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LE PERUGIN – IL PERUGINO – 彼得羅·佩魯吉諾 – LA VIERGE A L’ENFANT – MADONNA COL BAMBINO DI PERUGINO- 圣母子 – Galleria Borghèse ROME ROMA

ROME – ROMA – 罗马
LE PERUGIN
MADONNA COL BAMBINO DI PERUGINO
LA VILLA BORGHESE
博吉斯画廊

Armoirie de Rome

 Photo Galerie Borghèse Jacky Lavauzelle

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Flag_of_Lazio


GALLERIA BORGHESE
博吉斯画廊
La Galerie Borghèse

Pietro di Cristoforo Vannucci
IL PERUGINO
LE PERUGIN
彼得羅·佩魯吉諾
1448-1523

Autoportrait Perugino Le Perugin

MADONNA COL BAMBINO
LA VIERGE ET L’ENFANT
圣母子

Primo Venticinquennio del secolo XVI
Premier quart du XVIe siècle

olio su tavola
huile sur toile
44cm x34 cm

Le Perugin Il Perugino Madonna col Bambino Galleria Borghese & National Gallery of Art Washington.

Pietro_Perugino madonna col Bambino Galleria Borghese Galerie Borghese artgitato Rome Roma

Encyclopédie méthodique – Beaux-Arts (1788)
1788 – Page _8
PIETRO VANUCCI dit LE PERUGIN





(1) Pietro Vanucci, dit Perugino, le Perugin, de l’école romaine. Il naquit à Perouse de parens très-pauvres en 1446, parvint à surpasser tous les artistes de son temps, & acquit de très-grandes richesses. Il travailla surtout pour les églises & pour les couvens. Son avarice étoit extrême, mais en même temps sa passion pour sa femme étoit si violente, qu’il ne lui savoit rien refuser, & portoit même jusqu’à la profusion les dépenses qu’il faisoit pour elle. La précaution qu’il avoit de porter toujours avec lui à la campagne la cassette qui renfermoit son or, fut un avertissement & un appat pour les voleurs qui la lui enlevèrent. La douleur qu’il éprouva de cette perte, ne lui permit pas d’y survivre longtemps il mourut en 1524 à l’âge de 78 ans, peu regretté de ses émules, dont son orgueil lui avoit fait autant d’ennemis.

 

Quoiqu’il conservât quelque chose de la roideur & de la sécheresse gothique, il mérite des éloges par la précision avec laquelle il imitoit la nature, par la simplicité qui caractérisoit ses ouvrages, par une certaine grace qu’il donnoit à ses figures. Il suffit à son éloge de dire qu’on trouve en lui le germe de quelques-unes des qualités qui le distinguèrent de Raphaël ; mais indépendamment des défauts qu’il tenoit de son temps, la nature ne lui avoit pas accordé le génie qu’elle a prodigué à son illustre élève. Sa couleur étoit assez bonne pour le siècle où il vivoit ; une grande pratique lui avoit donné de la facilité ; ses couleurs avoient de l’éclat, & son pinceau de la propreté. Trop peu de gradation dans les plans, trop d’uniformité dans les tons, prouvent qu’il connoissoit peu le clair-obscur & la perspective aёrienne. Ses tableaux sont d’un fini précieux : on ignoroit encore l’art d’imiter la nature par de savantes indications ; on la rendoit avec un scrupule qui avoit quelque chose de servile. C’étoit un défaut, mais il en résultoit une vertu ; celle de l’exactitude dont on s’est, dans la suite, trop écarté. Nous ne reprocherons pas au Pérugin d’avoir employé l’or dans les accessoires de ses ouvrages ; c’est un reproche qui appartient à son temps plutôt qu’à lui-même.



Le roi de France ne possède que quatre tableaux de ce maître, dont le plus grand & le plus capital n’a guère plus de quatre pieds. Il représente le Christ détaché de la Croix. La douleur de la Magdelaine est assez bien exprimée, la composition est simple, mais elle tient un peu du gothique.

