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LES CHOSES QUI JAMAIS NE REVIENNENT – Poème EMILY DICKINSON (1881) The Things that never can come back are several

POEME D’EMILY DICKINSON
LITTERATURE AMERICAINE

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EMILY DICKINSON
December 10, 1830 – May 15, 1886
10 décembre 1830 – 15 mai 1886
Amherst, Massachusetts




Traduction – Translation

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

French and English text
texte bilingue français-anglais

The Things that never can come back are several
****

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LES CHOSES QUI JAMAIS NE REVIENNENT
****

*****

1881

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The Things that never can come back, are several —
Les Choses qui jamais ne reviennent sont multiples –
Childhood — some forms of Hope — the Dead —
L’Enfance – certaines formes d’Espoir – les Morts –
Though Joys — like Men — may sometimes make a Journey —
Toutefois les Joies – comme les Hommes- entreprennent parfois un Voyage –
And still abide —
Et demeurent encore :
We do not mourn for Traveler, or Sailor,
Nous ne pleurons pas le Voyageur ou le Navigateur,
Their Routes are fair —
Leurs Itinéraires sont justes –
But think enlarged of all that they will tell us
Mais nos pensées s’élargissent de tout ce qu’ils nous diront
 Returning here —
En revenant ici –
« Here! » There are typic « Heres » —
« Ici! » Il y a  des « Ici » typiques-
Foretold Locations —
A un Emplacement Connu-
The Spirit does not stand —
L’Esprit ne se localise pas –
Himself — at whatsoever Fathom
Lui-même – quelle que soit la Profondeur –
His Native Land —
Est sa Terre Natale –

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POEME EMILY DICKINSON

A se stesso GIACOMO LEOPARDI Mon cœur épuisé 1836

A se stesso
Giacomo Leopardi

Traduction – Texte Bilingue
LITTERATURE ITALIENNE

 

Letteratura Italiana

giacomo-leopardi-poesie-poesia-artgitato-ferrazzi-casa-leopardi

ritratto A Ferrazzi
Portrait de Ferrazzi
casa Leopardi
Recanati
Via Giacomo Leopardi

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GIACOMO LEOPARDI
29 juin 1798 Recanati 14 juin 1837 Naples
Recanati 29 giugno 1798 –
Napoli 14 giugno 1837

Traduction Jacky Lavauzelle

——–


A se stesso Giacomo LeopardI
« Canti » XXVIII

1836

Mon cœur épuisé
« Les Chants » XXVIII

OEUVRE DE GIACOMO LEOPARDI

 ******

a-se-stesso-giacomo-leopardi-artgitato-caspar-david-friedrich-herbstabend-am-see-1805Caspar David Friedrich
Herbstabend am See
1805

***

XXVIII
A se stesso

Or poserai per sempre,
Repose-toi éternellement,
Stanco mio cor. Perì l’inganno estremo,
Mon cœur épuisé. Périt l’extrême méprise,
Ch’eterno io mi credei. Perì. Ben sento,
Qu’éternelle je croyais. Elle périt. Je sens bien
In noi di cari inganni,
Qu’en nous les chers égarements,
Non che la speme, il desiderio è spento.
L’espoir, le désir sont éteints.
Posa per sempre. Assai
Gisant à jamais. Toujours
Palpitasti. Non val cosa nessuna
Palpitant. Elle ne vaut aucun
I moti tuoi, nè di sospiri è degna
De tes mouvements, elle n’est digne de soupirs
La terra. Amaro e noia
La terre. Amertume et ennui
 La vita, altro mai nulla; e fango è il mondo
La vie, n’a jamais rien été d’autre ; et le monde une boue
T’acqueta omai. Dispera
Qui t’apaise désormais. Disparaît
  L’ultima volta. Al gener nostro il fato
Une dernière fois. Ce que donne le destin
   Non donò che il morire. Omai disprezza
N’est que le don de mourir. Désormais méprise
  Te, la natura, il brutto
Toi-même, la nature, le laid
  Poter che, ascoso, a comun danno impera
Qui ordonne, caché, le mal
E l’infinita vanità del tutto
Et la vanité infinie de tout.

