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LE PAYS DORÉ de GEORGE ORWELL – 1984 – THE GOLDEN COUNTRY

LITTÉRATURE ANGLAISE
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TRADUCTION
JACKY LAVAUZELLE

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George Orwell
25 juin 1903 – 21 janvier 1950


Nineteen Eighty-Four
1984

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TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE
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LE PAYS DORÉ 
THE GOLDEN COUNTRY
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Gustav Klimt
Les Forces du Mal et les trois Gorgones
1902
Palais de la Sécession, Vienne

Dans la première partie, le Pays Doré arrive après le souvenir de sa mère et de sa sœur où il est question de sacrifice et de tragique. Le passage est d’autant plus fort que ce sacrifice mais en relief la solidarité et la cohésion de la famille, ce qu’Orwell décrit comme cette sphère où régnaient l’intimité, l’amour et l’amitié. Ce sont là les ciments du tragique.
Dans la Première Encyclopédie, Jaucourt, disait du tragique : « Le vrai tragique règne, lorsqu’un homme vertueux, ou du-moins plus vertueux que vicieux, est victime de son devoir, comme le sont les Curiaces ; ou de sa propre faiblesse, comme Ariane & Phèdre ; ou de la faiblesse d’un autre homme, comme Polieucte ; ou de la prévention d’un père, comme Hippolyte ; ou de l’emportement passager d’un frère, comme Camille ; qu’il soit précipité par un malheur qu’il n’a pu éviter, comme Andromaque ; ou par une sorte de fatalité à laquelle tous les hommes sont sujets, comme Œdipe ; voilà le vrai tragique ; voilà ce qui nous trouble jusqu’au fond de l’âme, & qui nous fait pleurer. »  Désormais, il n’existe plus de vertu, et tout se vaut, l’égale validité de tous les discours annule le discours lui-même et la pensée dans ses fondements. Plus rien n’est mis en relief, que la pensée unique de l »Angsoc, du Parti, de Big Brother.
Le souvenir familial et cette douce intimité va se terminer dans les eaux vertes et vaseuses et glisser dans la lumière et la paix du Pays Doré.
Le souvenir est récurrent, comme de l’oxygène pour vivre le temps présent sombre et inhumain.
Dans la seconde partie de 1984, le Pays Doré devient alors réel. Le paysage qui le protège et qui sert de cadre à sa rencontre amoureuse entre Winston et Julia, n’est rien d’autre que ce Pays Doré. Dans un lieu qui semble vierge de l’oppression et de la pesante observation du régime. Enfin, les êtres peuvent se laisser aller et ne plus contrôler leurs actes et leurs expressions.
Le passé devient le présent et le rêve la réalité. Orwell utilise les mêmes mots et les mêmes descriptions.
Dans la dernière partie, Winston est isolé et torturé, jour et nuit, incessamment.
Le Pays Doré devient un puits de lumière. La pensée du Pays doré ce fait à son insu. Il y retrouve Julia, mais ce rêve risque fort de le perdre complètement. Après les souffrances et les drogues, la pensée vagabonde une dernière fois dans ce pays de lumière. Il y retrouve Julia comme si elle se trouvait à l’intérieur de lui. Il la gardera à jamais en lui dans l’attente de la balle qui arrivera bientôt. Mais comme ce souvenir reste douloureux.

