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PAUL ADAM LETTRES DE MALAISIE QUATRIEME LETTRE 1896

MALAISIE – MALAYSIA
PAUL ADAM LETTRES DE MALAISIE


D’après une photo de Nadar et le portrait de Félix Valloton




PAUL ADAM
1862 – 1920

LETTRES DE MALAISIE
1896
QUATRIEME LETTRE

Texte paru dans La Revue Blanche
Paris
1897

*****

Portrait de Paul Adam
Félix Vallotton paru
Le Livre des masques de Remy de Gourmont
1896

***

QUATRIEME LETTRE DE MALAISIE

Jupiter, octobre 1896
Palais des Hôtes
Mon cher ami,

… Je me rappelle celui dont vous parliez et qui, durant vos vacances de lycéen, s’acharnait à gâter les heures par le nombre de ses questions relatives au problème des trois fontaines, ou à la rencontre de deux locomotives parties à des minutes successives et munies de vitesses différentes. Il éprouvait votre savoir en interrogeant sur les longitudes et les latitudes des îles, sur la classification des insectes. Pareils à ce parent, ceux d’ici ne distribuent que des propos de pédanterie. La beauté d’un décor naturel les excite à quantifier la valeur des pigments, la courbe des lignes, la radiation de la chaleur et de la lumière. Un nuage passe. Je dis : voici un nuage. On me réplique en estimant la densité approximative de sa vapeur et en calculant sa célérité. Un tiers renchérit. Il communique une hypothèse sur la formation des vents. Cinq ou six théories se croisent. On crie. Quelqu’un résout la question par l’algèbre. Des textes sont cités. Les voix aiguës des femmes percent le nom des chiffres. Je reste ahuri de mon ignorance, parmi ce tapage de méthodes d’ailleurs contradictoires.

Pas plus que nos institutions politiques, leurs institutions scientifiques n’établissent l’accord parfait entre leurs âmes. Dans la ville de Diane, m’assure-t-on, un groupe d’ouvrières avides de connaître l’astronomie commence à prouver que la terre et le soleil demeurent immuables. Le mouvement en général ne serait qu’une illusion des sens. Vous pensez bien que je ne vous rapporterai pas dans cette lettre les raisons avancées par les jeunes personnes. Mais elles semblent conquérir très vite une multitude de croyants. Ah ! cette pauvre planète. Avant Galilée, c’était le soleil qui bondissait au-dessus d’elle, d’orient en occident ; depuis Galilée, c’est elle qui valse autour de l’astre. Demain il sera démontré que ni l’un ni l’autre ne dansent, et cela par les adeptes pratiques de la philosophie positive qui s’appuyait, elle, sur l’immuabilité du savoir.

Donc, ici comme en Europe, les luttes, les concurrences, les rivalités, l’acrimonie et la haine ne se dérobent pas au scrupule de l’histoire. Seulement le motif a varié. Ni pour la conquête de la femme, du luxe, ni pour l’ambition, l’humanité ne se déchire. Le besoin spirituel de certitude agite aussi durement les convoitises que nos besoins matériels. Le gouvernement tombe lorsqu’une nouvelle découverte dément par son évidence les assertions théoriques qu’il soutenait.

En cette ville du Pouvoir, Jupiter, les oligarchies se succèdent assez rapidement. Leur durée moyenne est d’un an. Cruauté en moins, leur façon de régir l’Etat se rapproche de celle usitée par le Conseil des Dix, à Venise. Dès qu’une invention, un livre, une œuvre d’art met en vedette un groupe de créateurs, ce groupe devient, sans qu’il le demande ou puisse se dérober à ce devoir, candidat à la succession de l’Oligarchie régnante, laquelle espère aussitôt se démettre. Car de tout le service social, celui du gouvernement passe pour le moins agréable. On ne rend à ces commis suprêmes, nul honneur. Leur tâche est considérable. Elle exige un travail bien plus fort que les autres métiers, sans aucun avantage compensateur. D’abord limitée à vingt membres, l’Oligarchie fut portée à trente, puis à cinquante. Aujourd’hui ces cinquante employés accomplissent péniblement leur besogne, dont le principal consiste à écouter les phonographes réciter les plaintes, les critiques et les conseils adressés par n’importe quel groupe du Travail. Il faut classer ces documents, résumer chaque jour leurs prétentions, et dire la logique officielle qui les fait admettre ou repousser. Rien n’oblige le Pouvoir à satisfaire une réclamation des citoyens, cette réclamation fût-elle unanime ; mais il lui faut expliquer nettement pourquoi. Si le public insiste, l’Oligarchie demande à démissionner. Les citoyens accordent ou refusent la démission. Dans le premier cas, le rare, le groupe candidat succède.

Pas une œuvre de science, d’art ou de lettres n’est reconnue comme le résultat d’un seul effort personnel. Un homme écrit-il un livre ; le numéro de son groupe signe. À tous, il semble évident que s’il put écrire ce livre, c’est que les propos de ses camarades et les observations dont ils furent, pour son esprit, l’objet, servirent infiniment cet effort.

Imaginez la France gouvernée, en série successive, par plusieurs oligarchies composées, l’une, des savants attachés au Laboratoire Pasteur, l’autre, des écrivains que révélèrent les Soirées de Médan, une troisième, du général Négrier et de son état-major, une quatrième, de Francis Magnard et de la rédaction du Figaro, une cinquième, de Claude Monet et des impressionnistes…, une sixième, de Mgr d’Hulst et de son clergé, etc.

