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ALZHEIMER – Roman musical de Jacky Lavauzelle – Chapitre 4

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ALZHEIMERJohanna Kurkela



Roman musical de
Jacky Lavauzelle

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Alzheimer Roman Musical Jacky Lavauzelle

 

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ALZHEIMER
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Roman musical


-IV-

10 février 2012. 8h30 Gare Saint-Jean

[Johanna Kurkela – Sun Särkyä Anna Mä En]

Johanna Kurkela inondait par bulles les yeux endormis de Paul et le plongeait dans un silence de forêt sous les astres livides au-dessus de sa cabane isolée.
Paul ne raisonnait plus. De si grands feux partaient sur les lignes ferrées telles des fontaines ardentes. Paul s’imaginait prophète en route vers la Jérusalem céleste. Johanna pour unique Dieu. Et Paul rentrait en contact avec son Dieu au milieu des pécheurs et des satanistes qui couraient vers leurs montures de fer. Paul se réchauffait à son soleil et se consolaient.
Et pourtant, il n’avait rien fumé ni absorbé.
Heureusement !
Au cœur des tempêtes, il ne voyait pas une seule ombre ni aucun relief. Il la pria qu’il souhaitait la prendre pour se laver de tous ses péchés.

Paul regarda son train qui était en gare. Une dame vint lui poser une main sur son épaule. Elle lui cria :

– Mon chéri ! Mon chéri, je suis là ! Regarde !

Paul pensa une seconde que Johanna était descendue du ciel. Quelle venait moissonner sa saison. Malheureusement, ce n’était qu’une méprise. La dame s’excusa, affreusement gênée. Paul la vit rougir et fut content de penser qu’il en était à l’origine.
Il avait aimé cette odeur de framboise, adorable odeur de fruit rouge, surtout en cette saison si triste et sans odeur réellement agréable. Quelques secondes et un rêve s’était formé. Quelques secondes pour imaginer que, d’un vol, Johanna, s’était transportée jusqu’ici, physiquement avec lui. Mais même ce rêve n’avait été que fugace et immédiat. Johanna n’aurait jamais porté un tel parfum. Il en était certain. Et Paul de composer mentalement le parfum idéal, le seul que pouvait porter Johanna.

[Johanna Kurkela -Ainutlaatuinen]

Il était pétillant et la fève de tonka aurait marqué l’ensemble, venu d’un puissant teck que seul le Brésil savait produire. Il donnait à ce parfum autant un délire olfactif que gustatif. Il l’aurait mélangé à des notes fugaces et fusantes pour mieux retranscrire son caractère inaccessible, protecteur et divin. Paul composait tout en attendant sur le quai 7 et, avec la petite partie de son cerveau encore non occupée à la lourde et sérieuse tâche de parfumeur, savait que dans l’heure qui arrivait, il allait voir monter son excitation et son plaisir. Non à cause du parfum, quoique celui-ci devait y participer, mais à cause de sa prochaine arrivée à Arcachon.

Dans une heure, il reverrait Georges qui s’occuperait de lui, lui installerait la puce et lui donnerait les fameux cachets. Les problèmes seraient résolus et le monde allait changer.
Son monde.

Il lui restait cinq minutes avant le départ. Paul ne se lassait pas de faire des paris dans sa tête, combien louperaient le train, combien arriveraient dans la dernière minute.
Paul regarda les derniers retardataires courir après le train, alors qu’il ne restait qu’une minute ou deux avant le départ. Paul appréciait cette urgence. Ce temps si compressé qui apportait tant d’émotion. Il les voyait aux abois, le cœur battant comme un tambour. Aucun amour ne pouvait, à ses yeux, engendrer un tel battement. Les battements de l’urgence étaient ce qu’il y avait de plus beau, pensa-t-il. Tout est si surévalué alors. Toutes les secondes deviennent si importantes. On aurait dit des ivrognes à la recherche d’un dernier ballon de rouge pour la route, des junkies à la recherche d’une ultime dose. Ces pressés de la dernière minute avaient la couleur du temps. Blême ! Fade ! Triste ! Tout le sang était alors accaparé pour faire battre à la chamade ce cœur ; ce cœur qui bat, qui bat, qui bat, comme aurait dit le Diable-Berry devant les statues des amoureux.

