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LA PROPHÉTIE – POÉSIE DE MIKHAÏL LERMONTOV – 1830 – Поэзия Михаила Лермонтова – Предсказание

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LITTÉRATURE RUSSE
POÉSIE RUSSE
Русская литература
Русская поэзия
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Poésie de Mikhaïl Lermontov
Поэзия Михаила Лермонтова
___________________________________

MIKHAÏL IOURIEVITCH LERMONTOV
Михаи́л Ю́рьевич Ле́рмонтов
3 octobre 1814 Moscou – 15 juillet 1841 Piatigorsk
3 октября 1814 г. Москва – 15 июля 1841 г. Пятигорск

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TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE
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LA PROPHÉTIE
1830
Предсказание

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Настанет год, России черный год,
Une année viendra, une année noire pour la Russie,
Когда царей корона упадет;
Où la couronne des tsars tombera ;
Забудет чернь к ним прежнюю любовь,
Le vieil amour que l’on avait pour eux sera oublié,
И пища многих будет смерть и кровь;
Et la nourriture ne sera plus pour beaucoup que la mort et le sang ;
Когда детей, когда невинных жен
Quand des enfants, quand des femmes innocentes
Низвергнутый не защитит закон;
Ne seront plus protégés pas la loi terrassée ;
Когда чума от смрадных, мертвых тел
Quand la peste putréfiée des cadavres
Начнет бродить среди печальных сел,
Commencera à errer dans les tristes villages,
Чтобы платком из хижин вызывать,
D’où les paysans quitteront leurs demeures,
И станет глад сей бедный край терзать;
Et quand la faim tourmentera ce pauvre pays ;
И зарево окрасит волны рек:
Et qu’une lueur écarlate colorera les vagues des fleuves :
В тот день явится мощный человек,
Là, une personne puissante apparaîtra ce jour-là,
И ты его узнаешь — и поймешь,
Et vous le reconnaîtrez et vous comprendrez
Зачем в руке его булатный нож:
Pourquoi elle serre si fort son couteau damassé dans sa main :
И горе для тебя! — твой плач, твой стон
Et le malheur sera sur toi ! – ton cri, tes gémissements
Ему тогда покажется смешон;
Lui paraîtront inutiles et futiles.
И будет всё ужасно, мрачно в нем,
Et tout sera terrible, tout sera sombre en lui,
Как плащ его с возвышенным челом.
Sombre comme sa cape et comme son altier visage.


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1830

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LE MENDIANT – POÉSIE DE MIKHAÏL LERMONTOV – 1830 – Поэзия Михаила Лермонтова – Нищий

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LITTÉRATURE RUSSE
POÉSIE RUSSE
Русская литература
Русская поэзия
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Poésie de Mikhaïl Lermontov
Поэзия Михаила Лермонтова
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MIKHAÏL IOURIEVITCH LERMONTOV
Михаи́л Ю́рьевич Ле́рмонтов
3 octobre 1814 Moscou – 15 juillet 1841 Piatigorsk
3 октября 1814 г. Москва – 15 июля 1841 г. Пятигорск

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TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE
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LE MENDIANT
1830
Нищий

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У врат обители святой
Aux portes du lieu saint,
Стоял просящий подаянья
Un homme faisait l’aumône,
Бедняк иссохший, чуть живой
Un pauvre misérable, assailli
От глада, жажды и страданья.
De faim, de soif et de souffrance.

*

Куска лишь хлеба он просил,
Il demandait seulement un morceau de pain,
И взор являл живую муку,
Et son regard témoignait de son vivant supplice,
И кто-то камень положил
Et quelqu’un avait posé une pierre
В его протянутую руку.
Dans cette main tendue.

*

Так я молил твоей любви
Moi, j’ai mendié ton amour
С слезами горькими, с тоскою;
Avec des larmes amères, avec ferveur ;
Так чувства лучшие мои
Mais voilà, mes meilleurs sentiments
Обмануты навек тобою!
Vous les avez trahis pour toujours !



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1830

DÉMONS- Poème de Pouchkine (1830) Бесы

*

ALEXANDRE POUCHKINE POEME

*
1830
 

Alexandre Pouchkine
русский поэт- Poète Russe
русская литература
Littérature Russe

poemes-de-alexandre-pouchkine-artgitatopushkin-alexander

ALEXANDRE POUCHKINE  1830
pushkin poems
стихотворение  – Poésie
 Пушкин 

 

 

POUCHKINE – Пу́шкин
Алекса́ндр Серге́евич Пу́шкин
1799-1837

[создатель современного русского литературного языка]

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

 

LA POESIE DE POUCHKINE

СТИХИ АЛЕКСАНДРА СЕРГЕЕВИЧА ПУШКИНА
Пушкин 


Бесы 
1830

****


DÉMONS
****

 

Мчатся тучи, вьются тучи;
Les nuages se précipitent, les nuages planent ;
Невидимкою луна
Sous l’invisible lune
Освещает снег летучий;
La neige couvre son vol ;
Мутно небо, ночь мутна.
Se noircit le ciel, se noircit la nuit.
Еду, еду в чистом поле;
Mon traîneau avance dans le vent ;
Колокольчик дин-дин-дин…
Les grelots entonnent des din-din-din …
Страшно, страшно поневоле
Qui terribles, terribles retentissent
Средь неведомых равнин!
Au milieu des plaines inconnues !

*

« Эй, пошел, ямщик!.. » – « Нет мочи:
« Hé, va, cocher..! » – « Impossible :
Коням, барин, тяжело;
Les chevaux, monsieur, sont épuisés ;
Вьюга мне слипает очи;
Le blizzard m’aveugle ;
Все дороги занесло;
Toutes les routes ont disparu ;
Хоть убей, следа не видно;
Nous avons perdu la piste ;
Сбились мы. Что делать нам!
Nous sommes perdu ! Que pouvons-nous faire !
В поле бес нас водит, видно,
Le démon nous conduit, il est clair
Да кружит по сторонам.
Que nous tournons en rond.

*

Посмотри: вон, вон играет,
Regarde : il est là-bas qui joue,
Дует, плюет на меня;
Qui maintenant me crache dessus ;
Вон – теперь в овраг толкает
Regarde – il nous attire près du ravin
Одичалого коня;
Pour y plonger nos chevaux ;
Там верстою небывалой
Regarde, le vois-tu
  Он торчал передо мной;
Droit devant moi ;
Там сверкнул он искрой малой
Il illumine comme une étincelle
И пропал во тьме пустой ».
Qui disparaît dans l’obscurité du vide « .

*

Мчатся тучи, вьются тучи;
Les nuages se précipitent, les nuages planent ;
Невидимкою луна
Sous l’invisible lune
Освещает снег летучий;
La neige couvre son vol ;
Мутно небо, ночь мутна.
Se noircit le ciel, se noircit la nuit.
Сил нам нет кружиться доле;
Mon traîneau s’arrête net ;
Колокольчик вдруг умолк;
Les grelots sont devenus muets ;
Кони стали… « Что там в поле? » –
Tout se pose… « Qu’est-ce donc ? » –
«  « Кто их знает? пень иль волк? »
« Qui sait ? Un tronc d’arbre ou une bête ? »

*

Вьюга злится, вьюга плачет;
Déferle le blizzard , déferle la tempête ;
Кони чуткие храпят;
Ronflement de nos montures ;
Вот уж он далече скачет;
Le démon galope au loin ;
Лишь глаза во мгле горят;
Seuls ses yeux dans l’obscurité apparaissent ;
Кони снова понеслися;
Les chevaux reprennent leur course ;
Колокольчик дин-дин-дин…
Les grelots entonnent à nouveau les din-din-din …
Вижу: духи собралися
Vois donc : les esprits là-bas se sont réunis
Средь белеющих равнин.
Au milieu des plaines blanchies.

*

 

Бесконечны, безобразны,
De nombreux démons, laids et terrifiants,
В мутной месяца игре
Flottant, éructant…
Закружились бесы разны,
Une ronde de démons tourbillonnants,
Будто листья в ноябре…
Comme les feuilles de novembre …
Сколько их! куда их гонят?
Comme ils sont nombreux ! D’où viennent-ils ?
Что так жалобно поют?
Pourquoi leurs chants sont-ils si plaintifs ?
Домового ли хоронят,
Enterrent-ils un farfadet ?
 Ведьму ль замуж выдают?
Est-ce le mariage d’une sorcière ?

*

Мчатся тучи, вьются тучи;
Les nuages se précipitent, les nuages planent ;
Невидимкою луна
Sous l’invisible lune
Освещает снег летучий;
La neige couvre son vol ;
Мутно небо, ночь мутна.
Se noircit le ciel, se noircit la nuit.
Мчатся бесы рой за роем
Une foule de démons s’est rassemblée
В беспредельной вышине,
Dans les hauteurs infinies,
Визгом жалобным и воем
Cette plainte qui hurle à travers la plaine
Надрывая сердце мне…
Déchire mon coeur …

 

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POUCHKINE
 1830  

********

LES JUGEMENTS DE Tolstoï
SUR LES POEMES DE POUCHKINE

Ayons donc pleine confiance dans le jugement du comte Tolstoï sur les poèmes de Pouchkine, son compatriote ! Croyons-le, encore, quand il nous parle d’écrivains allemands, anglais, et scandinaves : il a les mêmes droits que nous à se tromper sur eux. Mais ne nous trompons pas avec lui sur des œuvres françaises dont le vrai sens, forcément, lui échappe, comme il échappera toujours à quiconque n’a pas, dès l’enfance, l’habitude de penser et de sentir en français ! Je ne connais rien de plus ridicule que l’admiration des jeunes esthètes anglais ou allemands pour tel poète français. Verlaine, par exemple, ou Villiers de l’Isle-Adam. Ces poètes ne peuvent être compris qu’en France, et ceux qui les admirent à l’étranger les admirent sans pouvoir les comprendre. Mais il ne résulte pas de là, comme le croit le comte Tolstoï, qu’ils soient absolument incompréhensibles. Ils ne le sont que pour lui, comme pour nous Lermontof et Pouchkine. Ce sont des artistes : la valeur artistique de leurs œuvres résulte de l’harmonie de la forme et du fond : et si lettré que soit un lecteur russe, si parfaite que soit sa connaissance de la langue française, la forme de cette langue lui échappe toujours.

