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LES SONNETS SHAKESPEARE THE SONNETS

 WILLIAM SHAKESPEARE
THE SONNETS – LES SONNETS


WILLIAM SHAKESPEARE
[1564 – 1616]

Traduction JACKY LAVAUZELLE

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SONNET

The Sonnets
Les Sonnets

 1598-1599-1609

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SONNET 1

From fairest creatures we desire increase,
Des plus belles créatures nous désirons le décuplement,
That thereby beauty’s rose might never die,
Pour que la rose de la beauté ne meure jamais,

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SONNET 2

When forty winters shall besiege thy brow,
Lorsque quarante hivers assiégeront ton front,
And dig deep trenches in thy beauty’s field,
Et creuseront des profondes tranchées dans le champ de ta beauté,

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SONNET 3

Look in thy glass, and tell the face thou viewest
Regarde ton miroir, et dis au visage que tu regardes
Now is the time that face should form another;
Qu’il est venu le temps où ce visage doit devenir autre ;

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SONNET 4

Unthrifty loveliness, why dost thou spend
Prodigue beauté, pourquoi dilapides-tu
Upon thy self thy beauty’s legacy?
L’héritage de ta beauté?

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SONNET 5

Those hours, that with gentle work did frame
Ces heures qui ont sculpté d’un si doux travail
The lovely gaze where every eye doth dwell,
Ce beau regard où chaque oeil s’attarde,

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SONNET 6

Then let not winter’s ragged hand deface,
Aussi ne laisse pas effacer l’âpre main de l’hiver,
In thee thy summer, ere thou be distill’d:
En toi, ton été, avant que tu ne te sois distillée :

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SONNET 7

 Lo! in the orient when the gracious light
Vois ! vois vers l’orient quand la lumière gracieuse du soleil
Lifts up his burning head, each under eye
Lève sa tête brûlante, chaque œil

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SONNET 8

Music to hear, why hear’st thou music sadly?
Ta voix est musique, pourquoi écouter la musique tristement ?
Sweets with sweets war not, joy delights in joy:
Le doux au doux ne s’oppose, la joie dans la joie se plaît :

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SONNET 9

Is it for fear to wet a widow’s eye,
Est-ce par crainte de mouiller les yeux d’une veuve,
That thou consum’st thy self in single life?
 Que tu te dessèches dans une vie solitaire ?

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SONNET 10

For shame! deny that thou bear’st love to any,
Quelle honte ! Nies-tu que tu n’aimes personne,
Who for thy self art so unprovident.
Tu es pour toi-même si aventurière.

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SONNET 11

 As fast as thou shalt wane, so fast thou grow’st,
Aussi vite que tu péricliteras, aussi vite tu grandiras,
In one of thine, from that which thou departest;
Dans l’un des tiens, de tout ce dont tu t’es départi ;

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SONNET 12

When I do count the clock that tells the time,
Quand je compte les heures de l’horloge,
And see the brave day sunk in hideous night;
Et vois la journée courageuse s’enfoncer dans une hideuse nuit ;

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SONNET 13

O! that you were your self; but, love you are
O ! si seulement vous étiez vous-même ! Mais, ma bien-aimée,
No longer yours, than you your self here live:
Vous n’êtes à vous qu’ici-bas :

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SONNET 14

Not from the stars do I my judgement pluck;
Ce n’est pas des étoiles que mon jugement puise ;
 And yet methinks I have astronomy,
Et pourtant, je pense que je suis sensible à l’astronomie,

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SONNET 15

When I consider every thing that grows
Quand je considère que tout ce qui se développe
Holds in perfection but a little moment,
 Ne se tient dans la perfection qu’un si court moment,

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SONNET 16

 But wherefore do not you a mightier way
Mais pourquoi n’avez-vous pas de manière plus puissante
Make war upon this bloody tyrant, Time?
Pour guerroyer contre ce tyran sanguinaire : le Temps ?

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SONNET 17

Who will believe my verse in time to come,
Qui croira mes versets dans les temps à venir,
If it were fill’d with your most high deserts?
Si de vos mérites les plus élevés, ils s’en trouvaient saturés ?

