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FERNANDO PESSOA : LETTRE A LA REVUE CONTEMPORÂNEA (1922) Carta dirigida à revista Contemporânea

 O Carta dirigida à revista Contemporânea
Lettre à la Revue Contemporânea
Octobre 1922
17 Outubro 1922

Poème de Fernando Pessoa





Traduction – Texte Bilingue
tradução – texto bilíngüe

Traduction Jacky Lavauzelle


LITTERATURE PORTUGAISE
POESIE PORTUGAISE

Literatura Português

FERNANDO PESSOA
1888-1935
Fernando Pesso Literatura Português Poesia e Prosa Poésie et Prose Artgitato

 





Prosa de Fernando Pessoa




Carta dirigida à revista Contemporânea
LETTRE A LA REVUE CONTEMPORÂNEA
17 Outubro 1922
17 octobre 1922

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Contemporânea -nº1 – Maio de 1922 – Sumário
Le sommaire du premier n° de Contemporânea de mai 1922
Capa do nº1 da Revista Orpheu, 1915
Couverture du premier n° de la Revue Orpheu de 1915




Álvaro de Campos***

Meu querido José Pacheco:
Mon cher José Pacheko*,

Venho escrever-lhe para o felicitar pela sua «Contemporânea» para lhe dizer que não tenho escrito nada e para por alguns embargos ao artigo do Fernando Pessoa.
Je vous écris ici pour vous féliciter de votre « Contemporânea », pour vous dire que je ne l’ai pas écrit et pour revenir sur l’article de Fernando Pessoa.

Quereria mandar-lhe também colaboração.
Je voulais aussi vous envoyer une collaboration.
Mas, como lhe disse, não escrevo.
Mais, comme je vous l’ai dit, je n’écris pas…

 

ÁLVARO DE CAMPOS

Newcastle-on-Tyne, 17 Outubro 1922.
Le 17 octobre 1922 – Newcaste-on-Tyne

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LETTRE A LA REVUE CONTEMPORÂNEA
(1922)
Carta dirigida à revista Contemporânea 

NOTES
* José Pacheko ou José Pacheco, directeur de publication, architecte, graphiste, peintre (1885 — 1934)

** Contemporânea est une revue portugaise publiée entre 1922 et 1926 (Lisbonne – Lisboa). Directeur : José Pacheko.

*** Álvaro de Campos, (heteronímia)  hétéronyme de Fernando Pessoa, né à Tavira ou à Lisbonne, né le 13 ou le 15 de octobre 1890  et mort en 1935

****António Thomaz Botto (António Botto)  poète moderniste. Il est né à Concavada au Portugal le 17 août 1897 et mort le 16 mars 1959 à Rio de Janeiro au Brésil. Canções sont des poèmes composés par Botto et parus en 1920.

 

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MORT A CREDIT (CELINE) La Dictature de la vitesse ou Survivre avec la merde au cul

Louis-Ferdinand CELINE

 

Critique Jacky Lavauzelle

MORT A CREDIT
(1936)

LA DICTAURE DE LA VITESSE
ou
Survivre avec la merde au cul
Louis Ferdinand Céline Mort à Crédit La dictature de la Vitesse ou l'Homme à la merde au cul

Un monde de douleurs s’étale sur la peau et sur l’âme de Ferdinand. Sur chaque lien qu’il a à la vie, à l’humain.
Sur chaque attachement forcené à ce qui vit encore. Un hymne à la vie. A cette vie où l’on nous attend, où l’on nous guette, où l’on se jette en pâture. Malgré tout. Au milieu de tout ça. En vie, malgré tout. Les deux pieds dedans. Jusqu’à cet oubli de son être. Juste afin de pouvoir être là. Encore une journée de plus sur le chemin de croix qui s’ouvre à nous. « J’étais la croix sur la terre ! J’aurais jamais la conscience ! …J’étais seulement que des instincts et puis du creux pour tout bouffer la pauvre pitance et les sacrifices des familles. J’étais un vampire dans un sens…C’était pas la peine de regarder… »

