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LA FLÛTE DES VERTEBRES de MAÏAKOVSKI – Le Prologue – Флейта-позвоночник

Флейта-позвоночник

LA FLÛTE DES VERTEBRES DE MAÏAKOVSKI


русский поэт- Poète Russe
русская литература
Littérature Russe
 

 





 

Владимир Владимирович Маяковский
Vladimir Maïakovski

1893-1930

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE
стихотворение Лермонтова

 




 Poème de Vladimir Maïakovski

LA FLÛTE DE VERTEBRES
Флейта-позвоночник
1915
PROLOGUE – пролог

**

За всех вас,
A vous toutes,
которые нравились или нравятся,
qui aiment ou qui avez aimé,
хранимых иконами у души в пещере,
Icônes stockées dans une caverne de l’âme,
как чашу вина в застольной здравице,
Comme une coupe de vin à boire lors d’un toast,
подъемлю стихами наполненный череп.
Je lève mes vers au fond de ce crâne.



Все чаще думаю –
De plus en plus, je pense –
не поставить ли лучше
Que le mieux serait de placer
точку пули в своем конце.
Une balle à la fin.
Сегодня я
Aujourd’hui,
на всякий случай
Juste au cas où,
даю прощальный концерт.
Je donne un concert d’adieu.



 

Память!
Mémoire !
Собери у мозга в зале
Recueille dans la pièce du cerveau
любимых неисчерпаемые очереди.
Une file inépuisable d’amantes.
Смех из глаз в глаза лей.
Que le rire baignent les yeux.
Былыми свадьбами ночь ряди.
Que la nuit s’embellisse de nos hymens passés.
Из тела в тело веселье лейте.
Que de corps en corps la joie circule.
Пусть не забудется ночь никем.
Que ne soit jamais oublié cette nuit.
Я сегодня буду играть на флейте.
Aujourd’hui, je vais jouer de la flûte.
На собственном позвоночнике.
Sur ma propre colonne vertébrale.



 




*******

Poème de Vladimir Maïakovski
LA FLÛTE DES VERTEBRES
PROLOGUE
1915




LA FLÛTE DES VERTEBRES DE MAÏAKOVSKI

Court Hill Ganesh Temple Kuala Lumpur

 

Pelancongan di Malaysia
Voyage en Malaisie
PHOTO JACKY LAVAUZELLE

 




 COURT HILL GANESH TEMPLE

 Visiter Kuala Lumpur
Meneroka kota Kuala Lumpur
Melawat Kuala Lumpur
吉隆坡
Куала-Лумпур

*








Court Hill Ganesh Temple

9, Jalan Pudu Lama  -Kuala Lumpur

Temple hindou dédié à Ganesh,  dieu de la sagesse, de l’intelligence, de l’éducation et de la prudence.

Lové dans une petite rue où trône, à proximité, l’immense tour de la MayBank de KL, incurvé par un virage serré de la Jalan Pudu Lama, le temple hindou Court Hill Ganesh Temple, s’offre à nous.

Il s’offre à nous par le bruit des musiques rituelles et des noix de coco que l’on fracassent et par les odeurs des fleurs et des encens. Nous rentrons dans le temple où le bonheur est glorifié, et tout est orchestré pour que le malheur soit rejeté. Une série d’éléphants orne l’extérieur. A l’intérieur, ce sont les Ganesh en relief qui entourent la salle des cérémonies.

Ganesh a toujours suscité la surprise lors des visites en Inde ou en Asie du Sud-Est. Jules Bois en 1903 rapportait les impressions suivantes dans ses Visions de l’Inde (Société d’Editions Littéraires et Artistiques) : « Nous voyons les autels des dieux moindres avant de pénétrer dans le saint des saints. C’est d’abord l’idole-Éléphant au fond d’un réduit noirâtre. Elle est noire elle-même avec sa trompe, et des obscénités s’entrelacent autour d’elle en nimbe infâme. Heureusement qu’il faut être familier avec les symboles hindous pour comprendre. Et pourtant il ne s’agit que du dieu de la sagesse, le bon Ganesh ! Les Européennes qui nous accompagnent s’étonnent, leurs robes, tirées par les doigts précautionneux afin d’éviter les salissures. Elles ne voient que des courbes dans les ténébreuses lueurs. Les autres autels sont distants, enfoncés dans des sanctuaires qu’un pied d’Européen contaminerait à jamais. « 

Anita Hidalgo en 1915 dans Impressions de mes voyages en Indes (Editions Sturgis & Walton company, Notre suite fut obligée de se déchausser, coutume usitée dans toute l’Inde, en signe de respect. L’entrée était gardée par des soldats ayant toujours le sabre au clair. Quelques prêtres hindous viennent prier quotidiennement devant le Dieu Ganesh, qui est respectueusement placé à l’entrée de l’escalier. Il a la tête d’un éléphant et le corps d’un homme, il est peint d’un rouge écarlate et couvert de parures de fleurs blanches très odorantes. Les Hindous le considèrent comme leur porte-bonheur. Ils le placent généralement au-dessus de la porte d’entrée, persuadés qu’ils seront protégés contre toutes les méchancetés et qu’il leur fera prévoir tout ce qui peut leur arriver dans l’avenir. « 

Les noix de coco, pour le plus grand plaisir des hôtels à proximité qui resteraient mal insonorisés, sont fracassés dans une benne à quelques mètres du temple.
Dans l’Avadhuta Gîtâ ( अवधूत गीता), il est précisé la symbolique de la noix de coco : « Caché dans le champ de la conscience éternelle se tient la cause du monde, qui est Prakriti. Dedans cette cause est Brahman. C’est dans la cosse d’une noix de coco qu’est le monde, la pulpe est prakriti et la douce et fraiche eau enchâssée dans la pulpe est Brahman. » (Traduction Wikisource) –
Il s’agit, en fracassant la noix de coco, தேங்காய், de briser l’illusion du monde, de laisser s’écouler son égo et de l’offrir à Ganesh qui lui offre en retour sa protection.












