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INTERVIEW de Mariam KANDIASHVILI – LES GRANDES PORTES NOIRES DU MONDE – მარიამ ყანდიაშვილი – THE GREAT BLACK DOORS OF THE WORLD – მსოფლიოს დიდი შავი კარები

   *****LES SUBLIMES COULEURS DE DALI PODIASHVILI - დალი ფოდიაშვილი- PEINTRE GEORGIEN TBILISSI - ნარიყალა
Géorgie
საქართველო

PHOTO 
https://www.facebook.com/mariamkandiashviliart/

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ARTISTE GEORGIEN
ქართველი მხატვარი
[kartveli mkhat’vari]

Mariam KANDIASHVILI 
მარიამ ყანდიაშვილი

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LES GRANDES PORTES NOIRES DU MONDE
მსოფლიოს დიდი შავი კარები
THE GREAT BLACK DOORS OF THE WORLD

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Je tiens tout d’abord à remercier Mariam pour sa gentillesse et le temps apporté pour la réalisation de cet interview sur de nombreux aspects de son art qui fait d’elle une des artistes majeures de notre époque.
First of all, I would like to thank Mariam for her kindness and the time given for the realization of this interview on many aspects of her art which makes her one of the major artists of our time.

Jacky Lavauzelle
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LA FORMATION ARTISTIQUE
მხატვრული სწავლება
Artistic training

Question JL
როგრია თქვენი მხატვრული სწავლება?
Marina, quel est ton parcours artistique ?
Marina, what is your artistic background?

MARIAM :
ჩემი მხატვრული სწავლება შედგება სამი კომპონენტისგან.
1. ყოველდღიური მუშაობა
2. მუდმივი ექსპერიმენტები თემებთან, მასალასთან ხელოვნების სხვადასხვა მედიუმებთან.
3. ახალი შთაგონების ძიება ყველგან და ყოველთის რაც შეიძლება მეტი ინფორმაციის მიღება და შემდეგ მისი რეკერეაცია სხვადასხვა ფორმაში
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Ma formation artistique comprend trois composantes.
1. Travail quotidien
2. Expérimentation constante avec des sujets, des matériaux et divers supports.
3. Chercher partout de nouvelles sources d’inspiration et obtenir le plus d’informations possible, puis recréez-les sous diverses formes.

My artistic training consists of three components.
1. Everyday work
2. Constant experimentation with topics, materials, and various media.
3. Search for new inspiration everywhere and get as much information as possible and then recreate it in a variety of forms

LES SOURCES D’INSPIRATION
შთაგონების წყაროები
Sources of inspiration

QUESTION JL
რა არის თქვენი შთაგონების წყარო?
Quelles sont tes sources d’inspiration ?
What is your source of inspiration?

MARIAM :
შთაგონება არის ხშირად არაკონტროლირებადი, საჩუქარი მატერიალური ან ფიზიკური სამყაროდან რომელიც უეცრად მოდის. მაგრამ გამოცდილებასთან ერთად ხელოვანი სწავლობს თუ როგორ გამოიწვიოს ან სად მოძებნოს შთაგონება ჩემთვის ეს არის პირველ რიგში პოეზია და მითოლოგია ასევე სიზმრები და მედიტაციის დროს დანახული ხილვები.
L’inspiration est un cadeau souvent incontrôlable du monde matériel ou physique. Mais avec l’expérience, l’artiste apprend à la diriger ou à trouver l’inspiration ; pour moi, il s’agit principalement de poésie et de mythologie, ainsi que de rêves et de visions de mes méditations.

Inspiration is an often uncontrollable gift from the sudden material or physical world. But with experience, the artist learns to lead or find inspiration ; for me: it is mainly poetry and mythology, as well as dreams and visions of meditation.

LA PLACE DE L’HOMME
ადამიანის ადგილი
The place oh the human

QUESTION JL
როგორ ხედავთ ადამიანის ადგილს ამ სამყაროში?
Comment voyez-vous la place et le rôle de l’homme dans le monde ?
How do you see the place and role of man in the world?

MARIAM
მე მგონია რომ ყველაფერი ერთია და ერთი ყველაფერი აქედან გამომდინარე ადამიანი არის ერთი და ყველაფერიც. მე მჯერა განსხივოსნების და მჯერა ძახილის რომელსაც ქმედებით ანუ შრომით ვპასუხობთ – ადამიანი არის მუშა. ყველა მოვდივართ რაღაცის გასაკეთებლად ვინ აკეთებს კარგს და ვინ ცუდს ეს სხვა საკითხია.
Je pense que tout est une seule et même chose, donc l’homme est un et tout. Je crois en l’excitation et en l’exclamation avec laquelle nous répondons par l’action ou le travail – l’homme est un travailleur.
I think that everything is one and all one thing, so man is one and all. I believe in excitement and I believe in the exclamation we respond to by action or labor – man is a worker.

L’URGENCE
მოქმედების აუცილებლობა
The urgency

LA LIGNE GENETIQUE ET LA LIGNE SPIRITUELLE
THE GENETIC LINE AND THE SPIRITUAL LINE

QUESTION JL
d’où vient cette urgence perceptible dans chacune de tes toiles ? Comment vois-tu l’évolution de ce monde ?
where does this perceptible urgency come from in each of your canvases? How do you see the evolution of this world?

MARIAM
Je crois en deux lignées- une génétique et une spirituelle.
I believe in two bloodlines – one genetic and one spiritual.
Tous les êtres humains sont le produit de la lignée génétique, de la représentation de leurs ancêtres et de l’histoire de la famille, de la tribu, du pays, du continent et du monde. La lignée spirituelle est autre chose car elle n’a ni frontières ni limites ; elle unit les gens à travers le temps et l’espace en utilisant des œuvres d’art, des idées, des vues philosophiques, un artiste donne la vie à un autre à travers son art et c’est ainsi que nous obtenons notre lignée spirituelle. Nous établissons des liens avec des personnes qui vivent il y a des siècles. Elles nous aident dans notre travail aujourd’hui et nous espérons aider les futurs artistes de demain.
All human beings are product of genetic bloodline, representation of their ancestors and history of family, tribe, country, continent, world.
spiritual bloodline is something else it has no borders or limits, it unites people through time and space with use of artworks, ideas, philosophical views one artist gives life to another through his art and that’s how we get our spiritual bloodline. We find connections with people who lives centuries ago and they help us in our work today and we will hopefully help future artists.

L’EXPRESSION PURE 
სუფთა გამოხატულება
Expression pure

QUESTION JL
Comment contrôles-tu ton pinceau qui semble parfois rentrer en dissidence ?
how do you manage to control your brush which sometimes seems to be in dissidence?

MARIAM
le pinceau n’est pas mon instrument principal, je travaille principalement avec un couteau à palette, mais je pense que le travail s’avère être meilleur lorsque nous perdons le contrôle, lorsque nous entrons dans l’espace au-delà de la conscience et que notre esprit ne dirige ni corps ni cerveau, nous mettons de l’âme et tout le reste obéit, c’est un état trans, dans lequel la propreté et la stratégie sont à la traîne et l’expression pure fait un pas en avant.
brush is not my main instrument, I mostly works with pallet knife, but I think that work turns out to be best when we lose control, when we enter the space beyond consciousness and let our spirit lead not body or brain, we put soul in charge and everything else obeys it, it’s a trans like state in which cleanness and strategy falls behind and pure expression steps forward.

LES COULEURS DOMINANTES
დომინანტური ფერები
The dominant colors

QUESTION JL
ბევრ ფერწერაში ჩანს, რომ ლურჯი და შავი დომინირებს?
Le bleu et le noir semblent dominer dans de nombreuses toiles ?
Blue and black seem to dominate in many paintings?

MARIAM
ეს ფერები ნამდვილად დომინირებენ ამ ეტაპზე, ჩემი ფერი არ მაქვს ფერმწერი ვარ და ყვეა ფერი ჩემია გააჩნია პერიოდს და თემას.
Ces couleurs sont vraiment dominantes à ce stade, mais je n’utilise pas que ces couleurs. Chaque période et chaque thème a une couleur particulière.
These colors are really dominant at this point, but I do not just use these colors. Each period and each theme has a particular color.

QUESTION JL
კაცი ჩაძირული ჩანს კოშმარულ სამყაროში?
L’homme a-t-il sombré dans un monde cauchemardesque ?
Has the human sunk into a nightmarish world?

LES OISEAUX
LES ARTISTES MAUDITS

ჩიტები
შეურაცხყოფილი მხატვრები

THE BIRDS
The accursed artists

Les Oiseaux d’Aristophane
« J’entrevois un grand dessein pour la race des oiseaux : elle deviendrait puissante, si vous m’obéissiez…. « Quel est cet oiseau ? » Et Téléas répond : « C’est un homme sans équilibre, un oiseau qui vole, un être inconsidéré, qui ne saurait jamais rester en place. »
Les Oiseaux – Aristophane
Traduction française par Eugène Talbot.
Théâtre complet d’Aristophane, Alphonse Lemerre, 1897

The Birds of Aristophanes
« I see a great design for the race of birds: it would become powerful, if you obey me …. » What is this bird? « And Téléas answers: « He is a man without equilibrium, a bird that flies, an inconsiderate being, who can never remain in place. »

QUESTION JL
Je voulais aborder avec toi cette large part de ton œuvre sur les oiseaux. Représentent-ils tes aspirations les plus élevées, ton désir de liberté, ta part spirituelle ? Tes oiseaux ressemblent plus à des corbeaux, non ? Il représente je pense plus votre personnalité profonde. Es-tu d’accord avec ça ? Les oiseaux noirs sont souvent liés à l’obscurité et font souvent référence à des crises internes. Cette période correspond-elle à une crise interne chez toi ?
I wanted to come on Birds. Do they represent your highest aspirations, your desire for freedom, your spiritual part? But your birds are more like crows, right? He represents I think more your personality deep. Do you agree with that? But black birds are linked to darkness and often refer to internal crises. Does this period correspond to an internal crisis?
Pour la série Birds, as-tu lu Les oiseaux d’Aristophane : « Je vois un grand dessin pour la race des oiseaux: il deviendrait puissant si vous m’obéissez … » Qu’est-ce que cet oiseau? « Et Téléas répond: » C’est un homme sans équilibre, un oiseau qui vole, un être inconsidéré, qui ne peut jamais rester en place. « For the series of Birds, have you read The Birds of Aristophanes: « I see a great design for the race of birds: it would become powerful, if you obey me …. » What is this bird? « And Téléas answers: « He is a man without equilibrium, a bird that flies, an inconsiderate being, who can never remain in place. »

MARIAM
Birds – une série d’oiseaux appelés Birdland.
Birdland est le projet le plus important sur lequel j’ai travaillé jusqu’à présent. Birdland est une métaphore des artistes de la planète. ARTISTE MAUDIT, artiste maudit, outsider mi-oiseau mi-homme. oiseaux qui symbolisent la divinité. Birdland est le type d’humanoïdes à la moitié de l’oiseau qui sont prêts à voler mais ne peuvent le faire.
Birds – series depicting birds is called Birdland. Birdland is the most important project I have worked on so far. Birdland is a metaphor of artists life on earth, ARTIST MAUDIT a damned artist, outsider half-bird half-man this figure represents artist as half divine creatures that can’t be with humans which in birdland symbolize carnal nature and can’t be with birds which symbolize divinity. Birdland is the lad of half bird humanoids who are desperate to fly but can’t do it.