Jacky Lavauzelle

L’âge d’or, Lucas Cranach l’Ancien, 1530

PREMIÈRE PARTIE
PART 1
PRÉLUDE A 
L’APPARITION DU PAYS DORÉ 

LA DISPARITION DU TRAGIQUE

He could not remember what had happened, but he knew in his dream that in some way the lives of his mother and his sister had been sacrificed to his own.
« Il ne pouvait se souvenir de ce qui s’était passé, mais il savait dans son rêve que, d’une certaine manière, les vies de sa mère et de sa sœur avait été sacrifiées à la sienne.
It was one of those dreams which, while retaining the characteristic dream scenery, are a continuation of one’s intellectual life, and in which one becomes aware of facts and ideas which still seem new and valuable after one is awake.
C’était un de ces rêves qui, tout en conservant le paysage caractéristique du rêve, sont en fait une continuation de sa vie intellectuelle, dans lequel on prend conscience de faits et d’idées qui semblent encore nouveaux et précieux après le réveil même.
The thing that now suddenly struck Winston was that his mother’s death, nearly thirty years ago, had been tragic and sorrowful in a way that was no longer possible.
Ce qui a soudainement frappé Winston, c’est que la mort de sa mère, il y a près de trente ans, avait été tragique et douloureuse d’une manière qui, aujourd’hui, ne serait plus possible.
Tragedy, he perceived, belonged to the ancient time, to a time when there was still privacy, love, and friendship, and when the members of a family stood by one another without needing to know the reason.
La tragédie, selon lui, appartenait à une époque ancienne, à une époque où il y avait encore de l’intimité, de l’amour et de l’amitié, et où les membres d’une famille se tenaient l’un à côté de l’autre sans avoir besoin d’en connaître la raison.
His mother’s memory tore at his heart because she had died loving him, when he was too young and selfish to love her in return, and because somehow, he did not remember how, she had sacrificed herself to a conception of loyalty that was private and unalterable.
La mémoire de sa mère lui déchirait le cœur car elle était morte en l’aimant, alors que lui était trop jeune et trop égoïste pour l’aimer en retour, et car, en quelque sorte, il ne se souvenait plus comment, elle s’était sacrifiée à une conception, intime et inaltérable, de la loyauté.
Such things, he saw, could not happen today.
De telles choses, il le savait, ne pouvaient plus arriver aujourd’hui.
Today there were fear, hatred, and pain, but no dignity of emotion, no deep or complex sorrows.
Aujourd’hui, il y avait de la peur, de la haine et de la douleur, mais pas de dignité émotionnelle, pas de chagrins profonds ou complexes.
All this he seemed to see in the large eyes of his mother and his sister, looking up at him through the green water, hundreds of fathoms down and still sinking.
Tout cela, il semblait le voir dans les grands yeux de sa mère et de sa sœur, le regardant à travers l’eau verte, des centaines de brasses en-dessous et qui continuait toujours de couler. »

Part 1, Chapter 3
Première partie,  Chapitre 3
**

PREMIÈRE PARTIE
PART 1
APPARITION DU PAYS DORÉ 

Suddenly he was standing on short springy turf, on a summer evening when the slanting rays of the sun gilded the ground.
Soudain, il se tenait sur un gazon court et élastique, un soir d’été quand les rayons obliques du soleil doraient le sol.
The landscape that he was looking at recurred so often in his dreams that he was never fully certain whether or not he had seen it in the real world.
Le paysage qu’il regardait se reproduisait si souvent dans ses rêves qu’il n’était jamais entièrement certain de l’avoir vu dans le monde réel.
In his waking thoughts he called it the Golden Country.
Dans ses pensées éveillées, il l’appelait le Pays Doré.
It was an old, rabbit-bitten pasture, with a foot-track wandering across it and a molehill here and there.
C’était un vieux pâturage envahi de lapin, où un sentier serpentait et quelques taupinières ici et là.
In the ragged hedge on the opposite side of the field the boughs of the elm trees were swaying very faintly in the breeze, their leaves just stirring in dense masses like women’s hair.
Dans la haie à l’abandon sur le côté opposé du champ, les branches des ormes se balançaient très faiblement dans la brise, leurs feuilles remuant juste en masses denses comme les cheveux des femmes.
Somewhere near at hand, though out of sight, there was a clear, slow-moving stream where dace were swimming in the pools under the willow trees.
Quelque part, à proximité, bien que hors de vue, il y avait un ruisseau clair et paisible où nageaient quelques poissons dorés sous les saules.