Evidemment chez nous ce système s’écroulerait vite. Chaque coterie parvenue au pouvoir s’efforcerait de détruire tout l’œuvre de la coterie précédente, stupidement. Il n’en est pas de même ici. Moins barbares, les gens se disent trop sceptiques pour se vouloir sectaires. Une oligarchie de chimistes arrive-t-elle au pouvoir, elle ne s’inquiète pas de défaire ce que les ethnographes établirent avant elle. Elle s’occupe surtout à appliquer le bénéfice de ses connaissances chimiques à l’universalité des choses. Elle transforme à la fois la charge des torpilles, les recettes culinaires, et la composition des parfums. Survienne à la suite, une oligarchie de mécaniciens, elle améliore l’outillage des usines, les armes des soldats, le glissement des tramways. Un groupe d’artistes le remplace-t-il, les édifices sont embellis, les cortèges mieux parés ; on décore les rues. En somme l’Etat reste toujours tel qu’une bâtisse en construction où passent successivement les divers corps de métier. Il n’existe pas de politique. Convenons de louer cette absence de lutte, dans la pratique.

Ainsi, et peut-être par cause de mollesse, le peuple n’insiste presque jamais pour obtenir une réforme, si le pouvoir lui en a démontré les inconvénients. Moins encore celui-ci la refuse s’il n’en reconnaît pas l’essai absolument impossible. Le combat se livre dans le domaine des idées. Lorsqu’une théorie a produit son chef-d’œuvre, les adversaires eux-mêmes portent au pouvoir les hommes et les femmes de la théorie.

À ses soldats, Jérome le Fondateur inculqua tout d’abord cette manière de penser. L’épreuve eut lieu au sujet de la religion. Les uns exaltaient l’athéisme, les autres professaient le déisme. Afin de terrasser l’esprit de triomphe, Jérôme décida que l’enseignement officiel serait religieux, bien que les déistes fussent en minorité certaine. Seulement, il s’inspira des hérésies propagées par Manès, par les gnostiques. Il invoqua les interprétations dues à des kabbalistes, comme Fabre d’Olivet ; il élargit le dogme catholique autrefois établi selon les besoins d’esprits barbares, selon les curiosités de l’ignorance, puis devenu trop naïf pour les exigences de l’intellectualité moderne.

Avant de quitter Minerve, lors de ma visite au gymnase des filles, j’eus l’occasion de comprendre comment on forme les opinions de la race. Voici.

La scène se passe dans une salle ouverte par des arcades sur la richesse des végétations tropicales. Cent adolescentes chinoises, malaises, européennes, mulâtres, quelques-unes blondes, la plupart brunes, sont assises sur une estrade à gradins. Dame quadragénaire, en costume de Trissottin, l’institutrice interroge une mignonne petite japonaise, aux mains menues.

— Qu’est-ce que Dieu ?

— C’est l’ensemble des Forces, balbutie la petite voix grêle et musicale.

— Qu’est-ce qu’une force ?

— Ce qui crée le mouvement, la chaleur, l’électricité, tous les états et les aspects de la nature, par conséquent, les lois physiques universelles, les rapports attractifs des astres, les nébuleuses, les soleils, les planètes, les vapeurs, les mers, les eaux, les végétations, les cellules plasmatiques, les mollusques, les poissons, les amphibies, les quadrupèdes, et l’homme.

— Dieu a donc créé l’homme ?

— Oui, à travers les séries des trois règnes et pour que l’homme à son tour, après l’évolution des races, le connaisse et adore l’harmonie des Forces.

— Que savez-vous sur Adam et Eve ?

— Adam, c’est la terre rouge, la terre incandescente avant le refroidissement graduel de la planète. Eve, c’est Aïscha, ou la faculté volitive, l’énergie qui permet l’évolution de la vie, depuis l’humble cellule de plasma végétal, jusqu’au savant et au héros. À cause de cela les prêtres enseignèrent qu’Eve fut tirée de la côte d’Adam, c’est-à-dire que l’intelligence humaine fut tirée par évolution de la matière refroidie.

— À vous, Mademoiselle ! Adam et Eve sont donc les origines, ou les parents, de toute l’humanité. Dites-nous comment ils furent chassés de l’Eden.

— Adam et Eve vécurent en béatitude tant qu’ils ne s’inquiétèrent pas de juger. Ils acceptaient comme une splendeur l’équilibre entre la vie et la mort qui engendre la vie de sa corruption fertile. Ils admiraient et adoraient. Mais le serpent Nakasch, leur instinct, conseilla la volonté d’Eve, et lui vanta la précellence de la vie sur la mort. « Car, disait-il, en prolongeant la vie individuelle, Eve et Adam prolongeront la jouissance égoïste, et la vie sera le bien, et la mort sera le mal. » Adam et Eve perdirent toute confiance dans la mort, quand ils eurent goûté le fruit offert par le mensonge du serpent, leur instinct. Ils méconnurent aussitôt le bonheur d’admirer l’Harmonie du Monde. Ils restreignirent à eux leurs vues, leurs admirations, et leurs soins. Ils s’aperçurent de leur réalité chétive, de leur nudité, de leur faiblesse ; et ils se cachèrent avec des feuilles de figuier, pour que les autres Forces ne leur fissent pas honte. La préoccupation d’exister longuement comme individus leur fit perdre le sens de la vie éternelle et divine où les forces s’entrecroisent, se heurtent et se transforment et périssent sans jamais mourir. Pour défendre leurs vies, ils admirent la haine. Ils distinguèrent le Bien du Mal, ce qui les aidait de ce qui leur nuisait. Adam et Eve perdirent la félicité du paradis.