QUESTION JL
Dans « Le Nid » tu sembles trouver la paix et la sérénité. Tu te positionnes au centre du nid. quel est le protecteur qui te couvre de son aile noire ?
In « nest » you seem to find peace and serenity. you put yourseld in the center of the nest. what is the protector that covers you with his black wing?

MARIAM
Le nid symbolise un abri dans le monde maudit, le seul endroit où les oiseaux peuvent se reposer des terreurs du monde dans lequel ils vivent. C’est un autoportrait avec ma partenaire actuelle, Iva Martashvili, qui est aussi une artiste. Ce tableau est un hymne à l’amour et à la confiance artistique, deux artistes s’entraidant pour grandir et vivre pleinement.
Nest symbolizes a shelter in the damned world, the only place where birdmen can rest from the terrors of the world they live in. It’s a self portrait with my current partner Iva Martashvili who is also an artist, this painting is an ode to love and artistic trust, two artists who help one another to grow and get through life.

L’arbre aux oiseaux – Bird Tree
Huile sur toile – oil on canvas
60x50cm
2018
Dans les rues du Pays des Oiseaux – Huile sur toile
“In the streets of Birdland” – oil on canvas
40×50, 2018
Naissance – Birth
Huile sur toile – Oil on Canvas
100x80cm
2018
Signe de l’oiseau – Sign of the bird
Huile sur toile – oil on canvas
70×50
2019
Le Catcheur d’œuf – The Egg Catcher
Technique mixte sur papier – Mixed media on paper
50×52 – 2018
Danse des oiseaux- ჩიტების ცეკვა Bird Dance
-60×40
Huile sur toile – ტილო ზეთი Oil on canvas
Mère Oiseau – ჩიტი დედები – Bird mothers
60×40
Huile sur toile – ტილო ზეთი – Oil on canvas
Mères Oiseau – ჩიტი დედები – Bird mothers
60×40
Huile sur toile – ტილო ზეთი – Oil on canvas
Le Nid – ბუდე – Nest
60×50
Huile sur toile – ტილო ზეთი – Oil on canvas
Vue du rivage – ხილვა ნაპირზე – Vision on the shore
80×60
Huile sur toile – ტილო ზეთი – Oil on canvas
Oiseau fou du pays des oiseaux – Mad King of Birdland
Technique mixte sur papier – mixed media on paper
2018
Oiseau Générateur – Generator Bird
Technique mixte sur papier – Mixed media on paper
65×57 – 2018
Ciel Ouvert – Open sky
oil on canvas 80×60, 2018
La maison en feu – სახლის დაწვა – Burning down the house
Huile sur toile – ტილო ზეთი – Oil on canvas
30×40
L’Appel – პასუხი ძახილზე – They answered the call
80×100
Huile sur toile – ტილო ზეთი – Oil on canvas

LA FORÊT
ტყე
THE FOREST

Les Esprits de la Terre – Inspiré de l’esprit des Eléments » de Heinrich Heine
Spirits of the earth – inspired by « Elemental spirits » Henrich Heine
Huile sur toile – Oil on Canvas – ტილო ზეთი
Dans la forêt – ტყეში – In the forest
Huile sur toile – ტილო ზეთი – Oil on canvas
30×40

LA VILLE 
ქალაქი
THE TOWN

Detroit
Huile sur toile – Oil on Canvas – ტილო ზეთი
Rue – Street
Huile sur toile – Oil on Canvas – ტილო ზეთი
La neige – Snow
Huile sur toile – Oil on Canvas – ტილო ზეთი
Blues de 2001 – Blues of 2001
Huile sur toile – Oil on Canvas – ტილო ზეთი
Le feu et son ombre – Fire and it’s shadow
Huile sur toile – Oil on Canvas – ტილო ზეთი

POEMES – ROMANS – FILMS
ლექსები – რომანები – ფილმები
Poems – Novels – Movies

Yukio Mishima
LA RECHERCHE D’ABSOLU

Question JL
Tu fais référence dans plusieurs tableaux à Yukio Mishima. Qu’est-ce qui t’intéresse dans cet auteur ?
You refer to Mishima in several paintings what attracts you first in this author?
MARIAM :
Yukio Mishima est un écrivain très important pour moi. On m’a présenté son travail à 15 ans et ma première peinture à grande échelle a été inspirée par son roman « Patriotisme« . Ce qui me fascine chez cet auteur, c’est sa foi. Je l’admire pour devenir ce qu’il est. Il a vécu la vie artistique absolue d’être un artiste dans tout ce qu’il a fait même quand sa mort a été une œuvre d’art. Cette dévotion, ce pouvoir et cette foi me fascinent.
Yukio Mishima is a very important writer to me, I was introduced to his works at the age 15 and my first big scale painting was inspired by his novel « Patriotism » what fascinates me about this author is his faith. I admire him for becoming what he is. He lived the life artistic absolute being artist in everything he did even his death was an artwork, This devotion, power and faith fascinates me.

Le prêtre du temple de Shiga et son amante – Histoire de Yukio Mishima
The Priest of Shiga Temple and his love – story by Yukio Mishima
Huile sur toile – Oil on Canvas – ტილო ზეთი
Le Buffet – Inspiré du poème d’Arthur Rimbaud
Cupboard – inspired by a poem « The Cupboard » by Arthur Rimbaud
Huile sur toile – Oil on Canvas – ტილო ზეთი

LE BUFFET
Arthur Rimbaud

C’est un large buffet sculpté ; le chêne sombre,
Très vieux, a pris cet air si bon des vieilles gens ;
Le buffet est ouvert, et verse dans son ombre
Comme un flot de vin vieux, des parfums engageants ;

Tout plein, c’est un fouillis de vieilles vieilleries,
De linges odorants et jaunes, de chiffons
De femmes ou d’enfants, de dentelles flétries,
De fichus de grand’mère où sont peints des griffons ;

– C’est là qu’on trouverait les médaillons, les mèches
De cheveux blancs ou blonds, les portraits, les fleurs sèches
Dont le parfum se mêle à des parfums de fruits.

– buffet du vieux temps, tu sais bien des histoires,
Et tu voudrais conter tes contes, et tu bruis
Quand s’ouvrent lentement tes grandes portes noires.

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GHOST DOG
ou

LA PHILOSOPHIE DU SAMOURAÏ

Question JL
Dans Ghost Dog ou dans Mishima, il y a cette recherche de perfection et d’engagement. La plupart des samouraïs ont consacré leur vie au bushido, un code strict qui exigeait loyauté et honneur jusqu’à la mort. Est-ce que c’est cet engagement qui t’attire? Est-ce le besoin de contrôler le corps ?
In Ghost Dog or in Mishima, there is this search for perfection and commitment. Most samurai devoted their lives to bushido, a strict code that required loyalty and honor until death. Is this commitment that attracts you? Is this body control?

MARIAM
En ce qui concerne la philosophie du chien fantôme et des samouraïs en général, j’ai une profonde admiration pour cette philosophie et ce style de vie et c’est mon meilleur ami, le réalisateur David Gurgulia, qui m’y a présenté. Je ne pourrais jamais m’identifier ni mon mode de vie à cette « manière de samouraï » parce que je pense qu’il faut être extrêmement fort pour suivre cette voie et aussi pour être une personne très consciente et rationnelle que je ne suis pas. Mais comme ils disent, nous sommes attirés par des choses qui nous ressemblent beaucoup ou qui sont complètement différentes de nous. Dans ce cas, je suis intéressé par la philosophie des samouraïs et par l’idée même de la façon dont on vit par soi-même parce que c’est tellement différent de ce que je suis ou de ce que je fais.
What concerns Ghost dog and samurai philosophy in general I have a pure admiration for this philosophy and lifestyle and my best friend film director David Gurgulia was one who introduced it to me to it. I could never identify myself or my lifestyle to this « way of samurai » because I think that one has to be extremely strong to follow this way and one also has to be very conscious and rational person which i’m not. But as they say we are attracted to stuff that is very much alike us or something that is completely different from us. In this case I am interested in samurai philosophy and the whole idea of self controlled way of living because if it so different from who I am or what I do

Ghost Dog – Inspiré par le film de Jim Jarmusch
Ghost Dog – inspired by Jim Jarmusch
Huile sur toile – Oil on Canvas – ტილო ზეთი
Après-midi de Mishima – Inspiré de la nouvelle de Yukio Mishima « Patriotisme »
Mishima’s afternoon – inspired by « Patriotism » – novel by Yukio Mishima
Oil on Canvas – ტილო ზეთი

LA MORT
& L’INFINI DE L’ÂME

სიკვდილი
THE DEATH

Question JL
სიკვდილი ყოვლისშემძლეა შენს საქმეში. რას ფიქრობ სიკვდილზე?
La mort est omnipotente dans ton travail. Que penses-tu de la mort ?
Death is omnipotent in your work. What do you think about death?