  

 


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FERNANDO PESSOA Poemas Inconjuntos Poèmes Désassemblés (1913-1915) Alberto Caeiro

 Poème de Fernando Pessoa
Alberto Caeiro
Poemas Inconjuntos
Poèmes Désassemblés





Traduction – Texte Bilingue
tradução – texto bilíngüe

Traduction Jacky Lavauzelle


LITTERATURE PORTUGAISE
POESIE PORTUGAISE

Literatura Português

FERNANDO PESSOA
1888-1935
Fernando Pesso Literatura Português Poesia e Prosa Poésie et Prose Artgitato

 





Poema de Fernando Pessoa
por Alberto Caeiro
Poemas Inconjuntos

Poème de Fernando Pessoa
Alberto Caeiro
POEMES DESASSEMBLES
1913-1914-1915

Entrada
1917
Amadeo de Souza-Cardoso
Musée Calouste-Gulbenkian, Lisbonne

********

Criança desconhecida e suja
Enfant inconnu et sale

Criança desconhecida e suja brincando à minha porta,
Enfant inconnu et sale jouant devant ma porte,
Não te pergunto se me trazes um recado dos símbolos.
Je ne te demande pas si tu m’apportes un message de symboles.

**

Entre o que vejo
Entre ce que je vois

Entre o que vejo de um campo e o que vejo de outro campo
Entre ce que je vois d’un champ et ce que je vois d’un autre champ
    Passa um momento uma figura de homem.
Passe un moment la figure d’un homme.

**

Falas de civilização
Tu parles de civilisation

Falas de civilização, e de não dever ser,
Tu parles de la civilisation, et de ce qui ne devrait pas être,
Ou de não dever ser assim.
Ou ne devrait pas être ainsi.

**

Não basta abrir a janela
Il ne suffit pas d’ouvrir la fenêtre

Não basta abrir a janela
Il ne suffit pas d’ouvrir la fenêtre
 Para ver os campos e o rio.
Pour voir les champs, la rivière.

**

Noite de S. João
Nuit de Saint Jean

Noite de S. João para além do muro do meu quintal.
Nuit de Saint-Jean au-delà du mur de ma cour.
Do lado de cá, eu sem noite de S. João.
  De ce côté, moi, sans nuit de la Saint-Jean.

**

Ontem o pregador
Le Prédicateur

Ontem o pregador de verdades dele
Hier, le prédicateur des vérités qui sont les siennes
Falou outra vez comigo.
Est venu me parler.

**

Pastor do monte
Berger de la montagne

Pastor do monte, tão longe de mim com as tuas ovelhas
Berger de la montagne, loin de moi avec tes moutons
Que felicidade é essa que pareces ter — a tua ou a minha?
Quel bonheur tu sembles avoir- le tien ou le mien ?

**

Quando tornar a vir a Primavera
Quand le Printemps

Quando tornar a vir a Primavera
Quand le printemps sera de nouveau là
  Talvez já não me encontre no mundo.
Peut-être n’appartiendrai-je plus à ce monde.

**

Se depois de eu morrer
Si après ma mort

Se depois de eu morrer, quiserem escrever a minha biografia,
Si après ma mort, je veux écrire ma biographie,
Não há nada mais simples
  Il n’y a rien de plus simple

**

Uma gargalhada de raparigas soa do ar da estrada
Un Rire de Fille

Uma gargalhada de raparigas soa do ar da estrada.
Un rire de fille résonne de l’air de la rue.
Riu do que disse quem não vejo.
 Elle a ri de celui que je ne vois pas.

**

Verdade mentira certeza incerteza
Vérité mensonge certitude incertitude

Verdade, mentira, certeza, incerteza…
Vérité, mensonge, certitude, incertitude …
Aquele cego ali na estrada também conhece estas palavras.
Cet homme aveugle là, sur la route, connaît aussi ces mots.

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Poemas Inconjuntos

V Sonnets from the Portuguese V (Elizabeth Barrett Browning) Sonette aus dem Portugiesischen V (RILKE) Sonnets du Portugais V

Rainer Maria Rilke
1875-1926
Rainer Maria Rilke Portrait de Paula Modersohn-Becker 1906

Elizabeth Barrett Browning
1806-1861

 

 

Elizabeth Barrett Browning

*

Sonnets from the Portuguese
1850

V


Rainer Maria Rilke
Sonette aus dem Portugiesischen
1908
V

Traduction Française
Jacky Lavauzelle
Sonnets Portugais
V

 

*

Elizabeth-Barrett-Browning Sonnets from the Portuguese Elizabeth Barrett Browning Sonette aus dem Portugiesischen RILKE

V
Cinquième Sonnet

*

Elizabeth Barrett Browning Artgitato Sonette aus dem Portugiesischen V RILKE Sonnets du Portugais V Kasimir Malevitch Galerie Tretiakov Carré noir sur fond blanc 1915 Malevitc
Kasimir Malevitch

