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LETTRE DE FERNANDO PESSOA A MARIO DE SA-CARNEIRO : Carta a Mário de Sá-Carneiro – 14 Mars 1916 – 14 de Março de 1916

Mário de Sá-Carneiro à gauche & Fernando Pessoa à droite

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Poème et Texte de Fernando Pessoa


Traduction Jacky Lavauzelle


LITTERATURE PORTUGAISE
POESIE PORTUGAISE

Literatura Português

FERNANDO PESSOA
1888-1935

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Fernando Pesso Literatura Português Poesia e Prosa Poésie et Prose Artgitato

 

Poesia de Fernando Pessoa

LETTRE DE
FERNANDO PESSOA A MARIO DE SA-CARNEIRO 
Carta a Mário de Sá-Carneiro

 

14 mars 1916
14 Mar. 1916

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Lisboa, 14 de Março de 1916
Lisbonne, le 14 mars 1916

Meu querido Sá-Carneiro:
Mon cher Sá-Carneiro,

Escrevo-lhe hoje por uma necessidade sentimental — uma ânsia aflita de falar consigo. Como de aqui se depreende, eu nada tenho a dizer-lhe. Só isto — que estou hoje no fundo de uma depressão sem fundo. O absurdo da frase falará por mim.
Je vous écris aujourd’hui par nécessité sentimentale – une envie anxieuse de vous parler. En fait, je n’ai rien à vous dire. Seulement ça : que je suis au fond d’une dépression sans fond aujourd’hui. L’absurdité de la phrase parlera pour moi.
Estou num daqueles dias em que nunca tive futuro. Há só um presente imóvel com um muro de angústia em torno. A margem de lá do rio nunca, enquanto é a de lá, é a de cá, e é esta a razão intima de todo o meu sofrimento. Há barcos para muitos portos, mas nenhum para a vida não doer, nem há desembarque onde se esqueça. Tudo isto aconteceu há muito tempo, mas a minha mágoa é mais antiga.
Je suis dans un de ces jours où je n’ai jamais eu d’avenir. Qu’un seul présent immobile avec un mur d’angoisse tout autour. La rive de l’autre côté du fleuve, telle qu’elle est là, n’est jamais la rive de ce côté-ci, et c’est la raison intime de toutes mes souffrances. Il y a des bateaux dans de nombreux ports, mais pas un seul ne se trouve dans celui où la vie est sans souffrance, et il n’y a pas de quai où l’on puisse oublier. Tout cela s’est passé il y a longtemps, mais ma blessure, elle, est bien plus ancienne.
Em dias da alma como hoje eu sinto bem, em toda a consciência do meu corpo, que sou a criança triste em quem a vida bateu. Puseram-me a um canto de onde se ouve brincar. Sinto nas mãos o brinquedo partido que me deram por uma ironia de lata. Hoje, dia catorze de Marco, às nove horas e dez da noite, a minha vida sabe a valer isto.
Dans les jours de l’âme comme aujourd’hui, je sens bien, dans toute la conscience de mon corps, que je suis l’enfant triste que la vie n’a pas épargné. Ils m’ont mis dans un coin où je peux voir les autres enfants jouer. Je sens dans mes mains le jouet cassé qu’ils m’ont donné, avec une petite ironie. Aujourd’hui, le 14 mars, à neuf heures dix du soir, ma vie connaît la valeur de tout ça.
No jardim que entrevejo pelas janelas caladas do meu sequestro, atiraram com todos os balouços para cima dos ramos de onde pendem; estão enrolados muito alto, e assim nem a ideia de mim fugido pode, na minha imaginação, ter balouços para esquecer a hora.
Dans le jardin que j’aperçois à travers les fenêtres silencieuses de mon enfermement, se balancent toutes leurs balançoires sur les branches, sur lesquelles elles pendent ; elles sont enroulées très haut, donc même l’idée de m’enfuir grâce à ces balancements n’est même plus possible, dans mon imagination, pour oublier le temps.
Pouco mais ou menos isto, mas sem estilo, é o meu estado de alma neste momento. Como à veladora do «Marinheiro» ardem-me os olhos, de ter pensado em chorar. Dói-me a vida aos poucos, a goles, por interstícios. Tudo isto está impresso em tipo muito pequeno num livro com a brochura a descoser-se.
Voici un peu plus ou un peu moins que cela, mais sans style, mon état d’esprit en ce moment. Comme la veilleuse du « Marin », mes yeux brûlent à l’idée de pleurer. Ma vie me fait lentement mal, sirotant, à travers les interstices. Tout cela est imprimé en tout petits caractères dans un livre avec la brochure qui se détache.
Se eu não estivesse escrevendo a você, teria que lhe jurar que esta carta é sincera, e que as cousas de nexo histérico que aí vão saíram espontâneas do que sinto. Mas você sentirá bem que esta tragédia irrepresentável é de uma realidade de cabide ou de chávena — cheia de aqui e de agora, e passando-se na minha alma como o verde nas folhas.
Si je ne vous écrivais pas à vous, je vous jurerais que cette lettre est sincère et que le lien hystérique qui en est sorti spontanément est venu de mes sentiments. Mais vous vous sentirez bien que cette tragédie irreprésentable est une réalité de cintre ou de tasse – pleine d’ici et pleine de maintenant, et passe dans mon âme comme du vert sur les feuilles.
Foi por isto que o Príncipe não reinou. Esta frase é inteiramente absurda. Mas neste momento sinto que as frases absurdas dão uma grande vontade de chorar. Pode ser que se não deitar hoje esta carta no correio amanhã, relendo-a, me demore a copiá-la à máquina, para inserir frases e esgares dela no «Livro do Desassossego». Mas isso nada roubará à sinceridade com que a escrevo, nem à dolorosa inevitabilidade com que a sinto.
C’est pourquoi le Prince n’a pas régné. Cette phrase est tout à fait absurde. Mais en ce moment je sens que les phrases absurdes me donnent envie de pleurer. Il se peut que si je ne vous poste pas cette lettre demain, qu’en la relisant, je ne prenne un peu de temps pour la copier afin d’insérer des phrases et des expressions dans le « Livre de l’Intranquillité « . Mais cela n’enlèvera rien à la sincérité avec laquelle je l’écris, ni à la pénible fatalité avec laquelle je le ressens.
As últimas notícias são estas. Há também o estado de guerra com a Alemanha, mas já antes disso a dor fazia sofrer. Do outro lado da Vida, isto deve ser a legenda duma caricatura casual.
Voici les dernières nouvelles. Il y a aussi l’état de guerre avec l’Allemagne, mais avant cela, la douleur faisait souffrir. De l’autre côté de la Vie, cela doit être la légende d’une caricature nonchalante.
Isto não é bem a loucura, mas a loucura deve dar um abandono ao com que se sofre, um gozo astucioso dos solavancos da alma, não muito diferentes destes.
Ce n’est pas tout à fait de la folie, mais la folie doit induire un abandon à la souffrance, une jouissance rusée des bosses de l’âme, un peu comme celles que j’ai en ce moment.
De que cor será sentir?
De quelle couleur peut-être le sentir ?
Milhares de abraços do seu, sempre muito seu,
Mille baisers, toujours vôtre,

