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LORENZO DE MEDICI LAURENT DE MEDICIS 洛伦佐·德·美第奇 VILLA BORGHESE – 贝佳斯别墅 – ROME – ROMA – 罗马

ROME – ROMA – 罗马
LA VILLA BORGHESE
贝佳斯别墅

Benozzo_Gozzoli,_lorenzo_il_magnifico,_cappella_dei_Magi Laurent le Magnifique adolescent Benozzo Gozzoli, chapelle des Mages

Armoirie de Rome

 Photo Villa Borghèse Jacky Lavauzelle

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Flag_of_Lazio


Les Bustes de la Villa Borghèse
贝佳斯别墅
I busti della villa Borghèse

LORENZO DE MEDICI
LAURENT LE MAGNIFIQUE
LORENZO IL MAGNIFICO
LAURENT DE MEDICIS
洛伦佐·德·美第奇
Florence 1449-1492 Florence
Firenze1449-1492 Firenze
1449年1月1日-1492年4月9日

Ghirlandaio_a-pucci-lorenzo-de-medici-f-sassetti Pucci, Laurent de Médicis, et Sassetti

JAUCOURT
L’ENCYCLOPEDIE
1ère édition
1751 – Tome 12 – Page 849 

POGGIO, (Géog. mod.) bourg d’Italie, dans la Toscane, à dix milles de Florence, & à égale distance de Pistoie. Poggio est fameux par la maison de plaisance des grands-ducs. Ce palais fut commencé par Laurent de Médicis surnommé le magnifique, continué par Léon X. & achevé par le grand-duc François de Médicis. André del Sarto, Jacques Pontorno, & Alexandre Allori, l’ont enrichi de leurs peintures qui font autant d’allusions aux événemens de la vie de Médicis. (D. J.)

  LORENZO DE MEDICI Laurent de Medicis Laurent le magnifique Lorenzo il magnifico artgitato villa borghese rome roma Lorenzo_de'_Medici-ritratto Laurent le Magnifique par Girolamo Macchietti XVIe siècle *

NICOLAS MACHIAVEL
AU
MAGNIFIQUE LAURENT

FILS DE PIERRE DE MÉDICIS

LE PRINCE
1532
Première Publication
Traduction Française de Jean-Vincent Périès
1825

Ceux qui ambitionnent d’acquérir les bonnes grâces d’un prince ont ordinairement coutume de lui offrir, en l’abordant, quelques-unes des choses qu’ils estiment le plus entre celles qu’ils possèdent, ou auxquelles ils le voient se plaire davantage. Ainsi on lui offre souvent des chevaux, des armes, des pièces de drap d’or, des pierres précieuses, et d’autres objets semblables, dignes de sa grandeur.

Désirant donc me présenter à Votre Magnificence avec quelque témoignage de mon dévouement, je n’ai trouvé, dans tout ce qui m’appartient, rien qui me soit plus cher ni plus précieux que la connaissance des actions des hommes élevés en pouvoir, que j’ai acquise, soit par une longue expérience des affaires des temps modernes, soit par une étude assidue de celle des temps anciens, que j’ai longuement roulée dans ma pensée et très-attentivement examinée, et qu’enfin j’ai rédigée dans un petit volume que j’ose adresser aujourd’hui à Votre Magnificence.

Quoique je regarde cet ouvrage comme indigne de paraître devant vous, j’ai la confiance que votre indulgence daignera l’agréer, lorsque vous voudrez bien songer que le plus grand présent que je pusse vous faire était de vous donner le moyen de connaître en très-peu de temps ce que je n’ai appris que dans un long cours d’années, et au prix de beaucoup de peines et de dangers.

Je n’ai orné cet ouvrage ni de grands raisonnements, ni de phrases ampoulées et magnifiques, ni, en un mot, de toutes ces parures étrangères dont la plupart des auteurs ont coutume d’embellir leurs écrits : j’ai voulu que mon livre tirât tout son lustre de son propre fond, et que la variété de la matière et l’importance du sujet en fissent le seul agrément.