——–


ALFRED DE MUSSET GRAND LECTEUR DE GIACOMO LEOPARDI
DEUX ÂMES SOEURS

Outre les sonnets de Michel-Ange, Alfred relisait sans cesse, jusqu’à les savoir par cœur, les poésies de Giacomo Leopardi, dont les alternatives de sombre tristesse et de douce mélancolie répondaient à l’état présent de son esprit. Lorsqu’il frappait sur la couverture du volume, en disant : « Ce livre, si petit, vaut tout un poème épique, » il sentait que l’âme de Leopardi était sœur de la sienne. Les Italiens ont la tête trop vive pour aimer beaucoup la poésie du cœur. Il leur faut du fracas et de grands mots. Plus malheureux qu’Alfred de Musset, Leopardi n’a pas obtenu justice de ses compatriotes, même après sa mort. Alfred en était révolté. Il voulut d’abord écrire un article, pour la Revue des Deux-Mondes, sur cet homme qu’il considérait comme le premier poète de l’Italie moderne. Il avait même recueilli quelques renseignements biographiques, dans ce dessein ; mais, en y rêvant, il préféra payer en vers son tribut d’admiration et de sympathie au Sombre amant de la Mort. De là sortit le morceau intitulé Après une lecture, qui parut le 15 novembre 1842.
En faisant la part de son exagération naturelle et de son excessive sensibilité, il faut pourtant reconnaître que, dans cette fatale année 1842, les blessures ne furent pas épargnées à Alfred de Musset. Il se plaignait que, de tous les côtés à la fois, lui venaient des sujets de désenchantement, de tristesse et de dégoût. « Je ne vois plus, disait-il, que les revers de toutes les médailles. »

Paul de Musset
Biographie de Alfred de Musset
Troisième partie
1837-1842
Charpentier, 1888
pp. 185-284

DIEU PROTEGE L’ITALIE ! (1892) Gabriele d’ANNUNZIO – Dio protegga l’Italia !

Gabriele D’Annunzio
prince de Montenevoso

Traduction – Texte Bilingue
LITTERATURE ITALIENNE

 

Letteratura Italiana

Gabriele D’Annunzio
1863-1938

Traduction Jacky Lavauzelle

——– Gabriele d'Annunzio Traduction Artgitato Proses et Poèmes Italiens


Dio protegga l’Italia !

Dieu protège l’Italie

25 novembre 1892

Dio protegga l’Italia!
Dieu protège l’Italie !

 La speranza è perduta. Sta su noi la sventura.
L’espoir est perdu. Il est sur nous le malheur.
Egli morrà; né forse vedrà l’alba ventura.
Il mourra ; peut-être ne verra-t-il pas la fortune de l’aube.
Cade su Roma quasi un gelo di paura.
Tombe sur Rome comme un frisson de peur.
Un’oscura minaccia sta ne la notte oscura.
Une sombre menace couve dans la nuit noire.

 Dio protegga la Patria!
Dieu protège l’Italie !

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Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
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HE BIDS HIS BELOVED BE AT PEACE Yeats -Texte & Traduction – Il demande à sa bien-aimée d’être en paix

ARTGITATO

William Butler Yeats
English literature English poetry
Littérature Anglaise – Poésie Anglaise

 

YEATS
1865-1939

[The Wind Among The Reeds –  1899]


HE BIDS HIS BELOVED BE AT PEACE
poem
Il demande à sa bien-aimée d’être en paix
[Poème]

