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CARAVAGE : L’INCREDULITE DE ST THOMAS

Le Caravage
Michelangelo Merisi da Caravaggio
L’incrédulité de Saint Thomas
(vers 1603)

 

L'incrédulité Le Caravage

Le doute et la foi
Une impossible rencontre


Simone Weil, dans la Pesanteur et la Grâce, dans le chapitre consacré au malheur, nous disait : « Souffrance : supériorité de l’homme sur Dieu. Il a fallu l’incarnation pour que cette supériorité ne fût pas scandaleuse. ». Le Christ apporte son corps martyrisé devant les hommes. Sans supériorité, il est là, attendant le jugement. Sa plaie ouverte est le centre de tous les regards et de toutes les attentions. Il n’est plus divin, mais un homme parmi les hommes.

 

L'incrédulité de Saint Thomas (la blessure)

En deçà de la foi
David Salle voulait voir dans la peinture des corps un point de vue qui ne soit pas ordinaire. L’œuvre du Caravage participe à cette extraordinaire position de corps, d’une plaie et d’un doigt, du matériel et du spirituel, du doute et de la foi. Il n’y a pas d’obscénité dans cette pénétration, juste un moment où l’homme montre ses limites. L’acte est solennel, les visages en témoignent. Mais de la puissance des ces regards, s’évanouit la force du divin.

Les têtes se retrouvent en se rassemblant, comme dans une possible unité d’esprit. Quatre têtes, côte à côte, comme représentant le monde et ses quatre points cardinaux. En haut, les têtes, le divin, la réflexion, la raison, la foi ; plus bas, le corps, la plaie, le mal, la souffrance, le doute.

Les têtes sont là mais la stupeur ferme la bouche des personnages. Stupeur et attente. Est-ce possible ? Ce doigt qui pénètre, que révélera t-il ?

Loin d’apporter des réponses dans la hauteur de la foi, ce doigt ne montre rien et, en pénétrant, assèche le retour et limite les perspectives. Le doigt montre l’individu, le ‘Je’, qui se perd dans l’universel de ce corps.

La preuve par une insaisissable rencontre
Nous rentrons, par le doigt de Saint Thomas, dans l’insaisissable. Il voit la plaie, mais cela ne suffit pas. Il faut faire entrer un peu de sa chair dans la chair de l’autre, quitte à l’ouvrir à nouveau et à faire souffrir. La vérité serait-elle à ce prix ? Cette tentative semble réussir. Le doigt rentre, le corps du Christ s’ouvre. Plus que dans la proximité nous sommes dans l’être. Mais y sommes-nous vraiment. La chair qui s’ouvre laisse-t-elle passer la vérité ? Quelle vérité ? Que promet réellement cette rencontre ?

La proximité insaisissable

« « A aucun instant, écrit Hofmannsthal (Die Wege und die Begegnungen – Les Chemins et les Rencontres) le sensible n’est autant chargé d’âme, et ce qui est de l’âme aussi sensible que dans la rencontre. » Le corps lui-même s’y ouvre à l’inconnu qu’aucun sens pourtant ne nous donne et l’âme est elle-même inquiétée  d’un obscur désir. La proximité est bien celle de l’insaisissable. Mais il semble que pour Hofmannsthal la rencontre soit vouée à la déception et que cet insaisissable meure avec l’infini qu’il portait en lui, lorsque nous tentons de le saisir La rencontre promet plus que l’étreinte ne peut tenir. » (Jean-Louis Chrétien, l’Effroi du beau).

La rencontre du doigt se pensait comme l’ouverture et le commencement de la foi. Le toucher a accouché d’un banal assentiment ; oui, cela est vrai, la plaie est là, c’est certain, l’homme qui est là a survécu et alors ?
Le corps en s’ouvrant pour recevoir réduit la puissance pour ne retenir que l’anecdotique d’un ressenti dans la fugacité de l’instant.

 Pas de sentimentalisme dans l’œuvre du Caravage, pas de moralisme non plus. Le fait est là, enfin !,devant Saint Thomas. Peut-être est-ce le Christ qui retient, peut-être aussi amène t-il le doigt pour le planter là dans la chair. Les yeux des trois hommes sont vissés devant cette fente béante, ne regardant qu’elle et oubliant l’homme dans sa gloire. Il y a comme une scène de marché où l’homme doit toucher la fraicheur du fruit avant de l’acheter en le palpant, le retournant, afin de s’assurer que son acte ne sera nullement regretté et son argent bien dépensé.

Pendant que la plaie apparaît, c’est le Christ qui commence à disparaître. La communication qui aurait dû se créer se perd dans cette chair ouverte, seulement ouverte.

L’éclairage de l’érotisme

Si le toucher limite la rencontre, elle ouvre le champ à un érotisme dans le sens de Francis Marmande : « l’érotisme est un éclairage. Mais il n’est pas seulement ce qui illumine : il est dans la conscience de l’homme ce qui met l’être en question. Sans doute l’éclaire t-il trop crûment. » (Le Journal Littéraire, n°2 p56).