The girl with dark hair was coming towards them across the field.
La fille aux cheveux noirs s’approchait de lui à travers les champs.
With what seemed a single movement she tore off her clothes and flung them disdainfully aside.
Avec, dans ce qui semblait être un seul et unique mouvement, elle arracha ses vêtements et les jeta avec dédain sur le côté.
Her body was white and smooth, but it aroused no desire in him, indeed he barely looked at it.
Son corps était blanc et lisse, mais cela ne suscita aucun désir en lui, puisqu’il le regardait à peine.
What overwhelmed him in that instant was admiration for the gesture with which she had thrown her clothes aside.
Ce qui le submergeait à cet instant, c’était beauté du geste avec lequel elle avait jeté ses vêtements de côté.
With its grace and carelessness it seemed to annihilate a whole culture, a whole system of thought, as though Big Brother and the Party and the Thought Police could all be swept into nothingness by a single splendid movement of the arm.
Cette grâce et cette insouciance semblaient anéantir toute une culture, tout un système de pensée, comme si Big Brother et le Parti et la Police de la Pensée pouvaient tous être emportés dans le néant par ce seul mouvement splendide du bras.
That too was a gesture belonging to the ancient time.
C’était aussi un geste appartenant à l’ancien temps.
Winston woke up with the word ‘Shakespeare’ on his lips.
Winston se réveilla avec le mot «Shakespeare» sur ses lèvres.

Part 1, Chapter 3
Première partie,  Chapitre 3

**

DEUXIÈME PARTIE
PART 2

‘Don’t go out into the open.
-Ne sortez pas en plein air.
There might be someone watching.
Il pourrait y avoir quelqu’un qui regarde.
We’re all right if we keep behind the boughs.’
Nous serons bien en sécurité si nous restons derrière les branches.

They were standing in the shade of hazel bushes.
Ils se tenaient debout à l’ombre des noisetiers.
The sunlight, filtering through innumerable leaves, was still hot on their faces.
La lumière du soleil, filtrant à travers d’innombrables feuilles, était encore chaude sur leurs visages.
Winston looked out into the field beyond, and underwent a curious, slow shock of recognition.
Winston regarda le champ au loin et subit un lent et curieux choc.
He knew it by sight.
Il le reconnaissait.
An old, close-bitten pasture, with a footpath wandering across it and a molehill here and there.
Un vieux pâturage bien tondu, avec un sentier pour se promener et des taupinières ici et là.
In the ragged hedge on the opposite side the boughs of the elm trees swayed just perceptibly in the breeze, and their leaves stirred faintly in dense masses like women’s hair.
Dans la haie à l’abandon du côté opposé, les branches des ormes se balançaient de façon perceptible dans la brise, et leurs feuilles remuaient faiblement en masses denses comme les cheveux des femmes.
Surely somewhere nearby, but out of sight, there must be a stream with green pools where dace were swimming?
Sûrement quelque part à proximité, mais hors de vue, il devait y avoir un ruisseau avec des étangs verts où les poissons dorés nageaient ?

‘Isn’t there a stream somewhere near here?’ he whispered.
-N’y a-t-il pas un ruisseau quelque part près d’ici ? murmura-t-il .

‘That’s right, there is a stream.
-C’est vrai, il y a un ruisseau.
It’s at the edge of the next field, actually.
C’est au bord du champ à côté, en effet.
There are fish in it, great big ones.
Il y a du poisson dedans, des très gros.
You can watch them lying in the pools under the willow trees, waving their tails.’
Vous pouvez les regarder allongés dans les étangs sous les saules, qui agitent leurs queues.

‘It’s the Golden Country — almost,’ he murmured.
-C’est le Pays Doré – c’est presque ça, murmura-t-il.

‘The Golden Country?’
– Le Pays Doré ?

‘It’s nothing, really. A landscape I’ve seen sometimes in a dream.’
– Ce n’est rien, vraiment. Un paysage que j’ai vu parfois dans un rêve

‘Look!’ whispered Julia.
-Regardez ! chuchota Julia.

A thrush had alighted on a bough not five metres away, almost at the level of their faces.
Une grive s’étaient posée sur une branche à cinq mètres de là, presque au niveau de leurs visages.
Perhaps it had not seen them.
Peut-être ne les avait-elle pas vus.
It was in the sun, they in the shade.
Elle se trouvait en effet au soleil, alors qu’eux se trouvaient à l’ombre.

