*********************** TEXTES SUR LE MUSEE PIO CLEMENTINO
LES COLLECTIONS & LES COLLECTIONNEURS A ROME
A LA FIN DU XVIIIe siècle
LES PIRANESI
MATHIEU AUGUSTE GEFFROY ( – )
LA REVUE DES DEUX MONDES
TOME 133
1896
« Cependant, l’opinion était de plus en plus émue devant ce lamentable exode de tant de chefs-d’œuvre et l’appauvrissement de la Ville éternelle, source des trésors qui allaient enrichir toute l’Europe. Deux princes qui se succédèrent alors sur le trône pontifical, l’actif et zélé Ganganelli, Clément XIV, l’intelligent et généreux Braschi, Pie VI, résolurent non seulement d’appliquer plus sévèrement les lois qui devaient régler l’exportation des objets d’art, mais d’entreprendre, pour le compte de la Chambre pontificale, des achats et des fouilles dont les résultats formeraient un nouveau musée.
Ce fut l’origine du Musée Pio-Clementino. Le Musée du Capitole, commencé par Innocent X au milieu du XVIIe siècle, accru par les soins de Clément XII, Benoît XIV, Clément XIII (1730-1769), était comble. Le Belvédère du Vatican possédait, depuis Jules II, un certain nombre de statues très célèbres, mais là aussi la place manquait. On prit donc le parti de transformer l’appartement d’Innocent VIII, qui datait de la fin du XVe siècle et que décoraient des peintures du Pinturicchio, en une galerie, et de joindre, par des constructions nouvelles, le Belvédère aux autres portions anciennes du palais. Clément XIV chargea Jean-Baptiste Visconti, le père d’Ennio Quirino, le plus connu de cette célèbre famille d’archéologues, de diriger les fouilles officielles en même temps qu’il surveillerait les fouilles et entreprises des particuliers. Visconti eut en outre, à partir d’août 1878, la mission de décrire et de publier le nouveau Musée ; le tome Ier parut en 1782 ; il était, comme furent les suivans, l’œuvre d’Ennio Quirino. C’est Clément XIV qui a donné le Méléagre, la tête colossale de Faustine, l’Amazone et bien d’autres morceaux précieux de la galerie actuelle des statues ; mais Pie VI, qui eut un plus long règne, eut dans les travaux de construction comme dans l’enrichissement des nouvelles galeries la plus grande part. Le Vatican obtint par lui, grâce à d’intelligens achats, plusieurs des marbres retrouvés dans les fouilles du comte Fede, de Jenkins et d’Hamilton à la villa Adriana. Il entreprit une vaste fouille à Otricoli, l’ancienne Otriculum en Ombrie. C’est Pie VI qui édifia cette monumentale salle ronde où il plaça, outre l’immense vasque de porphyre trouvée dans les Thermes de Dioclétien, les pavages en mosaïque, la Junon Sospita et les pièces colossales prouvées à Otricoli, la tête de Jupiter, peut-être copie ou imitation du Jupiter de Phidias, la tête de Claude avec la couronne civique, etc. C’est lui qui dota la salle dite de la Croix grecque du sarcophage de Constance, du sarcophage d’Hélène, mère de Constantin, habilement restauré. C’est lui qui donna la série des Muses avec Apollon, la statue d’Eschine et tant d’autres. Ainsi se formait magnifiquement le Musée Pio-Clementino. »
« ROME, (Géog. anc.) la ville éternelle. Les anciens auteurs latins l’ont nommée Urbs, c’est-à-dire la ville par excellence, à cause du rang qu’elle tenoit sur toutes les autres villes du monde ; le nom de Rome, en latin Roma, lui a toujours été conservé. Envain l’empereur Commode voulut lui faire porter le nom de Colonie commodienne ; envain le roi des Goths l’appella Gothie ; envain même l’appella-t-on la ville d’Auguste, par flaterie pour ce prince ; l’intention de tous les souverains qui prétendirent lui donner leurs noms, n’a point été suivie par leurs successeurs. »
JAUCOURT – L’ENCYCLOPEDIE Première édition 1751 – Tome 14
« Ces méditations amenèrent le prince à soupçonner que l’expression « Rome éternelle » devait contenir un sens secret ; et il décida de se livrer à une étude approfondie de son peuple. Il l’observa dans les rues, dans les cafés, dont chacun avait ses pratiques attitrées, celui-ci les antiquaires, celui-là les chasseurs, un troisième les domestiques de cardinaux, un quatrième les artistes, un cinquième les jeunes gens et les petits-maîtres ; dans les auberges, ces osterie romaines où ne pénètre jamais l’étranger, où le nobile prend parfois place auprès du minente, où pendant les fortes chaleurs les clients mettent bas vestes et cravates ; dans les médiocres mais pittoresques guinguettes aux fenêtres sans carreaux, où familles et sociétés vont, comme ils disent, far allegria…