Ce tableau a été gravé par le Comte de Caylus. On a aussi du même peintre un Christ au tonbeau, gravé par Claude Duflos.

Pietro_Perugino madonna col Bambino

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COMPARAISON ENTRE LE PERUGIN & RAPHAËL

Les nouvelles acquisitions du musée
GUSTAVE PLANCHE
REVUE DES DEUX MONDES
Tome 8 – 1850

Je sais bien qu’il y a en France comme en Allemagne, comme en Angleterre, comme en Italie, un grand nombre d’esprits qui prétendent posséder la vraie notion de l’art et qui préfèrent résolument le Pérugin au plus illustre de ses élèves, à Raphaël. Je sais que, pour ces esprits qui s’attribuent la pleine intelligence du sentiment religieux et de l’expression qu’il peut recevoir dans la peinture, les madones du Pérugin sont plus pures, plus recueillies, plus belles que la Madone à la chaise du palais Pitti, que la madone achetée, en 1518, par François Ier ; mais une pareille opinion ne soutient pas l’examen. C’est un engouement puéril qui ne mérite pas plus de respect que la passion d’une jeune fille pour une dentelle ou un ruban. Le Pérugin doit la meilleure partie de sa gloire aux œuvres de Raphaël, comme Domenico Ghirlandajo aux œuvres de Michel-Ange ; si Raphaël et Michel-Ange ne tenaient pas dans l’histoire de l’art une place si considérable, le Pérugin et Ghirlandajo jouiraient d’une popularité très modeste. Il y a deux manières d’estimer la valeur du Pérugin on peut l’envisager au point de vue de l’expression, au point de vue de la science. Si l’on veut chercher dans le Pérugin le sentiment religieux, il est impossible de ne pas reconnaître que Giotto et fra Angelico donnent à la foi chrétienne plus d’éloquence, plus de ferveur que le Pérugin. Veut-on chercher en lui la science ? A moins de fermer ses yeux à l’évidence, à moins d’oublier la forme vraie de la personne humaine, comment ne pas avouer qu’un intervalle immense sépare le Pérugin de Raphaël ? Oui, sans doute, le Pérugin en savait plus que Giotto, plus que fra Angelico ; c’est une vérité qui n’a pas besoin d’être démontrée : il n’est pas moins vrai, moins évident que Raphaël en savait infiniment plus que son maître. Quant à l’expression du sentiment religieux, le Pérugin, à mon avis, ne soutient pas mieux la comparaison avec Raphaël qu’avec Giotto. Je ne veux pas prendre au sérieux l’opinion proclamée à son de trompe il y a quelque vingt ans par les peintres néo chrétiens ; je ne veux pas perdre mon temps à réfuter les accusations de paganisme portées contre Raphaël ; ces accusations, qui ont pu obtenir quelque crédit parmi les personnes étrangères à l’histoire de la peinture, ne méritent pas les honneurs de la discussion. Raphaël, qui a consacré sa vie tout entière à l’expression de la beauté, n’a pas cru devoir négliger les conseils de l’art antique ; il a interrogé avidement les œuvres de la Grèce. Qui oserait le blâmer ? C’est au commerce assidu qu’il a entretenu avec l’antiquité que nous devons l’étonnante variété de ses œuvres. Est-il permis de comparer le Pérugin à Raphaël sous le rapport de la variété ? Les œuvres du Pérugin, dont plusieurs sans doute se recommandent par un mérite réel, semblent presque toujours reproduire un type invariable et constant. On dirait que l’auteur s’interdit l’invention comme une coupable pensée ; qu’il craindrait, en prêtant à la Vierge, à l’enfant Jésus, un visage nouveau, d’attirer sur sa tête le reproche d’hérésie. Les renseignemens que les biographes nous ont transmis, sans justifier cette conjecture, nous expliquent d’une façon très claire l’uniformité des œuvres du Pérugin. Nous savons en effet que le maître de Raphaël, très âpre au gain, reproduisait à l’infini ses compositions, et se copiait lui-même sans jamais se lasser. Il ne tenait pas tant au progrès de son art qu’au succès de son industrie ; il voulait tirer de ses moindres idées un profit permanent, et toutes les fois qu’il trouvait l’occasion de les reproduire, il la saisissait avec empressement. Il avait pour tous les épisodes de l’Ancien et du Nouveau Testament des types déterminés, et prenait bien rarement le soin de les modifier. Faut-il s’étonner qu’en se copiant sans relâche il n’ait pas trouvé moyen de mettre une grande différence entre les œuvres de sa jeunesse et les œuvres de son âge mûr ? La main la plus habile, en promenant éternellement le pinceau sur les mêmes lignes, sur les mêmes contours, loin d’acquérir plus de dextérité, finit par s’habituer au lieu commun, et c’est en effet le défaut qu’on peut reprocher à bien des œuvres signées du nom de Pérugin. Mais je veux bien oublier que la galerie du Louvre possède déjà depuis long-temps des tableaux de ce maître ; je consens à croire qu’il était utile d’acquérir une œuvre nouvelle achevée par la même main : était-il nécessaire d’aller à La Haye pour enrichir le Musée du Louvre ? N’y a-t-il pas au musée de Lyon une toile du Pérugin cent fois préférable au tableau acquis par MM. Reiset et Villot ? Tout en tenant compte de la jalousie provinciale, n’était-il pas possible de décider le conseil municipal de Lyon à échanger cette toile admirable contre des œuvres d’un autre maître ?

