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SILENCE – EDGAR ALLAN POE POEME – 1838

EDGAR POE POEME
LITTERATURE AMERICAINE

EDGAR POE POEME Traduction Jacky Lavauzelle*******

EDGAR POE POEME Poésie Traduction Jacky Lavauzelle Montage

EDGAR ALLAN POE
1809-1849




Traduction – Translation

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

French and English text
texte bilingue français-anglais


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EDGAR POE POEME

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 SILENCE

 *1838*

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Photo et Traduction Jacky Lavauzelle Poe Poème
Photo Jacky Lavauzelle

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There are some qualities—some incorporate things,
Il y a certaines qualités – certaines choses incorporelles,
That have a double life, which thus is made
Avec une double vie, qui est faite
 A type of that twin entity which springs
D’une double entité qui jaillit
From matter and light, evinced in solid and shade.
De la matière et de la lumière, manifestée dans le solide et l’ombre.
There is a two-fold Silence—sea and shore—
Il y a un double Silence – mer et rive –
 Body and soul. One dwells in lonely places,
Corps et âme. L’un se trouve dans des lieux solitaires,
 Newly with grass o’ergrown; some solemn graces,
Juste recouverts d’herbes récentes ; quelques grâces solennelles,
Some human memories and tearful lore,
Quelques souvenirs humains et des connaissances larmoyantes,
 Render him terrorless: his name’s “No More.”
Lui enlèvent la peur : son nom est « Non Plus« .
He is the corporate Silence: dread him not!
C’est le corps du Silence : ne le crains pas !
No power hath he of evil in himself;
Aucun pouvoir en lui n’est mauvais ;
  But should some urgent fate (untimely lot!)
Mais si un destin urgent (lot prématuré !)
     Bring thee to meet his shadow (nameless elf,
Te porte à la rencontre de son ombre (elfe sans nom,
 That haunteth the lone regions where hath trod
Qui hante les régions solitaires où n’a marché
 No foot of man,) commend thyself to God!
Aucun pied humain), recommande-toi à Dieu !

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LES PERSONNAGES D’EDGAR POE
PAR
CHARLES BAUDELAIRE

Les personnages de Poe, ou plutôt le personnage de Poe, l’homme aux facultés suraiguës, l’homme aux nerfs relâchés, l’homme dont la volonté ardente et patiente jette un défi aux difficultés, celui dont le regard est tendu avec la roideur d’une épée sur des objets qui grandissent à mesure qu’il les regarde, — c’est Poe lui-même. — Et ses femmes, toutes lumineuses et malades, mourant de maux bizarres et parlant avec une voix qui ressemble à une musique, c’est encore lui ; ou du moins, par leurs aspirations étranges, par leur savoir, par leur mélancolie inguérissable, elles participent fortement de la nature de leur créateur. Quant à sa femme idéale, à sa Titanide, elle se révèle sous différents portraits éparpillés dans ses poésies trop peu nombreuses, portraits, ou plutôt manières de sentir la beauté, que le tempérament de l’auteur rapproche et confond dans une unité vague mais sensible, et où vit plus délicatement peut-être qu’ailleurs cet amour insatiable du Beau, qui est son grand titre, c’est-à-dire le résumé de ses titres à l’affection et au respect des poëtes.

Charles Baudelaire
Edgar Poe, sa vie et ses œuvres
1856
Histoires extraordinaires
Michel Lévy fr.
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EDGAR POE POEME 

Poésie Traduction Jacky Lavauzelle EDGAR ALLAN POE POEME

UN DISCOURS MAJESTUEUX – WILLIAM WORDSWORTH POEMS RÉSOLUTION & INDÉPENDANCE XIV

 ** 
Poésie anglaise
William Wordsworth
7 April 1770 – 23 April 1850
7 avril 1770 – 22 avril 1850
*

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

French and English Text
texte bilingue français-anglais

 


LES POEMES
DE WILLIAM WORDSWORTH

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William Wordsworth’s poems
POEMS
POEMES

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*

 RESOLUTION AND INDEPENDENCE

*
RÉSOLUTION & INDÉPENDANCE

 

XIV
UN DISCOURS MAJESTUEUX

 
 His words came feebly, from a feeble chest,
Ses paroles sortaient faiblement d’une faible poitrine,
But each in solemn order followed each,
Mais chacun des mots se suivait dans un ordre solennel,
With something of a lofty utterance drest—
Avec quelque chose de ces grands discours,
Choice word and measured phrase, above the reach
Choix des mots et phrases mesurées, hors de portée
Of ordinary men; a stately speech;
Des hommes ordinaires ; Un discours majestueux;
Such as grave Livers do in Scotland use,
Comme l’utilisent certains en Écosse,
Religious men, who give to God and man their dues. 
Hommes religieux par excellence, qui rendent à Dieu et à l’homme leurs dus.
 