Mais, pour toute réponse, le prince se plongea dans la contemplation de la Ville Éternelle, qui déroulait à ses pieds un éblouissant panorama. Églises et monuments, aiguilles et coupoles formaient sous les rayons de feu du couchant une masse étincelante d’où émergeaient, solitaires ou groupés, les toits et les statues, les terrasses et les galeries. À travers la fantasmagorie chatoyante, capricieuse comme une lanterne ajourée, des clochers et des dômes, on apercevait ici les formes sévères d’un palais, là-bas la voûte aplatie du Panthéon, plus loin le faîte ouvragé de la colonne de Marc-Aurèle, supportant la statue de saint Paul, sur la droite les bâtiments du Capitole sommés de coursiers et de statues. «
Nicolas Vassiliévitch GOGOL
Rome
Traduction par Henri Mongault
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« Plus le prince poursuivait ses investigations, plus la fertilité de cette superbe époque le stupéfiait. « Où donc ont-ils trouvé le temps de produire tous ces chefs d’œuvre ? » s’exclamait-il. Ce côté admirable de Rome s’amplifiait tous les jours devant ses yeux. Les galeries se succédaient sans fin ; ici, cette église conservait une merveille de la peinture ; là, sur cette muraille qui s’effritait, une fresque à demi effacée captivait encore le regard ; plus loin, au-dessus de ces marbres, de ces colonnes, dépouilles d’anciens temples païens, resplendissait un plafond d’une immarcescible fraîcheur. Le prince ressemblait à un chercheur d’or qui découvre un gisement sous une couche de terre fort ordinaire. Et combien le sentiment de plénitude, de sérénité qu’il éprouvait en regagnant son palais différait du tumulte d’impressions qui l’assaillait à Paris quand il rentrait chez lui exténué, recru, impuissant le plus souvent à mettre de l’ordre dans ce chaos ! »
Nicolas Vassiliévitch GOGOL
Rome
Traduction par Henri Mongault
« Rome moderne, (Géog. mod.) C’est toujours la plus fameuse ville de l’univers, quoique l’empire romain soit détruit. On sait quelle est située sur le Tibre, environ à 155 lieues de Turin, à 300 de Madrid, à 330 au sud-est de Paris, à 340 d’Amsterdam, à 310 nord-ouest de Constantinople, & à 190 sud-ouest de Vienne. Long. suivant Cassini & Bianchini, 30. 10′. 30″. Latit. 41. 54. selon Gréave, 41. 46. La différence de méridiens entre Paris & Rome, est de 10. 19. 30. dont Rome est plus orientale que Paris.
Rome est non-seulement aujourd’hui la capitale de l’Italie dans l’état de l’Eglise, mais elle est encore à plus d’un égard, la capitale de tous les royaumes catholiques, puisque chacun d’eux a le droit d’y nommer un ministre, & que leurs causes ecclésiastiques, même leurs causes temporelles ; y sont jugées par le tribunal de la Rote, composé de juges de chaque nation. Dans cette ville,
Près de ce capitole, où regnoient tant d’allarmes, Sur les pompeux débris de Bellone & de Mars, Un Pontife est assis au trône des Césars. Des prêtres fortunés foulent d’un pié tranquille Les tombeaux des Catons, & la cendre d’Emile ; Le trône est sur l’autel, & l’absolu pouvoir Met dans les mêmes mains le sceptre & l’encensoir. Voltaire.
La différence est néanmoins bien grande entre Rome ancienne, & Rome moderne ; je ne dirai pas avec Vopiscus, qui vivoit sous l’empire de Dioclétien, que les murailles de l’ancienne Rome avoient un circuit de cinquante milles, parce que je crois que c’est une faute des copistes ; je ne suis pas moins éloigné d’adopter les extravagantes exagérations de Vossius, qui donne à l’ancienne Rome plusieurs millions d’habitans ; mais en supposant qu’elle fût à-peu-près aussi peuplée que peut l’être Paris, il est certain que Rome moderne n’a pas cent quarante mille ames. »
JAUCOURT – L’ENCYCLOPEDIE Première édition 1751 – Tome 14
CHATEAUBRIAND Poésies diverses Les Alpes ou l’Italie
L’Italie à mes pieds, et devant moi le monde, Quel champ pour mes désirs ! Je volai, j’évoquai cette Rome féconde En puissants souvenirs.
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ROME 18 décembre 1888 HONORE BEAUGRAND Lettres de Voyages Presses de la Patrie 1889 – Pages 157-167
« Je commence la première qui pourra avoir de l’intérêt, comme réminiscences, pour ceux qui ont déjà visité la Ville Éternelle.
Capitale du royaume d’Italie et métropole de l’univers catholique, Rome, avec une population de 300,000 habitants, est la ville du monde dont le nom éveille les plus nombreux et les plus grandioses souvenirs. Nulle cité n’est plus riche en monuments du passé ni en chefs-d’œuvre de l’art.
La ville est entourée de murailles percées de douze portes. Le Tibre la traverse du nord au sud et la divise en deux parties inégales, différentes d’aspect, mais l’une et l’autre intéressantes à divers titres. Sur la rive gauche, se trouvent la Rome des Césars, avec ses sept collines, aujourd’hui presque inhabitée, et la ville relativement moderne, qui est le centre du commerce. »