Je demande d’ailleurs que l’on ne me taxe point de présomption si, simple particulier, et même d’un rang inférieur, j’ai osé discourir du gouvernement des princes et en donner des règles. De même que ceux qui veulent dessiner un paysage descendent dans la plaine pour obtenir la structure et l’aspect des montagnes et des lieux élevés, et montent au contraire sur les hauteurs lorsqu’ils ont à peindre les plaines : de même, pour bien connaître le naturel des peuples, il est nécessaire d’être prince ; et pour connaître également les princes, il faut être peuple.

Que Votre Magnificence accepte donc ce modique présent dans le même esprit que je le lui adresse. Si elle l’examine et le lit avec quelque attention, elle y verra éclater partout l’extrême désir que j’ai de la voir parvenir à cette grandeur que lui promettent la fortune et ses autres qualités. Et si Votre Magnificence, du faîte de son élévation, abaisse quelquefois ses regards sur ce qui est si au-dessous d’elle, elle verra combien peu j’ai mérité d’être la victime continuelle d’une fortune injuste et rigoureuse.

Verrocchio_Lorenzo_de_Medici

SAVONAROLA VILLA BORGHESE SAVONAROLE- 沃纳罗拉 – 贝佳斯别墅 – ROME – ROMA – 罗马

ROME – ROMA – 罗马
LA VILLA BORGHESE
贝佳斯别墅
沃纳罗拉

Armoirie de Rome

 Photo Villa Borghèse Jacky Lavauzelle

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Girolamo_Savonarola Jérôme Savonarole

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Les Bustes de la Villa Borghèse
贝佳斯别墅
I busti della villa Borghèse

Jérôme SAVONAROLE
Girolamo Savonarola
沃纳罗拉
1452- 1498

Savonarola Girolama Jérôme Savonarole Villa Borghese Artgitato Rome Roma

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VOLTAIRE
Essai sur les mœurs et l’esprit des nations
Éd. Garnier – Tome 12
CHAPITRE CVIII
De Savonarole.

… »Il y avait à Florence un dominicain nommé Jérôme Savonarole. C’était un de ces prédicateurs à qui le talent de parler en chaire fait croire qu’ils peuvent gouverner les peuples, un de ces théologiens qui, ayant expliqué l’Apocalypse, pensent être devenus prophètes. Il dirigeait, il prêchait, il confessait, il écrivait ; et dans une ville libre, pleine nécessairement de factions, il voulait être à la tête d’un parti.

Dès que les principaux citoyens de Florence surent que Charles VIII méditait sa descente en Italie, il la prédit, et le peuple le crut inspiré. Il déclama contre le pape Alexandre VI ; il encouragea ceux de ses compatriotes qui persécutaient les Médicis et qui répandirent le sang des amis de cette maison. Jamais homme n’avait eu plus de crédit à Florence sur le commun peuple. Il était devenu une espèce de tribun, en faisant recevoir les artisans dans la magistrature. Le pape et les Médicis se servirent contre Savonarole des mêmes armes qu’il employait ; ils envoyèrent un franciscain prêcher contre lui. L’ordre de Saint-François haïssait celui de Saint-Dominique plus que les guelfes ne haïssaient les gibelins. Le cordelier réussit à rendre le dominicain odieux. Les deux ordres se déchaînèrent l’un contre l’autre. Enfin un dominicain s’offrit à passer à travers un bûcher pour prouver la sainteté de Savonarole. Un cordelier proposa aussitôt la même épreuve pour prouver que Savonarole était un scélérat. Le peuple, avide d’un tel spectacle, en pressa l’exécution ; le magistrat fut contraint de l’ordonner. Tous les esprits étaient encore remplis de l’ancienne fable de cet Aldobrandin, surnommé Petrus igneus, qui dans le XIe siècle avait passé et repassé sur des charbons ardents au milieu de deux bûchers ; et les partisans de Savonarole ne doutaient pas que Dieu ne fit pour un jacobin ce qu’il avait fait pour un bénédictin. La faction contraire en espérait autant pour le cordelier. Si nous lisions ces religieuses horreurs dans l’histoire des Iroquois, nous ne les croirions pas. Cependant cette scène se jouait chez le peuple le plus ingénieux de la terre, dans la patrie du Dante, de l’Arioste, de Pétrarque et de Machiavel. Parmi les chrétiens, plus un peuple est spirituel, plus il tourne son esprit à soutenir la superstition, et à colorer son absurdité.

