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CATULLE XXVIII CATULLUS – Ad Veranium et Fabullum A VERANIUS ET FABULLUS

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CATULLE CATULLUS XXVIII

litterarumLittérature Latine
Catulle

Poeticam Latinam

Traduction Jacky Lavauzelle

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CATULLE – CATULLUS
84 av J.-C. – 54 av J.-C.

POESIE XXVIII

 Ad Veranium et Fabullum

À VERANIUS ET FABULLUS

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Pisonis comites, cohors inanis,
Compagnons de Pison, dont sa cour reste vide
 
aptis sarcinulis et expeditis,
d’argent et dépourvue de malles,
Verani optime tuque mi Fabulle,
magnifique Veranius, tout comme toi Fabullus,
  quid rerum geritis? satisne cum isto
Que pensez-vous de ça ? ce faquin
vappa frigoraque et famem tulistis?
vous a-t-il fait endurer et le froid et la faim ?







 Ecquidnam in tabulis patet lucelli
Les gains sur vos tablettes sont-ils effacés
expensum, ut mihi, qui meum secutus
par vos dépenses ?  C’est tout comme moi suivant
praetorem refero datum lucello?
mon prêteur, mes recettes égalaient mes versements !
 O Memmi, bene me ac diu supinum
Ô Memmius, gouverneur de Bithynie, depuis longtemps tu m’as floué,
 tota ista trabe lentus irrumasti.
lentement tu m’as vidé.


 Sed, quantum video, pari fuistis
mais, d’après ce que je vois, vous êtes
  casu: nam nihilo minore verpa
dans le même cas : victimes d’une grande
 farti estis. pete nobiles amicos!
forfaiture. Appelez d’illustres amis !
 At vobis mala multa di deaeque
Mais que les dieux et les déesses
dent, opprobria Romuli Remique.
terrassent notre Pison, déshonneur de Remus et Romulus.

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Ad Verannium et Fabullum
A son servant

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Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO







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Catulle – Catullus
POESIE XXVIII

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LA CANAILLE & LES DELICATS
par Ferdinand Brunetière
1882

On a voulu faire de Catulle, sans arguments bien solides, un poète aristocratique, un poète du grand monde, comme de sa Lesbie, sur des inductions plutôt que sur des preuves, ce que Brantôme appelait « une grande et honnête dame. » Je persiste à ne pas croire, pour ma part, que Lesbie fût la célèbre Clodia, mais je crois que bon nombre des fréquentations de Catulle furent parmi la bohème littéraire de Rome. Au surplus, la conciliation n’est pas si difficile. Ce que nous savons, en effet, c’est que, lorsque l’adolescent de Vérone arriva de sa province dans la capitale, il y subsistait, sous le raffinement de quelques habitudes, sous l’étalage du luxe et sous l’apparence de la civilisation, un grand fonds d’antique brutalité romaine. Si nous en pouvions douter, nous rapprendrions au moins de certaines épigrammes de Catulle lui-même, plus grossières que mordantes, et dont l’outrageuse crudité passe tout. C’est bien fait à M. Rostand de nous les avoir traduites. On ne peut pas juger d’un poète en commençant par faire exception de toute une partie de son œuvre, qui peut-être est celle que les contemporains en ont presque le plus goûtée. Là où Catulle est bon, il va jusqu’à l’exquis, et c’est bien de lui que l’on peut dire aussi justement que de personne qu’il est alors le mets des délicats ; mais là où il est grossier, il l’est sans mesure, et c’est bien encore de lui que l’on peut dire qu’il est le charme de la canaille. Or, à Rome, en ce temps-là, dans le sens littéraire de l’un et l’autre mot, la canaille et les délicats, c’était presque tout un. On ne distinguait pas encore, selon le mot d’Horace, la plaisanterie spirituelle de l’insolente rusticité. La curiosité de l’intelligence, vivement éveillée, capable de goûter les finesses de l’alexandrinisme, était en avance, pour ainsi dire, sur la rudesse des mœurs et la vulgarité des habitudes mondaines.