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SONNET 18

Shall I compare thee to a summer’s day?
Dois-je te comparer à un jour d’été ?
Thou art more lovely and more temperate:
Tu es plus belle et plus tempérée :

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SONNET 19

Devouring Time, blunt thou the lion’s paws,
Temps insatiable, rogne les griffes du lion,
And make the earth devour her own sweet brood;
Et fais dévorer par la terre sa propre descendance ;

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SONNET 20

A woman’s face with nature’s own hand painted,
Un visage de femme peint de la main de la nature,
Hast thou, the master mistress of my passion;
Voilà ce que tu as, maître et maîtresse de ma passion ;

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SONNET 21

So is it not with me as with that Muse,
Je ne ferai donc pas comme cette Muse
Stirr’d by a painted beauty to his verse,
Qui exalte une splendeur peinte par son vers,

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SONNET 22

My glass shall not persuade me I am old,
Mon miroir ne me persuadera nullement que je suis vieux,
So long as youth and thou are of one date;
Tant que tant la jeunesse et toi serez du même âge ;

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SONNET 23

As an unperfect actor on the stage,
Comme un médiocre acteur sur scène,
Who with his fear is put beside his part,
Qui, par sa peur, se détourne de son rôle,

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SONNET 24

Mine eye hath play’d the painter and hath steel’d,
Mon oeil a joué au peintre en traçant
Thy beauty’s form in table of my heart;
La forme de ta beauté sur mon cœur ;

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SONNET 25

Let those who are in favour with their stars
Ceux qui sont dans les bonnes faveurs de leurs étoiles
Of public honour and proud titles boast,
Se couvrent d’honneurs publics et de titres glorieux,

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SONNET 26

Lord of my love, to whom in vassalage
Seigneur de mon amour, en vassal
Thy merit hath my duty strongly knit,
Ton mérite a puissamment attaché mon devoir,

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SONNET 27

Weary with toil, I haste me to my bed,
Lourd de fatigue, je me précipite vers mon lit,
The dear repose for limbs with travel tir’d;
Cher repos pour mes membres froissés par le voyage ;

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SONNET 28

How can I then return in happy plight,
Comment puis-je revenir dans un meilleur état,
That am debarre’d the benefit of rest?
Quand je n’ai plus le bénéfice du repos ?

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SONNET 29

When in disgrace with fortune and men’s eyes
Quand, dans mon malheur avec la fortune et dans les yeux des hommes,
 I all alone beweep my outcast state,
Je suis seul face à mon désarroi,

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WILLIAM SHAKESPEARE

Shakespeare
The Droeshout portrait
1623

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WILLIAM SHAKESPEARE
par CHATEAUBRIAND

extrait

Des commentateurs se sont figuré que Shakespeare rendait hommage à la reine Élisabeth ou à lord Southampton, transformé symboliquement dans les sonnets en une maîtresse. Rien de plus commun au XVe siècle que ce mysticisme de sentiment et cet abus de l’allégorie : Hamlet parle d’Yorick comme d’une femme, quand les fossoyeurs retrouvent sa tête. « Hélas ! pauvre Yorick ! je l’ai connu, Horatio : c’était un compagnon joyeux et d’une imagination exquise……… Là étaient attachées ces lèvres que j’ai baisées ne sais combien de fois ! »
That I have kiss’d, I know not how oft.
Au temps de Shakespeare l’usage de s’embrasser sur la joue était inconnu : Hamlet dit à Yorick ce que Marguerite d’Écosse disait à Alain Chartier.
Quoi qu’il en soit beaucoup de sonnets sont visiblement adressés à des femmes. Des jeux d’esprit gâtent ces effusions érotiques ; mais leur harmonie avait fait surnommer l’auteur le poète à la langue de miel.
Le créateur de Desdémone et de Juliette vieillissait sans cesser d’être amoureux. La femme inconnue à laquelle il s’adresse en vers charmants, était-elle fière et heureuse d’être l’objet des sonnets de Shakespeare ? On peut en douter la gloire est pour un vieil homme ce que sont les diamants pour une vieille femme : ils la parent, et ne peuvent l’embellir…

SHAKESPEARE
Chateaubriand
Revue des Deux Mondes
Tome 5
1836

La Fuente del Ángel Caído – Monumento del Ángel Caído – PARQUE DE EL RETIRO MADRID

Madrid – Мадрид – 马德里
——

Madrid Blason Artgitato  Madrid L'Ours & L'arbousier Artgitato La estatua del oso y del madroño

Photos Jacky Lavauzelle
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Madrid Drapeau Artgitato