Le froid était toujours présent, comme la semaine dernière et avait déjà tué dix personnes. Par bonheur, l’Aquitaine, contrairement à d’autres départements, contrairement à la Dordogne ou au Lot-et-Garonne voisins, n’avaient pas de transports perturbés ni de restrictions. Les gens seulement l’étaient. Mais ça n’était pas dû au froid, quoique, ça ne devait pas les arranger.
Allez demander à une pomme de terre de supporter un gel à -15° !

Paul pensa à l’Arétin. Vous, vous ne pensez jamais à l’Arétin. Paul, si ! Croix de bois… Il y pensait souvent. Il connaissait surtout les Sonetti lussuriosi ! Coquin de Paul ! Et pensant à l’Arétin – comme vous, vous pensez aux derniers résultats du classico OM-PSG au Vélodrome, c’est tout dire ! – Paul se dit qu’il fallait vraiment vivre à Venise pour avoir plus de plaisir à voir tomber la neige que de ressentir la suave et douce brise. Il repensa à cette image qu’affectionnait l’Arétin, pour bien faire comprendre ce qu’il entendait par l’hiver. Il le comparait à un abbé ! Et l’été à une pute ! C’est un peu court quand même, se dit-il. Bien sûr l’Arétin, en bon vénitien, faisait voler notre bon abbé, l’hiver, au-dessus de tout ce qui était bon pour la gourmandise humaine, d’un intérieur douillet et d’un bon gros sommeil. Et la pute…enfin, l’été, il la voyait comme une bonne bourgeoise affalée dans le stupre, la boue et la puanteur. Et l’Arétin ajoutait qu’il préférait les cuisines au bon feu de bois, le bon rôti qui tourne et la bonne bouillotte qui te faisait te rapprocher de ta compagne et déchaîner ton tonnerre intérieur. Je ne sais pas s’il aurait pu tenir un tel discours aux pauvres familles de nos dix trépassés, notre Vénitien ! se dit en lui même Paul. Paix à son âme, pensa-t-il, et à ses quatre bûches sèches qui le ravissaient pendant cinq heures à se pâmer. Paix à son printemps des gens d’esprit, ainsi appelait-il aussi l’hiver ! Paul se disait que de cet esprit, il n’en aurait jamais, ou alors ce ne serait pas le même.

Ou alors dans les bras de Johanna !
Lové dans une couette bien épaisse et lui réchauffer ses pieds froids ! Et lui préparer une bonne tisane, avec de l’eau très pure, comme la buvait Georges, qui rajoutait toujours qu’il fallait faire le bon choix et ne pas se tromper, ou la décoction ou la macération ou l’infusion, sinon tu foutais, disait-il, tout en l’air et de poursuivre toujours sur les bonnes plantes qui allaient bien avec l’une ou l’autre, une tisane bien chaude avec du miel du cercle Polaire de Savonia, avec celui que préférait Georges, l’enchantement de Laponie  pensa Paul, son Lapin lumouss qu’il commandait lui-même sur internet, sa Magie des Polarkreises, sa merveille du Cercle Polaire. Là, Paul, aurait embrassé les thèses de l’Arétin, même sans les bûches sèches, sans le chalet douillet, il aurait été d’accord au milieu des papillons nacrés polaires, des aurores boréales, au milieu du petit collier argenté, de lemmings et des tétras en folie. Il aurait même été d’accord entouré de meutes de loups et d’ours blancs ! D’accord, même dans la gueule de Satan ! Il aurait été prêt à se damner ! Il aurait fait bouclier avec son corps bravant les vicissitudes arctiques. Mon Dieu, oui, qu’il aurait été d’accord !