MARIAM
სიკვდილი ისეთივე ყოვლისშემძლეა როგორც სიცოცხლე, როცა ვიბადებით გვგონია რომ ვკდებით და ტერორში ვევლინებით ამ სამყაროს რომელშიც ვიცით რომ მოვკვდებით, სიკვდილი ჩვენი ნაწილია ჩვენ ის თან დაგვაქ ყველგან მაგრამ ეს მხოლოდ გარდაქმნის ნაწილია, ჩემი აზრით სიკვდილი არის მატერიალური სხეულისგან და მისი ლიმიტაციებისგან განთავისუფლება. მჯერა სულის და მისი მუდმივი ცვლილების უსასრულობაში.

La mort est aussi omnipotente que la vie, quand nous naissons pour penser que nous mourons et dans la terreur de ce monde dans lequel nous savons que nous mourons, la mort fait partie de nous, nous sommes partout, mais ce n’est qu’une partie de la transformation, à mon avis, la libération est la libération du corps matériel et de ses limites. Je crois en l’infini de l’âme et son changement constant.
Death is as omnipotent as life, when we are born to think that we are dying and in the terror of this world in which we know we are dying, death is a part of us, we are everywhere, but it is only part of the transformation, in my opinion, death is liberation from the material body and its limits. I believe in the infinity of the soul and its constant change

Prémonition de la guerre – Premonition of war
Huile sur toile – Oil on Canvas – ტილო ზეთი

QUESTION JL
Dans « Premonition of war », parles-tu de la guerre avec la Russie ou s’agit-il de l’état du monde en général ?
In « premonition of war » do you mention war with Russia or is it about world in general?

MARIAM
Cette peinture ne concerne pas vraiment la Russie.
Elle a été peinte accidentellement.
La peinture était donc la première et le nom est venu après. Je ne suis pas sûr de ce dont il s’agit, mais le monde a mal tourné depuis très longtemps et il y a toujours des guerres sous différentes formes.
This painting is not about Russia for sure, It was painted accidentally so painting was first and name came afterwards so I am not sure what it is about but world has gone wrong for a very long time and there is always war around just in different forms
.

Thanatos
Huile sur toile – Oil on Canvas – ტილო ზეთი
Homme émeraude – Emerald man
Technique mixte sur du bois – Mixed media on Wood – შერეული მასალა ხეზე ტილო ზეთი

AUTRES THEMATIQUES
სხვა თემები
other themes

Etrangers – Strangers
Huile sur toile – Oil on Canvas – ტილო ზეთი

L’ENIGME DU HUSSARD 

QUESTION JL
le « Hussard » semble différent des autres peintures. Comment as-tu eu l’idée de peindre ce tableau ?
The « Hussard »seems different from other paintings. where did you get the idea of painting this painting?

MARIAM
En fait, il s’agit d’un très vieux tableau. J’avais environ 16 ans quand je l’ai peint. J’expérimentais différents concepts. J’ai donc eu cette idée de créer une série de portraits représentant chacun un jour de la semaine. Hussard représentait le lundi .
Je ne l’aime pas du tout. Toute cette idée me semble assez banale maintenant.
It is a very old painting, I was about 16 years old when I created it back then I was trying to experiment more with different concepts so I had this idea to create series of portraits each would represent a certain day of the week Hussard was monday.
I don’t like it at all. This whole idea seem pretty banal to me now
.

Hussard – Hussar
Huile sur toile – Oil on Canvas – ტილო ზეთი
Perdus en Asie – Lost in Asia
Huile sur toile – Oil on Canvas – ტილო ზეთი
La diseuse de bonne aventure – Fortuneteller
Huile sur toile – Oil on Canvas – ტილო ზეთი
Dans le futur – In future
Huile sur toile – Oil on Canvas – ტილო ზეთი
Eve et le serpent – ევა და გველი – Eve and snake
50×40
Technique mixte sur toile – შერეული ტექნიკა ტილოზე – Mixed media on canvas

LES PROJETS ARTISTIQUES

QUESTION JL
რა არის თქვენი მხატვრული პროექტები?
Quels sont tes projets artistiques ?
What are your artistic projects?

MARIAM:
ამ ეტაპზე 3 პროექტი მაქვს განხორციელებული.
1. წიგნი a place for us
2, მულტიმედიური სერია ფლორიოგრაფია

და 3. Birdland ასევე მულტიმედიური პროექტი რომელიც ჯერ არ არის დასრულებული
4 წელია მასზე ვმუშაობ და იმედია მალე დავასრულებ
.
À l’heure actuelle, j’ai mis en œuvre 3 projets.
1. réserver une place pour les USA
2, série multimédia floriographie
et 3. Birdland est également un projet multimédia qui n’est pas terminé depuis 4 ans et, qui, je l’espère, sera terminé bientôt.
At the moment I have implemented 3 projects.
1. book a place for us
2, multimedia series floriography
and 3. Birdland is also a multimedia project that has not been completed for 4 years and which, I hope, will be finished soon.

LES VIDEOS & LES RADIOS
Mariam KANDIASHVILI – მარიამ ყანდიაშვილი

Rencontre avec la jeune artiste Mariam Kandiashvili
გაიცანით ახალგაზრდა მხატვარი მარიამ ყანდიაშვილი
Matin GDS – Portrait de Mariam Kandiashvili
GDS დილა – მარიამ ყანდიაშვილის პორტრეტი, თიკო ფრანგიშვილის სიუჟეტი
Mariam Kandiashvili expose à Art Palace
ხელოვნების სასახლე მარიამ ყანდიაშვილის გამოფენას მასპინძლობს
Interprétation du monde de Mariam Kandiashvili
სამყაროს ინტერპრეტაცია მარიამ ყანდიაშვილის ნამუშევრებში/“დილის სამინისტრო“/რადიო იმედი, Radio Imedi
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UNE SAISON EN ENFER ARTHUR RIMBAUD – 1873

Une saison en enfer Arthur Rimbaud Artgitato Jérôme Bosch L'ascension des élus

Jérôme Bosch  l’Ascension des élus (détail)

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UNE SAISON EN ENFER ARTHUR RIMBAUD
POESIE FRANCAISE

Arthur Rimbaud poésies artgitato

ARTHUR RIMBAUD
1854-1891

Arthur Rimbaud Poésies Oeuvre Poèmes Poésie Artgitato

 

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Œuvres d’Arthur RIMBAUD
 


UNE SAISON EN ENFER
1873
Poésies

*

Jadis, si je me souviens bien…

« Jadis, si je me souviens bien, ma vie était un festin où s’ouvraient tous les cœurs, où tous les vins coulaient.

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Mauvais sang

J’ai de mes ancêtres gaulois l’œil bleu blanc, la cervelle étroite, et la maladresse dans la lutte. Je trouve mon habillement aussi barbare que le leur. Mais je ne beurre pas ma chevelure.

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Nuit de l’enfer

J’ai avalé une fameuse gorgée de poison. — Trois fois béni soit le conseil qui m’est arrivé ! — Les entrailles me brûlent. La violence du venin tord mes membres, me rend difforme, me terrasse. Je meurs de soif, j’étouffe, je ne puis crier. C’est l’enfer, l’éternelle peine ! Voyez comme le feu se relève ! Je brûle comme il faut. Va, démon !

*

Délires

I
Vierge folle

Écoutons la confession d’un compagnon d’enfer :

II
Alchimie du verbe

À moi. L’histoire d’une de mes folies.

*

L’Impossible

Ah ! cette vie de mon enfance, la grande route par tous les temps, sobre surnaturellement, plus désintéressé que le meilleur des mendiants, fier de n’avoir ni pays, ni amis, quelle sottise c’était. — Et je m’en aperçois seulement !

*

L’Éclair

Le travail humain ! c’est l’explosion qui éclaire mon abîme de temps en temps.

*

Matin

N’eus-je pas une fois une jeunesse aimable, héroïque, fabuleuse, à écrire sur des feuilles d’or, — trop de chance ! Par quel crime, par quelle erreur, ai-je mérité ma faiblesse actuelle ? Vous qui prétendez que des bêtes poussent des sanglots de chagrin, que des malades désespèrent, que des morts rêvent mal, tâchez de raconter ma chute et mon sommeil. Moi, je ne puis pas plus m’expliquer que le mendiant avec ses continuels Pater et Ave Maria. Je ne sais plus parler !

*

Adieu

L’automne déjà ! — Mais pourquoi regretter un éternel soleil, si nous sommes engagés à la découverte de la clarté divine, — loin des gens qui meurent sur les saisons.

*

UNE SAISON EN ENFER Arthur Rimbaud

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Arthur Rimbaud Poésies
Arthur Rimbaud Poésies

MATIN ARTHUR RIMBAUD – UNE SAISON EN ENFER 1873

Une saison en enfer Arthur Rimbaud Artgitato Jérôme Bosch L'ascension des élus*

MATIN
UNE SAISON EN ENFER
MATIN ARTHUR RIMBAUD

POESIE FRANCAISE

Arthur Rimbaud poésies artgitato

ARTHUR RIMBAUD
1854-1891

Arthur Rimbaud Poésies Oeuvre Poèmes Poésie Artgitato

 

*

Œuvres d’Arthur RIMBAUD
 


MATIN
 UNE SAISON EN ENFER
MATIN Arthur Rimbaud
Poésies

*

N’eus-je pas une fois une jeunesse aimable, héroïque, fabuleuse, à écrire sur des feuilles d’or, — trop de chance ! Par quel crime, par quelle erreur, ai-je mérité ma faiblesse actuelle ? Vous qui prétendez que des bêtes poussent des sanglots de chagrin, que des malades désespèrent, que des morts rêvent mal, tâchez de raconter ma chute et mon sommeil. Moi, je ne puis pas plus m’expliquer que le mendiant avec ses continuels Pater et Ave Maria. Je ne sais plus parler !

Pourtant, aujourd’hui, je crois avoir fini la relation de mon enfer. C’était bien l’enfer ; l’ancien, celui dont le fils de l’homme ouvrit les portes.

Du même désert, à la même nuit, toujours mes yeux las se réveillent à l’étoile d’argent, toujours, sans que s’émeuvent les Rois de la vie, les trois mages, le cœur, l’âme, l’esprit. Quand irons-nous, par delà les grèves et les monts, saluer la naissance du travail nouveau, la sagesse nouvelle, la fuite des tyrans et des démons, la fin de la superstition, adorer — les premiers ! — Noël sur la terre !

Le chant des cieux, la marche des peuples ! Esclaves, ne maudissons pas la vie.