Carré noir sur fond blanc 1915  Galerie Tretiakov Moscou

*

Sonette aus dem Portugiesischen

I lift my heavy heart up solemnly,
Ich heb mein schweres Herz so feierlich,
Je lève mon cœur lourd solennellement,
As once Electra her sepulchral urn,
wie einst Elektra ihre Urne trug,
Comme Electre son urne sépulcrale,
And, looking in thine eyes, I overturn
und, dir ins Auge schauend, hin vor dich
Et, en regardant dans tes yeux, je retourne
The ashes at thy feet. Behold and see
stürz ich die Asche aus dem Aschenkrug.
Les cendres à tes pieds. Vois

*

What a great heap of grief lay hid in me,
Das da war Schmerz in mir: der Haufen: schau,
Quelle quantité de peine cachée en moi,
And how the red wild sparkles dimly burn
wie düster drin die Funken glühn, vom Grau
Et comment la braise rouge scintille faiblement 
Through the ashen greyness. If thy foot in scorn
verhalten. Und du tätest, glaub ich, gut
Sous la cendre grise. Si ton pied avec dédain
Could tread them out to darkness utterly,
verächtlich auszutreten ihre Glut,
Ne la foule et nous plonge dans les ténèbres,

*

It might be well perhaps. But if instead
bis alles dunkel ist. Denn wenn du so
Ce serait peut-être mieux ainsi. Mais si, au lieu
Thou wait beside me for the wind to blow
an meiner Seite wartest, bis den Staub
D’attendre à mes côtés que le vent souffle
The grey dust up, . . . those laurels on thine head,
ein Wind aufwehte, … dieses Lorberrlaub
sur cette cendre grise,. . . ces lauriers sur ta tête,

*

O my Beloved, will not shield thee so,
auf deinem Haupt, Geliebter, schützt nicht, wo
Ô mon bien-aimé, ne te protège pas ainsi,
That none of all the fires shall scorch and shred
es Feuer regnet, deine Haare. Eh
De peur qu’un feu ne roussisse et déchiquète
The hair beneath. Stand farther off then! go.
sie dir versengen: tritt zurück. Nein: geh.
Tes cheveux. Pars !  va !

*********************

Sonette aus dem Portugiesischen

*

Robert Browning 1865 photogravure Julia Margaret Cameron

Robert Browning 1865 photogravure Julia Margaret Cameron

FERNANDO PESSOA Poesia e Prosa – Poésie & Prose

Fernando Pessoa

Traduction – Texte Bilingue
tradução – texto bilíngüe

Traduction Jacky Lavauzelle


LITTERATURE PORTUGAISE
POESIE PORTUGAISE

Literatura Português

FERNANDO PESSOA
1888-1935
Fernando Pesso Literatura Português Poesia e Prosa Poésie et Prose Artgitato

 

Poesia e Prosa

Poésie & Prose

**
A Fernando Pessoa
1915
A Fernando Pessoa Alvaro de Campos 1915 Fernando Pessoa Artgitato Traduction Française

(Depois de ler seu drama estático « O marinheiro » em « Orfeu I »)
(Après la lecture de votre drame statique « Sailor » dans « Orphée I »)

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Ah, Um Soneto
Ah, un Sonnet
Fernando Pessoa Ah un sonnet Ah um soneto Artgitato Traduction Française

Meu coração é um almirante louco
Mon cœur est un amiral fou

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Análise
Analyse

analise poema de Fernando Pessoa Analyse Poème de Fernando Pesso Artgitato

Tão ABSTRATA é a idéia do teu ser
Si ABSTRAITE est l’idée de ton être

**
Apontamento
Note
1929
Apontamento Fernando Pessoa Artgitato Traduction Française Note
**

As caricaturas de Almada Negreiros 
Les caricatures d’Almada Negreiros
1932
Les Caricatures d'Almada Negreiros AS CARICATURAS DE ALMADA NEGREIROS Fernando Pessoa Artgitato Traduction Française

**

Autopsicografia
Autopsychographie

Autopsicografia FERNANDO PESSOA Autopsychographie Artgitato

**
Aviso por causa da moral
Avertissement à cause de la morale
1923
AVISO POR CAUSA DA MORAL Fernando Pessoa Artgitato Traduction Française
**

Álvaro de Campos
 Carta dirigida à revista Contemporânea
Lettre à la Revue Contemporânea
17 Outubro 1922
 17 octobre 1922

Venho escrever-lhe para o felicitar pela sua «Contemporânea» para lhe dizer que não tenho escrito nada e para por alguns embargos ao artigo do Fernando Pessoa.
Je vous écris ici pour vous féliciter de votre « Contemporânea », pour vous dire que je ne l’ai pas écrit et pour revenir sur l’article de Fernando Pessoa.

**
 Escripto num livro abandonado em viagem
Ecrit dans un livre abandonné en voyage
1928
Escripto num livro abandonado em viagem 1928 Fernando Pessoa Artgitato Traduction Française
**
Lisbon revisited
1923
Lisbon revisited 1923 Fernando Pessoa Artgitato Traduction Française

**
Mar Português
Mer Portugaise

Mar Português Mer Portugaise Fernando Pessoa Artgitato

Ó mar salgado, quanto do teu sal
Ô mer salée, combien de ton sel

São lágrimas de Portugal!
Vient des larmes du Portugal !








**
O Caso mental português 
 Le Cas mental portugais
1932
Le cas mental portugais O CASO MENTAL PORTUGUÊS Fernando Pessoa Artgitato Traduction Française

**
O GUARDADOR DE REBANHOS
LE GARDEUR DE TROUPEAUX
Alberto Caeiro
1925

Fernando Pessoa Poème XXIV -Le Gardien de Troupeaux - O GUARDADOR DE REBANHOS Artgitato

**

O Homem de Porlock
L’HOMME DE PORLOCK 
1934

A história marginal da literatura regista, como curiosidade, a maneira como foi composto o escrito o Kubla Kan de Coleridge.
L’histoire marginale de la littérature note comme une curiosité la manière dont fut rédigé le  Kubla Khan de Samuel Taylor Coleridge.