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POESIE DE WILLIAM WORDSWORTH
WORDSWORTH POEMS

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UN STYLE SANS ARTIFICE

Une poésie sans cesse recommencée

Son style populaire et sans artifice s’est débarrassé d’une fois de toutes les friperies usées de la vieille versification. Les tours couronnées de nuages, les temples solennels, les palais majestueux, tout cela a été balayé du sol. C’a été comme l’édifice sans fondements d’une vision ; il n’est pas même resté un débris de ruines. Toutes les traditions du savoir, toutes les superstitions du passé, ont disparu sous un trait de plume. Nous avons fait table rase ; nous recommençons toute poésie. Le manteau de pourpre, le panache ondoyant de la tragédie, sont rejetés ainsi que de vains oripeaux de pantomime. Voici que nous en sommes revenus à la simple vérité de la nature. Rois, reines, nobles, prêtres, trône, autel, distinction des rangs, naissance, richesse, pouvoir, ne cherchez plus rien de tout cela, ni la robe du juge, ni le bâton du maréchal, ni le faste des grands. L’auteur foule aux pieds plus fièrement encore l’antique forme dont s’enorgueillissait l’art ; il se rit de l’ode, de l’épode, de la strophe et de l’antistrophe. Vous n’entendrez plus résonner la harpe d’Homère, ni retentir la trompette de Pindare et d’Alcée. Point de merci pour le costume éclatant, pour la décoration splendide. Tout cela n’est que spectacle vide, barbare, gothique. Les diamants parmi les cheveux tressés, le diadème sur le front brillant de la beauté, ne sont que parure vulgaire, joyaux de théâtre et de prostituée. Le poète dédaigneux ne peut plus des couronnes de fleurs ; il ne se prévaudra pas non plus des avantages que le hasard lui aura offerts ; il lui plait que son sujet soit tout entier de son invention, afin de ne devoir rien qu’à lui-même ; il recueille la manne dans le désert ; il frappe le rocher de sa baguette et en fait jaillir la source. A son souffle, le brin de paille qui gisait dans la poussière monte au soleil dans un rayon lumineux ; il puisera dans ses souvenirs assez de grandeur et de beauté pour en revêtir le tronc nu du vieux saule. Son vers ne s’embaume point du parfum des bosquets, mais son imagination prête une joie intime aux arbres dépouillés sur la montagne dépouillée, à l’herbe verte du pré vert :

To the bare trees and mountains bare.
And grass in the green field.

Plus de tempête, ni de naufrage, dont l’horreur nous épouvante. C’est l’arc-en-ciel qui attache aux nuages son ruban diapré. C’est la brise qui soupire dans la fougère fanée. Point de triste vicissitude du sort, point de menaçante catastrophe de la nature qui assombrisse ses pages. C’est la goutte de rosée qui se suspend aux cils de la fleur penchée ; ce sont les pleurs qui s’amassent dans l’œil brillant.

Antoine Fontaney
(poète romantique français ())
Cinquième Partie
WILLIAM WORDSWORTH
Poètes et Romanciers de la Grande-Bretagne
Revue des Deux Mondes
Tome 3 – 1835

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WORDSWORTH POEMS
RÉSOLUTION ET INDÉPENDANCE
RESOLUTION AND INDEPENDENCE

YEATS SAILING TO BYZANTIUM III- LA TRAVERSEE VERS BYZANCE – O sages standing in God’s holy fire

*

YEATS
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William Butler Yeats
Irish poet – Poète Irlandais
English literature English poetry


SAILING TO BYZANTIUM

 

WILLIAM BUTTLER YEATS
1865-1939


LA TRAVERSEE DE BYZANCE
SAILING TO BYZANTIUM
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III
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O sages standing in God’s holy fire
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O sages, debout devant le saint feu de Dieu
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O sages standing in God’s holy fire
O sages, debout devant le saint feu de Dieu
As in the gold mosaic of a wall,
Comme une mosaïque d’or sur un mur,
Come from the holy fire, perne in a gyre,
Sortez du feu sanctifié, rentrez dans le gyre océanique ,
And be the singing-masters of my soul.
Et soyez les maîtres-chanteurs de mon âme.
Consume my heart away; sick with desire
Consumez mon cœur ; malade par le désir
And fastened to a dying animal
Et attaché à un animal mourant
It knows not what it is; and gather me
Il ne sait pas ce que qu’il est ; et prenez-moi
Into the artifice of eternity.
Dans l’artifice de l’éternité.



