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LA VIRGEN DEL CARMEN A CORUÑA – LA VIERGE DU CARMEN LA COROGNE – Suso León

Monumento dedicado a la Virgen del Carmen
Galice – GaliciaGaliza

Ánimas
LA COROGNE
A Coruña
科伦纳
コラナ
Corunna
——

Photos Jacky Lavauzelle
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 Monumento dedicado a la
Virgen del Carmen
Suso León
2008
LA COROGNE
A Coruña
コラナ
Corunna
科伦纳

Monument dédié à la Vierge du Carmen
patronne des pêcheurs
2008

«LA VIRGEN DEL CARMEN»
para consuelo del pueblo sufrido
pour consoler ceux qui souffrent

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Sculpteur – Escultor
Suso León

« Un artista inclasificable y anárquico,  las creaciones de Suso León nacen de la voluntad de hacer obra formalmente libre. »
« Un artiste inclassable et anarchiques, les créations de Suso León découlent de la volonté de faire un travail formellement libre. »
(trad. J.L.)
in
http://www.susoleon.com/

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Coût – Costo
180.000 € [30 millions de pesetas]

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A l’initiative
La initiativa
Cofradía del Carmen y de la Aurora

fue bendecido por el arzobispo de Santiago, Julián Barrio
Le monument fut béni par l’archevêque de Saint-Jacques de Compostelle, Julian Barrio

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Todos los que conocemos el monte sabemos que la Virgen del Carmen es una trabajadora incansable.
Tous ceux qui connaissent la montagne savent que la Vierge du Carmen est un infatigable travailleur.

Muchas veces, un devoto se cura de alguna enfermedad incurable, y entonces lleno de admiración exclama: « ¡Un milagro de la Virgen del Carmen! ».
Souvent, un dévot qui guérit d’une maladie incurable, rempli d’admiration s’exclame : « Un miracle de la Vierge du Carmen ! »

Pero el devoto ignora que la Virgen del Carmen ha tenido que trabajar intensamente para poder curar el cuerpo enfermo.
Mais le dévot sait bien que la Vierge du Carmen a dû travailler dur pour soigner ce corps malade.

Otras veces un devoto se ha salvado de morir trágicamente, lleno de admiración exclamó: « ¡Un milagro! ». Pero el devoto ignora el esfuerzo supremo, el enorme sacrificio, la magnitud del trabajo que a la Virgen del Carmen le ha tocado realizar.
Parfois, un dévot a été sauvé d’une mort tragique, plein d’admiration il s’exclame : « Un miracle ! » Mais ce que le dévot ignore c’est l’effort suprême, l’énorme sacrifice, l’ampleur de l’œuvre que la Vierge du Carmen a eu à réaliser.

El Libro de la Virgen del Carmen:
 CAPÍTULO VI: MILAGROS DE LA VIRGEN DEL CARMEN
de Samael Aun Weor
Traduction Jacky Lavauzelle

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Vamos a relatar algunos milagros de la Virgen del Carmen:
Nous relaterons quelques miracles de la Vierge du Cramen :

1º) Alfredo Bello, se salvó de morir ahogado en una goleta, implorando a la Virgen del Carmen; navegaba Alfredo Bello en la zona del Canal de Panamá hacia la ciudad de Barranquilla, cuando la goleta estalló. Se hundió la nave entre las olas embravecidas del mar. No se veía sino cielo y agua, ni un rayo de esperanza y Alfredo Bello agarrado a un mísero tablón, imploraba a la Virgen del Carmen. Así se salvó el hombre; recibió auxilio a tiempo y lleno de admiración exclamó: « ¡Un milagro! ».
[Sauvetage d’Alfredo Bello après que son navire eu chaviré dans la zone du Canal de Panama ; il trouva une planche sur laquelle il eût la vie sauve (JL)]

El Libro de la Virgen del Carmen:
 CAPÍTULO VI: MILAGROS DE LA VIRGEN DEL CARMEN
de Samael Aun Weor

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LA POPULARITE DE LA
VIERGEN DEL CARMEN
EN ESPAGNE

« L’impression dont l’aspect de cette fosse saisissait ceux qui étaient debout sur ses bords se traduisait par mille dévotes éjaculations.

Vierge del Carmen ! — Vierge del Pilar ! — San-Francisco ! — San-Diego ! — San-Antonio ! s’écriait chacun, selon sa dévotion en l’une de ces vierges ou l’un de ces saints dont la popularité se balance à Madrid. »

Les Cimetières de Madrid
Revue des Deux Mondes
1835 – tome 1
Lord Feeling (Antoine Fontaney)

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Monumento dedicado a la Virgen del Carmen

Paseo Marítimo Alcalde Francisco Vázquez A CORUÑA – LA COROGNE

Paseo Marítimo Alcalde Francisco Vázquez
Galice – GaliciaGaliza

LA COROGNE
A Coruña
科伦纳
コラナ
Corunna
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Photos Jacky Lavauzelle
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  Paseo Marítimo Alcalde Francisco Vázquez
LA COROGNE
A Coruña
コラナ
Corunna
科伦纳

LA COROGNE – A CORUÑA

O soir d’automne ! ô nuit d’amour ! heure divine !
Au parc seigneurial, l’évanouissement
Des arbre s’achevait mélancoliquement
Dans le brouillard subtil comme une cendre fine.

Georges Rodenbach
Brouillard
La Jeunesse blanche
1913
pp. 93-95

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Paysage alangui ! Sentimental décor !
Dont le vague évoquait ta Féerie, ô Shakespaere !
Et le Robin des Bois de Weber où soupire
Toute une douleur d’âme en des appels de cor 
Georges Rodenbach
Brouillard

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Como la niebla fugaces,
Comme le brouillard fugace,
 Como……………
Comme …
Adolfo Berro

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Dans l’air, s’éparpillait l’humide éclaboussure
D’un jet d’eau qui laissait, sous le grand ciel blafard,
S’égoutter son sang pâle à travers le brouillard
Comme si l’ombre blanche avait une blessure.

Georges Rodenbach
Brouillard

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Georges Rodenbach
Brouillard
La Jeunesse blanche
1913
pp. 93-95

Mon Âme, je voudrais te faire souvenir
Du beau soir vaporeux, du soir de l’autre année,
Du soir dont nous aimions la verdure fanée
Avec l’amour qu’on a pour ce qui va finir.

Rappelle-toi l’étang du parc avec son île
Formant comme un navire à l’ancre, enguirlandé
De feuillage, où le clair de lune avait brodé
Toute une floraison diaphane et mobile.

Rappelle-toi ce clair de lune si troublant !
On eût dit dans le ciel un visage d’aïeule
Qui te disait d’aimer, de ne pas vivre seule
Et qui te souriait de son sourire blanc.

O soir d’automne ! ô nuit d’amour ! heure divine !
Au parc seigneurial, l’évanouissement
Des arbre s’achevait mélancoliquement
Dans le brouillard subtil comme une cendre fine.

Paysage alangui ! Sentimental décor !
Dont le vague évoquait ta Féerie, ô Shakespaere !
Et le Robin des Bois de Weber où soupire
Toute une douleur d’âme en des appels de cor !

Dans l’air, s’éparpillait l’humide éclaboussure
D’un jet d’eau qui laissait, sous le grand ciel blafard,
S’égoutter son sang pâle à travers le brouillard
Comme si l’ombre blanche avait une blessure.

On ne sait quel encens d’occultes encensoirs
Traînait sous le feuillage un vapeur bleuâtre,
Et l’on eût dit qu’au loin des escaliers d’albâtre
Entraînaient un cortège à de blancs reposoirs.

Les chemins s’emplissaient de vagues mousselines,
Les arbres n’étaient plus qu’un rêve aérien ;
On voyait tout se fondre, on n’entendait plus rien
Que des bruits de musique arrivant des collines,

De musique très lente et d’un rythme affligeant,
Comme si l’on chantait des absoutes de vierges
Où tout, le catafalque et la cire des cierges,
Serait d’un blanc de neige avec des pleurs d’argent.

Et cette impression funèbre était si forte
Dans le vent automnal et dans l’air indistinct
Qu’à voir la Lune pâle et son regard éteint,
O mon Âme, j’ai cru que la Lune était morte !

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Paseo Marítimo Alcalde Francisco Vázquez

COUPOLE DE LA CATHEDRALE DE BURGOS – CIMBORRIO DE LA CATEDRAL DE BURGOS

COUPOLE DE LA CATHEDRALE DE BURGOS
CATEDRAL DE BURGOS

CATHEDRALE DE BURGOS

BURGOS
布尔戈斯
ブルゴス
Бургос
LA ESCALERA DORADA DE LA CATEDRAL DE BURGOS
L’ESCALIER A DOUBLE VOLEE DE LA CATHEDRALE DE BURGOS
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Photos Jacky Lavauzelle
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 LA CATHEDRALE  de BURGOS
Cathédrale Sainte-Marie de Burgos
Catedral de Santa María de Burgos
布尔戈斯圣玛丽大教堂
ブルゴス大聖堂の聖マリア
Собор Святой Марии Бургос



LA COUPOLE DE LA CATHEDRALE DE BURGOS
CIMBORRIO DE LA CATEDRAL DE BURGOS

 

EXTERIEUR DE LA COUPOLE DE BURGOS
Exterior del Cimborrio de Burgos
 Transepto
Transept

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INTERIEUR DE LA COUPOLE DE BURGOS
 Interior del Cimborrio de Burgos
Transepto
Transept

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LA CATHEDRALE DE BURGOS
VUE PAR THEOPHILE GAUTIER
EN 1859

Pour avoir été si longtemps la première ville de la Castille, Burgos ne conserve pas une physionomie gothique bien prononcée ; à l’exception d’une rue où se trouvent quelques fenêtres et quelques portiques du temps de la Renaissance, avec des blasons supportés par des figures, les maisons ne remontent guère au-delà du commencement du XVIIIme siècle, et n’ont rien que de très vulgaire ; elles sont surannées et ne sont pas antiques. Mais Burgos a sa cathédrale, qui est une des plus belles du monde ; malheureusement, comme toutes les cathédrales gothiques, elle est enchâssée dans une foule de constructions ignobles, qui ne permettent pas d’en apprécier l’ensemble et d’en saisir la masse. Le principal portail donne sur une place au milieu de laquelle s’élève une jolie fontaine surmontée d’un délicieux christ en marbre blanc, point de mire de tous les polissons de la ville, qui n’ont pas de plus doux passe-temps que de jeter des pierres contre les sculptures. Ce portail qui est magnifique, brodé, fouillé et fleuri comme une dentelle, a été malheureusement gratté et raboté jusqu’à la première frise par je ne sais quels prélats italiens, grands amateurs d’architecture simple, de murailles sobres et d’ornements de bon goût, qui voulaient arranger la cathédrale à la romaine, ayant grand-pitié de ces pauvres architectes barbares qui pratiquaient peu l’ordre corinthien, et n’avaient pas l’air de se douter des agréments de l’attique et du fronton triangulaire. Beaucoup de gens sont encore de cet avis en Espagne, où le goût messidor fleurit dans toute sa pureté, et préfèrent aux églises gothiques les plus épanouies et les plus richement ciselées toutes sortes d’abominables édifices percés de beaucoup de fenêtres, et ornés de colonnes pestumniennes, absolument comme en France, avant que l’école romantique eût remis le Moyen Age en honneur, et fait comprendre le sens et la beauté des cathédrales. Deux flèches aiguës tailladées en scie, découpées à jour comme à l’emporte-pièce, festonnées et brodées, ciselées jusque dans les moindres détails, comme un chaton de bague, s’élancent vers Dieu avec toute l’ardeur de la foi et tout l’emportement d’une conviction inébranlable. Ce ne sont pas nos campaniles incrédules qui oseraient se risquer dans le ciel, n’ayant pour se soutenir que des dentelles de pierre et des nervures minces comme des fils d’araignée. Une autre tour, sculptée aussi avec une richesse inouïe, mais moins haute, marque la place où se joignent les bras de la croix, et complète la magnificence de la silhouette. Une foule innombrable de statues de saints, d’archanges, de rois, de moines, animent toute cette architecture, et cette population de pierres est si nombreuse, si pressée, si fourmillante, qu’elle dépasse à coup sûr le chiffre de la population en chair et en os qui occupe la ville.

Théophile GAUTIER
VOYAGE EN ESPAGNE
CHAPITRE IV
charpentier, 1859
pp. 25-42

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COUPOLE DE LA CATHEDRALE DE BURGOS
CIMBORRIO DE LA CATEDRAL DE BURGOS

 

Martín Chirino – el árbol de la Cruz – l’arbre de la Croix – 2006 – CATEDRAL CATHEDRALE DE BURGOS

Martín Chirino
CATEDRAL DE BURGOS

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CATHEDRALE DE BURGOS

BURGOS
布尔戈斯
ブルゴス
Бургос
——

Photos Jacky Lavauzelle
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 LA CATHEDRALE  de BURGOS
Cathédrale Sainte-Marie de Burgos
Catedral de Santa María de Burgos
布尔戈斯圣玛丽大教堂
ブルゴス大聖堂の聖マリア
Собор Святой Марии Бургос


 Martín Chirino
El árbol de la Cruz
L’arbre de la Croix
2006

Martín Chirino
Las Palmas de Gran Canaria, 1 de marzo de 1925
Las Palmas (Canaries) 1er mars 1925

Escultor Español
Sculpteur Espagnol

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 el árbol de la Cruz
l’arbre de la Croix
Hierro ferjado
Fer forgé
253 x 248 x 244 cm

Claustro de la Catedral de Burgos
Cloître de la Cathédrale de Burgos

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martin-chirino-martin-chirino-el-arbol-de-la-cruz-larbre-de-la-croix-2006-artgitato-1

« Je n’ai pas tenu sous mes doigts
Une lyre orgueilleuse et rare,
Mais un pauvre instrument barbare
Taillé dans l’arbre de la croix. »

Germain Nouveau
Aphorismes
Poésies d’Humilis et vers inédits
Texte établi par Ernest Delahaye
Albert Messein, 1924
pp. 110-112

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« Vous aussi, campagnards, venez ! avec chaque branche,
Faites des pieux et des fléaux, avec la souche une charrue !
Pourtant élevons d’abord à l’angle des chemins
L’arbre de la croix sur lequel fut attaché Notre-Seigneur. »

Auguste Brizeux
La Harpe d’Armorique
Le Chêne, VII
Œuvres de Auguste Brizeux
Alphonse Lemerre, éditeur, Marie
La Harpe d’Armorique, Sagesse de Bretagne
pp. 211-213

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« Celle-ci resta quelque temps encore debout sur la plate-forme du rocher, le dos appuyé à l’arbre de la croix. Mais ce n’était plus la mer qu’elle regardait. Ses yeux limpides, d’où les larmes coulaient doucement comme une averse printanière, ses yeux couleur de ciel d’avril suivaient à l’horizon la ligne onduleuse des bois. Le soleil venait d’apparaître. Une pluie d’or s’égouttait au loin, ruisselait en lumineuses cascades sur tout le versant, des cimes les plus éloignées aux frondaisons les plus proches. C’était un spectacle magique. »

Anatole Le Braz
Vieilles histoires du pays breton
1893

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Martín Chirino

OÑA Burgos – provincia de Burgos – Castilla la Vieja – comunidad autónoma de Castilla y León

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Oña Burgos
provincia de Burgos
Castilla la Vieja
comunidad autónoma de Castilla y León