On alluma les feux : les champions comparurent en présence d’une foule innombrable ; mais quand ils virent tous deux de sang-froid les bûchers en flamme, tous deux tremblèrent, et leur peur commune leur suggéra une commune évasion. Le dominicain ne voulut entrer dans le bûcher que l’hostie à la main. Le cordelier prétendit que c’était une clause qui n’était pas dans les conventions. Tous deux s’obstinèrent, et s’aidant ainsi l’un l’autre à sortir d’un mauvais pas, ils ne donnèrent point l’affreuse comédie qu’ils avaient préparée.

Le peuple alors, soulevé par le parti des cordeliers, voulut saisir Savonarole. Les magistrats ordonnèrent à ce moine de sortir de Florence. Mais quoiqu’il eût contre lui le pape, la faction des Médicis et le peuple, il refusa d’obéir. Il fut pris et appliqué sept fois à la question. L’extrait de ses dépositions porte qu’il avoua qu’il était un faux prophète, un fourbe qui abusait du secret des confessions et de celles que lui révélaient ses frères. Pouvait-il ne pas avouer qu’il était un imposteur ? Un inspiré qui cabale n’est-il pas convaincu d’être un fourbe ? Peut-être était-il encore plus fanatique : l’imagination humaine est capable de réunir ces deux excès, qui semblent s’exclure. Si la justice seule l’eût condamné, la prison, la pénitence, auraient suffi ; mais l’esprit de parti s’en mêla. On le condamna, lui et deux dominicains, à mourir dans les flammes qu’ils s’étaient vantés d’affronter. Ils furent étranglés avant d’être jetés au feu (13 mai 1498). Ceux du parti de Savonarole ne manquèrent pas de lui attribuer des miracles : dernière ressource des adhérents d’un chef malheureux. N’oublions pas qu’Alexandre VI lui envoya, dès qu’il fut condamné, une indulgence plénière.

Vous regardez en pitié toutes ces scènes d’absurdité et d’horreur ; vous ne trouvez rien de pareil ni chez les Romains et les Grecs, ni chez les barbares. C’est le fruit de la plus infâme superstition qui ait jamais abruti les hommes, et du plus mauvais des gouvernements. Mais vous savez qu’il n’y a pas longtemps que nous sommes sortis de ces ténèbres, et que tout n’est pas encore éclairé. »

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Savonarola – Savonarole

UN GRAND PORTUGAIS -Um grande português Fernando Pessoa et Traduction française

Um grande Português Fernando Pessoa
LITTERATURE PORTUGAISE
Literatura Português
FERNANDO PESSOA
1888-1935
 Um grande português Fernando Pessoa Artgitato Traduction Française Un grand Portugais Manuel Peres Vigario

UM GRANDE PORTUGUÊS
UN GRAND PORTUGAIS
[Manuel Peres Vigário]

1926

Vivia há já não poucos anos, algures, num concelho do Ribatejo, um pequeno lavrador, e negociante de gado, chamado Manuel Peres Vigário. 
Il y a de cela quelques années déjà,  vivait, quelque part, dans la communauté de Ribatejo, un petit agriculteur et marchand de bestiaux, appelé Manuel Peres Vicaire.
Da sua qualidade, como diriam os psicólogos práticos, falará o bastante a circunstância que dá princípio a esta narrativa.
Sa qualité, comme dirait les psychologues pratiquants, sera abordée assez dans les circonstances qui sont à l’origine de ce récit.