He Bids His Beloved Be At Peace Yeats Traduction Artgitato & Texte anglais

————————–

I hear the Shadowy Horses, their long manes a-shake,
J’entends les Chevaux des Ombres, leurs longues crinières qui s’agitent,
Their hoofs heavy with tumult, their eyes glimmering
white;
Leurs sabots lourds dans le tumulte, leurs yeux scintillants
blancs ;
The North unfolds above them clinging, creeping
night,
Le Nord se déroule au-dessus d’eux accrochant la nuit qui s’étend,
The East her hidden joy before the morning break,
L’Est et ses joies masquées avant la rupture matinale
The West weeps in pale dew and sighs passing away,
L’Ouest pleure en pâle rosée et disparaît dans un soupir,
The South is pouring down roses of crimson fire:
Le Sud déverse les roses pourpres en feu :
 O vanity of Sleep, Hope, Dream, endless Desire,
Ô vanité de Sommeil, d’Espoir, de Rêve, de Désir sans fin,
The Horses of Disaster plunge in the heavy clay:
Les Chevaux du Désastre s’enfoncent dans le lourd argile :
Beloved, let your eyes half close, and your heart beat
Bien-aimée, laisse tes yeux mi-clos, et ton cœur battre
Over my heart, and your hair fall over my breast,
Sur mon cœur, et tes cheveux tomber sur ma poitrine,
Drowning love’s lonely hour in deep twilight of rest,
Noyant l’heure solitaire de l’amour dans un profond crépuscule de repos,
And hiding their tossing manes and their tumultuous
feet.
Et cachant ces crinières déchaînées et leurs tumultueux sabots.

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Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
****************

He bids his beloved be at peace Yeats

INTO THE TWILIGHT Yeats Texte & Traduction – DANS LE CREPUSCULE

ARTGITATO

William Butler Yeats
English literature English poetry
Littérature Anglaise – Poésie Anglaise

 

YEATS
1865-1939

[The Wind Among The Reed –  1899]


INTO THE TWILIGHT
poem
Dans le Crépuscule
[Poème]

Into The Twilight Yeats Traduction Artgitato & Texte anglais

————————–

Out -worn heart, in a time out-worn,  
Cœur délabré dans un temps délabré,
Come clear of the nets of wrong and right;  
Emancipe-toi des filets du bien et du mal ;
Laugh heart again in the gray twilight,  
Ris de nouveau, cœur, dans le crépuscule gris,
Sigh, heart, again in the dew of the morn.  
Soupire, coeur, à nouveau dans la rosée du matin.

Your mother Eire is always young,
Ta mère Eire est toujours jeune,
Dew ever shining and twilight gray;   
Rosée toujours brillante et gris crépuscule;
Though hope fall from you and love decay,  
Bien que l’espoir te quitte et l’amour s’étiole,
Burning in fires of a slanderous tongue.   
Brûlés dans les feux d’une langue diffamante.

Come, heart, where hill is heaped upon hill:   
Viens, cœur, où la montagne s’ajoute à la montagne :
For there the mystical brotherhood   
Car la confrérie mystique
Of sun and moon and hollow and wood  
Du soleil et de la lune et des vallées et des bois
And river and stream work out their will;
Et des rivières et des ruisseaux travaillent sur leur volonté ;

And God stands winding His lonely horn,  
Et Dieu souffle dans Son cor solitaire,
And time and the world are ever in flight;  
Et le temps et le monde s’envolent pour toujours ;
And love is less kind than the gray twilight,  
Et l’amour est moins suave que le crépuscule gris,
And hope is less dear than the dew of the morn.
Et l’espoir est moins nécessaire que la rosée du matin.

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Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
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Into the Twilight Yeats

VERDUN ON NE PASSE PAS 1916 Chanson de Jack Cazol & Eugène Joullot Musique de René Mercier

SELECTION ARTGITATO
CHANSON FRANCAISE
 

PAROLES de Jack CAZOL  (1874-1935)
& Eugène JOULLOT (1872-1941)
MUSIQUE de René MERCIER (1867-1945)

 

Verdun on ne passe pas Chanson Militaire Sélection Artgitato


Verdun ! On ne passe pas!

Chanson Militaire
1916

Un aigle noir a plané sur la ville,
Il a juré d’être victorieux,
De tous côtés, les corbeaux se faufilent
Dans les sillons et dans les chemins creux.
Mais tout à coup, le coq gaulois claironne :
Cocorico, debout petits soldats !
Le soleil luit, partout le canon tonne,
Jeunes héros, voici le grand combat.