BURGOS
布尔戈斯
ブルゴス
Бургос
——

Photos Jacky Lavauzelle
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  OÑA BURGOS
provincia de Burgos
Castilla la Vieja
comunidad autónoma de Castilla y León

Oña BURGOS

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Plaza del Conde Sancho Garcia
Place du Conte Sancho Garcia
Devant le monastère
Sculpture de Sancho Garcia

Sancho García el de los Buenos Fueros
~966 – 5 de febrero de 1017
Vers 966 – 5 février 1017

SCULPTURE
12 de febrero de 2011
12 février 2011
Obra de Bruno Cuevas
Œuvre de Bruno Cuevas
El escultor burgalés
Sculpteur de Burgos

Pour les mille ans du Monastère de San Salvador




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JARDINES BENEDICTINOS
Les Jardins Bénédictins
el « Jardín Secreto de Oña »
Le « Jardin Secret d’Oña »
Hasta el 11 de diciembre de 2016
Jusqu’au 11 décembre 2016

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JARDINES BENEDICTINOS
Les Jardins Bénédictins
Jardín Secreto de Oña

carretera de Penches
Route de Penches
Derrière le monastère

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JARDINES BENEDICTINOS
Les Jardins Bénédictins
Jardín Secreto de Oña

carretera de Penches
Route de Penches
Derrière le monastère

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JARDINES BENEDICTINOS
Les Jardins Bénédictins
Jardín Secreto de Oña

carretera de Penches
Route de Penches
Derrière le monastère




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Fachada del Monasterio de Oña
Façade du Monastère d’Oña

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Plaque commémorative
Pour les mille ans de la Création du Monastère

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Fachada del Monasterio de Oña
Façade du Monastère d’Oña




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Monasterio de San Salvador
fundado en el año 1011
por el conde de Castilla Sancho García
fondé en 1011 par Sancho Garcia
conte de Castille
Sancho García el de los Buenos Fueros
965/967 -5 de febrero de 1017
Vers 966 – 5 février 1017




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Calle del Pestiño
Plaza del Ayuntamiento (au fond)

 

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 Fray Pedro Ponce de León
Frère Pierre Ponce de Leon
Monje benedictino español
Moine Bénédictin Espagnol
Né avant 1508
Nacidos antes de 1508
Murió el 29 de agosto de 1584
Décédé le 29 août 1584
Educación de niños sordos en el monasterio burgalés de San Salvador de Oña
A éduqué les enfants sourds dans le Monastère de San Salvador à Oña

 

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Vista general del Monasterio de Oña
Vue générale du Monastère d’Oña
Monasterio de San Salvador
Monastère du saint Sauveur
Iglesia parroquial de San Juan

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Oña Burgosona-burgos-provincia-de-burgos-artgitato-27

Plan de l’Eglise Abbatial de San Salvador
Iglesia Abacial de San Salvador

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plaza del Ayuntamiento
Iglesia de San Juan Bautista
Eglise de saint Jean Baptiste
levantada entre los siglos XII al XVI
Entre le XII et le XVIe siècle

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Oña Burgos
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PLAZA MAYOR BURGOS

PLAZA MAYOR BURGOS

BURGOS
布尔戈斯
ブルゴス
Бургос
——

Photos Jacky Lavauzelle
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PLAZA MAYOR BURGOS

 

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Casa Consistorial de Burgos
1791
Fernando González de Lara

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Monumento – Monument
CARLOS III
Charles III d’Espagne

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« La place de Burgos, au milieu de laquelle s’élève une assez médiocre statue en bronze de Charles III, est grande et ne manque pas de caractère. Des maisons rouges, supportées par des piliers de granit bleuâtre, la ferment de tous côtés. Sous les arcades et sur la place, se tiennent toutes sortes de petits marchands et se promènent une infinité d’ânes, de mulets et de paysans pittoresques. Les guenilles castillanes se produisent là dans toute leur splendeur. « 
Théophile Gautier

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LA PLAZA MAYOR
VUE PAR THEOPHILE GAUTIER

La place de Burgos, au milieu de laquelle s’élève une assez médiocre statue en bronze de Charles III, est grande et ne manque pas de caractère. Des maisons rouges, supportées par des piliers de granit bleuâtre, la ferment de tous côtés. Sous les arcades et sur la place, se tiennent toutes sortes de petits marchands et se promènent une infinité d’ânes, de mulets et de paysans pittoresques. Les guenilles castillanes se produisent là dans toute leur splendeur. Le moindre mendiant est drapé noblement dans son manteau comme un empereur romain dans sa pourpre. Je ne saurais mieux comparer ces manteaux, pour la couleur et la substance, qu’à de grands morceaux d’amadou déchiquetés par le bord. Le manteau de don César de Bazan, dans la pièce de Ruy Blas, n’approche pas de ces triomphantes et glorieuses guenilles. Tout cela est si râpé, si sec, si inflammable, qu’on les trouve imprudents de fumer et de battre le briquet. Les petits enfants de six ou huit ans ont aussi leurs manteaux, qu’ils portent avec la plus ineffable gravité. Je ne puis me rappeler sans rire un pauvre petit diable qui n’avait plus qu’un collet qui lui couvrait à peine l’épaule, et qui se drapait dans les plis absents d’un air si comiquement piteux, qu’il eût déridé le spleen en personne. Les condamnés au presidio (travaux forcés) balayent la ville et enlèvent les immondices sans quitter les haillons qui les emmaillottent. Ces galériens en manteaux sont bien les plus étonnantes canailles que l’on puisse voir. À chaque coup de balai, ils vont s’asseoir ou se coucher sur le seuil des portes. Rien ne leur serait plus facile que de s’échapper, et, comme j’en fis l’objection, on me répondit qu’ils ne le faisaient pas par un effet de la bonté naturelle de leur caractère.

Théophile Gautier
Voyage en Espagne
Chapitre IV – Burgos
charpentier, 1859
pp. 25-42

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charles-iii-despage-carlos-iiiCarlos III retratado hacia 1765
Peinture de Carlos III vers 1765
1716-1788
Anton Raphael Mengs
1728-1779
Museo del Prado
Musée du Prado

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CHARLES III
par Charles de Mazade
1860

Ce n’est pas que tout fût facile. Cette politique réformatrice que les premiers Bourbons avaient portée au-delà des Pyrénées, et qui s’épanouissait sous Charles III, avait au contraire à vaincre de sourdes coalitions de haines et de méfiances. Le premier obstacle vint du clergé, qui se sentait menacé dans ses privilèges et dans ses excès de prépondérance. Qu’on se représente en effet un corps tout-puissant d’influence depuis deux cents ans, visant à une indépendance absolue même en matière civile, tenant le roi par les confesseurs, le peuple par le naïf et violent fanatisme de sa crédulité, dominant l’intelligence par l’inquisition, qui réduisait au silence toute voix s’élevant pour défendre l’état, — absorbant la fortune publique par la possession de bénéfices sans nombre, de domaines qui s’accroissaient toujours par les substitutions, restaient exempts de toute charge et n’étaient soumis qu’à sa seule juridiction. Il y avait encore au XVIIIe siècle plus de trois mille couvens. L’église était une armée de plus de deux cent mille personnes ; un cinquième du royaume se trouvait aliéné, immobilisé, soustrait à toute action de l’autorité publique. Cette masse vivant du pays et sur le pays ne s’y trompa point ; elle fut sourdement hostile à une dynastie venant de France et portant avec elle un certain sentiment des droits de la puissance civile. Elle eut particulièrement en haine Charles III, qui avait à Naples pour conseiller et pour ami le marquis Tanucci, cet esprit infesté de libéralisme. Aussi l’arrivée de Charles en Espagne fut-elle signalée par une sorte de conspiration insaisissable et active. On représentait la foi comme en péril ; les mœurs et tous les actes du prince étaient décriés dans les chuchotemens des conciliabules secrets et des correspondances. Les plus sinistres présages étaient habilement propagés. À Barbastro, on annonçait le renversement inévitable de la dynastie ; à Girone, l’apparition d’une comète fut représentée comme le signe de la mort prochaine du roi. Dans les provinces, on montrait Madrid prêt à s’enflammer, et à Madrid on grossissait complaisamment l’agitation des provinces. Cette conspiration atteignait jusqu’aux Indes, où s’étendait l’invisible action du clergé, surtout des jésuites, qui, en craignant le péril, s’y précipitaient avec un zèle dont ils furent bientôt récompensés.

La résistance venait d’ailleurs encore d’une certaine masse obscure et ignorante, du fanatisme de stagnation d’un peuple outré de voir changer ses habitudes par des actes qui étaient des améliorations, mais qui étaient aussi une atteinte portée à l’inviolabilité de son inertie héréditaire ; c’est ce qui faisait dire à Charles III : « Les Espagnols sont comme les enfans, qui pleurent quand on les lave. » Le fait est que le roi Charles voulait laver Madrid, et qu’il ne le put pas sans difficulté. Il trouva naturel de purger la ville de toutes les immondices qui en faisaient un foyer d’infection ; mais on lui objecta que, l’air de Madrid étant prodigieusement subtil à cause de la proximité du Guadarrama, cette infection même, en tempérant la subtilité de l’air, était une garantie de salubrité. On exhuma une consultation de médecins à l’appui de cette opinion. « Fort bien, répondit gaiement le roi ; maintenant qu’on me nettoie Madrid au plus vite, et au premier moment où je verrai vérifier ce que disent les médecins, j’y remédierai sans plus de retard en ordonnant qu’on jette tout par les fenêtres plus fort que jamais. » Il en fut de même quand il fallut éclairer la ville, où on ne pouvait se hasarder le soir. Un jour le roi eut l’idée de canaliser le Tage et de le rendre navigable. Une commission fut nommée : elle répondit que si Dieu, qui est tout-puissant, avait voulu rendre le Tage navigable, il le pouvait sans aucun doute, et que s’il ne l’avait pas fait, c’est que cela ne devait pas être.

Dans cette bizarre résistance, il y avait la haine de la nouveauté et il y avait aussi la haine des étrangers accourus en Espagne avec les Bourbons et associés à leur gouvernement. Cette haine se concentra surtout contre le marquis d’Esquilache, que Charles III avait amené de Naples et dont il avait fait son ministre des finances. Don Leopoldo de Gregorio, marquis d’Esquilache, de Valle Santorro et de Trentino, prince de Santa-Elia, était un Sicilien de parole exubérante, d’une prodigieuse activité d’esprit, nullement homme d’état, mais inventif et hardi dans le maniement des affaires. C’était, à vrai dire, un personnage curieux, lieutenant-général sans avoir jamais servi, qui avait fait de son fils encore au maillot un administrateur de la douane de Cadix, dont la femme, doña Pastora, était accusée de vendre les grâces, et qui à travers tout avait fait plus de bien que de mal par son zèle plein de ressources, par l’entrain avec lequel il s’appliquait à réorganiser les finances, à simplifier l’administration, à développer des institutions utiles et à faire vivre le peuple à bon marché. On lui en voulait peut-être moins du soin qu’il prenait de sa fortune que de son activité réformatrice et surtout de sa qualité d’étranger. C’était le vice irrémédiable qui attirait sur lui une effroyable impopularité.

Rassemblez maintenant ces quelques traits d’une situation compliquée, l’animosité batailleuse d’un clergé menacé dans sa domination, l’antipathie aveugle du peuple contre les nouveautés, l’aversion d’un certain instinct national irréconciliable pour tout ce qui est étranger ; vous aurez le secret d’un des plus étranges épisodes de ce moment du XVIIIe siècle espagnol, d’une de ces explosions subites où le peuple porte son impétuosité furieuse, et où se dissimulent souvent d’autres calculs, d’autres ambitions, qui n’attendent que le succès pour s’emparer des événemens et avouer leur complicité.

Une des plus merveilleuses fatuités de notre temps est de croire qu’il a tout inventé, même l’émeute. Nous avons vu de nos jours, il est vrai, pour ne point sortir de l’Espagne, des reines changer des cabinets, signer des constitutions sous l’étreinte de la sédition, le peuple armé parcourir les rues et demander la vie des ministres dont il commençait par brûler les maisons ; ce n’était, à tout prendre, que la reproduction de ce qui se passa un jour de l’année 1766, en plein règne de Charles III. On va voir comment. Au commencement du XVIIIe siècle, un des plus habiles conseillers de Philippe V, Macanaz, avait dit avec une clairvoyance prophétique : « Que le souverain ne permette pas à ses ministres de changer le costume national du peuple pour lui substituer quelque mode étrangère ! Ces dispositions seront reçues du public comme violentes et tendant à en finir avec le costume espagnol, et en irritant les esprits elles pousseront à des désordres difficiles à apaiser. » À quarante-quatre ans de distance, un ordre du roi interdisait l’usage des capes longues et des chapeaux à bords rabattus. Ce fut le prétexte qui fit jaillir la flamme de la sédition de ce foyer de mécontentemens que j’essayais de dépeindre. La lutte s’engagea le 23 mars 1766, le dimanche des Rameaux, entre des hommes de troupe chargés de faire exécuter l’ordre du roi et quelques bravaches du peuple qui affectaient de se promener enfoncés dans leur mante et le chapeau sur les yeux. Le sang coula, et Madrid fut aussitôt enflammé. En peu d’instans, l’émeute se grossit de tous les vagabonds qui parcouraient les rues en criant : Vive le roi ! vive l’Espagne ! meure Esquilache ! Le mot d’ordre était donné. Les insurgés coururent au palais du ministre, qu’ils pillèrent et qu’ils dévastèrent, jetant par les balcons tous les objets précieux. Ils auraient bien brûlé la maison ; mais on les arrêta avec le mot sacramentel : « respect à la propriété ! » C’était d’ailleurs la maison d’un Espagnol. Le soir, après cette singulière victoire, campés sur la place Mayor, ils se contentèrent de brûler l’effigie du ministre, qui avait été averti fort à propos, et qu’ils n’avaient pas trouvé. Ce n’était que le prologue.

La lutte se ranima plus ardente le lendemain. Les insurgés étaient exaltés de leur succès de la veille ; ils ramassèrent tout ce qu’ils purent trouver d’auxiliaires, de femmes et d’enfans, et ils marchèrent sur le palais, où ils furent arrêtés par le feu des gardes wallones, qui les tint à distance. Le tumulte d’ailleurs remplissait Madrid, que la multitude menaçait de livrer aux flammes. Jusque-là, le programme de l’insurrection était assez obscur, lorsque l’intervention d’un frère gilite, religieux à la mine ascétique et sévère, qui haranguait la foule dans les rues, servit à préciser le sens des réclamations populaires. On se mit à rédiger une pétition que le père Yecla, transformé en parlementaire, offrit de porter au roi. Cette pétition, qui invoquait la sainte Trinité et la vierge Marie, demandait impérieusement l’exil du marquis d’Esquilache et de sa famille ; l’exonération de tous les ministres étrangers et leur remplacement par des Espagnols, l’expulsion des gardes wallones, la liberté pour le peuple de se vêtir à sa fantaisie, et l’abaissement du prix des denrées. Ces conditions enfin, le roi devait venir les ratifier lui-même sur la place Mayor en présence du peuple.