La jeune enfant d’une quinzaine d’années répéta la leçon, sans trop de fautes, les yeux attachés au stuc bleu qui recouvrait le sol.

— Il ne faut pas craindre la mort ? reprit l’institutrice.

— Il ne faut pas craindre la mort, dirent ensemble les cent voix des disciples, sur un ton joyeux.

— Pourquoi ne faut-il pas craindre la mort ?

— Il ne faut pas craindre la mort, répondit une grasse petite blonde au signe de la maîtresse, parce que l’idée est immortelle, et que notre conscience faite d’idées unies est immortelle.

— L’âme est donc immortelle ?

— L’âme de l’humanité est immortelle, reprirent en chœur les cent voix joyeuses des enfants, et leurs petites mains tracèrent un centuple signe de croix.

— Comment expliquez-vous que l’idée est immortelle ?

— Les philosophes de notre temps continuent seulement l’évolutionnisme des sages d’Ionie, le perpétuel devenir des grecs. À travers les races, les idées grandissent, siècle par siècle. Elles s’expriment par la bouche de l’Homme, par le développement des cités, par l’amour social qui multiplie la présence des hommes dans les cités, par les raisons des guerres, par celles du conflit social. L’Idée est Dieu.

Levées, l’une après l’autre, sur le gradin, les jeunes filles continuèrent :

— Le Père est la cause inconnue des causes, l’œuf des lois universelles, le centre qui se développe jusqu’aux limites infinies de la sphère. Il existe, centre, parce que coexiste la sphère. Il est le centre et la périphérie, le commencement et la fin.

— Qu’est-ce que le Fils ?

— Le Fils est la reconnaissance de Dieu dans l’âme humaine après les péripéties de l’évolution planétaire. Aussi il s’engendra de la race de David, qui descendait d’Adam, comme le montrent les Écritures.

— Connaissez-vous plusieurs incarnations du Fils ?

— Tous les dieux de toutes les religions. Le Fils est le Verbe ; la parole du monde.

— Le Verbe est-il Dieu ?

— Oui ; car le Mot seul est réel. Nous ignorons si les vocables correspondent à des réalités. Par exemple, la mère qualifie rouge, devant son bébé, un objet que celui-ci voit peut-être vert. Au cours de toute sa vie, cet enfant nommera rouge des choses perçues vertes par son organe. Nul ne le détrompera. En effet, les autres disciples s’ils perçoivent jaune l’objet que qualifia rouge l’éducateur, ou s’ils le perçoivent noir, ou bleu, l’appelleront tous rouge, comme le leur indiqua l’autorité du maître. Depuis les origines peut-être, nul ne perçoit les couleurs de façon pareille à celle d’autrui ; mais par tradition tous nomment d’un même mot des sensations contraires. Le daltonisme prouve que certains ne distinguent pas les cerises du feuillage par la couleur. Les erreurs des sens sont innombrables, que révèle la science. Le proverbe dit ; « Des goûts et des couleurs il ne faut pas disputer », tant il semble vrai que mon âme connaît le monde spécialement. L’univers de chacun diffère ; et les philosophies des époques indiquent l’incertitude des rapports entre les noms et les objets. Aucune philosophie ne peut dire si le monde extérieur correspond à ce que nous pensons de lui. L’homme vit dans la prison des sens. Il suit aveuglément la fatalité du Verbe. Le Verbe est Dieu.

— La Cause, le Verbe et l’Idée sont-ils les trois personnes distinctes du seul Dieu. Un et Triple ?

— Un est le centre ; deux est la périphérie de la sphère illimitée ; trois est le rapport entre le cercle et le centre. Un est le Père. Deux est le Verbe. Trois est l’Esprit qui rayonne du Père au Fils ; de la force originelle à l’être humain qui la reconnaît.

— Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.

— Ainsi soit-il.

L’institutrice fit un geste. Les adolescentes quittèrent les gradins et se répandirent par les arcades du cloître, en devisant. Elles sautillaient sur leurs guêtres ; les courtes boucles blondes ou châtaines, les raides mèches sautillaient aussi vers l’éclat frais de leurs yeux.

Elles s’assemblèrent dans le soleil, et tournèrent en ronde, les mains unies.

Auprès de la maîtresse, je m’inquiétai de cette religion abstraite.

— Monsieur, répondit la dame, ceci est une étape suprême de l’enseignement religieux. Toutes petites elles apprirent les réponses ordinaires du catéchisme. De classe en classe on ajouta des explications qui rendent acceptables les dogmes chrétiens. Dimanche elles communieront. En absorbant l’hostie, je crois que pas une ne doutera de la Présence Réelle. À cette minute, on pensera que, faite du froment, fruit du sol, lui-même fécondé par l’Harmonie-des-Forces, définition de Dieu, l’hostie contient la Présence Réelle de ce Dieu qui sanctifiera le sacrement de la Sainte Table. Je leur enseigne aussi qu’Abel incarne la force centrifuge, la dilatation chimique des corps, l’élan de l’âme amplifiée vers les vérités pures, que Caïn renferme la force centripète, le froid qui resserre, les tendances de l’égoïsme menant l’esprit à concevoir le seul bien immédiat de l’instinct.

