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MONUMENTO ALFONSO XII – MONUMENT ALPHONSE XII – 阿方索十二碑 – Альфонсо XII памятник

Madrid – Мадрид – 马德里
Monumento Alfonso XII
Monument Alphonse XII
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Madrid Blason Artgitato  Madrid L'Ours & L'arbousier Artgitato La estatua del oso y del madroño

Photo du Monument d’Alphonse XII
Jacky Lavauzelle

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Madrid Drapeau Artgitato



 PARQUE DE EL RETIRO
Monumento Alfonso XII Monument Alphonse XII Parque de El Retiro Madrid Artgitato 103
MONUMENTO ALFONSO XII
Monument à Alphonse XII
阿方索十二碑
Альфонсо XII памятник

ALPONSE XII
ALFONSO XII
Альфонс XII
阿方斯十二
1857-1885
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Rey de España
Roi d’Espagne
西班牙国王

Король Испании
1874-1885

ALFONSO XII Alphonse XII Rey de España Roi d'Espagne

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        Monumento Alfonso XII Monument Alphonse XII Parque de El Retiro Madrid Artgitato 300          

      

Monumento Alfonso XII Monument Alphonse XII Parque de El Retiro Madrid Artgitato 3

ALPHONSE XII en 1875

« La révolution qui s’est faite, il y a trois mois en Espagne et qui a rappelé de l’exil le jeune fils de la reine Isabelle, devenu le roi Alphonse XII, cette révolution ou cette restauration a eu l’avantage de s’accomplir par une sorte de mouvement spontané. La monarchie nouvelle n’a eu aucune peine à s’accréditer en Europe…C’est comme un retour à ce qui existait avant le mois de septembre 1868 ; mais depuis cette révolution de 1868 tout s’est étrangement aggravé au-delà des Pyrénées, et de là précisément cette situation qui ne peut s’éclaircir en un jour ; de là les difficultés de ce règne naissant d’un jeune homme jeté brusquement dans tous les embarras, seul avec ses dix-sept ans, sa bonne grâce, et sa sœur, la comtesse de Girgenti, qui est allée le rejoindre, qui redevient maintenant princesse des Asturies. La question est de savoir quel caractère prendra ce règne nouveau à peine inauguré, et surtout comment il dénouera la guerre carliste. »

Monumento Alfonso XII Monument Alphonse XII Parque de El Retiro Madrid Artgitato 1

« Évidemment les choses ne sont ni simples ni faciles à Madrid. Le jeune roi Alphonse XII se trouve entre toutes les influences qui l’assiègent, qui sont en conflit autour de lui, jusque dans le gouvernement. La lutte est engagée entre la fraction la plus réactionnaire de l’ancien parti modéré, dont l’unique préoccupation est d’effacer impitoyablement tout ce qui s’est passé depuis 1868, et les libéraux qui, en rétablissant la monarchie bourbonienne ou en l’acceptant aujourd’hui, veulent en faire une œuvre de transaction et de conciliation.Monumento Alfonso XII Monument Alphonse XII Parque de El Retiro Madrid Artgitato 22 C’est l’histoire de toutes les restaurations possibles. Que les anciens modérés, rejetés par la haine de la révolution vers un absolutisme plus ou moins avoué, cherchent à profiter de leur crédit auprès du roi et de l’infante, sa sœur, qu’ils s’efforcent de reprendre position dans l’armée, dans l’administration, et d’imprimer à la royauté nouvelle un caractère décidé de réaction, surtout dans les affaires religieuses, ce n’est point douteux ; ils ont déjà obtenu plus d’un succès, ils n’ont pas pu obtenir tout ce qu’ils désiraient. Monumento Alfonso XII Monument Alphonse XII Parque de El Retiro Madrid Artgitato 201Alphonse XII est heureusement défendu par son éducation, par sa jeunesse, qui résiste, par les idées auxquelles il s’est accoutumé dans l’exil, en France, en Angleterre, et il est soutenu dans ces idées par l’homme qui a le plus sa confiance intime, par le président du conseil lui-même, M. Canovas del Castillo, qui reste le médiateur aussi actif qu’habile entre toutes les influences. Sans refuser des satisfactions aux vieux modérés, M. Canovas del Castillo met d’un autre côté tout son zèle à rallier des hommes de tous les partis, à créer autour du roi une sorte d’union libérale nouvelle. Le rapprochement est sensible et croissant. Le général Serrano est allé récemment chez le roi et chez l’infante, qui l’ont gracieusement reçu. Des pourparlers ont eu lieu, dit-on, avec d’autres personnages, notamment avec M. Sagasta, qui a été ministre d’Amédée et qui était du dernier cabinet de Serrano. Il y a peu de jours, Alphonse XII témoignait des attentions particulières au général Morionès, un des chefs militaires créés par la révolution, celui qui a le privilège d’exciter le plus les antipathies des modérés.