Si ce mouvement n’eût été que le coup de tête de quelques fanatiques de la cape longue et du chapeau à larges bords, tout eût été bientôt fini ; mais ici se dévoilait le lien de la sédition avec l’état réel de l’Espagne. D’un côté, l’émeute du 23 mars n’était point évidemment l’œuvre du hasard ; elle avait son organisation et son mot d’ordre. « Il y a ici plus qu’il ne paraît ; ce qui compte le moins est la canaille, » disait un homme de la cour. L’argent était répandu à profusion dans les masses. Le caractère religieux se laissait voir dans l’émeute. On promenait un drapeau qu’on appelait l’étendard de la foi. Les insurgés blessés refusaient l’absolution sous prétexte que, mourant en martyrs, ils n’en avaient pas besoin. D’un autre côté, ce que demandait le peuple révolté trouvait de l’écho jusque dans les conseils du roi. Lorsque Charles, réunissant autour de lui les principaux personnages de sa cour, mettait en délibération ce qu’il y avait à faire de ces propositions portées par le père Yecla, deux opinions, on pourrait dire deux politiques éclataient aussitôt. Les uns, le marquis de Priego, qui était Français et colonel des gardes wallones, le comte de Gazzola, le duc d’Arcos, demandaient simplement que la sédition fût domptée par les armes. Le vieux marquis de Casa-Sarria au contraire, se jetant aux pieds du roi, déclara que si on devait agir par la rigueur, il déposerait aussitôt ses emplois et ses dignités. « Je suis d’avis, dit-il, qu’on donne satisfaction au peuple en tout ce qu’il demande, d’autant plus que ce qu’il demande est juste. » Le comte d’Ouate s’écriait à son tour que l’heure était venue de parler clairement, et que les plaintes populaires étaient fondées. Placé entre l’effusion du sang et la nécessité d’une transaction, Charles III céda. Il se présenta au balcon du palais, accordant tout ce qu’on lui demandait. Il eut même à écouter de nouveau les propositions populaires d’un autre personnage plus bizarre encore que le père Yecla : c’était un échappé des présides de Malaga, calesero de profession et l’un des plus ardens émeutiers. Puis les insurgés se répandirent dans Madrid, s’enivrant de leur triomphe et prolongeant pendant la nuit leurs démonstrations, tandis que Charles restait sérieux et triste.

Tout n’était pas fini encore. Le lendemain, la scène avait changé. Le roi était parti secrètement pour Aranjuez, et l’émeute retrouvait sa fureur, croyant voir dans ce départ un moyen d’éluder les promesses de la veille. Les insurgés reprirent les armes et campèrent dans la ville, prêts à se défendre. En même temps ils s’adressaient au président du conseil de Castille : c’était un évêque qui, au fond, voyait sans déplaisir cette insurrection du sentiment populaire, et qui ne demandait pas mieux que de la servir auprès du roi par un exposé nouveau des griefs du pays. Il rédigea un mémoire ridicule où il se plaignait, au nom du peuple, des impôts établis pour ouvrir des chemins, des mesures adoptées pour éclairer et assainir Madrid. Le roi se borna à renouveler la promesse d’exécuter les conditions qu’il avait acceptées, ajoutant qu’il ne rentrerait à Madrid que quand la paix serait rétablie. C’était assez ; l’effervescence populaire tomba, et les habitans de Madrid revinrent plus dévotement que jamais aux cérémonies de la semaine sainte, qui finit pour eux mieux qu’elle n’avait commencé. L’insurrection de la capitale n’était point isolée ; elle se liait à tout un ensemble de mouvemens qui éclataient à la fois à Saragosse, à Cuença, à Palencia, et même à Barcelone et dans le Guipuzcoa. Cette agitation tomba du même coup. Une mesure presque puérile en avait été le prétexte ; au fond, je l’ai dit, elle était l’expression incohérente de tous les mécontentemens d’ambitions ou d’intérêts ligués dans un effort de résistance à un mouvement de transformation, et c’est ce qui lui donne un sens politique dans ce XVIIIe siècle que M. Ferrer del Rio décrit d’un trait intelligent en ravivant les hommes et les événemens. Le pauvre marquis d’Esquilache, qui se plaignait fort dans son exil d’être abandonné, qui accusait assez plaisamment le peuple de Madrid d’ingratitude, paya pour tous dans cette échauffourée de 1766, ébauche de tant d’autres semblables ; la politique de Charles III resta debout.

Charles de Mazade
La Monarchie absolue en Espagne.
Les Trois Charles, les Habsbourg et les Bourbons dans la Péninsule
Revue des Deux Mondes
2e période, tome 28, 1860
pp. 704-728

San Nicolás de Bari BURGOS – Saint Nicolas de Bari – Nicolas de Myre

San Nicolás de Bari
calle de Fernán González
Rue Fernan Gonzales

BURGOS
布尔戈斯
ブルゴス
Бургос
——

Photos Jacky Lavauzelle
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San Nicolás de Bari
Saint Nicolas de Bari

Nicolas de Myre

San Nicolás de Bari desde la entrada principal
Saint Nicolas de Bari depuis l’entrée principale

Saint Nicolas de Bari
Nicolas de Myre
Né à Patare (vers 270)
Mort à Myre
en 345

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TYMPAN
Tímpano
San Sebastián y San Víctor
Saint Nicolas entouré par saint Sébastien et saint Victor
Saint Victor tient sa tête dans une main
Saint Sébastien en martyr attaché à un poteau

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LE MIRACLE
DU GRAND SAINT NICOLAS

par Anatole France

Saint Nicolas, évêque de Myre en Lycie, vivait à l’époque de Constantin le Grand. Les plus anciens et les plus graves auteurs qui aient parlé de lui célèbrent ses vertus, ses travaux, ses mérites ; ils donnent de sa sainteté des preuves abondantes ; mais aucun d’eux ne rapporte le miracle du saloir. Il n’en est pas fait mention non plus dans La Légende dorée. Ce silence est considérable : pourtant on ne se résout pas volontiers à mettre en doute un fait si célèbre, attesté par la complainte universellement connue :

Il était trois petits enfants qui s’en allaient glaner aux champs…

Ce texte fameux dit expressément qu’un charcutier cruel mit les innocents « au saloir comme pourceaux » . C’est-à-dire apparemment qu’il les conserva, coupés par morceaux, dans un bain de saumure. En effet, c’est ainsi que s’opère la salaison du porc : mais on est surpris de lire ensuite que les trois petits enfants restèrent sept ans dans la saumure, tandis qu’à l’ordinaire on commence au bout de six semaines environ à retirer du baquet, avec une fourchette de bois, les morceaux de chair. Le texte est formel : ce fut sept années après le crime que, selon la complainte, le grand saint Nicolas entra dans l’auberge maudite. Il demanda à souper. L’hôte lui offrit un morceau de jambon.

— Je n’en veux pas ; il n’est pas bon.

— Voulez-vous un morceau de veau ?

— Je n’en veux pas ; il n’est pas beau.

— Du p’tit salé je veux avoir

— Qu’y a sept ans qu’est dans le saloir.

Quand le boucher entendit c’la, Hors de la porte il s’enfuya.

Aussitôt, par l’imposition des mains sur la saloir, l’homme de Dieu ressuscita les tendres victimes.

Tel est, en substance, le récit du vieil anonyme ; il porte en lui les caractères inimitables de la candeur et de la bonne foi. Le scepticisme semble mal inspiré quand il s’attaque aux souvenirs les plus vivants de la conscience populaire. Aussi n’est-ce pas sans une vive satisfaction que j’ai trouvé moyen de concilier l’autorité de la complainte avec le silence des anciens biographes du pontife lycien. Je suis heureux de proclamer le résultat de mes longues méditations et de mes savantes recherches. Le miracle du saloir est vrai, du moins en ce qu’il a d’essentiel ; mais ce n’est pas le bienheureux évêque de Myre qui l’a opéré ; c’est un autre saint Nicolas, car il y en a deux : l’un, comme nous l’avons dit, évêque de Myre en Lycie ; l’autre, moins ancien, évêque de Trinque balle en Vervignole. Il m’était réservé d’en faire la distinction. C’est l’évêque de Trinqueballe qui a tiré les trois petits garçons du saloir ; je l’établi rai sur des documents authentiques et l’on n’aura pas à déplorer la fin d’une légende.

J’ai été assez heureux pour retrouver toute l’histoire de l’évêque Nicolas et des enfants ressuscites par lui. J’en ai fait un récit qu’on lira, j’espère, avec plaisir et profit.

I

Nicolas, issu d’une illustre famille de Vervignole, donna dès l’enfance des marques de sainteté et fit vœu, à l’âge de quatorze ans, de se consacrer au Seigneur. Ayant embrassé l’état ecclésiastique, il fut élevé, jeune encore, par l’acclamation populaire et le vœu du chapitre, sur le siège de saint Cromadaire, apôtre de Vervignole et premier évêque de Trinqueballe. Il exerçait pieusement son ministère pastoral, gouvernait ses clercs avec sagesse, enseignait le peuple et ne craignait pas de rappeler les grands à la justice et à la modération. Il se montrait libéral, abondant en aumônes, et réservait aux pauvres la plus grande partie de ses richesses.

Son château dressait fièrement, sur une colline dominant la ville, ses murs crénelés et ses toits en poivrière. Il en faisait un refuge ou tous ceux que poursuivait la justice séculière trouvaient un asile. Dans la salle du bas, la plus vaste qu’on pût voir en toute la Vervignole, la table dressée pour les repas était si longue que ceux qui se tenaient à l’un des bouts la voyaient se perdre au loin en une pointe indistincte, et, quand on y allumait des flambeaux, elle rappelait la queue de la comète apparue en Vervignole pour annoncer la mort du roi Comus. Le saint évêque Nicolas se tenait au haut bout. Il y traitait les principaux de la ville et du royaume et une multitude de clercs et de laïques. Mais un siège était réservé à sa droite pour le pauvre qui viendrait à la porte mendier son pain. Les enfants surtout éveillaient la sollicitude du bon saint Nicolas. Il se délectait de leur innocence et se sentait pour eux un cœur de père et des entrailles de mère. Il avait les vertus et les mœurs d’un apôtre. Chaque année, sous l’habit d’un simple religieux, un bâton blanc à la main, il visitait ses ouailles, jaloux de tout voir par ses yeux ; et pour qu’aucune infortune, aucun désordre ne pût lui échapper, il parcourait, accompagné d’un seul clerc, les parties les plus sauvages de son diocèse, traversant, durant l’hiver, les fleuves débordés, gravissant les montagnes de glace et s’enfonçant dans les forêts épaisses.

Or, une fois qu’il avait chevauché sur sa mule, depuis l’aube, en compagnie du diacre Modernus, à travers les bois sombres, hantés du lynx et du loup, et les sapins antiques qui hérissent les sommets des monts Marmouse, l’homme de Dieu pénétra, au tomber du jour, dans des halliers épineux où sa monture se frayait difficilement un chemin sinueux et lent. Le diacre Modernus le suivait à grand’peine sur sa mule, qui portait le bagage.

Accablé de fatigue et de faim, l’homme de Dieu dit à Modernus :

— Arrêtons-nous, mon fils, et, s’il te reste un peu de pain et de Vin, nous souperons ici, car je ne me sens guère la force d’aller plus avant, et tu dois, bien que plus jeune, être presque aussi las que moi.

–Monseigneur, répondit Modernus, il ne me reste ni une goutte de vin ni une miette de pain, car j’ai tout donné, par votre ordre, sur la route, a des gens qui en avaient moins besoin que nous.

–Sans doute, répliqua l’évêque, s’il était resté encore dans ton bissac quelques rogatons, nous les eussions pris avec plaisir, car il convient que ceux qui gouvernent l’Église se nourrissent du rebut des pauvres. Mais puisque tu n’as plus rien, c’est que Dieu l’a voulu, et sûrement il l’a voulu pour notre bien et profit. Il est possible qu’il nous cache à jamais les raisons de ce bienfait ; peut-être, au contraire, nous les fera-t-il bientôt paraitre. En attendant, ce qui nous reste a faire est, je crois, de pousser devant nous jusqu’à ce que nous trouvions des arbouses et des mûres pour notre nourriture et de l’herbe pour nos mules et, ainsi réconfortés, de nous étendre sur un lit de feuilles.

— Comme il vous plaira, seigneur, répondit Modernus en piquant sa monture.

Ils cheminèrent toute la nuit et une partie de la matinée, puis, ayant gravi une côte assez roide, ils se trouvèrent soudain à l’orée du bois et virent à leurs pieds une plaine recouverte d’un ciel fauve et traversée de quatre routes pâles, qui s’allaient perdre dans la brume. Ils prirent celle de gauche, vieille voie romaine, autrefois fréquentée des marchands et des pèlerins, mais déserte depuis que la guerre désolait cette partie de la Vervignole.

Des nuées épaisses s’amassaient dans le ciel, où fuyaient les oiseaux ; un air étouffant pesait sur la terre livide et muette ; des lueurs tremblaient à l’horizon. Ils excitèrent leurs mules fatiguées. Soudain un grand vent courba les cimes des arbres, fit crier les branches et gémir le feuillage battu. Le tonnerre gronda et de grosses gouttes de pluie commencèrent à tomber.

Comme ils cheminaient dans la tempête, aux éclats de la foudre, sur la route changée en torrent, ils aperçurent dans un éclair une maison où pendait une branche de houx, signe d’hospitalité. Ils arrêtèrent leurs montures.

L’auberge paraissait abandonnée ; pourtant l’hôte s’avança vers eux, à la fois humble et farouche, un grand couteau à la ceinture, et leur demanda ce qu’ils voulaient.

— Un gîte et un morceau de pain, avec un doigt de vin, répondit l’évêque, car nous sommes las et transis.

Tandis que l’hôte prenait du vin au cellier et que Modernus conduisait les mules à l’écurie, saint Nicolas, assis devant l’âtre, près d’un feu mourant, promena ses regards sur la salle enfumée. La poussière et la crasse couvraient les bancs et les bahuts ; les araignées tissaient leur toile entre les solives vermoulues, où pendaient de maigres bottes d’oignons. Dans un coin sombre, le saloir étalait son ventre cerclé de fer.

En ce temps-là, les démons se mêlaient bien plus intimement qu’aujourd’hui à la vie domestique. Ils hantaient les maisons ; blottis dans la boîte au sel, dans le pot au beurre ou dans quelque autre retraite, ils épiaient les gens et guettaient l’occasion de les tenter et de les induire en mal. Les anges aussi faisaient alors parmi les chrétiens des apparitions plus fréquentes.

Or, un diable gros comme une noisette, caché dans les tisons, prit la parole et dit au saint évêque :

Regardez ce saloir, mon père : il en vaut la peine. C’est le meilleur saloir de toute la Vervignole. C’est le modèle et le parangon des saloirs. Le maître de céans, le seigneur Garum, quand il le reçut des mains d’un habile tonnelier, le par fuma de genièvre, de thym et de romarin. Le seigneur Garum n’a pas son pareil pour saigner la chair, la désosser, la découper curieusement, studieusement, amoureusement, et l’imprégner des esprits salins qui la conservent et l’embaument. Il est sans rival pour assaisonner, concentrer, réduire, écumer, tamiser, décanter la saumure. Goûtez de son petit salé, mon père, et vous vous en lècherez les doigts : goûtez de son petit salé, Nicolas, et vous m’en direz des nouvelles.

Mais, à ce langage, et surtout à la voix qui le tenait (elle grinçait comme une scie), le saint évêque reconnut le malin esprit. Il fit le signe de la croix et aussitôt le petit diable, comme une châtaigne qu’on a jetée au feu sans la fendre, éclata avec un bruit horrible et une grande puanteur.