Léon Tolstoï
Qu’est-ce que l’art ?
Traduction par T. de Wyzewa.
 Perrin, 1918
pp. i-XII

*****

ALEXANDRE POUCHKINE POEME

DÉMONS
1830
Пушкин 

ALEXANDRE POUCHKINE (1830) AU POETE – Поэту

*

Alexandre Pouchkine
русский поэт- Poète Russe
русская литература
Littérature Russe

poemes-de-alexandre-pouchkine-artgitatopushkin-alexander

ALEXANDRE POUCHKINE 1830
pushkin poems
стихотворение  – Poésie
 Пушкин 

 

 

POUCHKINE – Пу́шкин
Алекса́ндр Серге́евич Пу́шкин
1799-1837

[создатель современного русского литературного языка]

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

 

LA POESIE DE POUCHKINE

СТИХИ АЛЕКСАНДРА СЕРГЕЕВИЧА ПУШКИНА
Пушкин 


1830
AU POETE

  1830
Поэту
*****

***

 

Поэт! не дорожи любовию народной.
Poète ! Détache-toi de l’amour d’autrui
Восторженных похвал пройдет минутный шум;
Les louanges ne sont qu’un bruit que la minute efface
Услышишь суд глупца и смех толпы холодной,
Tu entendras la moquerie et tu sentiras la foule glaciale
Но ты останься тверд, спокоен и угрюм.
Mais tu resteras fort, calme et pensif.

*

Ты царь: живи один. Дорогою свободной
Tu es roi. Ta voie est libre,
Иди, куда влечет тебя свободный ум,
Va où le désir libère ton esprit,
Усовершенствуя плоды любимых дум,
Goûte aux fruits qui poussent sur le malheur,
Не требуя наград за подвиг благородный.
Sans exiger jamais nulle récompense.

 

*

Они в самом тебе. Ты сам свой высший суд;
Tu es toi-même ta seule cour suprême ;
Всех строже оценить умеешь ты свой труд.
Evalue justement le fruit de ton travail.
Ты им доволен ли, взыскательный художник?
As-tu la satisfaction exigeante de l’artiste ?

*

Доволен? Так пускай толпа его бранит
Satisfait ? Laisse la cohue te balloter
И плюет на алтарь, где твой огонь горит,
Laisse cracher sur l’autel où le feu brûle,
И в детской резвости колеблет твой треножник.
Et, dans leur espiègleries d’enfant, laisse-les secouer ton trépied.

 июля 1830
Juillet 1830

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Поэту
AU POETE
ALEXANDRE POUCHKINE
1830  

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LES JUGEMENTS DE Tolstoï
SUR LES POEMES DE POUCHKINE

Ayons donc pleine confiance dans le jugement du comte Tolstoï sur les poèmes de Pouchkine, son compatriote ! Croyons-le, encore, quand il nous parle d’écrivains allemands, anglais, et scandinaves : il a les mêmes droits que nous à se tromper sur eux. Mais ne nous trompons pas avec lui sur des œuvres françaises dont le vrai sens, forcément, lui échappe, comme il échappera toujours à quiconque n’a pas, dès l’enfance, l’habitude de penser et de sentir en français ! Je ne connais rien de plus ridicule que l’admiration des jeunes esthètes anglais ou allemands pour tel poète français. Verlaine, par exemple, ou Villiers de l’Isle-Adam. Ces poètes ne peuvent être compris qu’en France, et ceux qui les admirent à l’étranger les admirent sans pouvoir les comprendre. Mais il ne résulte pas de là, comme le croit le comte Tolstoï, qu’ils soient absolument incompréhensibles. Ils ne le sont que pour lui, comme pour nous Lermontof et Pouchkine. Ce sont des artistes : la valeur artistique de leurs œuvres résulte de l’harmonie de la forme et du fond : et si lettré que soit un lecteur russe, si parfaite que soit sa connaissance de la langue française, la forme de cette langue lui échappe toujours.

Léon Tolstoï
Qu’est-ce que l’art ?
Traduction par T. de Wyzewa.
 Perrin, 1918
pp. i-XII

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Adam MICKIEWICZ (1830) A LA MERE POLONAISE – Do Matki Polki

*




POESIE POLONAISE

Traduction – Texte Bilingue

Poésie Polonaise
Polish poetry
poezja polska

 

Adam MICKIEWICZ
1798 – 1855

Traduction Jacky Lavauzelle

Do Matki Polki

À la mère polonaise

*****

 

O matko Polko! gdy u syna twego
O mère Polonaise ! quand dans l’œil de ton fils
W źrenicach błyszczy genijuszu świetność,
Brille la splendeur du génie,
Jeśli mu patrzy z czoła dziecinnego
Se reflète sur son visage d’enfant
Dawnych Polaków duma i szlachetność;
La fière noblesse de ses ancêtres polonais ;

**

 

Jeśli rzuciwszy rówienników grono
S’il quitte ardemment ses compagnons
Do starca bieży, co mu dumy pieje,
C’est pour entendre du vieillard les orgueilleuses chansons,
Jeżeli słucha z głową pochyloną,
Il écoute pensif, tête baissée,
Kiedy mu przodków powiadają dzieje:
La grandeur des légendes passées :

 




O matko Polko! źle się twój syn bawi!
O mère Polonaise ! Prends garde à ta postérité !
Klęknij przed Matki Boleśnej obrazem
Agenouille-toi devant la Mère des Douleurs
I na miecz patrzaj, co Jej serce krwawi:
Regarde l’épée qui ensanglante son cœur :
Takim wróg piersi twe przeszyje razem!
Elle percera le tien d’une telle témérité !

**

Bo choć w pokoju zakwitnie świat cały,
Car, bien que la paix dans le monde fleurisse,
Choć się sprzymierzą rządy, ludy, zdania,
Bien que les nations et les peuples s’unissent
Syn twój wyzwany do boju bez chwały
Ton fils est destiné à des batailles sans gloire
I do męczeństwa… bez zmartwychpowstania.
Et … au martyr sans résurrection ni espoir.



Każże mu wcześnie w jaskinią samotną
Qu’il parte tôt dans une grotte solitaire
Iść na dumanie… zalegać rohoże,
Qu’il médite sans cesse… couché sur la terre,
Oddychać parą zgniłą i wilgotną
Respirant cet air humide et pourri
I z jadowitym gadem dzielić łoże.
Et avec le reptile venimeux partageant son lit.

**

Tam się nauczy pod ziemię kryć z gniewem
Il apprendra à terrer sa colère ineffable,
I być jak otchłań w myśli niedościgły;
A rendre comme l’abîme sa pensée insondable ;
Mową truć z cicha, jak zgniłym wyziewem,
Et distiller dans son discours le poison savamment ,
Postać mieć skromną jako wąż wystygły.
A attendre comme le froid serpent patiemment.






Nasz Odkupiciel, dzieckiem w Nazarecie,
Notre Rédempteur, un enfant de Nazareth,
Piastował krzyżyk, na którym świat zbawił.
Portait sa croix par laquelle le monde a été sauvé.
O Matko Polko! ja bym twoje dziecię
O Mère Polonaise ! N’amuse ton fils
Przyszłymi jego zabawkami bawił.
Qu’avec les jeux de ses futurs supplices.

**

Wcześnie mu ręce okręcaj łańcuchem,
Que ses mains à de lourdes chaînes se plissent,
Do taczkowego każ zaprzęgać woza,
Que son dos à la charge s’endurcisse,
By przed katowskim nie zbladnął obuchem
Que son front devant la hache ne pâlisse
Ani się spłonił na widok powroza;
Ni à la vue d’une corde ne rougisse ;

**




Bo on nie pójdzie, jak dawni rycerze,
Il ne chevauchera pas comme les anciens chevaliers,
Utkwić zwycięski krzyż w Jeruzalemie,
Pour que la victorieuse croix  se dresse à Jérusalem,
Albo jak świata nowego żołnierze
Ni comme les fantassins du tricolore emblème
Na wolność orać… krwią polewać ziemię.
Creuser un sillon et verser son sang … pour la liberté.

**

obrazie / image
Grigorija Miasojedowa

**

Wyzwanie przyszle mu szpieg nieznajomy,
D’abord, un espion étranger le défier viendra
Walkę z nim stoczy sąd krzywoprzysiężny,
Là, contre un tribunal parjure le combat continuera,
 A placem boju będzie dół kryjomy,
Puis, dans un cachot sous terre il moisira,
A wyrok o nim wyda wróg potężny.
Enfin, un ennemi puissant sa sentence prononcera.

**

Zwyciężonemu za pomnik grobowy
Vaincu, comme pierre tombale funèbre
Zostaną sucha drewna szubienicy,
Il trouvera sa  sèche potence en bois austère
Za całą sławę krótki płacz kobiécy
Une femme qui pleure comme seule gloire éphémère
I długie nocne rodaków rozmowy.
Et de ses compatriotes de longues conversations crépusculaires.

*

 




aquarelle Juliusz Kossak

Adam MICKIEWICZ
1830

 

ALEXANDRE POUCHKINE (1830) – MON NOM – Что в имени тебе моём?

