carte false )

«Gli eroi muoiono tutti, e per una causa provvidenziale questi eroi non soffrono»
« Les héros meurent tous, et pour une cause providentielle quels héros ne souffrent pas. »

 

Enrico Toti in trincea nel 1916 dans les tranchées Villa Borghese 1916

Prima puntata de « I GRANDI ITALIANI di RADIO ARTOM », programma ideato e condotto da Manfredi Beninati e Vincenzo Profeta che quì parlano di Enrico Toti, l’eroe della Grande Guerra con una sola gamba.
Premier épisode de programme « LES GRANDS ITALIENS » créé et dirigé par Manfredi Beninati et Vincenzo Prophète qui parle ici de Enrico Toti, le héros de la Grande Guerre avec une jambe.

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« Bella non piangere » – 1954
Film

un film di Davide Carbonari girato nel 1954 ed ispirato alla vicenda di Enrico Toti, uno degli eroi della prima guerra mondiale
Un film de David Carbonari (1954) inspiré de la vie d’Enrico TOTI

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La morte di Enrico Toti nella copertina della Domenica del Corriere Villa Borghese artgitato