Je contemplai les rondes, les jolis gestes des adolescentes, leurs jeux.

— Certes, me dit encore l’institutrice, si nous ne comptions que des élèves européennes, l’enseignement de ce christianisme eût été sans résultat. Notre Jérôme le Fondateur, envoyant des émissaires recueillir, par la Chine et les Îles, les enfants des familles malheureuses, délaya la minorité des âmes occidentales, trop mobiles, parmi le nombre décuple des esprits orientaux aptes à saisir l’abstraction. Le désir de s’égaler les unes les autres, anima ces jeunes intelligences, et le commerce de leurs idées mutuelles façonna un esprit moyen très capable de s’intéresser à nos leçons, pour revêches qu’elles vous paraissent. D’autre part, la pédagogie se fonde, ici, sur un système excellent, amusant. Elle diffère de vos disciplines latines. Par la grammaire, les déclinaisons, les conjugaisons, la syntaxe, par mille règles numérotées et rébarbatives vos professeurs rebutent d’abord l’enfance. De force, sous peine de pensums et de retenues, vous obligez à retenir par cœur, sans qu’on s’intéresse, les avatars du participe passé. Au contraire, nous commençons par amuser l’élève. Nous lui lisons l’histoire. Nous disons comment se forme la pluie, l’orage, et pourquoi l’encre tache ses doigts. Il aime tout de suite les aventures de Romulus et celles de Noé. Il appelle sa poupée Cléopâtre, et son polichinelle César. Par l’histoire, il apprend la géographie, qui n’est plus une triste énumération de sous-préfectures, mais l’évocation des lieux où luttèrent les hommes. Bien plus tard, nous adjoignons aux certitudes historiques la classification des dates, les thèses de l’économie sociale, la présentation des idées philosophiques dont s’inspirèrent les gouvernements et leurs adversaires, enfin l’enseignement des langues que parlèrent les grands peuples. Mais tout cela s’encadre dans des faits objectifs. Jamais nos programmes ne comporteront de choses analogues à vos thèmes et à vos discours latins. La grammaire n’est apprise qu’à l’adolescent comme la mathématique, lorsque l’esprit de l’enfant, éveillé par les récits de l’histoire, recherche spontanément une mesure exacte de ses connaissances. Aussi les abstractions philosophiques, mathématiques, grammaticales n’effarent point. Elles complètent des notions antérieures. Elles viennent satisfaire une curiosité, une véritable convoitise, tandis que votre élève ahuri trop jeune, dégoûté par les déclinaisons, les syntaxes, les exemples, ne retrouve au bout de ses cours, dans la philosophie et la science, qu’une somme de ses ennuis passés. Il apprend mal, mécaniquement. Il se gave la mémoire en vue de l’examen ; il prend, pour jamais, la haine des sciences dont il ne veut plus rien connaître, passé le collège. Il ne lira plus que des romans ou des journaux. Nos élèves gardent, pour la vie, l’avidité d’accroître leur intelligence. C’est un plaisir.

De fait, quand fut fini le temps du repos, les élèves revinrent à leur estrade sans maussaderie.

— Quel est le second mystère, après celui de la Trinité ? demanda la dame.

— Le mystère de l’Incarnation.

— Expliquez-le.

— Marie contient en elle les deux principes contraires : la virginité, la maternité. Si nous ne pouvons concevoir une chose comme Étant et n’Étant pas à la fois, dans le même temps et sous le même rapport, cela vient de la faiblesse de l’esprit humain. Par le mystère de l’Incarnation, Dieu nous enseigne que le Phénomène pur, l’absolu, existe en dehors de ces deux formes de conception. La Vierge Mère engendre Dieu, ou l’absolu, par l’opération du Saint Esprit, car l’intelligence peut réussir à faire concevoir le Phénomène Pur, l’Être, en dehors de ses apparences temporaires d’existence et de non-existence, de vie et de mort, de bien et de mal. Ainsi la Sainte Vierge conçut sans péché, parce qu’elle conçut, grâce à l’Esprit, sans différencier l’être du non-être, en l’état même où pensaient Adam et Ève, avant le péché originel. La virginité de Marie nie en elle l’existence de Dieu, et sa maternité affirme cette existence. Pour cela, elle engendre l’Absolu, l’Homme-Dieu, l’identité du microcosme au macrocosme.

— Qu’est le péché originel ? Est-il vrai que nous portions son châtiment ?

— Adam et Eve, ayant différencié la vie de la mort, toute leur faiblesse apparut, toute haine leur naquit. Par atavisme nous continuons à connaître cette faiblesse, à craindre la mort, à haïr.

— Expliquez le mystère de la Rédemption.

— Le macrocosme, ou la plus grande expansion de Dieu, s’identifie au microcosme, à la planète dont l’homme est la cérébralité. Dieu s’est fait homme. Illimité il accepte la limite. Eternel, il meurt sur la croix. Vie universelle, Jésus souffre la mort individuelle, part de La Vie. Il rachète l’homme de sa peur et de sa science, en rétablissant, par le supplice du Calvaire, l’identité de l’être et du non-être, de l’infini et du limité. Quiconque meurt pour le triomphe de la vie universelle, pour la gloire de l’idée immortelle, recommence le sacrifice de Jésus et rachète le péché d’Adam. Il devient illimité dans l’éternité.