PARQUE DE EL RETIRO
Парк Ретиро
La Fuente del Ángel Caído
La Fontaine de l’Ange déchu
Monumento del Ángel Caído

INAUGURATION 1885

Escultura
obra de Ricardo Bellver
1845-1924
El_escultor_Ricardo_Bellver Retrato del escultor español Ricardo Bellver 1845-1924
Madrid Fuente del Ángel Caído Parque de El Retiro artgitato 3

Madrid Fuente del Ángel Caído Parque de El Retiro artgitato 4

Carátulas del pedestal
Couverture du socle
par Francisco Jareño y Alarcón
1818-1892

Francisco_Jareño_y_Alarcón

Madrid Fuente del Ángel Caído Parque de El Retiro artgitato 5

El paraíso perdido – Paradise Lost
Le Paradis perdu
John Milton
Chant I

John_Milton_signature_svg

« D’un seul coup d’œil et aussi loin que perce le regard des anges, il voit le lieu triste dévasté et désert : ce donjon horrible, arrondi de toutes parts, comme une grande fournaise flamboyait. De ces flammes point de lumière ! mais des ténèbres visibles servent seulement à découvrir des vues de malheur ; régions de chagrin, obscurité plaintive, où la paix, où le repos, ne peuvent jamais habiter, l’espérance jamais venir, elle qui vient à tous ! mais là des supplices sans fin, là un déluge de feu, nourri d’un soufre qui brûle sans se consumer.
Tel est le lieu que l’éternelle justice prépara pour ces rebelles ; ici elle ordonna leur prison dans les ténèbres extérieures ; elle leur fit cette part trois fois aussi éloignée de Dieu et de la lumière du ciel, que le centre de la création l’est du pôle le plus élevé. Oh ! combien cette demeure ressemble peu à celle d’où ils tombèrent !
Là bientôt l’archange discerne les compagnons de sa chute, ensevelis dans les flots et les tourbillons d’une tempête de feu. L’un d’eux se vautrait parmi les flammes à ses côtés, le premier en pouvoir après lui et le plus proche en crime : longtemps après connu en Palestine, il fut appelé Béelzébuth. Le grand ennemi (pour cela nommé Satan dans le ciel), rompant par ces fières paroles l’horrible silence, commence ainsi :
« Si tu es celui… Mais combien déchu, combien différent de celui qui, revêtu d’un éclat transcendant parmi les heureux du royaume de la lumière, surpassait en splendeur des myriades de brillants esprits !… Si tu es celui qu’une mutuelle ligue, qu’une seule pensée, qu’un même conseil, qu’une semblable espérance, qu’un péril égal dans une entreprise glorieuse, unirent jadis avec moi et qu’un malheur égal unit à présent dans une égale ruine, tu vois de quelle hauteur, dans quel abîme, nous sommes tombés ! tant il se montra le plus puissant avec son tonnerre ! Mais qui jusqu’alors avait connu l’effet de ces armes terribles ! Toutefois, malgré ces foudres, malgré tout ce que le vainqueur dans sa rage peut encore m’infliger, je ne me repens point, je ne change point : rien (quoique changé dans mon éclat extérieur) ne changera cet esprit fixe, ce haut dédain né de la conscience du mérite offensé, cet esprit qui me porta à m’élever contre le plus Puissant, entraînant dans ce conflit furieux la force innombrable d’esprits armés qui osèrent mépriser sa domination : ils me préférèrent à lui, opposant à son pouvoir suprême un pouvoir contraire ; et dans une bataille indécise, au milieu des plaines du ciel, ils ébranlèrent son trône… »

John Milton
1608 – 1674
Le Paradis perdu
Traduction par François-René de Chateaubriand.
 Renault et Cie, 1861
pp. 1-21

Madrid Fuente del Ángel Caído Parque de El Retiro artgitato 1

Madrid Fuente del Ángel Caído Parque de El Retiro artgitato 2

L’Ange déchu

« Cependant, fendant l’air d’un vol sinistre et prompt,
Un archange déchu, qui portait sur son front
Le stigmate honteux qu’y mit le premier crime,
Se hâtait d’arriver à l’éternel abîme.

