Archives par mot-clé : la métamorphose des cloportes

LA METAMORPHOSE DES CLOPORTES

Pierre Granier-Deferre
LA METAMORPHOSE DES CLOPORTES
(1965)

La Métamorphose des cloportes Granier Deferre 1965 Artgitato Le Rappel des vieilles amitiés

LE RAPPEL DES VIEILLES AMITIES

 LA METAMORPHOSE DES CLOPORTES – L’amitié, ça eût payé, mais ça paye plus ! A quoi bon ? Quand tu n’as pas besoin, les amis s’agglutinent, se massent, se ruent, te couvrent de baisers, de bons mots, de trucs pas trop cher, quand même ! Tu fais une fête ? pas de problèmes ! Tu invites au restaurant ? Ok, ça marche ! Tu payes une tournée ? Pourquoi pas, j’ai cinq minutes. Bien volontiers !

FAUT PAS S’Y FIER, J’AI DES GROS OS !

C’est Charles Aznavour qui se dévoue pour aller voir le Lino . Bien assis, bien reconnu, avec sa poulette, à manger des huitres, à regarder d’autres poulettes picorer du blé aux vieux coqs assis et avachis en cercle, la crête bourgeoise et un peu flasque. On le cherche le Lino. On a besoin de lui. Pas chaud d’abord, il se laisse tenter. C’est normal, c’est un tendre. C’est un sensible, une fleur dans un corps gros comme ça. « Faut pas vous y fier, j’ai des gros os, mais ils sont friables ; j’ai pas de force ! »

ANQUETIL S’EN MÊLE

Pendant ce temps, « Anquetil remporte le Tour de France »…

Et c’est au rythme des Tour de France remportés par le Grand Jacques, que Lino file ses années. Le problème, c’est que Jacques, il en a remporté cinq de Tour de France ! Alors, c’est gentil, mais les nerfs de Lino commence à peloter, que le gilet il est déjà fait pour l’hiver, du genre suédois.

Alors pendant que les nerfs se mettent à démanger, Lino se rappelle ses vieilles amitiés, de celles un peu timides qui s’échappent au premier courant d’air.

Pendant ce temps, « l’homme essaie de la dernière attache : l’apesanteur »…

JE LUI REDUIS LA TRANCHE, JE LE MINIATURISE ?
JE LE DISSOUS

Alors, Lino fait le tour de ses potes, l’un après l’autre. Pas consciencieux, ils ont oublié les petits colis par la Poste et Lino, lui, c’est des choses auxquelles il est attaché. C’est bête, mais un petit geste par ci, par là, ça fait toujours du bien au moral. C’est donc normal qu’il baisse son moral. Ce n’est pas grave. Lino, il pense bien à eux quand même. C’est pour compenser. Et il compense. « Pas un mot, pas un colis, pas un mandat, rien ! C’est drôle quand vous êtes en forme : ils sont toujours là. Ça s’appelle des amis et dès que le temps se couvre, ils disparaissent sous les portes et dans le trou des murs, fuyants, furtifs, des cafards, des cloportes! Mais dès que je suis dehors, Monsieur Tonton, je lui réduis la tranche, je le miniaturise, je le dissous…Dans deux ans, la quille, je fonce et je l’emplâtre. Je lui mets la tête en bas, je lui fais vomir ses friandises et j’envoie sa nana se faire bronzer à Dakar. L’Arthur, c’est simple, je lui fais bouffer son passe-montagne. Je le plonge dans l’eau glacé et j’attends que ça gonfle. Quant à Edmond, mon ami Edmond, j’sais pas encore ce que je lui ferai, mais j’veux que ça fasse date ! Jacques Clément, 1589 ! Ravaillac, 1610 ! François Damien, 1757 ! Edmond Claude, 1965 ! »

L’ÂME D’UN MAÎTRE-NAGEUR ?

Alors quand on annonce qu’il est enfin libre, libre, libre, libre, on croit entendre le prisonnier crier : «Je ne suis pas un numéro, je suis un homme libre ! ». Et pendant que la caméra passe les grilles de la prison, des hommes s’apprêtent à faire la planche longtemps sur la Seine.

Malgré sa tendance à l’idéalisation, Lino ne se sent pas encore l’âme de devenir maître-nageur…

 

Jacky Lavauzelle