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MATIN
UNE SAISON EN ENFER
Matin Arthur Rimbaud

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Arthur Rimbaud Poésies
Arthur Rimbaud Poésies

L’ECLAIR ARTHUR RIMBAUD – UNE SAISON EN ENFER 1873

Une saison en enfer Arthur Rimbaud Artgitato Jérôme Bosch L'ascension des élus*

L’ECLAIR ARTHUR RIMBAUD
 UNE SAISON EN ENFER
ARTHUR RIMBAUD

POESIE FRANCAISE

Arthur Rimbaud poésies artgitato

ARTHUR RIMBAUD
1854-1891

Arthur Rimbaud Poésies Oeuvre Poèmes Poésie Artgitato

 

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Œuvres d’Arthur RIMBAUD
 


L’ECLAIR
 UNE SAISON EN ENFER
L’Eclair Arthur Rimbaud
Poésies

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L’ECLAIR

Le travail humain ! c’est l’explosion qui éclaire mon abîme de temps en temps.

« Rien n’est vanité ; à la science, et en avant ! » crie l’Ecclésiaste moderne, c’est-à-dire Tout le monde. Et pourtant les cadavres des méchants et des fainéants tombent sur le cœur des autres… Ah ! vite, vite un peu ; là-bas, par delà la nuit, ces récompenses futures, éternelles… les échappons-nous ?…

— Qu’y puis-je ? Je connais le travail ; et la science est trop lente. Que la prière galope et que la lumière gronde je le vois bien. C’est trop simple, et il fait trop chaud ; on se passera de moi. J’ai mon devoir, j’en serai fier à la façon de plusieurs, en le mettant de côté.

Ma vie est usée. Allons ! feignons, fainéantons, ô pitié ! Et nous existerons en nous amusant, en rêvant amours monstres et univers fantastiques, en nous plaignant et en querellant les apparences du monde, saltimbanque, mendiant, artiste, bandit, — prêtre ! Sur mon lit d’hôpital, l’odeur de l’encens m’est revenue si puissante ; gardien des aromates sacrés, confesseur, martyr…

Je reconnais là ma sale éducation d’enfance. Puis quoi !… Aller mes vingt ans, si les autres vont vingt ans…

Non ! non ! à présent je me révolte contre la mort ! Le travail paraît trop léger à mon orgueil : ma trahison au monde serait un supplice trop court. Au dernier moment, j’attaquerais à droite, à gauche…

Alors, — oh ! — chère pauvre âme, l’éternité serait-elle pas perdue pour nous !

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L’ECLAIR
UNE SAISON EN ENFER
L’éclair Arthur Rimbaud

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L’IMPOSSIBLE ARTHUR RIMBAUD – UNE SAISON EN ENFER 1873

Une saison en enfer Arthur Rimbaud Artgitato Jérôme Bosch L'ascension des élus*

L’IMPOSSIBLE
UNE SAISON EN ENFER
ARTHUR RIMBAUD

POESIE FRANCAISE

Arthur Rimbaud poésies artgitato

ARTHUR RIMBAUD
1854-1891

Arthur Rimbaud Poésies Oeuvre Poèmes Poésie Artgitato

 

*

Œuvres d’Arthur RIMBAUD
 


L’IMPOSSIBLE
 UNE SAISON EN ENFER
L’IMPOSSIBLE Arthur Rimbaud
Poésies

*

L’IMPOSSIBLE

Ah ! cette vie de mon enfance, la grande route par tous les temps, sobre surnaturellement, plus désintéressé que le meilleur des mendiants, fier de n’avoir ni pays, ni amis, quelle sottise c’était. — Et je m’en aperçois seulement !

— J’ai eu raison de mépriser ces bonshommes qui ne perdraient pas l’occasion d’une caresse, parasites de la propreté et de la santé de nos femmes, aujourd’hui qu’elles sont si peu d’accord avec nous.

J’ai eu raison dans tous mes dédains : puisque je m’évade !

Je m’évade !

Je m’explique.

Hier encore, je soupirais : « Ciel ! Sommes-nous assez de damnés ici-bas ! Moi j’ai tant de temps déjà dans leur troupe ! Je les connais tous. Nous nous reconnaissons toujours ; nous nous dégoûtons. La charité nous est inconnue. Mais nous sommes polis ; nos relations avec le monde sont très-convenables. » Est-ce étonnant ? Le monde ! les marchands, les naïfs ! — Nous ne sommes pas déshonorés. — Mais les élus, comment nous recevraient-ils ? Or il y a des gens hargneux et joyeux, de faux élus, puisqu’il nous faut de l’audace ou de l’humilité pour les aborder. Ce sont les seuls élus. Ce ne sont pas des bénisseurs !

M’étant retrouvé deux sous de raison — ça passe vite ! — je vois que mes malaises viennent de ne m’être pas figuré assez tôt que nous sommes à l’Occident. Les marais occidentaux ! Non que je croie la lumière altérée, la forme exténuée, le mouvement égaré… Bon ! voici que mon esprit veut absolument se charger de tous les développements cruels qu’a subis l’esprit depuis la fin de l’Orient… Il en veut, mon esprit !

… Mes deux sous de raison sont finis ! — L’esprit est autorité, il veut que je sois en Occident. Il faudrait le faire taire pour conclure comme je voulais.

J’envoyais au diable les palmes des martyrs, les rayons de l’art, l’orgueil des inventeurs, l’ardeur des pillards ; je retournais à l’Orient et à la sagesse première et éternelle. — Il paraît que c’est un rêve de paresse grossière !

Pourtant, je ne songeais guère au plaisir d’échapper aux souffrances modernes. Je n’avais pas en vue la sagesse bâtarde du Coran. — Mais n’y a-t-il pas un supplice réel en ce que, depuis cette déclaration de la science, le christianisme, l’homme se joue, se prouve les évidences, se gonfle du plaisir de répéter ces preuves, et ne vit que comme cela ! Torture subtile, niaise ; source de mes divagations spirituelles. La nature pourrait s’ennuyer, peut-être ! M. Prudhomme est né avec le Christ.

N’est-ce pas parce que nous cultivons la brume ! Nous mangeons la fièvre avec nos légumes aqueux. Et l’ivrognerie ! et le tabac ! et l’ignorance ! et les dévouements ! — Tout cela est-il assez loin de la pensée de la sagesse de l’Orient, la patrie primitive ? Pourquoi un monde moderne, si de pareils poisons s’inventent !

Les gens d’Église diront : C’est compris. Mais vous voulez parler de l’Éden. Rien pour vous dans l’histoire des peuples orientaux. — C’est vrai ; c’est à l’Éden que je songeais ! Qu’est-ce que c’est pour mon rêve, cette pureté des races antiques !

Les philosophes : Le monde n’a pas d’âge. L’humanité se déplace, simplement. Vous êtes en Occident, mais libre d’habiter dans votre Orient, quelque ancien qu’il vous le faille, — et d’y habiter bien. Ne soyez pas un vaincu. Philosophes, vous êtes de votre Occident.

Mon esprit, prends garde. Pas de partis de salut violents. Exerce-toi ! — Ah ! la science ne va pas assez vite pour nous !

— Mais je m’aperçois que mon esprit dort.

S’il était bien éveillé toujours à partir de ce moment, nous serions bientôt à la vérité, qui peut-être nous entoure avec ses anges pleurant !… — S’il avait été éveillé jusqu’à ce moment-ci, c’est que je n’aurais pas cédé aux instincts délétères, à une époque immémoriale !… — S’il avait toujours été bien éveillé, je voguerais en pleine sagesse !…

Ô pureté ! pureté !

C’est cette minute d’éveil qui m’a donné la vision de la pureté ! — Par l’esprit on va à Dieu !

Déchirante infortune !

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L’IMPOSSIBLE
UNE SAISON EN ENFER
Arthur Rimbaud

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Arthur Rimbaud Poésies
Arthur Rimbaud Poésies

DELIRES ARTHUR RIMBAUD – VIERGE FOLLE & ALCHIMIE DU VERBE – UNE SAISON EN ENFER 1873

Une saison en enfer Arthur Rimbaud Artgitato Jérôme Bosch L'ascension des élus*

VIERGE FOLLE & ALCHIMIE DU VERBE
 UNE SAISON EN ENFER
DELIRES ARTHUR RIMBAUD

POESIE FRANCAISE

Arthur Rimbaud poésies artgitato

ARTHUR RIMBAUD
1854-1891

Arthur Rimbaud Poésies Oeuvre Poèmes Poésie Artgitato

 

*

Œuvres d’Arthur RIMBAUD
 


DELIRES
I – VIERGE FOLLE
II – ALCHIMIE DU VERBE
UNE SAISON EN ENFER
Arthur Rimbaud
Poésies

*
DELIRES

I
VIERGE FOLLE

L’ÉPOUX INFERNAL

Écoutons la confession d’un compagnon d’enfer :

« Ô divin Époux, mon Seigneur, ne refusez pas la confession de la plus triste de vos servantes. Je suis perdue. Je suis soûle. Je suis impure. Quelle vie !

« Pardon, divin Seigneur, pardon ! Ah ! pardon ! Que de larmes ! Et que de larmes encore plus tard, j’espère !

« Plus tard, je connaîtrai le divin Époux ! Je suis née soumise à Lui. — L’autre peut me battre maintenant !

« À présent, je suis au fond du monde ! Ô mes amies !… non, pas mes amies… Jamais délires ni tortures semblables… Est-ce bête !

« Ah ! je souffre, je crie. Je souffre vraiment. Tout pourtant m’est permis, chargée du mépris des plus méprisables cœurs.

« Enfin, faisons cette confidence, quitte à la répéter vingt autres fois, — aussi morne, aussi insignifiante !

« Je suis esclave de l’Époux infernal, celui qui a perdu les vierges folles. C’est bien ce démon-là. Ce n’est pas un spectre, ce n’est pas un fantôme. Mais moi qui ai perdu la sagesse, qui suis damnée et morte au monde, — on ne me tuera pas ! — Comment vous le décrire ! je ne sais même plus parler. Je suis en deuil, je pleure, j’ai peur. Un peu de fraîcheur, Seigneur, si vous voulez, si vous voulez bien !