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O Livro do Desassossego
Le Livre de l’intranquillité
IV

E do alto da majestade de todos os sonhos, ajudante de guarda-livros na cidade de Lisboa.
Et du haut de la majesté de tous les rêves, moi, aide-comptable à Lisbonne.

Fernado Pessoa Le Livre de l'Intranquillité Artgitato O Livro do Desassossego

**

O PENÚLTIMO POEMA
L’AVANT DERNIER POEME
ALBERTO CAEIRO
1922

Também sei fazer conjecturas.
Je sais aussi faire des conjectures.
Há em cada coisa aquilo que ela é que a anima.
Il y a dans chaque chose tout ce qu’elle est et qui l’anime.

**
Opiário
Fumerie 
1914
Opiário Fumerie Fernando Pessoa Artgitato Traduction Française
**

O que é a metafisica ?



Qu’est-ce que la métaphysique
1924
O QUE É A METAFÍSICA Fernando Pessoa Artgitato Traduction Française

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Os dos Castelos
Les Châteaux
1828

os dos castellos poema de fernando pessoa les châteaux poème de Fernando Pessoa Artgitato








A Europa jaz, posta nos cotovelos:
L’Europe a posé ses coudes

De Oriente a Ocidente jaz, fitando,
De l’Est à l’Ouest, elle est là, fixant

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Poemas Inconjuntos
Poèmes Désassemblés
(1913-1915)
Alberto Caeiro

**
Quero acabar entre rosas
Je veux finir entre les roses
1932
Quero acabar entre rosas Fernando Pessoa Artgitato Traduction Française Je veux finir entre les roses

Quero acabar entre rosas, porque as amei na infância.
Je veux finir entre les roses, parce je les aimais dans mon enfance.

**

Soneto Já Antigo
Sonnet déjà ancien
1922
Soneto Já Antigo Fernando Pessoa Artgitato Traduction Française Sonnet déjà antique

**
Tabacaria
La Bureau de tabac
1928
Fernando Pessoa Tabacaria Bureau de Tabac Artgitato Traduction Française
**
Tenho Tanto Sentimento
J’ai tant de sentiment
Tenho Tanto Sentimento J'ai tant de sentiment Fernando Pessoa Artgitato

Tenho tanto sentimento
J’ai tant de sentiment

  Que é frequente persuadir-me
Que fréquemment je me persuade
De que sou sentimental,
Que je suis sentimental,




**
Trapo
Loque
1931
Trapo Fernando Pessoa Loque Artgitato Traduction Française
**

Três Canções Mortas
Trois Chansons Mortes
1923

 **
Um Grande Português 
Un grand
Portugais
1926
Um grande português Fernando Pessoa Artgitato Traduction Française Un grand Portugais Manuel Peres Vigario





 




 

PIAZZALE DEI MARTIRI ROMA – LE CARRE DES MARTYRS ROME : Damiano Chiesa, Francesco Rismondo, Cesare Battisti, Nazario Sauro, Fabio Filzi

ROME – ROMA- 罗马
PIAZZALE DEI MARTIRI ROMA
LA VILLA BORGHESE
贝佳斯别墅

 

Armoirie de Rome

 Photos  Jacky Lavauzelle

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Flag_of_Lazio


Les Bustes de la Villa Borghèse
I busti della villa Borghèse
PIAZZALE DEI MARTIRI
Le Carré des Martyrs

PIAZZALE DEI MARTIRI ROMA - LE CARRE DES MARTYRS ROME artgitato

***
Damiano Chiesa
1894-1916
Militaire & Patriote Italien
Militare & Patriota Italiano

 PIAZZALE DEI MARTIRI ROMA - LE CARRE DES MARTYRS ROME artgitato Damiano Chiesa artgitato

***

Francesco Rismondo
1885-1915
Patriote Italien
Patriota Italiano

PIAZZALE DEI MARTIRI ROMA - LE CARRE DES MARTYRS ROME artgitato Franceso Rismondo

***
Cesare Battisti
1875-1916
Journaliste & homme politique
Giornalista & politico
Révolutionnaire irrédentiste
Irredentista italiano
Il a consacré sa vie à sa région, le Trentin
Dedicò la vita alla causa della sua regione, il Trentino

PIAZZALE DEI MARTIRI ROMA - LE CARRE DES MARTYRS ROME artgitato Cesare Battisti

 

***
Nazario Sauro
1880-1916
Patriote Irredentiste Italien
Patriote Irredentista Italiano

Nazario_Sauro

PIAZZALE DEI MARTIRI ROMA - LE CARRE DES MARTYRS ROME artgitato Nazario Sauro

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Fabio Filzi
1884-1916
Patriote Irredentiste Italien
Patriota Irredentista Italiano

Fabio_FilziPIAZZALE DEI MARTIRI ROMA - LE CARRE DES MARTYRS ROME artgitato Fabio Filzi

L’Irrédentisme

FRANCIS CHARMES
Chronique de la quinzaine, histoire politique
14 juin 1903
LA REVUE DES DEUX MONDES
Tome 15 – 1903