Et un ange du ciel apparut, resplendissant de lumière, à Nicolas, et lui dit :

­— Nicolas, cher au Seigneur, il faut que tu saches que trois petits enfants sont dans ce saloir depuis sept ans. Le cabaretier Garum a coupé ces tendres enfants par morceaux et les a mis dans le sel et la saumure. Lève-toi, Nicolas, et prie afin qu’ils ressuscitent. Car si tu intercèdes pour eux, ô pontife, le Seigneur, qui t’aime, les rendra à la vie…

Pendant ce discours, Modernus entra dans la salle, mais il ne vit pas l’ange, et il ne l’entendit pas, parce qu’il n’était pas assez saint pour communiquer avec les esprits célestes.

L’ange dit encore :

— Nicolas, fils de Dieu, tu imposeras les mains sur le saloir et les trois petits enfants seront ressuscités.

Le bienheureux Nicolas, rempli d’horreur, de pitié, de zèle et d’espérance, rendit grâces Dieu, et, quand l’hôtelier reparut, un broc à chaque bras, le saint lui dit d’une voix terrible :

— Garum, ouvre le saloir !

A cette parole, Garum, épouvanté, laissa tomber ses deux brocs.

Et le saint évêque Nicolas étendit les mains et dit :

— Enfants, levez-vous !

A ces mots, le saloir souleva son couvercle et trois jeunes garçons en sortirent.

­Enfants, leur dit l’évêque, louez Dieu qui, par mes mains, vous a tirés du saloir.

Et, se tournant vers l’hôtelier, qui tremblait de tous ses membres :

— Homme cruel, lui dit-il, reconnais les trois enfants que tu as vilainement mis à mort. Puisses-tu détester ton crime et t’en repentir pour que Dieu te pardonne !

L’hôtelier, rempli d’effroi, s’enfuit dans la tempête, sous le tonnerre et les éclairs.

II

Saint Nicolas embrassa les trois enfants et les interrogea avec douceur sur la mort qu’ils avaient misérablement soufferte. Ils contèrent que Garum, s’étant approché d’eux tandis qu’ils glanaient aux champs, les avait attirés dans son auberge, leur avait fait boire du vin et les avait égorgés pendant leur sommeil.

Ils portaient encore les haillons dont ils étaient vêtus au jour de leur mort et gardaient en leur résurrection un air craintif et sauvage. Le plus robuste des trois, Maxime, é tait le fils d’une folle femme, qui suivait sur un âne les gens d’armes à la guerre. Il tomba une nuit du panier dans lequel elle le portait, et resta abandonné sur la route. Depuis lors, il avait vécu seul de maraude. Le plus malingre, Robin, se rappelait à peine ses parents, paysans des hautes terres, qui, trop pauvres ou trop avares pour le nourrir, l’avaient exposé dans la forêt. Sulpice, le troisième, ne connaissait rien de sa naissance, mais un prêtre lui avait appris sa croix-de-Dieu.

L’orage avait cessé. Dans l’air limpide et léger les oiseaux s’entr’appelaient à grands cris. La terre verdoyait et riait. Modernus ayant amené les mules, l’évêque Nicolas monta la sienne et tint Maxime enveloppé dans son manteau ; le diacre prit en croupe Sulpice et Robin, et ils s’acheminèrent vers la ville de Trinqueballe.

La route se déroulait entre des champs de blé, des vignes et des prairies. Chemin faisant, le grand saint Nicolas, qui aimait déjà ces enfants de tout son cœur, les interrogeait sur des sujets proportionnés à leur âge et leur posait des questions faciles, comme, par exemple : « Combien font cinq fois cinq ? » ou « Qu’est-ce que Dieu ? » Il n’en obtenait pas de réponses satisfaisantes. Mais, loin de leur faire honte de leur ignorance, il ne songeait qu’à la dissiper graduellement par l’application des meilleures règles pédagogiques.

Modernus, dit-il, nous leur enseignerons premièrement les vérités nécessaires au salut, secondement les arts libéraux, et, en particulier, la musique, afin qu’ils puissent chanter les louanges du Seigneur. Il conviendra aussi de leur enseigner la rhétorique, la philosophie et l’histoire des hommes, des animaux et des plantes. Je veux qu’ils étudient, dans leurs mœurs et leur structure, les animaux dont tous les organes, par leur inconcevable perfection, attestent la gloire du Créateur. Le vénérable pontife avait à peine achevé ce discours qu’une paysanne passa sur la route, tirant par lu licol une vieille jument si chargée de ramée que ses jarrets en tremblaient et qu’elle bronchait à chaque pas.

— Hélas ! soupira le grand saint Nicolas, voici un pauvre cheval qui porte plus que son faix. Il échut, pour son malheur, à des maîtres injustes et durs. On ne doit surcharger nulles créatures, pas même les bêtes de somme.

A ces paroles les trois garçons éclatèrent de rire. L’évèque leur ayant demandé pourquoi ils riaient si fort : Parce que…, dit Robin.

— A cause…, dit Sulpice.

Nous rions, dit Maxime, de ce que vous prenez une jument pour un cheval. Vous n’en voyez pas la différence : elle est pourtant bien visible. vous vous connaissez donc pas en animaux ?

— Je crois, dit Modernus, qu’il faut d’abord apprendre à ces enfants la civilité.

A chaque ville, bourg, village, hameau, château, où il passait, saint Nicolas montrait aux habitants les enfants tirés du saloir et contait le grand miracle que Dieu avait fait par son intercession, et chacun, tout joyeux, l’en bénissait. Instruit par des courriers et des voyageurs d’un événement si prodigieux, le peuple de Trinqueballe se porta tout entier au-devant de son pasteur, déroula des tapis précieux et sema des fleurs sur son chemin. Les citoyens contemplaient avec des yeux mouillés de larmes les trois victimes échappées du saloir et criaient : « Noël ! » Mais ces pauvres enfants ne savaient que rire et tirer la langue ; et cela les faisait plaindre et admirer davantage comme une preuve sensible de leur innocence et de leur misère.

Le saint évêque Nicolas avait une nièce orpheline, nommée Mirande, qui venait d’atteindre sa septième année, et qui lui était plus chère que la lumière de ses yeux. Une honnête veuve, nommée Basine, l’élevait dans la piété, la bienséance et l’ignorance du mal. C’est a cette dame qu’il confia les trois enfants miraculeusement sauvés. Elle ne manquait pas de jugement. Très vite elle s’aperçut que Maxime avait du courage, Robin de la prudence et Sulpice de la réflexion, et s’efforça d’affermir ces bonnes qualités qui, par suite de la corruption commune à tout le genre humain, tendaient sans cesse à se pervertir et à se dénaturer ; car la cautèle de Robin tournait volontiers en dissimulation et cachait, le plus souvent, d’âpres convoitises ; Maxime était sujet à des accès de fureur et Sulpice exprimait fréquemment avec obstination, sur les matières les plus importantes, des idées fausses. Au demeurant, c’étaient de simples enfants qui dénichaient les couvées, volaient des fruits dans les jardins, attachaient des casseroles à la queue des chiens, mettaient de l’encre dans les bénitiers et du poil à gratter dans le lit de Modernus. La nuit, enveloppés de draps et montés sur des échasses, ils allaient dans les jardins et faisaient évanouir de peur les servantes attardées aux bras de leurs amoureux. Ils hérissaient de pointes le siège sur lequel madame Basine avait coutume de se mettre, et, quand elle s’asseyait, ils jouissaient de sa douleur, observant l’embarras où elle se trouvait de porter publiquement une main vigilante et secourable à l’endroit offensé, car elle n’eût pour rien au monde manqué à la modestie.

Cette dame, malgré son âge et ses vertus, ne leur inspirait ni amour ni crainte. Robin l’appelait vieille bique, Maxime, vieille bourrique, et Sulpice ânesse de Balaam. Ils tourmentaient de toutes les manières la petite Mirande, lui salissaient ses belles robes, la faisaient tomber le nez sur les pierres. Une fois, ils lui enfoncèrent la tête jusqu’au cou dans un tonneau de mélasse. Ils lui apprenaient à enfourcher les barrières et à grimper aux arbres, contrairement aux bienséances de son sexe ; ils lui enseignaient des façons et des termes qui sentaient l’hôtellerie et le saloir. Elle appelait, sur leur exemple, la respectable dame Basine vieille bique, et même, prenant la partie pour le tout, cul de bique. Mais elle restait parfaitement innocente. La pureté de son âme était inaltérable.

— Je suis heureux, disait le saint évêque Nicolas, d’avoir tiré ces enfants du saloir pour en faire de bons chrétiens. Ils deviendront de fidèles serviteurs de Dieu et leurs mérites me seront comptés.

Or, la troisième année après leur résurrection, déjà grands et bien formés, un jour de printemps, comme ils jouaient tous trois dans la prairie, au bord de la rivière, Maxime, dans un moment d’humeur et par fierté naturelle, jeta dans l’eau le diacre Modernus, qui, suspendu à une branche de saule, appela au secours. Robin s’approcha, fit mine de le tirer par la main, lui prit son anneau et s’en fut.

Cependant, Sulpice immobile sur la berge et les bras croisés, disait :

— Modernus fait une mauvaise fin. Je vois six diables en forme de chauves-souris prêts à lui cueillir l’âme sur la bouche.

Au rapport que la dame Basine et Modernus lui firent de cette grave affaire, le saint évêque s’affligea et poussa des soupirs.

— Ces enfants, dit-il, ont été nourris dans la souffrance par des parents indignes. L’excès de leurs maux a causé la difformité de leur caractère. Il convient de redresser leurs torts avec une longue patience et une obstinée douceur.

— Seigneur évêque, répliqua Modernus, qui dans sa robe de chambre grelottait la fièvre et éternuait sous son bonnet de nuit, car sa baignade l’avait enrhumé, il se peut que leur méchanceté leur vienne de la méchanceté de leurs parents. Mais comment expliquez— vous, mon père, que les mauvais soins aient produit en chacun d’eux des vices différents, et pour ainsi dire contraires, et que l’abandon et le dénuement où ils ont été jetés avant d’être mis au saloir aient rendu l’un cupide, l’autre violent, le troisième visionnaire ? Et c’est ce dernier qui, a votre place, seigneur, m’inquiéterait le plus.

— Chacun de ces enfants, répondit l’évêque, a fléchi par son endroit faible. Les mauvais traitements ont déformé leur âme dans les parties qui présentaient le moins de résistance. Redressons-les avec mille précautions, de peur d’augmenter le mal au lieu de le diminuer. La mansuétude, la clémence et la longanimité sont les seuls moyens qu’on doive jamais employer pour l’amendement des hommes, les hérétiques exceptés, bien entendu.

— Sans doute, mon seigneur, sans doute, répliqua Modernus, en éternuant trois fois. Mais il n’y a pas de bonne éducation sans castoiement, ni discipline sans discipline. Je m’entends. Et, si vous ne punissez pas ces trois mauvais garnements, ils deviendront pires qu’Hérode. C’est moi qui vous le dis.

— Modernus pourrait n’avoir pas tort, dit la dame Basine.

L’évêque ne répondit point. Il cheminait avec le diacre et la veuve, le long d’une haie d’aubépine, qui exhalait une agréable odeur de miel et d’amande amère. A un endroit un peu creux, où la terre recueillait l’eau d’une source voisine, il s’arrêta devant un arbuste, dont les rameaux serrés et tordus sa couvraient abondamment de feuilles découpées et luisantes et de blancs corymbes de fleurs.

— Regardez, dit-il, ce buisson touffu et parfumé, ce beau bois-de-mai, cette noble épine si vive et si forte ; voyez qu’elle est plus copieuse en feuilles et plus glorieuse en fleurs, que toutes les autres épines de la haie. Mais observez aussi que l’écorce pâle de ses branches porte des épines en petit nombre, faibles, molles, épointées. D’où vient cela ? C’est que, nourrie dans un sol humide et gras, tranquille et sûre des richesses qui soutiennent sa vie, elle a employé les sucs de la terre à croître sa puissance et sa gloire, et, trop robuste pour songer à s’armer contre ses faibles ennemis, elle est toute aux joies de sa fécondité magnifique et délicieuse. Faites maintenant quelques pas sur le sentier qui monte et tournez vos regards sur cet autre pied d’aubépine, qui, laborieusement sorti d’un sol pierreux et sec, languit, pauvre en bois, en feuilles, et n’a pensé, dans sa rude vie, qu’à s’armer et à se défendre contre les ennemis innombrables qui menacent les êtres débiles. Aussi n’est-il qu’un fagot d’épines. Le peu qui lui montait de sève, il l’a dépensé à construire des dards innombrables, larges à la base, durs, aigus, qui rassurent mal sa faiblesse craintive. Il ne lui est rien resté pour la fleur odorante et féconde. Mes amis, il en est de nous comme de l’aubépine. Les soins donnés à notre enfance nous font meilleurs. Une éducation trop dure nous durcit.

III

Quand il toucha à sa dix-septième année, Maxime remplit le saint évêque Nicolas de tribulation et le diocèse de scandale en formant et instruisant une compagnie de vauriens de son âge, en vue d’enlever les filles d’un village nommé les Grosses-Nattes, situé à quatre lieues au nord de Trinqueballe. L’expédition réussit merveilleusement. Les ravisseurs rentrèrent la nuit dans la ville, serrant contre leurs poitrines les vierges échevelées, qui levaient en vain au ciel des yeux ardents et des mains suppliantes. Mais quand les pères, frères et fiancés de ces filles ravies vinrent les chercher, elles refusèrent de retourner au pays natal, alléguant qu’elles y sentiraient trop de honte, et préférant cacher leur déshonneur dans les bras qui l’avaient causé. Maxime qui, pour sa part, avait pris les trois plus belles, vivait en leur compagnie dans un petit manoir dépendant de la mense épiscopale. Sur l’ordre de l’évêque, le diacre Modernus vint, en l’absence de leur ravisseur, frapper a leur porte, annonçant qu’il les venait délivrer. Elles refusèrent d’ouvrir, et comme il leur représentait l’abomination de leur vie, elles lui lâchèrent sur la tête une potée d’eau de vais selle avec le pot, dont il eut le crâne fêlé.

Armé d’une douce sévérité, le saint évêque Nicolas reprocha cette violence et ce désordre à Maxime :

— Hélas ! lui dit-il, vous ai-je tiré du saloir pour la perte des vierges de Vervignole ?

Et il lui remontra la grandeur de sa faute. Mais Maxime haussa les épaules et lui tourna le dos sans faire de réponse.

En ce moment-là, le roi Berlu, dans la quatorzième année de son règne, assemblait une puissante armée pour combattre les Mambourniens, obstinés ennemis de son royaume, et qui, débarqués en Vervignole, ravageaient et dépeuplaient les plus riches provinces de ce grand pays.

Maxime sortit de Trinqueballe sans dire adieu à personne. Quand il fut à quelques lieues de la ville, avisant dans un pâturage une jument assez bonne, à cela près qu’elle était borgne et boiteuse, il sauta dessus et lui fit prendre le galop. Le lendemain matin, rencontrant d’aventure un garçon de ferme, qui menait boire un grand cheval de labour, il mit aussitôt pied à terre, enfourcha le grand cheval, ordonna au garçon de monter la jument borgne et de le suivre, lui promettant de le prendre pour écuyer s’il était content de lui. Dans cet équipage Maxime se présenta au roi Berlu, qui agréa ses services. Il devint en peu de jours un des plus grands capitaines de Vervignole.