Un monde sans douceurs. Il est là autour de nous, devant nous et en nous. Il est là qui se dresse. Et c’est dans ce monde que nous rentrons. Un éclair. Des ombres et des odeurs. Où allons-nous ? Des pierres éparses. Nous ouvrons une source. Nous poussons le voile qui se déchire dans la nuit. Y a tout qui casse dans l’obscurité. Une lumière peut-être encore, loin là-bas. Elle ne brille pas encore. Il y a trop de morts dans le tunnel. « Le phare écarquille la nuit…L’éclair passe sur le bonhomme…Le rouleau de la grève aspire les cailloux…s’écrase…roule encore…fracasse…revient…crève… »

Un monde qui s’efforce à tenir debout. Un monde qui tient encore. Un peu. Difficilement. Il y a ce rien qui toujours guette. Ce souffle. Cet air. Cette brindille. Et patatras. Vlan ! Par terre. Comme un appel à la ligne horizontale. Les hommes, les maisons, les villages. Même les montagnes. « Les falaises aussi c’est dangereux. Chaque année des familles entières sont écrabouillées sous les roches…Une imprudence, un faux pas, une réflexion malheureuse…La montagne se renverse sur vous…On se risquait le moins possible, on sortait pas beaucoup des rues. »
Un monde sans mots inutiles. Pour une fois. Une couverture de mots tressés grands. « J’en veux plus moi des parlotes !…ça va ! J’en ai mon compte ! … Je sais où ça mène ! »
C’est déjà toute la différence.  Un large tissu tressé avec des gouttes d’acide. « L’univers, pour lui, n’était plus qu’un énorme acide… »

Ce qui est à l’œuvre c’est juste l’anéantissement. Tout peut s’écrouler en un instant. « Je voudrais que la tempête fasse encore bien plus de boucan, que les toits s’écroulent, que le printemps ne revienne plus, que notre maison disparaisse. » Que le monde soit blanc, virginal. C’est un vœu.

Ce qui est en cause désormais, c’est la survie. L’éboulement est imminent. Personne ne restera dessous. Vite ! La vie suit son cours, mais un cours ferdinantesque. Pavé d’enfers et de décors glauques. Mais qu’est-ce que le glauque quand le visible est d’un noir d’encre aussi intense. « Jamais j’avais vu si moche et tant d’horreurs à la fois…Une gageure…Un enfer de poche. »

Le monde célinien n’est pas un monde en rose. La couleur est légèrement différente. Entre le gris et le jaune. « Moi je pisserais sur le monde ! Sur le monde entier ! Vous m’entendez bien ! » Qui ne sent pas la rose non plus. Le monde est comme ça. Sans jambes et sans mains. A tâtons. C’est juste notre monde.
C’est la poétique de la crasse.
Devenir caméléon dans ce monde gris. Mais ce n’est pas plaisir. Juste par une ultime et violente urgence.

Être là. Dans le présent. C’est l’instant qui est important. Le futur n’existe pas. Du moins, il n’a aucune importance. Il faut tant user de force pour se projeter. Pourquoi penser à demain, quand nous ne sommes pas sûrs de pouvoir finir la journée. Journée de mouvements. Journée de fuite. C’est ce qui reste et ce n’est déjà pas si mal .« Je faisais pas des projets d’avenir…Mais je trouvais le présent pas trop tarte… »

On n’a pas le temps pour se remémorer le passé. « L’antique ça me m’écœure encore, c’est de ça pourtant qu’on bouffait. C’est triste les raclures du temps…c’est infect, c’est moche. »

Passer inaperçu. « On m’oubliait un moment. » Ne pas se faire remarquer. L’être est en opposition au style. Celui-ci est un tsunami quand l’être se cache. « Ce que je voulais c’était partir et le plus tôt possible et plus entendre personne causer. L’essentiel, c’est pas de savoir si on a tort ou raison. Ça n’a pas vraiment d’importance…Ce qu’il faut c’est décourager le monde qu’il s’occupe de vous…Le reste c’est du vice. » Le désordre et la confusion comme les meilleurs camouflages. Mettre des mots. Un peu plus. En rajouter. Qu’à force il en devienne finalement le maître des mots. Mettre des maux et des douleurs. Partir en fuyant. « Ça me semblait tout d’un coup qu’on ne me rattraperait plus jamais. »

