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34 POEMES D’EMILY DICKINSON DE 1852 A 1886 – Emily Dickinson’s poems

LITTERATURE AMERICAINE

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EMILY DICKINSON
December 10, 1830 – May 15, 1886
10 décembre 1830 – 15 mai 1886
Amherst, Massachusetts

Traduction – Translation

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

French and English text
texte bilingue français-anglais

 


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LES POEMES D’EMILY DICKINSON

Emily Dickinson’s poems

 

 




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1853
ON THIS WONDROUS SEA

On this wondrous sea
Sur cette merveilleuse mer
Sailing silently,
Navigant silencieusement,




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1858
WHEN ROSES CEASE TO BLOOM

When Roses cease to bloom, dear, 
Quand les Roses finiront de fleurir, mon cher,
And Violets are done, 
Et les V
iolettes seront flétries,

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1859
WHOSE CHEEK IS THIS ?

Whose cheek is this ?
A qui est cette joue ?
What rosy face
Quel rose visage

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1860
A LITTLE EAST TO JORDAN

A little East of Jordan,
Un peu à l’est du Jourdain,
Evangelists record,
Les Evangélistes enregistrent,




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1861
POOR LITTLE HEART !

Poor little heart!
Pauvre petit cœur !
Did they forget thee?
T’ont-ils oublié ?

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1861
I’VE KNOW A HEAVEN LIKE A TENT

I’ve known a Heaven, like a Tent – 
J’ai connu un Ciel, comme une Tente –
To wrap its shining Yards – 
 A emballer son éclatante Cour-




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1862
OF BRONZE AND BLAZE

Of Bronze – and Blaze 
De Bronze – et de Feu
The North -tonight! 
Le Nord -ce soir !

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1863
I GAINED IT SO

I gained it so –
Je l’ai gagnée ainsi,
By Climbing slow –
En Escaladant lentement,

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1864
THE SPRY ARMS OF THE WIND

The spry Arms of the Wind
Les vaillants Bras du Vent
If I could crawl between
Si je pouvais ramper entre

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1865
WHAT TWINGS WE HELB BY
LA RIVIERE RAPIDE DE LA VIE

 What Twigs We held by-
Quels Rameaux nous agrippaient ?
Oh the View
Oh cette Vue

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1866
AFTER THE SUN COMES OUT
LA TRANSFORMATION DU MONDE

After the Sun comes out
Une fois le soleil sorti
How it alters the World —
Comme cela transforme le Monde

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1867
THE MURMURING OF BEES
LE MURMURE DES ABEILLES

The murmuring of Bees, has ceased
Le murmure des Abeilles a cessé
But murmuring of some
Mais d’autres s’entendent

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1868
AFTER A HUNDRED YEARS
UN SIECLE APRES

After a hundred years
Un siècle après
Nobody knows the Place
Personne ne connaît le Lieu

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1869
THE DUTIES OF THE WIND ARE FEW
LES DEVOIRS ET LES PLAISIRS DU VENT

The duties of the Wind are few,
Les devoirs du Vent sont peu nombreux :
To cast the ships, at Sea,
Fracasser les navires, en Mer,

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1870
A NOT ADMITTING OF THE WOUND
LA BLESSURE

A not admitting of the wound
Ne pas reconnaître la plaie
Until it grew so wide
Jusqu’à ce qu’elle soit si large

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1870
THAT THIS SHOULD FEEL THE NEAD OF DEATH
LE BESOIN DE LA MORT

That this should feel the need of Death
Que celui qui ressent le besoin de la Mort
 
The same as those that lived
Le même que celui qui vécu

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1871
THE DAYS THAT WE CAN SPARE

The Days that we can spare
Les Jours que nous avons en trop
Are those a Function die
Ensevelissent une Fonction qui meurt

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1872
UNTIL THE DESERT KNOWS
AU GALOP DANS NOS RÊVES

Until the Desert knows
Jusqu’à ce que le Désert sache
That Water grows
Que l’Eau jaillit

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1873
HAD WE OUR SENSES
LA RAISON & LA FOLIE

Had we our senses
Avons-nous notre raison ?
 
