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LES CHOSES QUI JAMAIS NE REVIENNENT – Poème EMILY DICKINSON (1881) The Things that never can come back are several

POEME D’EMILY DICKINSON
LITTERATURE AMERICAINE

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EMILY DICKINSON
December 10, 1830 – May 15, 1886
10 décembre 1830 – 15 mai 1886
Amherst, Massachusetts




Traduction – Translation

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

French and English text
texte bilingue français-anglais

The Things that never can come back are several
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LES CHOSES QUI JAMAIS NE REVIENNENT
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1881

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The Things that never can come back, are several —
Les Choses qui jamais ne reviennent sont multiples –
Childhood — some forms of Hope — the Dead —
L’Enfance – certaines formes d’Espoir – les Morts –
Though Joys — like Men — may sometimes make a Journey —
Toutefois les Joies – comme les Hommes- entreprennent parfois un Voyage –
And still abide —
Et demeurent encore :
We do not mourn for Traveler, or Sailor,
Nous ne pleurons pas le Voyageur ou le Navigateur,
Their Routes are fair —
Leurs Itinéraires sont justes –
But think enlarged of all that they will tell us
Mais nos pensées s’élargissent de tout ce qu’ils nous diront
 Returning here —
En revenant ici –
« Here! » There are typic « Heres » —
« Ici! » Il y a  des « Ici » typiques-
Foretold Locations —
A un Emplacement Connu-
The Spirit does not stand —
L’Esprit ne se localise pas –
Himself — at whatsoever Fathom
Lui-même – quelle que soit la Profondeur –
His Native Land —
Est sa Terre Natale –

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POEME EMILY DICKINSON

Las mujeres sabias de Quevedo Muy discretas y muy feas TEXTE BILINGUE & TRADUCTION

 

Francisco Gómez de Quevedo
Villegas y Santibáñez Cevallos
Literatura
española – Littérature Espagnole
Siècle d’or espagnol -Siglo de Oro 

 

 Francisco de Quevedo y Villegas
1580-1645

Las mujeres sabias
Les Femmes savantes

Muy discretas y muy feas

Muy discretas y muy feas Les Femmes Savantes Las Mujeres Sabias Quevedo Traduction Artgitato

 

Muy discretas y muy feas …
Très discrètes et très laides…

 

Muy discretas y muy feas,
Très discrètes et très laides,
mala cara y buen lenguaje,
moches figures et langue châtiée,
pidan cátedra y no coche,
à préférer la chaire à la chaise,
tengan oyente y no amante.
un auditeur plutôt qu’un amant.
No las den sino atención,
Ne leur prêtez pas attention,
por más que pidan y parlen,
elles ne demandent qu’à parler,
y las joyas y el dinero,
et nos bijoux et notre argent,
para las tontas se guarde.
gardez-les pour les idiotes.
Al que sabia y fea busca,
A celui qui recherche une laide,
el Señor se la depare:
le Seigneur en est d’accord :
a malos conceptos muera,
par de tels concepts erronés trépasse,
malos equívocos pase.
dans de mauvaises passes équivoques.
Aunque a su lado la tenga,
Bien qu’il la tienne à ses côtés,
y aunque más favor alcance,
et bien qu’il ait plus de faveurs,
un catedrático goza,
il trouvera un professeur avisé,
y a Pitágoras en carnes.
un Pythagore en chair et en os.
Muy docta lujuria tiene,
C’est avoir moult docte luxure,
muy sabios pecados hace,
avoir de bien savants péchés
gran cosa será de ver
la grande chose sera de voir
cuando a Platón requebrare.
Quand Platon sera nommé.
En vez de una cara hermosa,
Au lieu d’un beau visage,
una noche, y una tarde,
une nuit, et un après-midi,
¿qué gustos darán a un hombre
Que donne à un homme de goûts
dos cláusulas elegantes?
de si élégantes amphigouris ?
¿Qué gracia puede tener
Quelle grâce peut avoir
mujer con fondos de fraile,
femme avec des sciences monacales,
que de sermones y chismes,
que de sermons et de logorrhées,
sus razonamientos hace?
ses arguments font ?
Quien deja lindas por necias,
Qui délaisse les jolies ignorantes,
y busca feas que hablen,
et bade ces disgracieuses-là,
por sabias, como las zorras,
invitera des renards,
por simples deje las aves.
plutôt que de belles poules.
Filósofos amarillos
Ou philosophes jaunis
con barbas de colegiales,
à barbes collégiales,
o duende dama pretenda,
ou dame à la beauté elfique,
que se escuche, no ose halle.
ce qui est entendu d’un côté, ne sera pas touché.
Échese luego a dormir
Allongez-vous puis dormez
entre bártulos y abades,
entre le coryphée des interprètes de droit et les abbés,
y amanecerá abrazado
et l’aube s’encombrera
de Zenón y de Cleantes.
d’un Zénon et d’un Cléanthe.
Que yo para mi traer,
Que l’on m’apporte dans ma couche,
en tanto que argumentaren
tandis qu’argumenteront
los cultos con sus arpías,
nos doctes avec leurs harpies,
algo buscaré que palpe.
quelque chose que je puisse palper.