Et cet éclairage Le Caravage l’apporte non pour Saint Thomas, qui après cette certitude retombera maladivement dans le doute, mais au spectateur. Il amène aussi ce que la chair à de triste et de maudite. Mais à ce titre, peut refonder une humanité nouvelle. « En un sens l’œuvre de chair apparut maudite aux premiers hommes. C’est même cette malédiction qui a fondé l’humanité. C’est elle qui l’a séparée de son contraire, l’animalité qu’elle regarde encore, à certains égards, avec une inconsolable nostalgie » (Georges Bataille, l’Erotisme)

La porte qui s’est ouverte par cette plaie n’a apportée qu’une simple réponse à Saint Thomas. Où en sommes-nous alors maintenant ?
« Nous sommes au point où l’amour est tout juste possible. » (Simone Weil, La Pesanteur et la grâce)

 

Jacky Lavauzelle

LA JARRETIERE DE BETTY BOOP ENFLAMME LE CODE HAYS !

BETTY BOOP

  Betty Boop 2

 La Jarretière de BETTY BOOP
enflamme le Code Hays !

Betty Boop est considérée comme LA star du monde de l’animation pouvant rivaliser sans rougir avec LA Garbo, Marilyn ou Elizabeth Taylor.

C’est tout simplement la star de BD le plus sexy de toute l’histoire. Pourtant, elle naît des mains des studios Fleischer avec une tête de chien informe, plutôt du type caniche. Des grandes oreilles à la place des boucles d’oreilles. Un nez inexistant, une voix non stabilisée… Et c’est cette Betty qui fera rêver le monde !

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 LA NAISSANCE D’UN MYTHE

Betty Boop naît en août 1930. Un petit semestre après le Code Hays, qui imposera des règles afin de revivifier les valeurs morales et de juguler le blasphème.

Comment un chien informe, aux oreilles pendantes et au physique ingrat, dans ce contexte moral a-t-il pu devenir un tel mythe ?

BETTY ET LE CODE HAYS, DEUX ENFANTS DE 1930

Tout simplement, parce qu’entre la naissance du Code et sa mise en place, il a fallu 4 ans ! Son application en 1934, aura permis à notre Betty de montrer ce qu’elle a de plus féminin : ses jambes, toujours en mouvement dans les airs ou lascives et légèrement pliées comme si elles n’avaient pas les mêmes longueurs, une sorte de John Wayne au féminin.

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Et la jambe gauche, pour affirmer cette féminité toute puissante, se trouvera ornée d’une jarretière. Elle en a fait l’objet de la passion, le renouvellement d’un ancien fétichisme. La jarretière a remplacé la feuille de vigne, en limitant la hauteur de la jambe nue vue par le public. Elle est la frontière, la limite avant l’interdit absolu.

BETTY UNE FEMME SEXY QUI S’AFFIRME

Betty Boop est devenue une poupée aguichante. Elle ne reste pas dans un rôle passif, elle s’affirme, elle refuse et fait des choix, souvent contre l’avis général des hommes. Elle montre son caractère indépendant à de nombreuses reprises et n’a pas peur d’être seul face à un conseil de direction entièrement masculin.

L’usage de la jarretière et la fonction fétichiste hante toute la littérature érotique a commencé par le maître : « leurs jarretières, leurs mouchoirs, tout servit et en une minute, je fus garrotée si cruellement qu’il me devint impossible de faire usage d’aucun de mes membres ; cette opération faites, les scélérats… » (Marquis de Sade, Les Infortunes de la vertu)

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1935, LA FIN DE LA JARRETIERE

…Et en 1935, le Code Hays réussira à couvrir cette jarretière que les yeux des puritains ne pouvaient voir. A partir de cette date, la jupe se rallongera ou sera remplacée par un pantalon.

A de rares occasions, Betty pourra revêtir à nouveau des robes courtes, mais la jarretière aura disparu, définitivement. Mais le mythe sera là.

En quatre ans, Betty aura couru, nagé, sauté, à la plage comme à la ville. Elle se sera habillée des milliers de fois, et tout autant déshabillée. Le Code dans sa lourdeur administrative ne pouvait rien contre ces quelques mois de délivrance et de suractivité corporelle.

Ce mythe a été fondateur de l’inconscient humain ; il a été freiné par ce Code mais prendra une nouvelle impulsion avec plus de force encore.

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LE MYTHE COMME EXPERIENCE RELIGIEUSE

Le Code Hays interdisait, non pas pour défendre la foi, mais pour affirmer des valeurs morales. Alors que le mythe lui-même s’inscrit dans la religiosité dans ce qu’elle a de fondamentale.

« ‘Vivre’ les mythes implique une expérience vraiment ‘religieuse’, puisqu’elle se distingue de l’expérience ordinaire, de la vie quotidienne. La ‘religiosité’ de cette expérience est due au fait qu’on réactualise des événements fabuleux, exaltants, significatifs, on assiste de nouveau aux œuvres créatrices des Êtres Surnaturels ; on cesse d’exister dans le monde de tous les jours et on pénètre dans un monde transfiguré, auroral, imprégné de présence des Êtres Surnaturels…Les personnes du mythe sont rendues présentes, on devient leur contemporain. » (Mircea Eliade, Aspects du Mythe)

Le Code Hays est mort. Vive Betty !

DE L’INTERDIT A LA TRANSGRESSION

Après 1935, Betty va jouer entre l’interdit du Code et la transgression. Tout sera occasion de lever la jupe et de remettre les bas. Si la jarretière disparaît, c’est son manque ou son voile qui attise le désir. Comme le soulignait Georges Bataille, « la connaissance de l’érotisme, ou de la religion, demande une expérience personnelle, égale et contradictoire, de l’interdit et de la transgression » (L’Erotisme, I, Chapitre 1)

Le sacrifice de la jarretière n’a pas été vain. Betty est rentrée dans l’histoire. C’est vrai qu’elle a du chien !

Jacky Lavauzelle