MOLIERE A L’ECOLE DE SCARAMOUCHE -Emmanuel DENARIE : LE MAÎTRE A L’ECOLE

Emmanuel DENARIE

LE MAÎTRE A L’ECOLE

Pièce en un acte, en vers représentée
le 15 janvier 1922
au Théâtre de l’OdéonEmmanuel Denarié Le Maître à l'école Artgitato Molière Scaramouche Commedia dell'arte

MOLIERE A L’ECOLE DE SCARAMOUCHE

Un doigt entre l’arbre et l’écorce…


LES CHEMINS DE TRAVERSE
Avant de parler de la pièce qui nous intéresse ici, Le Maître à l’école, parlons d’abord de l’auteur Emmanuel Denarié. Nos encyclopédies littéraires et numériques en ont oublié jusqu’à l’existence. La Savoie, elle,  ne l’a pas oublié. Les amoureux du théâtre et de la poésie non plus. Il est de ces hommes qui capte l’attention que l’on ne voit pas immédiatement. Peu avant le commencement de la guerre, la Grande, la grande Sarah Bernhardt, « aurait interprété, en travesti, le principal rôle » (Gaston Sorbets, La Petite Illustration, n°84 du 11 février 1922). Mais l’auteur toujours à sa Savoie et à son âtre préfère passer par des chemins de traverse.
Il semble n’avoir désormais jamais existé. Pourtant, il a existé pleinement en profitant de tous les plaisirs et de toute la beauté qu’offre le monde. Mais, il est vrai, notre auteur est autant atypique qu’éclectique. Deux qualités qui ne sont pas nécessairement appréciées des critiques d’hier et d’aujourd’hui.

LA PASSION DES VERS ET DE LA SAVOIE
Emmanuel Denarié (1857-1926) a habité la maison des Charmettes. C’est une ancienne propriété de Madame de Warens et de Jean-Jacques Rousseau. Il a ainsi partagé avec ce dernier l’amour des arts, de la littérature et de la nature. De nombreuses journées passèrent à étudier la flore française et notamment celles des environs de Chambéry, des heures à trouver « plusieurs espèces intéressantes qui avaient échappé à leurs devanciers » (Dr J. Offner, 5 juillet 1916). Les arts et l’exploration de la nature se trouvaient associés dans sa passion pour son pays natal, la Savoie ; suivant les pas de son père Gaspard, ardent partisan en 1860 de l’Annexion de la Savoie à la France. Emmanuel conduisit la présidence des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Savoie pendant près de dix-ans, après la première guerre mondiale, de 1917 à 1926. C’est avec cette présidence qu’il termina cette vie passionnée de créations dans tous ses états, mais avec un point commun, la poésie.