Nul n’entre dans le roman impunément. Nul ne le suit en se posant. Sans rambardes. Sans main courante. Ce serait comme vouloir remonter un toboggan. Descendre d’un avion en vol. Nul n’entre dans la vie nonchalamment. Lire Mort à Crédit c’est rentrer dans le vivant et dans le tumulte des forces. De quelle nature est cette force tellurique, cyclonique ?
C’est l’arrêt des phrases qui seul peut nous placer dans l’œil de ce cyclone. Sachant que la phrase qui se pose ne fait que renforcer sa dynamique et ne comptera plus les dommages collatéraux.

C’est un roman écrit à l’énergie. Sur l’énergie. Sur la nécessité de faire. De bouger contre cette peur de l’arrêt, du blocage. Mort à Crédit est le roman de l’urgence. « Elle a ordonné qu’on se manie…Elle faisait des signes…Et qu’on se dégrouille tous ! Qu’on s’échappe vivement du Passage…Et dare-dare !…Et tous en chœur !…Y avait pas une seconde à perdre ! »

Le temps est là qui grignote l’individu, l’avale. La vie est là qui fuit dans cette lenteur paradoxale : « Tout cela est si lent, si lourd, si triste…Bientôt je serai vieux. Et ce sera enfin fini…Ils sont devenus vieux, misérables et lents chacun dans un coin du monde. »
Et si l’énergie est là, c’est parce que la peur y est. Elle sert à sortir à s’extraire de cette lenteur qui apporte la mort. Une énergie suintante, dégoulinante, écœurante, mais salvatrice. Un sauvetage risqué toujours à la frontière de la mort. Juste à côté du rien.. « « J’avais la peur dans toutes les tripes…J’aurais voulu disparaître…maigrir tellement qu’il ne reste rien. » Une bonne peur bien réelle et bien grasse.

La peur s’installe. Pas une peur passagère. Non ! Une peur constante avec des salves d’écœurements et de nausée. Il y en a tant qu’elle dépasse l’individu, le noie. C’est le mélange entre la peur et cette merde généralisée. Tout pue. Ça schlingue par tous les pores. Ça force à vouloir s’en sortir. Ça te prend par le colbac. « Ça devenait bien moche tout ça d’un seul coup !…Et puis tout à fait infect !…C’était encore des nausées…J’ai retrouvé un paillasson…J’ai vomi dans la rigole…c’est la bagotte qui m’écœurait… »

Nous sommes dans ces limbes de l’enfer. Les deux pieds dedans. Bien calés. Faut voir où il se loge, l’enfer. « La porte de l’enfer dans l’oreille c’est un petit atome de rien. Si on le déplace d’un quart de poil…qu’on le bouge seulement d’un micron, qu’on regarde à travers, alors c’est fini ! c’est marre ! on reste damné pour toujours !… C’est pas gratuit de crever ! »

Le mouvement c’est la vie. Il n’y a jamais assez de temps. C’est le temps de la merde au cul. Peu importe la saleté. Peu importe ce que l’on fait. On fait. Le résultat importe peu. La vie est à ce prix. « Comme défaut en plus j’avais toujours le derrière sale. Je ne m’essuyais pas, j’avais pas le temps, j’avais l’excuse, on était toujours trop pressés…Je me torchais toujours aussi mal, j’avais toujours une gifle de retard…Que je me dépêchais d’éviter…Je gardais la porte des chiots ouverte pour entendre venir. Je faisais caca comme un oiseau entre deux orages… »

La phrase est à cette image. Elle est dans la vie. Elle est la vie. Elle respire. Ou plutôt elle halète. Chaque mot devient sensible. Chaque cri ponctue un silence. Sans phrases véritablement élaborées. Sans volonté de la terminer. La terminer serait déjà un peu de la faire mourir. Et la vie, comme la littérature, reste ce combat incessant pour la faire reculer. La faire reculer aussi avec des points de suspension. Avec des jurons. Quand ça n’avance pas assez vite. Ferdinand ne veut pas subir ce temps qui avale ses parents ; ce père incapable de taper à la machine à écrire qui arrive et qui voit son emploi menacé ; sa mère… Sa mère, pas mieux…
Mais oublions les personnages qui n’ont que peu d’importance. L’être est là qui prend ce qu’il peut.

