Archives par mot-clé : caspar david Friedrich

IDYLLE – POEME DE ANTERO DE QUENTAL – Idílio

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traduction Jacky Lavauzelle
LITTERATURE PORTUGAISE
literatura português

Os Lusiadas Traduction Jacky Lavauzelle Les Lusiades de Luis de Camoes

Antero de Quental

18 avril 1842 – Ponta Delgada (Les Açores)-  11 septembre 1891 Ponta Delgada
 18 de abril de 1842 – Ponta Delgada, 11 de setembro de 1891

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Traduction Jacky Lavauzelle

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IDYLLE 
Idílio

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Caspar David Friedrich, Lever de lune sur la mer,1821, musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg

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Quando nós vamos ambos, de mãos dadas,
Quand nous allions tous deux, main dans la main,
Colher nos vales lírios e boninas,
Récolter dans les vallées marguerites et lis,
E galgamos dum fôlego as colinas
Nous grimpions les collines pour humer
Dos rocios da noite inda orvalhadas;
La rosée qui se déposait dans la nuit ;

*

Ou, vendo o mar das ermas cumeadas
Ou, en voyant la mer du haut des sommets décharnés
Contemplamos as nuvens vespertinas,
Nous contemplions les nuages du soir,
Que parecem fantásticas ruínas
Qui ressemblaient à des ruines fantastiques
Ao longo, no horizonte, amontoadas:
À l’horizon, blottis les uns contre les autres :

*

Quantas vezes, de súbito, emudeces!
Tant de fois, soudain, tu t’es tue !
Não sei que luz no teu olhar flutua;
Sans que je sache quelle lumière flottait dans tes yeux ;
Sinto tremer-te a mão e empalideces
Je sentais ta main trembler et tu pâlissais ;

*

O vento e o mar murmuram orações,
Le vent et la mer murmuraient des prières,
E a poesia das coisas se insinua
Et la poésie des choses s’insinuait
Lenta e amorosa em nossos corações.
Lentement et amoureusement dans nos cœurs.


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PROMENADE – Poème de RAINER MARIA RILKE – Spaziergang – 1924

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Rainer Maria Rilke
Traduction Jacky Lavauzelle

signature 2


LITTERATURE ALLEMANDE
Deutsch Literatur

Gedichte – Poèmes

 

RAINER MARIA RILKE
1875-1926

 Rainer Maria Rilke Portrait de Paula Modersohn-Becker 1906
Portrait de Rainer Maria Rilke
1906
Par Paula Modersohn-Becker

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PROMENADE
Spaziergang
1924
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Caspar David Friedrich ,Frau vor untergehender Sonne,Femme au soleil du petit matin

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Schon ist mein Blick am Hügel, dem besonnten,
Mon regard est déjà sur la colline, le soleil en face,
dem Wege, den ich kaum begann, voran.
Sur ce chemin, qu’à peine je commence.
So fasst uns das, was wir nicht fassen konnten,
Voilà que nous saisit ce que nous ne pouvions pas saisir,
voller Erscheinung, aus der Ferne an—
complet dévoilement, à distance —

*

und wandelt uns, auch wenn wirs nicht erreichen,
et nous changeons, même si nous n’y parvenons pas,
in jenes, das wir, kaum es ahnend, sind;
dans ce que nous sommes, le soupçonnant à peine ;
ein Zeichen weht, erwidernd unserm Zeichen . . .
un signe souffle en réponse à notre signe…
Wir aber spüren nur den Gegenwind.
Nous ne ressentons que le vent de face.


