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POUR UNE HEURE D’AMOUR – Poésie de Lope de Vega – No sabe qué es amor quien no te ama

Littérature espagnole
Literatura española
Poésie espagnole
Poesía española

BNE Biblioteca Nacional de España Biblitothèque Nationale d'Espagne Artgitato Madrid Lope de Vega
Lope de Vega, La Bibliothèque d’Espagne – Biblioteca de españa – Photo Jacky Lavauzelle

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TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE
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LOPE DE VEGA
Félix Lope de Vega y Carpio
Madrid 25 novembre 1562 – Madrid 27 août 1635

RIMES SACRÉES
Rimas sacras


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POUR UNE HEURE D’AMOUR
No sabe qué es amor quien no te ama

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Ramon Casas, Sífilis, affiche, 1900, Barcelone, musée national d’art de Catalogne

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No sabe qué es amor quien no te ama,
Il ne sait pas ce qu’est l’amour celui qui ne t’aime pas,
celestial hermosura, esposo bello;
beauté céleste, bel époux ;
tu cabeza es de oro, y tu cabello
ta tête est d’or et tes cheveux
como el cogollo que la palma enrama.
comme le bourgeon que le palmier recouvre.

*

Tu boca como lirio que derrama
Ta bouche, un lis d’où se répand
licor al alba; de marfil tu cuello;
une liqueur à l’aube ; ton cou un bel ivoire ;
tu mano el torno y en su palma el sello
ta main une tour et dans sa paume le sceau
que el alma por disfraz jacintos llama.
que l’âme porte pour protéger les jacinthes.

*

¡Ay, Dios!, ¿en qué pensé cuando, dejando
Ô mon Dieu ! qu’ai-je pensé quand, laissant
tanta belleza y las mortales viendo,
tant de beauté au regard des mortels,
perdí lo que pudiera estar gozando?
j’ai perdu ce que j’aurai dû apprécier ?

*

Mas si del tiempo que perdí me ofendo,
Mais si le temps que j’ai perdu me peine,
tal prisa me daré, que una hora amando
je vais me presser pour qu’une heure d’amour
venza los años que pasé fingiendo.
détruise toutes les années passées à faire semblant.

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LA POÉSIE de LOPE DE VEGA
LA POESIA DE LOPE DE VEGA

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Mientras por competir con tu cabello de GONGORA Texte & Traduction – Pour rivaliser avec ta chevelure

 

Luis de Góngora y Argote
Literatura
española – Littérature Espagnole
Siècle d’or espagnol -Siglo de Oro 

 

Luis de Góngora y Argote
1561-1627

Sonetos – Sonnets

Mientras por competir con tu cabello
1582

Mientras por competir con tu cabello Luis de Góngora y Argote Artgitato Soneto Sonnet

 

Mientras por competir con tu cabello

Pour rivaliser avec ta chevelure

 

 

Mientras por competir con tu cabello,
Pour rivaliser avec ta chevelure
oro bruñido al sol relumbra en vano;
Le soleil d’or bruni brille en vain
mientras con menosprecio en medio el llano
Tandis qu’avec mépris au milieu de la plaine
mira tu blanca frente el lilio bello;
Se confond la blancheur de ton front et la, beauté du lys ;

**

 mientras a cada labio, por cogello,
Tandis que chaque lèvre, pour cueillir,
siguen más ojos que al clavel temprano;
aimantent plus de regards que pour l’œillet précoce,
 y mientras triunfa con desdén lozano
et tandis que triomphe avec dédain
del luciente cristal tu gentil cuello;
ton adorable cou sur le brillant cristal.

**

 goza cuello, cabello, labio y frente,
profite de ce cou, de ces cheveux, de ces lèvres et de ce front
antes que lo que fue en tu edad dorada
avant que ce qui fut en ton âge rayonnant
oro, lilio, clavel, cristal luciente,
or, lys, œillet, cristal brillant,

**

 no sólo en plata o vïola troncada
non seulement en argent ou en violette passée
se vuelva, mas tú y ello juntamente
devienne, toi et eux réunis,
 en tierra, en humo, en polvo, en sombra, en nada.
en terre, en fumée, en poussière, en ombre, en rien.

 

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Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
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PHA THAT LUANG (Vientiane) UN CHEVEU SUR LE CŒUR DU LAOS

LAOS
ລາວ
VIENTIANE
ວຽງຈັນ

Le Pha That Luang 

ທາດຫລວງ Pha That Luang Vientiane Artgitato 4 Jayavarman VII

UN CHEVEU
SUR LE CŒUR
DU LAOS

Au crépuscule, les formes s’estompent et se mettent en parenthèses. La densité et l’ambiguïté donne au  stūpa (स्तूप) une masse désormais sombre et fantomatique. Loin des exubérances de la ville, Pha That Luang s’est décentré, comme fuyant le mouvement et les bruits. Pha That Luang Vientiane Artgitato 7

Avec lui, le centre s’est décentré. Il ne reste que des moments de la ville, des moments du souffle, des moments de la respiration, la nôtre et les autres. Le chuchotement qui pourtant arrive, raconte la ville.