Monumento Alfonso XII Monument Alphonse XII Parque de El Retiro Madrid Artgitato 5

De ces deux politiques qui se combattent, quelle est celle qui l’emportera ? La plus prévoyante assurément est celle qui veut faire d’Alphonse XII le roi de la nation, de toutes les opinions, non d’un parti. Et ce n’est pas seulement de la prévoyance, c’est une nécessité. Quoique bien des choses aient changé, la monarchie qui vient de reparaître à Madrid se retrouve jusqu’à un certain point dans les conditions où était la monarchie d’Isabelle II à l’origine, en face de don Carlos. Monumento Alfonso XII Monument Alphonse XII Parque de El Retiro Madrid Artgitato 107Comme autrefois, le double caractère de la royauté nouvelle est d’être en même temps légitime selon le droit monarchique, et libérale par les idées, par les intérêts qu’elle est appelée à représenter. Qu’elle rassure les intérêts conservateurs profondément inquiétés par la révolution, cela va sans dire ! Elle n’est pas moins obligée de rester libérale, constitutionnelle, si elle veut garder sa raison d’être et sa force contre les carlistes, le dernier et le plus sérieux ennemi qu’elle ait à combattre, à soumettre par la politique ou par les armes.Monumento Alfonso XII Monument Alphonse XII Parque de El Retiro Madrid Artgitato 301

C’est là, à vrai dire, la question qui s’agite à Madrid comme en Navarre, et si elle n’est pas encore résolue, elle vient du moins d’entrer dans une phase nouvelle par l’intervention d’un des hommes les mieux faits pour représenter la cause carliste, don Ramon Cabrera, comte de Morella, qui s’est prononcé pour la paix, pour Alphonse XII. Monumento Alfonso XII Monument Alphonse XII Parque de El Retiro Madrid Artgitato 21Ce fut autrefois un des derniers partisans tenant la campagne pour le premier don Carlos. Jeune alors, simple étudiant de Tortosa au début de la guerre de sept ans, rapidement signalé pour son audace et son habileté, Cabrera était un des chefs carlistes les plus redoutés, exerçant d’impitoyables représailles auxquelles on avait malheureusement donné une excuse en fusillant sa mère. Il avait fini par s’emparer de la citadelle de Morella, où il régnait en maître, même quelquefois sans obéir aux ordres du prétendant, et où il tint pendant quelques mois encore après le traité de Vergara par lequel le général carliste Maroto rendait les armes. Monumento Alfonso XII Monument Alphonse XII Parque de El Retiro Madrid Artgitato 9Une fois en 1848 il a reparu dans les montagnes de la Catalogne, tentant de nouveau la fortune pour la cause du prétendant, et pendant quelque temps il donnait du travail au malheureux général Concha, qui a été tué l’an dernier à l’attaque des retranchements de la Navarre ; mais depuis cette époque Cabrera a vécu en Angleterre, où il s’est marié, où son esprit s’est ouvert à d’autres idées. Hôte d’un pays libre, il s’est éclairé, et sans abandonner encore sa cause il en est venu à croire que la royauté devait être de son temps. Un moment, il y a quelques années, il a été le conseil du nouveau prétendant, de celui qui est aujourd’hui en armes à Estella ; mais il avait désapprouvé la guerre actuelle, il avait refusé d’y prendre part. Il avait une autre politique, il voulait exercer une action toute morale. Peut-être, si la république avait duré encore, serait-il resté dans sa retraite, espérant peu du prétendant et de ses idées. Le rétablissement de la royauté à Madrid l’a décidé ; il s’est déclaré pour le roi Alphonse XII et pour la paix, il s’est fait auprès du gouvernement nouveau le négociateur d’une sorte de convenio qui n’est que le renouvellement du traité de Vergara, qui sauvegarderait les intérêts de ceux qu’il continue à appeler ses compagnons d’armes de la cause carliste, en même temps que les droits traditionnels des provinces basques. Monumento Alfonso XII Monument Alphonse XII Parque de El Retiro Madrid Artgitato 108Il est bien clair que c’est là un acte tout personnel, que Cabrera n’a aucun titre décisif pour traiter au nom des chefs carlistes ou dans l’intérêt des provinces livrées à l’insurrection, et il est possible que cette tentative spontanée de médiation qu’on a essayé de travestir et d’atténuer par une divulgation prématurée n’ait point un effet immédiat ; mais Cabrera a gardé un grand prestige dans le monde carliste, dans les provinces où il a conquis sa renommée, où la guerre sévit aujourd’hui ; il a dans l’armée insurgée de nombreux amis, disposés à suivre ses conseils comme des ordres. Monumento Alfonso XII Monument Alphonse XII Parque de El Retiro Madrid Artgitato 7C’est assurément le coup le plus grave qui ait été porté jusqu’ici à la cause du prétendant, et don Carlos a beau fulminer contre Cabrera, exercer des répressions sanglantes pour empêcher les désertions ; il ne pourra pas contenir longtemps l’immense désir de paix qui se manifeste partout, le mouvement qui a déjà commencé. Les soumissions se multiplient, les députations provinciales refusent les subsides. Le prétendant ne représente plus qu’une guerre d’un succès impossible et inutilement sanglante. Tout tourne en faveur du jeune Alphonse XII, qui représente aujourd’hui la paix pour l’Espagne, et si malgré tout la lutte devait se prolonger encore, ce serait aux chefs de l’armée libérale de précipiter le dénouement par un dernier et énergique effort. »