LE RAYONNEMENT INTERIEUR
Emmanuel Denarié, fort de toutes ces passions, rayonne. Il ne rayonne pas dans les salons parisiens et dans les rédactions où les critiques se retrouvent. Il rayonne de ce que la nature lui a donné et de celle qui l’entoure. Tous ceux qui le croisent en parlent avec la même énergie et la même force : « Emmanuel Denarié a toujours été jeune. Il le sera toujours. Et, mieux encore, il rajeunit tous ceux qu’il rencontre. C’est un don qu’il doit partager avec l’enchanteur Merlin. Dans notre pays de Savoie, parce qu’il n’est ni député, ni sénateur, ni homme de loi, ni brasseur d’affaires, ni barbouilleur de papier, ni grand seigneur, ni grand médecin, on pourrait le croire sans action… »Emmanuel Denarié Le Maître à l'école Artgitato Molière Scaramouche Commedia dell'arte Watteau 2

UN MARCHAND DE BONHEUR
« …Or, il est ce qu’Alphonse Daudet rêver d’être : marchand de bonheur. Marchand, non, car il donne le goût de vivre. Nul n’a été reçu dans sa maison des champs – pas trop loin de la ville, car il est sociable- sans en emporter, comme un invisible paquet, du plaisir. Il est vrai, qu’il y est merveilleusement aidé, mais cela fait partie de sa chance. Les abeilles mêmes, s’il leur rend visite, s’abstiennent de le menacer. Il a des traces de miel sur les lèvres… »

IL EST SI DISTRAIT !
« … A quoi passe-t-il ses jours ? Car il semble ignorer le travail. Il compose des vers en marchant. Les sentiers le connaissent et recouvrent de gazon leurs cailloux afin de lui épargner les faux pas : il est si distrait ! Et, s’il chasse, il rapporte des poèmes quand on attend du gibier… Mais voici que le succès vint chercher ce poète ignoré qui vivait paisiblement, loin des endroits où l’on imprime. Il avait accompli en vers ce que les imagiers et les peintres d’autrefois entreprenaient avec leurs pinceaux : un triptyque. Les auteurs dramatiques écrivent des pièces en un ou plusieurs actes… »

UN TRIPTYQUE EN VERS
« … Il imagina, lui, de composer des panneaux : une première scène pour poser ses personnages, un panneau central comportant l’action, et une scène finale, pour conclure et montrer, après l’action, les personnages rassérénés. Afin de remplacer volets, le rideau tombe. Et ce fut son Fra Angelico. Un triptyque en vers, vous devinez le sourire sceptique d’un directeur de théâtre à qui l’on apporte un tel manuscrit. Un triptyque en vers, comportant de la musique de scène, une figuration, et la représentation du célèbre tableau de Fiesole, le Couronnement de la Vierge ! … »

OUBLIER SA PIPE !
Or, il se trouva que le directeur du Grand Cercle d’Aix-les-Bains, ayant entendu parler de cet étrange ouvrage, demanda à le lire. Il le lut, le reçut, le monta en quelques semaines. Et c’est ainsi que le poète dut un jour quitter sa maison de campagne, enfermer ses chiens, oublier sa pipe, et venir assister à une première. » (Gaston Sorbets, La Petite Illustration n°84 du 11 février 1922)