*

Alexandre Pouchkine
русский поэт- Poète Russe
русская литература
Littérature Russe

poemes-de-alexandre-pouchkine-artgitatopushkin-alexander

ALEXANDRE POUCHKINE 1830
pushkin poems
стихотворение  – Poésie
 Пушкин 

 

 

POUCHKINE – Пу́шкин
Алекса́ндр Серге́евич Пу́шкин
1799-1837

[создатель современного русского литературного языка]

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

 

LA POESIE DE POUCHKINE

СТИХИ АЛЕКСАНДРА СЕРГЕЕВИЧА ПУШКИНА
Пушкин 


1830
MON NOM

  1830
Что в имени тебе моём?

***

Что в имени тебе моём?
Qu’est-ce que mon nom pour toi ?
Оно умрёт, как шум печальный
Ce nom va mourir, comme le triste bruit
Волны, плеснувшей в берег дальный,
Des vagues, le temps que dure la vague, et qui déjà s’enfuit,
Как звук ночной в лесу глухом.
Comme dans la nuit, l’écho perdu d’un bruit dans un bois.

Оно на памятном листке
Il trace sur une page ce signe illisible
  Оставит мёртвый след, подобный
Laisse sa trace morte, semblable
  Узору надписи надгробной
Aux inscriptions funèbres
  На непонятном языке.
Ecrites dans une langage austère.

 

Что в нём? Забытое давно
Qui est-il ? Il sera oublié depuis longtemps
  В волненьях новых и мятежных,
Dans l’excitation du temps,
Твоей душе не даст оно
Sur ton âme, il n’aura gravé
  Воспоминаний чистых, нежных.
Ni souvenirs purs ni instants sucrés.

Но в день печали, в тишине,
Mais , en silence, un jour d’émoi
Произнеси его тоскуя;
Tu diras d’une voix forte
Скажи: есть память обо мне,
Tu diras, quelqu’un pense à moi,
Есть в мире сердце, где живу я…
Il reste dans le monde un cœur où je vis encore…

5 января 1830
5 janvier 1830

*****************

 

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ALEXANDRE POUCHKINE
1830  

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LES JUGEMENTS DE Tolstoï
SUR LES POEMES DE POUCHKINE

Ayons donc pleine confiance dans le jugement du comte Tolstoï sur les poèmes de Pouchkine, son compatriote ! Croyons-le, encore, quand il nous parle d’écrivains allemands, anglais, et scandinaves : il a les mêmes droits que nous à se tromper sur eux. Mais ne nous trompons pas avec lui sur des œuvres françaises dont le vrai sens, forcément, lui échappe, comme il échappera toujours à quiconque n’a pas, dès l’enfance, l’habitude de penser et de sentir en français ! Je ne connais rien de plus ridicule que l’admiration des jeunes esthètes anglais ou allemands pour tel poète français. Verlaine, par exemple, ou Villiers de l’Isle-Adam. Ces poètes ne peuvent être compris qu’en France, et ceux qui les admirent à l’étranger les admirent sans pouvoir les comprendre. Mais il ne résulte pas de là, comme le croit le comte Tolstoï, qu’ils soient absolument incompréhensibles. Ils ne le sont que pour lui, comme pour nous Lermontof et Pouchkine. Ce sont des artistes : la valeur artistique de leurs œuvres résulte de l’harmonie de la forme et du fond : et si lettré que soit un lecteur russe, si parfaite que soit sa connaissance de la langue française, la forme de cette langue lui échappe toujours.

Léon Tolstoï
Qu’est-ce que l’art ?
Traduction par T. de Wyzewa.
 Perrin, 1918
pp. i-XII

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34 POEMES D’EMILY DICKINSON DE 1852 A 1886 – Emily Dickinson’s poems

LITTERATURE AMERICAINE

*******

 

EMILY DICKINSON
December 10, 1830 – May 15, 1886
10 décembre 1830 – 15 mai 1886
Amherst, Massachusetts

Traduction – Translation

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

French and English text
texte bilingue français-anglais

 


******




LES POEMES D’EMILY DICKINSON

Emily Dickinson’s poems

 

 




**

1853
ON THIS WONDROUS SEA

On this wondrous sea
Sur cette merveilleuse mer
Sailing silently,
Navigant silencieusement,




**

1858
WHEN ROSES CEASE TO BLOOM

When Roses cease to bloom, dear, 
Quand les Roses finiront de fleurir, mon cher,
And Violets are done, 
Et les V
iolettes seront flétries,

**

1859
WHOSE CHEEK IS THIS ?

Whose cheek is this ?
A qui est cette joue ?
What rosy face
Quel rose visage

**

1860
A LITTLE EAST TO JORDAN

A little East of Jordan,
Un peu à l’est du Jourdain,
Evangelists record,
Les Evangélistes enregistrent,




**

1861
POOR LITTLE HEART !

Poor little heart!
Pauvre petit cœur !
Did they forget thee?
T’ont-ils oublié ?

**

1861
I’VE KNOW A HEAVEN LIKE A TENT

I’ve known a Heaven, like a Tent – 
J’ai connu un Ciel, comme une Tente –
To wrap its shining Yards – 
 A emballer son éclatante Cour-




**

1862
OF BRONZE AND BLAZE

Of Bronze – and Blaze 
De Bronze – et de Feu
The North -tonight! 
Le Nord -ce soir !

**





1863
I GAINED IT SO

I gained it so –
Je l’ai gagnée ainsi,
By Climbing slow –
En Escaladant lentement,

**

1864
THE SPRY ARMS OF THE WIND

The spry Arms of the Wind
Les vaillants Bras du Vent
If I could crawl between
Si je pouvais ramper entre

**

1865
WHAT TWINGS WE HELB BY
LA RIVIERE RAPIDE DE LA VIE

 What Twigs We held by-
Quels Rameaux nous agrippaient ?
Oh the View
Oh cette Vue

**





1866
AFTER THE SUN COMES OUT
LA TRANSFORMATION DU MONDE

After the Sun comes out
Une fois le soleil sorti
How it alters the World —
Comme cela transforme le Monde

*

1867
THE MURMURING OF BEES
LE MURMURE DES ABEILLES

The murmuring of Bees, has ceased
Le murmure des Abeilles a cessé
But murmuring of some
Mais d’autres s’entendent

**





1868
AFTER A HUNDRED YEARS
UN SIECLE APRES

After a hundred years
Un siècle après
Nobody knows the Place
Personne ne connaît le Lieu

**

1869
THE DUTIES OF THE WIND ARE FEW
LES DEVOIRS ET LES PLAISIRS DU VENT

The duties of the Wind are few,
Les devoirs du Vent sont peu nombreux :
To cast the ships, at Sea,
Fracasser les navires, en Mer,

**

1870
A NOT ADMITTING OF THE WOUND
LA BLESSURE

A not admitting of the wound
Ne pas reconnaître la plaie
Until it grew so wide
Jusqu’à ce qu’elle soit si large

**

1870
THAT THIS SHOULD FEEL THE NEAD OF DEATH
LE BESOIN DE LA MORT

That this should feel the need of Death
Que celui qui ressent le besoin de la Mort
 
The same as those that lived
Le même que celui qui vécu

**

1871
THE DAYS THAT WE CAN SPARE

The Days that we can spare
Les Jours que nous avons en trop
Are those a Function die
Ensevelissent une Fonction qui meurt

**

1872
UNTIL THE DESERT KNOWS
AU GALOP DANS NOS RÊVES

Until the Desert knows
Jusqu’à ce que le Désert sache
That Water grows
Que l’Eau jaillit

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1873
HAD WE OUR SENSES
LA RAISON & LA FOLIE

Had we our senses
Avons-nous notre raison ?
 
But perhaps ’tis well they’re not at Home
Mais peut-être vaut-il mieux que non

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1874
WONDER IS NOT PRECISLY KNOWING
LE PLAISIR DEVENU DOULEUR

Wonder — is not precisely Knowing
 L’Etonnement- n’est pas précisément la Connaissance
 
And not precisely Knowing not
 Ni précisément l’Ignorance –

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1875
THAT SHORT POTENTIAL STIR
L’ECLAT DE LA MORT

That short — potential stir
Ce court – et potentiel émoi
 
That each can make but once
Que chacun peut faire juste une seule fois –

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1876
LONG YEARS APART
L’ABSENCE DE LA SORCIERE

Long Years apart — can make no
Les longues Années d’éloignement- ne peuvent engendrer de
Breach a second cannot fill —
Brèche qu’une seule seconde ne puisse colmater –

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1877
IT WAS A QUIET SEEMING DAY
LE COQUELICOT DANS LE NUAGE

It was a quiet seeming Day —
C’était un Jour en apparence calme –
There was no harm in earth or sky —
Il n’y avait aucun mal ni sur terre ni dans le ciel –

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1878
TO MEND EACH TATTERED FAITH
REPARER LA FOI EN LAMBEAUX

To mend each tattered Faith
Pour réparer chaque Foi en lambeaux
There is a needle fair
Il y a une fine aiguille,

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1879
WE TALKED WITH EACH OTHER
LES SABOTS DE L’HORLOGE

We talked with each other about each other
Nous nous sommes parlés, les uns les autres
Though neither of us spoke —
  Même si aucun de nous n’a parlé –

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1880
GLASS WAS THE STREET
LA RUE DE VERRE

Glass was the Street – in Tinsel Peril
De verre était la rue – dans un Aventureux Crissement
 
Tree and Traveller stood.
Arbre et Voyageur debout se tenaient.

