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Poème de Manuel MACHADO – Cante Hondo – 1912 – Cante Jondo – Chant Profond

Juan Gris -Vue sur la baie (1921)
Manuel Machado Ruiz
(Sevilla, 29 de agosto de 1874-Madrid, 19 de enero de 1947)
(Séville, 29 août 1874-Madrid, 19 janvier 1947)

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Cante Hondo
Cante Jondo
Chant Profond
Danse andalouse
1912


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Danseuse de flamenco, John Singer Sargent, 1881-1882

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TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE
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A todos nos han cantado
Nous avons tous chanté
en una noche de juerga
dans une nuit de joyeux
coplas que nos han matado…
coplas qui nous ont tués …

Corazón, calla tu pena;
Cœur, fais taire ton chagrin ;
a todos nos han cantado
nous avons tous chanté
en una noche de juerga.
dans une nuit de fête.

Malagueñas, soleares
Malagueñas, soleas
y seguiriyas gitanas…
et seguiriyas gitanes …
Historias de mis pesares
Histoires de mes chagrins
y de tus horitas malas.
et de vos mauvaises heures.

Malagueñas, soleares
Malagueñas, soleas
y seguiriyas gitanas…
et seguiriya gitanes …

Es el saber popular,
C’est le savoir populaire,
que encierra todo el saber:
qui détient tous les savoirs :
que es saber sufrir, amar,
ce que c’est de savoir souffrir, aimer,
morirse y aborrecer.
mourir et honnir.

Es el saber popular,
C’est le savoir populaire,
que encierra todo el saber.
qui détient tous les savoirs.

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LES POEMES DE MANUEL MACHADO
LOS POEMAS DE MANUEL MACHADO
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MA PEINE – Poème de Manuel MACHADO – 1900 – Mi pena es mu mala

Juan Gris – Vue sur la baie (1921)
Manuel Machado Ruiz
(Sevilla, 29 de agosto de 1874-Madrid, 19 de enero de 1947)
(Séville, 29 août 1874-Madrid, 19 janvier 1947)

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Juan Gris
Femme assise – Mujer sentada, 1917. Colección Carmen, Museo Thyssen Bornemisza


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LA « TONÁ » DE LA FRAGUA
(SEGUIRIYAS GITANAS)


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TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE
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Mi pena es mu mala,
Ma peine est si lourde,
porque es una pena que yo no quisiera
une peine que je ne voudrais pas
que se me quitara.
voir me quitter.

Vino como vienen,
Elle est venue comme viennent,
sin saber de dónde,
 sans savoir d’où,
el agua a los mares, las flores a mayo,
 l’eau à la mer, les fleurs au mois de mai,
los vientos al bosque.
 les vents sur la forêt.

Vino, y se ha quedado
Elle est venue et s’est installée
en mi corazón,
 dans mon cœur,
como el amargo en la corteza verde
 comme l’amer à la verte écorce
del verde limón.
 du citron vert.

Como las raíces
Comme les racines
de la enredadera,
du lierre,
se va alimentando la pena en mi pecho
ma peine s’alimente dans ma poitrine
con sangre e mis venas.
 du sang de mes veines.

Yo no sé por dónde,
Je ne sais pas d’où,
ni por dónde no,
 ni d’ailleurs,
se me ha liao esta soguita al cuerpo
ce petit lien a agrippé mon corps
 sin saberlo yo.
sans que je le sache.

Pensamiento mío,
Mes pensées,
¿adónde te vas?
 Où allez-vous ?
No vayas a casa de quien tú solías,
Ne revenez pas vers votre maison,
  que no pués entrar.
vous ne pourriez plus entrer.

A pasar fatigas
Tant de fatigue
estoy ya tan hecho
 J’ai subie
  que las alegrías se me vuelven penas
que chaque joie se transforme en peine
dentro de mi pecho.  
au cœur de ma poitrine.



Yo voy como un ciego
Je vais tel un aveugle
por esos caminos.
 sur ces routes.
Siempre pensando en la penita negra
 Toujours pensant à ma petite peine obscure
que llevo conmigo.
 que je porte en moi.

Ya se han acabado
Ils sont finis
tiempos alegres.
 ces temps joyeux.
Las florecitas que hay en tu ventana
 Les petites fleurs à ta fenêtre
para mí no huelen.
Pour moi ne sentent plus.