Et Verdun, la victorieuse,
Pousse un cri que portent là-bas
Les échos des bords de la Meuse,
Halte là ! on ne passe pas…
Plus de morgue, plus d’arrogance,
Fuyez barbares et laquais,
C’est ici la porte de France,
Et vous ne passerez jamais.

Les ennemis s’avancent avec rage,
Énorme flot d’un vivant océan,
Semant la mort partout sur son passage,
Ivres de bruit, de carnage et de sang;
Ils vont passer… quand relevant la tête,
Un officier dans un suprême effort,
Quoique mourant, crie : À la baïonnette
Hardi les gars, debout, debout les morts !

Et Verdun, la victorieuse,
Pousse un cri que portent là-bas
Les échos des bords de la Meuse,
Halte là ! on ne passe pas…
Plus de morgue, plus d’arrogance,
Fuyez barbares et laquais,
C’est ici la porte de France,
Et vous ne passerez jamais.

Mais nos enfants, dans un élan sublime,
Se sont dressés; et bientôt l’aigle noir,
La rage au cœur impuissant en son crime,
Vit disparaître son suprême espoir.
Les vils corbeaux devant l’âme française
Tombent sanglants, c’est le dernier combat
Pendant que nous chantons la Marseillaise,
Les assassins fuient devant les soldats.

Et Verdun, la victorieuse,
Pousse un cri que portent là-bas
Les échos des bords de la Meuse,
Halte là ! on ne passe pas…
Plus de morgue, plus d’arrogance,
Fuyez barbares et laquais,
C’est ici la porte de France,
Et vous ne passerez jamais.

—-

verdun on ne passe pas

LES GRANDS PAROLIERS DE LA CHANSON FRANCAISE

LES GRANDS COMPOSITEURS DE LA CHANSON FRANCAISE

STALKER de Tarkovski : L’ULTIME ESPOIR

 

Andreï TARKOSVI
Андрей Арсеньевич Тарковский

STALKER
Сталкер
1979

L’ULTIME ESPOIR

stalker Tarkoski artgitato

Des barbelés.
LA PARTIE VEGETATIVE
Des militaires. Les murs noirs de champignons. Et l’eau croupie, souillée stagne autant dehors que dedans, autant sur le sol que dans les êtres.
Une partie végétative des âmes.
Le temps est en suspens et les êtres dorment. Les yeux ouverts. Les hommes sont fatigués et dorment dans de grands lits humides. Seuls, les objets bougent et tremblent. Les objets sont animés. Ils ont une direction. Suivre la table. Tomber et se casser.

POUR L’ESPOIR QUI RESTE

Les gens s’enfoncent dans la pesanteur du réel sinistre.
Nulle légèreté et nulle évasion. Il n’y a plus d’espoir. « Il ne leur reste plus aucun espoir. »
La terre est dévastée. Il n’y a plus rien sur terre. Que de la misère et de la peine. Partout ? Non, un lieu résiste encore. Différent.
« C’est l’unique endroit où l’on peut venir lorsqu’il n’y a plus rien à espérer. »

VOTRE SOUHAIT LE PLUS CHER SERA EXAUCE !

Pensez à un lieu où « votre souhait le plus cher sera exaucé ». Une sorte de lampe d’Aladin à un coup. Un souhait, pas deux.
Il exige le « souhait le plus sincère. » Le plus vrai. Mais un souhait que l’on a réfléchi et pensé. Pour y arriver, un passeur est nécessaire. Il est celui qui guide. Il est le moyen.
C’est le Stalker.