[Johanna Kurkela – Prinsessalle]

Une dame qui n’avait rien à voir avec Johanna vint s’asseoir en face de lui. Elle roulait ses yeux constamment. Voulait-elle l’hypnotiser ? Que lui voulait-elle ? Connaissait-elle ses plans ? Voulait-elle lui soustraire sa pensée ? La coquine ! Il tenta bien de s’en échapper, mais diable qu’elle les tournait bien, les yeux. On eût dit des billes de Pachenko en furie descendant violemment à gauche, à droite, à gauche, dans une baraque de six étages d’Osaka…Paul referma ses yeux et se massa les paupières en finissant par le nez. Puis, nerveusement, éclata de rire. Il avait pensé à une de ses anciennes maîtresses du primaire. Il ne put s’en échapper. La dame en fut vexée et se retira de sa banquette aussi vite comme s’il lui avait montré sa bistouquette en tirant la langue et en levant sa fourche ou s’il lui avait sauté dessus pour enfin l’engendrer, voire la faire jouir, ce qui, au regard de la dame, aurait été une bénédiction.
Les gens ne supportaient plus les désagréments, la dispute, la différence. Alors que c’était ça la vie. Une vie sans problème, c’est la mort, se dit Paul. Il fallait de la différence pour avoir de la dispute. Car sans dispute, pas de vie. Georges aimait souvent raconter cette histoire chez les Laobès du Sénégal.

Vous vous préférez discuter pour savoir si Mitterrand était de gauche ou de droite, si l’Europe nous entube ou non, si notre école et notre système de santé foutent le camp, comment ils récupéreront l’abyssale dette du pays, résultat de leurs incompétences réunies. Georges, lui, aimait parler des Laobès du Sénégal.  Georges racontait qu’un chef Laobé avait décidé d’interdire toutes les disputes dans son village, mais que la situation était devenue si invivable que les Laobés quittèrent le village. Comme quoi !

[Chisu – Yksinäisen keijun tarina]

Alouette France – Paul en passant à Pessac pensait toujours à Jean Eustache. Depuis sa vision dans un ciné-club de Bordeaux de la Maman et la Putain, Paul avait tout vu d’Eustache, du cochon à la rosière. Et Paul pensait à ces jeunes filles qui rentraient et les comparait à celles de la Rosière, quand le jury composé du curé, du juge de paix, du docteur, du maire et des bonnes âmes, notamment des épouses de paysans, se réunissait pour couronner une jeune demoiselle de Pessac à la pureté des mœurs irréprochable. Quelle fille du wagon pouvait encore, à l’âge nubile, porter la couronne de violettes, roses blanches des haies et bleuets ?
Mais le train déjà s’éloignait et Paul préféra oublier. Notre monde avait tellement changé. Paul ne pensait pas en terme qualitatif. Paul s’en foutait. Mais le Mifépristone et les Durex étaient passés par là. Comment présenter une jeune fille au jury de sélection confidentiel, se demanda Paul, quand même et satisfaire, comme il disait, aux conditions sine qua non. Mademoiselle Sonia semble la plus pure du village. D’ailleurs, c’est la seule qui présente quelques qualités morales. Après quelques consommations de beuh, 100% naturelle, cultivée localement,  Mademoiselle Sonia fait des efforts, notamment parce qu’elle est née dans un univers ingrat : père, serial killer, délinquant, alcoolique et grand sodomisateur et mère, prostituée notoire. Mademoiselle Sonia a bien du courage et n’a pas encore fugué ni se s’est encore adonnée à quelques fêtes sataniques où les jeunes se retrouvent pour des orgies qui feraient rougir Catulle lui-même, au milieu de godmichets et de centaines de canards. Le Catulle pourtant en aurait fait son affaire de saint Médard ! Mais quand même, toute la ville faisant un triomphe et se retrouvant tout autour d’une vierge aux mœurs irréprochables !