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L’ARBRE NOIR DANS LE CIEL – Poème de RAINER MARIA RILKE – EINGANG – 1906

Caspar David Friedrich, Falaise de craie sur l’île de Rügen, 1818

Rainer Maria Rilke
Traduction Jacky Lavauzelle

 

signature 2


LITTERATURE ALLEMANDE
Deutsch Literatur

Gedichte – Poèmes

 

RAINER MARIA RILKE
1875-1926

 Rainer Maria Rilke Portrait de Paula Modersohn-Becker 1906
Portrait de Rainer Maria Rilke
1906
Par Paula Modersohn-Becker

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L’ARBRE NOIR DANS LE CIEL
EINGANG
1906
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Wer du auch seist: am Abend tritt hinaus
Qui que tu sois : sors le soir
aus deiner Stube, drin du alles weißt;
de ta chambre, dans laquelle tu sais tout ;
als letztes vor der Ferne liegt dein Haus:
la dernière chose connue devant toi est ta maison :
wer du auch seist.
qui que tu sois.
Mit deinen Augen, welche müde kaum
Avec tes yeux, encore fatigués
von der verbrauchten Schwelle sich befrein,
à se débarrasser de ce seuil reconnu,
hebst du ganz langsam einen schwarzen Baum
tu soulèves lentement un arbre noir
und stellst ihn vor den Himmel: schlank, allein.
et le poses devant le ciel : efflanqué et seul.
Und hast die Welt gemacht. Und sie ist groß
Et un monde existe. Et il est grand
und wie ein Wort, das noch im Schweigen reift.
Et comme un mot, il mûrit encore en silence.
Und wie dein Wille ihren Sinn begreift,
Et comme ta volonté comprend sa signification,
lassen sie deine Augen zärtllich los …
Tes yeux tendrement le laissent à son propre destin …


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FANATISME – Poème de FLORBELA ESPANCA – FANATISMO -1923

Traduction Jacky Lavauzelle João da Cruz e Sousa
João da Cruz e Sousa Traduction Jacky Lavauzelle

LITTÉRATURE PORTUGAISE
POÉSIE PORTUGAISE
LITERATURA PORTUGUESA
POESIA PORTUGUESA

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TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE
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Florbela Espanca
Flor Bela de Alma da Conceição
Poétesse portugaise
8 décembre 1894 – 8 décembre 1930
Vila Viçosa, 8 de dezembro de 1894 — Matosinhos, 8 de dezembro de 1930

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FANATISME
FANATISMO
Poème paru dans « 
Livro de Sóror Saudade« 
1923 

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Caspar David Friedrich, Le Voyageur contemplant une mer de nuages, 1818, Hambourg Kunsthalle

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Minh’alma, de sonhar-te, anda perdida.
Mon âme, rêvant de toi, s’est perdue.
Meus olhos andam cegos de te ver.
Mes yeux sont devenus aveugles de te voir.
Não és sequer razão do meu viver
Tu n’es même pas la raison de ma vie.
Pois que tu és já toda a minha vida!
Car déjà tu es toute ma vie !

*

Não vejo nada assim enlouquecida…
Je ne vois rien d’aussi fou …
Passo no mundo, meu Amor, a ler
Entrez dans le monde, mon Amour, à lire
No misterioso livro do teu ser
Dans le livre mystérieux de ton être
A mesma história tantas vezes lida!…
La même histoire si souvent lue ! …

*

« Tudo no mundo é frágil, tudo passa… »
« Tout dans le monde est fragile, tout va …« 
Quando me dizem isto, toda a graça
Quand on me dit ça, toute la grâce
Duma boca divina fala em mim!
D’une bouche divine parle de moi !

*

E, olhos postos em ti, digo de rastros:
Et, les yeux posés sur toi, je dis en me traînant :
« Ah! podem voar mundos, morrer astros,
« Ah, les mondes peuvent voler, les étoiles mourir,
Que tu és como Deus: princípio e fim!… »
Que te es comme Dieu : l’alpha et l’oméga ! …  »

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LA POÉSIE DE FLORBELA ESPANCA – POESIA DE FLORBELLA ESPANCA
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João da Cruz e Sousa Traduction Jacky Lavauzelle

MA PURE LUMIÈRE – Sonnet de Fernando de Herrera – Mi pura Luz, si olvida el fértil suelo

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Littérature espagnole
Literatura española
Poésie espagnole
Poesía española
Soneto
Sonnet