J’EN PLEURE DE BONHEUR DE LES AIDER !
Il est celui qui guide. Qui va jusqu’à la porte mais qui ne rentre pas. Il est le vecteur. Il est « désintéressé ». Son seul bonheur est de donner du bonheur. De remplir les existences des autres, même si la sienne tombe en lambeau. « Je ne sais rien faire dans ce monde et je ne puis rien faire. Je n’ai rien pu donner à ma femme. Je n’ai pas d’amis et je ne puis en avoir. » Il n’a rien et ne possède rien. Il n’a qu’une chose : son métier de passeur. « Je conduis ici des gens comme moi, des malheureux. .J’en pleure de bonheur, de les aider ! »    

L’ABÎME COSMIQUE
Une Zone existe. Différente de tout ce qui existe. Dans un univers glaude et sordide, noir et suintant la putréfaction. Les êtres sont las et tristes. Abattus. Au milieu de ce marasme et cette déchéance, une chose différente. Une interrogation. L’homme n’en est peut-être pas la cause. Mais peut-être quand même. « Qu’est-ce que c’était ? La chute d’un météorite ? La visite des habitants de l’abîme cosmique ? Ça ou autre chose dans notre pays s’était produit, le miracle des miracles : la ZONE. On y envoya des troupes, elles ne revinrent pas. On encercla la Zone de cordons de police. Et on fit bien. Enfin, je n’en sais rien» souligne un prix Nobel dans un article paru sur la RAI.

UN ULCERE POUR N’IMPORTE QUELLE FRIPOUILLE
S’agit-il d’un Paradis ou d’un « ulcère pour n’importe quelle fripouille ? »
La question que pose le Stalker est la suivante : faut-il ou non la conserver ?
Cela peut rendre meilleur ou pire.
C’est selon ce que l’on fera dans la Zone. Faut-il la préserver, comme le souhaite notre passeur, notre Stalker, ou l’anéantir comme le veut, un instant, le Professeur ; ce dernier  l’affirme : « ce lieu n’apportera le bonheur à personne. Et si cet engin tombe entre de mauvaises mains…»

UN ÂMÔMETRE POUR ETUDIER L’ÂME
La Zone peut nous permettre de devenir meilleur ou pire. C’est selon. C’est selon l’âme qui recherche. Pour le savoir, le Stalker a un don. Il plonge dans les yeux des « clients ». Mais comme le dit un instant, sous forme de boutade, l’écrivain au professeur, ne faudrait-il pas « un appareil pour étudier l’âme, un « âmomètre » ! »

Ce n’est pas le lieu qui pose problème mais l’homme.
Sa puissance de destruction et d’anéantissement. Son souhait de vouloir pour enlever aux autres. Vouloir, c’est se projeter dans l’avenir. Et c’est à ce moment que l’homme est dangereux. Car, comme le dit notre Stalker, «quand l’homme pense à son passé, il devient meilleur. »

LE MOMENT LE PLUS IMPORTANT DE SA VIE
Au cœur du pays, la Zone. Au cœur de la Zone, la chambre. Le Stalker le dit, c’est alors « le moment le plus important de sa vie. » On ne va pas dans la Zone comme ça ; il faut s’y préparer. Nous sommes au cœur de l’homme, au cœur de sa foi, de ses croyances, de ses espoirs. Nous sommes dans l’Être. Et tout peut arriver. « Le plus important, c’est d’avoir la foi…C’est de se concentrerQuel mal y a-t-il dans la prière ?  »

LA PERSEVERANCE DE L’ÊTRE
Ce qui assaille les visiteurs, c’est le doute. En arrivant si près du but, ils ne savent plus s’ils désirent ou non pénétrer dans l’enceinte. Le dernier pas est le plus compliqué. Le plus risqué. Il demande toute la persévérance de l’être.
La vérité de l’âme est-elle la plus forte. Cette vérité lumineuse qui permettra de résoudre les problèmes des hommes. « A moins que le secret de l’âme ne l’interdise… »

NE JAMAIS COMMETTRE D’ACTIONS IRREVERSIBLES
L’investigation ontologique est alors si puissante que la seule satisfaction d’un désir devient anecdotique. Nous rentrons dans le monde du questionnement. L’obscurité du monde peut-elle être changée par nos actions. Celles-ci sont-elles altruistes ou simplement égoïstes ? Le professeur l’entend. « Il existe certainement une loi : ne jamais commettre d’actions irréversibles. »

