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LUIS DE CAMOES EROTIQUE – Luís de Camões erótica

CAMOES EROTIQUE
LITTERATURE PORTUGAISE

Luis de Camoes Oeuvres obras Artgitato

literatura português




Luis de Camões
[1525-1580]

Luis de Camoes Les Lusiades

 

LUIS DE
CAMOES EROTIQUE




Luis de Camoes

Luís de Camões erótica

luis-de-camoes-erotique-luis-de-camoes-erotica-joao-marques-de-oliveira-cefalo-e-procris-cephale-et-procris-artgitato-porto-2João Marques de Oliveira
Céfalo e Prócris Céphale et Procris
Porto
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Les œuvres de Camoes ne figurent pas dans le Dictionnaire des Œuvres Erotiques. Les Lusiades (Os Lusiadas) ne semblent pas s’attendrir sur les charmes et les conquêtes  amoureuses. Et pourtant …

Et pourtant ses Sonnets sont remplis d’images passionnelles et chaudes. Si nous reprenons le « O fogo que na branda cera ardia »  (L’Amour, ce feu qui ardemment nous brûle) Luís Vaz de Camões dans une de ses poésies les plus célèbres utilise des images chastes, plus proches des sonnets de Pétrarque.

Amor é fogo que arde sem se ver,
L’Amour, ce feu qui ardemment nous brûle sans aucune flamme
é ferida que dói, e não se sente;
Et qui nous enflamme sans qu’on le sente

é um contentamento descontente,
Qui nous soulage dans des soupirs

é dor que desatina sem doer.
L’Amour, cette douleur sans ce mal qui fait souffrir

Et pourtant Camoes, un de nos plus grands écrivains, en côtoyant l’Epopée, est rentré dans l’âme humaine, dans les rapports intimes des humains, dans le cœur, non seulement des Lusitaniens, mais des humains. Il fait côtoyer les hommes et les dieux, les vaillants marins et les continent au travers de grands moments de solitude, de trahison et, nécessairement de passions. Et là, Camoes nous livre un érotisme torride et divin. Comme le souligne Georges Bataille dans sa Conclusion à l’Erotisme (Editions de Minuit) : « le moment érotique est aussi le plus intense. Ainsi est-il situé au sommet de l’esprit humain.« 

Et pourtant, dès l’ouverture des Lusiades, qu’entendons-nous à travers les exploits guerriers, à travers le bruit des cuirasses, des affrontements :



Des soldats dans des combats acharnés et féroces
As armas e os barões assinalados,
Des plages du Portugal d’où partirent nos frères
Que da ocidental praia Lusitana,
Par des mers avant nous vierges encore
Por mares nunca de antes navegados,
Au-delà de l’île de Ceylan, s’engouffrèrent
Passaram ainda além da Taprobana,
Par les périls et les guerres endurcis
Em perigos e guerras esforçados,
Plus que ne le permettait aucune force humaine d’ici
Mais do que prometia a força humana,
Et, parmi ces peuples lointains, ils édifièrent
E entre gente remota edificaram
Ce nouveau royaume qu’eux seuls sublimèrent ;
Novo Reino, que tanto sublimaram;
(Premier Chant – Canto I)

Nous voyons ces terres vierges prises d’assaut par des vagues de guerriers s’engouffrent et qui pénètrent. Georges Bataille le soulignait déjà dans l’Erotisme : » La cruauté et l’érotisme s’ordonnent dans l’esprit que possède la résolution d’aller au delà des limites de l’interdit…Il s’agit de domaines voisins fondés l’un et l’autre sur l’ivresse d’échapper résolument au pouvoir de l’interdit. » (Chapitre IV – Le meurtre, la chasse et la guerre – Les Editions de Minuit)

Camoes place ensuite nos guerriers Lusitaniens sous la protection des dieux, Apollon, Mercure, Jupiter, Mars, … qui n’ont pas eu qu’une vie de sérénité, de recueillements et de prière.

C’est dans le second livre (Canto II) que Camoes révèle un érotisme torride, avec l’apparition de Dioné au milieu des Nymphes. Elle est prise de véritables convulsions, traversent les cieux en nage et se retrouve devant Jupiter. Nous basculons entre faiblesses et forces, entre défaillances et assurances. Encore la pénétration, ici des Etoiles lumineuses « Já penetra as Estrelas luminosas », sans préliminaires et sans monter au septième ciel, nous arrêtons au sixième :

Ouviu-lhe essas palavras piedosas
Elle entendit ces paroles pieuses





A formosa Dione*, e comovida,
La juste Dioné, et en fut émue,
 Dentre as Ninfas se vai, que saudosas
Elle quitte alors les Nymphes, mélancoliques
Ficaram desta súbita partida.
Par ce départ soudain.
Já penetra as Estrelas luminosas,
Déjà elle pénètre les Etoiles lumineuses,
Já na terceira Esfera recebida
Déjà la voici dans la troisième Sphère
 Avante passa, e lá no sexto Céu,
Elle continue, et là dans le sixième Ciel,
Para onde estava o Padre, se moveu. 
Où était le Père, elle se retrouve.