Charles de Mazade
Chronique de la quinzaine, histoire politique et littéraire – 31 mars 1875
Revue des Deux Mondes, 3e période, tome 8, 1875 -pp. 689-700

Monumento Alfonso XII Monument Alphonse XII Parque de El Retiro Madrid Artgitato 304

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ALPHONSE XII en 1876

« L’Espagne, quant à elle, vient à peine d’échapper à la guerre civile, et elle est encore tout entière aux fêtes de la paix qu’on s’est hâté de célébrer. Le jeune roi Alphonse XII est entré à Madrid à la tête de 25,000 hommes de son armée, escorté par les généraux qui se sont signalés dans la dernière guerre contre les carlistes : Quesada, Martinez Campos, Morionès, Loma. Évidemment les ovations qui ont accompagné le jeune souverain, les chefs militaires et l’armée, ont été cette fois aussi spontanées que sincères ; c’était le sentiment public qui éclatait au passage de ces soldats éprouvés par une rude campagne, et l’Espagne tout entière, représentée par des députations, assistait aux fêtes de Madrid. il y a quelques mois à peine, l’Espagne en était réduite à s’épuiser dans cette lutte meurtrière et odieuse, dont on ne croyait pas voir si prochainement la fin, et qui aurait pu en effet se prolonger, tant les moyens dont le prétendant a disposé jusqu’au bout étaient puissants. Aujourd’hui tout est terminé, et le signe le plus frappant d’une pacification complète, c’est que le service du chemin de fer, interrompu depuis trois ans, est maintenant rétabli entre Madrid et la frontière de la Bidassoa.Monumento Alfonso XII Monument Alphonse XII Parque de El Retiro Madrid Artgitato 302 Une partie de l’armée a été laissée comme force d’occupation dans les provinces du nord, où il reste à effacer les traces de la guerre civile, et ce ne sont pas seulement des traces matérielles ; il faut aujourd’hui rétablir l’ordre légal partout, réintégrer les libéraux dans des propriétés dont ils ont été violemment dépouillés, et qui ont été vendues par le gouvernement carliste. C’est toute une œuvre réparatrice à réaliser dans ces provinces séquestrées et exploitées par don Carlos pendant trois ans, et après tout l’Espagne a bien le droit de se sentir soulagée, de célébrer la paix qui lui est rendue, même avec une certaine prodigalité d’enthousiasme, de lauriers et d’illuminations.

Monumento Alfonso XII Monument Alphonse XII Parque de El Retiro Madrid Artgitato 302Monumento Alfonso XII Monument Alphonse XII Parque de El Retiro Madrid Artgitato 6