LES YEUX SONT VIDES !
L’accès à la chambre ne sera pas jamais atteint. Les hommes ne sont pas prêts pour la vérité. Et déjà le train se fait entendre au rythme de cette eau souillée qui lentement se noircit. Nos trois hommes se retrouvent au bar. Abattus et tristes. Ils ont échoué. « As-tu vu, les yeux sont vides ! » Fiévreux, le stalker se couche, aidé par sa femme.

« Comment peuvent-ils croire en quelque chose ? » demande le stalker. « Personne ne croit, pas seulement ces deux-là ! » C’est l’avenir même qui est en cause. A quoi bon, prendre des risques, risquer sa vie et celle de sa famille. « Qui vais-je emmener là-bas ? » Lui, ce « condamné à mort, prisonnier à vie» pour les autres, perd aussi ses dernières illusions et ses derniers rêves. Le noir peut tomber. Encore un peu plus sur les murs de la chambre.

« Un bonheur amer vaut mieux qu’une vie grise et maussade. » Passe le bonheur, reste le gris.

« Ainsi va la vie. Ainsi sommes-nous. »

Le degré extrême du vide est atteint. « Entre deux néants, un point d’interrogation » (Nietzsche)

Jacky Lavauzelle

LE STALKER
Alexandre Kaïdanovski
Александр Кайдановский

L’ECRIVAIN
Anatoli Solonitsyne
Анатолий Солоницын

LE SCIENTIFIQUE
Nikolaï Grinko
Николай Гринько

LA FEMME DE STALKER
Alisa Freindlich
Алиса Фрейндлих

LU XUN – SOUS LA VOÛTE GLACEE DE LA MORT

LU XUN
鲁迅
Lu Xun Sous la voûte glacée de la mort Artgitato Le Monde illustré 1858 Supplice du lingtchi

 

 

 

 

 

SOUS LA VOÛTE
GLACEE DE LA MORT
Lu Xun la mort

Lu Xun écrit pour le présent. La postérité, il n’y pense pas. Tout au plus  il l’aborde comme quelque chose de tellement  loin. Ce n’est pas son but. Einstein disait que « celui qui ne peut plus éprouver ni étonnement ni surprise est pour ainsi dire mort : ses yeux sont éteints. »

MON LANGAGE EST CELUI DES COLPORTEURS ET DES TIREURS DE POUSSE-POUSSE

Lu Xun a les yeux constamment ouverts. Ouverts sur son époque et ses contemporains. Il pose les problèmes et cherche à apporter des solutions. « J’ai longtemps hésité, ce qui prouve que je ne suis pas de ceux qui écrivent pour passer à la postérité. Le pinceau immortel ne travaille que pour un homme immortel, dit-on…Un écrivain célèbre peut se permettre bien des choses que je ne puis me permettre… Mais mon style est grossier, que mon langage est celui des colporteurs et des tireurs de pousse-pousse, je n’osais adopter un titre aussi ronflant. » (La véritable histoire de Ah Q, 阿Q正传, chapitre 1) Son langage marque, frappe. I

UNE FOIS ECRIT, C’EST TERMINE

Lu Xun a donc un regard critique sur son œuvre. Il sait que son style n’est pas des plus précieux et que ces formules ne sont pas des plus recherchées. Mais qu’importe ? Il veut être efficace avant tout. Il est écrivain par nécessité. Il n’en tire nulle gloire. Il écrit et ce qui est écrit tombe comme une chose morte. Mes œuvres, dit-il, dans Non pas du bavardage (1925), « sont donc tout juste des ‘avortements’, ou tout au plus, ‘un chat en fait de prince’. Car, je cesse d’écrire dès que c’est terminé ! Que m’importe de savoir comment les éditeurs piratent mes livres ou ce qu’en disent les lettrés, je ne m’en soucie pas…Cela signifie-t-il que je ne suis pas sérieux quand j’écris ? Certainement pas… Dès que j’ai fini d’écrire, je ne me préoccupe guère de ce que j’ai fait, je ne veux pas ‘prendre mon balai cassé pour un trésor’. Car, je l’ai déjà expliqué, une fois écrit, c’est terminé ! Que m’importe ? Qui tient à perdre son temps avec des choses mortes et enterrées ? »