Cependant Sulpice donnait au saint évêque des sujets d’inquiétude plus cruels peut-être et certainement plus graves ; car si Maxime péchait grièvement, il péchait sans malice et offensait Dieu sans y prendre garde et, pour ainsi dire, sans le savoir. Sulpice mettait à mal faire une plus grande et plus étrange malice. Se destinant dès l’enfance à l’état ecclésiastique, il étudiait assidûment les lettres sacrées et profanes ; mais son âme était un vase corrompu où la vérité se tournait en erreur. Il péchait en esprit ; il errait en matière de foi avec une précocité surprenante ; à l’âge où l’on n’a pas encore d’idées, il abondait en idées fausses. Une pensée lui vint, suggérée sans doute par le diable. Il réunit dans une prairie appartenant à l’évêque une multitude de jeunes garçons et de jeunes filles de son âge et, monté sur un arbre, les exhorta à quitter leurs père et mère pour suivre Jésus-Christ et à s’en aller par bandes dans les campagnes, brûlant prieurés et presbytères afin de ramener l’Église à la pauvreté évangélique. Cette jeunesse, émue et séduite, suivit le pécheur sur les routes de Vervignole, chantant des cantiques, incendiant les granges, pillant les chapelles, ravageant les terres ecclésiastiques. Plusieurs de ces insensés périrent de fatigue, de faim et de froid, ou assommés par les villageois. Le palais épiscopal retentissait des plaintes des religieux et des gémissements des mères. Le pieux évêque Nicolas manda le fauteur de ces désordres et, avec une mansuétude extrême et une infinie tristesse, lui reprocha d’avoir abusé de la parole pour séduire les esprits, et lui représenta que Dieu ne l’avait pas tiré du saloir pour attenter aux biens de notre sainte mère l’Église.

— Considérez, mon fils, lui dit-il, la grandeur de votre faute. « Vous paraissez devant votre pasteur tout chargé de troubles, de séditions et de meurtres.

Mais le jeune Sulpice, gardant un calme épouvantable, répondit d’une voix assurée qu’il n’avait point péché ni offensé Dieu, mais au contraire agi sur le commandement du Ciel pour le bien de l’Église. Et il professa, devant le pontife consterné, les fausses doctrines des Manichéens, des Ariens, des Nestoriens, des Sabelliens, des Vaudois, des Albigeois et des Bégards, si ardent à embrasser ces monstrueuses erreurs, qu’il ne s’apercevait pas que, contraires les unes aux autres, elles s’entre dévoraient sur le sein qui les réchauffait.

Le pieux évêque s’efforça de ramener Sulpice dans la bonne voie ; mais il ne put vaincre l’obstination de ce malheureux.

Et, l’ayant congédié, il s’agenouilla et dit :

— Je vous rends grâce, Seigneur, de m’avoir donné ce jeune homme comme une meule où s’aiguisent ma patience et ma charité.

Tandis que deux des enfants tirés du saloir lui causaient tant de peine, saint Nicolas recevait du troisième quelque consolation. Robin ne se montrait ni violent dans ses actes ni superbe en ses pensées. Il n’était pas de sa personne dru et rubicond ainsi que Maxime le capitaine ; il n’avait pas l’air audacieux et grave de Sulpice. De petite apparence, mince, jaune, plissé, recroquevillé, d’humble maintien, révérencieux et vérécondieux, s’appliquait à rendre de bons offices à l’évêque gens d’Église, aidant les clercs à tenir les comptes de la mense épiscopale, faisant, au moyen de boules enfilées dans des tringles, des calculs compliqués, et même il multipliait et divisait des nombres, sans ardoise ni crayon, de tête, avec une rapidité et une exactitude qu’on eût admirées chez un vieux maître des monnaies et des finances. C’était un plaisir pour lui de tenir les livres du diacre Modernus qui, se faisant vieux, brouillait les chiffres et dormait sur son pupitre. Pour obliger le seigneur évêque et lui procurer de l’argent, il n’était peine ni fatigue qui lui coûtât : il apprenait des Lombards à calculer les intérêts simples et composés d’une somme quelconque pour un jour, une semaine, un mois, une année ; il ne craignait pas de visiter, dans les ruelles noires du Ghetto, les juifs sordides, afin d’apprendre, en conversant avec eux, le titre des métaux, le prix des pierres précieuses et l’art de rogner les monnaies. Enfin, avec un petit pécule qu’il s’était fait par merveilleuse industrie, il suivait en Vervignole, en Mondousiane et jusqu’en Mambournie, les foires, les tournois, les pardons, les jubilés où affluaient de toutes les parties de la chrétienté des gens de toutes conditions, paysans, bourgeois, clercs et seigneurs ; il y faisait le change des monnaies et revenait chaque fois un peu plus riche qu’il n’était allé. Robin ne dépensait pas l’argent qu’il gagnait, mais l’apportait au seigneur évêque.

Saint Nicolas était très hospitalier et très aumônier ; il dépensait ses biens et ceux de l’Église en viatiques aux pèlerins et secours aux malheureux. Aussi se trouvait-il perpétuellement à court d’argent ; et il était très obligé à Robin de l’empressement et de l’adresse avec lesquels ce jeune argentier lui procurait les sommes dont il avait besoin. Or la pénurie ou, par sa magnificence et sa libéralité s’était mis le saint évêque, fut bien aggravée par le malheur des temps. La guerre qui désolait la Vervignole ruina l’église de Trinqueballe. Les gens d’armes battaient la campagne autour de la ville, pillaient les fermes, rançonnaient les paysans, dispersaient les religieux, brûlaient les châteaux et les abbayes. Le clergé, les fidèles ne pouvaient plus participer aux frais du culte, et, chaque jour, des milliers de paysans, qui fuyaient les coitreaux, venaient mendier leur pain a la porte du manoir épiscopal. Sa pauvreté, qu’il n’eût pas sentie pour lui même, le bon saint Nicolas la sentait pour eux. Par bonheur, Robin était toujours prêt à lui avancer des sommes d’argent que le saint pontife s’engageait, comme de raison, à rendre dans des temps plus prospères.

Hélas ! la guerre foulait maintenant tout le royaume du nord au midi, du couchant au levant, suivie de ses deux compagnes assidues, la peste et la famine. Les cultivateurs se faisaient brigands, les moines suivaient les armées. Les habitants de Trinqueballe, n’ayant ni bois pour se chauffer ni pain pour se nourrir, mouraient comme des mouches à l’approche des froids. Les loups venaient dans les faubourgs de la ville dévorer les petits enfants. En ces tristes conjonctures, Robin vint avertir l’évêque que non seulement il né pouvait plus verser aucune somme d’argent, si petite fût-elle, mais encore que, n’obtenant rien de ses débiteurs, harassé par ses créanciers, il avait dû céder à des juifs toutes ses créances.

Il apportait cette fâcheuse nouvelle à son bienfaiteur avec la politesse obséquieuse qui lui était ordinaire ; mais il se montrait bien moins affligé qu’il n’eût dû l’être en cette extrémité douloureuse. De fait, il avait grand’peine à dissimuler sous une mine allongée son humeur allègre et sa vive satisfaction. Le parchemin de ses jaunes, sèches et humbles paupières cachait mal la lueur de joie qui jaillissait de ses prunelles aiguës.

Douloureusement frappé, saint Nicolas demeura, sous le coup, tranquille et serein.

— Dieu, dit-il, saura bien rétablir nos affaires penchantes. Il ne laissera pas renverser la maison qu’il a bâtie.

— Sans doute, dit Modernus, mais soyez certain que ce Robin, que vous avez tiré du saloir, s’entend, pour vous dépouiller, avec les Lombards du Pont-Vieux et les juifs du Ghetto, et qu’il se réserve la plus grosse part du butin.

Modernus disait vrai. Robin n’avait point perdu d’argent ; il était plus riche que jamais et venait d’être nommé argentier du roi.

IV

A cette époque, Mirande accomplissait sa dix-septième année. Elle était belle et bien formée. Un air de pureté, d’innocence et de candeur lui faisait comme un voile. La longueur de ses cils qui mettaient une grille sur ses prunelles bleues, la petitesse enfantine de sa bouche, donnaient l’idée que le mal ne trouverait guère d’issue pour entrer en elle. Ses oreilles étaient a ce point mignonnes, fines, soigneusement ourlées, délicates, que les hommes les moins retenus n’osaient y souffler que des paroles innocentes. Nulle vierge, en toute la Vervignole, n’inspirait tant de respect et nulle n’avait plus besoin d’en inspirer, car elle était merveilleusement simple, crédule et sans défense.

Le pieux évêque Nicolas, son oncle, la chérissait chaque jour davantage et s’attachait à elle plus qu’on ne doit s’attacher aux créatures. Sans doute il l’aimait en Dieu, mais distinctement ; il se plaisait en elle ; il aimait à l’aimer ; c’était sa seule faiblesse. Les saints eux-mêmes ne savent pas toujours trancher tous les liens de la chair. Nicolas aimait sa nièce avec pureté, mais non sans délectation. Le lendemain du jour où il avait appris la faillite de Robin, accablé de tristesse et d’inquiétude, il se rendit auprès de Mirande pour converser pieusement avec elle, comme il le devait, car il lui tenait lieu de père et avait charge de l’instruire.

Elle habitait, dans la ville haute, près de la cathédrale, une maison qu’on nommait la maison des Musiciens, parce qu’on y voyait sur la façade des hommes et des animaux jouant de divers instruments. Il s’y trouvait notamment un âne qui soufflait dans une flûte et un philosophe, reconnaissable à sa longue barbe et à son écritoire, qui agitait des cymbales. Et chacun expliquait ces figures à sa manière. C’était la plus belle demeure de la ville.

L’évêque y trouva sa nièce accroupie sur le plancher, échevelée, les yeux brillants de larmes, près d’un coffre ouvert et vide, dans la salle en désordre.

Il lui demanda la cause de cette douleur et de la confusion qui régnait autour d’elle. Alors, tournant vers lui ses regards désolés, elle lui conta avec mille soupirs que Robin, Robin échappé du saloir, Robin si mignon, lui ayant dit maintes fois que, si elle avait envie d’une robe, d’une parure, d’un joyau, il lui prêterait avec plaisir l’argent nécessaire pour l’acheter, elle avait eu recours assez souvent à son obligeance, qui semblait inépuisable, mais que, ce matin même, un juif nomme Séligmann était venu chez elle avec quatre sergents, lui avait présenté les billets signés par elle à Robin, et que, comme elle manquait d’argent pour les payer, il avait emporté toutes les robes, toutes les coiffures, tous les bijoux qu’elle possédait.

— Il a pris, dit-elle en gémissant, mes corps et mes jupes de velours, de brocart et de dentelle, mes diamants, mes émeraudes, mes saphirs, mes jacinthes, mes améthystes, mes rubis, mes grenats, mes turquoises ; il m’a pris ma grande croix de diamants à têtes d’anges en émail, mon grand carcan, composé de deux tables de diamants, de trois cabochons et de six nœuds de quatre perles chacun ; il m’a pris mon grand collier de treize tables de diamants avec vingt perles en poire sur ouvrage a canetille… !

Et, sans en dire davantage, elle sanglota dans son mouchoir.

— Ma fille, répondit le saint évêque, une vierge chrétienne est assez parée quand elle a pour collier la modestie, et la chasteté pour ceinture. Toutefois il vous convenait, issue d’une très noble et très illustre famille, de porter des diamants et des perles. Vos joyaux étaient le trésor des pauvres, et je déplore qu’ils vous aient été ravis.

Il l’assura qu’elle les retrouverait sûrement en ce monde ou dans l’autre ; il lui dit tout ce qui pouvait adoucir ses regrets et calmer sa peine, et il la consola. Car elle avait une âme douce et qui voulait être consolée. Mais il la quitta lui-même très affligé.

Le lendemain, comme il se préparait à dire la messe en la cathédrale, le saint évêque vit venir à lui, dans la sacristie, les trois juifs Séligmann, Issachar et Meyer, qui, coiffés du chapeau vert et la rouelle à l’épaule, lui présentèrent très humblement les billets que Robin leur avait passés. Et le vénérable pontife ne pouvant les payer, ils appelèrent une vingtaine de portefaix, avec des paniers, des sacs, des crochets, des chariots, des cordes, des échelles, et commencèrent à crocheter les serrures des armoires, des coffres et des tabernacles. Le saint homme leur jeta un regard qui eût foudroyé trois chrétiens. Il les menaça des peines dues en ce monde et dans l’autre au sacrilège ; leur représenta que leur seule présence dans la demeure du Dieu qu’ils avaient crucifié appelait le feu du ciel sur leur tête. Ils l’écoutèrent avec le calme de gens pour qui l’anathème, la réprobation, la malédiction et l’exécration étaient le pain quotidien. Alors il les pria, les supplia, leur promit de payer sitôt qu’il le pourrait, au double, au triple, au décuple, au centuple, la dette dont ils étaient acquéreurs. Ils s’excusèrent poliment de ne pouvoir différer leur petite opération. L’évêque les menaça de faire sonner le tocsin, d’ameuter contre eux le peuple qui les tuerait comme des chiens en les voyant profaner, violer, dérober les images miraculeuses et les saintes reliques. Ils montrèrent en souriant les sergents qui les gardaient. Le roi Berlu les protégeait parce qu’ils lui prêtaient de l’argent.

A cette vue, le saint évêque, reconnaissant que la résistance devenait rébellion et se rappelant Celui qui recolla l’oreille de Malchus, resta inerte et muet, et des larmes amères roulèrent de ses yeux. Séligmann, Issachar et Meyer enlevèrent les chasses d’or ornées de pierreries, d’émaux et de cabochons, les reliquaires en forme de coupe, de lanterne, de nef, de tour, les autels portatifs en albâtre encadré d’or et d’argent, les coffrets émaillés par les habiles ouvriers de Limoges et du Rhin, les croix d’autel, les évangéliaires recouverts d’ivoire sculpté et de camées antiques, les peignes liturgiques ornés de festons de pampres, les diptyques consulaires, les pyxides, les chandeliers, les candélabres, les lampes, dont ils soufflaient la sainte lumière et versaient l’huile bénite sur les dalles ; les lustres semblables a de gigantesques couronnes, les chapelets aux grains d’ambre et de perles, les colombes eucharistiques, les ciboires, les calices, les patènes, les baisers de paix, les navettes a encens, les burettes, les ex-voto sans nombre, pieds, mains, bras, jambes, yeux, bouches, entrailles, cœurs en argent, et le nez du roi Sidoc et le sein de la reine Blandine, et le chef en or massif de monseigneur saint Cromadaire, premier apôtre de Vervignole et benoît patron de Trinqueballe. Ils emportèrent enfin l’image miraculeuse de madame sainte Gibbosine, que le peuple de Vervignole n’invoquait jamais en vain dans les pestes, les famines et les guerres. Cette image très antique et très vénérable était de feuilles d’or battu, clouées a une armature de cèdre et toutes couvertes de pierres précieuses, grosses comme des œufs de canard, qui jetaient des feux rouges, jaunes, bleus, violets, blancs. Depuis trois cents ans ses yeux d’émail, grands ouverts sur sa face d’or, frappaient d’un tel respect les habitants de Trinqueballe, qu’ils la voyaient, la nuit, en rêve, splendide et terrible, les menaçant de maux très cruels s’ils ne lui donnaient en quantité suffisante de la cire vierge et des écus de six livres. Sainte Gibbosine gémit, trembla, chancela sur son socle et se laissa emporter sans résistance hors de la basilique où elle attirait depuis un temps immémorial d’innombrables pèlerins.

Après le départ des larrons sacrilèges, le saint évêque Nicolas gravit les marches de l’autel dépouillé et consacra le sang de Notre-Seigneur dans un vieux calice d’argent allemand mince et tout cabossé. Et il pria pour les affligés et notamment pour Robin qu’il avait, par la volonté de Dieu, tiré du saloir.