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TROISIÈME PARTIE
PART 3

One day — but ‘one day’ was not the right expression; just as probably it was in the middle of the night: once — he fell into a strange, blissful reverie.
Un jour – mais «un jour» n’était pas la bonne expression ; probablement qu’il s’agissait du milieu de la nuit : une fois – il tomba dans une rêverie étrange et heureuse.
He was walking down the corridor, waiting for the bullet.
Il marchait dans le couloir, attendant la balle du revolver.
He knew that it was coming in another moment.
Il savait que cela arriverait d’un instant à l’autre.
Everything was settled, smoothed out, reconciled.
Tout était réglé, lissé, réconcilié.
There were no more doubts, no more arguments, no more pain, no more fear.
Il n’y avait plus de doute, plus d’arguments, plus de douleur, plus de peur.
His body was healthy and strong.
Son corps était sain et fort.
He walked easily, with a joy of movement and with a feeling of walking in sunlight.
Il marchait avec aisance, avec la joie de bouger et avec une agréable sensation de marcher au soleil.
He was not any longer in the narrow white corridors in the Ministry of Love, he was in the enormous sunlit passage, a kilometre wide, down which he had seemed to walk in the delirium induced by drugs.
Il n’était plus dans les étroits couloirs blancs du Ministère de l’Amour, il était dans un énorme couloir ensoleillé, large d’un kilomètre, descendant, il lui semblait y marcher dans un délire provoqué par la drogue.
He was in the Golden Country, following the foot-track across the old rabbit-cropped pasture.
Il était dans le Pays Doré, suivant le sentier à travers le vieux pâturage infesté de lapin.
He could feel the short springy turf under his feet and the gentle sunshine on his face.
Il pouvait sentir le gazon court et élastique sous ses pieds et le doux soleil sur son visage.
At the edge of the field were the elm trees, faintly stirring, and somewhere beyond that was the stream where the dace lay in the green pools under the willows.
Au bord du champ se trouvaient les ormes, dont les branches remuaient légèrement, et quelque part, plus loin, se trouvait le ruisseau où le poissons dorés nageaient dans les mares vertes sous les saules.

Suddenly he started up with a shock of horror.
Soudain, il ressentit un choc d’horreur.
The sweat broke out on his backbone.
La sueur perlait sur son épine dorsale.
He had heard himself cry aloud:
Il s’entendit pleurer à haute voix :

‘Julia! Julia! Julia, my love! Julia!’
« Julia! Julia! Julia, mon amour! Julia! »

For a moment he had had an overwhelming hallucination of her presence.
Pendant un moment, il avait eu l’hallucination écrasante de sa présence. She had seemed to be not merely with him, but inside him.
Elle avait semblé être non seulement avec lui, mais en lui.
It was as though she had got into the texture of his skin.
C’était comme si elle était entrée dans la texture de sa peau.
In that moment he had loved her far more than he had ever done when they were together and free.
À ce moment-là, il l’avait beaucoup plus aimée qu’il ne l’avait jamais était lorsqu’ils étaient ensemble et libres.
Also he knew that somewhere or other she was still alive and needed his help.
Il savait aussi que quelque part, elle était encore en vie et avait besoin de son aide.

He lay back on the bed and tried to compose himself.
Il se rallongea sur le lit et essaya de se reprendre.
What had he done?
Qu’avait-il fait ?
How many years had he added to his servitude by that moment of weakness?
Combien d’années avait-il ajouté à sa servitude par ce moment de faiblesse ?

Part 3, Chapter 4
Troisième partie,  Chapitre 4

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LA POÉSIE DE VALÉRI BRIOUSSOV – Валерий Брюсов – Стихи

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LITTÉRATURE RUSSE
POÉSIE RUSSE
Русская литература
Русская поэзия
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Poésie de Valéri Brioussov


Portrait de Valéri Brioussov par Mikhaïl Vroubel (1906)
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VALERI BRIOUSSOV
Валерий Яковлевич Брюсов

1er décembre 1873- 9 octobre 1924
1 декабря 1873 г. – 9 октября 1924 г.