FERNANDO DE HERRERA
Séville 1534 – Séville 1597

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TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE
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MA PURE LUMIÈRE
MI PURA LUZ

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Caspar David Friedrich, Lever de lune sur la mer, 1821
Musée de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg

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Mi pura Luz, si olvida el fértil suelo
Ma pure Lumière, si tu oublies le sol fertile
que Betis enriquece en Occidente,
 que le Guadalquivir enrichit à l’Ouest,
y abre las frías nubes con ardiente
 et si tu transperces les nuages ​​froids d’ardents
rayo, esparciendo en torno el rico velo,
rayons, les dispersant de ton puissant voile,..

LA POÉSIE DE FERNANDO DE HERRERA – LA POESIA DE FERNANDO DE HERRERA

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WORTHY – Poem of Jacky Lavauzelle

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 WORTHY

Worthy Poem Jacky Lavauzelle
Caspar David Friedrich, The Abbey in the Oakwood ,1810

Worthy Poem of Jacky Lavauzelle




Jacky Lavauzelle Poetry
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WORTHY

 POETRY
« LE DIEU VAGABOND »
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The tree is dead = our mouths are dead
The stump of the first tree is lost to infinity
WORTHY + WORTHY + WORTHY
The dread of a worthy suffering
Because everything related to the tree is worthy
The convulsed ax is unworthy
Who in the meadow spreads his terror
The tree is dead = your foliage will envelop our hearts
For ever

 

Worthy Poem of Jacky Lavauzelle

 




NIKOLAUS LENAU Poème DAS KREUZ LA CROIX 1841

LITTERATURE ALLEMANDE
Deutsch Literatur

Das KREUZ LA CROIX NIKOLAUS LENAU

NIKOLAUS LENAU
Poète Autrichien
Österreichische Dichter
1802-1850

 

 

Traduction Jacky Lavauzelle

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die Gedichte
Les Poèmes


LA CROIX
Das Kreuz
1841
Nikolaus LENAU

 

**

 

Caspar David Friedrich
Das Kreuz im Gebirge
1812

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Ich seh ein Kreuz dort ohne Heiland ragen,
Je distingue une croix là-bas sans son Sauveur,
Als hätte dieses kalte Herbsteswetter,
Comme si ce temps d’automne glacial,
Das stürmend von den Bäumen weht die Blätter,
En soufflant les feuilles dérobées aux arbres,
Das Gottesbild vom Stamme fortgetragen.
Y avait dérobé l’image de Dieu.
Soll ich dafür den Gram, in tausend Zügen
Dois-je m’effrayer de ces mille éclats
Rings ausgebreitet, in ein Bildnis kleiden?
Sur le sol répartis et recomposer une image ?
Soll die Natur ich und ihr Todesleiden
Dois-je clouer la nature et sa douleur
Dort an des Kreuzes leere Stätte fügen?
En lieu et place de mon Sauveur sur la croix  ?

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NIKOLAUS LENAU

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(EXTRAIT)
LE MARTYRE D’UN POETE
d’ADOLPHE BOSSERT

 L’amour n’a point de paroles, parce qu’il est supérieur à toute pensée… O Sophie, il faut que tu m’aimes comme ton meilleur ouvrage. Mes joies et mes espérances, qui étaient mortes, se sont relevées en s’appuyant sur toi ; elles ont pris une vie nouvelle et plus belle. Tu es ma consolation, le foyer où je me réchauffe. Tu es ma révélation ; je te dois ma réconciliation avec ce monde-ci et ma paix dans l’autre. » Sa religion, déclare-t-il, est devenue inséparable de son amour. Il ne peut penser à Sophie sans penser à Dieu.
Il croit maintenant à un Dieu personnel. « Il est impossible que les forces rigides et insensibles de la nature produisent un être tel que toi. Tu es l’œuvre de prédilection d’un dieu personnel et aimant. » Il se sent uni avec Dieu dans un même sentiment : c’est le dernier degré de cette élévation mystique. « Je me suis réveillé cette nuit avec de délicieuses pensées pour toi. La volonté de Dieu sur nous m’est apparue tout d’un coup, claire comme le soleil. Notre amour n’est qu’une partie de son propre amour. » Et il ajoute mystérieusement : « Je t’expliquerai cela un jour. »

