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GIOSUE CARDUCCI – ÇA IRA (1883)- PREMIER SONNET – Lieto su i colli di Borgogna splende

Traduction – Texte Bilingue
CARDUCCI


 

Giosuè Carducci
1835- 1907

Prix Nobel de Littérature 1906

 

Traduction Jacky Lavauzelle

Sélection de poèmes de
Giosuè Carducci
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ÇA IRA
I
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Lieto su i colli di Borgogna splende
Heureux brille sur les collines de Bourgogne
e in val di Marna a le vendemmie il sole:
et sur les vendanges dans la vallée de la Marne le soleil :
il riposato suoI piccardo attende
le sol apaisé de la Picardie attend
l’aratro che l’inviti a nuova prole.
de la charrue une nouvelle invitation à procréer.

*

Ma il falcetto su l’uve iroso scende
Mais la faucille sur les raisins de colère s’abat
come una scure, e par che sangue còle:
telle une hache, d’où semble s’écouler du sang :
 nel rosso vespro l’arator protende
dans ce soir rouge, le paysan observe
l’occhio vago a le terre inculte e sole,
le regard vague les terres incultes et solitaires,

*

ed il pungolo vibra in su i mugghianti
et le fouet claque sur les bêtes mugissantes
  quasi che l’asta palleggiasse, e afferra
comme s’il agitait de sa lance, il empoigne alors
la stiva urlando : Avanti, Francia, avanti!
la charrue en criant : En avant, France, en avant !

*

Stride l’aratro in solchi aspri: la terra
La charrue gémit dans l’âpre sillon ; la terre
  fuma: l’aria oscurata è di montanti
fume ;  l’air est obscurci par l’ombre montante
fantasimi che cercano la guerra.
des fantômes qui cherchent la guerre.


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ÇA IRA
 I

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GIOSUE CARDUCCI

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LE « ÇA IRA »
Le poète Giosuè Carducci
Maurice Muret
Revue des Deux Mondes
Tome 40 – 1907

…Le sonnet est un moule d’une rare plasticité. Il s’est prêté aux mignardises de Joséphin Soulary comme aux visions grandioses de José Maria de Heredia. Dans leur concision lapidaire, leur âpre et sinistre beauté, les douze sonnets de Ça ira brillent d’un éclat tragique.

C’est au sortir d’une lecture de la Révolution française par Carlyle que Carducci les composa. Sans doute il connaissait aussi Thiers, Louis Blanc et Michelet ; mais la lecture de Carlyle donna l’élan décisif. C’est elle qui força l’inspiration. Comme Carlyle, — et comme Joseph de Maistre, — Carducci voit dans la Révolution française un événement proprement « satanique, » mais le rebelle qu’il est attache à ce terme le sens favorable qui se découvre dans son Hymne à Satan. La Révolution française est pour lui une revanche de la raison, de la liberté, de la justice sur les « tyrannies séculaires » de l’Eglise et de la monarchie. Il a protesté contre les critiques qui dénoncèrent ses sympathies terroristes quelque peu excessives ; il a prétendu s’être borné (ou à peu près) au rôle d historiographe. C’est pur paradoxe ! Ça ira prend énergiquement fait et cause pour la Terreur. Carducci condamne Louis XVI et Marie-Antoinette avec une rigueur inconnue des historiens impartiaux. Le sonnet qui retrace le meurtre de la princesse de Lamballe est une apologie déguisée de ce crime. Louis XVI, enfin, dans la prison où il se recueille en attendant la mort, est montré par le poète italien « demandant pardon au ciel pour la nuit de la Saint-Barthélemy. » Que voilà donc un « état d’Ame » peu historique ! N’y a-t-il pas tout lieu de croire que Louis XVI, à la veille de mourir, était à cent lieues de penser qu’il expiait les méfaits de Charles IX ? C’est l’impitoyable logique jacobine qui établit des rapprochements de cette sorte.

Il faut tenir compte, dans l’appréciation du Ça ira, de la date où fut publié cet ouvrage. Il parut « pour le 77e anniversaire de la République, » à une époque où la France traversait une nouvelle « année terrible. » Bien que le poète n’y fasse aucune allusion formelle, les événements de 1870-1871 restent toujours présents à son esprit. A l’opprobre de Sedan s’oppose dans sa pensée la gloire de Valmy, de Valmy qui fait l’objet de son dernier sonnet. Plutôt que Sedan, la Terreur ; plutôt Danton que Napoléon III ; plutôt Robespierre que Bazaine, voilà ce qu’on peut lire entre les lignes du Ça ira. Un critique italien a parlé des « Grâces pétrolières » qui avaient servi de marraines à cette poésie. Et ce propos irrita l’auteur. Le mot n’en était pas moins exact.

Indépendamment du Ça ira consacré à un sujet français, Carducci mentionne fréquemment la France dans ses ouvrages. Quel autre pays a été plus étroitement mêlé aux destinées du Risorgimento ? Carducci n’est pas gallophobe, tant s’en faut ; mais c’est exclusivement à la France rouge que vont ses sympathies. Les Iambes et épodes traînent aux gémonies ce peuple devenu infidèle à l’idéal révolutionnaire d’autrefois. Le poète maudit la France impériale « brigande au service du Pape » (masnadière papale). Dans les vers Pour Edouard Corazzini, il invective plus sauvagement encore la « grande nation » au nom de ceux qui crurent en elle, de ceux « qui avaient grandi à ta libre splendeur, de ceux qui t’avaient aimée, ô France ! » Même note dans le Sacre d’Henri V, où il s’élève contre les tentatives de restauration monarchique en France après la chute de l’Empire. Mais c’est surtout contre Bonaparte et le bonapartisme que le poète romain brandit ses foudres vengeresses.