Les réjouissances, les distributions de titres aux généraux et les vers adressés de toutes parts à Alphonse XII, au jeune roi « pacificateur, » ne suppriment pas malheureusement bien d’autres difficultés qui pèsent sur le gouvernement de Madrid, et dont quelques-unes sont la conséquence inévitable de la dernière victoire. L’Espagne a reconquis les provinces du nord, elle en a fini heureusement avec la guerre civile. Voici maintenant une question des plus graves, des plus délicates, qu’on ne peut plus éluder, celle du régime auquel on soumettra les provinces reconquises, et déjà deux politiques semblent être en présence.Monumento Alfonso XII Monument Alphonse XII Parque de El Retiro Madrid Artgitato 309 L’une, qui s’est déjà produite sous la forme de manifestations, de pétitions aux cortès, réclame l’abolition des fueros, des privilèges basques ; l’autre politique, qu’on dit représentée par un des généraux les plus populaires aujourd’hui, par Martinez Campos, serait pour la conservation de ces privilèges. Peut-être même le général Martinez Campos, pour hâter la pacification, a-t-il fait quelques promesses. Monumento Alfonso XII Monument Alphonse XII Parque de El Retiro Madrid Artgitato 301Le président du conseil, M. Canovas del Castillo, interrogé dans les chambres, n’a point hésité à déclarer que les provinces du nord devaient avant tout être ramenées à l’unité nationale et constitutionnelle, — puis qu’on pourrait s’entendre avec des représentans locaux sur le régime administratif qu’il faudra créer. En d’autres termes, cela veut dire que les privilèges d’exemption du recrutement militaire et des impôts généraux devront commencer par être supprimés, et qu’une certaine autonomie d’administration n’est point exclue. Monumento Alfonso XII Monument Alphonse XII Parque de El Retiro Madrid Artgitato 207Ce n’est plus ici une question de droit comme en 1839, après la première guerre carliste, terminée par un traité, par ce qui s’est appelé le convenio de Bergara. Aujourd’hui les Basques ont combattu jusqu’au bout, ils ont été soumis par les armes, ils n’ont plus aucun droit, puisqu’ils ont eux-mêmes déchiré leur titre ; mais la population libérale des provinces, qui a souffert de la guerre carliste, qui a été spoliée, traitée en ennemie par le prétendant, et qui est restée toujours fidèle à l’Espagne, au gouvernement de Madrid, cette population, elle aussi, tient aux fueros ; elle a les droits de sa fidélité et de son dévoûment.Monumento Alfonso XII Monument Alphonse XII Parque de El Retiro Madrid Artgitato 205 Des villes comme Saint-Sébastien, Bilbao, qui ont subi des sièges, des bombardemens sans capituler devant l’ennemi, méritent de n’être point traitées absolument en pays conquis. C’est là le point délicat sur lequel le gouvernement et les cortès vont avoir à se prononcer.

Monumento Alfonso XII Monument Alphonse XII Parque de El Retiro Madrid Artgitato 202

Une autre difficulté, qui n’est pas moins grave, commence aujourd’hui pour l’Espagne, ou plutôt reparaît désormais au premier rang, puisqu’elle n’était jusqu’ici qu’ajournée, c’est la difficulté religieuse. Cette question est agitée partout en ce moment au-delà des Pyrénées ; elle a été discutée dans les cortès à l’occasion de l’adresse au roi, elle doit être maintenant résolue à propos de la constitution nouvelle que le cabinet vient de soumettre au parlement. Monumento Alfonso XII Monument Alphonse XII Parque de El Retiro Madrid Artgitato 306Le président du conseil, soutenu jusqu’ici par le jeune roi, M. Canovas del Castillo s’est prononcé pour la liberté ou tout au moins pour la tolérance religieuse, mais il a contre lui des influences puissantes, le clergé, la fraction absolutiste de l’ancien parti modéré, peut-être même des généraux, puisqu’il y a toujours des généraux dans la politique au-delà des Pyrénées, — et voilà maintenant la lutte plus enflammée que jamais par un bref que le pape vient d’adresser à l’archevêque de Tolède en faveur de l’unité religieuse espagnole. Le pauvre pontife a cru sans doute que la jeune monarchie rétablie depuis si peu de temps encore à Madrid n’avait pas assez d’embarras, et il lui a envoyé son bref pour aider à la pacification des esprits au lendemain de la défaite des carlistes ! Monumento Alfonso XII Monument Alphonse XII Parque de El Retiro Madrid Artgitato 100Un effort désespéré va évidemment être tenté. M. Canovas del Castillo a plus que jamais besoin d’être soutenu, non-seulement par le roi, mais par tous les libéraux. Il obtiendra sans nul doute de faire inscrire dans la constitution les idées de tolérance dont il est le défenseur, et il les fera respecter. Monumento Alfonso XII Monument Alphonse XII Parque de El Retiro Madrid Artgitato 204C’est la monarchie constitutionnelle libérale qu’il a voulu rétablir d’accord avec le jeune souverain lui-même, et cette monarchie ne peut chercher sa force dans une politique qui a son représentant naturel dans le prétendant vaincu d’hier Alphonse XII est rentré avec le drapeau libéral à Madrid, avec ce drapeau il a eu raison de l’insurrection carliste. Son principal conseiller, M. Canovas del Castillo, a une dernière victoire à gagner, c’est de ne point laisser les passions religieuses assombrir et troubler le nouveau règne en lui préparant la fin qui est au bout de toutes les réactions. L’Espagne ne peut pas s’isoler aujourd’hui dans le mouvement libéral qui entraîne l’Europe. »