« L’Italie vient de traverser une crise d’irrédentisme qui a éclaté subitement, et n’est peut-être pas encore tout à fait terminée. Elle n’en est pas loin toutefois. Le gouvernement devait prendre, et a pris effectivement des mesures pour en empêcher le développement. Si peu qu’elle ait duré, elle a suffi à jeter des lumières dans les profondeurs de l’opinion italienne. Ce mot est peut-être excessif. Nous ne savons pas au juste si l’irrédentisme est aujourd’hui chez nos voisins un sentiment vraiment profond ; mais il est à coup sûr très vif. On aurait tort de croire que le feu soit éteint ; il est seulement assoupi.
Malgré la révolution prodigieuse qui s’y est faite depuis moins de cinquante ans et qui a créé son unité, l’Italie ne regarde pas ses destinées comme accomplies. Tout le monde sait que certaines provinces autrichiennes sont considérées par elle comme lui appartenant. Ce sont : le Tyrol, que la géographie semble lui attribuer en effet, et Trieste où la majorité de la population est italienne. C’est donc à la fois au nom de la géographie et au nom de la race que l’Italie forme à l’endroit de ces parties du territoire autrichien comme une revendication secrète, mais qui se réveille à l’occasion, comme le fait l’a montré. »

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Fiume, l’Adriatique et les rapports franco-italiens
LA REVUE DES DEUX MONDES
Tome 1 – 1921

« C’est qu’en avril 1915 il n’existait en Italie ni mouvement d’opinion, ni tradition politique en faveur de l’annexion de Fiume. Aucun Italien n’en parlait et très rares devaient être ceux qui y pensaient. Trente et Trieste résumaient pour la masse l’irrédentisme national. Le nom de Fiume n’avait à aucun degré la même signification, n’exerçait nullement le même pouvoir d’attraction. Au-dessus de la foule, une élite étendait sans doute son irrédentisme aux peuplements italiens de la rive orientale de l’Adriatique ; entendait, en même temps que la voix du sang, celle des souvenirs historiques, qui lui parlaient de l’empire de Venise et même de l’Empire romain ; faisait enfin entrer en ligne de compte des considérations politiques, stratégiques et économiques. Mais c’était là un irrédentisme principalement intellectuel. Les noms de Fiume et de Dalmatie n’étaient évocateurs d’italianité et de domination ancienne qu’à l’esprit d’un petit nombre d’Italiens. Économiquement, Trieste paraissait une aubaine suffisante à satisfaire les plus difficiles. Stratégiquement, le port commercial de Fiume ne présentait aucun intérêt ; Pola et Vallona semblaient devoir, avec Tarente, assurer la maîtrise de l’Adriatique : la possession ou la simple neutralisation du littoral et des îles dalmates achèveraient de garantir la sécurité de la côte italienne. Politiquement, personne ne s’attendait à l’entière dislocation de l’Empire austro-hongrois ; et laisser un débouché sur l’Adriatique à la Croatie, province de la Hongrie ou partie d’une monarchie trialiste, paraissait une concession logique et dépourvue d’inconvénient. Tel est l’état d’esprit qui a été celui des négociateurs italiens de la Convention de Londres, d’où est résultée la rédaction même de l’acte, et qui leur a permis d’avoir, en le signant, la conscience en repos. La plus exigeante des consciences italiennes s’en fût satisfaite alors comme celle de ces grands Italiens, les Sonnino, les Salandra. »

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FRANCESCO CRISPI (1819-1901), TRIPLE ALLIANCE ET IRREDENTISME

CHARLES DE MAZADE
CHRONIQUE DE LA QUINZAINE
HISTOIRE POLITIQUE ET LITTERAIRE
14 OCTOBRE 1890
LA REVUE DES DEUX MONDES
TOME 1
« M. Crispi, en habile homme, a surpris un peu son monde ; il a prononcé un discours qui est tout à la fois une déclaration de guerre à tout ce qui est révolutionnaire, à l’irrédentisme, c’est-à-dire à la revendication des terres italiennes séparées encore du royaume, — et une profession de foi en faveur de la monarchie, surtout en faveur de la triple alliance. La guerre à l’irrédentisme, la monarchie, la triple alliance, tout cela se tient ! Sans doute, il y a longtemps déjà que M. Crispi a rompu ses vieux liens républicains, qu’il n’a point hésité à déclarer que la monarchie était la plus sûre gardienne, la seule garantie de l’unité italienne ; il n’avait pas à renouveler sa profession de foi. Il y a moins longtemps, il faut l’avouer, qu’il s’est décidé contre l’irrédentisme ; sa conversion est même d’une date assez récente, et en vérité il n’est rien de tel que d’avoir été un fougueux irrédentiste pour exécuter d’anciens amis devenus gênants, M. Crispi a fait son exécution avec dextérité, sans regarder derrière lui. Il a désavoué l’irrédentisme parce qu’il ne pouvait pas faire autrement, sans rompre avec l’Autriche, — et le premier objet qu’il se proposait était justement l’apologie de la triple alliance. »

 

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Piazzale dei Martiri Roma

EMPIFFREZ-VOUS !- Poésie Turque TEVFIK FIKRET – han-ı yağma

TURQUIE – Türkiye
LITTERATURE TURQUE
Tevfik Fikret Şiirleri

Tevfik Fikret Poesie Artgitato Traduction Poèmes

 Poésie TurqueTurkish poetry
Türk edebiyatı –  Türk şiiri

Blason

Blason de l’Empire Ottoman

Tevfik Fikret
[1867-1915]
Türk şairi –  Poète Turc

Tevfik Fikret

han-ı yağma

Empiffrez-vous !