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Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
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Huye sin percibirse lento el día DE QUEVEDO Texte & Traduction Le jour fuit sans s’en apercevoir, lentement,

 

Francisco Gómez de Quevedo
Villegas y Santibáñez Cevallos
Literatura
española – Littérature Espagnole
Siècle d’or espagnol -Siglo de Oro 

 

 Francisco de Quevedo y Villegas
1580-1645

Sonetos Líricos

Huye sin percibirse, lento, el día,

Huye sin percibirse QuevedoTraduction Artgitato

 

Huye sin percibirse, lento, el día,
Le jour fuit sans s’en apercevoir, lentement,

 

Huye sin percibirse, lento, el día,
Le jour fuit sans s’en apercevoir, lentement,
y la hora secreta y recatada
et l’heure secrète et habile
con silencio se acerca, y, despreciada,  
silencieusement s’approche, et,  méprisante,
lleva tras sí la edad lozana mía.
attire à elle la verdeur qui est mienne.

**

La vida nueva, que en niñez ardía,
La nouvelle vie, qui, dans l’enfance, brûle,
la juventud robusta y engañada,
suit la jeunesse robuste et trompée,
en el postrer invierno sepultada,
qui finit enterrée au dernier hiver,
yace entre negra sombra y nieve fría.
mensonge entre ombre noire et neige froide.

**

No sentí resbalar, mudos, los años;
Aucun glissement des ans, muets, ne s’est fait ressentir ;
hoy los lloro pasados, y los veo  
Aujourd’hui je les pleure, et je les vois
riendo de mis lágrimas y daños.
rire à mes larmes et mes problèmes.

**

Mi penitencia deba a mi deseo,
Ma pénitence devrait venir de mon désir,
pues me deben la vida mis engaños,
puisque j’ai donné la vie à mes déceptions,
y espero el mal que paso, y no le creo.
et j’attends le mal et je n’y crois pas.

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Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
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CORALINE : LE PUITS ET LE TUNNEL

Henry SELICK
CORALINE
2009

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LE PUITS ET LE TUNNEL
Les rites du passage

 Coraline n’est plus une enfant. Elle est dans ce début d’adolescence où l’on évoque les tensions, les fossés qui se creusent. Des volontés d’émancipation. Des désirs d’ailleurs.  Coraline veut élargir son horizon. D’abord avec le puits, le grand saut, puis par la traversée du tunnel, plus progressif. Sera-t-il moins dangereux ?

LE MOUVEMENT  VERS LE BAS
Dès que Coraline arrive dans sa nouvelle demeure, elle se met à la recherche d’un puits. Le puits est le lieu le plus obscur et le plus terrifiant. La solution est extrême ; elle est à la mesure de l’attente de changement de Coraline.