[Laura Närhi – Hetken tie on kevyt]

Gazinet – Cestas

Paul ouvrit le journal qu’un voyageur avait négligemment laissé sur la banquette bordeaux. Michael Phelps pouvait se contenter de moins de 10.000 calories par jour ! Paul ne voyait pas ce que cela voulait dire. En tout cas, ça paraissait beaucoup. Il savait qu’en Angola ou en Somalie, ils étaient nombreux à vivre avec 1000 calories par jour. Mais aucun ne nage le 100 mètres en 47 secondes, se dit Paul ! Qu’est-ce qui est le plus important ? 47 secondes…100 mètres ! Ça c’était grandiose ! De l’exploit ! Par contre, vu le poids, ils couraient vite, pieds nus sur les hauts plateaux, les bougres. Il pensa que la nature était quand même bien faite !
On pouvait créer des emplois avec les poissons en voie de disparition, cabillauds, églefins, harengs et autres merlans. Diable ! Mais, quelle bonne idée. Fallait faire rentrer des tigres et des lions dans nos campagnes. On créerait des emplois de vétérinaires et de soigneurs à la toc ! Et les moins rapides, c’est-à-dire les moins productifs, allez hop ! Paul aimait dire des conneries. Comme tout un chacun ! Il savait qu’il n’était pas intéressant vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Et vous, l’êtes-vous ?
Paul fit un effort important pour récupérer quelques neurones et un peu de cerveau disponible afin de ne pas se retrouver balloter par les flots du monde tel un vulgaire plastique abandonné. Il n’y arriva pas complètement. Tout ça l’épuisait. Il fallait se recharger.

[Jippu ja Samuli Edelmann -Jos sä tahdot niin]

Marcheprime. Paul n’avait plus rien en tête. Juste la musique dans les oreilles. Il regardait la blancheur des rues et des champs. Comme tout semblait pur. Un instant, il se demanda s’il ne faisait pas fausse route. Mais il repensa à ses dettes, et le doute s’éclipsa. Une profonde inspiration et Paul ferma les yeux, sans dormir pour autant, avant de les rouvrir immensément à Gujan-Mestras.

[Johanna Kurkela – Oothan tässä vielä huomenna]

Facture Biganos

Le Teich

Gujan-Mestras

Une jeune femme monta à Gujan-Mestras et Paul tomba à l’instant amoureux et ce pendant les dix minutes de sa présence. Elle descendrait bientôt à la Teste, ce que ne savait pas encore Paul, bien sûr. Paul se dit que finalement l’amour se logeait partout en chaque centimètre de peau. Comment penser à une telle perfection. Elle semblait respirer en gémissant et Paul ne put s’empêcher de l’imaginer nue, allongée sur le fleuve Amour, quoique le fleuve Amour ne soit ni moins ni plus romantique que les autres, mais Paul pensa de suite à celui-ci, à fumer des pétales de rose. Paul se l’imaginait à ses côtés dans la vie de tous les jours. Il se voyait lui préparait le café, lui descendre sa culotte sur des jambes parfaites et galbées, lui faire griller ses tartines, lui préparer sa confiture ou ses céréales et lui frôler ses formes callipyges rebondies et éclatantes. Elle ne fit pas attention à lui. Il lui ouvrait la bouche en y insérant timidement sa langue. Mais elle, trop prude, fermait les yeux. Toute sa gestuelle était érotique et elle aurait dû être interdite de circulation ou avec la mention ‘interdite au moins de 18 ans’. C’était une provocation ! Un scandale sur patte ! Mais ce qui rendait fou notre Paul, c’est qu’un ou plusieurs lascars se permettaient régulièrement de la salir et de la profaner. Et qu’elle devait aimer ça, la traînée !

[Suvi Teräsniska – Rakkaus on lumivalkoinen]

La Hume

La Hume passa que Paul n’en rendit même pas compte.