Traduction Jacky Lavauzelle

Bu sofracık, efendiler – ki iltikaama muntazır
Ce festin, Messieurs- qui vous attend
Huzurunuzda titriyor – bu milletin hayatıdır;
Qui s’impatiente de votre présence – qui est la vie de la nation ;
Bu milletin ki mustarip, bu milletin ki muhtazır!
De cette nation qui souffre, que cette nation qui meurt !
Fakat sakın çekinmeyin, yiyin, yutun hapır hapır…
Mais ne vous retenez pas, mangez, avalez autant que vous pourrez…

**

Yiyin efendiler yiyin, bu han-ı iştiha sizin,
Empiffrez-vous ! cette auberge ouvre grand ses portes,
Doyunca, tıksırınca, çatlayıncaya kadar yiyin!
Remplissez-vous jusqu’à vomir, bouffez jusqu’à l’explosion!

**

Efendiler pek açsınız, bu çehrenizde bellidir
Vous êtes nombreux, messieurs, qui semblez affamés, cela se lit évidemment sur votre visage
Yiyin, yemezseniz bugün, yarın kalır mı kim bilir?
Mangez, car si vous ne mangez pas aujourd’hui, demain qui sait ce qui restera ?
Bu nadi-i niam, bakın kudumunuzla müftehir!
Ces mets affriolants, regardez-les au son de votre darbouka !
Bu hakkıdır gazanızın, evet, o hak da elde bir…
Ceci vous revient, oui, vous les méritez …

**

Yiyin efendiler yiyin, bu han-ı iştiha sizin,
 Empiffrez-vous, cette auberge ouvre grand ses portes,
Doyunca, tıksırınca, çatlayıncaya kadar yiyin!
Remplissez-vous jusqu’à vomir, bouffez jusqu’à l’explosion!

**

Bütün bu nazlı beylerin ne varsa ortalıkta say
Que tout autour, à tous, on parle de ce que vous possédez
Haseb, neseb, şeref, oyun, düğün, konak, saray,
Noblesses, lignées, honneurs, jeux, mariages, manoirs, palais,
Bütün sizin, efendiler, konak, saray, gelin, alay;
Tout ce que vous voulez, Messieurs, manoirs, palais, mariées et moqueries ;
Bütün sizin, bütün sizin, hazır hazır, kolay kolay…
Tout ce que vous voulez, tout à vous, facilement prenez tout …

**

Yiyin efendiler yiyin, bu han-ı iştiha sizin,
 Empiffrez-vous, cette auberge ouvre grand ses portes,
Doyunca, tıksırınca, çatlayıncaya kadar yiyin!
Remplissez-vous jusqu’à vomir, bouffez jusqu’à l’explosion!

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Büyüklüğün biraz ağır da olsa hazmı yok zarar
C’est peut-être un peu lourd à digérer, mais il n’y a aucun dommage
Gurur-ı ihtişamı var, sürur-ı intikaamı var.
L’on vous doit la gloire, le bonheur est à votre main.
Bu sofra iltifatınızdan işte ab u tab Umar.
Cette table complimente votre travail.
Sizin bu baş, beyin, ciğer, bütün şu kanlı lokmalar…
A vous les têtes, les cerveaux, le foie, tous ces abats sanguinolents …

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Yiyin efendiler yiyin, bu han-ı iştiha sizin,
 Empiffrez-vous, cette auberge ouvre grand ses portes,
Doyunca, tıksırınca, çatlayıncaya kadar yiyin!
Remplissez-vous jusqu’à vomir, bouffez jusqu’à l’explosion!

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Verir zavallı memleket, verir ne varsa, malını
Ce sont les pauvres qui vous donnent, toutes leurs possessions
Vücudunu, hayatını, ümidini, hayalini
Son corps, sa vie, l’espoir, le rêve
Bütün ferağ-ı halini, olanca şevk-i balini.
Tout ce à quoi ils renoncent, à sa vie même.
Hemen yutun düşünmeyin haramını, helalini…
Juste avalez sans pensée interdite ou légale …

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Yiyin efendiler yiyin, bu han-ı iştiha sizin,
 Empiffrez-vous, cette auberge ouvre grand ses portes,
Doyunca, tıksırınca, çatlayıncaya kadar yiyin!
Remplissez-vous jusqu’à vomir, bouffez jusqu’à l’explosion!

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Bu harmanın gelir sonu, kapıştırın giderayak!
La fin approche, prenez, prenez encore !
Yarın bakarsınız söner bugün çıtırdayan ocak!
Crépitant encore aujourd’hui, avant que demain la poêle ne refroidisse !
Bugünkü mideler kavi, bugünkü çorbalar sıcak,
Aujourd’hui, l’estomac a encore de la place pour une soupe chaude,
Atıştırın, tıkıştırın, kapış kapış, çanak çanak…
Bouffez, bouffez, pressez-vous, le temps est compté

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Yiyin efendiler yiyin, bu han-ı iştiha sizin,
 Empiffrez-vous, cette auberge ouvre grand ses portes,
Doyunca, tıksırınca, çatlayıncaya kadar yiyin!
Remplissez-vous jusqu’à vomir, bouffez jusqu’à l’explosion!