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Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
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LA POESIE DE YEATS
VUE
PAR OSCAR WILDE

Les livres de poésie des jeunes écrivains sont d’ordinaire des billets qui ne sont jamais payés.
Néanmoins, on rencontre de temps en temps un volume si supérieur à la moyenne, qu’on résiste à grand’peine à la tentation attrayante de prophétiser étourdîment un bel avenir pour son auteur.
Le livre de M. Yeats : Les Voyages d’Oisin est certainement un de ceux-là.
Ici nous trouvons un noble sujet noblement traité, la délicatesse de l’instinct poétique, et la richesse d’imagination.
Une bonne partie de l’œuvre est inégale, peu soutenue, il faut le reconnaître.
M. Yeats n’essaie pas de dépasser Wordworth en enfance, nous sommes heureux de le dire, mais de temps à autre il réussit à « surpasser Keats en brillant » et il y a, çà et là, dans son livre des choses d’une étrange crudité, des endroits d’une recherche irritante. Mais dans les meilleurs passages, il est excellent.
S’il n’a pas la grandiose simplicité de la facture épique, il a au moins quelque chose de la largeur de vision qui appartient au caractère épique.
Il ne diminue point la stature des grands héros de la mythologie celtique.
Il est très naïf, très primitif et parle de ses géants de l’air d’un enfant.
Voici un passage caractéristique du récit où Oisin revient de l’Île de l’oubli.
  Et je suivis les bords de la mer, où tout est nu et gris,
    sable gris sur le vert des gazons, et sur les arbres imprégnés d’eau,
    qui suintent et penchent du côté de la terre, comme s’ils avaient hâte de partir,
    comme une armée de vieillards soupirant après le repos loin de la
      plainte des mers.
    Les flocons d’écume fuirent longtemps autour de moi ; les vents fuirent loin de l’étendue
    emportant l’oiseau dans leurs plis, et je ne sus point, plongé dans mes
      pensées à l’écart,
    quand ils gelèrent l’étoffe sur mon corps comme une cuirasse fortement rivée,
    Car la Souvenance, dressant sa maigreur, gémit dans les portes de mon cœur,
    jusqu’à ce que chargeant les vents du matin, une odeur de foin fraîchement coupé,
    arriva, mon front s’inclina très bas, et mes larmes tombèrent comme des baies.
    Plus tard ce fut un son, à demi perdu dans le son d’un rivage lointain.
    C’était la grande barnacle qui appelait, et plus tard les bruns vents de la côte.
    Si j’étais comme je fus jadis, les fers d’or écrasant le sable et les coquillages,
venant de la mer, comme le matin avec des lèvres rouges murmurant un chant,
    ne toussant pas, ma tête sur les genoux, et priant, et irrité contre les cloches,
    je ne laisserais à aucun saint sa tête sur son corps, lors même que ses terres seraient grandes et fortes.
     M’éloignant des houles qui s’allumaient, je suivis un sentier de cheval,
    m’étonnant beaucoup de voir de tous côtés, faites de roseaux et de charpentes
    des églises surmontées d’une cloche, et le cairn sacré et la terre sans gardiens,
    et une petite et faible populace courbée, le pic et la bêche à la main.

Dans un ou deux endroits, la mélodie est fautive, la construction est parfois trop embrouillée, et le mot de populace du dernier vers est mal choisi, mais quand tout cela est dit, il est impossible de ne pas sentir dans ces stances la présence du véritable esprit poétique.

Oscar Wilde
Derniers essais de littérature et d’esthétique
Trois Nouveaux Poètes
1913

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YEATS SAILING TO BYZANTIUM

EMILY DICKINSON (1860) A little East of Jordan – UN PEU A L’EST DU JOURDAIN

LITTERATURE AMERICAINE

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EMILY DICKINSON
December 10, 1830 – May 15, 1886
10 décembre 1830 – 15 mai 1886
Amherst, Massachusetts




Traduction – Translation

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

French and English text
texte bilingue français-anglais

 






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A LITTLE EAST OF JORDAN




UN PEU A L’EST DU JOURDAIN

1860

 




A little East of Jordan,
Un peu à l’est du Jourdain,
Evangelists record,
Les Evangélistes enregistrent,
A Gymnast and an Angel
Un Gymnase et un Ange
Did wrestle long and hard –
Après un long et dur combat –

** 




Till morning touching mountain –
Jusqu’à ce que le matin éclaire la montagne –
And Jacob, waxing strong,
Et Jacob, rechargeant ses forces,
The Angel begged permission
L’Ange demanda la permission
To Breakfast – to return!
Pour Déjeuner – de repartir !