Ch. de Mazade
Chronique de la quinzaine, histoire politique et littéraire — 31 mars 1876
Revue des Deux Mondes, 3e période, tome 14, 1876 -pp. 703-713

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LA MORT D’ALPHONSE XII
en 1885

La Mort d'Alphonse XII

« Plus que jamais aujourd’hui, l’imprévu règne dans le monde et se mêle aux affaires des peuples sous toutes les formes, même sous cette forme mystérieuse et cruelle des morts inopinées qui sont des événements, L’imprévu en ce moment pour l’Espagne est cette fin prématurée du roi Alphonse XII, de ce prince de vingt-huit ans qui n’avait que des raisons de vivre, qui, depuis plus de dix ans déjà, portait, avec la bonne grâce de la jeunesse, le poids de la couronne, au milieu des difficultés qui ne manquent jamais au-delà des Pyrénées.Monumento Alfonso XII Monument Alphonse XII Parque de El Retiro Madrid Artgitato 8 L’Espagne sortait des démêlés et des embarras que l’affaire des Carolines lui avait suscités avec l’Allemagne ; elle en sortait honorablement, pacifiquement, par cette médiation du pape qui a été elle-même un grand imprévu, qui a fait tout ce qu’elle pouvait, tout ce qu’on lui demandait en préparant la possibilité d’une transaction entre les deux pays. Aujourd’hui c’est bien plus qu’un différend de diplomatie à propos de quelques îles perdues dans les mers lointaines, c’est la situation tout entière de l’Espagne remise subitement en doute par la mort si inattendue de ce jeune souverain qui vient d’être enlevé par un mal inexorable, qui s’est éteint, il y a trois jours, au château du Pardo, ne lais-saut que de bons souvenirs et un grand vide.

Monumento Alfonso XII Monument Alphonse XII Parque de El Retiro Madrid Artgitato 101