Fernando Pessoa

P. S. — Escrevi esta carta de um jacto. Relendo-a, vejo que, decididamente, a copiarei amanhã, antes de lha mandar. Poucas vezes tenho tão completamente escrito o meu psiquismo, com todas as suas atitudes sentimentais e intelectuais, com toda a sua histeroneurastenia fundamental, com todas aquelas intersecções e esquinas na consciência de si próprio que dele são tão características…
P. S. – J’ai écrit cette lettre en un jet. En le relisant, je vois que je vais certainement la recopier demain avant de vous l’envoyer. Rarement ai-je si complètement décrit mon psychisme, avec toutes ses attitudes sentimentales et intellectuelles, avec toute son hystéroneurasthénie fondamentale, avec toutes ces intersections et recoins de conscience de soi qui lui sont si caractéristiques…
Você acha-me razão, não é verdade?
Vous me donnez raison, n’est-ce pas ?

LA SOLITUDE – Poème de Vladislav Khodassévitch – 1915 – Уединение – ВЛАДИСЛАВ ХОДАСЕВИЧ

Pavel Filonov,Autoportrait,1921,Selfportrait,Павел Филонов, Автопортрет

*Антология русской поэзии
Anthologie de la Poésie Russe
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LITTERATURE RUSSE
русская литература

стихотворение  – Poèmes

Traduction Jacky Lavauzelle 

Vladislav Khodasevich
Vladislav Khodassevitch

ВЛАДИСЛАВ ХОДАСЕВИЧ

 

 né le 16 mai 1886 Moscou – 14 juin 1939 Billancourt,

 

ПОЭЗИЯ ВЛАДИСЛАВА ХОДАССЕВИЧА

LA POÉSIE DE VLADISLAV KHODASSEVITCH

 

LA SOLITUDE
1915
Уединение

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Заветные часы уединенья!
Précieuses heures de solitude !
Ваш каждый миг лелею, как зерно;
Chaque instant je chéris, comme une graine ;
Во тьме души да прорастет оно
Dans les ténèbres de l’âme, tu laisses grandir
Таинственным побегом вдохновенья.
La fuite mystérieuse de l’inspiration.
В былые дни страданье и вино
Dans les temps anciens, la souffrance et le vin
Воспламеняли сердце. Ты одно
Enflammaient le cœur. Seule désormais
Живишь меня теперь — уединенье.
Tu vis en moi – solitude.