But perhaps ’tis well they’re not at Home
Mais peut-être vaut-il mieux que non

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1874
WONDER IS NOT PRECISLY KNOWING
LE PLAISIR DEVENU DOULEUR

Wonder — is not precisely Knowing
 L’Etonnement- n’est pas précisément la Connaissance
 
And not precisely Knowing not
 Ni précisément l’Ignorance –

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1875
THAT SHORT POTENTIAL STIR
L’ECLAT DE LA MORT

That short — potential stir
Ce court – et potentiel émoi
 
That each can make but once
Que chacun peut faire juste une seule fois –

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1876
LONG YEARS APART
L’ABSENCE DE LA SORCIERE

Long Years apart — can make no
Les longues Années d’éloignement- ne peuvent engendrer de
Breach a second cannot fill —
Brèche qu’une seule seconde ne puisse colmater –

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1877
IT WAS A QUIET SEEMING DAY
LE COQUELICOT DANS LE NUAGE

It was a quiet seeming Day —
C’était un Jour en apparence calme –
There was no harm in earth or sky —
Il n’y avait aucun mal ni sur terre ni dans le ciel –

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1878
TO MEND EACH TATTERED FAITH
REPARER LA FOI EN LAMBEAUX

To mend each tattered Faith
Pour réparer chaque Foi en lambeaux
There is a needle fair
Il y a une fine aiguille,

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1879
WE TALKED WITH EACH OTHER
LES SABOTS DE L’HORLOGE

We talked with each other about each other
Nous nous sommes parlés, les uns les autres
Though neither of us spoke —
  Même si aucun de nous n’a parlé –

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1880
GLASS WAS THE STREET
LA RUE DE VERRE

Glass was the Street – in Tinsel Peril
De verre était la rue – dans un Aventureux Crissement
 
Tree and Traveller stood.
Arbre et Voyageur debout se tenaient.

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1881
THE THINGS THAT NEVER CAN COME BACK
LES CHOSES QUI JAMAIS NE REVIENNENT

The Things that never can come back, are several —
Les Choses qui jamais ne reviennent sont multiples –
Childhood — some forms of Hope — the Dead —
L’Enfance – certaines formes d’Espoir – les Morts –

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1882
HE ATE AND DRANK THE PRECIOUS WORDS
LES MOTS PRECIEUX

He ate and drank the precious Words —
Il a mangé et il a bu les Mots précieux –
His Spirit grew robust —
Son Esprit s’est développé –

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1883
No ladder needs the bird but skies
DONNER DES AILES AUX CHERUBINS

No ladder needs the bird but skies
 L’oiseau n’a pas besoin d’échelle mais des cieux
To situate its wings,
Pour placer ses ailes,

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1884
Upon his Saddle sprung a Bird
LA NOTE DE L’OISEAU

Upon his Saddle sprung a Bird
Sur sa selle a bondi l’Oiseau
And crossed a thousand Trees
  S’en est allé traverser un milliers d’Arbres

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1885
Take all away from me, but leave me Ecstasy,
LAISSEZ-MOI L’EXTASE

Take all away from me, but leave me Ecstasy,
Retirez-moi tout, mais laissez-moi l’Extase,
 And I am richer then than all my Fellow Men —
Et plus riche que tous mes Semblables  je deviendrai –

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LES ULTIMES POEMES

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1886
THE IMMORTALITY SHE GAVE
LA FORCE DE L’AMOUR HUMAIN

The immortality she gave
L’immortalité qu’elle a donnée
We borrowed at her Grave —
Nous l’avons emprunté à son Tombeau-

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1886
OF GLORY NOT A BEAM IS LEFT
POUR LES ÉTOILES

Of Glory not a Beam is left
De la Gloire, ne reste pas un seul Faisceau
But her Eternal House —
Mais reste sa Maison Éternelle –