Tel qu’il a été, en effet, le règne si brusquement interrompu du roi Alphonse XII n’aura pas été sans profit et sans honneur pour l’Espagne. Il avait commencé, il y a tout près de onze ans, le 30 décembre 1874, dans des conditions certes singulièrement critiques, d’un côté, l’expérience républicaine qui avait succédé au court essai d’une royauté étrangère, n’avait réussi qu’à mettre le pays en feu, à précipiter l’Espagne dans une dissolution sanglante ; d’un autre côté, une formidable insurrection carliste occupait les provinces du Nord et menaçait de passer l’Èbre, de se répandre dans la péninsule entière. Monumento Alfonso XII Monument Alphonse XII Parque de El Retiro Madrid Artgitato 401L’impuissance de tout gouvernement à Madrid, la guerre civile dans le Nord, l’anarchie incendiaire partout, c’était le dernier mot de cette révolution de 1868 qui avait cru inaugurer une ère nouvelle en renversant la monarchie d’Isabelle II et qui n’avait fait que précipiter la nation espagnole dans les aventures meurtrières. C’est alors, après six années de convulsions, qu’éclatait, le 30 décembre 1874, ce mouvement militaire de Sagonte qui trouvait aussitôt un écho à Madrid comme dans les provinces, parce qu’il répondait à un sentiment universel de lassitude, et qui ramenait au troue le fila de la reine Isabelle sous le nom d’Alphonse XII.Monumento Alfonso XII Monument Alphonse XII Parque de El Retiro Madrid Artgitato 304Ce prince de dix-sept ans qui venait de passer par l’exil, qui avait ou le temps de faire son éducation dans les écoles de Paris, de Vienne et de Londres, de voir les nations étrangères, ce jeune représentant d’une tradition dynastique renouée dans le péril avait la bonne fortune d’être rappelé pour rendre à son pays la paix, la stabilité, les garanties de la monarchie constitutionnelle. Il portait à l’Espagne sa jeunesse, qui était une séduction, une nature précocement mûrie dans les épreuves, un esprit libre et ouvert, la bonne volonté, et on ne peut pas dire qu’il ait manqué au rôle que les circonstances lui préparaient. Il n’avait pas seulement montré le courage qui lui était naturel, aux premiers temps de la restauration, lorsque, marchant avec tous les chefs de l’armée ralliés à son drapeau, il avait à vaincre l’insurrection carliste, à pacifier les provinces du Nord ; dans le gouvernement, dans ses relations avec les partis, avec les hommes, il ne tardait pas à montrer une singulière sagacité, de la finesse, du jugement. Monumento Alfonso XII Monument Alphonse XII Parque de El Retiro Madrid Artgitato 208Monumento Alfonso XII Monument Alphonse XII Parque de El Retiro Madrid Artgitato 307Appliqué à ses devoirs, il les remplissait en prince éclairé et aimable qui se considérait comme le chef de tous les Espagnols, n’excluant personne, sachant ménager les opinions et même les amours-propres ou les ambitions, suppléant par un tact naturel à l’expérience dans la pratique des institutions restaurées pour assurer à son pays l’ordre sans la réaction, les garanties libérales sans l’anarchie. Monumento Alfonso XII Monument Alphonse XII Parque de El Retiro Madrid Artgitato 306Alphonse XII savait être roi ; il savait aussi mettre dans la politique l’entrain, la bonne humeur et la facilité séduisante de la jeunesse. Il a pu se tromper quelquefois et avoir ses fantaisies. Il n’avait certainement pas tout calculé lorsqu’il entreprenait un jour ce voyage d’Allemagne qui, à son passage à Paris, devenait l’occasion d’indignes scènes de rues, désavouées d’ailleurs par le sentiment de la France. D’ordinaire, il était avisé ; il avait aussi le secret des vaillantes et généreuses inspirations de cœur qui le conduisaient au milieu des populations éprouvées par les fléaux meurtriers et lui faisaient une juste popularité. Les partis irréconciliables dans leur hostilité, se flânaient toujours de le renverser ; ils se seraient probablement usés à la longue contre la force de ce jeune roi, qui, en définitive, a donné dix ans de paix à son pays, qui avait l’esprit assez libéral pour ne se refuser à aucun progrès légitime et pouvait promettre à la Péninsule un avenir suffisamment assuré. Aujourd’hui, tout cela est détruit. Monumento Alfonso XII Monument Alphonse XII Parque de El Retiro Madrid Artgitato 200Il reste une enfant de cinq ans, héritière de la monarchie espagnole avec une régence, et, ce qui complique encore plus les choses, c’est que la jeune veuve d’Alphonse XII, aujourd’hui régente, paraît devoir bientôt mettre au monde un enfant, que si le nouveau-né est un prince, c’est à lui que reviendra la couronne : de sorte que cette frêle enfant, reine en ce moment, peut ne plus l’être dans quelques mois. C’est un cas qui ne s’est peut-être jamais présenté.

Monumento Alfonso XII Monument Alphonse XII Parque de El Retiro Madrid Artgitato 106

Qu’adviendra-t-il de cette situation douloureuse, de cette crise qui, sans être un interrègne, est assurément aussi grave qu’imprévue ? La première nécessité sans nul doute était d’assurer d’abord sans hésitation, par le concours de toutes les forces, la transmission régulière de la couronne, de ne laisser place à aucune division entre les partis ralliés à la monarchie, et le président du dernier cabinet conservateur.