Chegou uma vez ao pé dele certo fabricante ilegal de notas falsas, e disse-lhe:
Un jour, un certain fabriquant illégal de fausses monnaies vint le voir et lui demanda :
«Sr. Vigário, tenho aqui umas notazinhas de cem mil réis que me falta passar.
« M. Vigario, il me reste des billets de cent mille réaux de côté.
O senhor quer? Largo-lhas por vinte mil réis cada uma.»
Les voulez-vous ? Va pour vingt mille réaux chacun. »
«Deixa ver», disse o Vigário; e depois, reparando logo que eram imperfeitíssimas, rejeitou-as:
 » Montrez-moi !« , déclara le Vigario ; et après, voyant qu’ils étaient loin d’être parfaits, les refusa :
«Para que quero eu isso?», disse; «isso nem a cegos se passa.»
«Que voulez-vous que je fasse de ça ?« , dit-il; « ils ne passeraient même pas avec un aveugle ! »
O outro, porém, insistiu; Vigário cedeu um pouco regateando; por fim fez-se negócio de vinte notas, a dez mil réis cada uma.
L’autre, cependant, insista ; Vigario céda un peu dans ce marchandage ; finalement il les négocia de vingt billets, à dix mille réaux chacun.

Sucedeu que dali a [alguns] dias tinha o Vigário que pagar a uns irmãos negociantes de gado como ele a diferença de uma conta, no valor certo de um conto de réis.
Il arriva quelques jours plus tard que Vigario devait, à des frères négociants de bestiaux comme lui,  payer la différence dans un compte, à la juste valeur de réaux.
No primeiro dia da feira, em a qual se deveria efectuar o pagamento, estavam os dois irmãos jantando numa taberna escura da localidade, quando surgiu pela porta, cambaleando de bêbado, o Manuel Peres Vigário.
Le premier jour de la foire, jour où il devait effectuer le dit-paiement, les deux frères étaient en train de dîner dans une taverne sombre de la ville quand arriva, par la porte, ivre assurément, Manuel Peres Vigario.
Sentou-se à mesa deles, e pediu vinho.
Il s’assis à leur table, et commanda du vin.
Daí a um tempo, depois de vária conversa, pouco inteligível da sua parte, lembrou que tinha que pagar-lhes.
Ainsi le temps passa, après plusieurs discours, peu intelligibles pour la plupart, il se souvint qu’il devait les payer.
E, puxando da carteira, perguntou se, se importavam de receber tudo em notas de cinquenta mil réis.
Et en tirant son portefeuille, il leur demanda s’ils voulaient bien être payés avec des billets de cinquante mille réaux.
Eles disseram que não, e, como a carteira nesse momento se entreabrisse, o mais vigilante dos dois chamou, com um olhar rápido, a atenção do irmão para as notas, que se via que eram de cem.
Ils acceptèrent, et virent que le portefeuille s’étant entrouvert, le plus vigilant des deux attira, d’un regard rapide, l’attention du frère sur les billetson pouvait voir qu’il y en avait une centaine.