— Qu’est la croix ?

— C’est le Centre, le point où se croisent les rayons du cercle, c’est aussi le signe de la fécondité, le phallos, le jod horizontal traversant le cteïs vertical, l’origine de toute vie ; c’est la Cause, ou le Père. Sur Lui mourut le Fils par l’opération du Saint-Esprit. La Trinité de Dieu, le monde, fut ramené au seul point de l’Un, au Centre.

— Qu’était Marie ?

— La forme ou l’apparence des choses, l’illusion mère du Verbe… Comme Isis, Marie est le monde sensible qui engendre le Verbe, lequel disparaît sur la croix, absorbé en Dieu…

Une cloche sonna. L’église appelait ses fidèles. Les disciples se rangèrent sur deux files, entonnèrent un cantique, et nous les suivîmes par les allées du jardin.

À l’image des nefs byzantines, la basilique supporte plusieurs coupoles. Sur le ciel de la plus grande, une Vierge centrale est peinte ; gigantesque, avec, sur sa robe, des montagnes, des fleuves, des villes, des mers, des animaux, des peuples. Jusque l’iconostase, des chapelles latérales contiennent, à droite et à gauche, selon l’éclectisme banal des panthéons, plusieurs autels élevés, l’un au Bouddha dans un décor japonais, les autres à Mahomet dans un décor mauresque, à Siva dans un décor hindou, à Isis dans un décor égyptien, aux dieux de l’Olympe dans un décor hellène, à Adoni dans un décor phénicien, à Astarté, à Moloch, aux dieux du Mexique, du Pérou, à Manès. Cela donnerait la sensation d’un bazar, n’étaient les proportions de l’édifice imposantes par leur immensité.

Les orgues jouent. L’iconostase s’ouvre. Parait un autel catholique où officie un prêtre en chasuble. Le service de la messe ne diffère pas sensiblement du nôtre.

On goûte l’odeur de l’encens, la fraîcheur des voix chorales. J’ai cru remarquer une sincère attitude de méditation parmi les jeunes filles à genoux sur de petits coussins rebondis…

Pour copie :
Paul Adam

LE PELERINAGE A KEVLAAR Heinrich Heine Die Wallfahrt nach Kevlaar

LITTERATURE ALLEMANDE
Christian Johann Heinrich Heine




Le Pèlerinage à Kevlaar Heine
Die Wallfahrt nach Kevlaar

Deutsch Poesie
 Deutsch Literatur

Heinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich Heine



HEINRICH HEINE
1797- 1856

German poet
Poète Allemand
Deutsch Dichter

Heinrich Heine Oeuvre Poèmes Poésie Gedichte Artgitato

Übersetzung – Traduction
Jacky Lavauzelle

Die Wallfahrt nach Kevlaar

Le Pèlerinage à Kevlaar


Le pèlerinage à Kevlaar Heine
Die Wallfahrt nach Kevlaar




I

Am Fenster stand die Mutter,
A la fenêtre se trouvait la mère,
 Im Bette lag der Sohn.
Et dans le lit, le fils.
« Willst du nicht aufstehn, Wilhelm,
« Tu ne veux-tu pas te lever, Wilhelm,
   Zu schaun die Prozession? »
Pour voir la procession ? « 

*

« Ich bin so krank, o Mutter,
«Je suis si malade, ô mère,
  Daß ich nicht hör und seh;
 Que je n’écoute et ne regarde plus rien ;
Ich denk an das tote Gretchen,
   Je pense à la mort de Gretchen,
 Da tut das Herz mir weh. »
  Cela me brise le cœur . »

*

« Steh auf, wir wollen nach Kevlaar,
«Lève-toi que nous partions à Kevlaar,
Nimm Buch und Rosenkranz;
  Prends ton livre et ton chapelet ;
  Die Mutter Gottes heilt dir
La Vierge guérira
  Dein krankes Herze ganz. »
Ton cœur malade complètement. »

*

Es flattern die Kirchenfahnen,
Elles flottent les bannières de l’église,
Es singt im Kirchenton;
Où l’on chante le plain-chant ;
  Das ist zu Köllen am Rheine,
C’est à Cologne sur le Rhin,
Da geht die Prozession.
La procession passe.

*

Die Mutter folgt der Menge,
La mère suit la foule,
 Den Sohn, den führet sie,
Le fils suit sa mère
Sie singen beide im Chore:
Ils chantent en chœur :
Gelobt seist du Marie!
Louée soit Marie !

*

Le pèlerinage à Kevlaar Heine
Die Wallfahrt nach Kevlaar




II

Die Mutter Gottes zu Kevlaar
La Mère de Dieu à Kevlaar
 Trägt heut ihr bestes Kleid;
Porte aujourd’hui sa plus belle robe ;
Heut hat sie viel zu schaffen,
Aujourd’hui, elle a beaucoup à faire,
Es kommen viel kranke Leut.
Car il y a tant de malades. 

*

Die kranken Leute bringen
Les malades apportent
 Ihr dar, als Opferspend,
Des offrandes. 
Aus Wachs gebildete Glieder,
Des membres de cire,
 Viel wächserne Füß und Händ.
Des pieds et des mains.

*

Und wer eine Wachshand opfert,
Et qui offre une main de cire,
Dem heilt an der Hand die Wund;
A la plaie de main guérie ;
Und wer einen Wachsfuß opfert,
Et qui offre un pied,
Dem wird der Fuß gesund.
Retrouve son pied en bonne santé.