Quand on grattait ces soupeurs qui savaient apprécier les jolies bagatelles du poète, on retrouvait le paysan du Latium, qui s’égayait, au moment du vin, à faire le mouchoir. La raillerie, comme à la campagne, s’attaquait surtout aux défauts ou disgrâces physiques. Je sais bien que, jusque dans Horace, la grossièreté du vieux temps continuera de s’étaler, mais ce ne sera plus de la même manière naïvement impudente. Au temps de Catulle, la délicatesse n’avait pas encore passé de l’esprit dans les manières. Quand il s’élevait seulement un nuage sur les amours du poète et de sa Lesbie, le docte traducteur de Callimaque s’échappait en injures de corps de garde. Cette société très corrompue ne s’était pas encore assimilé la civilisation grecque. Elle s’essayait à la politesse, elle n’y touchait pas encore. Et sous son élégance toute superficielle, elle manquait étrangement de goût. — Il me paraît que, si l’on examinée quel moment de notre histoire la plupart de ces traits conviennent, on trouvera que c’est au XVIe siècle, dans le temps précis que le contact des mœurs italiennes opérait sur la cour des Valois le même effet qu’à Rome, sur les contemporains de César, le contact des mœurs de la Grèce.

Ferdinand Brunetière
Revue littéraire
À propos d’une traduction de Catulle
Revue des Deux Mondes
Troisième période
Tome 54 –  1882

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HE WISHES FOR THE CLOTHS OF HEAVEN Yeats Texte & Traduction

ARTGITATO

William Butler Yeats
English literature English poetry
Littérature Anglaise – Poésie Anglaise

 [The Wind Among The Reeds – 1899]

YEATS
1865-1939


HE WISHES FOR THE CLOTHS OF HEAVEN
poem
Les Toiles du Ciel
[Poème]

He wishes for the cloths of Heaven Yeats Traduction Artgitato & Texte anglais

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Had I the heavens’ embroidered cloths,
Si j’avais les toiles brodées des cieux,
  Enwrought with golden and silver light,
Forgées d’une lumière d’or et d’argent,
The blue and the dim and the dark cloths
Les bleues, les sombres et les noires toiles
 Of night and light and the half-light,
De la nuit et de la lumière et de la pénombre,
 I would spread the cloths under your feet:
Je souhaiterais les étendre sous vos pieds :
  But I, being poor, have only my dreams;
Mais moi, étant pauvre, je ne dispose que de mes rêves;
I have spread my dreams under your feet;
J’ai donc répandu mes rêves sous vos pieds;
  Tread softly because you tread on my dreams.
Marchez doucement parce que vous marchez sur mes rêves.

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Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
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He wishes for the cloths of heaven Yeats

DANCOURT (1687) LE CHEVALIER A LA MODE, TRADER DE L’AMOUR

Florent Carton
DANCOURT

Le Chevalier à la Mode
(1687)

Dancourt Artgitato

Le Trader de
l’amour

Le chevalier est un trader : « je ne suis pas en argent comptant, et je veux que mes deux vieilles m’en fournissent à l’envi l’une de l’autre. »(Acte IV, scène 1) Il nous place hors du champ de la morale, dans la sphère purement financière, dans celle de l’intérêt.

Il est l’homme représentatif de cette fin de XVIIème siècle parcourant les salons et courant la bonne affaire. Le rapporteur de la Baronne, M Nigaud, lui aussi, ne dit rien d’autre en parlant à Madame Patin : « Vous avez l’âme parfaitement belle ; vous êtes la personne du monde la plus magnifique…Votre magnificence est soutenue d’un fort gros bien, que mille gens enragent de vous voir posséder si tranquillement. » (Acte III, scène 2)

SONGEONS AU SOLIDE !

Mais notre Chevalier, lui, est un professionnel. « Songeons au solide, mon ami ; nous donnerons ensuite dans la bagatelle » (Acte I, scène 7). A ce titre, l’occupation unique du Chevalier est d’établir des stratégies financières avec  l’étude de prises de risques et opportunités : « si certain dessein que j’ai dans la tête pouvait servir, je te donnerais à choisir d’elle ou de madame Patin. »(Acte IV, scène 1)

