Archives par mot-clé : 1805

POEMES DE THOMAS MOORE – POEMS BY THOMAS MOORE

*THOMAS MOORE




Traduction – Texte Bilingue

Traduction Jacky Lavauzelle








Thomas Moore
1779-1852

 





Poem by Thomas Moore


Poème de Thomas Moore

POEMES

POEMS

 

**

Chanson du voyageur canadien
A Canadian Boat Song
1805

Faintly as tolls the evening chime,
Solennellement le carillon en éclairant le soir,
Our voices keep tune, and our oars keep time;
Harmonise nos voix dans le cadencement de nos rames ;

*








*

MEETING OF THE WATER
Cumar an dá Uisce
L’UNION DES EAUX
1808

There is not in the wide world a valley so sweet
Il n’y a pas dans le vaste monde plus douce vallée
As that vale in whose bosom the bright waters meet;
Que cette vallée où s’unissent toutes ces eaux étincelantes ;

*








*

The Last Rose of summer
La Dernière Rose de l’été

‘Tis the last rose of summer,
C’est la dernière rose de l’été,
Left blooming alone ;
Seule et fleurie ;

****

Thomas Moore

************************












Thomas Moore
La Revue des Deux Mondes
1843

Si la force ou la grâce prédomine chez Moore, c’est là une question que l’on n’a guère pris la peine d’examiner, ébloui qu’on était par l’éclat d’un autre génie dont l’énergie formait le caractère distinctif. Byron a exercé une action sociale trop vaste et trop féconde pour que de son temps on ait pu le juger sainement comme artiste ou comme penseur ; maintenant que cette première effervescence s’est calmée, il serait peut-être possible de démontrer que d’autres poètes, ses contemporains, privés d’une popularité aussi exagérée par le but moins sympathique aux passions humaines qu’ils avaient poursuivi savaient déployer, pour atteindre à ce but, des moyens aussi vrais et aussi grands que le poète qui dans sa gloire a pu se croire sans rival.

On découvre chez Moore deux individus, deux talents différents, d’où naissent deux réputations également distinctes, et dont l’une absorbe l’autre. Il est arrivé à Moore ce qui arrive à bon nombre des écrivains qui obtiennent un grand succès de vogue ; il est devenu principalement célèbre par ses qualités secondaires. Né à Dublin, en 1780, il fit paraître sa traduction d’Anacréon en 1800, avant d’avoir atteint l’âge de vingt ans, et publia l’année suivante les Poèmes de Little. Dès ce moment, le siècle assigna une place définitive au poète ; il devint tout de suite le lion à la mode ; on chanta ses chansons et on les lui fit chanter ; on le fêta, on le choya, on le combla d’attentions, mais le comprit-on bien ? Tout en appréciant ce que renfermait de charmant, de gracieux, de raffiné, ce remarquable talent, on ne reconnut pas assez ce qu’il contenait de fort et de viril ; dans ses productions, qui se distinguent avant tout par leur énergie, on se plaisait à admirer le sujet, le story, comme disent les Anglais, les brillantes images, la perfection du vers, et Anacréon Moore fut le nom dont ses contemporains persistèrent à décorer l’auteur de Lalla Rookh.

Pour bien apprécier le talent de Moore, il est nécessaire de diviser ses ouvrages en deux classes, de placer d’un côté les œuvres sérieuses, les chants inspirés qui lui assurent une célébrité durable, de l’autre les mille petites créations élégantes et spirituelles qui lui valurent les applaudissements et les caresses de son temps Parmi les premières, il faut nommer Lalla Rookh, les Mélodies irlandaises, certaines odes et épîtres, et les Rimes sur la route. Aux secondes appartiennent les Poèmes de Little, les innombrables épigrammes et ballades, les chansons érotiques, les chansons de table, les Fables de la Sainte-Alliance, et les autres satires, tableaux parfaits de mœurs contemporaines. Comme les odes d’Anacréon, à titre de traductions, n’entrent point dans les inspirations originales de Moore, elles ne doivent être considérées que du point de vue de l’exécution pure, et, quant au poème célèbre des Amours des Anges, on éprouve un très grand embarras à lui trouver une place. Trop frivole pour être classé parmi les œuvres sérieuses, et trop sérieux pour se ranger parmi les poésies légères, ce poème est d’une nature aussi intermédiaire que son sujet, et, comme les anges, semble destiné flotter incessamment entre les deux sphères.