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TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE
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LA POÉSIE DE VALÉRI BRIOUSSOV 
Валерий Брюсов
Стихи

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Mon Rêve
1895

Моя мечта

Le rêve de l’eunuque  – Jean-Jules-Antoine Lecomte du Nouÿ

Моей мечте люб кругозор пустынь,
Mon rêve aime l’horizon des déserts,
Она в степях блуждает вольной серной.
Où il peut errer dans les steppes sans soufre.

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Le Maçon
1901
Каменщик


 — Каменщик, каменщик в фартуке белом,
– Hé ! toi, le maçon, le maçon en tablier blanc !
Что ты там строишь? кому?
Que construis-tu là-bas ? pour qui ?

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L’ESCALIER
1902
Лестница

Всё каменней ступени,
Plus hautes, ces marches, avec plus de pierres,
Всё круче, круче всход.
Plus raides, plus resserrées.

PIERRES
1903
КАМЕНЩИК

Камни, полдень, пыль и молот,
Pierres, midi, poussière et marteau,
Камни, пыль, и зной.
Pierres, poussière et chaleur.

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LE FILS PRODIGUE
1903
Блудный сын

Ужели, перешедши реки,
Après avoir traversé la rivière,
Завижу я мой отчий дом
  Je revois ma maison

Retour du fils prodigue, Pompeo Batoni

ORPHEE ET EURYDICE
1904
ОРФИЯ И ЭВРИДИКА

Jean-Baptiste Camille Corot, Orphée ramène Eurydice des Enfers

Орфей
Orphée
Слышу, слышу шаг твой нежный,
J’entends, j’entends ton pas doux,

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LE MOINE
1906
Монах

Saint François, Francisco de Zurbarán

На поле жизненного боя,
Sur le champ de bataille de la vie
Где Рок влечет нас, как самум, –
Où la Fatalité nous attire dans un déluge –

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HERBST – Poème de RAINER MARIA RILKE – AUTOMNE- 1902

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Rainer Maria Rilke
Traduction Jacky Lavauzelle

signature 2


LITTERATURE ALLEMANDE
Deutsch Literatur

Gedichte – Poèmes

 

RAINER MARIA RILKE
1875-1926

 Rainer Maria Rilke Portrait de Paula Modersohn-Becker 1906
Portrait de Rainer Maria Rilke
1906
Par Paula Modersohn-Becker

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HERBST
AUTOMNE
1902
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Illustration (1905) de Maxfield Frederick Parrish pour le poème de Keats Automne

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Die Blätter fallen, fallen wie von weit,
Les feuilles tombent, elles tombent venant de loin,
als welkten in den Himmeln ferne Gärten;
comme venant des jardins desséchés lointains du ciel ;
sie fallen mit verneinender Gebärde.
elles tombent avec des gestes rebelles.

*

Und in den Nächten fällt die schwere Erde
Et la terre lourde tombe les nuits
aus allen Sternen in die Einsamkeit.
de toutes les étoiles dans la solitude.

*

Wir alle fallen. Diese Hand da fällt.
Nous tombons tous. cette main tombe là.
Und sieh dir andre an: es ist in allen.
Et regardez les autres : c’est en chacun d’eux déjà.

*

Und doch ist Einer, welcher dieses Fallen
Et pourtant il y en a Un, qui prend ce qui tombe
unendlich sanft in seinen Händen hält.
et le tient avec une infinie douceur dans ses mains.

**********

SOLITUDE – Poème de RAINER MARIA RILKE – EINSAMKEIT – 1902

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Rainer Maria Rilke

Traduction Jacky Lavauzelle

signature 2


LITTERATURE ALLEMANDE
Deutsch Literatur

Gedichte – Poèmes

 

RAINER MARIA RILKE
1875-1926

 Rainer Maria Rilke Portrait de Paula Modersohn-Becker 1906
Portrait de Rainer Maria Rilke
1906
Par Paula Modersohn-Becker

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EINSAMKEIT
SOLITUDE
1902
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Valentine de Milan pleurant la mort de son époux Louis d’Orléans, en 1407.