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EMILY DICKINSON

Die Erde war so lange geitzig HEINRICH HEINE INTERMEZZO LYRIQUE XXVI

INTERMEZZO LYRIQUE
Heinrich Heine
Die Erde war so lange geitzig

INTERMEZZO LYRIQUE HEINE
LITTERATURE ALLEMANDE
intermezzo-lyrique-heine-artgitato-lyrisches-intermezzo-heine-willem-van-aelst-bloemenstilleven-met-horloge



Christian Johann Heinrich Heine
Die Erde war so lange geitzig




Deutsch Poesie
 Deutsch Literatur

Heinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich HeineHeinrich Heine

HEINRICH HEINE
1797- 1856

German poet
Poète Allemand
Deutsch Dichter

Heinrich Heine Oeuvre Poèmes Poésie Gedichte Artgitato

Übersetzung – Traduction
Jacky Lavauzelle




INTERMEZZO LYRIQUE HEINE
XXVI

Die Erde war so lange geitzig

 

 

Lyrisches Intermezzo
XXVI
LA TERRE LONGTEMPS AVARE

1823

INTERMEZZO LYRIQUE
Die Erde war so lange geitzig
Heinrich Heine

*

XXVI

Die Erde war so lange geitzig,
La terre, longtemps avare,
 Da kam der May, und sie ward spendabel,
Avec le mois de mai redevient généreuse,
 Und alles lacht, und jauchzt, und freut sich,
Et tout rit, se réjouit et s’enflamme
  Ich aber bin nicht zu lachen kapabel.
mais moi, je n’ai plus le cœur à rire.

*

Die Blumen sprießen, die Glöcklein schallen,
Les fleurs éclosent et les clochettes tintent,
Die Vögel sprechen wie in der Fabel;
Les oiseaux parlent comme dans la fable ;
Mir aber will das Gespräch nicht gefallen,
Mais je n’aime pas la conversation,
Ich finde Alles miserabel.
Je trouve tout misérable.

*

Das Menschenvolk mich ennuyiret,
Le monde des hommes m’ennuie,
Sogar der Freund, der sonst passabel; –
Même l’ami me paraît passable ; –
Das kömmt, weil man Madame tituliret
Cela vient qu’on la nomme Madame
 Mein süßes Liebchen, so süß und aimabel.
Ma douce aimée, si douce, si aimable.

 

 

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XXVI
Die Erde war so lange geitzig
HEINRICH HEINE
INTERMEZZO LYRIQUE

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LA POESIE DE HEINRICH HEINE

A ce point de vue, Heine est traité en privilégié. Les Allemands peuvent bien maudire le pamphlétaire, ils savent par cœur les vers du poète. Éditeurs, biographes, critiques d’outre-Rhin lui ont consacré d’importans travaux. Chez nous, seul entre les poètes allemands, il bénéficie de ce privilège d’avoir un public. Je ne nie pas que nous n’ayons pour quelques autres, et pour Goethe par exemple, un juste respect. Nous admirons Gœthe, nous ne l’aimons pas. Au contraire, l’auteur de l’Intermezzo est pour quelques Français de France un de ces écrivains qui sont tout près du cœur. Cela tient à plusieurs raisons parmi lesquelles il en est d’extérieures. Heine a vécu pendant de longues années parmi nous ; il parlait notre langue, quoique avec un fort accent ; il l’écrivait, quoique d’une façon très incorrecte ; il nous a loués, quoique avec bien de l’impertinence ; il a été mêlé à notre société ; il a été en rapports avec nos écrivains, nos artistes et même nos hommes politiques. Nous nous sommes habitués à le considérer comme un des nôtres, et sa plaisanterie, fortement tudesque, passe encore pour avoir été une des formes authentiques de l’esprit parisien. Notre sympathie pour Heine se fonde d’ailleurs sur des motifs plus valables. Il a quelques-unes des qualités qui nous sont chères : son style est clair ; ses compositions sont courtes. Nous aimons ces lieds dont quelques-uns durent le temps d’un soupir, l’espace d’un sanglot. Leur pur éclat nous semble celui de la goutte de rosée que le soleil taille en diamant, ou d’une larme qui brille dans un sourire. C’est par eux que le meilleur de la sentimentalité allemande est parvenu jusqu’à nous. Ou, pour parler plus exactement, la poésie de Heine représente une nuance particulière de sensibilité, qu’il a créée et que nous avons accueillie. Aussi doit-elle avoir sa place dans une histoire de la poésie lyrique en France. De même qu’il y a une « critique allemande » de l’œuvre de Heine, il convient qu’il y en ait parallèlement une « critique française ».