Le patriotisme de Moore est un fait individuel, isolé ; loin de se présenter comme la conséquence nécessaire de ses idées philosophiques ou politiques, il s’en écarte et ressemble bien plutôt l’amour que ressentent certains hommes pour une seule femme, tandis que le sexe en général ne leur inspire que de l’aversion. Moore aime l’Irlande comme une maîtresse ; tout ce qu’elle demande et tout ce qu’elle veut, il le veut et le demande. Il ne voit qu’elle au monde, et ce n’est pas lui qu’on accuserait jamais de sacrifier au sentiment cosmopolite, ou de perdre un seul instant de vue les intérêts de son propre pays, pour se plonger dans des rêveries plus ou moins stériles sur les besoins et les destinées de l’humanité. Lui-même l’a dit, le seul reproche que pourront lui adresser les ennemis de l’Irlande sera d’avoir, comme Othello, — « aimé non point sagement, mais trop bien. On se persuade trop facilement, en lisant certaines poésies de Moore, que l’homme qui les a écrites appartient au parti ultra-radical, erreur qui a causé plus d’un mécompte parmi certains esprits exaltés. Il y a chez le barde d’Erin une élégance innée, a native elegance, comme disent nos voisins d’outre-Manche, qui s’oppose instinctivement aux mœurs républicaines, et c’est encore un trait distinctif du caractère irlandais, qui, au milieu des complots, des émeutes et de tous les plus funestes excès d’une guerre civile continuelle, trouve moyen de conserver toujours ses allures chevaleresques, cette insouciance de grand seigneur qui ont fait si souvent comparer l’Irlande et la France. Tant et si bien existent chez Moore ces goûts aristocratiques, cet éloignement pour les aspérités et les incorrections si je puis employer le mot, d’une société primitive, que lorsqu’en 1803 les whigs lui donnèrent la place de régistrateur de l’amirauté aux Bermudes, le séjour qu’il fit aux États-Unis, avant de se rendre à son poste, ne lui laissa que des souvenirs pleins d’amertume et de dégoût. L’aspect de ce peuple enfant, de cette nationalité ébauchée, ne le frappa par aucun de ses côtés vraiment grands ; il en saisit toutes les imperfections et les vices, comme plus tard mistriss Trollope en a saisi les incohérences et les ridicules : « J’allai en Amérique, dit Moore dans la préface des Odes et Epîtres, publiées en 1806, sans aucune prévention défavorable ; au contraire, je me livrais à certaines illusions touchant la pureté du gouvernement et le bonheur primitif du peuple… Mon attente fut entièrement trompée, et j’avais envie de dire à l’Amérique comme Horace à sa maîtresse : Intentata nites. » On devine à ce début le ton que prendra Moore plus tard vis-à-vis de cette race factieuse, pauvre d’esprit et prodigue de paroles, née pour être esclave et ambitieuse du pouvoir. » Oubliant sans doute que l’Amérique était la sœur légitime de l’Irlande, qu’elle s’était courbée sous le même joug et qu’elle l’avait secoué, qu’elle avait souffert les mêmes injustices et qu’elle venait de les venger ; oubliant enfin que, si le peuple irlandais avait su en profiter, la capitulation de York-Town ouvrait à la malheureuse Erin le chemin de la liberté, Moore, dans la VIIIe épître adressée à M. Spencer, s’exprime de la manière suivante sur la patrie de Washington : « Tout ce que la création éternellement variée contient de grand ou d’aimable fleurit et se développe ici ; les montagnes s’élèvent avec fierté, les jardins s’épanouissent dans leur éclatante richesse ; de beaux lacs s’étendent, de grands fleuves roulent leurs ondes victorieuses. L’âme (the mind), l’âme seule, sans laquelle le monde n’est qu’un désert, l’homme que de la boue ; l’âme, l’âme seule, enfouie dans un repos stérile, ne fleurit ni ne s’élève, ne s’épand ni ne brille ! Prenez-les tous, chrétiens, mohawks et démocrates, depuis le wigwam jusqu’à la chambre du congrès, depuis l’homme sauvage (esclave ou libre) jusqu’à l’homme civilisé, moins apprivoisé que lui, ce n’est partout que même chaos ténébreux, que même lutte inféconde entre la vie à moitié civilisée et moitié barbare, où tous les maux de l’ancien monde se mêlent à toutes les grossièretés du monde nouveau, tout pervertit, bien que peu de choses séduisent, et où du luxe rien n’est connu que le vice. »

POETES ET ROMANCIERS MODERNES
DE LA GRANDE-BRETAGNE
Signé R. S.
Revue des Deux Mondes
Tome 2
1843

THOMAS MOORE A Canadian Boat Song 1805 Chanson du Voyageur Canadien

*THOMAS MOORE




Traduction – Texte Bilingue

Traduction Jacky Lavauzelle








Thomas Moore
1779-1852

 

 





Poem by Thomas Moore


Poème de Thomas Moore

Chanson du voyageur canadien

1805

A Canadian Boat Song

 

**

Faintly as tolls the evening chime,
Solennellement le carillon en éclairant le soir,
Our voices keep tune, and our oars keep time;
Harmonise nos voix dans le cadencement de nos rames ;
Soon as the woods on shore look dim,
Dès que le sombre recouvre le bois,
We’ll sing at St. Ann’s our parting hymn.
À Sainte-Anne s’entonne l’hymne du départ.
Row, brother, row, the stream runs fast,
Ramons, mes frères, ramons, le courant court si vite,
The rapids are near, and the daylight’s past.
Les rapides se rapprochent et la lumière s’éloigne.