Yo corté una rosa
J’ai coupé une rose
llenita de espinas…
 pleine d’épines …
Como las rosas espinitas tienen,
 Les roses pleines d’épines
son las más bonitas.
sont les plus divines.

El cristal se rompe
Le cristal se casse
  del calor al frío,
passant du chaud au froid,
como se ha roto de alegría y pena
 Ainsi se brise de la joie à la peine
mi corasonsiyo.
mon petit cœur.

Yo sentí el crujío
J’ai senti les craquements
del cristalito fino que se rompe
du fin cristal qui se rompt
del calor al frío.
passant du chaud au froid

Negra está la noche,
Noire est la nuit,
sin luna ni estrellas…
 sans lune ni étoiles …
A mí me alumbraban los ojitos garzos
M’éclairent seulement les petits yeux
de mi compañera.
de ma compagne.

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LA COPLA – Poème de Manuel MACHADO – 1920

Juan Gris – Vue sur la baie (1921)
L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Symbole-Artgitato-2-10.gif.
Manuel Machado Ruiz
(Sevilla, 29 de agosto de 1874-Madrid, 19 de enero de 1947)
(Séville, 29 août 1874-Madrid, 19 janvier 1947)

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Tableau de Juan Gris – Violon et Damier (1913)

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TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE
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Hasta que el pueblo las canta,
Jusqu’à ce que les gens ne les chantent,
las coplas, coplas no son,
aucun de nos coplas n’existe,
y cuando las canta el pueblo,
et dès que les gens les chantent,
ya nadie sabe el autor.
l’auteur aussitôt ils oublient.

Tal es la gloria, Guillén,
Telle est la gloire, Guillen,
de los que escriben cantares:
de ceux qui écrivent des chansons :
oír decir a la gente
entendre les gens dire
que no los ha escrito nadie.
que personne ne les a écrites.

Procura tú que tus coplas
Veille donc que tes coplas
vayan al pueblo a parar,
viennent se perdre dans le peuple,
aunque dejen de ser tuyas
qu’ils cessent d’être les tiens
para ser de los demás.
et soient pour tous les autres.

Que, al fundir el corazón
Que, en dissolvant notre cœur
en el alma popular,
dans l’âme populaire,
lo que se pierde de nombre
notre nom se perde
se gana de eternidad.
pour gagner l’éternité.

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LA COPLA
DANS LA FEMME ET LE PANTIN
ROMAN DE
Pierre Louÿs

La Femme et le Pantin : roman espagnol
Apparition d’une petite moricaude dans un paysage polaire
Librairie Charpentier et Fasquelle (p. 55-72)


(EXTRAIT)

Tout le wagon savait déjà qu’elle était élève au couvent de San José d’Avila, qu’elle se rendait à Madrid, qu’elle allait retrouver sa mère, qu’elle n’avait pas de novio et qu’on l’appelait Concha Perez.

Sa voix était singulièrement pénétrante. Elle chantait sans bouger, les mains sous le châle, presque étendue, les yeux fermés ; mais les chansons qu’elle chantait là, j’imagine qu’elle ne les avait pas apprises chez les sœurs. Elle choisissait bien, parmi ces coplas de quatre vers où le peuple met toute sa passion. Je l’entends encore chanter avec une caresse dans la voix :

Dime, niña, si me quieres;
Por Dios, descubre tu pecho…

ou :

Tes matelas sont des jasmins, 
Tes draps des roses blanches, 
Des lis tes oreillers, 
Et toi, une rose qui te couches.

Je ne vous dis que les moins vives.

Mais soudain, comme si elle avait senti le ridicule d’adresser de pareilles hyperboles à cette sauvagesse, elle changea de ton son répertoire et n’accompagna plus la danse que par des chansons ironiques comme celle-ci, dont je me souviens :

Petite aux vingt novios
(Et avec moi vingt et un), 
Si tous sont comme je suis
Tu resteras toute seule.

La gitane ne sut d’abord si elle devait rire ou se fâcher. Les rieurs étaient pour l’adversaire et il était visible que cette fille d’Égypte ne comptait pas au nombre de ses qualités l’esprit de repartie qui remplace, dans nos sociétés modernes, les arguments du poing fermé.

Elle se tut en serrant les dents. La petite, complètement rassurée désormais sur les conséquences de son escarmouche, redoubla d’audace et de gaieté.

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LES POÈMES DE MANUEL MACHADO

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