Houve então a troca de outro olhar.
Puis il y  eu un échange de regard.
O Manuel Peres, com lentidão, contou tremulamente vinte notas, que entregou.
Manuel Peres, lentement, compta en tremblant une vingtaine de billets, qu’il leur remit.
Um dos irmãos guardou-as logo, tendo-as visto contar, nem se perdeu em olhar mais para elas.
L’un des deux frères les rangea immédiatement, après les avoir vu compter, ne perdant pas de temps à les recompter.
O vigário continuou a conversa, e, várias vezes, pediu e bebeu mais vinho.
Vigario continua à parler, et à plusieurs reprises demanda à boire encore plus de vin.
Depois, por natural efeito da bebedeira progressiva, disse que queria ter um recibo.
Ensuite, par l’effet naturel de la prise de boisson progressive, il leur demanda un reçu.
Não era uso, mas nenhum dos irmãos fez questão.
Cela ne se faisait pas, mais aucun des frères n’insista.
Ditava ele o recibo, disse, pois queria as coisas todas certas.
Il dictera le reçu, leur dit, parce qu’il voulait que tout cela soit fait dans les règles.
E ditou o recibo – um recibo de bêbedo, redundante e absurdo:
Et il dicta le reçu- un reçu d’ivrogne, redondant  et absurde :
de como em tal dia, a tais horas, na taberna de fulano, e «estando nós a jantar (e por ali fora com toda a prolixidade frouxa do bêbedo…), tinham eles recebido de Manuel Peres Vigário, do lugar de qualquer coisa, em pagamento de não sei quê, a quantia de um conto de réis em notas de cinquenta mil réis.
comment, ce jour, cette heure, dans la taverne, et « où nous nous sommes retrouvés pour dîner (etc. avec toute la prolixité de quelqu’un qui a bu … ), qu’ils avaient reçu de Manuel Peres Vigario, du lieu x, en paiement de je ne sais pas quoi, le montant d’un million de réaux par billets de cinquante mille réaux.
O recibo foi datado, foi selado, foi assinado.
  Le reçu fut daté, timbré, signé.
O Vigário meteu-o na carteira, demorou-se mais um pouco, bebeu ainda mais vinho, e daí a um tempo foi-se embora.
Le Vigario le mit dans son portefeuille, resta encore un peu,  bu plus de vin, puis partit.

Quando, no próprio dia ou no outro, houve ocasião de se trocar a primeira nota, o que ia a recebê-la devolveu-a logo, por escancaradamente falsa, e o mesmo fez à segunda e à terceira…
Lorsque, le même jour ou le suivant, il se trouva l’occasion de sortir le premier billet, celui qui devait le prendre le ramena au plus tôt, car manifestement faux, et pas mieux pour les deuxième et troisième
E os irmãos, olhando então verdadeiramente para as notas, viram que nem a cegos se poderiam passar.
et les frères, alors, en regardant les billets, virent qu’ils ne passeraient même pas avec les aveugles.

Queixaram-se à polícia, e foi chamado o Manuel Peres, que, ouvindo atónito o caso, ergueu as mãos ao céu em graças da bebedeira providencial que o havia colhido no dia do pagamento. 
Ils déposèrent une plainte à la police, qui convoqua Manuel Peres, qui, étonné d’entendre cet histoire, leva les mains au ciel pour remercier les grâces d’une ivresse providentielle qu’il avait eue le jour du paiement.
Sem isso, disse, talvez, embora inocente, estivesse perdido.
Sans cela, dit-il, peut-être, bien qu’innocent, il eût été perdu.

Se não fosse ela, explicou, nem pediria recibo, nem com certeza o pediria como aquele que tinha, e apresentou, assinado pelos dois irmãos, e que provava bem que tinha feito o pagamento em notas de cinquenta mil réis.
Sans cela, expliquait-il, il n’aurait pas exigé un reçu, ou en tout cas pas comme celui qu’il avait, et qu’il présenta, signé par les deux frères, et cela prouvé bien qu’il avait effectué le paiement avec des billets de cinquante mille réaux.
«E se eu tivesse pago em notas de cem», rematou o Vigário «nem eu estava tão bêbedo que pagasse vinte, como estes senhores dizem que têm, nem muito menos eles, que são homens honrados, mas receberiam.»
« Et si j’avais payé avec des billets de  cent»,  conclu le Vigario« et je n’étais pas si ivre qu’ils en payent vingt, comme ces messieurs disent qu’ils ont reçus, ni plus ni moins.»
E, como era de justiça foi mandado em paz.
Et, comme cela, la justice le laissa en paix.