Loin des mondes brillants pour lesquels le jour luit,
Dépouillé de tout charme, et perdu dans la nuit,
Se trouve un vaste lieu dont l’aspect épouvante
Et que ne décrirait nulle langue vivante ;
C’est là que le Seigneur exile, pour jamais
L’ange altier qui du ciel osa troubler la paix.
Avec lui sont tombés ces Esprits pleins d’audace
Qui, dans leur fol orgueil, n’ont point demandé grâce
Au Maître tout-puissant qu’ils avaient offensé.
Ils maudissent enfin leur projet insensé ;
Mais leur regret est faux et leur souffrance est vaine,
Car leurs cœurs à jamais se nourrissent de haine.
Les images du ciel les suivent en tout lieu,
En tout lieu les atteint la justice de Dieu. »

Pamphile Le May — Reflets d’antan
La Découverte du Canada VI
L’Ange déchu – La Tempête

ROME LA CITE ETERNELLE – ROMA La città eterna

ROME – ROMA
La città eterna

Armoirie de Rome

Fontana di Trevi Fontaine de Trevi artgitato 14


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Flag_of_Lazio

ROMA
La città eterna
ROME
La Ville éternelle


The_Intervention_of_the_Sabine_Women Les Sabines L'Intervention des Sabines Les Sabines arrêtant le combat entre les Romains et les Sabins Jean-Louis David Rome Cité éternelle

« ROME, (Géog. anc.) la ville éternelle. Les anciens auteurs latins l’ont nommée Urbs, c’est-à-dire la ville par excellence, à cause du rang qu’elle tenoit sur toutes les autres villes du monde ; le nom de Rome, en latin Roma, lui a toujours été conservé. Envain l’empereur Commode voulut lui faire porter le nom de Colonie commodienne ; envain le roi des Goths l’appella Gothie ; envain même l’appella-t-on la ville d’Auguste, par flaterie pour ce prince ; l’intention de tous les souverains qui prétendirent lui donner leurs noms, n’a point été suivie par leurs successeurs. »

JAUCOURT – L’ENCYCLOPEDIE
Première édition
1751 – Tome 14

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LIENS SUR ROME


LA VILLA BORGHESE
La Villa Borghèse

Villa Borghese Villa Borghèse Rome Roma Pianta Generale Plan Général artgitato 2

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LE CHAMPS DE MARS – CAMPO MARZIO
CAMPUS MARTIUS

Le portique d’Octavie
Porticus Octaviae – Portico of Octavia – Portico di Ottavia – portique de Metellus -Portique de Sévère

Le Théâtre de Marcellus
Teatro di Marcello  -Theatrum Marcelli

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LE COLISEE
 COLISEO – COLOSSEUM – L’AMPHITHEÂTRE FLAVIEN

L’ARC DE CONSTANTIN
ARCO DI COSTANTINO – The Arch Of Constantine

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LES PLACES DE ROME
LE PIAZZE DI ROMA

Piazza Cavour
Place Camille Cavour

PALAZZO DI GIUSTIZIA
Palais de Justice
CORTE SUPREMA DI CASSAZIONE
Cour Suprême de Cassation
PIAZZA DEI TRIBUNALI
Place du Tribunal

La Colonne Trajane 
LA COLONNA TRAIANA
[TraianaColumna Traiani]
Piazza foro traiano
Forum de Trajan

Fontana di Trevi
Fontaine de Trevi
Piazza di Trevi

 Giardini di Sant’Andrea al Quirinale
 Jardin Saint-André
 NEI SECOLI FEDELE – HOMMAGE AUX CARABINIERS – Bicentenario dei Carabinieri

Piazza Colonna
La Place de la Colonne
Colonna di Marco Aurelio
La Colonne Marc-Aurèle
LES PLACES DE ROME Piazza Colonna - La Place de la Colonne et la colonne Marc-Aurèle - Colonna di Marco Aurelio - ROMA - ROME artgitato (6)

La Piazza del Popolo
La Place du Peuple

La Piazza del Quirinale
La Fontana dei Dioscuri
La Fontaine des Dioscures et l’Obélisque

Piazza di Spagna
Place d’Espagne

Piazza Navona
Place Navone

Piazza Venizia
Il Vittoriano -Le Victorien
MONUMENT A VICTOR-EMMANUEL II

Piazzale dei Martiri
Carré des Martyrs

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LES EGLISES DE ROME
Le Chiese di Roma

Basilica Santi Ambrogio e Carlo al Corso
Basilique Saint Ambroise et Saint Charles au Corso

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LES PONTS DE ROME
I PONTI DI ROMA