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1881
THE THINGS THAT NEVER CAN COME BACK
LES CHOSES QUI JAMAIS NE REVIENNENT

The Things that never can come back, are several —
Les Choses qui jamais ne reviennent sont multiples –
Childhood — some forms of Hope — the Dead —
L’Enfance – certaines formes d’Espoir – les Morts –

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1882
HE ATE AND DRANK THE PRECIOUS WORDS
LES MOTS PRECIEUX

He ate and drank the precious Words —
Il a mangé et il a bu les Mots précieux –
His Spirit grew robust —
Son Esprit s’est développé –

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1883
No ladder needs the bird but skies
DONNER DES AILES AUX CHERUBINS

No ladder needs the bird but skies
 L’oiseau n’a pas besoin d’échelle mais des cieux
To situate its wings,
Pour placer ses ailes,

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1884
Upon his Saddle sprung a Bird
LA NOTE DE L’OISEAU

Upon his Saddle sprung a Bird
Sur sa selle a bondi l’Oiseau
And crossed a thousand Trees
  S’en est allé traverser un milliers d’Arbres

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1885
Take all away from me, but leave me Ecstasy,
LAISSEZ-MOI L’EXTASE

Take all away from me, but leave me Ecstasy,
Retirez-moi tout, mais laissez-moi l’Extase,
 And I am richer then than all my Fellow Men —
Et plus riche que tous mes Semblables  je deviendrai –

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LES ULTIMES POEMES

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1886
THE IMMORTALITY SHE GAVE
LA FORCE DE L’AMOUR HUMAIN

The immortality she gave
L’immortalité qu’elle a donnée
We borrowed at her Grave —
Nous l’avons emprunté à son Tombeau-

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1886
OF GLORY NOT A BEAM IS LEFT
POUR LES ÉTOILES

Of Glory not a Beam is left
De la Gloire, ne reste pas un seul Faisceau
But her Eternal House —
Mais reste sa Maison Éternelle –

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EMILY DICKINSON

EMILY DICKINSON (1852) Sic transit gloria mundi – Ainsi passe la gloire du monde

LITTERATURE AMERICAINE

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EMILY DICKINSON
December 10, 1830 – May 15, 1886
10 décembre 1830 – 15 mai 1886
Amherst, Massachusetts




Traduction – Translation

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

French and English text
texte bilingue français-anglais

 






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Sic transit gloria mundi




Ainsi passe la gloire du monde

1852

 







Oh veni, vidi, vici!
Ô Je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu !
Oh caput cap-a-pie!
Ô caput de pied en cap !
And oh « memento mori »
Et ô « souviens-toi que tu vas mourir »
When I am far from thee!
Quand je suis loin de toi !

Hurrah for Peter Parley!
Hourra pour Peter Parley !
Hurrah for Daniel Boone!
Hourra pour Daniel Boone !
Three cheers, sir, for the gentleman
Trois salutations, monsieur, pour le gentleman
Who first observed the moon!
Qui le tout premier observa la lune !




Peter, put up the sunshine;
Pierre, embrase le soleil ;
Patti, arrange the stars;
Patti, arrange les étoiles ;
Tell Luna, tea is waiting,
Dis à Luna : le thé attend,
And call your brother Mars!
Et appelle ton votre frère Mars !

Put down the apple, Adam,
Lâche la pomme, Adam,
And come away with me,
Et viens avec moi,
  So shalt thou have a pippin
Alors tu auras une pomme reinette
From off my father’s tree!
De l’arbre de mon père !

I climb the « Hill of Science, »
Je monte la «Colline des sciences»
 I « view the landscape o’er; »
Je « regarde le paysage« ;
Such transcendental prospect,
Une telle perspective transcendantale,
  I ne’er beheld before!
Je n’avais jamais vu ça avant !




Unto the Legislature
À l’Assemblée
My country bids me go;
Mon pays m’attend ;
I’ll take my india rubbers,
Je vais prendre mes bottes en caoutchouc,
In case the wind should blow!
Au cas où le vent soufflerait !

During my education,
Pendant mon éducation,
  It was announced to me
Il m’a été annoncée
That gravitation, stumbling,
Que la gravitation, trébuchant,
Fell from an apple tree!
Provenait d’un pommier !

The earth upon an axis
La terre sur un axe
 Was once supposed to turn,
Était supposée tourner,
By way of a gymnastic
Comme une gymnastique
In honor of the sun!
En l’honneur du soleil !

It was the brave Columbus,
C’était le brave Colomb,
 
A sailing o’er the tide,
Une navigation sur la marée,
Who notified the nations
Qui a informé les nations
Of where I would reside!
D’où je devais résider !

Mortality is fatal—
La mortalité est fatale
Gentility is fine,
La gentillesse c’est bien,
Rascality, heroic,
Être une fripouille, c’est héroïque
Insolvency, sublime!
Être insolvable, c’est sublime !




 Our Fathers being weary,
Nos Pères fatigués,
 
Laid down on Bunker Hill;
Se sont étendus sur Bunker Hill ;
And tho’ full many a morning,
Bien des matins se sont passés,
 Yet they are sleeping still,—
Et pourtant, ils dorment encore,

The trumpet, sir, shall wake them,
La trompette, monsieur, les réveillera,
 
In dreams I see them rise,
En rêve, je les vois se lever,
Each with a solemn musket
Chacun avec un mousquet solennel
A marching to the skies!
Une marche vers les cieux !

A coward will remain, Sir,
Un lâche restera, Monsieur,
Until the fight is done;
Jusqu’à ce que le combat soit terminé ;
But an immortal hero
Mais un héros immortel
Will take his hat, and run!
Prendra son chapeau et fuira !

Good bye, Sir, I am going;
Au revoir, Monsieur, je pars ;
My country calleth me;
Mon pays m’appelle ;
Allow me, Sir, at parting,
Permettez-moi, Monsieur, qu’en nous séparant,
To wipe my weeping e’e.
D’essuyer mes pleurs.

In token of our friendship
En signe de notre amitié
Accept this « Bonnie Doon, »
Accepte ce « Bonnie Doon »
  And when the hand that plucked it
Et quand la main qui l’a arrachée
Hath passed beyond the moon,
Sera passé au-delà de la lune,

The memory of my ashes
Le souvenir de mes cendres
Will consolation be;
Sera une consolation  ;
Then, farewell, Tuscarora,
Alors, adieu, indien Tuscarora,
And farewell, Sir, to thee!
Et adieu, Monsieur, à toi !

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EMILY DICKINSON

POUCHKINE ET LE MOUVEMENT LITTERAIRE EN RUSSIE DEPUIS QUARANTE ANS (III)

 POUCHKINE ET LE MOUVEMENT LITTERAIRE EN RUSSIE DEPUIS QUARANTE ANS
Алекса́ндр Серге́евич
Alexandre Pouchkine 
русский поэт- Poète Russe
русская литература
Littérature Russe

poemes-de-alexandre-pouchkine-artgitatopushkin-alexander

ALEXANDRE POUCHKINE 
pushkin poems
стихотворение  – Poésie
POUCHKINE ET LE MOUVEMENT LITTERAIRE EN RUSSIE DEPUIS QUARANTE ANS

 

 

POUCHKINE – Пу́шкин
Алекса́ндр Серге́евич Пу́шкин
1799-1837

[создатель современного русского литературного языка]

 

LA POESIE DE POUCHKINE

СТИХИ АЛЕКСАНДРА СЕРГЕЕВИЧА ПУШКИНА

POUCHKINE ET LE MOUVEMENT LITTERAIRE EN RUSSIE DEPUIS QUARANTE ANS
III – TROISIEME PARTIE
Charles de Saint-Julien

Œuvres choisies de Pouchkine, traduites par M. H. Dupont
 

 

III.

Pouchkine mourut à trente-huit ans. Aujourd’hui encore, la plupart des hommes de sa génération sont pleins de vie, et si vous leur demandiez, si vous demandiez à ceux qui virent grandir le génie du poète, qui pleurèrent sa mort précoce, ce qui est resté de Pouchkine, ce qui lui a succédé dans les lettres russes, ils soupireraient et ne répondraient pas. C’est que pour eux tout existait dans la manifestation intellectuelle du moment, c’est-à-dire dans celui qui la représentait ; ils ne voyaient pas que la pensée du poète tombait dans une terre jeune et féconde, que la génération qu’il laissait était pleine d’ardeur, et que cette pensée ne périrait point. Seulement, en passant d’une génération à l’autre, cette pensée a déplacé le siège de son action ; sans se séparer des régions élevées, elle a su s’étendre et pénétrer dans les régions moyennes, où on n’a pas tardé à la voir pousser de tous côtés des jets vigoureux.

Pouchkine était la plus vive expression de la littérature de son temps ; mais tous les membres de cette littérature appartenaient généralement à l’aristocratie. C’étaient de nobles descendants des vieux boyards ; ils possédaient terres et vassaux, ils étaient comtes et princes, et, si quelques-uns ne se distinguaient que par leur esprit, ils n’en faisaient pas moins partie de la classe privilégiée, à laquelle ils étaient agrégés, comme Karamsine, par exemple, à qui son grand talent d’historien a donné une si légitime noblesse. Cependant le monopole de la pensée moderne ne pouvait demeurer longtemps l’apanage exclusif d’une caste ; aussi ne tarda-t-on pas à voir naître à Pétersbourg et à Moscou, à côté de la littérature aristocratique et du vivant même de Pouchkine, une littérature dont les représentants appartenaient à la classe moyenne, à celle des employés, de ceux qui sont destinés à former un jour le tiers-état du pays, et qui le forment réellement aujourd’hui à un certain point de vue.