« Je suis veuve… — J’étais veuve… — mais oui, j’ai été bien sérieuse jadis, et je ne suis pas née pour devenir squelette !… — Lui était presque un enfant… Ses délicatesses mystérieuses m’avaient séduite. J’ai oublié tout mon devoir humain pour le suivre. Quelle vie ! La vraie vie est absente. Nous ne sommes pas au monde. Je vais où il va, il le faut. Et souvent il s’emporte contre moi, moi, la pauvre âme. Le Démon ! — C’est un Démon, vous savez, ce n’est pas un homme.

« Il dit : « Je n’aime pas les femmes. L’amour est à réinventer, on le sait. Elles ne peuvent plus que vouloir une position assurée. La position gagnée, cœur et beauté sont mis de côté : il ne reste que froid dédain, l’aliment du mariage, aujourd’hui. Ou bien je vois des femmes, avec les signes du bonheur, dont, moi, j’aurais pu faire de bonnes camarades, dévorées tout d’abord par des brutes sensibles comme des bûchers… »

« Je l’écoute faisant de l’infamie une gloire, de la cruauté un charme. « Je suis de race lointaine : mes pères étaient Scandinaves : ils se perçaient les côtes, buvaient leur sang. — Je me ferai des entailles partout le corps, je me tatouerai, je veux devenir hideux comme un Mongol : tu verras, je hurlerai dans les rues. Je veux devenir bien fou de rage. Ne me montre jamais de bijoux, je ramperais et me tordrais sur le tapis. Ma richesse, je la voudrais tachée de sang partout. Jamais je ne travaillerai… » Plusieurs nuits, son démon me saisissant, nous nous roulions, je luttais avec lui ! — Les nuits, souvent, ivre, il se poste dans des rues ou dans des maisons, pour m’épouvanter mortellement. — « On me coupera vraiment le cou ; ce sera dégoûtant. » Oh ! ces jours où il veut marcher avec l’air du crime !

« Parfois il parle, en une façon de patois attendri, de la mort qui fait repentir, des malheureux qui existent certainement, des travaux pénibles, des départs qui déchirent les cœurs. Dans les bouges où nous nous enivrions, il pleurait en considérant ceux qui nous entouraient, bétail de la misère. Il relevait les ivrognes dans les rues noires. Il avait la pitié d’une mère méchante pour les petits enfants. — Il s’en allait avec des gentillesses de petite fille au catéchisme. — Il feignait d’être éclairé sur tout, commerce, art, médecine. — je le suivais, il le faut !

« Je voyais tout le décor dont, en esprit, il s’entourait ; vêtements, draps, meubles : je lui prêtais des armes, une autre figure. Je voyais tout ce qui le touchait, comme il aurait voulu le créer pour lui. Quand il me semblait avoir l’esprit inerte, je le suivais, moi, dans des actions étranges et compliquées, loin, bonnes ou mauvaises : j’étais sûre de ne jamais entrer dans son monde. À côté de son cher corps endormi, que d’heures des nuits j’ai veillé, cherchant pourquoi il voulait tant s’évader de la réalité. Jamais homme n’eut pareil vœu. Je reconnaissais, — sans craindre pour lui, — qu’il pouvait être un sérieux danger dans la société. — Il a peut-être des secrets pour changer la vie ? Non, il ne fait qu’en chercher, me répliquais-je. Enfin sa charité est ensorcelée, et j’en suis la prisonnière. Aucune autre âme n’aurait assez de force, — force de désespoir ! — pour la supporter, — pour être protégée et aimée par lui. D’ailleurs, je ne me le figurais pas avec une autre âme : on voit son Ange, jamais l’Ange d’un autre — je crois. J’étais dans son âme comme dans un palais qu’on a vidé pour ne pas voir une personne si peu noble que vous : voilà tout. Hélas ! je dépendais bien de lui. Mais que voulait-il avec mon existence terne et lâche ? Il ne me rendait pas meilleure, s’il ne me faisait pas mourir ! Tristement dépitée, je lui dis quelquefois : « je te comprends. » Il haussait les épaules.

« Ainsi, mon chagrin se renouvelant sans cesse, et me trouvant plus égarée à mes yeux, — comme à tous les yeux qui auraient voulu me fixer, si je n’eusse été condamnée pour jamais à l’oubli de tous ! — j’avais de plus en plus faim de sa bonté. Avec ses baisers et ses étreintes amies, c’était bien un ciel, un sombre Ciel, où j’entrais, et où j’aurais voulu être laissée, pauvre, sourde, muette, aveugle. Déjà j’en prenais l’habitude. Je nous voyais comme deux bons enfants, libres de se promener dans le Paradis de tristesse. Nous nous accordions. Bien émus, nous travaillions ensemble. Mais, après une pénétrante caresse, il disait : « Comme ça te paraîtra drôle, quand je n’y serai plus, ce par quoi tu as passé. Quand tu n’auras plus mes bras sous ton cou, ni mon cœur pour t’y reposer, ni cette bouche sur tes yeux. Parce qu’il faudra que je m’en aille, très-loin, un jour. Puis il faut que j’en aide d’autres : c’est mon devoir. Quoique ce ne soit guère ragoûtant…, chère âme… » Tout de suite je me pressentais, lui parti, en proie au vertige, précipitée dans l’ombre la plus affreuse : la mort. Je lui faisais promettre qu’il ne me lâcherait pas. Il l’a faite vingt fois, cette promesse d’amant. C’était aussi frivole que moi lui disant : « je te comprends. »

« Ah ! je n’ai jamais été jalouse de lui. Il ne me quittera pas, je crois. Que devenir ? Il n’a pas une connaissance ; il ne travaillera jamais. Il veut vivre somnambule. Seules, sa bonté et sa charité lui donneraient-elles droit dans le monde réel ? Par instants, j’oublie la pitié où je suis tombée : lui me rendra forte, nous voyagerons, nous chasserons dans les déserts, nous dormirons sur les pavés des villes inconnues, sans soins, sans peines. Ou je me réveillerai, et les lois et les mœurs auront changé, — grâce à son pouvoir magique, — le monde, en restant le même, me laissera à mes désirs, joies, nonchalances. Oh ! la vie d’aventures qui existe dans les livres des enfants, pour me récompenser, j’ai tant souffert, me la donneras-tu ? Il ne peut pas. J’ignore son idéal. Il m’a dit avoir des regrets, des espoirs : cela ne doit pas me regarder. Parle-t-il à Dieu ? Peut-être devrais-je m’adresser à Dieu. Je suis au plus profond de l’abîme, et je ne sais plus prier.

« S’il m’expliquait ses tristesses, les comprendrais-je plus que ses railleries ? Il m’attaque, il passe des heures à me faire honte de tout ce qui m’a pu toucher au monde, et s’indigne si je pleure.

« — Tu vois cet élégant jeune homme, entrant dans la belle et calme maison : il s’appelle Duval, Dufour, Armand, Maurice, que sais-je ? Une femme s’est dévouée à aimer ce méchant idiot : elle est morte, c’est certes une sainte au ciel, à présent. Tu me feras mourir comme il a fait mourir cette femme. C’est notre sort, à nous, cœurs charitables… » Hélas ! il avait des jours où tous les hommes agissant lui paraissaient les jouets de délires grotesques : il riait affreusement, longtemps. — Puis, il reprenait ses manières de jeune mère, de sœur aimée. S’il était moins sauvage, nous serions sauvés ! Mais sa douceur aussi est mortelle. Je lui suis soumise. — Ah ! je suis folle !

« Un jour peut-être il disparaîtra merveilleusement ; mais il faut que je sache, s’il doit remonter à un ciel, que je voie un peu l’assomption de mon petit ami ! »

Drôle de ménage !

*

II

ALCHIMIE DU VERBE

À moi. L’histoire d’une de mes folies.

Depuis longtemps je me vantais de posséder tous les paysages possibles, et trouvais dérisoires les célébrités de la peinture et de la poésie moderne.

J’aimais les peintures idiotes, dessus de portes, décors, toiles de saltimbanques, enseignes, enluminures populaires ; la littérature démodée, latin d’église, livres érotiques sans orthographe, romans de nos aïeules, contes de fées, petits livres de l’enfance, opéras vieux, refrains niais, rythmes naïfs.

Je rêvais croisades, voyages de découvertes dont on n’a pas de relations, républiques sans histoires, guerres de religion étouffées, révolutions de mœurs, déplacements de races et de continents : je croyais à tous les enchantements.

J’inventai la couleur des voyelles ! — A noir, E blanc, I rouge, O bleu, U vert. — Je réglai la forme et le mouvement de chaque consonne, et, avec des rythmes instinctifs, je me flattai d’inventer un verbe poétique accessible, un jour ou l’autre, à tous les sens. Je réservais la traduction.

Ce fut d’abord une étude. J’écrivais des silences, des nuits, je notais l’inexprimable. Je fixais des vertiges.


Loin des oiseaux, des troupeaux, des villageoises,
Que buvais-je, à genoux dans cette bruyère
Entourée de tendres bois de noisetiers,
Dans un brouillard d’après-midi tiède et vert !

Que pouvais-je boire dans cette jeune Oise,
— Ormeaux sans voix, gazon sans fleurs, ciel couvert ! —
Boire à ces gourdes jaunes, loin de ma case
Chérie ? Quelque liqueur d’or qui fait suer.

Je faisais une louche enseigne d’auberge.
Un orage vint chasser le ciel. Au soir
L’eau des bois se perdait sur les sables vierges,
Le vent de Dieu jetait des glaçons aux mares ;

Pleurant, je voyais de l’or — et ne pus boire. —

————

À quatre heures du matin, l’été,
Le sommeil d’amour dure encore.
Sous les bocages s’évapore
L’odeur du soir fêté.

Là-bas, dans leur vaste chantier
Au soleil des Hespérides,
Déjà s’agitent — en bras de chemise —
Les Charpentiers.

Dans leurs Déserts de mousse, tranquilles,
Ils préparent les lambris précieux
Où la ville
Peindra de faux cieux.

Ô, pour ces Ouvriers charmants
Sujets d’un roi de Babylone,
Vénus ! quitte un instant les Amants
Dont l’âme est en couronne.

Ô Reine des Bergers,
Porte aux travailleurs l’eau-de-vie,
Que leurs forces soient en paix
En attendant le bain dans la mer à midi.


La vieillerie poétique avait une bonne part dans mon alchimie du verbe.