René Doumic
Revue littéraire
La poésie de Henri Heine d’après un livre récent
Revue des Deux Mondes
4e période
tome 140
1897
pp. 457-468

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INTERMEZZO LYRIQUE
XXVI
HEINRICH HEINE

Poesi KARLFELDT – La Poésie de Karlfeldt – Poetry of Karlfeldt

Diktsamlingen Fridolins visor och andra dikter
karlfeldt dikter
Dikter av Erik Axel Karlfeldt

Traduction – Texte Bilingue
Erik Axel Karlfeldts dikter
Karlfeldt poet
Poesi
Poésie


LITTERATURE SUEDOISE
POESIE SUEDOISE

Svensk litteratur
svensk poesi –

Traduction Jacky Lavauzelle

Erik Axel Karlfeldt 1864 – 1931

översättning – Traduction

Poésie de Karlfeldt - Erik_Axel_Karlfeldt_1931 Poesi KarlfeldtFotografi av Erik Axel Karlfeldt från 1931
Photographie 1931

La Poésie de Karlfeldt
Poetry of Karlfeldt


Poesi KARLFELDT

 Erik_Axel_KarlfeldtErik_Axel_KarlfeldtErik_Axel_KarlfeldtErik_Axel_KarlfeldtErik_Axel_KarlfeldtErik_Axel_KarlfeldtErik_Axel_KarlfeldtErik_Axel_KarlfeldtErik_Axel_KarlfeldtErik_Axel_KarlfeldtErik_Axel_KarlfeldtErik_Axel_KarlfeldtErik_Axel_KarlfeldtErik_Axel_Karlfeldt

Aspåkerspolska – La Polska d’Aspåker -1901
Blommande rönn – Sorbier en fleur (Chants des bois & Chants d’amour – 1895)
Böljebyvals – La Valse de Böljeby – 1901
Den Drömmande Systern – La Sœur Rêveuse -1901
Den flyende kungen – La Fuite du Roi (Flore & Pomone -1918)
Dina ögon äro Eldar – Tes Yeux sont des Feux -1901
En Madrigal – Un Madrigal – 1901
Ett Hjärta – Un Cœur -1901
Fäderna – Nos Pères (Chants des bois & Chants d’amour – 1894)
Första minnet – Premier Souvenir – 1927
I höststormen – Dans la Tempête de l’automne (1894)
Irina (Chansons de Fridolin & Autres Poèmes – 1898)
Jägarlust – Plaisir de Chasseur (Chants des bois & Chants d’amour – 1894)
Kanske ! – Peut-être ! – 1898
Längtan heter min arvedelLa nostalgie comme héritage -1901
Mikael – Saint-Michel (Flore & Pomone – 1918)
Mikrokosmos – Microcosme – 1901
Om en Tillbörlig Vrede – Sur une bonne colère – 1901
Ormvisa – La Chanson du Serpent (Chansons de Fridolin & Autres poèmes – 1898)
Psaltare och Lyra – Le Psaltérion et la Lyre (1929)
Serenad – Sérénade
Sub Luna (Hösthorn 1927 Cor d’Automne) 
Testamente – Testament (Flore & Pomone -1918)
Tillägnan – Dédicace (Flore & Pomone – 1906)
Ung kärlek Dikt – Jeune Amour (Chants des bois & Chants d’amour – 1895)
Vinterhälsning – Vœu Hivernal (Flore & Pomone – 1906)