ETUDE DE RATIOS ET D’OPPORTUNITE

 Le ratio Rentes / âge  lui permet de visualiser les potentiels à marier et les actions à privilégier à moyen et long terme. « Si la baronne avait gagné ses procès, je la préférerais à madame Patin ; et quoiqu’elle ait quinze ou vingt années davantage, ses procès gagnés lui donneraient quinze ou vingt mille livres de rente plus que n’a madame Patin. » (Acte I, scène 7) Lorsque la courbe monte, c’est que soit la rente est plus qu’appréciable et l’âge n’est plus alors un problème, soit elle descend et il faut savoir être vigilant sur la durée de la relation en évitant le mariage à tout prix. En tout cas, « Je me déterminerai pour celle qui accommodera le mieux mes affaires »(Acte I, scène 7)

UNE BONNE CONNAISSANCE DU MARCHE AMOUREUX

Il faut donc de la rigueur dans l’analyse et surtout savoir écouter et juger de l’affaire rapidement. Le chevalier a cet œil aiguisé, autant pour la taille d’une rente que celle d’une demoiselle : « elle a de l’esprit au-delà de l’imagination. Une vivacité…la charmante petite créature ! » (Acte I, scène 7)

 La technique pour reconnaitre une femme à marier : d’abord savoir comment éviter les mauvais partis qui représentent 98% du marché et comment reconnaitre les 2% qui méritent de figurer dans votre portefeuille ? L’investissement du bon père de famille restant la veuve bourgeoise. 

Il doit donc visualiser l’ensemble de ses conquêtes. L’état de ses comptes. Connaître leurs évolutions dans son portefeuille d’actif : « Parbleu ! C’est une conquête aussi difficile que j’en connaisse. Je ne suis pourtant pas mal auprès d’elle. » (Acte I, scène 7)

SAVOIR TROUVER LA BONNE AFFAIRE !

Et surtout attendre le bon moment pour acheter ou vendre. Savoir être patient. Savoir laisser passer une affaire pour en attraper une plus grosse. Le Chevalier ne s’en cache pas et présente aussi une partie de ses cartes à l’une de ses affaires, madame Patin : « depuis deux mois entiers, je me refuse à toutes les parties de plaisir qu’on me propose…je renonce à toutes les compagnies ; je romps vingt commerces des plus agréables ; je désespère peut-être les plus aimables personnes de France. » (Acte III, scène 3). Toujours dans l’espoir de trouver LA bonne affaire. Celle qui fait rêver tous nos traders du XVIIème : « Mais, monsieur le fat, taisez-vous, encore une fois ; et ne venez point gâter une affaire qui est peut-être la meilleure qui me puisse arriver. » (Acte I, scène 7)

LE TEMPS C’EST DE L’ARGENT

Patient certes, mais toujours en éveil. Être patient ne veut pas dire être immobile et en attente. C’est aussi regarder, épier, prendre des informations, être à l’endroit idéal, au bon salon, au bal où tout se passe, être à l’écoute des rumeurs. « Bon ! Madame, est-ce que les gens comme monsieur le chevalier sont faits pour attendre ; et peuvent-ils demeurer en  place ? Cela est bon pour des gens raisonnables. » (Lisette à l’acte III, scène 2)

Car en affaire, le temps c’est toujours et encore de l’argent : « en quatre jours ! Voilà une conquête bien difficile, vous avez raison » (Acte I, scène 7)

Il joue, comme un trader jouerait avec de la pure finance. Son être tout entier est concentré dans cette matière. Il ne peut rien faire d’autre. Il ne peut s’empêcher de jouer : « tu vas voir le manège que je vais faire avec celle-ci. Ah ! Palsambleu !  Laisse-moi rire, Crispin, laisse-moi rire ; quand j’en devrais être malade, il m’est impossible de m’en empêcher. » (Acte IV, scène 1)

METTEZ-VOUS A MA PLACE, DE GRÂCE !

Il ne se cache pas. Dans le cinquième acte, celui des mises à nu, des contradictions révélées, du tribunal,  le Chevalier ne panique pas devant l’évidence de son amoralité et de sa duplicité ; il s’explique, simplement. Il explique cette évidence qui s’offre à lui et que tous doivent voir : « mettez-vous à ma place, de grâce, et voyez si j’ai tort. J’ai de la qualité, de l’ambition, et peu de bien. Une veuve des plus aimables, et qui m’aime tendrement, me tend les bras. Irai-je faire le héros de roman, et refuserai-je quarante mille livres de rente qu’elle me jette à la tête. » (Acte V, scène 6)

Au pire est-il une victime de la beauté et de cet argent qui s’offre à lui. Quel homme, saint d’esprit, pourrait ne pas y succomber ? « Je trouve en mon chemin une jeune personne, toute des plus belles et des mieux faites. Je ne le suis pas indifférent. Peut-on être insensible, madame, et se trouve-t-il des cœurs dans le monde qui puissent résister à tant de charmes ? » (Acte V, scène 6)

IL EST BON QUELQUEFOIS DE FAIRE LE FIER AVEC LES DAMES !