Die Einsamkeit ist wie ein Regen.
La solitude est comme la pluie.
Sie steigt vom Meer den Abenden entgegen;
Elle monte de la mer vers les soirées ;
von Ebenen, die fern sind und entlegen,
des vallées lointaines et inaccessibles,
geht sie zum Himmel, der sie immer hat.
elle va au ciel, qui toujours l’englobe.
Und erst vom Himmel fällt sie auf die Stadt.
Et du ciel revient sur la ville.

*

Regnet hernieder in den Zwitterstunden,
Elle se déverse pendant les heures métissées,
wenn sich nach Morgen wenden alle Gassen
quand au matin toutes les ruelles se rencontrent
und wenn die Leiber, welche nichts gefunden,
et quand les corps, qui n’ont rien trouvé,
enttäuscht und traurig von einander lassen;
déçus et tristes prennent congés les uns des autres ;
und wenn die Menschen, die einander hassen,
et quand les gens, les gens qui se détestent,
in einem Bett zusammen schlafen müssen:
doivent dormir ensemble dans le même lit :

*

dann geht die Einsamkeit mit den Flüssen…
alors la solitude va de pair avec les rivières …


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LUNE ET BROUILLARD – – POÈME DE ZINAÏDA HIPPIUS – 1902- Поэзия Зинаиды Гиппиус – ЛУНА И ТУМАН

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LITTÉRATURE RUSSE
POÉSIE RUSSE
Русская литература
Русская поэзия
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Poésie de Zinaïda Hippius
Поэзия Зинаиды Гиппиус
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Zinaïda Nicolaïevna Hippius
Зинаи́да Никола́евна Ги́ппиус

8 novembre 1869 Beliov Russie – 9 septembre 1945 Paris,
8 ноября 1869 Белёв, Российская империя — 9 сентября 1945 Париж Франция

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TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE
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LUNE & BROUILLARD
1902
ЛУНА И ТУМАН  
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Озеро дышит теплым туманом.
Le lac souffle une tiède brume.
Он мутен и нежен, как сладкий обман.
Trouble et suave, comme une douce imposture.
Борется небо с земным обманом:
Le ciel combat cette duperie venue de la terre :
Луна, весь до дна, прорезает туман.
La lune, venant du fond, transperce ce brouillard.

*

Я, как и люди, дышу туманом.
Moi, comme les autres, je respire ce brouillard.
Мне близок, мне сладок уютный обман.
Elle m’encercle, cette suave et douce imposture.
Только душа не живет обманом:
Seule l’âme ne vit pas par la duperie :
Она, как луна, проницает туман.
Comme la lune, elle transperce le brouillard.

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ROUGE – POÈME DE MIRRA LOKHVITSKAÏA – Мирра Лохвицкая- 1902 – Мне ненавистен красный цвет

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LITTÉRATURE RUSSE
POÉSIE RUSSE
Русская литература

Русская поэзия
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Poésie de Mirra Lokhvitskaïa
Поэзия Мирры Лохвицкой
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Mirra Lokhvitskaïa
Мирра Лохвицкая

Maria Alexandrovna Lokhvitskaïa
Мария Александровна Лохвицкая
19 novembre 1869 Saint-Pétersbourg – 27 août 1905 Saint-Pétersbourg

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ROUGE
1902
Мне ненавистен красный цвет
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TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE
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Мне ненавистен красный цвет,
Je déteste la couleur rouge,
За то, что проклят он.
 Car elle est maudite.
В нем — преступленья долгих лет,
En elle, des crimes de tant d’années,
   В нем — казнь былых времен.
       En elle, l’exécution des jours passés.

*

В нем — блеск дымящихся гвоздей
En elle, le lustre de l’acier fumant
И палачей наряд.
Et la tenue du bourreau.
В нем — пытка вымысел людей,
En elle, le supplice du langage,
Пред коим бледен ад.
Devant qui l’enfer est si pâle.