Cette nouvelle armée littéraire, qui ne tarda pas à entraîner l’ancienne dans ses rangs, ne naquit pas à l’improviste, sans cause ni antécédents directs. Pouchkine avait donné l’impulsion, mais il restait à entretenir et à diriger le mouvement. Le ministre actuel de l’instruction publique en Russie, le comte Ouvaroff, se chargea de cette tâche. La mission était belle et difficile ; M. Ouvaroff la comprit et ne lui fit point défaut. La vie, l’émulation, la confiance, furent les premiers bienfaits que lui dut l’enseignement public. Homme d’état habile et par-dessus tout homme d’esprit et de savoir, connu par d’excellents ouvrages qui touchent à tous les domaines de la pensée, le comte Ouvaroff était plus que tout autre propre à ranimer l’enseignement, dont il comprenait bien la valeur, et il lui était facile de s’entourer d’hommes instruits propres à le seconder. Il commença donc l’œuvre de la régénération de l’enseignement, dont il élargit les limites en lui donnant des bases nationales. La révolution fut bientôt complète. Les universités russes se transformèrent, la vie y coula à pleines veines. La jeunesse y afflua de tous les points de la société. On vit le fils du chancelier de l’empire, celui du grand-maréchal de la cour coudoyer sur le même banc le fils du simple affranchi. Pour la première fois, les classes se trouvèrent mêlées en Russie, et elles apprirent à se connaître dans les luttes pacifiques de l’intelligence. Une émulation vive et continue se manifesta. Les étudiants des rangs inférieurs comprirent, avec l’ardeur d’une légitime ambition, qu’ils devaient effacer par des triomphes la distance sociale qui les séparait de leurs heureux rivaux ; les jeunes patriciens, de leur côté, voulurent soutenir l’honneur de leurs noms par des succès : c’étaient deux camps rivaux qui luttaient sur ce terrain où il n’y a d’autre privilège que l’intelligence.

Telle fut la véritable source d’où s’échappa à flots pressés l’ardeur intellectuelle, qui, s’emparant de la pensée de Pouchkine, la porta dans les régions inférieures, que cette pensée nourrit et féconda. Voilà comment naquit la littérature actuelle, que nous n’appellerons pas bourgeoise, ce mot ne pouvant avoir en Russie le sens qu’il a parmi nous ; que nous ne pouvons pas dire populaire, parce que son influence est encore bien limitée, mais que nous appellerons sans crainte nationale. Cependant cette ardeur se fût peut-être affaiblie, si une œuvre collective n’eût pas servi de point de ralliement aux jeunes écrivains, en dirigeant leurs efforts vers un même but. Cette œuvre se présenta : ce fut l’Encyclopédie russe. L’ancienne et la nouvelle génération littéraires, réunies autour de cette publication, virent leurs efforts récompensés par un éclatant succès. Ce succès même, qui répandit les volumes de l’Encyclopédie dans toutes les parties de l’empire, initia les provinces à un mouvement d’idées dont la capitale avait été jusqu’à ce jour l’unique théâtre. L’Encyclopédie russe était une œuvre de civilisation nationale, dont les bienfaits étaient évidents ; malheureusement cette œuvre ne fut pas continuée. Un fâcheux désaccord entre les chefs de l’entreprise amena la suspension de cette utile publication ; mais déjà beaucoup de bien avait été produit. Les jeunes écrivains de l’Encyclopédie avaient fait ensemble leurs premières armes, ce concours prêté à une œuvre commune leur avait révélé leurs forces, et avait mis en lumière bien des talents qui désormais pouvaient continuer isolément leur route avec la certitude de ne plus trouver le public indifférent à leurs travaux.

Plusieurs années avant la publication de l’Encyclopédie, les lettres comptaient déjà en Russie plus d’un organe recommandable. La Gazette littéraire, créée par le baron Delvig en 1830 et continuée par M. Volkoff, était un recueil estimé, mais qui ne s’ouvrait qu’à un petit nombre d’élus. Le brillant et rapide essor de la littérature réclamait une publication établie sur des bases plus larges, et la Bibliothèque de lecture fit appel aux jeunes écrivains. Destinée d’abord à diriger les esprits dans la voie nationale, à appeler, à encourager les talents nouveaux, la Bibliothèque ne remplit pas longtemps cette belle mission, et des traductions multipliées sans choix ne tardèrent pas à y remplacer les productions originales. La plus sérieuse de ces publications littéraires, celle qui reflète le mieux la pensée de Pouchkine, est le Contemporain, fondé sous l’action directe du poète et aujourd’hui encore dirigé par un de ses amis, M. Pierre Pletneff, recteur de l’université de Saint-Pétersbourg et membre de l’académie russe. Le Contemporain, dont les tendances slavistes sont très prononcées, peut être regardé surtout comme l’expression de l’influence exercée par Pouchkine sur les premières classes de la société russe. Quelques-uns de ses rédacteurs appartiennent aux plus nobles familles de l’empire. Nous devons remarquer à ce propos que ce vif sentiment de nationalité qui inspirait Pouchkine avait fini par gagner parmi les écrivains aristocratiques ceux même qui semblaient le plus soumis aux vieilles traditions ou aux influences étrangères. C’est ainsi que le prince Wiasemsky, l’un des vétérans de la littérature, le prince Odoevsky, malgré son mysticisme germanique, suivirent la muse slave dans la voie où elle se sentait appelée.

Avant d’arriver à la dernière phase qu’a traversée la poésie russe depuis Pouchkine, il importe de compléter ce que nous avons dit du mouvement dont il fut l’âme, en montrant la trace féconde qu’a laissée son génie dans les études historiques et dans le roman. La Russie a eu deux historiens, qui tous deux ont interrogé ses annales d’un point de vue différent. L’un, Polevoï, a su introduire dans ses recherches cet esprit de sagacité patiente qui s’attache à l’interprétation, à l’enchaînement moral des faits politiques plutôt qu’au simple récit des événements. L’autre, M. Oustrialoff, poussant un peu loin la complaisance patriotique, s’est étudié à démontrer, sous la forme du récit historique, les anciens droits de son pays à la possession des provinces polonaises. Ce qui est commun d’ailleurs aux deux historiens, c’est un vif et sincère patriotisme. Dans le roman, c’est aussi ce même sentiment qui a inspiré aux écrivains russes leurs meilleures créations. En première ligne se présente ici le nom de Zagoskine, l’auteur de Youry Miroslawsky et des Russes en 1812, ouvrages qui lui valurent la popularité la plus honorable et la mieux méritée. Le talent qui se révèle dans ces récits se fait pardonner l’absence d’énergie à force de grace et de flexibilité. Zagoskine, comme romancier historique, a eu des imitateurs et des émules. Nous citerons entre autres MM. de Rosen, Herascoff, Boulgarine. M. Herascoff a reproduit, dans un roman fort spirituel intitulé la Maison de glace, quelques traits animés de la cour de l’impératrice Amie, et mis en scène avec bonheur le célèbre favori Biren. M. Boulgarine a eu le malheur de s’attacher à un sujet déjà traité par Pouchkine et le tort de dessiner le plan de son Faux Dmitri sur celui de Boris Godounoff. Le roman a été écrasé par le drame.

Quoi qu’il en soit, il est impossible de ne pas reconnaître dans tous ces ouvrages l’élan d’une pensée commune et féconde. Romanciers et historiens marchent, par des routes différentes, vers un même but ; tous veulent donner à la Russie, par l’évocation d’un glorieux passé, la conscience de sa grandeur et de son originalité. Aujourd’hui cette ère de recherches et de tâtonnements semble terminée ; ce n’est plus la nationalité qu’il s’agit de réveiller. Une nouvelle période a déjà commencé pour l’esprit russe. Deux tendances, l’une satirique et comique, l’autre élevée et sérieuse, dominent le mouvement actuel. La première, représentée par M. Gogol, affectionne surtout la forme dramatique ; la seconde, qui se personnifie dans Lermontoff, dans Maïkoff, préfère la forme du récit.

La comédie du Réviseur, qui dénonce si rudement et néanmoins avec tant d’ironie et de gaieté les abus de l’administration provinciale, assura dès l’abord à M. Gogol une grande popularité. Jamais tant de verve libre et moqueuse n’avait inspiré une muse russe, jamais la satire moscovite n’avait porté des coups plus directs et plus sanglants. Il était hardi d’exposer sur le théâtre de Saint-Pétersbourg l’ineptie et la sottise de ces employés de petite ville (tchinovniki) dont l’orgueil et la vénalité pèsent si lourdement sur le pays. Les tchinovniki ont été fort plaisamment fustigés par M. Gogol. L’imagination du poète a su tirer d’une donnée très simple les détails de mœurs les plus comiques. Encouragé par ce premier succès auquel ne manqua même pas la sanction impériale, M. Gogol ne craignit pas, dans son roman des Âmes mortes, de toucher à ce qu’il y a de plus vif et de plus délicat dans le pays, savoir la propriété des serfs. Il s’agit ici d’un industriel adroit et fripon, acheteur d’âmes mortes, c’est-à-dire qui va parcourant les villages ou terres seigneuriales, et qui se fait vendre, par des intendants fripons comme lui, des hommes morts récemment ou depuis peu livrés comme recrues, mais non encore effacés du cadre de la population. C’est ce qu’on appelle dans le pays âmes mortes. Or, avec ces actes de vente frauduleux, il se trouve légalement possesseur, aux yeux de l’autorité abusée, d’un certain nombre d’individus qu’il demande à transporter sur quelque terrain sans valeur dont il est effectivement propriétaire, et tout cela, pour faire un emprunt au gouvernement sur l’hypothèque de ce bien, qui vient d’acquérir une valeur proportionnelle au nombre des âmes mortes achetées. Nous ne savons si Pouchkine aurait osé pousser la satire jusqu’à ce point de liberté, et si le chef de l’empire aurait eu pour lui l’indulgence qu’il a témoignée à Gogol. Ce fait en dit beaucoup sur les progrès de l’esprit public en Russie.