Not so, said cunning Jacob!
Il ne peut en être ainsi, dit le rusé Jacob!
 « I will not let thee go
« Je ne te laisserai pas partir
Except thou bless me » – Stranger!
Sauf si tu me bénis « – Étranger!
The which acceded to –
L’Ange accepta –




Light swung the silver fleeces
La lumière fit frétiller les toiles d’argent
 
« Peniel » Hills beyond,
Au-delà des montagnes » Peniel »,
And the bewildered Gymnast
Et le Gymnaste déconcerté
Found he had worsted God!
Compris qu’il avait triomphé de Dieu!

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EMILY DICKINSON

EMILY BRONTË (1846) No Coward Soul Is Mine – L’ÂME ARDENTE

LITTERATURE ANGLAISE -English Literature – English poetry

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EMILY BRONTË
30 July 1818 – 19 December 1848
30 Juillet 1818 – 19 décembre 1848

Traduction – Translation

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

French and English text
texte bilingue français-anglais

 


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No Coward Soul Is Mine

L’ÂME ARDENTE

1846

 




No coward soul is mine
Mon âme n’est pas lâche
No trembler in the world’s storm-troubled sphere
Elle ne tremble pas dans ce tumultueux monde troublé
I see Heaven’s glories shine
Je vois scintiller les gloires du Ciel
And Faith shines equal arming me from Fear
Et la Foi brille tout autant en m’apaisant contre la Peur

*

O God within my breast
O Dieu dans ma poitrine
Almighty ever-present Deity
Déité omnipotente, omniprésente
Life, that in me hast rest,
La vie, en moi, s’apaise,
As I Undying Life, have power in Thee
Comme, Immortelle Vie, j’ai force en Toi






*

Vain are the thousand creeds
Vaines sont les mille croyances
That move men’s hearts, unutterably vain,
Qui chamboulent les cœurs des hommes, inutilement vaines,
Worthless as withered weeds
Inutiles comme des mauvaises herbes séches
Or idlest froth amid the boundless main
Ou l’écume fougueux des mers sans bornes

*

To waken doubt in one
Pour immiscer le doute en une âme
Holding so fast by thy infinity,
Collée à son infinité,
So surely anchored on
Aussi sûrement ancrée sur
The steadfast rock of Immortality.
Le ferme rocher de l’Immortalité

*

 





*

With wide-embracing love
Avec cet amour si large,
Thy spirit animates eternal years
Ton esprit anime les éternelles années
Pervades and broods above,
Au sommet, au-dessus, tout en haut,
Changes, sustains, dissolves, creates and rears
Il change, soutient, dissout, il crée, il s’ouvre

*

Though earth and moon were gone
Même si la terre et la lune étaient parties
And suns and universes ceased to be
Et les soleils et les univers avaient cessé d’être
And Thou wert left alone
Et qu’il ne resterait que Toi
Every Existence would exist in thee
Toute existence existerait en toi




There is not room for Death
Il n’y a pas de place pour la Mort
Nor atom that his might could render void
Ni atome que sa puissance pourrait éclater
Since thou art Being and Breath
Puisque tu es Être et Souffle
And what thou art may never be destroyed.
Et que ce que tu es ne peut jamais être détruit.


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SUPPLEMENT

LES SOEURS BRONTË
EN 1846
LA CONDUITE DE BRANWELL
LE TERRIBLE HIVER 1846

« 3 mars 1846. J’entrai dans la chambre de Branwell pour lui parler, une heure environ après mon retour : ce fut peine perdue. J’aurais pu m’épargner cet embarras : il ne fit pas attention à moi ; et ne me répondit pas ; il était stupéfié. Mes craintes n’étaient pas vaines. J’apprends que pendant mon absence il s’est procuré un souverain sous prétexte de payer une dette ; il est sorti immédiatement, a fait changer le souverain à la première taverne, et en a fait l’emploi que vous pouvez supposer. *** a conclu son rapport en disant que c’était un être désespéré, ce qui n’est que trop vrai. Dans son état présent, il est presque impossible de rester dans la même chambre que lui. Ce que l’avenir nous réserve, je ne le sais pas. »

« 31 mars 1846. Papa continue d’aller assez bien, sauf les fréquents chagrins que lui cause la misérable conduite de Branwell. Ici il n’y a de changement qu’en pis… »

 






« 19 décembre 1846…… J’espère que vous n’êtes pas complètement gelée ; le froid est ici terrible. Je ne me rappelle pas un tel hiver ; il est digne du pôle. L’Angleterre, dirait-on, a glissé dans la zone arctique ; le ciel semble couvert de glace, la terre est gelée, le vent est pénétrant comme une lame à double tranchant. Nous avons eu, en conséquence de cette température, des rhumes et des toux terribles. La pauvre Anne a souffert cruellement de son asthme ; maintenant elle va beaucoup mieux. Il y a eu deux nuits la semaine dernière où sa toux et sa difficulté de respirer faisaient peine à voir et à entendre, et où elle a dû beaucoup souffrir ; elle supporte cela comme elle supporte toutes les afflictions, sans se plaindre, en se contentant de soupirer de temps à autre, lorsque la douleur est trop vive. Elle a un héroïsme de résignation extraordinaire ; je l’admire, mais je ne saurais l’imiter.

