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Jacky Lavauzelle Romans & Poèmes

JACKY LAVAUZELLE
Littérature

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 Jacky Lavauzelle
Romans & Poèmes

 

La Virade
(roman)

LA VIRADE Jacky Lavauzelle Roman Le Bûcheron et l’Hamadryade Aïgeïros par Émile Bin 1870 The_Hamadryad_by_Émile_Bin

 La ville était là.
Après un déluge de pluie, de vents et de journaux de la veille. La ville était là, puante comme toujours après des jours de pluie. Seules les violettes se permettaient dans ce fatras d’odeurs de chanter leur tonalité, précise et pointue.
Seules ces violettes permettaient de supporter la ville et ceux qui s’y accrochaient.

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VICTOR HUGO REVISITE
Ce siècle est grand et fort
VICTOR HUGO 1837
VS
L’époque est faible et lâche
JACKY LAVAUZELLE 2017

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ARKHIP KOUÏNDJI
ou LA SENTINELLE DES RÊVES
Куїнджі Архип Іванович
Архип Иванович Куинджи

arkhip-kouindji-poeme-jacky-lavauzelle-portrait-de-viktor-vasnetsov-1869-la-sentinelle-des-reves

La mort a fait son lit
Ce matin
Sans lumières
J’ai vu l’Elbrouz apparaître
disparaître
Le mont comme un baiser recevait la mort

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Cirque Éloise
Cirkopolis
Le Soleil brille encore dans la nuit

La parole n’est plus
Elle est morte
Les mots ne s’entendent plus
Que des pas cadencés

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A la Deriva

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Noir un soir d’orage
Un éclair
A la dérive
Un trou dans le ciel

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A Tamara Weber-Fillion
(Chanson)
塔玛拉·韦伯 – 菲利安
Тамара Вебер
Филлион


Emportez–moi ! Emportez-moi !
Dans un désert
Sur la mer !




*
Le Damas

Le Damas Artgitato Poème Jacky Lavauzelle

Dans la forme, dans le fond
Dans la pièce, dans son âme
Libre, sinueux, vague
Je vais dans la ligne




*
Jorge Oteizabilbao-espagne-artgitato-jorge-oteiza-sculpture

Dans le creux doux du fleuve qui finit
La cédille signe dans les bleus du ciel
Au-dessus de la ville au-dedans de la terre
La matière brille
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L’Heure Rouge

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Ce matin le pont s’éveille et craque
Un double pont
Celui qui se jette vers les étoiles
Celui qui plonge dans le cœur de la terre

..




L’Heure Blanche

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Les fils meurent dans la profondeur de l’éclat
Le Pont n’est plus tenu
Tendu toujours
Il se courbe
Frappé

COMPLEXITE SUCREE

Dans le simple acide
Cauteleux
Dans l’un turbide
Une rambleur forlignait l’horizon

***

LE POISSON DE MIAO FU

Il descend dans la nuit plus noire que l’esprit
Longe les bleus, longe les gris et les nénuphars inertes

***

Le Chant des Premières Pouces Printanières

Pointes de gris et impassibles vides
Lignes au-dessus des pierres
Dents acérées
Mâchoires d’ombres

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PETIT DISCOURS SUR LA PERFECTION

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Les Traductions
Jacky Lavauzelle

TRADUCTION DE TEXTE ALBANAIS
shqiptar

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TRADUCTION DE TEXTES
ALLEMAND – Deutsch


 
Rainer Maria Rilke Portrait de Paula Modersohn-Becker 1906
***

TRADUCTION DE TEXTES ANGLAIS
TRANSLATION

Poetry of Yeats La Poésie de Yeats William_Butler_Yeats_by_John_Singer_Sargent_1908

**

TRADUCTION DE TEXTES BULGARES
 български


Ivan Vazov Les poèmes d'Ivan Vazov Poésie d'Ivan Vazov

**

TRADUCTION TEXTES CHINOIS
中国

Lu Xun Oeuvres Proses et Poésie Artgitato 2

**

TRADUCTION TEXTES DANOIS
danske

Andersen Hans Christian Andersen Oeuvre Arbejde Artgitato 2

**

TRADUCTION DE TEXTES ESPAGNOLS
Traducción de textos en español

Rubén Darío A ROOSEVELT Artgitato Traduction Française et Texte Espagnol

** TRADUCTION  DU GREC μετάφραση των ελληνικών κειμένων

**

TRADUCTION DE TEXTE EN HEBREU- עברית

**

TRADUCTION DE TEXTES HONGROIS Magyar szövegek fordítása

Ady Endre Poésie Poèmes d'Ady Endre Versek Artgitato

**

TRADUCTION D’OEUVRES ISLANDAISES  íslenska Þýðingar verka

**

TRADUCTION DE TEXTES ITALIENS Traduzione di testi in italiano  Italiano

Rinaldo Aquino Artgitato J Robert-fleury Baudouin s'empare de la ville d'Édesse 1098**