Je m’habituai à l’hallucination simple : je voyais très-franchement une mosquée à la place d’une usine, une école de tambours faite par des anges, des calèches sur les routes du ciel, un salon au fond d’un lac ; les monstres, les mystères ; un titre de vaudeville dressait des épouvantes devant moi.

Puis j’expliquai mes sophismes magiques avec l’hallucination des mots !

Je finis par trouver sacré le désordre de mon esprit. J’étais oisif, en proie à une lourde fièvre : j’enviais la félicité des bêtes, — les chenilles, qui représentent l’innocence des limbes, les taupes, le sommeil de la virginité !

Mon caractère s’aigrissait. Je disais adieu au monde dans d’espèces de romances :

CHANSON DE LA PLUS HAUTE TOUR

Qu’il vienne, qu’il vienne,
Le temps dont on s’éprenne.

J’ai tant fait patience
Qu’à jamais j’oublie.
Craintes et souffrances
Aux cieux sont parties.
Et la soif malsaine
Obscurcit mes veines.

Qu’il vienne, qu’il vienne,
Le temps dont on s’éprenne.

Telle la prairie
À l’oubli livrée,
Grandie, et fleurie
D’encens et d’ivraies,
Au bourdon farouche
Des sales mouches.

Qu’il vienne, qu’il vienne,
Le temps dont on s’éprenne.

J’aimai le désert, les vergers brûlés, les boutiques fanées, les boissons tiédies. Je me traînais dans les ruelles puantes et, les yeux fermés, je m’offrais au soleil, dieu de feu.

« Général, s’il reste un vieux canon sur tes remparts en ruines, bombarde-nous avec des blocs de terre sèche. Aux glaces des magasins splendides ! dans les salons ! Fais manger sa poussière à la ville. Oxyde les gargouilles. Emplis les boudoirs de poudre de rubis brûlante… »

Oh ! le moucheron enivré à la pissotière de l’auberge, amoureux de la bourrache, et que dissout un rayon !

FAIM

Si j’ai du goût, ce n’est guère
Que pour la terre et les pierres.
Je déjeune toujours d’air,
De roc, de charbons, de fer.

Mes faims, tournez. Paissez, faims,
Le pré des sons.
Attirez le gai venin
Des liserons.

Mangez les cailloux qu’on brise,
Les vieilles pierres d’églises ;
Les galets des vieux déluges,
Pains semés dans les vallées grises.

Le loup criait sous les feuilles
En crachant les belles plumes
De son repas de volailles :
Comme lui je me consume.

Les salades, les fruits
N’attendent que la cueillette ;
Mais l’araignée de la haie
Ne mange que des violettes.

Que je dorme ! que je bouille
Aux autels de Salomon.
Le bouillon court sur la rouille,
Et se mêle au Cédron.

Enfin, ô bonheur, ô raison, j’écartai du ciel l’azur, qui est du noir, et je vécus, étincelle d’or de la lumière nature. De joie, je prenais une expression bouffonne et égarée au possible :

Elle est retrouvée !
Quoi ? l’éternité.
C’est la mer mêlée
Au soleil.

Mon âme éternelle,
Observe ton vœu
Malgré la nuit seule
Et le jour en feu.

Donc tu te dégages
Des humains suffrages,
Des communs élans !
Tu voles selon…..

— Jamais l’espérance.
Pas d’orietur.
Science et patience,
Le supplice est sûr.

Plus de lendemain,
Braises de satin,
Votre ardeur
Est le devoir.

Elle est retrouvée !
— Quoi ? — l’Éternité.
C’est la mer mêlée
Au soleil.


Je devins un opéra fabuleux : je vis que tous les êtres ont une fatalité de bonheur : l’action n’est pas la vie, mais une façon de gâcher quelque force, un énervement. La morale est la faiblesse de la cervelle.

À chaque être, plusieurs autres vies me semblaient dues. Ce monsieur ne sait ce qu’il fait : il est un ange. Cette famille est une nichée de chiens. Devant plusieurs hommes, je causai tout haut avec un moment d’une de leurs autres vies. — Ainsi, j’ai aimé un porc.

Aucun des sophismes de la folie, — la folie qu’on enferme, — n’a été oublié par moi : je pourrais les redire tous, je tiens le système.

Ma santé fut menacée. La terreur venait. Je tombais dans des sommeils de plusieurs jours, et, levé, je continuais les rêves les plus tristes. J’étais mûr pour le trépas, et par une route de dangers ma faiblesse me menait aux confins du monde et de la Cimmérie, patrie de l’ombre et des tourbillons.

Je dus voyager, distraire les enchantements assemblés sur mon cerveau. Sur la mer, que j’aimais comme si elle eût dû me laver d’une souillure, je voyais se lever la croix consolatrice. J’avais été damné par l’arc-en-ciel. Le Bonheur était ma fatalité, mon remords, mon ver : ma vie serait toujours trop immense pour être dévouée à la force et à la beauté.

Le Bonheur ! Sa dent, douce à la mort, m’avertissait au chant du coq, — ad matutinum, au Christus venit, — dans les plus sombres villes :

Ô saisons, ô châteaux !
Quelle âme est sans défauts ?

J’ai fait la magique étude
Du bonheur, qu’aucun n’élude.

Salut à lui, chaque fois
Que chante le coq gaulois.

Ah ! je n’aurai plus d’envie :
Il s’est chargé de ma vie.

Ce charme a pris âme et corps
Et dispersé les efforts.

Ô saisons, ô châteaux !

L’heure de sa fuite, hélas !
Sera l’heure du trépas.

Ô saisons, ô châteaux !

————–

Cela s’est passé. Je sais aujourd’hui saluer la beauté.

*

VIERGE FOLLE & ALCHIMIE DU VERBE
UNE SAISON EN ENFER
DELIRES Arthur Rimbaud

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Arthur Rimbaud Poésies
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NUIT DE L’ENFER ARTHUR RIMBAUD – UNE SAISON EN ENFER 1873

Une saison en enfer Arthur Rimbaud Artgitato Jérôme Bosch L'ascension des élus*

NUIT DE L’ENFER
UNE SAISON EN ENFER
ARTHUR RIMBAUD

POESIE FRANCAISE

Arthur Rimbaud poésies artgitato

ARTHUR RIMBAUD
1854-1891

Arthur Rimbaud Poésies Oeuvre Poèmes Poésie Artgitato

 

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Œuvres d’Arthur RIMBAUD
 


NUIT DE L’ENFER
UNE SAISON EN ENFER
1873
Arthur Rimbaud
Poésies

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NUIT DE L’ENFER

J’ai avalé une fameuse gorgée de poison. — Trois fois béni soit le conseil qui m’est arrivé ! — Les entrailles me brûlent. La violence du venin tord mes membres, me rend difforme, me terrasse. Je meurs de soif, j’étouffe, je ne puis crier. C’est l’enfer, l’éternelle peine ! Voyez comme le feu se relève ! Je brûle comme il faut. Va, démon !

J’avais entrevu la conversion au bien et au bonheur, le salut. Puis-je décrire la vision, l’air de l’enfer ne souffre pas les hymnes ! C’était des millions de créatures charmantes, un suave concert spirituel, la force et la paix, les nobles ambitions, que sais-je ?

Les nobles ambitions !

Et c’est encore la vie ! — Si la damnation est éternelle ! Un homme qui veut se mutiler est bien damné, n’est-ce pas ? Je me crois en enfer, donc j’y suis. C’est l’exécution du catéchisme. Je suis esclave de mon baptême. Parents, vous avez fait mon malheur et vous avez fait le vôtre. Pauvre innocent ! L’enfer ne peut attaquer les païens. — C’est la vie encore ! Plus tard, les délices de la damnation seront plus profondes. Un crime, vite, que je tombe au néant, de par la loi humaine.

Tais-toi, mais tais-toi !… C’est la honte, le reproche, ici : Satan qui dit que le feu est ignoble, que ma colère est affreusement sotte. — Assez !… Des erreurs qu’on me souffle, magies, parfums faux, musiques puériles. — Et dire que je tiens la vérité, que je vois la justice : j’ai un jugement sain et arrêté, je suis prêt pour la perfection… Orgueil. — La peau de ma tête se dessèche. Pitié ! Seigneur, j’ai peur. J’ai soif, si soif ! Ah ! l’enfance, l’herbe, la pluie, le lac sur les pierres, le clair de lune quand le clocher sonnait douze… le diable est au clocher, à cette heure. Marie ! Sainte-Vierge !… — Horreur de ma bêtise.

Là-bas, ne sont-ce pas des âmes honnêtes, qui me veulent du bien… Venez… J’ai un oreiller sur la bouche, elles ne m’entendent pas, ce sont des fantômes. Puis, jamais personne ne pense à autrui. Qu’on n’approche pas. Je sens le roussi, c’est certain.

Les hallucinations sont innombrables. C’est bien ce que j’ai toujours eu : plus de foi en l’histoire, l’oubli des principes. Je m’en tairai : poètes et visionnaires seraient jaloux. Je suis mille fois le plus riche, soyons avare comme la mer.

Ah ça ! l’horloge de la vie s’est arrêtée tout à l’heure. Je ne suis plus au monde. — La théologie est sérieuse, l’enfer est certainement en bas — et le ciel en haut. — Extase, cauchemar, sommeil dans un nid de flammes.

Que de malices dans l’attention dans la campagne… Satan, Ferdinand, court avec les graines sauvages… Jésus marche sur les ronces purpurines, sans les courber… Jésus marchait sur les eaux irritées. La lanterne nous le montra debout, blanc et des tresses brunes, au flanc d’une vague d’émeraude…

Je vais dévoiler tous les mystères : mystères religieux ou naturels, mort, naissance, avenir, passé, cosmogonie, néant. Je suis maître en fantasmagories.

Écoutez !…

J’ai tous les talents ! — Il n’y a personne ici et il y a quelqu’un : je ne voudrais pas répandre mon trésor. — Veut-on des chants nègres, des danses de houris ? Veut-on que je disparaisse, que je plonge à la recherche de l’anneau ? Veut-on ? Je ferai de l’or, des remèdes.

Fiez-vous donc à moi, la foi soulage, guide, guérit. Tous, venez, — même les petits enfants, — que je vous console, qu’on répande pour vous son cœur, — le cœur merveilleux ! — Pauvres hommes, travailleurs ! Je ne demande pas de prières ; avec votre confiance seulement, je serai heureux.