Vous dites que je dois avoir des masses de choses à vous raconter que voulez-vous que je vous raconte ; il ne se passe rien ici, rien qui soit d’une nature agréable à raconter. Un petit incident est venu la semaine dernière nous rappeler à la vie ; mais s’il ne vous donne pas plus de plaisir qu’il ne nous en a donné, vous n’aurez pas à me remercier de vous en avoir fait part. Cet incident était tout simplement l’arrivée d’un officier du shérif qui était venu rendre une visite à B… pour l’inviter à payer ses dettes, ou à faire un tour à York. Nécessairement il a fallu payer ses dettes. Il n’est pas agréable de perdre ainsi de l’argent de temps à autre ; mais à quoi servirait-il d’insister sur ce sujet ? Cela ne le rendra pas meilleur. »

Émile Montégut
critique français (1825 – 1895)
Miss Brontë, sa Vie et ses Œuvres
II. — La Vie littéraire et la Mort de Miss Brontë
Revue des Deux Mondes
2e, tome 10, 1857






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LES TROIS SOEURS BRONTË
par/by Branwell Brontë
From left to right: Anne, Emily and Charlotte
De gauche à droite : Anne, Emily et Charlotte

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HÉLAS ! OSCAR WILDE Poème – Poem 1881

LA Hélas !
Hélas OSCAR WILDE




Traduction – Texte Bilingue

Traduction Jacky Lavauzelle

OSCAR WILDE
1854-1900

Photos Napoléon Sarony

 





Poem by Oscar Wilde


Poems in Prose

Poème d’Oscar Wilde
 Hélas !

Poème en Prose

 1881

Hélas Oscar Wilde 

Bouffon au luth
Luitspelende nar
1624-1626
Frans Hals
Musée du Louvre Paris

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To drift with every passion till my soul
Dériver avec chaque passion jusqu’à ce que mon âme
 Is a stringed lute on which all winds can play,
Soit un luth sur lequel tous les vents pourraient jouer sur chacune de mes cordes,
Is it for this that I have given away
Est-ce pour ça que j’ai donné
Mine ancient wisdom, and austere control?
Mon antique sagesse et mon austère réserve ?
Methinks my life is a twice-written scroll
Je pense que ma vie est un palimpseste
Scrawled over on some boyish holiday
Gribouillé par une main enfantine désinvolte,
With idle songs for pipe and virelay,
Plein de chansons oisives pour pipe et virelai,
Which do but mar the secret of the whole.
Transformant ainsi le mystère de l’ensemble.

*

Surely there was a time I might have trod
Sûrement, il fut un temps où j’aurais foulé
The sunlit heights, and from life’s dissonance
Les hauteurs ensoleillées, et de la dissonance de la vie
Struck one clear chord to reach the ears of God:
J’aurais frappé un accord clair pour atteindre les oreilles de Dieu :
Is that time dead? lo! with a little rod
Ce temps est-il mort ? Hélas ! A l’aide d’une petite tige
I did but touch the honey of romance—
Je n’aurais pas dû toucher le miel de la romance –
And must I lose a soul’s inheritance?
Mais dois-je perdre pour cela l’héritage d’une âme ?

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Hélas OSCAR WILDE

The House of Judgement OSCAR WILDE LA MAISON DU JUGEMENT

 

LA MAISON DU JUGEMENT
The House of Judgement OSCAR WILDE




Traduction – Texte Bilingue

Traduction Jacky Lavauzelle

OSCAR WILDE
1854-1900

Photos Napoléon Sarony

 





Poem by Oscar Wilde
The House of Judgement

Poems in Prose

Poème d’Oscar Wilde
 LA MAISON DU JUGEMENT

Poème en Prose

The House of Judgment Oscar Wilde 

 

 Le Jugement dernier
Il Giudizio universale
Michel Ange
La Chapelle Sixtine
Vatican
1541

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The House of Judgement OSCAR WILDE LA MAISON DU JUGEMENT

 

And there was silence in the House of Judgment, and the Man came naked before God.
Et il y eut un silence dans la Maison du Jugement, et l’Homme vint nu devant Dieu.

And God opened the Book of the Life of the Man.
Et Dieu ouvrit le Livre de la Vie de l’Homme.