A L’ECOLE DE SCARAMOUCHE
Mais ce n’est pas la première du Fra Angelico qui nous intéresse, mais celle du Maître à l’école, au Théâtre National de l’Odéon. Une pièce en un acte où l’on retrouve Molière, encore appelé Jean-Baptiste Poquelin, joué pour la première par Jaquelin, un Molière jeune en compagnie de son maître en Commedia dell’arte, Scaramouche, joué par Maxime Lery. Mais nous attendrons presque le milieu de l’acte, à la scène VI, pour découvrir Poquelin et Scaramouche. Nous sommes dans l’hôtellerie de Gros-René où, à travers une baie, qui permet « de voir sur la maison d’en face l’enseigne du théâtre de Scaramouche. »

STRATEGIE ET MANIGANCES
Le spectacle est ailleurs. Il se prépare-là, dans cet hôtel où les personnages se croisent, se cachent, s’évitent et se poursuivent. Nous sommes dans la vie et nous voyons déjà les matériaux qui serviront à l’écriture des pièces à venir. Le mari cocu, le radin, le mariage, l’importance du statut des personnages, les stratégies et les manigances. Mais quand le spectacle s’ouvre c’est sur des questions de table, de couverts, de soupers et de gosiers, « de plats farcis aux piments ». Il faut savoir mettre le plat en bouche. Mais c’est aussi rappeler que ce sont les gens du peuple qui composent les spectateurs de Molière. D’abord et surtout.

DU BOULEVARD SUR LE BOULEVARD
Et déjà la deuxième scène évoque les aventures de Marinette, jouée par Mademoiselle Escalaïs, la femme de Scaramouche, avec le « Gros » Jourdain, joué par Bergeron. Et, notre Marinette, surprise, en pleine rue, au milieu des témoins, des cris et des jurons, par son mari, accompagné de Poquelin, trouve encore à redire de la situation : « elle était déconcertante et telle qu’on la voit tous les jours…avait réponse à tout…Quelle artiste ! Mon cher, d’un aplomb ! » L’art de la réplique est installé qui fera l’effet comique de nombreuses situations.  

LES FEUX DE SA PRUNELLE
Mais la situation n’est pas si simple. Marinette ne ferme pas les yeux devant notre Molière jeune et fringuant. Les joies du Triangle amoureux s’installent entre quiproquos et maladresses : « Oui ; bien sûr qu’elle louche un peu de son côté ; mais, sans être devin, je crois que le garçon l’ignore ; et c’est en vain, du moins pour le moment, que notre Péronnelle dirige contre lui les feux de sa prunelle : le galant n’a pas l’air de s’en apercevoir. » (Covielle, joué par Barcy, à Gros-René)

UN JEU DE TROMPE
La troisième scène voit l’entrée du régisseur du Théâtre de Scaramouche, joué par Mansiaux. Nous sommes en pleine Commedia dell’arte, l’improvisation, le culot, l’outrance et l’énergie : « Scaramouche attend déjà la réplique…Qu’il se mouche ! Avec son jeu de trompe, il n’est jamais à court…Ah ! Quel nez !…Un tuyau qui vaut presque ton four. »

CHER GRAND FOU !
Et nous retrouvons notre Marinette avec une suivante, avec Covielle puis avec Gros-René, et enfin le Marquis. Marinette conspire déjà et, avec le Marquis, n’est vraiment pas farouche : « je vous ai donné sans trop vous faire attendre plus de gages qu’à ceux que vous m’avez cités. Et je blâme pourtant vos assiduités. Jourdain est votre ami…Cher grand fou… ! …Plus tard…pas ici…Des témoins peuvent surgir… ! » De la résistance, mais pas trop quand même.