TRADUCTION  DE TEXTES JAPONAIS 日本語のテキスト翻訳 日本人 Basho par Buson Traduction Française Haiku période Edo Artgitato

**

TRADUCTION LATIN Latine

Plautus Plaute Artgitato Mostellaria Le Revenant

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TRADUCTION LETTON Latvijā Latvijas tekstu tulkošana **

TRADUCTION MALTAIS Malti Traduzzjoni Maltija ta ‘xogħlijiet

blason-de-malte

** TRADUCTION NORVEGIEN Norsk Fransk oversettelse av norsk tekst theatre-ibsen-de-vienne-lithographie-de-frank-wedekind-1898 **

TRADUCTION DE TEXTES POLONAIS Polskie Francuskie tłumaczenie tekstów polskich

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PORTUGAIS & BRESILIEN Português e brasileiro Tradução francesa de textos em português

Luis de Camoes Oeuvres obras Artgitato

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TRADUCTION DE TEXTES ROUMAINS  Român traducere franceză textelor în limba română La Poésie de Mihai Eminescu - Poezia lui Mihai Eminescu Artgitato

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TRADUCTION DE TEXTES RUSSES Французский перевод текстов на русском языке

 Fiodor Tiouttchev Poèmes Poésie Artgitato Les poèmes de Fiodor Tiouttchev

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TRADUCTION SERBE Француски превод од арапских текстова

Monumento a Petar II Petrovic Niegoš Petar II Petrovic Njegos artgitato 1

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TRADUCTION TEXTES SUEDOIS Franska översättningen av den svenska texten

Poesi Poésie de Carl Jonas Love Almqvist Dikter Artgitato1835 Carl Peter Mazer 2   **

TCHEQUIE – SLOVAQUIE TRADUCTION DE TEXTES TCHEQUES Francouzský překlad českých textů

  Jan_Neruda Poezi Jan Neruda Les Poésies de Jan Neruda Vampire Vampýr **

TRADUCTION TURC Türkçe metinlerin Fransızca çevirisi

Tevfik Fikret Poesie Artgitato Traduction Poèmes

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LA VIRADE – Roman de Jacky Lavauzelle – chapitre 3

JACKY LAVAUZELLE

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LA VIRADE

Roman

Chapitre III

LA VIRADE Jacky Lavauzelle Roman Le Bûcheron et l’Hamadryade Aïgeïros par Émile Bin 1870 The_Hamadryad_by_Émile_Bin


 
Le lien était fait.
Enfin un premier lien. Une ficelle.
Les mots étaient là. Lisibles mais incompréhensibles.
Le regard que lança Gabriel à sa fenêtre ne renvoyait que son image.

Une nuit totale avait absorbé ce qui reste de vie dans la ville. Et l’image n’était pas folichonne. Une tête de déterré. Un regard hagard, des yeux de vieux, une bouche pâteuse.
Rien de réjouissant. Il s’était laissé aller depuis la mort de sa femme. Une bouteille que l’on glisse dans l’eau, comme un cri de désespoir, et qui, après le tumulte des flots et des coques de bateaux, s’échoue contre un minable rocher et coule dans un quelconque fond d’un quelconque  rivage au milieu de mille milliers de détritus entassés.
Longtemps, il avait cherché un remède. Essayé des conseils. Dernièrement, le jeûne. Mais il avait craqué et s’était rué sur son frigo quasi vide. Le yoga, aussi. Mais rien. Rien que d’y penser, ça lui donnait de l’urticaire. Rester sans bouger, à respirer par le ventre, non. Ses centres spirituels et ses chakras, ils pouvaient se les mettre où il pensait.
Les légumes bouillis aussi, il avait essayé. Mais nada. Pinuts.
Il tira le rideau.