*

Nach Kevlaar ging mancher auf Krücken,
A Kevlaar, beaucoup sont venus sur des béquilles,
Der jetzo tanzt auf dem Seil,
Qui dansent maintenant sur la corde.
Gar mancher spielt jetzt die Bratsche,
Beaucoup jouent du violon maintenant
Dem dort kein Finger war heil.
Qui n’avaient pas un seul bon doigt avant.

*

Die Mutter nahm ein Wachslicht,
La mère a pris une bougie de cire,
« Und bildete draus ein Herz.
Et un cœur elle a fait.
 « Bring das der Mutter Gottes,
Apporte-la à la mère de Dieu,
 Dann heilt sie deinen Schmerz. »
Ta douleur sera ainsi guérie.

*

Der Sohn nahm seufzend das Wachsherz,
Le fils soupira en prenant le cœur de cire,
 
Ging seufzend zum Heilgenbild;
Et alla en soupirant ;
Die Träne quillt aus dem Auge,
Les larmes coulent de ses yeux,
Das Wort aus dem Herzen quillt:
Les mots coulent de son cœur :

*

« Du hochgebenedeite,
« Toi, bénie entre toutes les femmes,
Du reine Gottesmagd,
Toi vierge pure
Du Königin des Himmels,
Toi, Reine des Cieux,
Dir sei mein Leid geklagt!
Entends ma douleur !

*

Ich wohnte mit meiner Mutter
Je vivais avec ma mère
Zu Köllen in der Stadt,
Dans la ville de Cologne,
Der Stadt, die viele hundert
La ville aux cent
Kapellen und Kirchen hat.
Chapelles et églises.

*

Und neben uns wohnte Gretchen,
Et avec nous, vivait Gretchen,
Doch die ist tot jetzund –
Qui est morte désormais ;
Marie, dir bring ich ein Wachsherz,
Marie, voici un cœur de cire,
Heil du meine Herzenswund.
Pour guérir mon cœur blessé.

*

Heil du mein krankes Herze –
Guéris mon cœur malade ;
Ich will auch spät und früh
Et de l’aube au crépuscule
Inbrünstiglich beten und singen:
Je chanterai et je prierai :
Gelobt seist du, Marie! »
Louange à toi, Marie ! »

 

*

Le pèlerinage à Kevlaar Heine
Die Wallfahrt nach Kevlaar




III

Der kranke Sohn und die Mutter,
Le fils malade et la mère,
Die schliefen im Kämmerlein;
Dormaient dans une remise ;
Da kam die Mutter Gottes
Vint alors la mère de Dieu
 Ganz leise geschlichen herein.
Très tranquillement.

*

Sie beugte sich über den Kranken,
Elle se pencha sur le malade,
Und legte ihre Hand
Et apposa sa main
Ganz leise auf sein Herze,
Tout doucement sur son cœur,
Und lächelte mild und schwand.
Et sourit paisiblement et disparu.

*

Die Mutter schaut alles im Traume,
La mère regarde tout comme dans un rêve,
Und hat noch mehr geschaut;
Et regarde plus encore ;
Sie erwachte aus dem Schlummer,
Elle se réveilla de son sommeil,
Die Hunde bellten so laut.
Par des chiens qui aboyaient fort.

*

Da lag dahingestrecket
Il y avait là, étendu
Ihr Sohn, und der war tot;
Son fils, il était mort ;
Es spielt auf den bleichen Wangen
Sur les joues pâles, jouait
Das lichte Morgenrot.
L’aube lumineuse.

*

Die Mutter faltet die Hände,
La mère joint ses mains,
Ihr war, sie wußte nicht wie;
Elle faisait sans savoir comment;
Andächtig sang sie leise:
Priant, elle chantait doucement :
Gelobt seist du, Marie!
Gloire à toi, Marie !

 

******

Le pèlerinage à Kevlaar Heine
Die Wallfahrt nach Kevlaar

L’ECOUTE DE MARIE Poème d’ALMQVIST – Den lyssnande Maria

Almqvist dikter
Dikter av Carl Jonas Love Almqvist
Den lyssnande Maria

Traduction – Texte Bilingue
Carl Jonas Love Almqvist dikter
Almqvist poet
Poesi
Poésie


LITTERATURE SUEDOISE
POESIE SUEDOISE

Svensk litteratur
svensk poesi –

Traduction Jacky Lavauzelle

Carl Jonas Love Almqvist
1793- 1866

översättning – Traduction
Poesi Poésie de Carl Jonas Love Almqvist Dikter Artgitato1835 Carl Peter Mazer 2
1835
Carl Peter Mazer
(1807–1884)

 

Den lyssnande Maria
L’écoute de Marie


Poesi Almqvist
Poésie Carl Jonas Love Almqvist


Den lyssnande Maria

*

Den lyssnande Maria L'Ecoute de Marie Carl Jonas Love Almqvist Artgitato Raphael La Madone du Grand-Duc

La Madone du Grand-Duc
Madonna del Granduca
Raphaël
1505
Galerie Palatine – Palais Pitti
Florence

*

Herre Gud vad det är vackert
Seigneur Dieu qu’il est beau
att höra toner av en salig ängels mun
d’entendre les tonalités de la bouche d’un ange glorieux
  Herre Gud vad det är ljuvligt
Mon Dieu qu’il est agréable
att dö i toner och i sång
de mourir dans ces sons de cette chanson