V

A peu de temps de là, le roi Berlu vainquit les Mambourniens dans une grande bataille. Il ne s’en aperçut pas d’abord, parce que les luttes armées présentent toujours une grande confusion et que les Vervignolais avaient perdu depuis deux siècles l’habitude de vaincre. Mais la fuite précipitée et désordonnée des Mambourniens l’avertit de son avantage. Au lieu de battre en retraite, il se lança à la poursuite de l’ennemi et recouvra la moitié de son royaume. L’armée victorieuse entra dans la ville de Trinqueballe, toute pavoisée et fleurie en son honneur, et dans cette illustre capitale de la Vervignole fit un grand nombre de viols, de pillages, de meurtres et d’autres cruautés, incendia plusieurs maisons, saccagea les églises et prit dans la cathédrale tout ce que les juifs y avaient laissé, ce qui, à vrai dire, était peu de chose. Maxime, qui, devenu chevalier et capitaine de quatre-vingts lances, avait beaucoup contribué à la victoire, pénétra des premiers dans la ville et se rendit tout droit à la maison des Musiciens, où demeurait la belle Mirande, qu’il n’avait pas vue depuis son départ pour la guerre. Il la trouva dans sa chambre qui filait sa quenouille et fondit sur elle avec une telle furie que cette jeune demoiselle perdit son innocence sans, autant dire, s’en apercevoir. Et, lorsque, revenue de sa surprise, elle s’écria : « Est-ce, vous, seigneur Maxime ? Que faites-vous la ? » et qu’elle se mit en devoir de repousser l’agresseur, il descendait tranquillement la rue, rajustant son harnais et lorgnant les filles.

Peut-être aurait-elle toujours ignoré cette offense, si, quelque temps après l’avoir essuyée, elle ne se fut sentie mère. Alors le capitaine Maxime combattait en Mambournie. Toute la ville connut sa honte ; elle la confia au grand saint Nicolas, qui, à cette étonnante nouvelle, leva les yeux au ciel et dit :

— Seigneur, n’avez-vous tiré celui-ci du saloir que comme un loup ravissant pour dévorer ma brebis ? Votre sagesse est adorable ; mais vos voies sont obscures et vos desseins mystérieux.

En cette même année, le dimanche de Laetare, Sulpice se jeta aux pieds du saint évêque.

— Des mon enfance, lui dit-il, mon vœu le plus cher fut de me consacrer au Seigneur. Permettez-moi, mon père, d’embrasser l’état monastique et de faire profession dans le couvent des frères mendiants de Trinqueballe.

— Mon fils, lui répondit le bon saint Nicolas, il n’est pas d’état meilleur que celui de religieux. Heureux qui, dans l’ombre du cloître, se tient a l’abri des tempêtes du siècle ! Mais que sert de fuir l’orage si l’on a l’orage en soi ? A quoi bon affecter les dehors de l’humilité si l’on porte dans la poitrine un cœur plein de superbe ? De quoi vous profitera de revêtir la livrée de l’obéissance, si votre âme est révoltée ? Je vous ai vu, mon fils, tomber dans plus d’erreurs que Sabellius, Arius, Nestorius, Eutychès, Manès, Pélage, et Pachose ensemble, et renouveler avant votre vingtième année douze siècles d’opinions singulières. A la vérité, vous ne vous êtes obstiné dans aucune, mais vos rétractations successives semblaient trahir moins de soumission à notre sainte mère l’Église, que d’empressement à courir d’une erreur à une autre, à bondir du manichéisme au sabellianisme, et du crime des Albigeois aux ignominies des Vaudois.

Sulpice entendit ce discours d’un cœur contrit, avec une simplicité d’esprit et une soumission qui touchèrent le grand saint Nicolas jusqu’aux larmes.

— Je déplore, je répudie, je condamne, je réprouve, je déteste, j’exècre, j’abomine mes erreurs passées, présentes et futures, dit-il ; je me soumets à l’Église pleinement et entièrement, totalement et généralement, purement et simplement, et n’ai de croyance que sa croyance, de foi que sa foi, de connaissance que sa connaissance ; je ne vois, n’entends ni ne sens que par elle. Elle me dirait que cette mouche qui vient de se poser sur le nez du diacre Modernus est un chameau, qu’incontinent, sans dispute, contestation ni murmure, sans résistance, hésitation ni doute, je croirais, je déclarerais, je proclamerais, je confesserais, dans les tortures et jusqu’à la mort, que c’est un chameau qui s’est posé sur le nez du diacre Modernus. Car l’Église est la Fontaine de vérité, et je ne suis par moi-même qu’un vil réceptacle d’erreurs.

— Prenez garde, mon père, dit Modernus : Sulpice est capable d’outrer jusqu’à l’hérésie la soumission à l’Église. Ne voyez-vous pas qu’il se soumet avec frénésie, transports et pâmoison ? Est-ce une bonne manière de se soumettre que de s’abîmer dans la soumission. Il s’y anéantit, il s’y suicide.

Mais l’évêque réprimanda son diacre de tenir de tels propos contraires à la charité et envoya le postulant au noviciat des frères mendiants de Trinqueballe.

Hélas ! au bout d’un an, ces religieux, jusqu’alors humbles et tranquilles, étaient déchirés par des schismes effroyables, plongés dans mille erreurs contre la vérité catholique, leurs jours remplis de trouble et leurs âmes de sédition. Sulpice soufflait ce poison aux bons frères. Il soutenait envers et contre ses supérieurs qu’il n’est plus de vrai pape depuis que les miracles n’accompagnent plus l’élection des souverains pontifes, ni propre ment d’Église depuis que les chrétiens ont cessé de mener la vie des apôtres et des premiers fidèles ; qu’il n’y a pas de purgatoire ; qu’il n’est pas nécessaire de se confesser à un prêtre si l’on se confesse à Dieu ; que les hommes font mal de se servir de monnaies d’or et d’argent, mais qu’ils doivent mettre en commun tous les biens de la terre. Et ces maximes abominables, qu’il soutenait avec force, combattues par les uns, adoptées par les autres, causaient d’horribles scandales. Bientôt Sulpice enseigna la doctrine de la pureté parfaite, que rien ne peut souiller, et le couvent des bons frères devint semblable à une cage de singes. Et cette pestilence ne demeura pas contenue dans les murs d’un monastère. Sulpice allait prêchant par la ville ; son éloquence, le feu intérieur dont il était embrasé, la simplicité de sa vie, son cou rage inébranlable, touchaient les cœurs. A la voix du réformateur, la vieille cité évangélisée par saint Cromadaire, édifiée par sainte Gibbosine, tomba dans le désordre et la dissolution ; il s’y commet tait, nuit et jour, toutes sortes d’extravagances et d’impiétés. En vain le grand saint Nicolas avertissait ses ouailles, exhortait, menaçait, fulminait Le mal augmentait sans cesse et l’on observait avec douleur que la contagion s’étendait sur les riches bourgeois, les seigneurs et les clercs autant et plus que sur les pauvres artisans et les gens de petits métiers.

Un jour que l’homme de Dieu gémissait dans le cloître de la cathédrale sur le déplorable état de l’église de Vervignole, il fut distrait de ses méditations par des hurlements bizarres et vit une femme qui marchait toute nue, à quatre pattes, avec une plume de paon plantée en guise de queue. Elle s’approchait en aboyant, léchant la terre et reniflant. Ses cheveux blonds étaient couverts de boue et tout son corps souillé d’immondices. Et le saint évêque Nicolas reconnut en cette malheureuse créature sa nièce Mirande.

— Que faites-vous là, ma fille ? s’écria-t-il. Pour quoi vous êtes-vous mise nue et pourquoi marchez vous sur les genoux et sur les mains ? N’avez-vous pas honte ?

Non, mon oncle, je n’ai point honte, répondit Mirande avec douceur. J’aurais honte, au contraire, d’une autre contenance et d’une autre démarche. C’est ainsi qu’il faut se mettre et se tenir s’il l’on veut plaire à Dieu. Le saint frère Sulpice m’a enseigné à me gouverner de la sorte, afin de ressembler aux bêtes, qui sont plus près de Dieu que les hommes, car elles n’ont pas péché. Et tant que je serai dans la contenance où vous me voyez, il n’y aura pas de danger que je pèche. Je viens vous inviter, mon oncle, en tout amour et charité, à faire comme moi : car vous ne serez pas sauvé sans cela. Ôtez vos habits, je vous prie, et prenez l’attitude des animaux en qui Dieu regarde avec plaisir son image, que le péché n’a point déformée. Je vous fais cette recommandation sur l’ordre du saint frère Sulpice et conséquemment par l’ordre de Dieu lui même, car le saint frère est dans le secret du Seigneur. Mettez-vous nu, mon oncle, et venez avec moi, afin que nous nous présentions au peuple pour l’édifier.

— En puis-je croire mes yeux et mes oreilles ? soupira le saint évêque d’une voix que les sanglots étouffaient. J’avais une nièce florissante de beauté, de vertu, de piété, et les trois enfants que j’ai tirés du saloir l’ont réduite à l’état misérable où je la vois. L’un la dépouille de tous ses biens, source abondante d’aumônes, patrimoine des pauvres ; un autre lui ôte l’honneur ; le troisième la rend hérétique.

Et il se jeta sur la dalle, embrassant sa nièce, la suppliant de renoncer à un genre de vie si condamnable, l’adjurant avec des larmes de se vêtir et de marcher sur ses pieds comme une créature humaine, rachetée par le sang de Jésus Christ.

Mais elle ne répondit que par des glapissements aigus et des hurlements lamentables.

Bientôt la ville de Trinqueballe fut remplie d’hommes et de femmes nus, qui marchaient à quatre pattes en aboyant ; ils se nommaient les Edéniques et voulaient ramener le monde aux temps de la parfaite innocence, avant la création malheureuse d’Adam et d’Ève. Le R. P. dominicain Gilles Caquerole, inquisiteur de la foi dans la cité, université et province ecclésiastique de Trinqueballe, s’inquiéta de cette nouveauté et commença à la poursuivre curieusement. Il invita de la façon la plus instante, par lettres scellées de son sceau, le seigneur évêque Nicolas à appréhender, incarcérer, interroger et juger, de concert avec lui, ces ennemis de Dieu et notamment leurs chefs principaux, le moine franciscain Sulpice et une femme dissolue nommée Mirande. Le grand saint Nicolas brûlait d’un zèle ardent pour l’unité de l’Église et la destruction de l’hérésie ; mais il aimait chèrement sa nièce. Il la cacha dans son palais épiscopal et refusa de la livrer à l’inquisiteur Caquerole, qui le dénonça au pape comme fauteur de troubles et propagateur d’une nouveauté très détestable. Le pape enjoignit a Nicolas de ne pas soustraire plus longtemps la coupable à ses juges légitimes. Nicolas éluda l’injonction, protesta de son obéissance et n’obéit pas. Le pape fulmina contre lui la bulle Maleficus pastor, dans laquelle le vénérable pontife était traité de désobéissant, d’hérétique ou fleurant l’hérésie, de concubinaire, d’incestueux, de corrupteur des peuples, de vieille femme et d’olibrius, et véhémentement admonesté.

L’évêque se fit de la sorte un grand tort sans profit pour sa nièce bien-aimée. Le roi Berlu, menacé d’excommunication s’il ne prêtait pas son bras a l’Église pour la recherche des Edéniques, envoya à l’évêché de Trinqueballe des gens d’armes, qui arrachèrent Mirande à son asile ; elle fut traînée devant l’inquisiteur Caquerole, jetée dans un cul de basse fosse et nourrie du pain que refusaient les chiens des geôliers ; mais ce qui l’affligeait le plus, c’est qu’on lui avait mis de force une vieille cotte et un chaperon et qu’elle n’était plus sûre de ne pas pécher. Le moine Sulpice échappa aux recherches du Saint-Office, réussit à gagner la Mambournie et trouva asile dans un monastère de ce royaume, où il fonda de nouvelles sectes plus pernicieuses que les précédentes.

Cependant l’hérésie, fortifiée par la persécution et s’exaltant dans le péril, étendait maintenant ses ravages sur toute la Vervignole ; on voyait par le royaume, dans les champs, des milliers d’hommes et de femmes nus qui paissaient l’herbe, bêlaient, meuglaient, mugissaient, hennissaient et disputaient, le soir, aux moutons, aux bœufs et aux chevaux l’étable, la crèche et l’écurie. L’inquisiteur manda au Saint-Père ces scandales horribles et l’avertit que le mal ne ferait que croître, tant que le protecteur des Edéniques, l’odieux Nicolas, resterait assis sur le siège de saint Cromadaire. Conformément à cet avis, le pape fulmina contre l’évêque de Trinqueballe la bulle Deterrima quondam par laquelle il le destituait de ses fonctions épiscopales et le retranchait de la communion des fidèles.

VI

Foudroyé par le vicaire de Jésus-Christ, abreuvé d’amertume, accablé de douleur, le saint homme Nicolas descendit sans regret de son siège illustre et quitta, pour n’y plus revenir, la ville de Trinqueballe, témoin, durant trente années, de ses vertus pontificales et de ses travaux apostoliques. Il est dans la Vervignole occidentale une haute montagne, aux cimes toujours couvertes de neige : de ses flancs descendent, au printemps, les cascades écumeuses et sonores qui remplissent d’une eau bleue comme le ciel les gaves de la vallée. La, dans la région où croit le mélèze, l’arbouse et le noisetier, des ermites vivaient de baies et de laitage. Ce mont se nomme le mont Sauveur. Saint Nicolas résolut de s’y réfugier et d’y pleurer, loin du siècle, ses péchés et les péchés des hommes.

Comme il gravissait la montagne, à la recherche d’un lieu sauvage où il établirait son habitation, parvenu au-dessus des nuages qui s’assemblent presque constamment aux flancs du roc, il vit au seuil d’une cabane un vieillard qui partageait son pain avec une biche apprivoisée. Sa cuculle retombait sur son front, et l’on n’apercevait de son visage que le bout du nez et une longue barbe blanche.

Le saint homme Nicolas le salua par ces mots :

— La paix soit avec vous, mon frère.

— Elle se plaît sur cette montagne, répondit le solitaire.

— Aussi, répliqua le saint homme Nicolas, y suis-je venu terminer, dans le calme, des jours troublés par le tumulte du siècle et la malice des hommes.

Tandis qu’il parlait de la sorte, l’ermite le regardait attentivement :

— N’êtes-vous pas, lui dit-il enfin, l’évêque de Trinqueballe, ce Nicolas dont on vante les travaux et les vertus ?

Le saint pontife ayant fait signe qu’il était cet homme, l’ermite se jeta à ses pieds.

— Seigneur, je vous devrai le salut de mon âme, si comme je l’espère, mon âme est sauvée.

Nicolas le releva avec bonté et lui demanda : —— Mon frère, comment ai-je eu le bonheur de travailler à votre salut ?

— Il y a vingt ans, répondit le solitaire, étant aubergiste à l’orée d’un bois, sur une route abandonnée, je vis, un jour, dans un champ, trois petits enfants qui glanaient ; je les attirai dans ma maison, leur fis boire du vin, les égorgeai pendant leur sommeil, les coupai par morceaux et les salai. Le Seigneur, regardant vos mérites, les ressuscita par votre intervention. En les voyant sortir du saloir, je fus glacé de terreur : sur vos exhortations, mon cœur se fondit ; j’éprouvai un repentir salutaire, et, fuyant les hommes, me rendis sur cette montagne où je consacrai mes jours à Dieu. Il répandit sa paix sur moi.