Le martyre d’un poète
Nicolas Lenau et Sophie Lœwenthal
Adolphe Bossert
Revue des Deux Mondes
Tome 37
1907

das Grab HEINE INTERMEZZO LYRIQUE LXV LA TOMBE

das Grab Heine
Lyrisches Intermezzo

INTERMEZZO LYRIQUE
Heinrich Heine

das Grab Heine

INTERMEZZO LYRIQUE HEINE
Lyrisches Intermezzo
LITTERATURE ALLEMANDE
intermezzo-lyrique-heine-artgitato-lyrisches-intermezzo-heine-willem-van-aelst-bloemenstilleven-met-horloge



Christian Johann Heinrich Heine
das Grab Heine
LA TOMBE




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Caspar David Friedrich
Klosterfriedhof im Schnee
Cimetière de cloître sous la neige
1819

 

*

1823

INTERMEZZO LYRIQUE
Lyrisches Intermezzo
das Grab HEINE

Nacht lag auf meinen Augen,
La nuit gisait sur mes yeux,
Bley lag auf meinem Mund,
Ma bouche était de plomb,
  Mit starrem Hirn und Herzen
Le cerveau et le cœur secs,
Lag ich in Grabesgrund.
Dans la tombe, je gisais.

*

Wie lang kann ich nicht sagen
Je ne sais combien de temps
Daß ich geschlafen hab’;
J’ai dormi;
Ich wachte auf und hörte
Me réveillant, j’entendais
Wie’s pochte an mein Grab.
Que l’on frappait à ma tombe.

*

„Willst du nicht aufstehn, Heinrich?
« Tu ne veux pas te lever, Heinrich ?
Der ew’ge Tag bricht an,
 Le jour éternel brille désormais,
Die Todten sind erstanden,
  Les morts se sont levés,
Die ew’ge Lust begann.“
  La joie éternelle commence ».

*

Mein Lieb, ich kann nicht aufstehn,
 « Mon aimée, je ne peux me lever,
Bin ja noch immer blind;
 Je suis toujours aveugle ;
Durch Weinen meine Augen
 Mes yeux, de pleurer,
Gänzlich erloschen sind.
Se sont éteints à jamais. »

*

„Ich will dir küssen, Heinrich,
«Je veux t’embrasser, Heinrich,
Vom Auge fort die Nacht;
 Pour qu’enfin de tes yeux la nuit s’éloigne ;
Die Engel sollst du schauen,
  Tu verras alors les anges,
 Und auch des Himmels Pracht.“
 Et la splendeur du ciel. »

*

Mein Lieb, ich kann nicht aufstehn,
« Mon aimée, je ne peux me lever,
Noch blutet’s immerfort,
 Je saigne encore constamment,
Wo du in’s Herz mich stachest
De cette blessure dans mon cœur
 Mit einem spitz’gen Wort’.“
Faite par un de tes mots ».

*

„Ganz leise leg’ ich, Heinrich,
« Tranquillement je resterai, Heinrich,
Dir meine Hand auf’s Herz;
 Je poserai ma main sur ton cœur ;
Dann wird es nicht mehr bluten,
Ainsi, il ne sera saignera plus,
Geheilt ist all sein Schmerz.“
 Il n’aura plus de douleur. »

*

Mein Lieb, ich kann nicht aufstehn,
« Mon aimée, je ne peux me lever,
Es blutet auch mein Haupt;
Ma tête aussi est blessée ;
Hab’ ja hinein geschossen
 Par le coup pris
 Als du mir wurdest geraubt.
Quand un autre t’a conquise. »

*

„Mit meinen Locken, Heinrich,
« Avec mes boucles, Heinrich,
Stopf’ ich des Hauptes Wund’,
 Je protégerai ta blessure à la tête »
Und dräng’ zurück den Blutstrom,
Et empêcherai le sang de s’écouler,
 Und mache dein Haupt gesund.“
Et je te la rendrai saine. »

*

Es bat so sanft, so lieblich,
La demande était si douce et lumineuse,
Ich konnt’ nicht widerstehn;
Que d’y résister, je ne pus ;
Ich wollte mich erheben,
Je voulais me lever,
Und zu der Liebsten gehn.
Et rejoindre mon aimée.