LA GUEUSE
Vient la scène 6 où le texte est conséquent et s’équilibre entre Poquelin et Scaramouche. Avec un avantage certain à Scaramouche qui reste le maître. Mais ce sera Poquelin qui clôturera les discussions. Scaramouche arrive tonitruant et emporté. Poquelin qui évoque un éventuel pardon se fait rabrouer. « Vraiment, oui… pardonner ! après son abandon…La gueuse… » Poquelin connaît son homme, il sait que, là aussi, il joue : « tu n’attends que cela. »

LA MODE DU COCUAGE
L’argumentation de Molière est la suivante :
1/ « Le cocuage est assez à la mode », tout le monde est concerné, puissants comme misérables. 2/  Rien ne sert de pleurer, bien au contraire : « Plus un mari s’émeut, tempête et gesticule, plus il perd de terrain et se rend ridicule…Mais contre l’amour, je crois qu’on ne peut rien ; chacun comme il l’entend doit défendre son bien. »
3/ Cosi fan tutte, cela est dû à la condition des femmes, il faut donc s’en accommoder : « Pourtant il faut songer que la femme est sujette au caprice léger : au logis trop souvent la vie est monotone ; et le mari qui dort, à son réveil s’étonne devoir son nid désert. »
4/ Avec le temps, la blessure se referme. Il n’y a qu’à attendre : « Tu t’y feras, ce n’est qu’une mauvaise mouche qui te pique aujourd’hui, mon pauvre Scaramouche ! »

LE DIABLE OU LE CIEL QUI T’ENVOIE
Et la discussion passionnée se termine sur le théâtre, la gloire, le succès. Scaramouche s’en veut de n’avoir pas assez de talents, mais il sait que Molière sera l’homme de la situation : « Je le sens, rien ne peut t’arrêter dans ta voie : mais que ce soit le diable ou le ciel qui t’envoie, contre tant d’insolence et tant de préjugés, je compte que par toi nous serons bien vengés. » Molière est l’héritier et le vengeur par délégation.

LA LECON DU MAÎTRE
Mais au préalable, dans son legs testamentaire, Scaramouche donne une leçon de vie et de théâtre. Il s’est fatigué et usé dans d’interminables pitreries. « Ma face ! Pauvre gloire ! espèce d’oripeau aussi vain que tous ceux dont j’affuble ma peau ! Non, tu vois, je suis las de m’user corps et âme à distraire un public exigeant qui se pâme, rit ou me siffle sans s’être jamais douté de chaque jours ses plaisirs m’ont coûté ! Et qui ne comprendra jamais que les vrais pitres ce sont les faux docteurs juchés sur leurs pupitres, les faux marquis, les faux dévots, tous les pédants…Et l’on vient nous parler des arracheurs de dents ! Si j’avais du génie autant que j’ai de haine, comme je la ferais, la comédie humaine ! Sois sûr que les faquins goûteraient la leçon ! »

TOUS PRÊTS A VOUS FAIRE LA FÊTE
La septième scène met Poquelin aux prises avec une Marinette toute excitée et pleine d’espoir. Mais Poquelin, cet « ami-délicat », est là pour remettre Marinette dans le droit chemin du mariage, « à qui va se noyer je viens tendre une perche…Il faut rentrer ce soir…La paix sera bien vite faite…Tous vos amis sont là prêts à vous faire la fête. » Mais Marinette craint ce mari trop jaloux et violent. Poquelin, parfois, est prêt à succomber à la chaleur ardente de Marinette, « mais enfin cette ardeur… »

UN MOLIERE NOVICE
Non, il n’a pas oublié son rôle, il joue pour Scaramouche et non pour son propre chef.  Mais Marinette ne laisse pas l’affaire et Poquelin, à la reddition de la chair, préfère une retraite digne, « j’avais compté sans ma faiblesse. Déjà vos yeux sur moi n’ont que trop de pouvoir ; il vaut donc mieux vous fuir pour ne plus vous revoir », «  votre esprit s’amuse à raviver en moi l’ardeur dont je m’accuse. C’est un jeu qui vous est peut-être familier. Mais, moi, j’y suis novice et je puis m’oublier. »