Ponte Regina Margharita
Pont de la Reine Marguerite de Savoie

Ponte Sant’Angelo
Pont Saint-Ange

Ponte Umberto I
Pont Humbert Ier

Ponte Vittorio Emanuele II
Pont Victor-Emmanuel II

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LES RUES DE ROME
Le strade di Roma

Via di Ripetta
Une Rue Romaine Authentique
Strada romana autentica

Croisement entre Via Quirinale (ex Via Pia) – Via du XX settembre et
la Via delle Quatro Fontane
Quattro Fontane
Incrocio delle Quattro Fontane

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LE TIBRE
FIUME TEVERE

Fotografie del Tevere
Photographies du Tibre

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LA CITE DU VATICAN
La Città del Vaticano

Le Musée du Vativan
I Musei Vaticani

Onze Musées
Cinq galeries et 1 400 salles
Date de Fondation 1506

L’Escalier de Bramante
Scala Bramante

Le Musée Egyptien
Museo Gregoriano Egizio

Le Musée Pio Clementino
Museo Pio Clementino

La Cour de la Pomme de Pin
Cortille della Pigna –

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« Ces méditations amenèrent le prince à soupçonner que l’expression « Rome éternelle » devait contenir un sens secret ; et il décida de se livrer à une étude approfondie de son peuple. Il l’observa dans les rues, dans les cafés, dont chacun avait ses pratiques attitrées, celui-ci les antiquaires, celui-là les chasseurs, un troisième les domestiques de cardinaux, un quatrième les artistes, un cinquième les jeunes gens et les petits-maîtres ; dans les auberges, ces osterie romaines où ne pénètre jamais l’étranger, où le nobile prend parfois place auprès du minente, où pendant les fortes chaleurs les clients mettent bas vestes et cravates ; dans les médiocres mais pittoresques guinguettes aux fenêtres sans carreaux, où familles et sociétés vont, comme ils disent, far allegria
Mais, pour toute réponse, le prince se plongea dans la contemplation de la Ville Éternelle, qui déroulait à ses pieds un éblouissant panorama. Églises et monuments, aiguilles et coupoles formaient sous les rayons de feu du couchant une masse étincelante d’où émergeaient, solitaires ou groupés, les toits et les statues, les terrasses et les galeries. À travers la fantasmagorie chatoyante, capricieuse comme une lanterne ajourée, des clochers et des dômes, on apercevait ici les formes sévères d’un palais, là-bas la voûte aplatie du Panthéon, plus loin le faîte ouvragé de la colonne de Marc-Aurèle, supportant la statue de saint Paul, sur la droite les bâtiments du Capitole sommés de coursiers et de statues. « 

Nicolas Vassiliévitch GOGOL
Rome
Traduction par Henri Mongault

Fratelli_D'Alessandri_-_n__060_-_Roma_-_Ingresso_al_Vaticano_con_la_guardia_degli_Svizzeri

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« Plus le prince poursuivait ses investigations, plus la fertilité de cette superbe époque le stupéfiait. « Où donc ont-ils trouvé le temps de produire tous ces chefs d’œuvre ? » s’exclamait-il. Ce côté admirable de Rome s’amplifiait tous les jours devant ses yeux. Les galeries se succédaient sans fin ; ici, cette église conservait une merveille de la peinture ; là, sur cette muraille qui s’effritait, une fresque à demi effacée captivait encore le regard ; plus loin, au-dessus de ces marbres, de ces colonnes, dépouilles d’anciens temples païens, resplendissait un plafond d’une immarcescible fraîcheur. Le prince ressemblait à un chercheur d’or qui découvre un gisement sous une couche de terre fort ordinaire. Et combien le sentiment de plénitude, de sérénité qu’il éprouvait en regagnant son palais différait du tumulte d’impressions qui l’assaillait à Paris quand il rentrait chez lui exténué, recru, impuissant le plus souvent à mettre de l’ordre dans ce chaos ! »

Nicolas Vassiliévitch GOGOL
Rome
Traduction par Henri Mongault

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Photos Jacky Lavauzelle
artgitato
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La città eterna

 

« Rome moderne, (Géog. mod.) C’est toujours la plus fameuse ville de l’univers, quoique l’empire romain soit détruit. On sait quelle est située sur le Tibre, environ à 155 lieues de Turin, à 300 de Madrid, à 330 au sud-est de Paris, à 340 d’Amsterdam, à 310 nord-ouest de Constantinople, & à 190 sud-ouest de Vienne. Long. suivant Cassini & Bianchini, 30. 10′. 30″. Latit. 41. 54. selon Gréave, 41. 46. La différence de méridiens entre Paris & Rome, est de 10. 19. 30. dont Rome est plus orientale que Paris.