Celle-ci enfin se partage ou se livre. Les paramètres des couleurs ne tarderont pas à revenir, à revivre.

La nuit enregistre sa musique comme elle compose autour des soupirs et des espoirs des fidèles.Pha That Luang Vientiane Artgitato 8

Les dorures de l’aube déjà arrondissent les pointes et les angles du dhātu-chaitya. Nos mains aussi se réchauffent par des ondes invisibles. Nous entendons le cheveu de Bouddha quelque part qui frémit dans ce lieu de mort qui, même dans le noir d’une nuit sans lune, flamboie. Le feu est là qui toujours demande,  « Le séjour des morts, le sein stérile, une terre non rassasiée d’eau et le feu ne dit jamais : « Assez ! » (La Bible, Proverbes, 30, 16)Pha That Luang Vientiane Artgitato 3

Si près, le Bouddha couché devient l’horizon le plus lointain. Il ouvre la voie. Le feu du bâtiment est là, pleinement. Et le flot des spectateurs ou des adorateurs arrive comme dans ce passage de la Bhagavad Gita :  « De même que les multiples eaux des fleuves au courant rapide coulent tête la première dans l’océan, ainsi ces héros du monde des hommes pénètrent dans tes bouches et s’y embrasent. Comme des papillons se précipitent, pour leur perte, dans la flamme brillante, ainsi, pour leur perte, les gens se précipitent dans tes bouches. De tes bouches enflammées, tu lèches, tout en les dévorant, les mondes entiers en remplissant la totalité de l’univers de tes ardeurs, tes splendeurs terribles te consument, ô Vishnu ! » (Bhagavad Gita, Chant XI, 28-30, Ed Fayard, trad. Anne-Marie Esnoul & Olivier Lacombe)Pha That Luang Vientiane Artgitato 2

La matière change de forme pour devenir un incendie gigantesque. La foi est dans ce feu ; « C’est un feu que je suis venu apporter sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! » (Luc, 12, 49). La création mélodique suit l’enceinte monochrome, qui devient profonde, et se transforme en cocon.

Les nuages nombreux ce matin soulèvent, un à un, les voiles et se posent au milieu. Tout au milieu. Comme concentrés à sa pointe. Pendant la migration des formes vers l’enceinte, les ombres rassurantes couvraient nos peaux avec une si douce insistance qu’elles se gravaient à force de passer et de repasser. Vaguement, les nuages infléchissaient des ponctuations dorées, elles aussi.Pha That Luang Vientiane Artgitato 6

Le jour pressenti balançait des rayons au miroir du stupa. Le jour est là, mais il est loin aussi. Il sait qu’ici il n’y a rien à attendre. Deux soleils ne peuvent régner ensemble sur la même nation.

« Voici l’expérience intérieure : Sushumnâ, l’artère du Brahman, est au milieu du corps subtil ; par son éclat, elle ressemble au Soleil et à la Pleine Lune ; elle jaillit du Centre de la Base et monte droit jusqu’à l’ouverture du Brahman ; elle en est l’Energie, tel un serpent enroulé sur lui-même, flamboyant comme mille éclairs, délicate comme une tige de lotus… Et, quand, par le Yoga du Passeur, l’adepte perçoit en permanence une lumière au sommet de son front, il atteint la perfection…D’autres fois, cette lumière est vue de l’intérieure du cœur : si l’on veut donc gagner la Délivrance, on devra pratiquer de la sorte l’expérience intérieure ! » (Sept Upanishads, Advaya – Târaka Upanishad, 5, Ed. du Seuil, Trad. Jean Varenne)

Le jour reste là, maintenant, au-delà des rues et des temples.

Le Pha That Luang, le temps de la nuit, s’est endormi. Désormais, il rayonne. Il raconte plus le monde qu’il ne raconte la ville. La ville, elle, est contée par le Mékong et par Patuxai. Le temple est hors de la ville, hors du centre. Il est au-dessus de la ville, et au-dessus des villes et des montagnes. Il raconte la vie, il raconte l’histoire, celle des rois tutélaires à l’image de Jayavarman VII, le roi khmère d’Angkor qui trône dans le cloître.

Le temple veille. Bouddha a perdu un cheveu, mais il illumine les hommes.

 

Jacky Lavauzelle