O caso, porém, não pôde ficar secreto;
L’affaire, cependant, ne pouvait pas rester secrète ;
pouco a pouco se espalhou.
peu à peu, elle se répandit.
E a história do «conto de réis do Manuel Vigário» passou, abreviada, para a imortalidade quotidiana, esquecida já da sua origem.
Et l’histoire du « Million de Réaux de Manuel Vigario« , passa à l’immortalité quotidienne, oubliant déjà son origine.

Os imperfeitíssimos imitadores, pessoais como políticos, do mestre ribatejano nunca chegaram, que eu saiba, a qualquer simulacro digno do estratagema exemplar.
Les imitateurs imparfaits, personnels et politiques, du maître de Ribatejo n’ont jamais, à ma connaissance, utilisés un quelconque simulacre digne de ce stratagème exemplaire.
Por isso é com ternura que relembro o feito deste grande português, e me figuro, em devaneio, que, se há um céu para os hábeis, como constou que o havia para os bons, ali lhe não deve ter faltado o acolhimento dos próprios grandes mestres da Realidade – nem um leve brilho de olhos de Macchiavelli ou Guicciardini, nem um sorriso momentâneo de George Savile, Marquês de Halifax.
Pour cela, c’est avec tendresse que je rappelle les faits de ce grand Portugais, et j’imagine, en rêve, que, s’il se retrouve dans le paradis pour les habiles, comme il en existe un pour les bons, là, il ne manquera pas d’être accueilli par les grands maître de la Réalité -sans un éclat de lumière dans les yeux de Machiavel ou de Guicciardini, ni avec un sourire complice de George Saville, marquis de Halifax.

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Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
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LA CENE : De la divinité de DIRK BOUTS à l’humanité de LEONARD DE VINCI

LA CENE
DIRK BOUTS
(La Cène : 1464-1468)

LEONARD DE VINCI
(La Cène – L’Ultima Cena 1494-1498)

 LE LINTEAU
&
LA TABLE

 De la divinité de Bouts
à l’humanité de Leonard

Deux Cènes qui s’opposent. La flamande et la milanaise. Celle du nord et celle du sud. Comme s’il s’agissait de deux épisodes différents et que les douze apôtres n’étaient plus les mêmes.

Trente ans séparent ces deux œuvres, celle de Dirk Bouts, réalisée entre 1464 et 1468, élément central d’un triptyque,  et celle de Léonard de Vinci, peinte entre 1494 et 1498 pour l’Eglise Santa Maria delle Grazie de Milan. Ces quatre dernières années correspondent  exactement pour Florence aux sermons de Savonarole qui ébranlèrent Florence et une partie de la chrétienté

La Cène de Léonard



Dirk Bouts La Cène Les ondesEntre les deux Cènes, une génération mais aussi une régénération picturale. Nous sommes dans celle de Bouts dans la verticalité divine, celle que l’on trouve, par exemple, dans la montée et la descente des cercles de la Divine Comédie de Dante. « Così discesi del cerchio primaio giù nel secondo, che men loco cinghia e tanto più dolor, che punge a guaio» (cinquième chant de l’Enfer) (« Ainsi je descendis du premier cercle vers le second, avec moins d’espace pour se mouvoir mais avec beaucoup plus de chagrin et de lamentations »).



 

Dirk Bouts La Cène Les regards

Le divin de Bouts est en haut et l’ensemble concourt à l’élévation. La composition porte Jésus déjà vers sa destinée divine, comme soulevé, porté par les apôtres. Ces premiers fidèles sont dans des postures religieuses de prières avec les mains jointes ou en adoration. Tous, même l’homme devant à gauche qui plie la main de manière disgracieuse et inconfortable, seule manière de la montrer. Tous, sauf un, l’homme de droite, avec sa tunique rouge. Un seul ne les montre pas : l’homme en rouge devant nous à gauche qui nous tourne le dos. La scène est profondément religieuse et le seul luminaire au-dessus de la tête du Christ apporte déjà le couronnement qui suivra son ascension. Même si quelques apôtres discutent entre eux, ils le font dans la modération. L’autorité de Jésus est là, évidente. Le linteau au-dessus de la porte n’est pas long, mais large, bien placé entre la tête de Jésus et sa couronne.