Rome est non-seulement aujourd’hui la capitale de l’Italie dans l’état de l’Eglise, mais elle est encore à plus d’un égard, la capitale de tous les royaumes catholiques, puisque chacun d’eux a le droit d’y nommer un ministre, & que leurs causes ecclésiastiques, même leurs causes temporelles ; y sont jugées par le tribunal de la Rote, composé de juges de chaque nation. Dans cette ville,

Près de ce capitole, où regnoient tant d’allarmes,
Sur les pompeux débris de Bellone & de Mars,
Un Pontife est assis au trône des Césars.
Des prêtres fortunés foulent d’un pié tranquille
Les tombeaux des Catons, & la cendre d’Emile ;
Le trône est sur l’autel, & l’absolu pouvoir
Met dans les mêmes mains le sceptre & l’encensoir.
Voltaire.

La différence est néanmoins bien grande entre Rome ancienne, & Rome moderne ; je ne dirai pas avec Vopiscus, qui vivoit sous l’empire de Dioclétien, que les murailles de l’ancienne Rome avoient un circuit de cinquante milles, parce que je crois que c’est une faute des copistes ; je ne suis pas moins éloigné d’adopter les extravagantes exagérations de Vossius, qui donne à l’ancienne Rome plusieurs millions d’habitans ; mais en supposant qu’elle fût à-peu-près aussi peuplée que peut l’être Paris, il est certain que Rome moderne n’a pas cent quarante mille ames. »

JAUCOURT – L’ENCYCLOPEDIE
Première édition
1751 – Tome 14

CHATEAUBRIAND
Poésies diverses
Les Alpes ou l’Italie

L’Italie à mes pieds, et devant moi le monde,
Quel champ pour mes désirs !
Je volai, j’évoquai cette Rome féconde
En puissants souvenirs.

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Enea che fugge dalle fiamme di Troia salvando il padre Anchise e il figlio Ascani Bernini Le Bernin Galerie Borghese artgitato 8
ROME
18 décembre 1888
HONORE BEAUGRAND
Lettres de Voyages
Presses de la Patrie
1889 – Pages 157-167

« Je commence la première qui pourra avoir de l’intérêt, comme réminiscences, pour ceux qui ont déjà visité la Ville Éternelle.

Capitale du royaume d’Italie et métropole de l’univers catholique, Rome, avec une population de 300,000 habitants, est la ville du monde dont le nom éveille les plus nombreux et les plus grandioses souvenirs. Nulle cité n’est plus riche en monuments du passé ni en chefs-d’œuvre de l’art.

La ville est entourée de murailles percées de douze portes. Le Tibre la traverse du nord au sud et la divise en deux parties inégales, différentes d’aspect, mais l’une et l’autre intéressantes à divers titres. Sur la rive gauche, se trouvent la Rome des Césars, avec ses sept collines, aujourd’hui presque inhabitée, et la ville relativement moderne, qui est le centre du commerce. »

LA FONTAINE DE NEPTUNE Piazza Navona Place Navone Rome Roma artgitato 33

Emile ZOLA – LE PARADIS DES CHATS : MAUDITE LIBERTE !

Emile ZOLA
Le Paradis des chats

Emile Zola Le Paradis des chats Jean-Baptiste_Siméon_Chardin_La Raie 1728

MAUDITE LIBERTE !

Le Paradis des chats est une allégorie de la liberté. Le Loup et le Chien de la Fontaine, version chat. Version aménagée. Le « Dogue aussi puissant que beau » est le « chat d’Angora » et le « Loup (qui) n’avait que les os et la peau,  Tant les chiens faisaient bonne garde » est ce chat de gouttière qui « me mordit cruellement le cou », mais qui reste son ami. Mais à l’inverse de la fable, ce n’est pas le loup qui «aborde humblement » le chien de garde, mais le chat qui se jette dans cette rue étrange et dangereuse, « mes pattes glissaient sur le pavé gras. Je me souviens avec amertume de ma triple couverture et de mon coussin de plume. »

LA RUE N’EST PAS A NOUS
Il découvre que la rue n’est pas la liberté qu’il attendait. «Mais la rue n’est donc pas à nous ? On ne mange pas, et l’on est mangé ! »

En 1970, Walt Disney sort les Aristochats. L’histoire se déroule en 1910 à Paris. La belle Duchesse, une chatte persane blanche aux grands yeux bleus, et ses trois chatons, qui s’évadent lors du kidnapping du majordome, rencontrent Thomas O’Malley, un séduisant et distingué chat de gouttière. Puis, Duchesse rencontrera les amis d’O’Malley, Scat Cat et son groupe. Toute la famille retrouvera Madame Bonnefamille dans la bonne humeur du groupe de Scat Cat.