Elle doit le localiser, savoir où il est, pour enfin développer son imaginaire. Le puits doit se contourner. Il ne se pénètre pas. C’est le mouvement vers le bas. Tomber dans le puits, c’est tomber dans l’oubli, dans le néant. On ne remonte pas du puits. C’est notre dernière expérience. Le lieu où naissent de très nombreux cauchemars. Le puits s’entoure de maléfice. Rien qu’à son approche, Coraline est entourée d’une baguette de sorcier de sumac vénéneux, d’un monstrueux cavalier masqué, en plein orage.

UN CIEL ETOILE AU-DESSUS DE NOS TÊTES

Armée pour trouver le puits, Coraline est à deux doigts de tomber dedans. « Si tu ne fais pas attention, tu vas tomber dedans. Il est si profond que si on tombe dedans et qu’on regarde en haut, on voit un ciel étoilé même en pleine journée » lui raconte Wyborne, son voisin.
Cette scène est reprise de Tarkovski dans l’Enfance d’Ivan où la mère du jeune Ivan, regardant le fond du puits, dit : « – Quand un puits est profond, on peut voir une étoile en plein jour« . « – Quelle étoile ? » demande Ivan. « – N’importe laquelle » lui répond-elle. Le visage d’Ivan s’éclaire : « J’en vois une, maman ! Pourquoi brille-t-elle ?« . Parce que « C’est la nuit, pour elle, en ce moment. Elle brille comme dans la nuit« . Mais alors que le soleil brille dans un ciel sans nuage, le petit Ivan s’étonne : « on n’est pas dans la nuit, on est en plein jour ! » La mère avec un sourire lui répond : « Pour toi, c’est le jour, pour moi aussi. Pour elle, c’est la nuit. »
Ivan essaie de la toucher, touche la surface de l’eau, en douceur. Il se retrouve au fond du puits. Le seau remonte. La mère est seule en haut.

J’AI FAILLI MOURIR ! – C’EST BIEN !

Revenons à Coraline. Elle l’évite et peut rentrer chez elle raconter sa frayeur à sa mère inattentive : « J’ai failli tomber dans un puits hier, j’ai failli mourir ». « C’est bien ! », lui répond sa mère. Sa peur n’est pas celle de sa mère, beaucoup plus ennuyée quand elle lui parle de sortir par une pluie battante et donc de rentrer sale.

Le puits localisé, Coraline pense avoir fait le plus dur et le plus risqué. C’est sans compter sur le tunnel.

Le tunnel ne se cherche pas. Il arrive par hasard lors des fouilles minutieuses de Coraline qui s’ennuie. Le tunnel, à la différence du puits, symbolise le passage, d’un lieu à un autre, d’un temps ou d’une représentation à autres choses. Il se pénètre et laisse toujours la possibilité du retour. Le tunnel ne se contourne pas, on s’engouffre dedans, espérant trouver quelques secrets. L’herbe est toujours plus verte ailleurs.

ON GARDERA UN OEIL SUR CORALINE

Coraline, de l’autre côté, trouve la famille idéale, attentionnée, gaie, cuisinant tout ce qu’elle aime. C’est le lieu du même et de l’autre. Du même en mieux. Les mêmes parents, mais différents. On garde le meilleur et on y met tous ses désirs. « Elle est chouette, adorable, c’est une bonne copine. Elle est mignonne comme un chou. On le répète partout…C’est ce que pensent tous ceux qui ont vu Coraline. Quand elle vient explorer, maman et moi n’allons jamais l’ennuyer. On gardera un œil sur Coraline ».

BIENTÔT, TU VERRAS LES CHOSES COMME NOUS !

Le tunnel, cet incontournable lieu de passage et d’échange de l’enfant. La perfection qu’on lui promet, « tu pourrais rester ici pour toujours si tu voulais. On chantera et on jouera à des jeux. Maman cuisinera tes plats préférés », n’est rien au regard de sa liberté.

Au « bientôt tu verras les choses comme nous », Coraline crie : « Jamais ! On ne me coudera pas de boutons à la place des yeux ! ».

Du passage dans le tunnel, ce n’est pas l’aller le plus difficile…

Jacky Lavauzelle