*

Da brachen auf die Wunden,
Cela rouvrit les plaies,
Da stürzt’ mit wilder Macht
D’un jet d’une puissance sauvage
Aus Kopf und Brust der Blutstrom,
Le sang, de la tête et de la poitrine, gicla,
Und sieh! – ich bin erwacht.
Et voyez ! – Je suis éveillé.

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LXV

das Grab Heine

Heinrich Heine
INTERMEZZO LYRIQUE
Lyrisches Intermezzo

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Lyrisches Intermezzo

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LA POESIE DE HEINRICH HEINE

A ce point de vue, Heine est traité en privilégié. Les Allemands peuvent bien maudire le pamphlétaire, ils savent par cœur les vers du poète. Éditeurs, biographes, critiques d’outre-Rhin lui ont consacré d’importans travaux. Chez nous, seul entre les poètes allemands, il bénéficie de ce privilège d’avoir un public. Je ne nie pas que nous n’ayons pour quelques autres, et pour Goethe par exemple, un juste respect. Nous admirons Gœthe, nous ne l’aimons pas. Au contraire, l’auteur de l’Intermezzo est pour quelques Français de France un de ces écrivains qui sont tout près du cœur. Cela tient à plusieurs raisons parmi lesquelles il en est d’extérieures. Heine a vécu pendant de longues années parmi nous ; il parlait notre langue, quoique avec un fort accent ; il l’écrivait, quoique d’une façon très incorrecte ; il nous a loués, quoique avec bien de l’impertinence ; il a été mêlé à notre société ; il a été en rapports avec nos écrivains, nos artistes et même nos hommes politiques. Nous nous sommes habitués à le considérer comme un des nôtres, et sa plaisanterie, fortement tudesque, passe encore pour avoir été une des formes authentiques de l’esprit parisien. Notre sympathie pour Heine se fonde d’ailleurs sur des motifs plus valables. Il a quelques-unes des qualités qui nous sont chères : son style est clair ; ses compositions sont courtes. Nous aimons ces lieds dont quelques-uns durent le temps d’un soupir, l’espace d’un sanglot. Leur pur éclat nous semble celui de la goutte de rosée que le soleil taille en diamant, ou d’une larme qui brille dans un sourire. C’est par eux que le meilleur de la sentimentalité allemande est parvenu jusqu’à nous. Ou, pour parler plus exactement, la poésie de Heine représente une nuance particulière de sensibilité, qu’il a créée et que nous avons accueillie. Aussi doit-elle avoir sa place dans une histoire de la poésie lyrique en France. De même qu’il y a une «critique allemande » de l’œuvre de Heine, il convient qu’il y en ait parallèlement une «critique française ».

René Doumic
Revue littéraire
La poésie de Henri Heine d’après un livre récent
Revue des Deux Mondes
4e période
tome 140
1897
pp. 457-468

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INTERMEZZO LYRIQUE
Lyrisches Intermezzo
LXV
das Grab Heine
Poésie HEINRICH HEINE

ALLA LUNA GIACOMO LEOPARDI A LA LUNE CANTI LES CHANTS XIV

Alla Luna Giacomo Leopardi

Traduction – Texte Bilingue
LITTERATURE ITALIENNE

 

Letteratura Italiana

giacomo-leopardi-poesie-poesia-artgitato-ferrazzi-casa-leopardi

ritratto A Ferrazzi
Portrait de Ferrazzi
casa Leopardi
Recanati
Via Giacomo Leopardi