JE M’ENNUYAIS A ÊTRE HEUREUX
Walt Disney s’est bien inspiré du Paradis des chats d’Emile Zola. Il s’agit d’un jeune male angora qui s’ennuie dans son domicile parisien bourgeois. « Au milieu des douceurs, je n’avais qu’un désir, qu’un rêve, me glisser par la fenêtre entr’ouverte et me sauver sur les toits. Les caresses me semblaient fades, la mollesse de mon lit me donnait des nausées, j’étais gras à m’en écœurer moi-même. Et je m’ennuyais tout le long de la journée à être heureux. » Une sorte d’O’Malley avant le trottoir. Il est le plus heureux des chats dans la maison.

Comme disait Michel Audiard : « Quand je réveille mon chat, il a l’air reconnaissant de celui à qui l’on donne l’occasion de se rendormir. « 

 UN CHAT SUR UN NUAGE
Le chat rêve du monde, de l’extérieur, de l’aventure. Bref, le chat rêve du toit. « Il faut vous dire qu’en allongeant le cou, j’avais vu de la fenêtre le toit d’en face. Quatre chats, ce jour-là, s’y battaient, le poil hérissé, la queue haute, se roulant sur les ardoises bleues, au grand soleil, avec des jurements de joie. Jamais je n’avais contemplé un spectacle si extraordinaire. »

Et ce que chat veut, il l’obtient. Ce sont des fantômes, des esprits. « Je crois que les chats sont des esprits venus sur terre. Un chat, j’en suis convaincu, pourrait marcher sur un nuage. »  (Jules Verne)

DES SALONS AUX GOUTTIERES NATALES
Et quand le toit s’offre à lui et à ses pattes, c’est un réel bonheur : « Que les toits étaient beaux ! De larges gouttières les bordaient, exhalant des senteurs délicieuses. Je suivis voluptueusement ces gouttières, enfonçaient dans une boue fine, qui avait une tiédeur infinies. Il me semblait que je marchais sur du velours. Et il faisait une bonne chaleur qui fondait ma graisse. »

« J’aime dans le chat ce caractère indépendant et presque ingrat qui le fait ne s’attacher à personne, et cette indifférence avec laquelle il passe des salons à ses gouttières natales.  »  (François-René de Chateaubriand)

JE REGRETTAI MA PRISON
Arrive le malheur raconté au début. Le souvenir de la maison chaude et tranquille. « C’est alors que je compris que le mou frais était excellent. » La dureté de la rue. «Pendant près de dix heures je reçus la pluie, je grelottai de tous mes membres. Maudite rue, maudite liberté, et comme je regrettai ma prison ! »

« La notion de liberté n’est pas une notion, c’est une nostalgie de la mémoire. » (Paul Paré)

 UNE CORRECTION RECUE DANS UNE JOIE PROFONDE
Dans la fable, le loup est affolé de la condition du chien. Il est gras. Mais, dit-il : « attaché? dit le Loup : vous ne courez donc pas. –  Où vous voulez ? – Pas toujours ; mais qu’importe ?  – Il importe si bien, que de tous vos repas,  Je ne veux en aucune sorte. » Le chat d’Angora, lui, ne cherche qu’à retrouver sa place dans sa prison dorée. Et ce, malgré les coups, «quand je rentrai, votre tante prit le martinet, et m’administra une correction que je reçu avec une joie profonde. Je goûtai largement la volupté d’avoir chaud et d’être battu. Pendant qu’elle me frappait, je songeais avec délices à la viande qu’elle allait me donner ensuite. »

 « Comme quiconque les a un tant soit peu fréquentés le sait bien, les chats font preuve d’une patience infinie envers les limites de l’esprit humain.  »  Cleveland Amory 

Jacky Lavauzelle