And God said to the Man,
Et Dieu dit à l’homme :
`Thy life hath been evil, and thou hast shown cruelty to those who were in need of succour, and to those who lacked help thou hast been bitter and hard of heart.
 » Ta vie a été mauvaise, et tu as fait preuve de cruauté envers ceux qui ont eu besoin de secours, et à ceux qui manquaient d’aide, tu as été sévère avec un cœur de pierre.
The poor called to thee and thou didst not hearken, and thine ears were closed to the cry of My afflicted.
 Le pauvre t’a appelé et tu ne l’as pas écouté, et tes oreilles se sont fermées au cri de Mon affligé.
The inheritance of the fatherless thou didst take unto thyself and thou didst send the foxes into the vineyard of thy neighbour’s field.
Tu as pris l’héritage de l’orphelin, et tu as envoyé les renards dans la vigne du champ de ton prochain.
Thou didst take the bread of the children and give it to the dogs to eat, and My lepers who lived in the marshes, and were at peace and praised Me, thou didst drive forth on to the highways, and on Mine earth out of which I made thee thou didst spill innocent blood.’
Tu as pris le pain des enfants, et tu l’as donné aux chiens, et à Mes lépreux qui vivaient dans les marais, et qui étaient en paix et qui M’ont loué, tu les as chassés sur les routes et sur Ma terre, tu as déversé du sang innocent. »

And the Man made answer and said,
Et l’Homme répondit:
`Even so did I.’
 « Cela, je l’ai fait. »

And again God opened the Book of the Life of the Man.
Et Dieu ouvrit à nouveau le Livre de la Vie de l’Homme.

And God said to the Man,
Et Dieu dit à l’Homme :
`Thy life hath been evil, and the Beauty I have shown thou hast sought for, and the Good I have hidden thou didst pass by.
« Ta vie a été mauvaise, et la Beauté que J’ai montrée tu l’as enfouie, et le Bien que J’ai caché, tu l’as oublié.
The walls of thy chamber were painted with images, and from the bed of thine abominations thou didst rise up to the sound of flutes.
Les murs de ta chambre étaient remplis d’images peintes, et du lit de tes abominations, tu t’es levé au son des flûtes.
Thou didst build seven altars to the sins I have suffered, and didst eat of the thing that may not be eaten, and the purple of thy raiment was broidered with the three signs of shame.
Tu as bâti sept autels pour les péchés que J’ai endurés, tu as mangé de ce qui ne se mange pas, et la pourpre de tes vêtements est brodée de trois signes de honte.
Thine idols were neither of gold nor of silver that endure, but of flesh that dieth.
 Tes idoles n’étaient ni d’or ni d’argent qui subsiste, mais de chair périssable.
Thou didst stain their hair with perfumes and put pomegranates in their hands.
Tu as teint les cheveux avec des parfums et tu as mis des grenades dans leurs mains.
Thou didst stain their feet with saffron and spread carpets before them.
Tu as teint les pieds de safran et tu as étendu des tapis devant eux.
With antimony thou didst stain their eyelids and their bodies thou didst smear with myrrh.
Avec l’antimoine, tu as teint leurs paupières et leurs corps, tu les as frottés de myrrhe.
Thou didst bow thyself to the ground before them, and the thrones of thine idols were set in the sun.
Tu t’inclinais à terre devant eux, et les trônes de tes idoles se dressaient au soleil.
Thou didst show to the sun thy shame and to the moon thy madness.’
Tu as montré au soleil ta honte et à la lune ta folie.

And the Man made answer and said,
Et l’Homme répondit :
`Even so did I.’
 « Cela, je l’ai fait. aussi »

And a third time God opened the Book of the Life of the Man.
Et pour la troisième fois, Dieu ouvrit le Livre de la Vie de l’Homme.

And God said to the Man,
Et Dieu dit à l’Homme :
 `Evil hath been thy life, and with evil didst thou requite good, and with wrongdoing kindness.
 «Le mal a été toute ta vie, et avec le mal tu as rendu le bien et l’injustice a été rendu envers la bonté.
The hands that fed thee thou didst wound, and the breasts that gave thee suck thou didst despise.
 Les mains qui t’ont nourri, tu les as blessées, et les seins qui t’ont allaité, tu les as méprisés.
He who came to thee with water went away thirsting, and the outlawed men who hid thee in their tents at night thou didst betray before dawn.
Celui qui est venu à toi avec de l’eau est reparti assoiffé, et les hommes hors la loi qui te cachèrent dans leurs tentes toute la nuit, tu les as trahis avant l’aube.
Thine enemy who spared thee thou didst snare in an ambush and the friend who walked with thee thou didst sell for a price, and to those who brought thee Love thou didst ever give Lust in thy turn.’
L’ennemi qui t’a épargné, tu l’as attaqué dans une embuscade, et l’ami qui marchait avec toi, tu l’as vendu, et à ceux qui t’ont apporté l’Amour, tu n’as jamais rendu que de la luxure.