*

С мечтою — жизнь, с молчаньем — песнопенье
Les rêves – à la vie, avec le silence
Связало ты, как прочное звено.
Tu les attaches avec un lien puissant.
Незыблемо с тобой сопряжено
Incontestablement, avec toi, sont inébranlables
Судьбы моей грядущее решенье.
Mon destin est mes choix.
И если мне погибнуть суждено —
Et si je suis destiné à mourir –
Про моряка, упавшего на дно,
D’un marin qui est tombé au fond de la mer,
Ты песенку мне спой — уединенье!
Tu me chantes une chanson – solitude !

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1915

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HOMÈRE, HÉLÈNE ET LA MER – Poésie d’Ossip MANDELSTAM – 1915- Поэзия Осипа Мандельштама – Гомер

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LITTÉRATURE RUSSE
POÉSIE RUSSE
Русская литература
Русская поэзия
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Poésie de Ossip Mandelstam
Поэзии Осип Мандельштам
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Ossip Emilievitch Mandelstam
О́сип Эми́льевич Мандельшта́м
2/3 janvier 1891 Varsovie – 27 décembre 1938 Vladivostok
2/3 января 1891 Варшава — 27 декабря 1938

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TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE
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HOMÈRE, HÉLÈNE ET LA MER
1915
Гомер
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Бессонница. Гомер. Тугие паруса.
Insomnie. Homère. Se tendent les voiles.
Я список кораблей прочел до середины:
J’ai lu la liste des navires et au milieu me suis arrêté :
Сей длинный выводок, сей поезд журавлиный,
Passe une longue file, des oiseaux par milliers,
Что над Элладою когда-то поднялся.
Qui, un jour, passèrent au-dessus de la Grèce.

*

Как журавлиный клин в чужие рубежи,-
Les grues, en pointe, partent vers des frontières lointaines, –
На головах царей божественная пена,-
Sur les têtes des rois quelle écume divine !
Куда плывете вы? Когда бы не Елена,
Où vas-tu ? Sans Hélène,
Что Троя вам одна, ахейские мужи?
Que serait Troie pour vous, hommes achéens ?

*

И море, и Гомер – всё движется любовью.
La mer, et Homère – tout bouge par amour.
Кого же слушать мне? И вот Гомер молчит,
Qui devrais-je écouter ? Et Homère se tait,
И море черное, витийствуя, шумит
Et la mer noire, tourbillonnante, vocifère
И с тяжким грохотом подходит к изголовью.
Et son rugissement lourd arrive jusqu’à moi.

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1915

LES FLEURS ÉTOUFFANTES – POÈME DE SOPHIA PARNOK – 1915 -стихи Софии Парнок – Есть имена, как душные цветы

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LITTÉRATURE RUSSE
POÉSIE RUSSE
Русская литература
Русская поэзия
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Poésie de Sophia Parnok
Поэзия офии Парнок
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Sophia Parnok
Софи́я Я́ковлевна Парно́к

30 juillet 1885, Taganrog- 26 août 1933, Karinskoïe
30 июля 1885, Таганрог – 26 августа 1933, Каринское, Московская область
русская поэтесса, переводчица
Poétesse russe

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TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE
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LES FLEURS ETOUFFANTES
1915
Есть имена, как душные цветы
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Есть имена, как душные цветы,
Il y a des noms comme des fleurs étouffantes
И взгляды есть, как пляшущее пламя…
Et des regards comme des flammes dansantes …
Есть тёмные извилистые рты
Il y a des bouches sombres et incurvées
С глубокими и влажными углами.
Avec des coins profonds et humides.

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Есть женщины. – Их волосы, как шлем,
Il y a des femmes, leurs cheveux sont des casques,
Их веер пахнет гибельно и тонко.
De leur éventail flotte une odeur inquiétante et subtile.
Им тридцать лет. – Зачем тебе, зачем
Elles ont trente ans. – Pourquoi faire de
Моя душа спартанского ребёнка?
Mon âme un enfant spartiate?

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Вознесение, 1915
Ascension 1915

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Poésie de Sophia Parnok
Поэзия офии Парнок
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