Il lisait et relisait ces phrases fraîchement traduites et qui lui semblait un galimatias inutile et improbable.
Rien.
Ça ne voulait strictement rien dire.
Des mots, des suites de mots. Une énigme. Mais il n’avait pas la tête à jouer.
Même avec Noé il ne jouait presque plus.
Quelques balles. Et encore. Les jours de beaux soleils, une matinée ni trop chaude, ni trop glacial. Quand le cœur y était. Un peu plus. Et cette énergie, il la donnait à son chien qui ne se priait jamais pour ramener inlassablement une pauvre balle de tennis de plus en plus marron au fil des mois qui passaient.

Il retourna la feuille une dernière fois et retourna se coucher.
Epuisé.

Le sommeil ne vint pas. Il repensait aux mots traduits. A cette feuille égarée. Mais des images du crime s’immisçaient. De plus en plus durablement.
Il se leva et se prépara un café. Il mit enfin la laisse à Noé et sortit pour une salutaire balade. Il était deux heures du matin et il faisait un temps de merde. Comme toutes les nuits ou presque de cet hiver humide et gris.

Au milieu des hêtres décharnés, il repensait aux propos de Songrit, son traducteur. Il s’agissait de formules puissantes aux pouvoirs incroyables. Songrit en était sûr. Il avait pris la feuille avec une précaution qu’il ne lui connaissait pas. Lui, le combattant de muay-thai, le rouleau-compresseur des Sablières.
Puissantes de quoi ces phrase ? De rien. Des conneries, encore. Comme son yoga et son chakra. Comme les hommes pouvaient-être aussi crétins et tomber dans de telles fadaises.

C’est incroyable, se dit-il, ce besoin de se rassurer et de se fourrer toutes ces conneries dans le crâne. La vie n’était-elle pas assez courte pour se passer de telles emmerdes. M’enfin ! C’est comme ça. Et il ne se sentait nullement la force d’y changer quoi que ce soit.
Chacun ses problèmes.

En revenant de la promenade, Noé passa devant le vaisselier où se trouvait le manuscrit. Et comme à chaque fois, il pleura en courbant l’échine, se dépêchant de retrouver son tapis et se mit en boule en position fœtale.

Il ne prit pas garde au chien, ouvrit le frigo et se torcha une Adelscott d’un seul trait.

La nuit fut agitée, comme celles qui suivirent. Les questions se succédaient les unes aux autres, sans réponse aucune. Gabriel relisait et relisait encore ces phrases bizarroïdes et tarabiscotées. Sans réponses. Sans liens.

 

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LA VIRADE
Sommaire
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LA VIRADE – Roman de Jacky Lavauzelle – chapitre 2

JACKY LAVAUZELLE

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LA VIRADE

Roman

Chapitre II

LA VIRADE Jacky Lavauzelle Roman Le Bûcheron et l’Hamadryade Aïgeïros par Émile Bin 1870 The_Hamadryad_by_Émile_Bin


 
Il posa le document sur la vieille table bancale à souhait qu’il n’avait jamais réussi à rééquilibrer. Une feuille  devenue grise dans le noir du vestibule. Les couleurs se confondaient presque pour n’en faire plus qu’une.

Doucement, la feuille semblait vivre. Un bruissement que seul le chien pouvait percevoir. Le bruissement du pin qui résistait à l’attirance de la page. Le son était si doux qu’il en devenait imperceptible à l’oreille de l’homme.

Mais ce que ne voyait pas le chien, à la table posté, c’étaient les fines gouttelettes d’eau, telles des gouttes de transpiration. En bougeant plus fort, la table le savait, elle se mettrait elle-même en danger.
Une telle force habitait ce millimètre de feuille. Elle eût voulu revenir dans ses terres anciennes, la table, et retrouver ses racines. Mais, putain ! Quel abruti avait pu poser cette merde sur sa vitrification parfaite.