*

В нем — звуки труб, венцы побед,
En elle, le son des trompettes, les airs de victoires,
     Мечи — из рода в род…
   les épées – de génération en génération …
И кровь, текущая вослед,
Et le sang qui coule sans cesse
     Что к Богу вопиет!
    Et qui supplie Dieu !


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1902

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Poésie de Mirra Lokhvitskaïa
Поэзия Мирры Лохвицкой
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LA NOIRE ÉTERNITÉ – POÈME DE MIRRA LOKHVITSKAÏA – Мирра Лохвицкая- 1902/1904 – КРЕСТ (La Croix) Люблю я солнца красоту

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LITTÉRATURE RUSSE
POÉSIE RUSSE
Русская литература

Русская поэзия
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Poésie de Mirra Lokhvitskaïa
Поэзия Мирры Лохвицкой
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Mirra Lokhvitskaïa
Мирра Лохвицкая

Maria Alexandrovna Lokhvitskaïa
Мария Александровна Лохвицкая
19 novembre 1869 Saint-Pétersbourg – 27 août 1905 Saint-Pétersbourg

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LA NOIRE ÉTERNITÉ 
1902-1904
КРЕСТ
LA CROIX
Люблю я солнца красоту
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TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE
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Люблю я солнца красоту
J’adore la beauté du soleil
И музы эллинской создания.
Et les muses de la création hellénique.
Но поклоняюсь я Кресту,
Mais je vénère la croix
Кресту — как символу страдания.
La Croix- comme symbole de la souffrance.

*

Что значит рознь времен и мест? —
Que signifie la discorde de l’espace et du temps ? –
Мы все сольемся в бесконечности;
Tous, nous fusionnerons dans l’infini ;
Один — во мраке черной вечности —
Seule – dans l’obscurité de la noire éternité –
Простерт над нами скорбный Крест.
La Croix suspendue au-dessus de nous.


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1902—1904

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Poésie de Mirra Lokhvitskaïa
Поэзия Мирры Лохвицкой
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LE ROYAUME DE LA GLOIRE – POÈME DE MIRRA LOKHVITSKAÏA – Мирра Лохвицкая- 1902 – Спаситель, вижу Твой чертог

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Русская поэзия
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Poésie de Mirra Lokhvitskaïa
Поэзия Мирры Лохвицкой
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Mirra Lokhvitskaïa
Мирра Лохвицкая

Maria Alexandrovna Lokhvitskaïa
Мария Александровна Лохвицкая
19 novembre 1869 Saint-Pétersbourg – 27 août 1905 Saint-Pétersbourg

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LE ROYAUME DE LA GLOIRE
1902
Спаситель, вижу Твой чертог
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TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE
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Спаситель, вижу Твой чертог,
Mon sauveur, je vois ta chambre,
Он блещет славою Твоею,
Elle brille de ta gloire,
Но я одежды не имею,
Mais je n’ai nul vêtement
Чтобы войти в него я мог.
Pour pouvoir y entrer.

*

О, просвети души моей
Ô éclaire mon âme
Даятель света, одеянья,
Habille-moi d’une robe de lumière,
И в царстве славы и сиянья
Et dans le royaume de la gloire et de l’éclat
Спаси от горя и скорбей.
Sauve-moi des brûlures et des peines.

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1893

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Poésie de Mirra Lokhvitskaïa
Поэзия Мирры Лохвицкой
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POEMES DE VICENTE DE CARVALHOS – POEMAS

*

Traduction Jacky Lavauzelle João da Cruz e Sousa

João da Cruz e Sousa Traduction Jacky Lavauzelle Literatura Brasileira




Traduction Jacky Lavauzelle
Vicente de Carvalho


Vicente de Carvalho
poète brésilien

Santos, 5 de abril de 1866 — Santos, 22 de abril de 1924
5 avril 1866 – 22 avril 1924




 Obra Poética 





 

Vicente de Carvalho
POEMAS
POESIE

 

Traduction Jacky Lavauzelle

 

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Desilludida
ILLUSION PERDUE
(Rosa, Rosa de Amor)
(Rose, Rose d’Amour)
1902

Sou como a corça ferida
Je suis comme la biche blessée.
Que vai, sedenta e arquejante,
Qui va, assoiffée et haletante,

Traduction Jacky Lavauzelle

**

Serenata
Sérénade
(Rosa, Rosa de Amor)
(Rose, Rose d’Amour)
1902

Pela vasta noite indolente
Dans la vaste nuit indolente
      Voga um perfume estranho.
Plane un parfum étrange.