ENTRE L’ARBRE ET L’ECORCE
Mais pour Marinette, Scaramouche n’est pas non plus lui-même un exemple de vertu. Il a une maîtresse exigeante à qui il rend visite chaque soir : «la foule qui l’acclame est sa seule maîtresse. » Mais Molière à trop se rapprocher de la flamme s’est brûlé. Marinette le fait tomber dans ses filets, « vous-même auriez dû mesurer votre force avant de mettre un doigt entre l’arbre et l’écorce : ce jeu-là ne vous a réussi qu’à moitié… » Molière rend les armes en écrasant un « Marinette ! » , « en se précipitant à ses genoux. »

CROISER LE FER PAR AMOUR
Mais, dans cette position, c’est maintenant Molière qui est pris sur le vif par l’arrivée du marquis. Marinette, fin stratège, persuade l’hôte inattendu qu’il s’agissait en fait d’une répétition, et qu’ils ne faisaient, la main sur le cœur, rien de mal. L’histoire est racontée, « tout cela, croyez bien est dans la comédie. » Le récit se termine si bien que les deux tourtereaux veulent en découdre en croisant le fer : « je n’estime point indigne de ma lame un homme qui combat pour l’amour d’une femme. »

RIEN NE PEUT NOUS CONTRAINDRE
Peu importe le rang, Molière n’est peut-être pas vicomte ou marquis, il a cette classe naturelle qui fait oublier le rang : «que vous soyez d’ailleurs ou non un gentilhomme, vous en avez, monsieur, la grâce, et c’est tout comme. Êtes-vous prêt… »  Un exempt et ses hommes arrivent et rappellent l’interdiction des duels. Le marquis discourt sur la légitimité de l’édit de Richelieu : « Rien ne peut nous contraindre, et tout ce que l’on dresse contre une âme où Dieu mit la force et la tendresse, n’empêchera pas plus nos bras de s’escrimer que les femmes de plaire et moi de les aimer ! »

LA MAIN SUR LA BOUCHE
L’annonce d’un accident survenu à Scaramouche, « on l’a vu mettre une main sur sa bouche, en étouffant…j’ai cru qu’il allait en finir… », inquiète au plus haut point Marinette qui court pour le rejoindre séance tenante. Poquelin voit cet empressement et comprend de facto l’amour que Marinette porte réellement à son mari : « Vous l’aimez donc, madame ? Il n’a fallu qu’un cri pour nous le révéler ! »

VOULEZ-VOUS DONC QU’IL MEURE
Il déconseille Marinette de précipiter, dans son état, la rencontre avec Scaramouche et propose ses qualités de médiateur. La querelle avec le marquis est ainsi close : « –Tant pis pour nous…- Tant mieux pour lui…Tant mieux pour elle ! » A l’annonce de l’éventuelle arrivée d’un médecin, Poquelin devient Molière, et son sang ne fait qu’un tour contre tous les Diafoirus de la terre : « Un médecin ! Pourquoi ? Voulez-vous donc qu’il meure ? » Argan en parle dans la scène onze d’une manière fort instructive : «Diafoirus, monsieur, est si savant qu’en moi qui ne souffrais jamais auparavant,  il a su découvrir au moins cent maladies ! Mes méninges en sont encore abasourdies ! »

ET LE PUBLIC ATTEND
Nous retrouvons, scène douze, les trois protagonistes : Poquelin, attentif à la santé de son maître, Scaramouche, tonitruant et vitupérant, et Marinette bouleversée, « C’est lui !…Je veux le voir…tant pis ! » Scaramouche a repris son souffle, il est sauf. Pendant ce temps, le public du Théâtre attend, impatient et passionné. « – N’en prenez point souci, il a pour l’amuser le joyeux Mascarille. Le public entre nous est assez bonne fille. – Perfide aussi… »

QUEL CHAPELET !
Scaramouche reparle des talents de Poquelin, de l’art et de la manière de parler.  « Il t’a suffi d’un mot pour lui régler son compte…Mais toi, quand tu t’y mets, mon cher, quel chapelet ! Tous, je les vois, semblaient, la bouche grande ouverte, recevoir la pâtée et la sauce était verte ! » Scaramouche comme spectateur du jeune Molière est conquis : « vraiment c’est à se tordre, et jamais, tu le vois, on ne m’avait offert pareille régalade… »