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GIACOMO LEOPARDI
29 juin 1798 Recanati 14 juin 1837 Naples
Recanati 29 giugno 1798 –
Napoli 14 giugno 1837

Traduction Jacky Lavauzelle

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ALLA LUNA Giacomo Leopardi
CANTI XIV

A LA LUNE
LES CHANTS XIV

OEUVRE DE GIACOMO LEOPARDI

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alla-luna-giacomo-leopardi-a-la-lune-artgitato-caspar-david-friedrich-mondaufgang-uber-dem-meerCaspar David Friedrich
Le Lever de lune sur la mer
Mondaufgang am Meer
1821
Musée de l’Ermitage
Saint Pétersbourg

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ALLA LUNA GIACOMO LEOPARDI A LA LUNE

 O graziosa luna, io mi rammento
O belle lune, je me souviens
 Che, or volge l’anno, sovra questo colle
Que, l’année passée, sur cette colline
Io venia pien d’angoscia a rimirarti:
Plein d’angoisse, je venais te contempler :
 E tu pendevi allor su quella selva
Et tu pendais alors sur cette forêt
 Siccome or fai, che tutta la rischiari.
Eclairant tout, tout comme cette nuit.
 Ma nebuloso e tremulo dal pianto
Mais nébuleux et tremblant, par mes larmes
Che mi sorgea sul ciglio, alle mie luci
Qui assaillaient mes cils, à mes yeux
Il tuo volto apparia, che travagliosa
Ton visage m’apparaissait, car instable
  Era mia vita: ed è, nè cangia stile,
Était ma vie : et elle l’est, non ne change pas,
O mia diletta luna. E pur mi giova
O ma lune bien-aimée. O combien pur devrait
 La ricordanza, e il noverar l’etate
Être le souvenir et le décompte
  Del mio dolore. Oh come grato occorre
De ma douleur. Quelle joie accompagne
Nel tempo giovanil, quando ancor lungo
Ma jeunesse passée, quand, encore imposant,
 La speme e breve ha la memoria il corso,
Apparaît l’espoir et courte la mémoire,
Il rimembrar delle passate cose,
Que dure le souvenir des choses passées,
 Ancor che triste, e che l’affanno duri!
Même tristes, que dure mon tourment !

 

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ALFRED DE MUSSET GRAND LECTEUR DE GIACOMO LEOPARDI
DEUX ÂMES SOEURS

Outre les sonnets de Michel-Ange, Alfred relisait sans cesse, jusqu’à les savoir par cœur, les poésies de Giacomo Leopardi, dont les alternatives de sombre tristesse et de douce mélancolie répondaient à l’état présent de son esprit. Lorsqu’il frappait sur la couverture du volume, en disant : « Ce livre, si petit, vaut tout un poème épique, » il sentait que l’âme de Leopardi était sœur de la sienne. Les Italiens ont la tête trop vive pour aimer beaucoup la poésie du cœur. Il leur faut du fracas et de grands mots. Plus malheureux qu’Alfred de Musset, Leopardi n’a pas obtenu justice de ses compatriotes, même après sa mort. Alfred en était révolté. Il voulut d’abord écrire un article, pour la Revue des Deux-Mondes, sur cet homme qu’il considérait comme le premier poète de l’Italie moderne. Il avait même recueilli quelques renseignements biographiques, dans ce dessein ; mais, en y rêvant, il préféra payer en vers son tribut d’admiration et de sympathie au Sombre amant de la Mort. De là sortit le morceau intitulé Après une lecture, qui parut le 15 novembre 1842.
En faisant la part de son exagération naturelle et de son excessive sensibilité, il faut pourtant reconnaître que, dans cette fatale année 1842, les blessures ne furent pas épargnées à Alfred de Musset. Il se plaignait que, de tous les côtés à la fois, lui venaient des sujets de désenchantement, de tristesse et de dégoût. « Je ne vois plus, disait-il, que les revers de toutes les médailles. »

Paul de Musset
Biographie de Alfred de Musset
Troisième partie
1837-1842
Charpentier, 1888
pp. 185-284