 

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Traduction Jacky Lavauzelle
Artgitato
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Tevfik Fikret Şiirleri
Poèmes de Tevfik Fikret

A FERNANDO PESSOA – Traduction Française de Fernando Pessoa

LITTERATURE PORTUGAISE
Literatura Português
Poésie Portugaise- poesia português
FERNANDO PESSOA
1888-1935

 

A Fernando Pessoa Alvaro de Campos 1915 Fernando Pessoa Artgitato Traduction Française

 

Álvaro de Campos
(Heterónimo de Fernando Pessoa
Hétéronyme de Pessoa)

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1915

***
A FERNANDO PESSOA

 

(Depois de ler seu drama estático « O marinheiro » em « Orfeu I »)
(Après la lecture de votre drame statique « Sailor » dans « Orphée I »)

Depois de doze minutos
Après douze minutes
Do seu drama O Marinheiro
De votre drame « Le Marin »
Em que os mais ágeis e astutos
Là les plus agiles et rusés
Se sentem com sono e brutos,
Ressentant le sommeil et la stupeur,
   E de sentido nem cheiro,
Et les sens inodores,
        Diz uma das veladoras 
Une des veilleuses dit
Com langorosa magia :
Avec une langoureuse magie ;
De eterno e belo há apenas o sonho. Por que estamos nós falando ainda?
D’éternel et de beau, il n’y a seulement que le rêve. Pourquoi sommes-nous toujours là à parler ?
        Ora isso mesmo é que eu ia 
Or c’était cela même que j’allais
   Perguntar a essas senhoras…
Demander à ces dames …

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Traduction Jacky Lavauzelle

ARTGITATO

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TOROS R. ET LE GENOCIDE ARMENIEN : LES CONVOIS DE LA MORT

Հայոց Ցեղասպանություն
LE GENOCIDE AMENIEN (1915-1916)
LE MEMORIAL DU GENOCIDE ARMENIEN
PAR TOROS R.
(Aix-en-Provence)

Mémorial Génocide Arménien Aix en P Toros R (3)

 LES CONVOIS
DE LA MORT

Après le Déluge, la barque de Noé retrouve la terre ferme sur le Mont Ararat (Արարատ), symbole national arménien. Ararat se retrouve désormais dans le district turc de Daroynk (Դարոյնք). Mais d’autres déluges, naturels et humains, sont là qui attendent de balayer la nation Arménienne.

Mémorial Génocide Arménien Aix en P Toros R (4)

 

« Il y a tellement de choses à raconter » lâche un rescapé du Génocide Arménien dans le film de  Laurence Jourdan. Il y a tellement à dire que les mots se retrouvent à ne plus vouloir sortir devant l’immensité de l’horreur. Comment parler du Mal ? Comment parler de ses proches qui sont tombés devant soi ? Mais les mots finissent par sortir. Toutes les oreilles n’entendent pas encore, mais les mots sont là. Même de la bouche de Saha, à qui l’on avait tranchée la gorge, les mots sortent. Et les visions d’horreur se succèdent. L’Enfer est là. Des hommes ont commis de tels actes. L’homme centenaire se lève et évoque comment il dormait debout dans ce chaos. Se coucher s’était mourir.  Comment dans les corps égorgés qui flottaient et qu’il voyait se trouvait peut-être celui de son père. Le choc est là. Entre les corps égorgés et jetés dans les rivières, ceux affamés découpés par les aigles et les chacals, ceux jetés dans les précipices, ou simplement abattus comme des chiens, ceux vendus comme esclaves et ceux entassés sous des amas de corps, parfois encore en vie. Ces massacres sont ceux d’une horreur de notre histoire, à nous humains, de l’Horreur, dans une Anatolie démembrée et chaotique au cœur d’un monde plongé dans la première guerre mondiale. Une horreur dans le chaos du monde.

Certains auront la chance de survivre à l’indicible comme les 4200 sauvés par l’Amiral Dartige du Fournet, avec son croiseur Guichen, dans la pointe nord de la Baie d’Antioche en 1915. Les rescapés seront sauvés et verront enfin le bout du tunnel à Port-Saïd, mais garderont les stigmates de l’horreur à jamais dans leur chair et dans leurs nuits. Ce sauvetage ne lavera pas l’inaction des grandes puissances mais participera à la reconnaissance par le monde entier, sauf de la Turquie, du génocide.    

Mémorial Génocide Arménien Aix en P Toros R (2)

« Il y a tellement de choses à raconter » et il faut les raconter.  C’est arrivé aux portes de l’Europe, un déferlement inouï de haines et de violences sur ces Arméniens des six provinces qui se transforment en de terribles Provinces-abattoirs, comme le soulignera Leslie A. Davis (La province de la mort).

A Alep, en Syrie, est né, le 12 décembre 1934, le sculpteur Toros R. pour Toros Rast-klan né Toros Rasguelénian. A Alep, nœud de l’horreur génocidaire,  où les déportés arméniens survivants épuisés se retrouvaient, ceux de l’Anatolie Occidentale, après avoir transité par Konya puis Bozanti, ceux de l’est et du sud-est passés par Ra’s al-‘Ayn ( رأس العي), ceux du nord, ceux de Sivas (Սեբաստիա) , de Kharpout (Խարբերդ),  ou de Muş (Մուշ) qui traversèrent le camp de transit de Malatya (Մալաթիա) . A Alep, l’horreur ne finit pas. La route des supplices continue. Les rares survivants n’auront toujours pas fini leur calvaire. Ils repartiront, les uns vers le désert de Syrie, les autres vers celui de Mésopotamie.

Nous sommes en pleine guerre et de nombreux wagons sont réquisitionnés par l’armée. Mais le plan de déportation est établi et scrupuleusement respecté par les autorités. Les Arméniens partiront, à pied jusqu’à ce que mort s’ensuive.  Le Comité d’Union et Progrès de Constantinople établira même son centre opérationnel à Erzeroum (Կարին) afin de mieux planifier et contrôler le bon déroulement des déportations. Ce comité n’ayant pas trouvé de réelle solution finale que trouveront quelques années plus tard les nazis. La solution sera donc, in fine, l’épuisement des corps. Mais le corps résiste. Et la vie s’acharne quelquefois contre le plan systématique des Turcs.