— Quoi, s’écria le saint évêque, vous êtes ce cruel Garum, coupable d’un crime si atroce ! Je loue Dieu qui vous accorda la paix du cœur après le meurtre horrible de trois enfants que vous avez mis dans le saloir comme pourceaux ; mais moi, hélas ! pour les en avoir tirés, ma vie a été remplie de tribulations, mon âme abreuvée d’amertume, mon épiscopat entièrement désolé. J’ai été déposé, excommunié par le père commun des fidèles. Pourquoi suis-je puni si cruellement de ce que j’ai fait ?

­Adorons Dieu, dit Garum, et ne lui demandons pas de comptes.

Le grand saint Nicolas bâtit de ses mains une cabane auprès de celle de Garum et il y finit ses jours dans la prière et dans la pénitence.

Anatole France
Les Sept Femmes de la Barbe-Bleue et autres contes merveilleux
Calmann-Lévy, 1921
pp. 57-126

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Une Pièce dramatique sur l’évêque de Myre
Par Jehan BODEL

BODEL (Jehan), trouvère artésien, vivait dans la dernière moitié du treizième siècle. Il fit partie de la première croisade de saint Louis, et en 1 269 allait suivre ce roi dans sa seconde expédition d’outre-mer, lorsqu’il fut atteint de la lèpre, et réduit à renoncer à vivre avec ses semblables.

Bodel a composé sur la vie de saint Nicolas, évêque de Myre, une pièce dramatique en vers de douze et de huit syllabes. Cette pièce est un des plus anciens ouvrages que notre langue ait produits dans ce genre. On y remarque ces deux vers, qui rappellent ceux du Cid de Corneille :

Seigneur, se je suis jones, ne m’aies en despit.
On a véu sourent grant cuer en cors petit,

Jean-Chrétien-Ferdinand Hoefer
Nouvelle Biographie générale
1853
Firmin-Didot, 1853
6 p. 161

VISITE DE BURGOS – 布尔戈斯 – ブルゴス- Бургос – visitar Burgos

BURGOS
布尔戈斯
ブルゴス
Бургос
——

Photos Jacky Lavauzelle
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Visite de BURGOS

Visita a Burgos
Тур Бургос

  布尔戈斯之旅   
ブルゴスのツアー  

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Arco de Santa María 
Porte de Sainte Marie

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LA CATHEDRALE DE BURGOS
Cathédrale Sainte-Marie de Burgos
Catedral de Santa María de Burgos
布尔戈斯圣玛丽大教堂
ブルゴスの聖マリア大聖堂
Собор Святой Марии Бургос
1221

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« Nous sortîmes de la cathédrale éblouis, écrasés, soûls de chefs-d’œuvre et n’en pouvant plus d’admiration, et nous eûmes tout au plus la force de jeter un coup d’œil distrait sur l’arc de Fernand Gonzalès, essai d’architecture classique tenté, au commencement de la Renaissance, par Philippe de Bourgogne. « 
(Théophile Gautier – Voyage en Espagne-Chapitre V – Burgos
charpentier, 1859 – pp. 25-42)

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San Nicolás de Bari BURGOS
Saint Nicolas de Bari
Nicolas de Myre

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PLAZA MAYOR

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*

PUENTE DE SAN PABLO
PONT DE SAINT PAUL
L’EPOPEE DU CID
la Epopeya del Cid Campeador

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*

Paseo del Espolón

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Lettre de voyage
Honoré Beaugrand

Burgos
le 12 février 1889

J’écris ma dernière lettre d’Espagne, et sans vouloir entrer dans de longues considérations sur ce qui m’a le plus frappé, durant mon court voyage, je désire cependant dire un mot de deux ou trois traits bien saillants de la civilisation espagnole.

On fume toujours et partout, en Espagne ! On fume en chemin de fer, dans tous les wagons, sans exception ; au théâtre dans tous les entr’actes ; à table, entre chaque mets, qu’il y ait des femmes à la même table, ou qu’il n’y en ait pas, cela ne fait rien à la chose ; et un caballero perdrait son appétit s’il n’allumait pas une cigarette après sa soupe, après le poisson, après le rôti, après le gibier et après la salade. Au dessert, pour accentuer la chose il embouche un long cigare qu’il termine en prenant son café. Et la coutume est universelle. Je dois avouer que cela est bien un peu gênant, dans les hôtels, pour les dames du nord ; mais l’Espagnol avec son flegme imperturbable, que l’on pourrait assez facilement qualifier plus sévèrement, se dit probablement que les étrangers n’ont qu’à le laisser tranquille chez lui, en restant, de leur côté, tranquillement chez eux. D’ailleurs il faut dire que les hôtels sont généralement très mal tenus en Espagne, et que si, comme l’affirme avec soin le proverbe anglais, la propreté est une vertu divine, l’Espagnol n’a absolument rien de divin dans sa manière de tenir un hôtel pour la réception du public voyageur.

Les chemins de fer espagnols sont organisés comme les chemins de fer français, avec cette différence qu’ils circulent généralement avec une lenteur désespérante. Je ne désire pas, d’ailleurs, traiter cette question maintenant, car j’ai l’intention, à la fin de mon voyage, d’établir une comparaison entre les systèmes européen et américain, au triple point de vue des facilités, de la commodité et du coût relatif des voyages en Europe et en Amérique.

Je reprends la relation de mon voyage :

Quatre heures de chemin de fer nous conduisent à Burgos, qui est notre dernière étape en Espagne, et j’ai excédé de quatre jours la limite qu’avait fixée mon médecin, à Alger pour mon séjour dans la patrie du Cid. Heureusement que je ne m’en porte pas plus mal et que les traces de ma maladie disparaissent tous les jours.

Burgos, ville de 32,000 habitants, est au point de vue historique, une des cités les plus célèbres de l’Espagne. Elle a vu naître le Cid et fut la capitale de la monarchie castillane avant Tolède et Madrid. Déchue de son ancienne splendeur, cette ville est toujours remarquable par ses monuments.

La cathédrale de Burgos, fondée en 1221, par le roi Ferdinand-III-le-Saint, est un chef d’œuvre de l’art gothique merveilleusement sculpté. On admire surtout sa façade, véritable dentelle de pierre ; ses clochers hauts de 84 mètres et dominant majestueusement la ville de ses flèches et clochetons d’une légèreté extrême ; sa rose ; les richesses artistiques de l’intérieur ; de magnifiques vitraux, statues, mausolées, bas reliefs, tableaux de maître, etc. Parmi les autres monuments de Burgos, on doit citer : l’hôtel de ville, qui renferme les restes du Cid ; les églises San-Gil, San-Esteban, San-Nicolas, Santa-Agenda ; un arc de triomphe ; la porte Santa-Maria, etc.

Burgos, bâtie sur une colline et baignée par l’Arlanzon, ne jouit pas d’un climat fort agréable ; elle a néanmoins de jolies promenades, dont les plus fréquentées sont celles de l’Espolon et de l’Isla. On y voit aussi de fort beaux établissements charitables, quelques hôpitaux et un hospice d’enfants trouvés.

On peut faire d’intéressantes promenades à la Chartreuse de Miraflorès, au monastère de Santa-Maria-de-las-Huelgas, au couvent de San-Pedro-de-Cardena. Ce sont là, à peu de distance de la ville, des monuments remarquables au double point de vue artistique et historique.

Honoré Beaugrand
Lettres de voyages
TRENTE-ET-UNIÈME LETTRE
Presses de La Patrie, 1889
pp. 302-311

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SAINTE CASILDA

Théophile Gautier

À Burgos, dans un coin de l’église déserte,
Un tableau me surprit par son effet puissant :
Un ange, pâle et fier, d’un ciel fauve descend,
À sainte Casilda portant la palme verte.

Pour l’œuvre des bourreaux la vierge découverte
Montre sur sa poitrine, albâtre éblouissant,
À la place des seins, deux ronds couleur de sang,
Distillant un rubis par chaque veine ouverte.

Et les seins déjà morts, beaux lis coupés en fleurs,
Blancs comme les morceaux d’une Vénus de marbre,
Dans un bassin d’argent gisent au pied d’un arbre.

Mais la sainte en extase, oubliant sa douleur,
Comme aux bras d’un amant de volupté se pâme,
Car aux lèvres du Christ elle suspend son âme !

Théophile Gautier
España
Œuvres de Théophile Gautier
Poésies, Lemerre, 1890
Volume 2
p. 98

CATHEDRALE DE BURGOS – Catedral de Santa María de Burgos – 布尔戈斯圣玛丽大教堂 – ブルゴス大聖堂の聖マリア

CATHEDRALE DE BURGOS

BURGOS
布尔戈斯
ブルゴス
Бургос
——

Photos Jacky Lavauzelle
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LA CATHEDRALE  de BURGOS
Cathédrale Sainte-Marie de Burgos
Catedral de Santa María de Burgos
布尔戈斯圣玛丽大教堂
ブルゴス大聖堂の聖マリア
Собор Святой Марии Бургос

1221

 

 Puerta del Perdón
La Porte du Pardon
Fachada principal
Façade Principale 
Fachada occidental
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LE PORTAIL DU SARMENTAL
DE LA CATHEDRALE  de BURGOS
Puerta del Sarmental
La Porte du Serment

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PUERTA O PÓRTICO DE PELLEJERÍA

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EXTERIEUR DE LA COUPOLE DE BURGOS
Exterior del Cimborrio de Burgos
 Transepto
Transept

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INTERIEUR DE LA COUPOLE DE BURGOS
 Interior del Cimborrio de Burgos
Transepto
Transept

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CAPILLA DE SANTA ANA
CHAPELLE DE SAINTE ANNE
La Concepción
La Conception

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LA ESCALERA DORADA 
L’ESCALIER DORE A DOUBLE VOLEE

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CAPILLA DE SAN ENRIQUE
CHAPELLE DE SAINT HENRI

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CAPILLA DE SAN JUAN DE SAHAGÚN
Y LAS RELIQUIAS
XIVe XVIIIe

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Capilla de San Nicolás
Chapelle de saint Nicolas

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Maqueta de la Catedral
Maquette de la Cathédrale

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 Aquí ve a Dios mi alma
Ici Dieu voit mon âme
(El drama del alma – José Zorrilla)

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Claustro – Cloître
Martín Chirino 
el árbol de la Cruz
l’arbre de la Croix
2006

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Lettre de voyage
Honoré Beaugrand

La Cathédrale de Burgos
le 12 février 1889

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La cathédrale de Burgos, fondée en 1221, par le roi Ferdinand-III-le-Saint, est un chef d’œuvre de l’art gothique merveilleusement sculpté. On admire surtout sa façade, véritable dentelle de pierre ; ses clochers hauts de 84 mètres et dominant majestueusement la ville de ses flèches et clochetons d’une légèreté extrême ; sa rose ; les richesses artistiques de l’intérieur ; de magnifiques vitraux, statues, mausolées, bas reliefs, tableaux de maître, etc. Parmi les autres monuments de Burgos, on doit citer : l’hôtel de ville, qui renferme les restes du Cid ; les églises San-Gil, San-Esteban, San-Nicolas, Santa-Agenda ; un arc de triomphe ; la porte Santa-Maria, etc.

Honoré Beaugrand
Lettres de voyages
TRENTE-ET-UNIÈME LETTRE
Presses de La Patrie, 1889
pp. 302-311

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El drama del alma
José Zorrilla

Libro quinto. ¡Væ victis!
«En la catedral de Burgos»
I-XXVII

 

en la catedral de burgos
19 Junio 1867




I

Honda inquietud el alma me atribula,
Vago terror el corazón me prensa:
Miro al cielo, y el aire que le azula
Ennegrece a mis ojos niebla densa:
Sondeo el porvenir, y se acumula
En su horizonte tempestad inmensa;
Quiero cantar, y el llanto me sofoca:
Orar, y no hallo preces en mi boca.

II

Vuelvo tras larga ausencia a ver a España
Con el placer que un náufrago la orilla,
Y me acoge al volver de tierra extraña
En su regazo maternal Castilla:
Mas un genio fatal que me acompaña
Mi lengua anuda y mi cabeza humilla,
Y mal mi pecho en su pavor alienta,
Y de pesar mi corazón revienta.

III

¿Qué es de mi gratitud y mis cantares?
Vuelvo tal vez sin alma y sin aliento,
O desdeño la tierra y los solares
Dó fui feliz y amé y viví contento?
¿Dejé mi alma allende de los mares
Y quedaron allá mi fe y mi acento?
No, todo en mi alma por Castilla aboga:
Es mi duelo interior el que me ahoga.

IV

Algo a mi superior me paraliza,
Mi inspiración poética impotente
Torna, y mi pobre ingenio esteriliza:
No brotan las ideas en mi mente,
Mi voz mi antigua fe no vigoriza,
Presa del miedo el corazón se siente,
Y la tristeza que me roe el alma
Silencio, exige y soledad y calma.

V

A través de los mares, de un amigo
Espero oír la voz, y… ¡tarda mucho!
En vano tras sus nuevas me fatigo,
La tierra exploro y el silencio escucho:
Y en la esperanza que de oírla abrigo,
Con mi pavor desesperado lucho.
¿Qué es lo que oculta en Méjico ¡Dios bueno!
Este silencio de amenazas lleno?

VI

¡Insoportable afán! La noche oscura
No trae ya para mí la paz del sueño:
De día entre las gentes con premura
Paso como visión de torvo ceño:
Me enoja quien consuelos me procura:
Frío, el amor y la amistad desdeño,
Y espero de esperar desesperado.
¡Oh si estuviera el globo taladrado!

VII

Tanta nueva invención… tanto adelanto,
Tanta electricidad, telegrafía,
Globos, vapores… ¡y silencio tanto
Y tanta soledad… tanta agonía!
¡Y no poder en mi inquietud, Dios santo,
La pena revelar del alma mía!
¡Y creer en ti, buen Dios, con fe sincera
Y no poderte ni rezar siquiera!

VIII

Porque yo vengo al templo y sin rezarte
Que estoy hincado ante tu altar advierto,
Que está mi pensamiento en otra parte,
Y que con frases para orar no acierto:
Y mis vagas ideas ni aun del arte
Con el primor multíplice divierto:
Yo, que entro en esta Catedral bendita
Y el mundo de delante se me quita.

IX

Yo que he venido a ella pequeñuelo
Con mi madre infeliz, que me enseñaba
A oír la misa y a invocar al cielo:
Mientras yo, ignaro aún, solo saciaba
De ver el templo mi infantil anhelo,
Y sus palabras santas no escuchaba;
Y en lugar de atender al sacrificio,
Admiraba encantado el edificio.

X.

Yo que por fe, placer, arte y costumbre,
Cuando de Burgos la ciudad habito,
Vengo a soliviantar la pesadumbre
Del corazón en su ámbito bendito:
Y esquivo la devota muchedumbre
Aquí cual fuera la mundana evito,
Para dejar que se apacente el alma
De triste paz y religiosa calma.

XI

¡Cuan poético es Dios! ¡y cuan poético
Es un templo católico, que encierra
Cuanto conmovedor, grande y magnético
Podemos concebir sobre la tierra:
Desde el libro y el cántico profético,
Hasta el grosero material de tierra:
Desde la prueba real, hasta el misterio;
Todo, desde el bautismo, al cementerio.

