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LA COPLA – Poème de Manuel MACHADO – 1920

Juan Gris – Vue sur la baie (1921)
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Manuel Machado Ruiz
(Sevilla, 29 de agosto de 1874-Madrid, 19 de enero de 1947)
(Séville, 29 août 1874-Madrid, 19 janvier 1947)

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Tableau de Juan Gris – Violon et Damier (1913)

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TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE
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Hasta que el pueblo las canta,
Jusqu’à ce que les gens ne les chantent,
las coplas, coplas no son,
aucun de nos coplas n’existe,
y cuando las canta el pueblo,
et dès que les gens les chantent,
ya nadie sabe el autor.
l’auteur aussitôt ils oublient.

Tal es la gloria, Guillén,
Telle est la gloire, Guillen,
de los que escriben cantares:
de ceux qui écrivent des chansons :
oír decir a la gente
entendre les gens dire
que no los ha escrito nadie.
que personne ne les a écrites.

Procura tú que tus coplas
Veille donc que tes coplas
vayan al pueblo a parar,
viennent se perdre dans le peuple,
aunque dejen de ser tuyas
qu’ils cessent d’être les tiens
para ser de los demás.
et soient pour tous les autres.

Que, al fundir el corazón
Que, en dissolvant notre cœur
en el alma popular,
dans l’âme populaire,
lo que se pierde de nombre
notre nom se perde
se gana de eternidad.
pour gagner l’éternité.

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LA COPLA
DANS LA FEMME ET LE PANTIN
ROMAN DE
Pierre Louÿs

La Femme et le Pantin : roman espagnol
Apparition d’une petite moricaude dans un paysage polaire
Librairie Charpentier et Fasquelle (p. 55-72)


(EXTRAIT)

Tout le wagon savait déjà qu’elle était élève au couvent de San José d’Avila, qu’elle se rendait à Madrid, qu’elle allait retrouver sa mère, qu’elle n’avait pas de novio et qu’on l’appelait Concha Perez.

Sa voix était singulièrement pénétrante. Elle chantait sans bouger, les mains sous le châle, presque étendue, les yeux fermés ; mais les chansons qu’elle chantait là, j’imagine qu’elle ne les avait pas apprises chez les sœurs. Elle choisissait bien, parmi ces coplas de quatre vers où le peuple met toute sa passion. Je l’entends encore chanter avec une caresse dans la voix :

Dime, niña, si me quieres;
Por Dios, descubre tu pecho…

ou :

Tes matelas sont des jasmins, 
Tes draps des roses blanches, 
Des lis tes oreillers, 
Et toi, une rose qui te couches.

Je ne vous dis que les moins vives.

Mais soudain, comme si elle avait senti le ridicule d’adresser de pareilles hyperboles à cette sauvagesse, elle changea de ton son répertoire et n’accompagna plus la danse que par des chansons ironiques comme celle-ci, dont je me souviens :

Petite aux vingt novios
(Et avec moi vingt et un), 
Si tous sont comme je suis
Tu resteras toute seule.

La gitane ne sut d’abord si elle devait rire ou se fâcher. Les rieurs étaient pour l’adversaire et il était visible que cette fille d’Égypte ne comptait pas au nombre de ses qualités l’esprit de repartie qui remplace, dans nos sociétés modernes, les arguments du poing fermé.

Elle se tut en serrant les dents. La petite, complètement rassurée désormais sur les conséquences de son escarmouche, redoubla d’audace et de gaieté.

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LES POÈMES DE MANUEL MACHADO

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