Maurice Muret
Revue des Deux Mondes
Tome 40 – 1907

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FERNANDO PESSOA (1915) SUR LA TRAHISON ET LE TRAÎTRE – CHRONIQUE DE LA VIE QUI PASSE

Chronique de la Vie qui passe
Poème & Prose de Fernando Pessoa





Traduction – Texte Bilingue
tradução – texto bilíngüe

Traduction Jacky Lavauzelle


LITTERATURE PORTUGAISE
POESIE PORTUGAISE

Literatura Português

FERNANDO PESSOA
1888-1935
Fernando Pesso Literatura Português Poesia e Prosa Poésie et Prose Artgitato

 





Prosa de Fernando Pessoa




Crónicas da Vida Que Passa
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Crónica da Vida Que Passa
CHRONIQUE DE LA VIE QUI PASSE

15 de abril 1915
15 avril 1915


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SUR LA TRAHISON
&
LE TRAÎTRE

 




 

Na Rússia — ao contrário do que se tem dito — continuam as perseguições políticas.
En Russie – contrairement à ce qui a été dit – les persécutions politiques continuent.
Acaba de ser enforcado, por traidor, o coronel russo Miasoyedoff.
Le colonel russe Miasoyedoff vient d’être pendu pour trahison.
Provou-se, com efeito, que ele era traidor.
Il a été prouvé, en effet, que c’était un traître.
Estava vendido aos alemães, a quem inteirava de planos militares…
il était vendu aux Allemands, en fournissant des plans militaires …
Então em que é isto uma perseguição política?
Alors, où est donc cette persécution politique ?

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 Fernando Pessoa et Costa Brochado
Café Martinho da Arcada
6 juin 1914

*

Não nos deixemos sugestionar senão pela verdade.
Ne nous laissons pas influencer sinon par la seule vérité.
Examinemos o que seja uma traição.
Examinons ce qu’est une trahison.

Um traidor é simplesmente um individualista.
Un traître est tout simplement un individualiste.
A traição, longe de ser um acto condenável, não passa duma opinião política — filosófica, mesmo, como no fundo são todas as opiniões políticas.
La trahison, loin d’être un acte répréhensible, est une opinion politique – philosophique,  comme au fond le sont toutes les opinions politiques.




A guerra é uma substituição, na moral e na acção, do critério inibitivo pelo critério expansivo.
La guerre est une substitution, dans la morale et dans l’action, du critère d’inhibition par le critère d’expansion.
Toda a vida social, normalmente, se rege por princípios que têm por base a inibição da acção dos instintos, de modo que eles não prejudiquem os outros.
Toute la vie sociale est normalement régie par des principes qui sont basés sur l’inhibition de l’action des instincts, de sorte qu’ils ne nuisent pas à autrui.
Na guerra acontece o contrário.
En guerre, le contraire se produit.
Ali os instintos são, organizadamente, desencadeados.
Les instincts y sont soigneusement libérés.
O fundo humano da violência e combatividade aparece.
Le fond humain de violence et de combativité apparaît.
Passa a ser legítima a solução animal das questões.
Cela passe par légitimer la solution animal aux problèmes.
Age só o egoísmo absoluto, a luta pela vida, descarnadamente.
seuls existent les actes d’égoïsme absolu, la lutte pour la vie, une lutte acharnée.
Só se trata de prejudicar os outros.
Seulement s’il s’agit de nuire à autrui.




Ora um traidor é uma criatura que, por dinheiro ou outro interesse pessoal, compromete os interesses da pátria.
Maintenant, un traître est une créature qui, pour de l’argent ou d’autres intérêts personnels, compromet les intérêts de sa patrie.
Isto é, segue um critério egoísta, segue o instinto do lucro, de interesse pessoal.
En cela, il suit un critère égoïste, il suit l’instinct de lucre, il suit son intérêt personnel.
E isto vem a ser servir-se precisamente da mesma moral que a da guerra.
Et cela vient à dire qu’il suit exactement la même morale que pour la guerre.

A sua divergência está em que dá a essa moral uma interpretação individualista, ao passo que a interpretação comum é solidarista. Leur différence est qu’il donne à cette morale une interprétation individualiste, alors que l’interprétation commune est solidariste.
E uma questão de política ou de filosofia.
Voici une question de politique ou de philosophie.
Ora não se deve matar uma criatura por causa das suas opiniões filosóficas.
Maintenant, nous ne devrions pas tuer une créature à cause de ses opinions philosophiques.

Mas, dirá um incauto, a traição, seja o que for, compromete a pátria, a colectividade;
Mais, dira un non averti, la trahison compromet la patrie, la communauté ;
é um perigo enorme, que se não pode tratar de leve.
c’est est un grand danger qui ne peut pas être traité à la légère.
Nesse caso deviam ser enforcados, como Miasoyedoff; os estadistas que lançam um país numa guerra de que ele não saia vencedor.
Dans ce cas, nous devrions pendre, comme Miasoyedoff, les hommes d’Etat qui jettent leur pays dans une guerre dans laquelle il ne sortirait pas vainqueur.
Esses comprometem toda a pátria, de uma só vez, e não se pode dizer, como do traidor, que o fazem por uma interpretação filosófica da guerra, diversa da interpretação corrente.
Ils engagent tout le pays, tout le pays à la fois, et on ne peut pas dire, comme le traître qui le fait par interprétation philosophique de la guerre, différente de l’interprétation courante.
Fazem-no utilizando a interpretação corrente, o que é muito mais hábil, mas, por isso mesmo, muito mais imoral.
Ils le font en utilisant l’interprétation courante, ce qui est très habile, mais, par conséquent, beaucoup plus immoral.

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Crónica da Vida Que Passa
Chronique de la Vie qui Passe
Fernando Pessoa
1915