Il possède donc une batterie de réponses, une large palette de sentiments et d’émotions, quand il est pris au dépourvu, ou pour faire avancer son affaire. Soit se présenter, comme au-dessus, en victime innocente et trop sensible aux beautés qui hantent les salons, soit crier plus fort et montrer son émoi : « il n’a pas fallu grande habileté pour cela. Elle criait comme une enragée, et j’ai crié cent fois plus haut qu’elle ; car il est bon quelquefois de faire le fier avec  les dames » (Acte IV, scène 1), soit en feignant le mépris : « elle s’est emportée plus fort que jamais, et je n’ai trouvé d’autre moyen de la réduire, que de prendre un air de mépris pour elle, qui l’a piquée jusqu’au vif. » (Acte IV, scène 1)

UN USAGE UNIVERSEL

Le Chevalier est donc un affairiste, un trader, un homme du XVIIème comme d’aujourd’hui. Rien que de l’universel, de l’intemporel. « Faire fortune est une si belle phrase, et qui dit une si bonne chose qu’elle est d’un usage universel : on la reconnaît dans toutes les langues, elle plaît aux étrangers et aux barbares, elle règne à la cour et à la ville, elle a percé les cloîtres et franchi les murs des abbayes de l’un et de l’autre sexe : il n’y a point de lieux sacrés où elle n’ait pénétré, point de désert ni de solitude où elle soit inconnue. » (La Bruyère, Les Caractères, Des biens de fortune, 36)

Jacky Lavauzelle

PUBLILIUS SYRUS – SENTENCES SUR L’AVARICE, L’AVIDITE et L’ARGENT

PUBLILIUS SYRUS
SENTENCES – SENTENTIAE
Sur l’avarice, l’avidité et l’argent

Publilius Syrus Sentences Sententiae Sur l'argent l'avidité l'avarice Artgitato

Avarus ipse miseriae causa est suae.
L’avare est lui-même la cause de sa misère.

Avarus, nisi quum moritur, nil recte facit.

L’avare, sauf quand il meurt, ne fait rien de bien.

Avidum esse oportet neminem, minime senem.

Personne ne devrait être avide, pas même un vieil homme.

Auro suadente nil potest oratio.

L’or persuade, là où le discours est impuissant.

Avaro quid mali optes, ni ut vivat diu ?

Que souhaiter à l’homme cupide, si ce n’est qu’il vive longtemps ?

Avarum facile capias, ubi non sis idem.

L’avare peut être une proie facile, si vous n’en n’êtes pas un vous-même.

Avarum irritat, non satiat pecunia.

L’argent ne satisfait pas l’avare, il l’irrite.

Avarus damno potius quam sapiens dolet.

L’avare pleure les pertes, pas le sage.

Auferri et illud, quod dari potuit, potest.

Ce qui a été accordé peut être repris.

An dives, omnes quaerimus : nemo, an bonus.

Est-il riche, demandent-ils tous ; personne ne demande : est-il bon ?

Amissum quod nescitur, non amittitur.

Ce qui est perdu sans qu’on le sache, n’est pas perdu.

Alterius damnum, gaudium haud facias tuum.

Ne fais pas ton bonheur sur le malheur des autres.

Alienum aes homini ingenuo acerba servitus.

Une dette pour l’homme libre est un amer esclavage.

Alienum est omne, quicquid optando evenit.

Le bien que nous obtenons par la volonté ne nous appartient pas en propre.

Alienum nobis, nostrum plus aliis placet.

Le bien des autres nous plaît, le nôtre plaît aux autres.

Aes debitorem leve, grave inimicum facit.

Un petit débiteur fait un obligé, un grand débiteur fait un ennemi sérieux.

 

Traduction Jacky Lavauzelle