Lu Xun

Une nuance toutefois sur certains écrits  comme Le cri ou La véritable histoire de Ah Q. Il y reviendra à plusieurs reprises, les expliquant, les commentant et y apportant des conseils pour des adaptations théâtrales.

C’ETAIT UNE NUIT MORNE ET NOIRE

Dans ces nouvelles, Lu Xun décrit ces nuits agitées et cauchemardesques. La fantasmagorie et la poésie illuminent alors le récit. Lu Xun sort de son analyse et de la critique de la société.  C’est souvent du peu, du morne que surgit la beauté et le charme. « C’était une nuit morne, noire…Et c’est dans cet état somnolent que j’entrevis un joli récit. Il était beau, charmant, captivant…Je me souviens encore du joli récit de cette nuit morne et noire… » (Un joli récit) Le voilà parti, se détachant enfin de la réalité, souvent tout aussi morne.

J’AI A ME COLLETER AVEC LA NUIT NOIRE

Mais là, l’homme, le créateur reste dans sa solitude. Entre espoir, désespoir. « Mon cœur est singulièrement seul. Et cependant, il est en paix, sans amour ni haine, sans joie ni tristesse, sans couleur et sans bruit…Seul dans le vide, j’ai à me colleter avec la nuit noire…Le désespoir n’est que vanité, comme l’espoir. » (Espoir)

TOUT ETAIT D’UN FROID DE GLACE, TOUT ETAIT BLAFARD

L’écrivain reste cet homme qui court le long des montagnes de glace. Qui court et qui tombe. La chute est là. « Je rêvais que je courais le long des montagnes de glace. Elle était immense…Et tout était d’un froid de glace, tout était blafard. Soudain, je tombai dans la vallée des glaces. En haut, en bas, autour de moi, tout était d’un froid glacial, tout était blafard. Cependant, par-dessus la glace livide gisaient d’innombrables ombres rouges, entrelacées comme un filet de corail. Je regardai à mes pieds, il y avait un feu. C’était un feu mort. » (Le feu mort)

LES PAUVRES DAMNES ONT PERDU LEUR BEL ENFER

Parfois la mort et la porte de l’enfer. Tout à côté. Quelqu’un est là. A côté. C’est le diable qui nous regarde. « Je rêvais que j’étais allongé sur mon lit dans la solitude, du côté de l’enfer… Un homme se tenait devant moi, grand, beau, l’air bienveillant, et de la lumière rayonnait de tout son être ; mais je savais que c’était le démon. – C’est la fin! La fin de tout ! Les pauvres damnés ont perdu leur bel enfer. » (Le bel enfer perdu)

POUSSIERE, POUSSIERE…DE LA POUSSIERE

L’être est seul, entouré d’autres solitudes. Et l’être se désagrège. Pour finir à la poussière et revenir à la nature. Ce qui se lève ne tardera pas à retomber. « Je longe un haut mur croulant et chemine dans la fine poussière. D’autres vont seuls. La brise se lève et, tout en haut du mur, les branches des grands arbres aux feuilles encore souples remuent au-dessus de ma tête. La bise se lève, la poussière est partout…Le vent se lève, la poussière est partout. D’autres personnes vont seules. Poussière, poussière……….De la poussière… » (Les mendiants)

C’est la mort qui est au bout. « Dans cette plaine sans fin, sous la céleste voûte glacée, cette apparition étincelante et spiralée est comme le spectre de la pluie…Oui, cette neige solitaire est de la pluie morte, le spectre de la pluie… » (Neige)

*******LuXun1930