And the Man made answer and said,
Et l’Homme répondit :
`Even so did I.’
 « Cela, je l’ai fait aussi. »

And God closed the Book of the Life of the Man, and said,
Et Dieu referma le Livre de la Vie de l’Homme, et dit :
`Surely I will send thee into Hell.
« Assurément, Je vous enverrai en Enfer.
Even into Hell will I send thee.’
Je t’enverrai même en Enfer. »

And the Man cried out,
Et l’Homme cria :
`Thou canst not.’
‘Tu ne peux pas ! »

And God said to the Man,
Et Dieu dit à l’Homme:
`Wherefore can I not send thee to Hell, and for what reason?’
« Pourquoi ne puis-Je pas t’envoyer en Enfer, pour quelle raison ? »

`Because in Hell have I always lived,’
« Parce que j’ai toujours vécu en Enfer. »
answered the Man.
répondit l’Homme.

And after a space God spake, and said to the Man,
Et après un moment, Dieu parla, et dit à l’homme :
`Seeing that I may not send thee into Hell, surely I will send thee unto Heaven.
« Vu que Je ne t’envoie pas en Enfer, Je t’enverrai au Ciel.
Even unto Heaven will I send thee.’
Je t’envoie vers le Ciel. »

And the Man cried out,
Et l’Homme cria :
`Thou canst not.’
« Tu ne peux pas ! »

And God said to the Man,
Et Dieu demanda à l’Homme :
 `Wherefore can I not send thee unto Heaven, and for what reason?’
« Pourquoi ne puis-Je pas t’envoyer au Ciel, et pour quelle raison? »

`Because never, and in no place, have I been able to imagine it,’
« Parce que jamais, et en aucun lieu, je n’ai pu l’imaginer. »
answered the Man.
répondit l’Homme.

And there was silence in the House of Judgment.
Et il y eut un silence dans la Chambre du jugement.

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The House of Judgement OSCAR WILDE

ON TEACHING KHALIL GIBRAN SUR L’ENSEIGNEMENT

The Prophet
On Teaching
Sur l’Enseignement

The Prophet XVIII
KHALIL GIBRAN
Littérature Libanaise
Lebanese literature
le-prophete-khalil-gibran-fred-holland-day-1898Photographie de Fred Holland Day
1898



جبران خليل جبران
Gibran Khalil Gibran
1883–1931
le-prophete-khalil-gibran-the-prophete-n

Traduction Jacky Lavauzelle

 

THE PROPHET XVIII
On Teaching
SUR L’ENSEIGNEMENT

 

1923


*

on-teaching-khalil-gibran-sur-lenseignement-artgitato-hippolyte-flandrin-jeune-homme-assisJeune homme nu assis
Hippolyte Flandrin
1855 musée du Louvre

*


Then said a teacher, « Speak to us of Teaching. »
Puis un professeur demanda : « Parle-nous de l’Enseignement. »
And he said:
Et il dit :
No man can reveal to you aught but that which already lies half asleep in the dawning of our knowledge.
Aucun homme ne peut vous révéler autre chose que ce qui est déjà à moitié endormi dans l’aube de notre connaissance.

 The teacher who walks in the shadow of the temple, among his followers, gives not of his wisdom but rather of his faith and his lovingness.
 Le maître qui marche dans l’ombre du temple, parmi ses disciples, ne donne pas de sa sagesse, mais plutôt de sa foi et de son amour.  
  If he is indeed wise he does not bid you enter the house of wisdom, but rather leads you to the threshold of your own mind.
S’il est sage, il ne vous fera pas entrer dans la maison de la sagesse, mais il vous conduira au seuil de votre propre esprit.
The astronomer may speak to you of his understanding of space, but he cannot give you his understanding.
L’astronome peut vous parler de sa compréhension de l’espace, mais il ne peut vous donner sa compréhension elle-même.
The musician may sing to you of the rhythm which is in all space, but he cannot give you the ear which arrests the rhythm nor the voice that echoes it.
  Le musicien peut vous jouer le rythme qui est dans tout espace, mais il ne peut pas vous donner l’oreille qui capte le rythme ni la voix qui lui fait écho.
 And he who is versed in the science of numbers can tell of the regions of weight and measure, but he cannot conduct you thither.
Et celui qui est versé dans la science des nombres peut dire des correspondances des poids et mesures, mais il ne peut vous y conduire.
For the vision of one man lends not its wings to another man.
Car la vision d’un homme ne prête pas ses ailes à un autre homme.
      And even as each one of you stands alone in God’s knowledge, so must each one of you be alone in his knowledge of God and in his understanding of the earth.
Et comme chacun de vous se tient seul dans la connaissance de Dieu, il faut que chacun d’entre vous soit seul dans sa connaissance de Dieu et dans sa compréhension de la terre.  