Notre Léonard plonge sa composition dans une époque qui est déjà la nôtre, plus confuse et anarchique, plus désinvolte et individualiste. Les apôtres se répondent. Ils se lèvent et se parlent entre eux. Les mouvements sont larges et les mains parlent. Un début de chaos semble régner. Jésus vient de dire que l’un d’entre eux avait trahi. Léonard est plus proche d’une vision relativiste d’un Machiavel. Le Prince paraîtra quelques années plus tard, en 1532. Toute vérité n’est pas bonne à dire.  « Alcuno Principe di questi tempi, il quale non è bene nominare, non predica mai altro, che pace e fede; e l’una e l’altra, quando e’ l’avesse osservata, gli arebbe più volte tolto lo Stato, e la riputazione » (Il Principe ou De Principatibus, Le Prince, chapitre XVIII) (« Certains princes, de nos jours, que nous ne nommerons pas, ne prêchent que la paix et la foi ;  si celles-ci étaient observées, ils perdraient de facto et leur Etat et leur réputation »)

La complexité de l’humain entre en compte. Le seul pouvoir divin ou royal n’est plus suffisant.







Dans son œuvre  Léonard prend le contre-pied de Dirk Bouts. Celui-ci choisit la verticalité et la spiritualité  alors que celle de Léonard occupe tout l’horizon et plonge ses racines au cœur de l’humain. L’horizontalité de la toile, celle de la table, celle de la faute. Le point de fuite est plus bas que le centre du tableau. Mais l’ensemble est parfaitement homogène, aidé par de fortes lignes structurées du bâtiments, la table massive, structurante et des groupes de trios des apôtres. « Toute partie tient à se réunir à son tout pour échapper ainsi à sa propre  imperfection » soulignait léonard.



Cette horizontalité de Léonard s’écrase presque dans le sol. Pas de couronnement. Juste une scène où le brouhaha semble régner. Rien de spirituel, presqu’un repas pris entre amis. Jésus seulement est en état de grâce. Il vient d’annoncer que l’un d’entre eux l’a trahi. « Un acte de justice et de douceur a souvent plus de pouvoir sur le cœur  des hommes que la violence et la barbarie.»(Nicolas Machiavel) Mais les apôtres l’ont déjà quitté. Judas, le quatrième à partir de la droite, et au-dessus de lui Pierre, est le seul à avoir le haut du corps en arrière. Tous les autres vont de l’avant. Les postures sont désordonnées avec plusieurs prises de parole. Postures qui contrastent avec celles de Bouts, toutes de rectitude. « La peur naît à la vie plus vite que tout autre chose » disait Léonard. Les apôtres ont peur. Ils se retrouvent devant l’inconnu. Ils sont terriblement humains.

La Cène de Dirk Bouts présente une pièce avec la porte du fond fermée et les fenêtres ouvertes. Les trois (la Trinité) s’ouvrent sur un ciel engageant, éclatant. La spiritualité s’en trouve renforcée. Des oreilles écoutent sur les côtés pour transmettre et propager. Jésus emporte avec lui, déjà, sa future résurrection.

Le parti pris de Léonard est de plonger Jésus dans son humanité, le parti de rester auprès des hommes pour leur apporter le salut. Pour cela, la porte derrière reste ouverte ainsi que les deux fenêtres à côté mais les fenêtres sur les deux côtés, à droite et à gauche, sont condamnées.





 En 1468, année où Bouts termine son œuvre né Guillaume Budé, un des pères de l’humanisme. C’est une nouvelle réflexion qui voit le jour, une  nouvel universalisme. Mais toujours dans une profonde et divine rigueur, Hostinato rigore. Les questions qui apparaissent sont d’une autre complexité. Mais Léonard sait bien que « la rigueur vient toujours à bout de l’obstacle. » 

Jacky Lavauzelle