Ce n’est cependant pas Gogol qui nous semble procéder le plus directement de l’auteur des Bohémiens ; c’est Lermontoff, dont la vie, les mœurs et la destinée eurent tant d’analogie avec la vie, les mœurs et la destinée de Pouchkine. Comme ce dernier, Lermontoff ne savait obéir qu’à ses passions et fouler aux pieds devoirs et convenances. Je ne sais quelle brutale satire lui valut à Saint-Pétersbourg un duel avec un jeune Français, qui put lui donner une leçon de savoir-vivre. Peu de temps après, le poète fut envoyé dans le Caucase. Dans ces rudes contrées, que la Russie arrose chaque jour du plus pur de son sang, il devait trouver la mort, non point la mort glorieuse du champ de bataille, mais la mort furtive, et en quelque sorte honteuse, qui se cache dans les hasards d’une obscure rencontre. Un duel l’attendait avec un homme implacable qu’il avait offensé. Il tomba atteint d’une balle, et le pays, qui pleurait encore son grand poète frappé à la fleur de l’âge, eut à regretter un autre poète dont la vie s’épanouissait à peine.

Lermontoff eut d’ardentes inspirations pour la liberté. Ceux de ses vers que la censure mettait à l’index étaient aussitôt copiés, répandus et appris par cœur. Pouchkine avait eu à former l’esprit public, à créer l’opinion ; Lermontoff trouva cette opinion et cet esprit préparés. Nous citerons un de ses poèmes, qui pourra donner une idée de la nature de ses inspirations : le titre de cet ouvrage est Mzir (mot géorgien qui veut dire confrérie) ; le fond en est simple. Un jeune homme, fils d’une peuplade libre, a été fait prisonnier dans un combat et jeté dans un couvent pour apprendre à se plier à la servitude sous l’austère discipline de la règle. Le poète s’est plu à retracer les combats intérieurs de cette nature indomptée, de l’instinct natif de l’indépendance contre les mille gênes de la vie monastique et les déchirements de toute espèce auxquels elle soumet l’intelligence. La lutte est terrible et douloureuse. Vingt fois l’infortuné est près d’être vaincu ; mais le sentiment de la liberté soutient son courage aux abois. Dans un élan suprême, le jeune novice s’échappe de sa prison ; il part. Le voilà libre, la nature entière est à lui, il en a fait la conquête ; mais bientôt ce ciel, cet horizon qu’il admire, ces brises qui lui rafraîchissent le front, ne lui suffisent plus : il lui faut le ciel de la patrie et les brises natales, et il se met à marcher, il va, il franchit l’espace, il court, lorsque l’horrible faim le saisit ; le malheureux épuisé tombe. Les hommes envoyés à sa poursuite l’atteignent, s’emparent de lui et le ramènent dans sa prison monastique, où il meurt. Sous cette donnée si simple, il est aisé de découvrir une préoccupation douloureuse. On sent que les idées libérales tourmentent Lermontoff. Il y a un hommage indirect à ces idées dans la donnée même du poème dans cette éloquente protestation sous la forme du récit contre l’abus du pouvoir et la tyrannie de certains préjugés.
Dans ces dernières années, la pensée russe est arrivée à une manifestation littéraire que va nous faire connaître le poème des Deux Destinées, par M. Apollon Maïkoff, lequel nous écrivait, en nous envoyant cet ouvrage, il y a à peine un an : « Une nation qui se civilise a deux choses à faire, deux devoirs à remplir ; il faut, que d’une main elle répande la semence de ses nouvelles doctrines, de ses nouvelles idées, de ses nouvelles mœurs, tandis que de l’autre elle doit détruire tout ce qui pesait sur elle et l’enchaînait au passé ; elle doit saper les préjugés enracinés dans les esprits, arracher les dernières ronces des siècles d’ignorance et de superstition : la satire est son arme et son instrument. »

Le poème des Deux Destinées est donc une œuvre satirique, mais vivement pénétrée d’inspiration lyrique et de je ne sais quel souffle mélancolique et tendre. L’esprit satirique, qui a réellement ouvert en Russie l’ère de la littérature moderne, animait la plupart des productions poétiques de Pouchkine : son chef-d’œuvre, Eugène Onéguine, n’est effectivement qu’une satire originale et spirituelle ; mais c’est ici qu’on peut distinguer la différence des temps et le chemin qu’a fait la pensée depuis la publication de ce poème, c’est-à-dire depuis une vingtaine d’années. Nous savons qu’Eugène Onéguine est une victime de la civilisation moderne ; mais ce qui l’a frappé de découragement, ce ne sont ni les pensées sérieuses d’art ou de philosophie, ni les désirs ardents d’amélioration sociale, ni rien de ce qui constitue l’amour profond du pays : c’est l’ennui et l’abus du plaisir. Onéguine est un héros de boudoir, aimable et sensuel égoïste que la satiété a pris au début de la vie et qu’elle a laissé indifférent et moqueur. Or, voici ce même Onéguine transformé, ou plutôt le voici revenu à l’existence vingt ans plus tard. Actuellement il s’appelle Wladimir. Il n’est point blasé, il est attristé, abattu ; la vue de son pays, qu’il aime, lui serre le cœur, l’oppresse, le plonge dans des tristesses infinies ; il est jaloux pour lui des civilisations étrangères, jaloux de la grandeur antique, jaloux de la liberté moderne. « Allons droit à mon héros, nous disait M. Maïkoff. Surprenons-le au milieu de ses pensées intimes, de ses rêveries les plus chères ; écoutons-le : ce sera tâter le pouls à toute la jeune génération de mes compatriotes. »

L’écrivain qui nous parlait ainsi appartient lui-même à cette jeune génération qu’il s’est plu à personnifier dans Wladimir. Le poème s’ouvre en Italie, à Frascati, dont la fête est retracée avec une verve brillante, avec une rare vivacité de couleurs. Là sont réunis des hommes venus de tous les points de l’Europe, et Wladimir se plaît à les observer. Il y a aussi des Russes, mais il les évite. Il ne les a pas fuis pour les retrouver en Italie avec tous les défauts qu’il leur reproche et qu’il énumère complaisamment :

« Celui-ci a rapporté de ses steppes lointaines son tartarisme pur, sa nullité native vainement déguisée sous le luxe extérieur, l’orgueil de sa noblesse héréditaire ou la vanité de ses titres d’hier. Sa tête est vide ; il est incapable d’une opinion, et pourtant il s’exprime en docteur. Il blâme son pays sans raison, il loue stupidement ce qui est étranger, il est toujours prêt à parler de toutes choses, du ver luisant comme de Dante.

« Son rang donne de l’assurance à ses paroles. Il se prononce sur Raphaël ou Michel-Ange, et son jugement est irrévocable comme l’office qu’il a signé. Il parle en radical, en démagogue, en condottiere effréné, et hier encore il était tremblant dans l’antichambre d’un ministre.

« Il y en a d’autres qui sont différents. Ceux-ci ont répudié toute idée européenne : à les entendre, la cathédrale de Cazan l’emporte sur l’église de Saint-Pierre, et les concombres salés de leur pays sont plus savoureux que les raisins parfumés de Sicile. Ensuite, la vieille Europe, avec ses ébranlements sans fin, est dans un état imminent de décadence et de décomposition : Thiers, Guizot, O’Connell, sont des sots, et mille fois sont plus heureux leurs serfs que les populations libres et civilisées.

« Et en jetant les yeux sur ces hommes, Wladimir s’écriait : Mon Dieu ! c’est donc à ce prix que nous devons acquérir le fruit des sciences et des lumières ! Il faut donc que nous passions par cette nullité odieuse, par cette insigne présomption, par cette prostitution de la bassesse ! O Russes ! votre vie s’épanouissait pourtant large et fière dans les déserts du Volga et de l’Oural, alors qu’une liberté sauvage vous poussait à des guerres pleines de faits héroïques ; pourtant la vertu brillait dans votre regard, alors que sur la place publique de Novogorod vos discours, animés de l’amour de la patrie, retentissaient du haut de la tribune et décidaient vos différends. Plus d’une fois, pour défendre et garder l’honneur du pays, vous avez vous-mêmes brûlé vos villes et vos temples, dans votre haine des fers étrangers et votre horreur de l’esclavage ! »

Bientôt le jeune homme demande à ses compatriotes si la civilisation nouvelle importée par Pierre-le-Grand n’a fait qu’énerver leur antique courage, s’ils ne sauraient s’en servir que comme d’un vêtement d’emprunt ou d’un masque grimaçant.

« Notre héros souffrait de ce vide de cœur auquel nous sommes tous condamnés (les Russes) ; fatigué du spectacle affligeant que lui offrait sans cesse son pays, il se laisse entraîner par le flot commun ; il voulait aller remplir son âme et sa vie loin de sa patrie parmi d’autres hommes.