SA FAIBLESSE EST SON ARME
Poquelin avance à Scaramouche que Marinette serait repente. Il tâte le terrain, « écoute…si pourtant tu voyais l’infidèle soumise et repentante implorer ton pardon, la repousserais-tu sans l’entendre ? » Scaramouche qui la connaît habile et rusée ne s’en laisse pas conter et demande à Molière d’être vigilant devant une telle couleuvre. Et puis il est trop vieux, trop près de la mort, pour se laisser amadouer. Il ne tient pas à la revoir : « Sa faiblesse est son arme, et même la plus bête, si tu tiens à l’aimer, saura te tenir tête, même à toi, Poquelin, m’entends-tu, même à toi ! Que le ciel t’en préserve ! Et tu voudrais que moi qui suis vieilli, fourbu, qui sens ma mort prochaine, je me remette encore à ma trop lourde chaîne ? Je n’ai plus le courage, il vaut mieux en finir ! Si tu la vois, dis-lui de ne plus revenir… »

LA HAINE ET L’AMOUR VONT A LA MÊME ADRESSE
Poquelin revient sur ces déclarations définitives et pense qu’  « il n’est pas de rancœur qui ne cache toujours un vieux fonds de tendresse ! Ta haine et ton amour vont à la même adresse ; ta femme est dans ton cœur, rien ne peut l’arracher… » De plus, Scaramouche a t-il des preuves de l’infidélité de sa femme ? Sur quoi s’appuie-t-il pour être si catégorique ? Ne s’agit-il pas seulement d’ « apparences futiles », « de tourments inutiles ».

DE LA GRÂCE DANS LE LANCEMENT DE BONNETS
Pour Poquelin, rien ne sert de prouver la totale innocence de sa femme. Ça ne tromperait personne et surtout pas Scaramouche, « ta femme, je l’avoue est loin d’être une prude, son humeur est changeante et chacun reconnaît qu’elle a certaine grâce à lancer son bonnet… » Mais ce ne sont que « jeux innocents ».  Pour elle, c’est un jeu bien quelconque. Elle aime séduire, c’est entendu, mais elle ne va guère plus loin, « ayant achevé sa conquête, la belle d’un nouvel exploit se met en quête et, comme je l’ai dit, l’affaire en reste là… »

JE DEVRAIS LE HAÏR, POURTANT JE LUI PARDONNE
Mais Scaramouche reste étonné de tous ces renseignements : Molière semble si bien la connaître. Mais pour lui, son « émoi sincère a mis en évidence ce que tous les discours n’ont pas su me prouver. » Le seul amant véritable était Poquelin lui-même, le plus redoutable, « toi seul pouvait me l’enlever, après toi ce n’est pas un Jourdain qu’on redoute ! » Poquelin le rassure, il ne l’a pas fait cocu. Scaramouche n’en est pas tout-à-fait convaincu, « l’est-il, mon ami ? car vraiment je devrais le haïr…pourtant je lui pardonne, ne fût-ce qu’en retour du repos qu’il me donne ! »

TU ME RENDS LA VIE !
 Marinette « implore son pardon ». Embrassades et pardons mutuels. Marinette : « Suis-je enfin pardonnée ? » Scaramouche : « Ah ! tu me rends la vie ! » Mais le public est là qui attend le spectacle, qui attend Scaramouche. Mais depuis le temps, le public demande son argent. Scaramouche de nouveau gonflé à bloc et prêt pour un spectacle grandiose. Le public n’a qu’à bien se tenir, il va en avoir pour son argent. Laissant sur place Poquelin, seul. Mais Poquelin a beaucoup et tant appris. Les pages blanches n’ont qu’à bien se tenir ! Sa plume arrive, « car j’ai livré ce soir une rude bataille !… »

Jacky Lavauzelle

in La Petite Illustration n°84 du 11 février 1922