Monumento Alfonso XII Monument Alphonse XII Parque de El Retiro Madrid Artgitato 211M. Canovas del Castillo, a donné l’exemple d’une généreuse abnégation en conseillant à la nouvelle régente, à la reine Christine, d’appeler au pouvoir le chef de l’opposition libérale, M. Sagasta. C’est donc un ministère libéral composé de MM. Sagasta, Gonzalez. Alonso Martinez, Camacho, Moret, Montero-Rios, qui va prendre la direction des affaires de la jeune royauté, avec la résolution hautement déclarée de faire respecter la légalité constitutionnelle et avec la certitude d’être appuyé par les conservateurs eux-mêmes. Monumento Alfonso XII Monument Alphonse XII Parque de El Retiro Madrid Artgitato 305Les chefs de l’armée de leur côté, les généraux qui représentent l’influence militaire, les Martinez Campes, les Jovellar, les Quesada, les Concha, les Salamanca, les Pavia, n’ont point hésité un instant à offrir leur concours au gouvernement, quel qu’il soit, chargé d’inaugurer le nouveau règne. Nul doute que les cortès qui vont se réunir au plus tôt ne se hâtent de reconnaître la régence et que toutes les mesures ne soient déjà prises pour garantir l’ordre dans le pays, pour maintenir la légalité dynastique et constitutionnelle dans cette transition difficile.Monumento Alfonso XII Monument Alphonse XII Parque de El Retiro Madrid Artgitato 209 Le danger, à vrai dire, n’est peut-être pas pour aujourd’hui ou pour demain ; mais l’Espagne n’est pas certainement au bout de ses crises, et on peut bien penser que les partis ennemis se tiennent déjà prêts à saisir les occasions que peut leur offrir une minorité. Étranges combinaisons des choses ! L’Espagne le retrouve à l’heure présente dans une situation à peu près semblable à celle où elle était il y a un peu plus de cinquante ans, à l’avènement de la reine Isabelle. Il y a des différences sans doute, il y a eu depuis un demi-siècle bien des événements, bien des changements, bien des révolutions. En réalité, c’est encore une enfant, une jeune fille, qui représente la monarchie constitutionnelle, entre les carlistes qui sont toujours les carlistes comme autrefois, et les révolutionnaires qui s’appellent aujourd’hui les républicains.

Comment tenir tête à tant d’orages possibles ? Tous les constitutionnels espagnols, libéraux et conservateurs sont certainement intéressés à faire face au péril. Si les républicains conspirateurs réussissaient à accomplir au-delà des Pyrénées une révolution où disparaîtrait la monarchie, ils ne fonderaient sûrement pas un ordre nouveau comme ils s’en flattent dans leurs illusions ; ils ne pourraient que ramener l’Espagne aux effroyables crises où elle a failli se dissoudre il y a douze ans, et le plus inévitable résultat de leurs tentatives serait de donner une force nouvelle au carlisme, qui profiterait et des malheurs qu’aurait déchaînés la république et de la disparition de ce qui reste de monarchie constitutionnelle au-delà des Pyrénées.Monumento Alfonso XII Monument Alphonse XII Parque de El Retiro Madrid Artgitato 104 Que des républicains sectaires ne le voient pas, c’est leur éternelle faiblesse. Les républicains plus réfléchis et plus prévoyants qui existent sans doute au-delà des Pyrénées sont faits pour être sensibles à ce danger, et ce n’est pas dans tous les cas la France, même la France républicaine, qui pourrait appeler de ses vœux une révolution aussi embarrassante pour elle qu’elle serait redoutable pour l’Espagne. »

Ch. de Mazade
Chronique de la quinzaine, histoire politique et littéraire – 30 novembre 1885
Revue des Deux Mondes, 3e période, tome 72, 1885 -pp. 706-717

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L’ESPAGNE APRES LA DISPARITION D’ALPHONSE XII
en 1886

Au moment où il y a des affaires sérieuses un peu partout, — en Angleterre, où s’agite toujours la question d’Irlande, en Italie, où les élections viennent de s’accomplir, en Allemagne même, où les débats économiques succèdent au vote delà loi ecclésiastique, l’Espagne est tout entière à un événement attendu depuis quelques mois. Monumento Alfonso XII Monument Alphonse XII Parque de El Retiro Madrid Artgitato 308Monumento Alfonso XII Monument Alphonse XII Parque de El Retiro Madrid Artgitato 308La jeune veuve du roi Alphonse XII, la reine régente Marie-Christine, a mis au monde un prince dont la naissance a « été accueillie et est considérée par les Espagnols comme un gage de sécurité publique. Tout se réunit pour donner à cet événement un caractère particulièrement intéressant, et si on a pu souvent dire que l’imprévu règne au-delà des Pyrénées, l’histoire de l’Espagne, depuis quelques mois, prouve du moins que cet imprévu peut tromper quelquefois les mauvais augures.