« Et il alla visiter la moderne Babylone, cette cité hardie qui entretient les peuples dans une activité d’esprit incessante, où la pensée humaine travaille libre et inspirée, toujours prête à s’élancer vers de nouvelles conquêtes. Au milieu de ce mouvement, de ces victoires, de ces triomphes et de ces chutes, il sentit qu’il était étranger, qu’il assistait à une fête où il n’était point invité. Les chambres grondent d’éloquence ; il s’y agite une grande et vieille question. Chacun, dans cette divine comédie sociale, est acteur. Seul il ne saurait qu’y faire. Il n’est pas appelé. Le hasard l’a jeté au milieu d’un festin où sa place manque, et, dévoré de jalousie, accablé de douleur, il fuit ce peuple toujours bouillant et toujours jeune. Il alla se réfugier sous le ciel de l’indolente Italie. »

Placées en regard l’une de l’autre et examinées au simple point de vue littéraire, les deux figures d’Onéguine et de Wladimir n’offrent peut-être ni rapports bien saisissables, ni parenté bien directe. Il faut se rappeler que le premier représente l’individualité de Pouchkine, lequel exprime lui-même l’esprit dominant de sa caste et de son époque ; il faut remarquer ensuite que Wladimir est la personnification la plus parfaite de la jeunesse actuelle et que M. Maïkoff procède de Pouchkine en ligne directe : alors on n’aura pas de peine à reconnaître la fraternité des deux personnages, ou plutôt, comme nous l’avons dit, leur identité. Ce qu’il y a surtout à signaler dans les ouvrages publiés depuis la mort de Pouchkine, c’est la liberté d’expression qui les caractérise et que la censure a respectée ; il y a là un fait positif qui répand une vive lumière sur l’état intellectuel de l’empire. Sous ce rapport comme sous beaucoup d’autres, l’Europe juge la Russie avec une étrange exagération. S’il y a une censure en Russie, il y a aussi un esprit public dont la puissance commence à balancer celle de la censure.

Le mouvement littéraire dont nous venons d’indiquer les deux phases principales, celle qui s’est ouverte avec les premiers écrits de Pouchkine et celle qui a commencé depuis sa mort, n’a pas été sans influence sur les tendances nouvelles de la pensée russe. Les poèmes de Pouchkine ont réveillé l’esprit national et lui ont enseigné sa force ; les écrits de Gogol, de Maïkoff, étendent le cercle de l’action littéraire et la font passer des régions aristocratiques dans les régions moyennes de la société. Ainsi partout l’autorité de la pensée se fait reconnaître et s’affermit, ainsi s’élargit l’horizon des écrivains et du public auquel ils s’adressent. Il y a là une voie féconde pour le génie russe, et c’est l’honneur de Pouchkine d’avoir creusé le premier cette voie, c’est l’honneur des écrivains actuels d’avoir su dignement continuer son œuvre.

Pouchkine et le mouvement littéraire en Russie depuis 40 ans
Charles de Saint-Julien
Revue des Deux Mondes
Œuvres choisies de Pouchkine, traduites par M. H. Dupont
T.20 1847

 

LA POESIE D’ALEXANDRE POUCHKINE – поэзия Александра Пушкина

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Алекса́ндр Серге́евич Пу́шкин
Alexandre Pouchkine
русский поэт- Poète Russe
русская литература
Littérature Russe

poemes-de-alexandre-pouchkine-artgitatopushkin-alexander

ALEXANDRE POUCHKINE
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стихотворение  – Poésie
*******************

 

 

POUCHKINE – Пу́шкин
Алекса́ндр Серге́евич Пу́шкин
1799-1837

[создатель современного русского литературного языка]

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

LA POESIE D’ALEXANDRE POUCHKINE

СТИХИ АЛЕКСАНДРА СЕРГЕЕВИЧА ПУШКИНА 

РОЗА
UNE ROSE
1815

Где наша роза?
Où est notre rose ?
Друзья мои!
Mes amis!

une-rose-pouchkine-poeme-artgitato-the-roses-of-heliogabalus-les-roses-dheliogabale

*

ИСТИННА
La Vérité
1816

Издавна мудрые искали
Les sages depuis longtemps recherchent
Забытых Истинны следов
 Les pistes de la vérité oubliée

la-verite-pouchkine-artgitato-la-verite-jules-joseph_lefebvre

*

Екатерина Пучкова
SUR CATHERINE POUTCHKOVA
1816

Зачем кричишь ты, что ты дева,
Pourquoi criez-vous que vous êtes vierge,
На каждом девственном стихе?
A chaque verset virginal ?

*

В альбом
L’Album
1817

Пройдет любовь, умрут желанья;
Passe l’amour, meurt le désir ;
Разлучит нас холодный свет;
La lumière froide nous sépare ;

*

К Чаадаеву
Pour Tchaadaïev
1818

Любви, надежды, тихой славы
Amour, espoir, majestueuse gloire
Недолго нежил нас обман,
Un court instant vous nous avez trompé,

pour-tchaadaiev-pouchkine-1818-artgitato-2

*

Мечтателю
LE RÊVEUR
1818

Ты в страсти горестной находишь наслажденье;
Tu trouves du plaisir dans une triste passion,
Тебе приятно слезы лить,
Tu te montres joyeux en versant des larmes,

*

 Уединение
Intimité
1819

Блажен, кто в отдаленной сени,
Béni soit celui qui, sous l’ombre d’un porche,
Вдали взыскательных невежд,
Loin des sagaces ignorants,

intimite-pouchkine-poeme-1819-artgitato-arkhip-kouindji-1901-les-bouleaux

*

Веселый пир
Soirées Festives
1819

Я люблю вечерний пир,
J’adore la fête le soir,
 Где веселье председатель,
Lorsque préside les lieux

soirees-festives-pouchkine-artgitato-jacob-jordaens-le-roi-boit-vers-1640-bruxelles-musees-royaux-des-beaux-arts-de-belgique*

Возрождение
LA RENAISSANCE DU GÉNIE
1819

Художник-варвар кистью сонной
Un artiste barbare brosse, lime
Картину гения чернит
Et détruit l’image laissée par un génie

*

TIEN & MIEN
1818 – 1819

«Твой и мой, — говорит Лафонтен —
« Tien et mien, — dit La fontaine —
Расторгло узы всего мира». —
Du monde a rompu le lien. » —
Что до меня, я этому отнюдь не верю.
Quant à moi, je n’en crois rien.
Что было бы, моя Климена,
Que serait ce, ma Climène,
Если бы ты больше не была моей,
Si tu n’étais plus la mienne,
Если б я больше не был твоим?
Si je n’étais plus le tien ?

(Texte en français par Pouchkine et publié en 1884)

**

Редеет облаков летучая гряда
ASTRE TRISTE, ASTRE DU SOIR !
1820

Редеет облаков летучая гряда.
En file, les nuages s’évadent vers les sommets.
Звезда печальная, вечерняя звезда!

Astre triste, astre du soir !

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Astre-triste.jpg.

**

Мне бой знаком
J’aime la bataille
Avril 1820 –  Апрель 1820

Мне бой знаком — люблю я звук мечей;
J’aime la bataille et le bruit des épées ;
От первых лет поклонник бранной славы,
Dès mes premières années, fasciné par les gloires guerrières,







*

Зачем безвременную скуку
Pourquoi cet ennui ?
1820

Зачем безвременную скуку
Pourquoi cet ennui prématuré
 Зловещей думою питать,
Qui attise de si noires pensées,

*

на гр. Ф. И. Толстого
Sur Fiodor Tolstoï
1820

В жизни мрачной и презренной
Dans sa vie, noire et méprisable
Был он долго погружен,
Il a longtemps sombré,

sur-fiodor-tolstoi-pouchkine-artgitato-poeme-de-1820

*

Муза
La Muse
1821

В младенчестве моем она меня любила
Dès mon enfance, elle m’a aimé,
И семиствольную цевницу мне вручила.
Et la cithare à sept cordes me tendit.
la-muse-pouchkine-artgitato-nicolas-poussin-linspiration-du-poete-niedersachsisches-landesmuseum

*

ДРУЗЬЯМ
A des Amis
1822

Вчера был день разлуки шумной,
Hier fut le jour d’une bruyante séparation,
Вчера был Вакха буйный пир,
Hier fut le lieu d’une exubérante bacchanale,
a-nos-amis-1822-poeme-de-pouchkine-la-jeunesse-de-bacchus-william-bouguereau-1884

*

сеятель
Le Semeur
1823

Свободы сеятель пустынный,
Semeur de liberté dans le désert,
Я вышел рано, до звезды;
Je suis sorti tôt à la belle étoile ;

le-semeur-poeme-de-pouchkine-jean-francois-millet-1850-vincent-van-gogh-1889

*

Телега жизни
LE CHAR DE LA VIE
1823

Хоть тяжело подчас в ней бремя,
Bien que son fardeau soit lourd,
Телега на ходу легка;
La manœuvre reste toujours aisée ;

*

ВИНОГРАД
LE RAISIN
1824

Не стану я жалеть о розах,
Je ne me sens pas triste pour les roses,
Увядших с лёгкою весной;
 Qui flétrissent à la lumière printanière ;
le-raisin-pouchkine-artgitato-jean-baptiste-simeon-chardin-raisins-et-grenade-1763-le-louvre

*

АКВИЛОН
L’AQUILON
1824

Зачем ты, грозный аквилон,
Pourquoi, aquilon menaçant,
Тростник прибрежный долу клонишь?
Fouetter les roseaux de la terre ?