XII

La Catedral de Burgos, maravilla
Del arte, de la tierra castellana
Gloria y joyel, y fuera de Castilla
Muestra sin par de fábrica cristiana,
Es el templo ojival donde mas brilla
La fe de una nación en su arte humana;
Modelo de arte y fé, yo la contemplo
De ellas a par como museo y templo.

XIII

Percibe en sus católicos santuarios
La presencia de Dios el alma mía:
Aspira en sus andenes solitarios
Inspiración y fe mi poesía:
Exaltan sus prodigios estatuarios
Al éxtasis tal vez mi fantasía…
¡Con la imaginería de un retablo,
Delirando tal vez, plática entablo!

XIV

Solo a quedarme en su recinto espero
O a él cuando solo le supongo acudo:
Y olvidándome aquí del mundo entero,
Aquí al arte y a Dios adoro mudo:
Sonrío a los relieves del crucero;
Los bustos de los túmulos saludo:
Canto en el coro, beso los altares,
Y abrazo las estatuas y pilares.




XV

Y platico en espíritu a mis solas
Con cuantos en su fábrica pusieron
Las manos. Con sus mitras y sus colas
Vienen tras mí arzobispos y arcedianos;
Salen con sus perillas y sus golas
A hablarme con sus obras, castellanos
Y extranjeros a un tiempo, entalladores,
Plateros, arquitectos y escultores.

XVI

Sánchez, Diego de Siloe, Vallejo,
Gil, Berruguete, el Borgoñón, Camargo…
Toda gente leal del tiempo viejo
Que vivirá en la historia tiempo largo,
Salen conmigo a plática o consejo
Rompiendo un punto su mortal letargo,
Y a hacerme imaginaria compañía,
Dándoles voz mi ignara poesía.

XVII

La Catedral de Burgos abre ahora
De consuelo a mi espíritu un tesoro:
Aquí ve a Dios mi alma, aquí le adora,
Aquí su amparo omnipotente imploro:
Y en la inquietud aquí que me devora,
Por los que en riesgo están le ruego y lloro;
Y aquí a solas a Dios pregunto en vano
¿Qué es ¡oh buen Dios! del buen Maximiliano?

XVIII

Aquí frente a la mágica escultura,
Obra del Borgoñón incomparable,
Me siento a ver cerrar la noche oscura
Al umbral del cancel del Condestable:
Y espero que del Cristo la figura
De su relieve se desprenda y hable;
Y le pregunto en mi delirio insano,
¿Qué es, buen Jesús, del buen Maximiliano?

XIX

Todas las tardes vengo: todas miro
Mientras hay luz el Cristo del relieve:
Y en vano todas a sus pies suspiro,
Porque ni me habla el Cristo ni se mueve.
Todas esperanzado me retiro
De que alguna por fin moverse debe
Y darme nuevas de él… ¡delirio insano
De mi afán por el buen Maximiliano!

XX

Es una tarde parda; centellea
El sol entre los cárdenos celajes
De un aplomado nubarrón que ondea
Ante él, cuyos flotantes cortinajes
Entoldan su fulgor; amarillea
Desgarrándole el sol por mil parajes
Con mil rayos de luz de cuando en cuando:
Mas el nublado ante él se va cuajando.

XXI

Penetran en las naves, por los huecos
De sus ojivos dobles ajimeces,
Los relámpagos vagos y los secos
Truenos, roncos aún: siéntese a veces
De las hondas capillas a los ecos
Ir por las insondables lobregueces
El trueno a repetir que afuera zumba
De rincón en rincón, de tumba en tumba.

XXII

A la luz temerosa y fugitiva
Del rápido relámpago brillante,
Los arquitrabes en que el templo estriba
Vacilan desquiciados un instante.
Toda imagen de altar salta de él viva:
No hay busto que no marche o se levante,
Pareciendo en redor por un momento
Toda inmovilidad en movimiento.

XXIII

Parece la calada crestería
De los arcos y nichos ojivales
Ondulante y flexible encajería:
Las verjas y barreados barandales
Lanzas de militar caballería
Que avanza en escuadrones desiguales:
Y los tubos del órgano salientes
Crestas de grifos, colas de serpientes.

XXIV

Tórnanse a su fulgor los rosetones,
Ojos de leviatán que parpadean:
La labor de hojarasca y canelones,
Reptiles que en los muros culebrean:
Las capillas profundas, panteones
Donde libres los muertos se pasean:
Las ventanas de vidrios losangeados,
Hornos de salamandras atestados.

XXV

Al lejano rumor de un ronco trueno,
Miles de voces de invisibles bocas
Pueblan del aire el impalpable seno,
Incoherentes, gárrulas y locas.
Allí resuena un, ¡ay! de angustia lleno,
Allá muge un torrente entre las rocas,
Allá el crujido del incendio estalla,
Allá rompe el clamor de una batalla.

XXVI

Gime allí un moribundo que se queja,
Allá rechina un cable que se amarra;
Una ráfaga silba en una reja,
Una tela se rasga en una barra,
Canta en una cornisa una corneja
Y el ruido del turbión que se desgarra,
En los huecos del órgano gorjea,
Bufa, muge, relincha y cacarea.

XXVII

Del trueno al son y al resplandor del cielo
Nada queda sin voz ni yace inerte.
¡Un relámpago!… y pueblan aire y suelo
Móviles bultos mil—¡un trueno!… y vierte
Su voz en él mil ecos de odio, anhelo,
Triunfo terror, placer, victoria o muerte.
Pasan… y pasa cuanto suena y gira,
La calma torna y el rumor espira.

José Zorrilla y Moral
Valladolid 1817 –  Madrid 1893

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Cathédrale de Burgos
Catedral de Burgos

Ria de Bilbao – Ría del Nervión O de Bilbao – Le Fleuve Nervion – Nerbioi

Ria de Bilbao – Ría del Nervión O de Bilbao – Le Fleuve Nervion – Nerbioi

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Ria de Bilbao
Ría del Nervión O de Bilbao
Le Fleuve Nervion
Nerbioi 

Ria de Bilbao

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Ria de Bilbao

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Ria de Bilbao

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Une entrée stratégique
L’exemple des Carlistes

« Quant aux provinces basques, les carlistes les tiennent presque complètement. Tout récemment encore, ils viennent de s’emparer de la petite ville de Portugalette, qui, par sa position à l’embouchure du Nervion, est maîtresse des communications avec Bilbao par mer, de sorte que cette dernière ville se trouve maintenant tout à fait cernée. Si elle n’est promptement débloquée, elle tombera sous peu, et ce serait pour la cause carliste un succès des plus importans. »

Charles de Mazade
Chronique de la Quinzaine, Histoire politique et littéraire
31 janvier 1874
Revue des Deux Mondes
3e période
tome 1, 1874
pp. 699-710

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La Ria de Bilbao
en 1877

Après tant de vieilles cités, toutes couvertes encore de la poudre du passé, je fus heureux de retrouver dans Bilbao une ville vraiment moderne par son aspect, par son animation, par ses édifices. Quoique fondée, elle aussi, vers la fin du XIIIe siècle, elle a subi une série de transformations qui ont modifié complètement son caractère primitif, et sauf le vieux pont de pierre à trois arches inégales et l’église voisine de San-Antonio-Abad qui composent ensemble les armes de la cité, ou bien encore la basilique gothique de Santiago qui existait bien avant elle, on aurait peine à y relever un monument de quelque valeur. Aussi bien Bilbao peut s’en passer. Ses rues nettes et bien tracées, pavées en cailloux, forment l’éventail et remplissent tout l’espace compris par la courbe que suit la rive droite du Nervion. Cette disposition heureuse la met de tous côtés en rapport avec le fleuve qui est navigable jusqu’au Puente Viejo, c’est-à-dire jusqu’à l’extrémité méridionale de la ville. Le port proprement dit s’étend de ce point au môle de Portugalete, sur une longueur de plus de 11 kilomètres ; de très bonne heure, il avait acquis une importance considérable, et de grands travaux furent faits pour l’améliorer. Tout d’abord, au XVIe siècle, un système de digues est construit aux frais de la casa de contratacion ou chambre de commerce de Bilbao. Plus tard, en 1712, on met à exécution le gigantesque et coûteux projet de canalisation du cours du Nervion. Malheureusement les travaux n’ont pas été poursuivis depuis avec la méthode ou l’énergie nécessaire. La passe va s’obstruant chaque jour, et les navires de fort tonnage sont obligés de s’arrêter en avant de Portugalete. Néanmoins le port est fort animé ; en 1872, le chiffre des navires, tant nationaux qu’étrangers, a été de 2,419 à l’entrée et de 2,369 à là sortie ; pour sa part, Bilbao, avec une population qui n’atteint pas 20,000 âmes, compte près de 900 bâtimens inscrits, sans parler des menues barques. Les quais, que longent de magnifiques allées d’arbres, s’étendant à perte de vue, sont encombrés de fûts, de sacs et de ballots. Pour voiturer les marchandises, les gens du pays se servent communément d’une sorte de traîneau tiré par une paire de bœufs et composé de deux madriers parallèles que relient entre eux de courtes traverses : on l’appelle narria ; mais, comme le frottement du bois sur le pavé risquerait de l’enflammer, un petit baril, placé sur le devant de la machine, laisse tomber goutte à goutte l’eau dont il est rempli et qui sans cesse humecte les madriers. Les femmes, elles aussi, prennent part aux travaux du port : il semble même que les plus rudes leur soient réservés ; les unes, dans de grands paniers, transportent le charbon ou le minerai, les autres, coiffées d’un vaste chapeau de paille, une grosse corde passée en travers des reins, remorquent péniblement les bateaux. Vers le soir, à mesure que s’apaise le mouvement du port, commence une agitation d’un nouveau genre ; les promenades avoisinantes, celle de l’Arenal surtout, si ombreuse et si vaste, sont littéralement envahies par des bandes tapageuses de petites filles et de petits garçons. Que d’enfans ! Je ne me souviens pas d’en avoir jamais tant vu. Dans certaines provinces de l’intérieur, à Tolède par exemple, la vieille cité impériale, fauve amas de décombres d’où la vie semble bannie pour toujours, j’avais cherché en vain cette gaîté que répand dans les rues et sur les promenades la sortie des écoles ; les familles y sont stériles, les maisons sans enfans. Ici au contraire c’est une fécondité, une exubérance de sève qui vous jette dans les jambes à chaque pas une envolée de lutins frais et roses : tout ce petit monde crie, court, saute, se poursuit, tombe et se relève ; les rondes se forment, et les parties de paume s’organisent sous les yeux des parens, heureux de cette joie. En raison même de sa position au centre d’une petite plaine dominée de trois côtés par de hautes montagnes, Bilbao en temps de guerre se trouve toujours exposée. Du mois de juin 1835 au mois de décembre 1836, assiégée à trois reprises par les armées du prétendant Carlos V, elle repoussa toutes les attaques avec un héroïsme qui lui valut du gouvernement de la reine Isabelle le titre de très noble, très loyale et invincible cité. De nos jours, les carlistes eussent gagné à sa possession, en même temps qu’une capitale de premier ordre et une base solide d’opérations, une garantie devenue nécessaire pour leurs emprunts à l’étranger. Le 29 décembre 1873, on sut à Bilbao que le passage du fleuve venait d’être coupé à quelque distance avec les chaînes d’un chemin de fer aérien qui servait naguère au transport du minerai ; depuis plusieurs mois déjà, la circulation était interrompue sur la voie ferrée. Sans perdre de temps, les carlistes ouvrirent un feu très vif sur Portugalete, qui, coupé lui-même de ses communications avec la mer, dut capituler ; deux détachemens de troupes, postés en observation entre Portugalete et Bilbao, eurent le même sort : le siège allait sérieusement commencer. Les fortifications, mises en état dès le début de l’été, consistaient en trois forts détachés et huit batteries : tous ces ouvrages étaient par malheur beaucoup trop proches de la place ; la garnison se composait de deux régimens de ligne et d’un petit nombre de soldats des autres armes, plus 400 hommes choisis de garde forale ; les bourgeois de la ville formèrent un bataillon de milice qui, comme il arrive en pareil cas, ne tarda pas à jouer dans la défense le rôle le plus important. Du reste, toute la population, dévouée de longue date aux idées libérales, était décidée à une énergique résistance. Une première tentative faite, par Moriones pour débloquer la place du côté de la mer avait misérablement échoué. Pendant ce temps, les carlistes élevaient au-dessus de la ville leurs batteries de bombardement. Leurs principaux chefs étaient Andechaga et le marquis de Valdespina : l’un vieillard convaincu, austère, vétéran de l’ancienne guerre, devenu impitoyable avec l’âge, l’autre, bien connu à Bilbao, où il avait habité longtemps, honnête lui aussi, énergique, mais tête faible, et joignant à une surdité devenue légendaire une déplorable exaltation d’esprit. Le bombardement commença le 21 février et se poursuivit près d’un mois et demi avec une extrême vigueur. Non contens de cribler la ville de bombes et d’obus, les assiègeans entretenaient autour d’elle une fusillade ininterrompue. Les libéraux répondaient de leur mieux : successivement ils avaient appris, de la bouche même de leurs adversaires, que Moriones, accouru de nouveau, avait été arrêté le 25 février devant San-Pedro-Abanto, puis qu’un mois après, jour pour jour, dans cette même vallée de Somorrostro, le maréchal Serrano, à son tour, avait éprouvé un cruel échec ; les provisions s’épuisaient, on en était réduit au pain de fèves et à la viande de cheval : les cartouches mêmes allaient manquer. C’est alors qu’un messager du dehors, trompant la surveillance de l’assiégeant, parvint à s’introduire dans la place : il apportait l’annonce d’une prochaine délivrance, et en effet le maréchal Concha, avec une armée de 20,000 hommes, en grande partie composée de gardes civils et de carabiniers, se préparait à prendre à revers par Valmaseda la gauche des ennemis, tandis que Serrano immobilisait leur centre et leur droite. L’opération réussit presque sans combat, et, pour n’être pas coupés dans leur ligne de retraite, pendant la nuit du 1er mai, après avoir jusqu’au dernier moment fait feu de toutes leurs batteries, les carlistes se décidèrent à lever le siège. Le même jour, les deux généraux libérateurs faisaient ; leur entrée dans la ville : ce triomphe coïncidait avec une des fêtes nationales les plus populaires de l’Espagne, celle du Dos de mayo ; l’enthousiasme fut immense dans le pays.

….




Du petit plateau qu’occupe l’église de Begoña, l’œil embrasse d’un même coup toute la vallée du Nervion ou Ibaizabal, « la large rivière, » pour parler comme les Basques ; à droite et à gauche, reculant par échelons, des collines vertes piquées de murs blancs et de toits bruns ; dans le bas, le cours du fleuve qui brille au soleil comme une longue coulée de métal en fusion, et plus près, tout au bord de l’eau, aussi pressées qu’un troupeau de brebis qui vont à l’abreuvoir, les mille maisons de Bilbao. Cette église, dont le clocher pour la seconde fois vient d’être démoli par les obus carlistes, est un lieu fameux de pèlerinage : placée sous l’invocation de Notre-Dame de l’Assomption, elle possède une image miraculeuse de la Vierge, très vénérée des matelots, et qui fut trouvée, dit-on, dans l’intérieur d’un vieux chêne, à la place même où s’élève le maître-autel.

La Viscaye
Revue des Deux Mondes
tome 22
1877
L. Louis-Lande
Trois mois de voyage dans le pays basque

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Ria de Bilbao
Ría del Nervión O de Bilbao – Le Fleuve Nervion – Nerbioi