Lorsque le roi Alphonse XII s’éteignait si prématurément, à la fin de ]’année dernière, il est, certain que l’Espagne se trouvait tout à coup dans une situation critique qui pouvait aisément devenir périlleuse. La princesse chargée à l’improviste du lourd fardeau d’une régence était une étrangère peu connue jusque-là, peu mêlée aux affaires, excitant peut-être quelque ombrage. De plus, l’hérédité restait pour ainsi dire en suspens. On ne savait si la jeune infante qui succédait pour le moment à son père resterait définitivement la reine, ou si elle ne devrait pas s’effacer devant le nouveau-né qu’on attendait. Monumento Alfonso XII Monument Alphonse XII Parque de El Retiro Madrid Artgitato 400L’avenir pouvait paraître assez sombre, tout au moins assez énigmatique. En réalité, le sentiment du péril est peut-être ce qui a sauvé l’Espagne. Le pays ne fut jamais plus tranquille qu’il ne l’a été depuis quelques mois. Tout s’est passé sans accident, sans trouble, dans les circonstances Jes plus douloureuses et les plus difficiles. La reine Christine, depuis son avènement à la régence, a montré autant de tact et d’intelligence que de droiture. Elle s’est popularisée lorsqu’il y a quelques jours, au lendemain d’une tempête qui s’était abattue sur Madrid et avait fait de nombreuses victimes, elle a tenu à aller elle-même, malgré son état, visiter les malheureux, porter des secours à toutes les misères. Monumento Alfonso XII Monument Alphonse XII Parque de El Retiro Madrid Artgitato 210C’est justement peu après s’être imposé ces généreuses fatigues qu’elle a mis au monde ce prince, — le premier peut-être dont le règne commence avec la vie, — et dont la naissance a pu être annoncée aux provinces par ce.simple mot : « Le roi est né ! » L’hérédité s’est trouvée ainsi fixée. La jeune reine provisoire est redevenue la princesse des Asturies. L’enfant né d’hier est le roi d’aujourd’hui. Il a été bienvenu et acclamé partout dans les provinces comme à Madrid. Les partis ont fait pour un moment trêve à leurs querelles devant ce berceau. Le président du congrès, M. Cristino Martos, qui a été républicain sous une république éphémère, le président du sénat, le général Concha, marquis de la Havane, se sont plu également à saluer le nouveau prince comme une espérance pour le peuple espagnol, comme un « symbole d’ordre, de liberté, de tous les intérêts du régime représentatif. » Le pape Léon XIII a été choisi comme le parrain de l’enfant royal. On peut dire aujourd’hui que la douloureuse crise de transition ouverte par la mort du roi Alphonse XII est close : un nouveau règne a commencé en pleine paix, au milieu d’une satisfaction assez générale.

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Ce règne qui s’ouvre au-delà des Pyrénées est, il est vrai, une minorité, et ce serait une singulière illusion de croire que toutes les difficultés sont finies parce qu’on a pu dire il y a quelques jours à Madrid ce mot qui a couru partout : « Nous avons un roi ! » Assurément, rien n’est fini, les partis hostiles n’ont pas désarmé. On a même déjà prétendu que les carlistes se préparaient à une nouvelle campagne et les républicains, de leur côté, n’ont pas renoncé à leurs complots révolutionnaires. Il y aura des conspirations, des agitations, peut-être des insurrections, c’est possible. Il y a pourtant une chose assez claire. Les carlistes, depuis un demi-siècle, ont déjà fait bien des tentatives de guerre civile, et même quelquefois dans des conditions qui semblaient favoriser leur cause, ils n’ont jamais roussi ; ils n’auraient des chances, peut-être sérieuses, que si les républicains commençaient par bouleverser le pays. Ils le savent bien, et les républicains qui ont quelque raison sentent bien aussi que, s’ils réussissaient à rejeter l’Espagne dans des révolutions nouvelles, ils rendraient une force singulière au carlisme, qui se retrouverait bientôt en armes devant eux. Le nouveau roi n’est qu’un enfant et la personne chargée d’exercer la régence n’est qu’une femme ; mais les gouvernemens de minorité n’ont pas toujours été les plus faibles dans un pays aux intincts généreux et chevaleresques. Cet enfant et cette femme, qui n’ont de défense que dans la nation et par la nation, représentent, après tout, une société nouvelle, les garanties libérales, des institutions protectrices de tous les droits, de toutes les opinions. Ils trouvent une sorte de force dans leur faiblesse comme dans tout ce qu’ils représentent pour le bien et l’avantage du pays. Tous les partis réguliers, qu’ils s’appellent libéraux ou conservateurs, sont également intéressés à ne pas ruiner par leurs divisions une cause qui est leur propre cause, à se rallier autour de cette jeune monarchie constitutionnelle, qui, en même temps qu’elle est la tradition vivante, est la garantie de tous les progrès sérieux, légitimes et durables. »

Charles DE MAZADE
Chronique de la quinzaine, histoire politique et littéraire – 31 mai 1886
Revue des Deux Mondes, 3e période, tome 75, 1886 -pp. 705-716

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