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Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
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 poesi

 Erik_Axel_KarlfeldtErik_Axel_KarlfeldtErik_Axel_KarlfeldtErik_Axel_KarlfeldtErik_Axel_KarlfeldtErik_Axel_KarlfeldtErik_Axel_KarlfeldtErik_Axel_KarlfeldtErik_Axel_KarlfeldtErik_Axel_KarlfeldtErik_Axel_KarlfeldtErik_Axel_KarlfeldtErik_Axel_KarlfeldtErik_Axel_Karlfeldt

 

LES CONTES DE LA LUNE VAGUE APRES LA PLUIE – Les limites de l’ambition

Kenji MIZOGUCHI                                 溝口 健二

Kenji Mizoguchi

LES CONTES DE LA LUNE VAGUE

APRES LA PLUIE

雨月物語

1953

Les Limites

de l’Ambition

  « Un manche à la lune : quel bel éventail ! » (attribué à Yamazaki Sôkan, XVIème)

  • POUR UNE PRIERE A BOUDDHA

 GENJIRO (Mazayuki MORI) Il travaille la terre, le meilleur de la terre. Il ne la retourne pas comme Tobeï, le paysan. Il l’élève, et la sort de la terre. Il la sculpte. La malaxe et lui donne forme. La trempe. La durcit au feu vif du four. Elle change de couleur et égaie la vie de tous les jours. La poterie c’est l’utérus, la matrice. La sensualité. L’homme a une action quasi-divine pour transformer, pour donner forme, et sculpter la matière. Lui donner vie. Il sera donc sensitif, amoureux de l’art, amoureux des formes. Il se laissera tomber dans les filets du fantôme Wakasa. C’est elle qui lui demande de ne pas gâcher son talent en restant dans son village : « N’enterrez pas votre talent dans un petit village. Enrichissez-le, plus pleinement et plus profondément ». Pour déterrer, il faut donc aller vers le profond, donc vers le bas, vers la source du mal.

 « Le pivert Cherche des arbres morts Pendant que les cerisiers sont en fleurs » (Naitô Jôsô, XVIIème)  

  •  « J’EN AI ASSEZ DE LA MISERE »

TOBEÏ (Sakae OZAWA), lui aussi travaille la terre. Mais avec de la peine et de la souffrance. La terre, il la retourne juste, tellement celle-ci est lourde. « J’en ai assez de la misère ! ». Il est rustre et d’un seul bloc. Une idée en tête : devenir Samouraï. Cette obsession passera par l’armure et la lance. Le mensonge et la vanité. Il veut s’élever. Sortir les pieds de cette terre, de ce fardeau. Dans ce monde de guerre, le Samouraï est l’homme important, reconnu, craint. Lui passe sa vie à se cacher des puissants, à courber l’échine, que cette terre lui fait plier un peu plus chaque jour.

« Voici les premières neiges. Qui pourrait vouloir Rester à la maison » (Enomoto Kikaku, XVIIème)

« LA PLUS BELLE DES SOIES CHOISIES SE FANE…ET SE DETRUIT »

WAKASA (Machiko KYO), elle, vient de la terre. Elle est de retour. Elle n’a pas été fertilisée. C’est la Mort. C’est une plante sèche, comme celles qui entourent le Manoir Katsuki. Genjiro devra donc la fertiliser de sa semence d’artiste. « Wakasa avait quitté ce monde…avant d’avoir pu jouir de la vie. J’ai eu pitié d’elle. J’ai voulu qu’elle connaisse les plaisirs d’une femme…l’ardent amour de la jeunesse. Je l’ai fait sortir de sa tombe et je l’ai ramenée sur terre. Et nous avons trouvé en vous, l’homme qu’elle a épousé par amour. Maintenant, elle profite des joies de la vie » nous dit sa nourrice. C’est la dame de pique, la mauvaise femme, séparée du monde, seule.