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Sur l’Enseignement
Khalil Gibran
On Teaching

He remembers forgotten beauty Poème de Yeats (1899)- Il se souvient de la beauté oubliée

ARTGITATO

William Butler Yeats
Irish poet – Poète Irlandais
English literature English poetry
Littérature Anglaise – Poésie Anglaise


HE REMEMBERS FORGOTTEN BEAUTY

 

YEATS
1865-1939

[the wind among the reeds- 1899]


He remembers forgotten beauty
poem
Il se souvient de la beauté oubliée

1899

When my arms wrap you round I press
Lorsque j’enroule mes bras autour de toi, je presse
My heart upon the loveliness
Mon cœur sur la beauté
That has long faded from the world;
Qui depuis longtemps a disparu du monde ;
The jewelled crowns that kings have hurled
Ces joyaux des couronnes que les rois ont jetés
In shadowy pools, when armies fled;
Dans de noirs étangs, quand leurs armées s’enfuyaient ;
The love-tales wrought with silken thread
Ces contes d’amour forgés avec du fil de soie
By dreaming ladies upon cloth
Par des dames rêvant sur des tissus
That has made fat the murderous moth;




Qui ont nourri ensuite la mite meurtrière ;
The roses that of old time were
Ces roses qui autrefois étaient
Woven by ladies in their hair,
Tissées par les ladies dans leurs cheveux,
The dew-cold lilies ladies bore
Ces lys rafraîchis par la rosée que nos ladies portaient
Through many a sacred corridor
À travers de nombreux couloirs sacrés
Where such grey clouds of incense rose
Lorsque de tels nuages gris émanaient de l’encens rose
That only God’s eyes did not close:
Tels que les yeux de Dieu jamais ne se fermaient :
For that pale breast and lingering hand
Pour que cette pâle poitrine et cette main persistante
Come from a more dream-heavy land,
Viennent d’une terre plus pleine de lourds rêves,
A more dream-heavy hour than this;
D’une heure de plus lourds rêves que cela ;
And when you sigh from kiss to kiss
Et lorsque tu soupires de mes baisers
I hear white Beauty sighing, too,
Je l’entends soupirer cette blanche beauté, aussi,




For hours when all must fade like dew,
A ces heures qui vont disparaître comme la rosée,
But flame on flame, and deep on deep,
Mais flamme sur flamme, et profondeur  sur profondeur,




Throne over throne where in half sleep,
Trône sur Trône où, dans un demi-sommeil,
Their swords upon their iron knees,
Leurs épées sur leurs genoux de fer,
Brood her high lonely mysteries.
Pensent ses grands mystères solitaires.

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Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
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He remembers forgotten beauty Yeats 1899

INTO THE TWILIGHT Yeats Texte & Traduction – DANS LE CREPUSCULE

ARTGITATO

William Butler Yeats
English literature English poetry
Littérature Anglaise – Poésie Anglaise

 

YEATS
1865-1939

[The Wind Among The Reed –  1899]


INTO THE TWILIGHT
poem
Dans le Crépuscule
[Poème]

Into The Twilight Yeats Traduction Artgitato & Texte anglais

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Out -worn heart, in a time out-worn,  
Cœur délabré dans un temps délabré,
Come clear of the nets of wrong and right;  
Emancipe-toi des filets du bien et du mal ;
Laugh heart again in the gray twilight,  
Ris de nouveau, cœur, dans le crépuscule gris,
Sigh, heart, again in the dew of the morn.  
Soupire, coeur, à nouveau dans la rosée du matin.

Your mother Eire is always young,
Ta mère Eire est toujours jeune,
Dew ever shining and twilight gray;   
Rosée toujours brillante et gris crépuscule;
Though hope fall from you and love decay,  
Bien que l’espoir te quitte et l’amour s’étiole,
Burning in fires of a slanderous tongue.   
Brûlés dans les feux d’une langue diffamante.

Come, heart, where hill is heaped upon hill:   
Viens, cœur, où la montagne s’ajoute à la montagne :
For there the mystical brotherhood   
Car la confrérie mystique
Of sun and moon and hollow and wood  
Du soleil et de la lune et des vallées et des bois
And river and stream work out their will;
Et des rivières et des ruisseaux travaillent sur leur volonté ;

And God stands winding His lonely horn,  
Et Dieu souffle dans Son cor solitaire,
And time and the world are ever in flight;  
Et le temps et le monde s’envolent pour toujours ;
And love is less kind than the gray twilight,  
Et l’amour est moins suave que le crépuscule gris,
And hope is less dear than the dew of the morn.
Et l’espoir est moins nécessaire que la rosée du matin.

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Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
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Into the Twilight Yeats