Lui, il humait autre chose. La moindre fragrance de la Petite Robe noire relevait le moindre de ses mouvements sous sa petite robe rouge et ça malgré le froid. Toute entité rationnelle et logique volait en éclat dans le fruité du parfum. Paul comprit que la bergamote devait être à l’origine de sa pâmoison. C’est elle qui l’avait conduit dans cet état d’aventure mystico-pornographique. Et si Flaubert à découvert la bêtise, comme le disait Kundera, Paul venait de découvrir l’idiotie de l’amour. Paul était devenu en l’espace de quelques instants un fieffé crétin, un abruti pathétique, une bite sur patte. Et la passagère était sa grande initiatrice. Il aurait pu adhérer, si elle le lui avait demandé, et devenir membre actif, ça il l’avait déjà, de la secte Moun, du discordianisme ou de l’Église de l’Euthanasie. Paul était rendu à l’état de concombre. Un concombre dur et bien vert, mais un concombre quand même. Finir comme un concombre, se dira dans quelques minutes Paul, quand celui-ci aura enfin retrouvé ses esprits, quelle misère et quelle chute. Pour l’instant, sa lèvre inférieure tombait légèrement sous les coups répétés autant du fumé du parfum que des deux obus parfaitement disposés qui semblaient s’offrir à lui. Il était là à moins d’un mètre. C’est hallucinant, pensa-t-il. Une bave quasi invisible s’apprêtait à tomber mais retenue par une respiration saccadée et mécanique. Il était temps que cesse cette torture tant mentale que physique. Il ressemblait à Richard Widmark à la fin des Forbans de la nuit, pouilleux et lâche. Minable. Ne pouvait-il pas un jour ressembler à Raplh Meeker dans Kiss me deadly ou même à Charlton Heston dans La Soif du mal. Avoir l’assurance de Gregory Peck avec Polly Bergen. Eh non ! Il ressemblait en ce moment, c’est certain, plus à Peter Lorre dans M. le Maudit. Maudit il l’était. Elle l’avait maudit. Elle l’avait vidé, mais pas comme il aurait souhaité. En tout cas, Paul avait compris l’effet dévastateur que pouvait avoir une bombe. Il était anéanti, pulvérisé, atomisé, déstructuré.  Bref, il était devenu une sous-merde.

Casanova dit que le courage donne positivement les forces qu’on n’a pas. Paul n’avait plus de forces. Et encore moins de courage.

La Teste

[Bertine Zetlitz – Høre til på jord]

La belle descendit non s’en émettre un petit pet que Paul entendit distinctement. Elle fit comme si de rien n’était. La princesse partait en pétant, mais sans se retourner, princesse jusqu’au bout du string. Ce pet permit à Paul de revenir sur terre beaucoup plus rapidement et d’enlever une bonne partie du parfum enjôleur. La belle était humaine. Positivement humaine.

Le wagon fut pris d’assaut par une trentaine d’allemands en partance pour Arcachon avec à leur tête une monitrice blonde qui ressemblait à Bertine Zetlitz que Paul écoutait juste au même instant. Une amazone habillée en walkyrie. Une Lathgertha, la princesse Alvilda, ou sa fille Guritha. Une divine aussi, mais rien à voir avec la précédente. Il n’y avait pas de comparaison. Paul écouta un instant, il n’entendit pas de pet. Assurément, elle était propre et éduquée et ne pétait pas en public. Mais la bergamote n’était plus là. Une saveur poivrée l’avait remplacée. Et l’odeur de transpiration de tous ces jeunes excités finit par enlever tout désir à notre Paul.

Il commença à ranger ses affaires comme tous ceux du wagon. Le train n’allait pas tarder à rentrer en gare d’Arcachon. Les voyageurs quittaient leur nid comme s’ils venaient de se lever et de se réveiller, en se frottant les yeux et en s’étirant, comme s’ils avaient voyagé dans le transsibérien d’une seule traite. Les yeux encore plus hagards et vides que de coutume. Une angoisse diffuse s’était de suite installée. Celle d’une autre peur. Celle de l’abandon. Chacun serait-il attendu sur le quai ? Paul ressentait cette odeur, ô combien spécifique et qu’il détestait par dessus-tout.

Arcachon – Terminus

Paul descendit du Wagon le plus rapidement possible, à nouveau concentré sur l’objet de sa visite. Georges était là, seul, malgré la foule.

Ils ne s’attardèrent pas et partirent aussitôt.