« Sous la lune brillante, Je rentre chez moi en compagnie De mon ombre » (Yamaguchi Sodô, XVI et XVIIème)

MIYAGI, LA DAME DE CŒUR

 MIYAGI (Kinuyo TANAKA), la femme de Genjiro. La Mère. C’est la dame de cœur, bonne et bienveillante. « Arrête-toi ! » « S’il t’arrivait quelque chose ! » « Mais la vie est si précieuse » « Mon seul désir est de te garder près de moi » « Je ne désire qu’une chose : travailler ensemble tous les trois. Rien d’autre ne compte » « Rentrons chez nous le danger est trop grand » « J’y vais pour te surveiller. Je t-en prie, emmène-moi ! », « Reste à la maison ». C’est la fidélité et l’épouse aimante, aimante jusqu’après sa mort. Elle est toujours là, qui veille. Genjiro, pourra revenir dans son foyer, autour d’une famille vraiment recomposée. Sa voix est là, douce et enveloppante, protectrice : « Je ne suis pas morte, mon aimé. Je suis près de toi. Ta longue route est à sa fin. Reprends ta place. Remets-toi au travail…Comme c’est joli ! T’aider est mon plus grand plaisir. J’ai hâte des les voir terminés. Les bûches sont prêtes. Il ne viendra plus de soldats pillards. Tourne tes poteries en paix. Il est arrivé bien des choses. Mais tu es devenu l’homme de mon idéal. Hélas, je ne suis plus dans le même monde que toi. Il faut se résigner. Tu dois être fatigué. Repose-toi ! ». Miyagi n’a jamais été aussi près. Sa mise en terre, n’est pas une réelle descente. Il n’y a que son corps qui repose. Le reste veille.

« Tombée de la branche, Une fleur y est retournée : C’était un papillon » (Arakida Moritake, XVIème)

  • LE SACRIFICE D’OHAMA

OHAMA (Mitsuko MITO), l’épouse de Tobeï et la sœur de Genjiro. C’est le sacrifice. Elle donnera son corps tel un sacrifice pour retrouver son mari. En se donnant, elle renonce à sa propre vie. Elle est la femme active, très différente de Miyagi. C’est elle qui mène la barque sur le lac Biwa. Pour le retrouver, elle va s’humilier. Après son viol, elle traitera ses violeurs d’« imbéciles ». Elle continue et vocifère : « Tu le vois mon malheur ? Grâce à toi, ta femme en est réduite à ça. Sois fière d’être devenu Samouraï à un tel prix, Tobeï… Grand imbécile ! ». Elle a la tête sur les épaules. Elle porte aussi de lourdes souffrances. Mais elle a un but. En retrouvant Tobeï dans une maison close, elle lui dit : « Tu es un grand homme, maintenant ! Enfin devenu le Samouraï de tes rêves ! Moi aussi, j’ai réussi. Je porte de riches kimonos, je me farde, je bois…et je couche ! Beau triomphe pour une femme. Tu dois en être heureux. Celui qui obtient la gloire fait souffrir quelqu’un. Ma chute est le prix de ton ascension ! Sois mon hôte, ce soir. Et paie-moi avec l’argent gagné par tes exploits !…Je suis une femme perdue ! A cause de toi ! Reprenons notre vie d’autrefois. Sinon, je me tuerai !… Combien de fois ai-je voulu me tuer ! Mais je voulais te voir avant. Je ne sais pourquoi. Mais je n’ai pas pu me tuer, malgré tout mon désir ! » Elle ne s’est pas suicidée, elle n’a pas tué son corps, elle l’a donné aux autres.

 « Le rude vent d’hiver S’est apaisé, Ne laissant que le bruit des flots » (Ikenishi Gonsui, XVIIème)

  • « SANS ARGENT, IL N’Y A QUE MISERES ! ».
    ET AVEC ?