Dans les strophes suivantes, où Dioné continue sa route, nous passons de la chaleur, de suintements, de feu dans des Pôles glacés, (II-34) au registre animal dans le II-35 :

E por mais namorar o soberano
Et afin de plaire au souverain

 Padre, de quem foi sempre amada e eriça,
Père, qui l’a toujours aimée et hérissée,
Se lhe apresenta assim como ao Troiano,
Elle se présente comme à Troie,
Na selva Idea*, já se apresentara.
Dans la forêt de l’Ida*, elle était apparue.
 Se a vira o caçador, que o vulto humano
Si le chasseur Actéon** l’avait vue, à la figure humaine
Perdeu, vendo Diana na água clara,
Perdue, en voyant Diana dans l’eau claire,
 Nunca os famintos galgos o mataram,
Jamais les lévriers affamés ne l’auraient tuée,
Que primeiro desejos o acabaram.
Car la force du désir aurait été plus fort.




Or nous savons bien qu’animalité et sexualité sont intimement liées. La violence du désir du chasseur Actéon contre la violence des lévriers affamés. « Le mouvement charnel est singulièrement étranger à la vie humaine : il se déchaîne en dehors d’elle, à la condition qu’elle s’absente. Celui qui s’abandonne à ce mouvement n’est plus humain, c’est à la manière des bêtes, une aveugle violence qui se réduit au déchaînement, qui jouit d’être aveugle et d’avoir oublié… Une rage, brusquement s’empare d’un être. Cette rage nous est familière, mais nous imaginons facilement la surprise de celui qui n’en aurait pas connaissance et qui, par une machination, découvrirait sans être vu les transports amoureux d’une femme dont la distinction l’aurait frappé. Il y verrait une maladie, l’analogue de la rage des chiens. Comme si quelque chienne enragée s’était substituée à la personnalité de celle qui recevait si dignement. » (L’Erotisme – Georges Bataille – Chapitre IX La pléthore sexuelle et la mort – Les Editions de Minuit)

Camoes fait monter le désir dans le II-36 avec une force de détails sur les cheveux, le cou, les seins, les flancs, les colonnes lisses. Et ce désir qui continue de monter encore et encore (trepavam desejos) avec la dernière image du lierre qui grimpe :

Os crespos fios d’ouro se esparziam
Tant ses cheveux d’or se répandaient

Pelo colo, que a neve escurecia;
Sur son cou que la neige en semblait obscurcie ;
  Andando, as lácteas tetas lhe tremiam,
En marchant, ses seins de lait frissonnaient,
Com quem Amor brincava, e não se via;
Comme si Amour s’en amusait, sans être vu ;
Da alva petrina flamas lhe saíam,
Des flammes explosaient de ses flancs,
  Onde o Menino as almas acendia;
Lorsque Cupidon allumait les âmes ;
Pelas lisas colunas lhe trepavam
Par ses colonnes lisses montaient
Desejos, que como hera se enrolavam. 
Les désirs, qui, comme du lierre, s’y enroulaient.

Camoes qui la couvre dans le II-37 d’un voile léger, ne fait que renforcer les désirs et les passions. Et les désirs grandissent et grandissent encore, jusqu’au feu d’artifice. Camoes par le voile ajoute un semblant d’interdit qui dévoile en même temps qu’il voile. C’est un non qui veut dire oui. Un mystère à découvrir. « Nous sommes admis à la connaissance d’un plaisir dans lequel la notion de plaisir se mêle au mystère, expressif de l’interdit qui détermine le plaisir en même temps qu’il le condamne. » (L’Erotisme, Georges Bataille, Chapitre IX, Editions de Minuit)

C’um delgado sendal as partes cobre,
D’un voile léger, elle couvre ses parties

 De quem vergonha é natural reparo,
Dont la pudeur est un rempart naturel,
Porém nem tudo esconde, nem descobre,
Mais tout ne se cache ni ne se découvre,
O véu, dos roxos lírios pouco avaro;
Le voile de lys pourpre reste peu avare ;
 Mas, para que o desejo acenda o dobre,
Mais pour que le désir grandisse plus encore,
Lhe põe diante aquele objeto raro.
S’enflamme cet objet si léger.
Já se sentem no Céu, por toda a parte,
Déjà l’on ressent dans le ciel, de toutes parts,
  Ciúmes em Vulcano, amor em Marte.
La jalousie de Vulcain et l’amour de Mars.