Noé attendait en veilleur.
Il n’était pas peu fier d’avoir détecté une anomalie que son maître lui-même n’avait pas relevée. Sa queue partait dans tous les sens. Il se sentait investi. Bougrement investi.
Comme un Patou des Pyrénées. Noé aurait bien voulu être un gros Patou. Il en avait toujours rêvé. Elevé dans le troupeau de brebis, se prenant pour une brebis, léchant les agneaux. Beau et blanc comme l’une d’entre elles.
Mais solide comme un roc. Protecteur et sauveur de ces dames bêlantes au cœur des estives dans la fraîcheur de la nuit d’automne.
Quatre pieds dans la réalité.
Et attendant le prédateur. Qu’il se tienne bien le dur à cuire, avec mes crocs et mes quatre-vingt kilos de muscles affinés par les descentes et les ascensions répétées. Le dur dans le doux. Et inversement. Qui s’y frotte…
Dormant toute la nuit, à l’affût.
A l’écoute de ces milliers de petits cœurs qui gambadent au milieu des crocs et des griffes des ours, des aigles, des milans, des loups, du lynx boréal, des faucons, des pygargues et autres vautours…
Bon, d’accord, Noé n’avait pas de connaissance en zoologie trop poussée. Il mélangeait parfois les espèces. Et, disons-le, entre nous, il n’avait jamais su faire la différence entre les Alpes et les Pyrénées. La méconnaissance était due notamment à une vie bien trop sédentaire dans son satané quartier.
Toujours à attendre ce quelque chose qui tomberait et qui serait peut-être sa cerise sur son gâteau.
Il plaçait sa journée sous le signe des intuitions. Et lui, il en avait toujours une de bonne parmi toutes les foireuses que la vie nous réserve.

Gabriel essaya de la caler cette foutue table. Encore une fois. En y apposant un de ces cartons pliés qui ne tiennent que quelques fractions d’un temps qui lui-même allait s’effritant.

 Le déséquilibre faisait partie de sa vie. Il l’organisait. Il savait. Il avait sa méthode. L’équilibre l’aurait fait chuter, certainement. Voire, peut-être, tué. C’était lui, le point au-delà du centre de gravité, l’ennemi, le danger.
Avancer, se disait-il, n’était-ce pas se mettre en état de déséquilibre. Ce sont les malades et les mourants, bien assis dans leur fauteuil ou dans leur lit de mort, qui retrouvent cet équilibre et qui dans le profond d’un trou bien dégueu les stabilisera comme il faut.

C’est dans un pied de table que ça se ressentait le plus. Un pied tronqué, diminué. Plus court.
Comme sa jambe gauche, tiens. Une douleur étrange interrogea Gabriel.

Des images apparurent. Rapides et fortes. Gabriel eût un frisson qui le fit s’asseoir instantanément. Ses mains tremblaient un peu aussi. Il releva sa tête et ferma les yeux. 

Il ressassait sans cesse la raison du crime, la cause, le pourquoi, le comment. Pourquoi ce jour ? Pourquoi sa maison ? La douleur se réveillait puis s’atténuait. Puis se relançait. Parfois, elle semblait l’avoir oublié, déserté. Ce n’était qu’un leurre. Il gardait depuis le même rituel. La journée se découpait en autant d’éléments indépendants, mais interchangeables.

Le décès récent de sa compagne lui montrait combien tout cela était fragile. Il prenait conscience de son combat, son combat à elle. Enfin. De sa douleur à elle, aussi. Il n’avait pas compris. Ça lui semblait tellement joué, tellement surfait, que même parfois, à l’époque, il en riait.

Avec le recul, il regrettait. Il n’en était pas fier. Bien sûr. L’agression avait été si rapide ; le coupable jamais interpelé. Il courait encore. Loin. Tout près. Peut-être un voisin, une connaissance.

Qui savait ?

Bordel, criait-il, comme il eût souhaité l’avoir entre ses mains. Se faire tuer ou le tuer. Simplement. Rapidement. Se sentir soulager dans la mort ou dans la vengeance. Quoi de plus propre et de plus digne. L’instant comme solution à notre problème contre cette durée éternelle qui dure, celle de l’enquête, puis, l’hypothétique durée du procès et enfin la durée du deuil définitif. Que de temps perdu…

La table fixée un tant soit peu semblait enfin ne plus balancer trop. Il déroula la feuille et la retourna à de multiples reprises. Elle était recouverte d’une écriture que Gabriel savait ancienne sans toutefois pouvoir l’identifier. Il pensait tout d’abord à une vieille langue sémitique, mais n’avait jamais vu de caractères aussi ronds. Encore plus que dans du coréen.

