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MILLION DOLLAR BABY – LA BOXE AU COEUR

 Clint Eastwood
MILLION DOLLAR BABY
2004

Million Dollar Baby Artgitato Eastwood

 La Boxe au cœur

« Personne ne t’a-t-il dit que ces yeux audacieux, Ces doux yeux audacieux, Ces doux yeux, devraient être mieux avisés ? Ou avertie du désespoir que connaissent Les papillons qui se brûlent les ailes ? J’aurais pu t’avertir ; mais tu es jeune, Ainsi nous parlons une langue différente. Ô, tu prendras tout ce qui s’offre, Et rêveras que le monde est tout amitié ; Tu souffriras comme ta mère a souffert, Et sera brisée, comme elle, pour finir ; Mais je suis vieux, tu es jeune, Et je parle une langue barbare » (Yeats, Deux ans plus tard)

LA BOXE, C’EST CONTRE NATURE,
TOUT MARCHE A L’ENVERS !

Le mouvement le plus sûr n’est pas nécessairement droit devant. En boxe plus qu’ailleurs. Il faut tout oublier, se mettre d’abord à nu, puis ensuite apprendre au plus profond les règles fondamentales. C’est le rôle de l’entraîneur Frankie Dunn (Clint Eastwood). Et Dunn à l’envers donne Nud, Nude, Nu.

IL FAUT DECAPER JUSQU’A L’OS

La nudité va plus loin que le vernis, elle va profond, jusqu’à l’os. Il faut que tout se vide. Pour qu’enfin l’être se remplisse.  « Pour fabriquer un boxeur, il faut décaper jusqu’à l’os. Il ne suffit de leur dire d’oublier tout ce que l’on a appris. Il faut les épuiser jusqu’à ce qu’ils n’écoutent plus que toi, qu’ils n’entendent plus que toi, qu’ils ne fassent plus que ce que tu leur dis. Rien d’autre. Leur expliquer comment garder leur équilibre et faire perdre le sien à l’adversaire. Comment faire partir l’impulsion d’un orteil et fléchir les genoux. Comment continuer à se battre en reculant pour décourager l’autre de te poursuivre, et ainsi de suite, et, quand on a tout vu, on recommence encore et encore, jusqu’à ce qu’ils croient qu’ils ont ça dans le sang ».

« A NOUS QUI SOMMES VIEILLES, VIEILLES ET GAIES, O SI VIEILLES » (Yeats, L’Île du lac d’Innisfree)

Le personnage de Frankie prend à contrepied l’image que chacun se fait d’un entraîneur un peu mafieux. Si la carapace est dure, le cœur est tendre. « Ils trouvèrent un vieil homme qui y courait…il avait l’œil vif d’un écureuil » (Yeats, Baile et Aillinn). Il ne tardera pas à prendre sous son aile l’oiseau mazouté par la vie qu’est Hilary Swank (Maggie Fitzgerald). Il apprend le gaëlique pour lire le poète irlandais dans le texte. Il est soigneur et poète. Il soigne les plaies du corps et tente de comprendre comment se referment celles de l’âme. D’où son incessant questionnement auprès du curé. « Je chevauchai le long des plaines du rivage, où tout est nu et gris » (Yeats, Le voyage d’Usheen).

TU EXPRIMES TES EMOTIONS, C’EST BIEN !

Frankie et Eddie ‘Scrap’ (Morgan Freeman) sont les deux vieux amis qui vivent leurs souvenirs et leurs regrets aussi ? « Vieux arbres brisés par la tempête, Qui projettent leurs ombres sur le chemin et le pont » (Yeats, En souvenir du Commandant Robert Gregory). Ils se connaissent par cœur et au travers du cœur : « Tu fais des progrès à ce que je vois. Tu exprimes tes émotions, c’est bien ! »

« CE QUE JE TE DEMANDE CE N’EST PAS DE COGNER DUR,
C’EST DE COGNER JUSTE ! »

Une fois nu, le travail peut commencer. Marcher et respirer. Apprendre à se tenir. Comme un nouveau-né. Il lui faut ensuite quatre à cinq ans pour que celui-ci marche et parle et puisse commencer à vivre, à se défendre, à argumenter. Il faut quatre ans aussi pour faire un véritable boxeur. Hilary doit réapprendre à frapper, à bouger, à tenir son menton, son buste.

TE FAIRE PERDRE L’EQUILIBRE

A tourner, à avancer et reculer, à savoir prendre pour donner. « Dis-toi que ce n’est pas un sac. Il faut d’abord que tu t’imagines que c’est un homme et qu’il bouge sans arrêt. Il te tourne autour et puis, il s’éloigne de toi. Il ne faut pas que tu essaies de frapper quand il vient vers toi, parce que le résultat, c’est qu’il va te repousser et que les coups ne porteront pas, il va les amortir et te faire perdre l’équilibre. Donc tu ne le perds pas des yeux, tu lui tournes autour. La tête bien mobile. Toujours une épaule bien en arrière, toujours prête à lui balancer une bonne frappe, le menton bien rentré… »

AU LIEU DE FUIR LA DOULEUR, TU VAS LA CHERCHER !

Ensuite, connaître ses limites. « S’il y a de la magie dans la boxe, c’est la magie du combat livré au-delà de ses propres limites, au-delà des côtes fêlées, des reins brisés, des rétines décollées. La magie qui fait qu’on prend tous les risques pour un rêve qu’on est seul à connaître».

« S’IL N’Y AVAIT POINT DE JOIE SUR TERRE, RIEN NE CHANGERAIT ET NE NAÎTRAIT PLUS » (Yeats, Les Voyages d’Usheen)

« Elle avait grandi avec une certitude : elle ne valait rien ! ». La frappe et la rage de Hilary montre à chaque pas l’étendue de la faille. Le cratère est immense, et les dons de Frankie ne pourront pas complètement le gommer. C’est un petit chat perdu dans notre monde.

C’EST QU’EN BOXANT QUE JE ME SENS BIEN !

« J’enterre une année de plus à entasser des piles d’assiettes et des steaks. Et je fais ça depuis l’âge de treize ans… A côté de ça, mon frère est en prison, ma sœur a perdu son bébé et elle arnaque les services sociaux en leur faisant croire qu’elle l’élève. Mon père est décédé et ma mère pèse cent vingt kilos. Alors, si j’étais réaliste, je retournerais vivre là-bas, j’achèterais une caravane d’occase, une friteuse, de la bière, du beurre de cacahouète. Mon problème, c’est qu’en boxant que je me sens bien. Alors, si je suis trop vieille, j’aurais tout raté ! » Il lui reste toute sa fierté et son courage, sa rage. Elle fonce dès le début du combat. Elle broie ses adversaires. Les émiette. Une extrême force et pourtant si fragile…

« Mais certaines blessures sont trop profondes, trop près de l’os. On a beau faire, elles ne s’arrêteront jamais de saigner »

Jacky Lavauzelle