 Entre la Mer Noire et la Mer Caspienne, la population arménienne d’Anatolie a été massacrée, torturée, déplacée entre 1915 et 1916, perdant près des 2/3 de ces membres.

Mémorial Génocide Arménien Aix en P Toros R (6)Le film de Laurence Jourdan, Le Génocide Arménien,  s’ouvre sur un vieil arménien de 101 ans, Artem Ohanian,  qui raconte : « Les Arméniens ont été tués comme des moutons. Nous avons été persécutés de diverses manières. On nous a éliminés avec toutes sortes d’armes. Les Turcs nous traitaient de traîtres d’infidèles. Qu’avions nous fait ? Quelle faute avions-nous commis? »

Au milieu des empires, au milieu des turbulences de la guerre, du bouleversement des alliances, les Arméniens se retrouvent seuls dans  une Arménie elle-même déchirée entre le Caucase et l’Anatolie, entre Erevan (Երևան) et Van (Վան).  L’arménien est la seule langue indo-européenne dite agglutinante. L’Arménie  agglutine aussi de nombreux handicaps. Il y a plus aujourd’hui d’arméniens dans la diaspora que dans le pays lui-même, indépendant depuis 1991. Il est enclavé entre trois acteurs majeurs : les Turcs, les Russes et les Perses. Le peuple arméniens a subi les occupations multiples et incessantes, des Partes, des Arabes, des Byzantins, des Mongols, des Perses, des Ottomans, des Russes, puis des Soviétiques. Des tremblements de terre meurtriers dont le dernier a fait 30 000 morts.

Les Arméniens, différents par la culture, la religion, un christianisme monophysite que l’on retrouve en Ethiopie, où le Fils à une seule nature divine, la langue, mélange de grec et d’araméen, cristallisent les vexations, les rancœurs des turcs depuis le démantèlement de leur territoire enclenché depuis leur échec à Vienne. Et peu importe si les Arméniens participent de plus en plus à la vie du pays, voire au gouvernement, peu importe s’ils sont nombreux à participer entre décembre 1914 et janvier  1915 à la bataille de Sarikamis afin de reprendre la ville de Kars (Ղարս) aux Russes. Peu importe si Enver Pacha, ministre de la guerre et généralissime de l’armée impériale écrit à l’Evêque de Konya, le 26 février 1915 : « les soldats arméniens ottomans remplissent consciencieusement leurs devoirs sur le théâtre de la guerre, ce que j’ai pu constater de ’visu’. Je vous prie donc de transmettre l’expression de ma satisfaction et de ma gratitude à la nation arménienne, connue de tous temps par son attachement au gouvernement impérial ottoman. »

Mémorial Génocide Arménien Aix en P Toros R (1)

Les préjugés sont là, tenaces. La population turque musulmane subissant des vexations militaires, des démembrements successifs, les pressions de l’Entente dans les Dardanelles, la pression des russes sur le Caucase entendront et verront les quelques arméniens qui se rallient aux russes ou ceux qui s’opposent à l’injustice de l’impôt sur les non-musulmans et à l’inégalité en droit des communautés religieuses. Il faut un bouc-émissaire afin de ressouder le sentiment national. Tous les Arméniens deviendront des traîtres et des ennemis.

Déjà entre 1894 et 1896, le panislamisme d’Abdülhamid II donne un avant-goût du génocide avec le massacre de 250000 arméniens. En 1908, suite à l’arrivée au pouvoir du mouvement Jeunes-Turcs, et à la victoire des unionistes sur les fédéralistes libéraux, 25000 arméniens de Cilicie sont massacrés à Adana. Il faut purifier la Turquie en éliminant tous les infidèles. Il faut désormais turquifier l’Anatolie. Les minorités n’ont plus leur place. Il faut les déplacer et les délocaliser. Viendra le moment des grandes déportations où les arméniens, souvent à pied, subiront le calvaire, les exécutions, les attaques des kurdes, la famine et la mort.

A Aix-en-Provence, entre deux lieux importants et très fréquentés, la Place du Général de Gaule et la Place François Villon pour les aixois, au bout du célèbre Cours Mirabeau, se trouve dans un endroit calme et reposant la statue de Toros, le mémorial aux victimes du génocide Arméniens de 1915. Sur un socle imposant, l’homme est à genoux, la tête inclinée. La vie est encore là. La chemise déchirée, les genoux écartés, l’homme reste stable et une puissance émane du corps. Le corps, à l’image de la nation arménienne, résiste, contre toutes les atrocités, les combats et les coups du sort. La résistance est là et les bras se lèvent. L’homme épuisé ne baisse pas les bras. Au contraire. Il luttera jusqu’à son dernier souffle.  

 Une sculpture digne et belle, comme peut être beau, dans sa grandeur, ce sentiment de dépassement.  Alors que frappe le tortionnaire, la victime se grandit. Après le long calvaire et le long cheminement vers la mort, les arméniens et les arméniennes finissent par tomber. Mais le poing est là qui se tend.  Il faut regarder devant, maintenant, sans oublier le passé douloureux. « Il faut savoir, coûte que coûte, Garder toute sa dignité Et, malgré ce qu’il nous en coûte, S’en aller sans se retourner Face au destin qui nous désarme.  » (Charles Aznavour, Il faut savoir)

 Jacky Lavauzelle