*

 Stilla rinn o min själ i floden
Pénètre ô mon âme dans la rivière
i dunkla himmelska purpurfloden
dans la sombre rivière du ciel pourpre
  Stilla sjunk o min sälla ande
Pars rejoindre ô mon esprit
i gudafamnen den friska goda
les bras du Dieu de bonté

 

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L’ETONNEMENT DE MARIE Poésie d’Almqvist – Marias häpnad

Almqvist dikter
Dikter av Carl Jonas Love Almqvist
Marias häpnad

Traduction – Texte Bilingue
Carl Jonas Love Almqvist dikter
Almqvist poet
Poesi
Poésie


LITTERATURE SUEDOISE
POESIE SUEDOISE

Svensk litteratur
svensk poesi –

Traduction Jacky Lavauzelle

Carl Jonas Love Almqvist
1793- 1866

översättning – Traduction
Poesi Poésie de Carl Jonas Love Almqvist Dikter Artgitato1835 Carl Peter Mazer 2
1835
Carl Peter Mazer
(1807–1884)

 

Marias häpnad
L‘étonnement de Marie


Poesi Almqvist
Poésie Carl Jonas Love Almqvist

*

Marias häpnad Carl Jonas Love Almqvist L'étonnement de Marie Artgitato La Vierge au Chardonneret Raphaël

La Vierge au Chardonneret
Raphaël
Vers 1506
Galerie des Offices
Florence

*

Lammen så vita på ängen beta;
Les agneaux sont si blancs dans la prairie ;
 men barnet Jesus ut med dem går.
mais l’enfant Jésus s’amuse avec eux.
 Häpen Maria stannar och ropar:
Etonnée, Marie s’arrête et crie :
« Jag ser en strålring omkring barnets hår! »
  «Je vois une auréole sur les cheveux de mon enfant ! » 

 

**

LE SOUHAIT DE MARIE Poème de Joseph von Eichendorff Mariä Sehnsucht

La Poésie de Joseph von Eichendorff
die Poesie von Joseph von Eichendorff
Mariä Sehnsucht

Traduction – Texte Bilingue

Traduction Jacky Lavauzelle


LITTERATURE ALLEMANDE
Deutsch Literatur

Gedichte – Poèmes
Signature de Joseph von Eichendorff

 

Joseph von Eichendorff
 1788-1857

 Poésie de Joseph von Eichendorff Gedichte von Joseph von Eichendorff Poesie Artgitato

Le Souhait de Marie

Poème de Joseph von Eichendorff

Gedicht von Joseph von Eichendorff

Mariä Sehnsucht

*

Mariä Sehnsucht Le souhait de Marie Joseph von Eichendorff Artgitato La Vierge, l'Enfant Jésus et sainte Anne de Vinci
La Vierge, l’Enfant Jésus et sainte Anne
Leonard de Vinci
Musée du Louvre

*

Mariä Sehnsucht

Es ging Maria in den Morgen hinein,
Marie se promenait en cette matinée,
Tat die Erd einen lichten Liebesschein,
Une lumière caressait la terre,
Und über die fröhlichen, grünen Höhn,
Et partait au-delà de la joyeuse colline verdoyante,
Sah sie den bläulichen Himmel stehn.
Tout en observant le bleu du ciel :
« Ach, hätt ich ein Brautkleid von Himmelsschein,
« Ah ! si j’avais une robe de mariée à la couleur de ce ciel,
Zwei goldene Flüglein – wie flög ich hinein! » –
Deux petites ailes d’or – comme je volerais »!

*

Es ging Maria in stiller Nacht,
Marie se promenait en cette nuit paisible,
Die Erde schlief, der Himmel wacht’,
La terre dormait, le ciel veillait,
Und durchs Herze, wie sie ging und sann und dacht,
Et son cœur, en marchant et en rêvant
Zogen die Sterne mit goldener Pracht.
Était attiré par la gloire dorée des étoiles.
« Ach, hätt ich das Brautkleid von Himmelsschein,
« Ah ! si j’avais une robe de mariée à la couleur de ce ciel,
 Und goldene Sterne gewoben drein! »
 Et recouverte d’une pluie d’étoiles dorées « !

*

Es ging Maria im Garten allein,
Marie se promenait seule dans le jardin,
Da sangen so lockend bunt’ Vögelein,
Où chantaient gracieusement les oiseaux,
Und Rosen sah sie im Grünen stehn,
Et charmaient les roses au cœur du feuillage,
Viel rote und weiße so wunderschön.
Des rouges et des blanches si merveilleuses.
 » « Ach, hätt ich ein Knäblein, so weiß und rot,
 « Ah ! si j’avais un petit garçon, si blanc et si rouge,
  Wie wollt ich’s liebhaben bis in den Tod! »
Comme jusqu’à la mort, je le chérirais ! « 

*

Nun ist wohl das Brautkleid gewoben gar,
Maintenant la robe de mariée est tissée,
Und goldene Sterne im dunkelen Haar,
Et des étoiles d’or parsèment sa noire chevelure,
Und im Arme die Jungfrau das Knäblein hält,
Et les bras de la Vierge tient l’Enfant
Hoch über der dunkelerbrausenden Welt,
Qui contemple les noirceurs du monde,
Und vom Kindlein gehet ein Glänzen aus,
Et l’Enfant en pleine lueur,
Das ruft uns nur ewig: nach Haus, nach Haus!
Nous appelle : venez , venez !