— Et pensons à moi. Ceci me fait peu regretter le monde. J’ai de la chance de ne pas souffrir plus. Ma vie ne fut que folies douces, c’est regrettable.

Bah ! faisons toutes les grimaces imaginables.

Décidément, nous sommes hors du monde. Plus aucun son. Mon tact a disparu. Ah ! mon château, ma Saxe, mon bois de saules. Les soirs, les matins, les nuits, les jours… Suis-je las !

Je devrais avoir mon enfer pour la colère, mon enfer pour l’orgueil, — et l’enfer de la caresse ; un concert d’enfers.

Je meurs de lassitude. C’est le tombeau, je m’en vais aux vers, horreur de l’horreur ! Satan, farceur, tu veux me dissoudre, avec tes charmes. Je réclame. Je réclame ! un coup de fourche, une goutte de feu.

Ah ! remonter à la vie ! jeter les yeux sur nos difformités. Et ce poison, ce baiser mille fois maudit ! Ma faiblesse, la cruauté du monde ! Mon Dieu, pitié, cachez-moi, je me tiens trop mal ! — Je suis caché et je ne le suis pas.

C’est le feu qui se relève avec son damné.

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NUIT DE L’ENFER
UNE SAISON EN ENFER
Arthur Rimbaud

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Arthur Rimbaud Poésies
Arthur Rimbaud Poésies

MAUVAIS SANG ARTHUR RIMBAUD – UNE SAISON EN ENFER 1873

Une saison en enfer Arthur Rimbaud Artgitato Jérôme Bosch L'ascension des élus*

MAUVAIS SANG
UNE SAISON EN ENFER
ARTHUR RIMBAUD

POESIE FRANCAISE

Arthur Rimbaud poésies artgitato

ARTHUR RIMBAUD
1854-1891

Arthur Rimbaud Poésies Oeuvre Poèmes Poésie Artgitato

 

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Œuvres d’Arthur RIMBAUD
 


MAUVAIS SANG
UNE SAISON EN ENFER
1873
Arthur Rimbaud
Poésies

*

MAUVAIS SANG

J’ai de mes ancêtres gaulois l’œil bleu blanc, la cervelle étroite, et la maladresse dans la lutte. Je trouve mon habillement aussi barbare que le leur. Mais je ne beurre pas ma chevelure.

Les Gaulois étaient les écorcheurs de bêtes, les brûleurs d’herbes les plus ineptes de leur temps.

D’eux, j’ai : l’idolâtrie et l’amour du sacrilège ; — oh ! tous les vices, colère, luxure, — magnifique, la luxure ; — surtout mensonge et paresse.

J’ai horreur de tous les métiers. Maîtres et ouvriers, tous paysans, ignobles. La main à plume vaut la main à charrue. — Quel siècle à mains ! — Je n’aurai jamais ma main. Après, la domesticité même trop loin. L’honnêteté de la mendicité me navre. Les criminels dégoûtent comme des châtrés : moi, je suis intact, et ça m’est égal.

Mais ! qui a fait ma langue perfide tellement, qu’elle ait guidé et sauvegardé jusqu’ici ma paresse ? Sans me servir pour vivre même de mon corps, et plus oisif que le crapaud, j’ai vécu partout. Pas une famille d’Europe que je ne connaisse. — J’entends des familles comme la mienne, qui tiennent tout de la déclaration des Droits de l’Homme. — J’ai connu chaque fils de famille !

Si j’avais des antécédents à un point quelconque de l’histoire de France !

Mais non, rien.

Il m’est bien évident que j’ai toujours été [de] race inférieure. Je ne puis comprendre la révolte. Ma race ne se souleva jamais que pour piller : tels les loups à la bête qu’ils n’ont pas tuée.

Je me rappelle l’histoire de la France fille aînée de l’Église. J’aurais fait, manant, le voyage de terre sainte ; j’ai dans la tête des routes dans les plaines souabes, des vues de Byzance, des remparts de Solyme ; le culte de Marie, l’attendrissement sur le crucifié s’éveillent en moi parmi mille féeries profanes. — Je suis assis, lépreux, sur les pots cassés et les orties, au pied d’un mur rongé par le soleil. — Plus tard, reître, j’aurais bivaqué sous les nuits d’Allemagne.

Ah ! encore : je danse le sabbat dans une rouge clairière, avec des vieilles et des enfants.

Je ne me souviens pas plus loin que cette terre-ci et le christianisme. Je n’en finirais pas de me revoir dans ce passé. Mais toujours seul ; sans famille ; même, quelle langue parlais-je ? Je ne me vois jamais dans les conseils du Christ ; ni dans les conseils des Seigneurs, — représentants du Christ.

Qu’étais-je au siècle dernier : je ne me retrouve qu’aujourd’hui. Plus de vagabonds, plus de guerres vagues. La race inférieure a tout couvert — le peuple, comme on dit, la raison ; la nation et la science.

Oh ! la science ! On a tout repris. Pour le corps et pour l’âme, — le viatique, — on a la médecine et la philosophie, — les remèdes de bonnes femmes et les chansons populaires arrangés. Et les divertissements des princes et les jeux qu’ils interdisaient ! Géographie, cosmographie, mécanique, chimie !…

La science, la nouvelle noblesse ! Le progrès. Le monde marche ! Pourquoi ne tournerait-il pas ?

C’est la vision des nombres. Nous allons à l’Esprit. C’est très-certain, c’est oracle, ce que je dis. Je comprends, et ne sachant m’expliquer sans paroles païennes, je voudrais me taire.

Le sang païen revient ! L’Esprit est proche, pourquoi Christ ne m’aide-t-il pas, en donnant à mon âme noblesse et liberté. Hélas ! l’Évangile a passé ! l’Évangile ! l’Évangile.

J’attends Dieu avec gourmandise. Je suis de race inférieure de toute éternité.

Me voici sur la plage armoricaine. Que les villes s’allument dans le soir. Ma journée est faite ; je quitte l’Europe. L’air marin brûlera mes poumons ; les climats perdus me tanneront. Nager, broyer l’herbe, chasser, fumer surtout ; boire des liqueurs fortes comme du métal bouillant, — comme faisaient ces chers ancêtres autour des feux.

Je reviendrai, avec des membres de fer, la peau sombre, l’œil furieux : sur mon masque, on me jugera d’une race forte. J’aurai de l’or : je serai oisif et brutal. Les femmes soignent ces féroces infirmes retour des pays chauds. Je serai mêlé aux affaires politiques. Sauvé.

Maintenant je suis maudit, j’ai horreur de la patrie. Le meilleur, c’est un sommeil bien ivre, sur la grève.

On ne part pas. — Reprenons les chemins d’ici, chargé de mon vice, le vice qui a poussé ses racines de souffrance à mon côté, dès l’âge de raison — qui monte au ciel, me bat, me renverse, me traîne.

La dernière innocence et la dernière timidité. C’est dit. Ne pas porter au monde mes dégoûts et mes trahisons.

Allons ! La marche, le fardeau, le désert, l’ennui et la colère.

À qui me louer ? Quelle bête faut-il adorer ? Quelle sainte image attaque-t-on ? Quels cœurs briserai-je ? Quel mensonge dois-je tenir ? — Dans quel sang marcher ?

Plutôt, se garder de la justice. — La vie dure, l’abrutissement simple, — soulever, le poing desséché, le couvercle du cercueil, s’asseoir, s’étouffer. Ainsi point de vieillesse, ni de dangers : la terreur n’est pas française.

— Ah ! je suis tellement délaissé que j’offre à n’importe quelle divine image des élans vers la perfection.

Ô mon abnégation, ô ma charité merveilleuse ! ici-bas, pourtant !

De profundis Domine, suis-je bête !

Encore tout enfant, j’admirais le forçat intraitable sur qui se referme toujours le bagne ; je visitais les auberges et les garnis qu’il aurait sacrés par son séjour ; je voyais avec son idée le ciel bleu et le travail fleuri de la campagne ; je flairais sa fatalité dans les villes. Il avait plus de force qu’un saint, plus de bon sens qu’un voyageur — et lui, lui seul ! pour témoin de sa gloire et de sa raison.

Sur les routes, par des nuits d’hiver, sans gîte, sans habits, sans pain, une voix étreignait mon cœur gelé : « Faiblesse ou force : te voilà, c’est la force. Tu ne sais ni où tu vas ni pourquoi tu vas, entre partout, réponds à tout. On ne te tuera pas plus que si tu étais cadavre. » Au matin j’avais le regard si perdu et la contenance si morte, que ceux que j’ai rencontrés ne m’ont peut-être pas vu.

Dans les villes la boue m’apparaissait soudainement rouge et noire, comme une glace quand la lampe circule dans la chambre voisine, comme un trésor dans la forêt ! Bonne chance, criais-je, et je voyais une mer de flammes et de fumée au ciel ; et, à gauche, à droite, toutes les richesses flambant comme un milliard de tonnerres.

Mais l’orgie et la camaraderie des femmes m’étaient interdites. Pas même un compagnon. Je me voyais devant une foule exaspérée, en face du peloton d’exécution, pleurant du malheur qu’ils n’aient pu comprendre, et pardonnant ! — Comme Jeanne d’Arc ! — « Prêtres, professeurs, maîtres, vous vous trompez en me livrant à la justice. Je n’ai jamais été de ce peuple-ci ; je n’ai jamais été chrétien ; je suis de la race qui chantait dans le supplice ; je ne comprends pas les lois ; je n’ai pas le sens moral, je suis une brute : vous vous trompez… »

Oui, j’ai les yeux fermés à votre lumière. Je suis une bête, un nègre. Mais je puis être sauvé. Vous êtes de faux nègres, vous maniaques, féroces, avares. Marchand, tu es nègre ; magistrat, tu es nègre ; général, tu es nègre ; empereur, vieille démangeaison, tu es nègre : tu as bu d’une liqueur non taxée, de la fabrique de Satan. — Ce peuple est inspiré par la fièvre et le cancer. Infirmes et vieillards sont tellement respectables qu’ils demandent à être bouillis. — Le plus malin est de quitter ce continent, où la folie rôde pour pourvoir d’otages ces misérables. J’entre au vrai royaume des enfants de Cham.