Dans le II-38, Camoes passe au faux registre angélique (angélico semblante) avec en association la maltraitance par les assauts amoureux avec le refus et l’acceptation concomitante de celle qui dit oui et qui dit non :

E mostrando no angélico semblante
Elle montre sur son visage angélique





Co’o riso uma tristeza misturada,
Un sourire triste,
Como dama que foi do incauto amante
Comme chez une dame que l’amant entreprenant
Em brincos amorosos mal tratada,
Maltraite par des assauts amoureux,
Que se aqueixa e se ri num mesmo instante,
Qu’elle reproche et accepte dans le même instant,
E se torna entre alegre magoada,
Hésitant entre joie et peine,
 Desta arte a Deusa, a quem nenhuma iguala,
Dans cet art la Déesse, que personne n’égale,
  Mais mimosa que triste ao Padre fala:
Plus douce que triste parle à Jupiter, le Père :

Camoes arrive au paroxysme de la relation. Il parle d’un acte évité qui ressemble à si méprendre à un acte consommé. Il aurait juste fallu que notre dieu se retrouve seul…

E destas brandas mostras comovido,
Et à ces douces démonstrations,

  Que moveram de um tigre o peito duro,
Qui auraient agité la dure poitrine d’un tigre,
Co’o vulto alegre, qual do Céu subido,
La face joyeuse, qui du haut de ce ciel,
Torna sereno e claro o ar escuro,
Rendait cet univers sombre serein et clair,
 As lágrimas lhe alimpa, e acendido
Ses larmes ruissellent et il éclaire
Na face a beija, e abraça o colo puro;
Son visage de baisers et embrasse son cou parfait ;
De modo que dali, se só se achara,
Alors, à ce moment, si seuls ils s’étaient retrouvés,
Outro novo Cupido se gerara.
Un autre nouveau Cupidon aurait été engendré.

Bien entendu, l’érotisme ne se découvre pas que dans les Lusiades. Les Sonnets de Camoes regorgent d’images et de situations amoureuses. Déjà Charles Magnin en 1832 le notait dans la Revue des Deux Mondes :

« Les poésies de Camoens qui se rapportent à ces premiers temps d’amour, sont pleines de passion et de délire. En voici un échantillon:




SONNET IX.
«Je suis en proie à un état indéfinissable ; je frissonne et je brûle à-la-fois ; je pleure et ris au même instant, sans en savoir la cause. J’embrasse le monde entier et je ne puis rien étreindre. Toutes mes facultés sont bouleversées : mon âme exhale un feu terrible ; des ruisseaux de larmes coulent de mes yeux. Tantôt j’espère, tantôt je me décourage ; quelquefois je dé« lire, d’autres fois ma raison revient. Je suis sur la terre et ma pensée traverse l’espace. En une heure je vis une année ; en mille années je n’en puis trouver une qui me satisfasse. Si quelqu’un me demande pourquoi je suis ainsi, je répondrai que je l’ignore. Je soupçonne cependant, madame, que c’est pour vous avoir vue. »

Une passion si violente et si ingénieuse à-la-fois dut être payée de retour ; mais le rang et la fortune élevaient entre les deux amans une barrière infranchissable. Les parens de sa maîtresse, puissans à la cour, intervinrent, et un ordre d’exil éloigna Camoens de Lisbonne. »
[Revue des Deux Mondes – 1832 – tome 6 –  Charles Magnin –  Littérature étrangère – Luiz de Camoëns]

 

 

 

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Camoes érotique

 

 

 

 

João Marques de Oliveira, le peintre de la delicadeza

joao-marques-de-oliveira-auto-retrato-autoportrait-artgitato-porto-28PORTUGAL
PORTO
Museu Nacional Soares dos Reis
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 Assinatura – Signature de Joãn Marques de Oliveira

 




Photo Jacky Lavauzelle

Joãn Marques de Oliveira

Musée national
Soares dos Reis 

João Marques de Oliveira
LE PEINTRE DE LA DELICADEZA
o pintor da delicadeza

 23 août 1853 Porto – 9 octobre 1927 Porto
23 de Agosto de 1853 Porto – 9 de outubro de 1927 Porto

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Busto de Marques de Oliveira
António Soares dos Reis
Assinada e datada
Signé et daté
1881
Bronze