Et pour se donner du temps, être rapide, il faut grossir aussi les traits, faire dans la caricature, aller loin dans l’exagération. Les évènements sont vus pas les yeux déformés de Ferdinand qui les changent en révolutions cataclysmiques : « ça s’amplifie, ça se rapproche…Je tombe là sur une horde

C’est tout ce que Ferdinand vivra dans la première partie qui se termine avec son « Oui mon oncle !… » avec la primauté de l’instinct sur la raison. Contrairement à la seconde sous le patronage de Roger-Martin Courtial des Pereires, qui, elle, se terminera par le « Non mon oncle ! ». Et avec la disparition des points de suspension. Nous resterons sur cette exclamation nette.

Mais même dans cette deuxième partie ce n’est pas la raison qui l’emporte. Elle ne vaut rien, la raison, c’est que du malheur et de l’absence de vie. Plutôt un instinct maîtrisé et mieux compris : « Te force pas l’intelligence… ! C’est la raison qui nous bouche tout…Prends l’instinct d’abord…Quand il bigle bien, t’as gagné !…Il te trompera jamais !… »

C’est cette trajectoire, ce parcours initiatique de Ferdinand qui est à l’œuvre. Au fond, Ferdinand semble dire la même chose, puisque le Non de la seconde partie vient conforter les propos de l’Oncle sur le port d’un pardessus pour ne pas attraper la crève, « tape dans le tas ! »

Ferdinand a perdu sa merde au cul.

Jacky Lavauzelle

SUN-KEN ROCK : LES GRAPHISMES DE L’ÂME

MANGA 漫画
Catégorie Seinen 青年漫画

SUN-KEN ROCK 1
サンケンロック  

(2006)

漫画 Manga

Scénario & Dessin : BOICHI
Traduction et adaptation Arnaud Delage
Bamboo Edition

   LES GRAPHISMES
D
E L’ÂME

Affiche Sun-Ken Rock 1 Boitchi Images BAMBOO Edition 2008 Quatrième Ed

Notre héros japonais, Ken, tombe amoureux de Yumin, une jeune coréenne. Yumin est décidée de retourner dans son pays pour devenir agent de police. Ken fait exactement le chemin inverse du créateur, scénariste et dessinateur, Boitchi, venu de Corée pour s’installer au Japon. Il catapulte immédiatement la narration dans les failles de notre époque. La perte d’une famille à 16 ans, « je n’avais plus rien ».  Les milieux interlopes de Séoul. Les petites frappes locales. La prostitution et les rackets.

SPEAR ! SPEAR !!
Les corps sont alors happés par le sol, souvent les épaules voutées et la tête baissée. Les corps se relèvent par le trait rageur qui tente de s’opposer aux lois de la gravité. Et dans les combats, les corps s’envolent, supranaturels. Après un Spear, « cri poussé par les catcheurs », dans le quartier de Suwon, dans le grand combat du livre I, Chang do-helin s’écrit : « C’est.. .C’est pas possible…personne ne peut sauter aussi haut !! »

ARMANI PLUTÔT QUE VALENTINO
Le premier mot qui permet le mieux de définir le dessin de Boitchi est la puissance, puissance graphique associée à l’énergie narrative. Le dessin déborde du pathos et s’hypertrophie en conséquence, jusqu’à anesthésier ce reste de sensibilité qui reste lové au cœur de Ken. Si bien que l’on pense parfois que le dessin réussit à aliéner le trait de Boitchi. Les cases se heurtent et poussent un autre style devenu en une case évanescent. Le trait est dans l’instantané. Une pensée, une émotion, un style, un dessin, une case. Il y a donc des centaines de Ken et, presque, jamais le même. Le costume, un Valentino, plutôt qu’un Armani, le « nec plus ultra pour le combat », parce que « extrêmement léger…ce qui convient parfaitement à mon style de combat. »

L’ÂME DOMINE LA LIGNE
Le code classique narratif vole en éclat. Les images ne sont pas liées aux personnages, mais à l’histoire, aux sentiments des personnages. Le manga devient donc une lecture de l’âme. Boitchi dispose d’une palette graphique à l’infini. Du dessin schématique enfantin au dessin au graphisme parfaitement photographique. Il nous propose une balade dans l’évolution des styles et des formes toujours en relation avec le ressenti des personnages.