 

*****************
Mariä Sehnsucht

Poésie de Joseph von Eichendorff Gedichte von Joseph von Eichendorff Poesie Artgitato

LA POESIE de Joseph von Eichendorff – Gedichte von Joseph von Eichendorff

La Poésie de Joseph von Eichendorff
die Poesie von Joseph von Eichendorff

Traduction – Texte Bilingue

Traduction Jacky Lavauzelle


LITTERATURE ALLEMANDE
Deutsch Literatur

Gedichte – Poèmes
Signature de Joseph von Eichendorff

 

Joseph von Eichendorff
 1788-1857

 Poésie de Joseph von Eichendorff Gedichte von Joseph von Eichendorff Poesie Artgitato

die Poesie von Joseph von Eichendorff

La Poésie de Joseph von Eichendorff

 

*

DAS KRANKE KIND
L’ENFANT MALADE

Die Gegend lag so helle,
La terre rayonnait,
Die Sonne schien so warm,
Le soleil était si chaud,

Das Kranke Kind Eichendorff L'enfant malade Artgitato Elisabeth Jerichau-Baumann Andersen lisant à ses enfants 1862

*

Dein Wille, Herr, geschehe!
Que ta volonté soit faite, Seigneur !

Dein Wille, Herr, geschehe!
Que ta volonté soit faite, Seigneur !
Verdunkelt schweigt das Land,
Repose silencieux le pays,

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

*

DER EINSIEDLER
L’ERMITE

Komm, Trost der Welt, Du stille Nacht!
Viens, consolation du monde, toi, nuit calme !
 Wie steigst Du von den Bergen sacht,
Tu glisses doucement des montagnes,

Der Einsiedler L'Ermite Poème de Joseph von Eichendorff Artgitato L'Ermite endormi Joseph-Marie Vien 1750 Musée du Louvre

*

DER FROHE WANDERSMANN
LE JOYEUX RANDONNEUR

Wem Gott will rechte Gunst erweisen,
Quand Dieu veut prouver à quelqu’un ses faveurs,
Den schickt er in die weite Welt;
Il l’envoie dans le monde ;

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

*

DER SOLDAT
LE SOLDAT

Und wenn es einst dunkelt,
Et quand elle s’obscurcira,
Der Erd’ bin ich satt,
La Terre, je serai fatigué,

Der Soldat Le Soldat Joseph von Eichendorff Artgitato La Conversiob de Saul Michel Ange

*

DER WÄCHTER
LE GARDIEN

Nächtlich macht der Herr die Rund,
Le Seigneur fait sa ronde au milieu de la nuit,
Sucht die Seinen unverdrossen,
Intrépide, cherchant les siens,

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

*

Die Nachtigallen
Les Rossignols

Möcht’ wissen, was sie schlagen
J’aimerais savoir pourquoi leurs chants
So schön bei der Nacht,
Sont si beaux la nuit venue,

Die Nachtigallen Les Rossignols Joseph von Eichendorff Artgitato

*

Mariä Sehnsucht
Le souhait de Marie

Es ging Maria in den Morgen hinein,
Marie se promenait en cette matinée,
Tat die Erd einen lichten Liebesschein,
Une lumière caressait la terre,

Mariä Sehnsucht Le souhait de Marie Joseph von Eichendorff Artgitato La Vierge, l'Enfant Jésus et sainte Anne de Vinci

*

MONDNACHT
NUIT DE LUNE
1835

Es war, als hätt der Himmel
C’était comme si le ciel avait
die Erde still geküsst,
embrasé la terre,

Mondnacht Nuit de Lune 1835 Poème de Joseph von Eichendorff Artgitato Washington Allston Paysage de pleine lune

*

Morgengebet
Prière du matin

O wunderbares, tiefes Schweigen,
Ô merveilleux, profond silence,
Wie einsam ist’s noch auf der Welt!
Combien solitaire est encore le monde !

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

*

NACHRUF
LE DERNIER APPEL

Du liebe, treue Laute,
Toi, luth aimé et fidèle,
Wie manche Sommernacht,
Combien de nuits d’été,

Le Dernier Appel Nachruf Poésie de Joseph von Eichendorff Le Caravage Le joueur de Luth

*

 REISELIED
LA CHANSON DU VOYAGEUR

 Durch Feld und Buchenhallen
A travers les champs et les forêts de hêtres
  Bald singend, bald fröhlich still,
Chantant parfois, parfois joyeusement serein,

Reiselied La Chanson du Voyageur Poème de Joseph von Eichendorff Artgitato

*

STIMMEN DER NACHT
LES VOIX DE LA NUIT

Weit tiefe, bleiche, stille Felder –
Larges, profondes et pâles, silencieuses plaines  –
O wie mich das freut,
Ô combien vous me transportez,
….
Stimmen der Nacht Les Voix de la Nuit Artgitato Joseph von Eichendorff

*

WINTERNACHT
NUIT D’HIVER

Verschneit liegt rings die ganze Welt,
 La neige dissimule le monde entier,
 Ich hab nichts, was mich freuet,
Je n’ai rien qui me réjouisse,

Winternacht Nuit d'hiver Joseph von Eichendorff Artgitato Paysage d'hiver Caspar David Friedrich

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die Poesie von Joseph von Eichendorff

La Poésie de Joseph von Eichendorff