Connais-je encore la nature ? me connais-je ? — Plus de mots. J’ensevelis les morts dans mon ventre. Cris, tambour, danse, danse, danse, danse ! Je ne vois même pas l’heure où, les blancs débarquant, je tomberai au néant.

Faim, soif, cris, danse, danse, danse, danse !

Les blancs débarquent. Le canon ! Il faut se soumettre au baptême, s’habiller, travailler.

J’ai reçu au cœur le coup de la grâce. Ah ! je ne l’avais pas prévu !

Je n’ai point fait le mal. Les jours vont m’être légers, le repentir me sera épargné. Je n’aurai pas eu les tourments de l’âme presque morte au bien, où remonte la lumière sévère comme les cierges funéraires. Le sort du fils de famille, cercueil prématuré couvert de limpides larmes. Sans doute la débauche est bête, le vice est bête ; il faut jeter la pourriture à l’écart. Mais l’horloge ne sera pas arrivée à ne plus sonner que l’heure de la pure douleur ! Vais-je être enlevé comme un enfant, pour jouer au paradis dans l’oubli de tout le malheur !

Vite ! est-il d’autres vies ? — Le sommeil dans la richesse est impossible. La richesse a toujours été bien public. L’amour divin seul octroie les clefs de la science. Je vois que la nature n’est qu’un spectacle de bonté. Adieu chimères, idéals, erreurs.

Le chant raisonnable des anges s’élève du navire sauveur : c’est l’amour divin. — Deux amours ! je puis mourir de l’amour terrestre, mourir de dévouement. J’ai laissé des âmes dont la peine s’accroîtra de mon départ ! Vous me choisissez parmi les naufragés ; ceux qui restent sont-ils pas mes amis ?

Sauvez-les !

La raison m’est née. Le monde est bon. Je bénirai la vie. J’aimerai mes frères. Ce ne sont plus des promesses d’enfance. Ni l’espoir d’échapper à la vieillesse et à la mort. Dieu fait ma force, et je loue Dieu.

L’ennui n’est plus mon amour. Les rages, les débauches, la folie, dont je sais tous les élans et les désastres, — tout mon fardeau est déposé. Apprécions sans vertige l’étendue de mon innocence.

Je ne serais plus capable de demander le réconfort d’une bastonnade. Je ne me crois pas embarqué pour une noce avec Jésus-Christ pour beau-père.

Je ne suis pas prisonnier de ma raison. J’ai dit : Dieu. Je veux la liberté dans le salut : comment la poursuivre ? Les goûts frivoles m’ont quitté. Plus besoin de dévouement ni d’amour divin. Je ne regrette pas le siècle des cœurs sensibles. Chacun a sa raison, mépris et charité : je retiens ma place au sommet de cette angélique échelle de bon sens.

Quant au bonheur établi, domestique ou non… non, je ne peux pas. Je suis trop dissipé, trop faible. La vie fleurit par le travail, vieille vérité : moi, ma vie n’est pas assez pesante, elle s’envole et flotte loin au-dessus de l’action, ce cher point du monde.

Comme je deviens vieille fille, à manquer du courage d’aimer la mort !

Si Dieu m’accordait le calme céleste, aérien, la prière, — comme les anciens saints. — Les saints ! des forts ! les anachorètes, des artistes comme il n’en faut plus !

Farce continuelle ! Mon innocence me ferait pleurer. La vie est la farce à mener par tous.

Assez ! voici la punition. — En marche !

Ah ! les poumons brûlent, les tempes grondent ! la nuit roule dans mes yeux, par ce soleil ! le cœur… les membres…

Où va-t-on ? au combat ? Je suis faible ! les autres avancent. Les outils, les armes… le temps !…

Feu ! feu sur moi ! Là ! ou je me rends. — Lâches ! — Je me tue ! Je me jette aux pieds des chevaux !

Ah !…

— Je m’y habituerai.

Ce serait la vie française, le sentier de l’honneur !

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MAUVAIS SANG
UNE SAISON EN ENFER
Arthur Rimbaud

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Arthur Rimbaud Poésies
Arthur Rimbaud Poésies

SI JE ME SOUVIENS… ARTHUR RIMBAUD – UNE SAISON EN ENFER

Une saison en enfer Arthur Rimbaud Artgitato Jérôme Bosch L'ascension des élus*

SI JE ME SOUVIENS
UNE SAISON EN ENFER
ARTHUR RIMBAUD

POESIE FRANCAISE

Arthur Rimbaud poésies artgitato

ARTHUR RIMBAUD
1854-1891

Arthur Rimbaud Poésies Oeuvre Poèmes Poésie Artgitato

 

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Œuvres d’Arthur RIMBAUD
 


JADIS JE ME SOUVIENS…
UNE SAISON EN ENFER
Arthur Rimbaud
Poésies

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« Jadis, si je me souviens bien, ma vie était un festin où s’ouvraient tous les cœurs, où tous les vins coulaient.

Un soir, j’ai assis la Beauté sur mes genoux. — Et je l’ai trouvée amère. — Et je l’ai injuriée.

Je me suis armé contre la justice.

Je me suis enfui. Ô sorcières, ô misère, ô haine, c’est à vous que mon trésor a été confié !

Je parvins à faire s’évanouir dans mon esprit toute l’espérance humaine. Sur toute joie pour l’étrangler j’ai fait le bond sourd de la bête féroce.

J’ai appelé les bourreaux pour, en périssant, mordre la crosse de leurs fusils. J’ai appelé les fléaux, pour m’étouffer avec le sable, le sang. Le malheur a été mon dieu. Je me suis allongé dans la boue. Je me suis séché à l’air du crime. Et j’ai joué de bons tours à la folie.

Et le printemps m’a apporté l’affreux rire de l’idiot.

Or, tout dernièrement m’étant trouvé sur le point de faire le dernier couac ! j’ai songé à rechercher la clef du festin ancien, où je reprendrais peut-être appétit.

La charité est cette clef. — Cette inspiration prouve que j’ai rêvé !

« Tu resteras hyène, etc…, » se récrie le démon qui me couronna de si aimables pavots. « Gagne la mort avec tous tes appétits, et ton égoïsme et tous les péchés capitaux. » Ah ! j’en ai trop pris : — Mais, cher Satan, je vous en conjure, une prunelle moins irritée ! et en attendant les quelques petites lâchetés en retard, vous qui aimez dans l’écrivain l’absence des facultés descriptives ou instructives, je vous détache ces quelques hideux feuillets de mon carnet de damné.

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SI JE ME SOUVIENS…
UNE SAISON EN ENFER
Arthur Rimbaud

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Arthur Rimbaud Poésies

ADIEU ARTHUR RIMBAUD – UNE SAISON EN ENFER 1873

Une saison en enfer Arthur Rimbaud Artgitato Jérôme Bosch L'ascension des élus*

ADIEU
UNE SAISON EN ENFER
ADIEU ARTHUR RIMBAUD

POESIE FRANCAISE

Arthur Rimbaud poésies artgitato

ARTHUR RIMBAUD
1854-1891

Arthur Rimbaud Poésies Oeuvre Poèmes Poésie Artgitato

 

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Œuvres d’Arthur RIMBAUD
 


ADIEU
 UNE SAISON EN ENFER
Adieu Arthur Rimbaud
Poésies

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L’automne déjà ! — Mais pourquoi regretter un éternel soleil, si nous sommes engagés à la découverte de la clarté divine, — loin des gens qui meurent sur les saisons.

L’automne. Notre barque élevée dans les brumes immobiles tourne vers le port de la misère, la cité énorme au ciel taché de feu et de boue. Ah ! les haillons pourris, le pain trempé de pluie, l’ivresse, les mille amours qui m’ont crucifié ! Elle ne finira donc point cette goule reine de millions d’âmes et de corps morts et qui seront jugés ! Je me revois la peau rongée par la boue et la peste, des vers plein les cheveux et les aisselles et encore de plus gros vers dans le cœur, étendu parmi les inconnus sans âge, sans sentiment… J’aurais pu y mourir… L’affreuse évocation ! J’exècre la misère.

Et je redoute l’hiver parce que c’est la saison du confort !

— Quelquefois je vois au ciel des plages sans fin couvertes de blanches nations en joie. Un grand vaisseau d’or, au-dessus de moi, agite ses pavillons multicolores sous les brises du matin. J’ai créé toutes les fêtes, tous les triomphes, tous les drames. J’ai essayé d’inventer de nouvelles fleurs, de nouveaux astres, de nouvelles chairs, de nouvelles langues. J’ai cru acquérir des pouvoirs surnaturels. Eh bien ! je dois enterrer mon imagination et mes souvenirs ! Une belle gloire d’artiste et de conteur emportée !

Moi ! moi qui me suis dit mage ou ange, dispensé de toute morale, je suis rendu au sol, avec un devoir à chercher, et la réalité rugueuse à étreindre ! Paysan !

Suis-je trompé ? la charité serait-elle sœur de la mort, pour moi ?

Enfin, je demanderai pardon pour m’être nourri de mensonge. Et allons.

Mais pas une main amie ! et où puiser le secours ?


Oui l’heure nouvelle est au moins très-sévère.

Car je puis dire que la victoire m’est acquise : les grincements de dents, les sifflements de feu, les soupirs empestés se modèrent. Tous les souvenirs immondes s’effacent. Mes derniers regrets détalent, — des jalousies pour les mendiants, les brigands, les amis de la mort, les arriérés de toutes sortes. — Damnés, si je me vengeais !

Il faut être absolument moderne.

Point de cantiques : tenir le pas gagné. Dure nuit ! le sang séché fume sur ma face, et je n’ai rien derrière moi, que cet horrible arbrisseau !… Le combat spirituel est aussi brutal que la bataille d’hommes ; mais la vision de la justice est le plaisir de Dieu seul.

Cependant c’est la veille. Recevons tous les influx de vigueur et de tendresse réelle. Et à l’aurore, armés d’une ardente patience, nous entrerons aux splendides villes.

Que parlais-je de main amie ! Un bel avantage, c’est que je puis rire des vieilles amours mensongères, et frapper de honte ces couples menteurs, — j’ai vu l’enfer des femmes là-bas ; — et il me sera loisible de posséder la vérité dans une âme et un corps.

avril-août 1873

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ADIEU
UNE SAISON EN ENFER
Adieu Arthur Rimbaud

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Arthur Rimbaud Poésies
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