*

К морю
A la mer
1824

Прощай, свободная стихия!
Adieu, élément libre !
В последний раз передо мной
Pour la dernière fois devant moi

*

ЗИМНИЙ ВЕЧЕР 
Soirée d’hiver
1825

Буря мглою небо кроеть,
La tempête fracasse le ciel couvert,
Вихри снежные крутя ;
Tourbillonne la neige en torsion ;

*

 ЖЕЛАНИЕ СЛАВЫ
Le Désir de Gloire
1825

Когда, любовию и негой упоенный,
Quand, enivré d’amour et de bonheur,
Безмолвно пред тобой коленопреклоненный,
À genoux devant toi, silencieux,

*

СОЖЖЕННОЕ ПИСЬМО
La Lettre brûlée
1825

Прощай, письмо любви! прощай: она велела.
Adieu, lettre d’amour ! adieu : elle le veut ainsi.
Как долго медлил я! как долго не хотела
J’ai tant attendu ! tout ce temps, ma main

*

В крови горит огонь желанья
Le Feu du désir

В крови горит огонь желанья,
Le feu du désir brûle mon sang consumé,
Душа тобой уязвлена,
Et laisse mon âme épuisée 

*

Я помню чудное мгновенье
LA VIE ET LES LARMES ET L’AMOUR
1825

Я помню чудное мгновенье:
Je me souviens de ce moment merveilleux :
Передо мной явилась ты,
Tu étais devant moi

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Aivazovsky_-_Portret_of_wife_Anna_Burnazyan-Sarkisova.jpg.*

poésie de Pouchkine

*




ПРОРОК
Le Prophète
1826

Духовной жаждою томим,
Tourmenté par la soif spirituelle,
В пустыне мрачной я влачился, —
Dans un sombre désert je me traînais-

Le Prophète Alexandre Pouchkine Peinture de Sokolov Traduction Artgitato

*

A MA NOURRICE
Няне 
1826

*

В степи мирской
LES TROIS SOURCES
1827

В степи мирской, печальной и безбрежной,
Dans les steppes de ce monde banal, triste et sans bornes,
Таинственно пробились три ключа:
Mystérieusement trois sources ont apparu :

*

QUE DIEU VOUS AIDE
19 октября 1827

19 octobre 1827

Бог помочь вам, друзья мои,
Que Dieu vous aide, mes amis,
В заботах жизни, царской службы,
Dans les soucis de la vie,

19-octobre-1827-pouchkine-20-octobre-1827-bataille-de-navarin

*

Во глубине сибирских руд
BAGNARDS DE SIBÉRIE
1827

Во глубине сибирских руд
Dans les profondeurs des mines de Sibérie
Храните гордое терпенье,
Restez fier, soyez patient,

*

Aнчар
L’ANTCHAR
1828

В пустыне чахлой и скупой,
Dans le désert, désolé et aride,
На почве, зноем раскаленной,
Un terrain, une chaleur torride,

*

Друзьям
A MES AMIS
1828

Нет, я не льстец, когда царю
Non, je ne suis pas du tsar un adulateur
Хвалу свободную слагаю:
Quand je le loue librement,

*

Я вас любил
Je vous aimais
1829

Я вас любил : любовь еще, быть может,
Je vous aimais : cet amour, peut-être,
В душе моей угасла не совсем;
Dans mon cœur, n’est pas tout à fait encore éteint ;

*




Дон
LE DON
1829

Блеща средь полей широких,
 Il s’étale sur les larges prairies,
Вон он льётся!.. Здравствуй, Дон!
Là, il coule ! .. Bonjour à toi, Don !

le-don-pouchkine-poeme-de-1829-artgitato-cosaques-du-don-timbre-russe-2010

*

Приметы
PRESAGES
1829

Я ехал к вам: живые сны
Je suis allé à vous : des rêves vifs
 
За мной вились толпой игривой,
 Espiègles, m’envahissaient,

*

Когда твои младые лета
1829
UN VÉRITABLE AMI

Когда твои младые лета
Lorsque tu es malade
Позорит шумная молва,
De la honteuse rumeur

*

ЭЛЕГИЯ 
ELEGIE
1830

Безумных лет угасшее веселье
Les joies passées de ma jeunesse débridée
Мне тяжело, как смутное похмелье.
Me sont aujourd’hui pénibles, telle une gueule de bois.

*




poésie de pouchkine

*

1830
SONNET
L’austère Dante ne méprisait pas le sonnet
Суровый Дант не презирал сонета

Суровый Дант не презирал сонета;
L’austère Dante ne méprisait pas le sonnet ;
 
В нем жар любви Петрарка изливал;
Pétrarque y versait ses éclairs d’amour ;

*

Что в имени тебе моём?
MON NOM
1830

Что в имени тебе моём?
Qu’est-ce que mon nom pour toi ?
Оно умрёт, как шум печальный
Ce nom va mourir, comme le triste bruit

*

 Поэту
AU POETE
1830

Поэт! не дорожи любовию народной.
Poète ! Détache-toi de l’amour d’autrui
Восторженных похвал пройдет минутный шум;
Les louanges ne sont qu’un bruit que la minute efface

*

Бесы
DÉMONS
1830

Мчатся тучи, вьются тучи;
Les nuages se précipitent, les nuages planent ;
Невидимкою луна
Sous l’invisible lune

*

Эхо
L’ECHO
1831

Ревёт ли зверь в лесу глухом,
Que ce soit à travers le rugissement de la forêt,
Трубит ли рог, гремит ли гром,
Du son du cor ou du tonnerre,
lecho-pouchkine-artgitato-arkhip-kouindji-clair-de-lune-dans-une-foret-en-hiver

**

Красавица
Une Beauté
1832
Елены Завадовской – Elena Zavadovskaya

Всё в ней гармония, всё диво,
Tout en elle est harmonie, tout est miracle,
Всё выше мира и страстей;
Au-dessus de toutes les passions, elle trône ;poeme-de-pouchkine-1832-elena-mikhailovna-zavadovskaya

**

poésie de Pouchkine

**

LE CAVALIER DE BRONZE
МЕДНЫЙ ВСАДНИК
1833

Vas.Surikov. Bronze Horseman on the Senate Square. Rusian Museum

ПРЕДИСЛОВИЕ
L’avant propos

Происшествие, описанное в сей повести, основано на истине.
L’incident décrit dans cette histoire est basé sur des faits réels.

ВСТУПЛЕНИЕ
PROLOGUE

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Стою печален на кладбище
AU CIMETIERE
1834

Стою печален на кладбище.
Debout, je suis triste, là dans le cimetière.
Гляжу кругом — обнажено
Je regarde tout autour de moi – nue

**

Пора, мой друг, пора! покоя сердце просит
IL EST TEMPS, MON AMIE, IL EST TEMPS !
1834

Пора, мой друг, пора! покоя сердце просит —
Il est temps, mon amie, il est temps ! Le cœur désire la paix-
Летят за днями дни, и каждый час уносит
Les jours s’envolent et chaque heure prend

**

Пред мощной властью красоты
Par la forte puissance de la beauté
1835

Я думал, сердце позабыло
Je pensais :  mon cœur a oublié
Способность лёгкую страдать,
La facile capacité de souffrir,

**

Пир Петра Первого
Fête de Pierre Premier
1835

Над Невою резво вьются
Au-dessus de la Néva espiègle, se tordent
 Флаги пёстрые судов;
Les drapeaux de navires bariolés ;

**

1835
ПЕСНИ ЗАПАДНЫХ СЛАВЯН
LES CHANSONS DES SLAVES DE L’OUEST

Вурдалак
LE MORT-VIVANT

Трусоват был Ваня бедный:
Vanya était un pauvre lâche:
Раз он позднею порой,
Une nuit, très tard,

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 Денис Васильевич Давыдов
A DENIS DAVYDOV

  Тебе, певцу, тебе, герою!
Toi, le chanteur, toi, le héros!
Не удалось мне за тобою
Je n’aurais pas pu te suivre

a-denis-davydov-poesie-de-pouchkine-artgitato

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Похоронная песня Иакинфа Маглановича
CHANT DE MORT

С Богом, в дальнюю дорогу!
Que Dieu t’accompagne dans ce voyage !
А Путь найдешь ты, слава Богу.
Et que tu trouves ta voie, par la grâce de Dieu

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Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
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VILLA BORGHESE – ROME
Вилла Боргезе в Риме
Monumento a Alexander Pushkin
MONUMENT A ALEXANDRE POUCHKINE
Памятник А.С.Пушкину

Monumento a Alexander Pushkin - MONUMENT A ALEXANDRE POUCHKINE-artgitato Villa borghese Rome Roma 2

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PUSHKIN POEMS
LA POESIE DE POUCHKINE

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POUCHKINE ET LE MOUVEMENT LITTERAIRE EN RUSSIE DEPUIS QUARANTE ANS (I)
par Charles de Saint-Julien

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poésie de pouchkine

POUCHKINE ET LE MOUVEMENT LITTERAIRE EN RUSSIE DEPUIS QUARANTE ANS (II)

*

poésie de pouchkine

POUCHKINE ET LE MOUVEMENT LITTERAIRE EN RUSSIE DEPUIS QUARANTE ANS (III)

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LA POESIE DE POUCHKINE

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LES JUGEMENTS DE Tolstoï
SUR LES POEMES DE POUCHKINE

Ayons donc pleine confiance dans le jugement du comte Tolstoï sur les poèmes de Pouchkine, son compatriote ! Croyons-le, encore, quand il nous parle d’écrivains allemands, anglais, et scandinaves : il a les mêmes droits que nous à se tromper sur eux. Mais ne nous trompons pas avec lui sur des œuvres françaises dont le vrai sens, forcément, lui échappe, comme il échappera toujours à quiconque n’a pas, dès l’enfance, l’habitude de penser et de sentir en français ! Je ne connais rien de plus ridicule que l’admiration des jeunes esthètes anglais ou allemands pour tel poète français. Verlaine, par exemple, ou Villiers de l’Isle-Adam. Ces poètes ne peuvent être compris qu’en France, et ceux qui les admirent à l’étranger les admirent sans pouvoir les comprendre. Mais il ne résulte pas de là, comme le croit le comte Tolstoï, qu’ils soient absolument incompréhensibles. Ils ne le sont que pour lui, comme pour nous Lermontof et Pouchkine. Ce sont des artistes : la valeur artistique de leurs œuvres résulte de l’harmonie de la forme et du fond : et si lettré que soit un lecteur russe, si parfaite que soit sa connaissance de la langue française, la forme de cette langue lui échappe toujours.

Léon Tolstoï
Qu’est-ce que l’art ?
Traduction par T. de Wyzewa.
 Perrin, 1918
pp. i-XII

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poésie de Pouchkine