La guerre est présente dès les premières images. Si on ne la voit pas, on la sent, par l’excitation des personnages et on entend les coups de feu au loin. Quand Tobeï fait une prière, c’est au dieu guerrier qu’il l’envoie, « Tu verras ! Au nom du dieu de la guerre ! J’en ai assez de la misère ! Je pars avec toi ! » En fait, c’est une opportunité cette guerre présente. Peu importe, les risques. « Sans argent, il n’y a que misères. Et l’espoir meurt ! Je veux rapporter encore plus d’argent ! Je travaillerai plus dur. Je ferai des masses de poteries ! »… « Sotte ! La guerre fait marcher le commerce. Vois ce beau bénéfice ». Et pour Tobeï, la guerre est une véritable aubaine. Dès que les soldats s’installent au village, il ne peut s’empêcher de sortir, au risque de sa vie, pour voler un bout d’armure. Les Samouraïs qui se moquent de lui dans la ville, lui demandent de revenir avec une armure et une lance. Il lui faut donc de l’argent pour les acheter au plus vite.

Les soldats dans cette guerre, volent, violent, pillent et massacres. Après le viol d’Ohama, ils lui jettent des pièces de monnaies. La femme doit être payée comme une marchandise. Elle est même moins qu’un moment de plaisir, elle est quelque chose qu’ils consomment comme pour un saké au bar. Ils en ont envie, ils prennent et payent. On en parle plus.

  • « COMME DES OISEAUX ENGLUES »

Les femmes ne sont pas considérées comme des êtres humains à part entière. Elles dépendent d’un homme, garant de leur vie. Dès qu’Ohama perd de vue Tobeï, elle s’écarte de la ville, du centre, donc de la normalité. Elle peut donc être prise et soudoyée. Quand Tobeï laisse sa femme au village, c’est surtout pour Genitchi, leur enfant : « Non ! Les soldats sont sans pitié pour les femmes. Et puis qui garderait Genitchi, notre fils ! ». Ohama et Miyagi supplient les soldats « Epargnez nos hommes ou nous mourrons de faim !». Elles sont là pour égayer la vie des militaires, « Venez voir les jolies filles qui veulent vous amuser ! ».

 Le beau, lui-même, est donné aux femmes pour le plaisir de l’homme. Le kimono attire le regard de l’homme et le fait fantasmer. Ce n’est pas la femme, c’est la parure, le paraître. Un kimono très beau, peut se contempler seul, la femme est secondaire « C’est bien trop beau pour votre femme ! » souligne naturellement le vendeur.

L’amour est aussi possession.
On aime que ce que l’on possède. L’argent est aimé, adoré, il doit donc être possédé. D’où des ambitions démesurées qui les poussent à partir plus loin, plus longtemps et à affronter des dangers auxquels ils ne sont pas préparés. «L’ambition comme l’océan doit être sans limites » (Tobeï). Ohama ne pouvait se tuer, lier à son amour. Malgré les apparences, c’est Tobeï qui la possède. Elle n’a même pas de prise sur sa vie. Elle est liée à jamais à son mari. Quand Genjiro est sous le charme de Wakasa, celle-ci exige qu’il se donne tout entier, qu’il n’existe plus que pour elle : « Tu me prends pour un mauvais ange, n’est-ce pas ? Qu’importe…Tu es à moi ! Désormais, tu m’obéiras en tout et tu seras à ma dévotion ».

La terre enfin soumet toutes et tous …
…et a le dernier mot. Du paysan au Samouraï, en passant par le potier. On croit la soumettre et la posséder, mais à son tour, elle nous enveloppe. « Comme des oiseaux englués, Nous sommes attachés à cette terre Car nous ne savons où aller…D’agir à votre fantaisie Comme ceci ou comme cela, Il ne saurait être question » (Yamanoue no Okura, VIIIème)

Jacky Lavauzelle