Le manga prend une architecture qui se bâtit avec des formes multiples, n’ayant aucune réserve pour opposer deux dessins au graphisme diamétralement opposé. C’est le langage émotionnel qui parle et qui soumet le graphisme. C’est l’âme qui domine la ligne. La raison des personnages dépasse et submerge la raison esthétique. « La beauté d’un tableau réside, non dans la beauté visuelle, mais dans la beauté du raisonnement qu’il sollicite » (John Ruskin).

NE PAS SE BATTRE SANS RAISON VALABLE
NI DESSINER SANS RAISON VALABLE
Ainsi la ligne est élastique. Nous retrouvons des expressions des dessins animés de Tex Avery, avec des yeux qui sortent, totalement exorbités. Boitchi  s’éloigne aussi vite du réalisme qu’il s’en approche. Boitchi est un idéaliste dans son dessin comme Ken dans sa vie. « Plus question de se battre sans raison valable !…Je ne veux pas d’un type qui attaque ses adversaires en traître… »

Le dessin est donc transparent. Il n’existe que comme prolongation des états d’âme. L’énergie passe directement et facilite une lecture globalisante en évitant la surenchère d’explications. La place est à l’image d’abord, puisque dans l’image il y a tout, ou presque. L’image est comme en apesanteur, libérée de ses accroches que sont les explications inutiles.

PRÊT A TOUT POUR FAIRE UN BON MANGA
C’est l’efficacité et l’imagination qui priment. Comme pour les combats. Il faut faire sa place dans le monde impitoyable des mangas. L’important est de faire mouche. Il faut donc toucher et ne pas esquiver. Il y a de l’urgence dans le dessin de Boitchi, de la fulgurance. Les scènes de combat sont des explosions graphiques. Il faut aller au-devant, au-dedans. Rentrer dans la chair et dans les cranes. Boitchi plonge dans l’histoire avec cette immédiateté et cette proximité. Il semble nous dire comme Proudhon : «Je sais ce que c’est que la misère, j’y ai vécu. » il met ainsi le paquet dès le premier volet de la série. Comme Boitchi photographié à la fin prenant tous les risques au-dessus d’un immeuble appuyé à des tuyaux dans le vide : « Eh oui, je suis prêt à tout pour pouvoir faire un bon manga. » Il rejoint ainsi Lamennais, dans son Esquisse d’une philosophie : « Les artistes doivent descendre au fond des entrailles de la société, recueillir en eux-mêmes la vie qui y palpite…La religion de l’avenir projette ses premières lueurs sur le genre humain en attente et sur ses futures destinées : l’artiste doit en être le prophète. » Boitchi est un des prophètes apocalyptique de notre société.

ETAT = MAFIA
Ainsi sa vision de l’Etat comparée à une mafia. Juste un différentiel dans la taille. La finalité est la même. Le pouvoir et la coercition pour les réfractaires. Le chef mafieux des gundals coréens à Ken, qui souhaite rentrer dans le corps de police coréen : « Gang, Etat, entreprise monopolistique… tout ça, c’est du pareil au même, tu sais. Et la ressemblance est particulièrement frappante quand on compare le fonctionnement d’un gang et d’un Etat. Un Etat possède une sphère d’influence exclusive qui regroupe deux choses : un territoire et une population. Afin qu’aucun élément ne pénètre dans sa sphère, il est prêt à utiliser la force si besoin est. Recourir à la force pour défendre son territoire est la première caractéristique commune entre un gang et un Etat… pour moi, un Etat a tout du parfait gang à ses débuts… »

Comme la vie en complète mutation, le dessin se transforme et mène la barque. Les Ken sont embarqués dans la frénésie de la mafia coréenne. L’histoire va vite sans savoir du dessin ou de l’intrigue qui mène le bal entre subtilité et charge émotionnelle.

 Jacky Lavauzelle