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Retrato de António Soares dos Reis
Portrait d’António Soares dos Reis
Marques de Olivera
Assinada e datada
Signé et daté
1881
Óleo sobre tela – Huile sur Toile

retrato-portrait-antonio-soares-dos-marques-de-oliveira-artgitato-3

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Silva Porto a pintar
Silva Porto peignant
Assinada e datada
Signé et daté
1875
Óleo sobre tela – Huile sur Toile

joan-marques-de-oliveira-silva-porto-a-pintar-artgitato

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Paisagem
Paysage
Assinada e datada
Signé et daté
1883
Óleo sobre Madeira – Huile sur bois

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Areinho
Assinada Signé
1881-1882
Óleo sobre Madeira – Huile sur bois

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Auto-retrato
Auto-portrait
Óleo sobre Madeira – Huile sur bois

joao-marques-de-oliveira-auto-retrato-autoportrait-artgitato-porto-28

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Céfalo e Prócris
Céphale et Procris
Assinada e datada
Signé et daté
1879
Óleo sobre tela – Huile sur Toile

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Κέφαλος καὶ Πρόκρις
Le Mythe de Céphale et Procris
par Mallarmé

PROCRIS, MYTHE GREC ET LATIN

Procris est la fille d’Érechthée, roi fabuleux d’Athènes, et de Hersé. Cet Érechthée ou Érichtonios (car les deux noms n’en sont qu’un) est regardé comme le fils d’Héphaïstos et de Gê, la terre : il naquit ayant la forme d’un serpent, et Athéné l’éleva. Son enfant, Procris, être d’une beauté merveilleuse, gagna l’amour de Céphale, qui la trouva sur le mont Hymète ; venant, lui, du rivage blanc d’Eubée. Mais Éos fut jalouse de voir Procris mariée à Céphale ; elle tenta Céphale, et le fit douter de la foi de son épouse. Céphale, parti, revint sous un déguisement (comme Sigurd, dans le conte Volsung, revient vers Brunehilde), et gagna l’amour de Procris par ce changement de forme. Procris découvrant la ruse, s’en fut en Crète ; elle y resta dans un profond chagrin, jusqu’à la visite d’Artémis, qui lui donna la lance ne manquant jamais son but et le chien qui toujours dépiste sa proie. Procris, avec cette arme et le limier, revint à Athènes, et sans cesse triompha dans les chasses. Son mari, que ce succès remplit d’envie, demanda la lance et le chien, mais elle refusa de les lui céder autrement qu’en retour de son amour. Céphale lui donna cet amour, et découvrit immédiatement qu’il avait devant lui sa première femme, Procris. Craignant encore la jalousie d’Éos, Procris dans la chasse se tenait près de Céphale, mais la lance de celui-ci la transperça, cachée par un fourré. Le prince, navré de cette mort, quitta Athènes et aida Amphitryon à débarrasser ses terres de bêtes nuisibles : puis, voyageant à l’Ouest, il atteignit le cap Leucade, où sa force l’abandonna, et il tomba dans la mer.

Origine de cette histoire. Elle est issue de trois simples phrases, dont l’une disait « le soleil aime la rosée », tandis que la seconde dit « le matin aime le soleil » ; la troisième ajoutait que « le soleil est la mort de la rosée ». Un détail nous le prouve : on appelle Procris l’enfant d’Hersé, mot qui, même en grec, signifie « rosée » ; et le nom de Procris lui-même vient d’un mot grec signifiant « scintiller ». Éos, encore, est la déesse de l’Est ou du matin ; et Céphale, un mot qui veut dire la «tête » du soleil.

Poursuivons et traduisons. Comme le soleil regarde de grand matin la rosée, Céphale de même gagne l’amour de Procris en sa première jeunesse : cependant l’amour de l’aurore pour le soleil se change en la jalousie qu’Éos ressent de Procris. Mais chaque goutte de rosée réfléchit le soleil ; on disait pour cela de Procris qu’elle accorda son amour à Céphale, restant à travers son changement toujours le même. Elle meurt de la lance d’Artémis qui représente les rayons du soleil quand il gagne de la force et sèche la rosée. Céphale donne cette mort involontairement, tandis que la jeune femme s’attarde dans un fourré (lieu où la rosée persiste longtemps), juste comme Phoïbos ou Phœbus perd Daphné, et comme Orphée est séparé d’Eurydice. Toujours, ayant tué son épousée, Céphale doit voyager à l’occident, comme Héraclès, Persée et d’autres héros. Comme eux il peine pour les autres ; et, comme eux, meurt, au loin, dans l’Ouest, après sa tâche accomplie.

Stéphane Mallarmé
Les Dieux antiques
J. Rothschild, éditeur, 1880
pp. 188-190