Archives par mot-clé : aspects du mythe

LA JARRETIERE DE BETTY BOOP ENFLAMME LE CODE HAYS !

BETTY BOOP

  Betty Boop 2

 La Jarretière de BETTY BOOP
enflamme le Code Hays !

Betty Boop est considérée comme LA star du monde de l’animation pouvant rivaliser sans rougir avec LA Garbo, Marilyn ou Elizabeth Taylor.

C’est tout simplement la star de BD le plus sexy de toute l’histoire. Pourtant, elle naît des mains des studios Fleischer avec une tête de chien informe, plutôt du type caniche. Des grandes oreilles à la place des boucles d’oreilles. Un nez inexistant, une voix non stabilisée… Et c’est cette Betty qui fera rêver le monde !

Betty Boop 21

 LA NAISSANCE D’UN MYTHE

Betty Boop naît en août 1930. Un petit semestre après le Code Hays, qui imposera des règles afin de revivifier les valeurs morales et de juguler le blasphème.

Comment un chien informe, aux oreilles pendantes et au physique ingrat, dans ce contexte moral a-t-il pu devenir un tel mythe ?

BETTY ET LE CODE HAYS, DEUX ENFANTS DE 1930

Tout simplement, parce qu’entre la naissance du Code et sa mise en place, il a fallu 4 ans ! Son application en 1934, aura permis à notre Betty de montrer ce qu’elle a de plus féminin : ses jambes, toujours en mouvement dans les airs ou lascives et légèrement pliées comme si elles n’avaient pas les mêmes longueurs, une sorte de John Wayne au féminin.

Betty Boop 23

Et la jambe gauche, pour affirmer cette féminité toute puissante, se trouvera ornée d’une jarretière. Elle en a fait l’objet de la passion, le renouvellement d’un ancien fétichisme. La jarretière a remplacé la feuille de vigne, en limitant la hauteur de la jambe nue vue par le public. Elle est la frontière, la limite avant l’interdit absolu.

BETTY UNE FEMME SEXY QUI S’AFFIRME

Betty Boop est devenue une poupée aguichante. Elle ne reste pas dans un rôle passif, elle s’affirme, elle refuse et fait des choix, souvent contre l’avis général des hommes. Elle montre son caractère indépendant à de nombreuses reprises et n’a pas peur d’être seul face à un conseil de direction entièrement masculin.

L’usage de la jarretière et la fonction fétichiste hante toute la littérature érotique a commencé par le maître : « leurs jarretières, leurs mouchoirs, tout servit et en une minute, je fus garrotée si cruellement qu’il me devint impossible de faire usage d’aucun de mes membres ; cette opération faites, les scélérats… » (Marquis de Sade, Les Infortunes de la vertu)

Betty Boop 24

1935, LA FIN DE LA JARRETIERE

…Et en 1935, le Code Hays réussira à couvrir cette jarretière que les yeux des puritains ne pouvaient voir. A partir de cette date, la jupe se rallongera ou sera remplacée par un pantalon.

A de rares occasions, Betty pourra revêtir à nouveau des robes courtes, mais la jarretière aura disparu, définitivement. Mais le mythe sera là.

En quatre ans, Betty aura couru, nagé, sauté, à la plage comme à la ville. Elle se sera habillée des milliers de fois, et tout autant déshabillée. Le Code dans sa lourdeur administrative ne pouvait rien contre ces quelques mois de délivrance et de suractivité corporelle.

Ce mythe a été fondateur de l’inconscient humain ; il a été freiné par ce Code mais prendra une nouvelle impulsion avec plus de force encore.

Betty Boop 25

LE MYTHE COMME EXPERIENCE RELIGIEUSE

Le Code Hays interdisait, non pas pour défendre la foi, mais pour affirmer des valeurs morales. Alors que le mythe lui-même s’inscrit dans la religiosité dans ce qu’elle a de fondamentale.

« ‘Vivre’ les mythes implique une expérience vraiment ‘religieuse’, puisqu’elle se distingue de l’expérience ordinaire, de la vie quotidienne. La ‘religiosité’ de cette expérience est due au fait qu’on réactualise des événements fabuleux, exaltants, significatifs, on assiste de nouveau aux œuvres créatrices des Êtres Surnaturels ; on cesse d’exister dans le monde de tous les jours et on pénètre dans un monde transfiguré, auroral, imprégné de présence des Êtres Surnaturels…Les personnes du mythe sont rendues présentes, on devient leur contemporain. » (Mircea Eliade, Aspects du Mythe)

Le Code Hays est mort. Vive Betty !

DE L’INTERDIT A LA TRANSGRESSION

Après 1935, Betty va jouer entre l’interdit du Code et la transgression. Tout sera occasion de lever la jupe et de remettre les bas. Si la jarretière disparaît, c’est son manque ou son voile qui attise le désir. Comme le soulignait Georges Bataille, « la connaissance de l’érotisme, ou de la religion, demande une expérience personnelle, égale et contradictoire, de l’interdit et de la transgression » (L’Erotisme, I, Chapitre 1)

Le sacrifice de la jarretière n’a pas été vain. Betty est rentrée dans l’histoire. C’est vrai qu’elle a du chien !

Jacky Lavauzelle