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ALZHEIMER

Roman musical

Johanna Kurkela

Lettere di Aretino – Les Lettres de l’Arétin

PIERRE L’ARETIN – PIETRO ARETINO

Traduction – Texte Bilingue
LITTERATURE ITALIENNE
Letteratura Italiana

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

Pietro Aretino
Pierre l’Arétin
Arezzo, 20 aprile 1492 – Venezia, 21 ottobre 1556
Arezzo 20 avril 1492 – Venise 21 octobre 1556

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 L’ARETIN








LETTERE  DI ARETINO
LETTRES DE L’ARETIN

 

Arezzo, 20 aprile 1492 – Venezia, 21 ottobre 1556
Tiziano – Le Titien
Vers1548 circa
Frick Collection New York

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LIVRE I – LIBRO I

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A MADONNA MARIA DE’ MEDICI
A MARIA DE MEDICIS
1526

Io non voglio, signora, contendere con voi di dolore.
Je n’entends pas, Madame, ici opposer nos douleurs.
Non che io non vincessi per dolermi la morte del vostro marito più che a persona che viva;
Non que je puisse vaincre, car je pleure la mort de votre mari plus qu’aucune autre personne vivante ;

Di Mantova, il 10 di decembre 1526
De Mantoue, le 10 décembre 1526

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AU CONTE DE SAN SECONDO
AL CONTE DI SAN SECONDO
1537

Andate piano con il farmi piacere, ch’io non voglio che mi incalziate tanto con la loro abondanza che, volendo far de l’uomo in sodisfarvigli e non potendo, vi paresse poi una bestia.








Allez-y modérément avec vos largesses, car je ne veux pas être pourvu par tant d’abondance ; je voudrais vous rendre la pareille que je ne le pourrai, je ressemblerai alors à une bête.

Di Venezia, il 24 giugno 1537
Venise, le 24 juin 1537

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LIVRE III – LIBRO III

Lettera di Pietro Aretino a Michelangelo
Lettre à Michel-Ange
Sur le Jugement Dernier
Il Giudizio Universale
Novembre 1545

Nel rivedere lo schizzo intiero di tutto il vostro dì del Giudicio, ho fornito di conoscere la illustre gratia di Rafaello ne la grata bellezza de la inventione.
Lors de ma dernière vision générale de votre Jugement, j’ai retrouvé l’illustre grâce de Raphaël dans la beauté de l’invention.

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L’ARETIN
par
Philarète Chasles
(1834)

« Arétin ! — L’infamie de ce nom m’arrêtait. — J’hésitais à tracer des lettres obscènes, symboles d’impureté : mais cet impur, fils d’un un impur, soulève un coin de l’histoire des hommes.
C’est la civilisation dépravée de l’Italie, et le premier excès de la presse vénale. C’est la plume devenue marchandise, et l’éloge et le blâme achetés lâchement par les rois, vendus lâchement par un misérable, à travers l’Europe, sa tributaire. C’est Venise savante, impudique, artiste, indépendante, asile des proscrits, des savants, des exilés, des penchants pervers et des arts brillants ; Venise riche et puissante, offrant toutes les libertés du vice à qui veut bien se passer des autres libertés. Vous ne voyez en lui qu’un type ignoble ? Il a dominé le XVIe siècle littéraire. François Ier l’honorait. Arioste l’appelait divin. Charles-Quint causait familièrement avec lui. De niveau avec toutes les puissances, ami de Titien, correspondant de Michel-Ange, bravant les foudres papales, plus riche qu’un prince, plus insolent qu’un condottiere, plus admiré que le Tasse, plus célèbre que Galilée, qu’était donc cet homme ?
D’où lui venait sa puissance ?
De quelle force disposait-il ?
Quelle terreur et quelle tyrannie se concentraient dans ces taches d’encre calomniatrices et immondes qui dégouttaient de sa plume ?Que résumait-il ? — Que représentait-il ? —
Il représentait la Presse. Il fut terrible comme elle. Né au moment précis où cette Force inattendue sortait des langes, se développait, grandissait, devenait redoutable, étendait son influence : il comprit le premier quel levier ce serait que l’injure de la Presse.
La calomnie, multipliée, impérissable !
La crainte lancée par cette calomnie !
Instrument, pouvoir, levier immense, qu’il devina ; instrument que son abus n’avait pas affaibli, que son excès n’avait pas usé. Arétin s’en saisit ; — il mit son siècle à ses pieds, — un grand siècle ! »

Philarète Chasles
L’Arétin, sa vie et ses œuvres
Première Partie
Revue des Deux Mondes
Période Initiale
Tome 4 – 1834








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