Raphaël quitta sa table et passa sa nuit sur internet à visionner des langues différentes. Il se positionnait sur les images qu’offrait son moteur de recherche et laissait pendant une bonne partie de la nuit des caractères plus étranges et inquiétants les uns que les autres.

Il tomba enfin sur une écriture qui semblait être la sienne. Une écriture pāli. Ça semblait bien être ça. Il en était de plus en plus certain. La langue du bouddhisme du theravāda. Ce bouddhisme même que l’on retrouvait en Asie du Sud-Est. Il en avait entendu parler lors de ces voyages à Rangoon. Mais si peu.

Ça ne faisait plus aucun doute. C’était du pāli. Mais comment traduire ce machin-là ?

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LA VIRADE
Sommaire
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LA VIRADE – Roman de Jacky Lavauzelle – 1er chapitre

JACKY LAVAUZELLE

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LA VIRADE

Roman

1er Chapitre

LA VIRADE Jacky Lavauzelle Roman Le Bûcheron et l’Hamadryade Aïgeïros par Émile Bin 1870 The_Hamadryad_by_Émile_Bin


 
La ville était là.
Après un déluge de pluie, de vents et de journaux de la veille. La ville était là, puante comme toujours après des jours de pluie. Seules les violettes se permettaient dans ce fatras d’odeurs de chanter leur tonalité, précise et pointue.
Seules ces violettes permettaient de supporter la ville et ceux qui s’y accrochaient.

Fumant, ainsi parlait le quartier. Un quartier qui se réchauffait d’un soleil devenu trop dur. Un quartier parmi tant d’autres, ni plus laid ni plus vilain, tout aussi bancal et improbable. Un quartier qu’avait imaginé un architecte après un burnout prolongé où alcool, soirées dans les bars interlopes, cuisses et fumettes faisaient bon ménage.
On y retrouvait le goût des peaux ratatinés après des trop longues heures de veille.

Ce quartier avec les autres, après cette mini-tempête, se retrouvaient en demi-cercle autour de la place de la Cathédrale, centre historico-affairo-bcbgo-à la modo, comme les anciens, comme les indiens avant le combat ou après l’humiliation d’une nouvelle défaite cuisante, et se racontaient des histoires, histoire de se redonner le moral qui était loin tombé dans les chaussettes, bien bas, bien au fond des galoches.
Dans ces moments, les quartiers se narraient des contes de vie, des contes de l’au-delà avec des retours sur le macadam décoloré. Et ces branlettes à langues finissaient toujours sur constats sur la nécessité de passer à autres choses, de tourner la page qui avait son poids de briques et de zincs.

Un bruit. Des pas désordonnés. Une course. Des pas qui se croisaient sans toutefois faire de nœuds. Des pas qui demandaient de l’air. Un air rare.
L’homme qui courait, claudiquant, laissa tomber un rouleau de papier jauni, à demi-brûlé. L’homme qui courait n’avait pas d’importance. Donc, nous n’en parlerons pas. Il courait, et, à cet instant, c’est à peu près tout ce qu’il pouvait faire. Pourquoi ? Nous n’en serons jamais rien ! Et on s’en fout.

Le soir vint sans que personne ne s’en occupât.
Qui s’occupe de ce soir qui arrive ? De ce soir où l’on baisse les pare-soleil comme si l’on voulait se cacher à sa vérité trop crue. La pluie, encore, puis le soleil, encore, arrivèrent.
Un vieux chien galeux le saisit, le fameux papier jauni, dans sa gueule à l’aube de cette journée qui s’annonçait ordinaire, encore, et l’apporta à son maître.

Les douze coups de midi n’avaient pas encore sonnés que Gabriel, qui s’apprêtait à se mettre à table, toujours à la même heure, sans que rien ne puisse lui faire manquer à cette sainte habitude mathématique, appela Noé, son fidèle toutou, bien que néanmoins extrêmement fugueur et têtu, un cavalier king-Charles sans papiers, sans origines, perdu lui aussi.
Les quatre yeux se fixèrent dans ce qui restait de la pénombre du matin. Noé à sa place, attendait sa caresse qui lui permettrait ensuite de profiter de deux à trois bonnes heures de navigation et de divagation dans la campagne où il retrouverait joyeusement la boue collante, les chemins noyés de feuillages colorés et divers que l’automne précoce avait apportés, et, surtout, la bande de chiens perdus, mais, eux, perdus à jamais des humains.

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LA VIRADE
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