 **

Ultima Confidencia
ULTIME CONFIDENCE
(Rosa, Rosa de Amor)
(Rose, Rose d’Amour)
1902

— E si acaso voltar ? Que hei de dizer-lhe, quando
– Et si je le vois ? Que dois-je lui dire, quand
    Me perguntar por ti?
Sur toi il me questionnera ?

**

Velho Tema
Thème Ancien
(Poemas e Canções – Poèmes & Chansons)
1908

Só a leve esperança em toda a vida
Seul un léger espoir en toute une vie
Disfarça a pena de viver, mais nada;
Peut effacer la douleur de la vie, rien d’autre ;

 

 

*****

POEMAS  Vicente de Carvalho
Poésie de Vicente de Carvalho

*

Traduction Jacky Lavauzelle João da Cruz e Sousa

João da Cruz e Sousa Traduction Jacky Lavauzelle Literatura Brasileira

Sérénade Poème de Vicente de Carvalho – Serenata Poema 1902

*

Traduction Jacky Lavauzelle João da Cruz e Sousa

João da Cruz e Sousa Traduction Jacky Lavauzelle Literatura Brasileira




Traduction Jacky Lavauzelle
Vicente de Carvalho


Vicente de Carvalho
poète brésilien

Santos, 5 de abril de 1866 — Santos, 22 de abril de 1924
5 avril 1866 – 22 avril 1924




 Obra Poética 





 

Vicente de Carvalho
Serenata
Sérénade
(Rosa, Rosa de Amor)
(Rose, Rose d’Amour)
1902

 

Traduction Jacky Lavauzelle

 

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Traduction Jacky Lavauzelle
William Turner Le Négrier, 1840, Museum of Fine Arts, Boston

     **

Pela vasta noite indolente
Dans la vaste nuit indolente
      Voga um perfume estranho.
Plane un parfum étrange.
Eu sonho… E aspiro o vago aroma ausente
Je rêve … Et je respire le vague arôme absent
    Do teu cabello castanho.
De tes cheveux bruns

         Pela vasta noite tranquilla
Dans la vaste nuit tranquille
Pairam, longe, as estrellas.
Volent, au loin, les étoiles.
  Eu sonho… O teu olhar tambem scintilla
Je rêve … Ton regard aussi scintille
   Assim, tão longe como ellas.
Aussi lointain qu’elles.

         Pela vasta noite povoada
Dans la vaste nuit peuplée
    De rumores e arquejos
De rumeurs et de râles
Eu sonho… E’ tua voz, entrecortada
Je rêve … Et j’entends ta voix, saccadée
   De suspiros e de beijos.
De soupirs et de baisers.

*

        Pela vasta noite sem termo,
Dans la vaste nuit sans fin,
Que deserto sombrio!
Quel noir désert !
 Eu sonho… Inda é mais triste, inda é mais ermo
Je rêve … Toujours plus triste, toujours plus seul
  O nosso leito vasio.
Et notre lit reste vide.

         Pela vasta noite que finda
Dans la grande fin de nuit
Sóbe o dia risonho…
S’efface le jour joyeux …
  E eu cerro os olhos para ver-te ainda,
Et je ferme les yeux pour te voir encore,
     Ainda e sempre, em meu sonho.
Encore et toujours, dans mon rêve. 

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POEMAS  Vicente de Carvalho
Poésie de Vicente de Carvalho

*

Traduction Jacky Lavauzelle João da Cruz e Sousa

João da Cruz e Sousa Traduction Jacky Lavauzelle Literatura Brasileira