*








*

Why should we yet our sails unfurl?
Pourquoi déployer nos voiles ?
There’s not a breath the blue wave to curl;
Aucun souffle ne frôle l’onde bleue ;
But when the wind blows off the shore,
Mais quand le vent sur la rive s’abattra,
Oh, sweetly we’ll rest our weary oar.
Oh, doucement, nous dormirons épuisés sur notre aviron.
Row, brother, row, the stream runs fast,
 Ramons, mes frères, ramons, le courant court si vite,
The rapids are near, and the daylight’s past.
Les rapides se rapprochent et la lumière s’éloigne.

*








*

Untawa’s tide, this trembling moon,
Fier Ottawa, grâce à cette pâle lueur tremblante
Shall see us flow o’er thy surges soon;
Nous glisserons plus vite ;
Saint of this green isle! hear our prayers,
Patronne de cette île verte ! Entends nos prières,
Grant us cool heavens And fav’ring airs.
Accorde-nous le ciel frais et des vents favorables.
Row, brother, row, the stream runs fast,
 Ramons, mes frères, ramons, le courant court si vite,
The rapids are near, and the daylight’s past.
Les rapides se rapprochent et la lumière s’éloigne.

 

*

****

Thomas Moore

************************












Thomas Moore
La Revue des Deux Mondes
1843

Si la force ou la grâce prédomine chez Moore, c’est là une question que l’on n’a guère pris la peine d’examiner, ébloui qu’on était par l’éclat d’un autre génie dont l’énergie formait le caractère distinctif. Byron a exercé une action sociale trop vaste et trop féconde pour que de son temps on ait pu le juger sainement comme artiste ou comme penseur ; maintenant que cette première effervescence s’est calmée, il serait peut-être possible de démontrer que d’autres poètes, ses contemporains, privés d’une popularité aussi exagérée par le but moins sympathique aux passions humaines qu’ils avaient poursuivi savaient déployer, pour atteindre à ce but, des moyens aussi vrais et aussi grands que le poète qui dans sa gloire a pu se croire sans rival.

On découvre chez Moore deux individus, deux talents différents, d’où naissent deux réputations également distinctes, et dont l’une absorbe l’autre. Il est arrivé à Moore ce qui arrive à bon nombre des écrivains qui obtiennent un grand succès de vogue ; il est devenu principalement célèbre par ses qualités secondaires. Né à Dublin, en 1780, il fit paraître sa traduction d’Anacréon en 1800, avant d’avoir atteint l’âge de vingt ans, et publia l’année suivante les Poèmes de Little. Dès ce moment, le siècle assigna une place définitive au poète ; il devint tout de suite le lion à la mode ; on chanta ses chansons et on les lui fit chanter ; on le fêta, on le choya, on le combla d’attentions, mais le comprit-on bien ? Tout en appréciant ce que renfermait de charmant, de gracieux, de raffiné, ce remarquable talent, on ne reconnut pas assez ce qu’il contenait de fort et de viril ; dans ses productions, qui se distinguent avant tout par leur énergie, on se plaisait à admirer le sujet, le story, comme disent les Anglais, les brillantes images, la perfection du vers, et Anacréon Moore fut le nom dont ses contemporains persistèrent à décorer l’auteur de Lalla Rookh.

Pour bien apprécier le talent de Moore, il est nécessaire de diviser ses ouvrages en deux classes, de placer d’un côté les œuvres sérieuses, les chants inspirés qui lui assurent une célébrité durable, de l’autre les mille petites créations élégantes et spirituelles qui lui valurent les applaudissements et les caresses de son temps Parmi les premières, il faut nommer Lalla Rookh, les Mélodies irlandaises, certaines odes et épîtres, et les Rimes sur la route. Aux secondes appartiennent les Poèmes de Little, les innombrables épigrammes et ballades, les chansons érotiques, les chansons de table, les Fables de la Sainte-Alliance, et les autres satires, tableaux parfaits de mœurs contemporaines. Comme les odes d’Anacréon, à titre de traductions, n’entrent point dans les inspirations originales de Moore, elles ne doivent être considérées que du point de vue de l’exécution pure, et, quant au poème célèbre des Amours des Anges, on éprouve un très grand embarras à lui trouver une place. Trop frivole pour être classé parmi les œuvres sérieuses, et trop sérieux pour se ranger parmi les poésies légères, ce poème est d’une nature aussi intermédiaire que son sujet, et, comme les anges, semble destiné flotter incessamment entre les deux sphères.




Le patriotisme de Moore est un fait individuel, isolé ; loin de se présenter comme la conséquence nécessaire de ses idées philosophiques ou politiques, il s’en écarte et ressemble bien plutôt l’amour que ressentent certains hommes pour une seule femme, tandis que le sexe en général ne leur inspire que de l’aversion. Moore aime l’Irlande comme une maîtresse ; tout ce qu’elle demande et tout ce qu’elle veut, il le veut et le demande. Il ne voit qu’elle au monde, et ce n’est pas lui qu’on accuserait jamais de sacrifier au sentiment cosmopolite, ou de perdre un seul instant de vue les intérêts de son propre pays, pour se plonger dans des rêveries plus ou moins stériles sur les besoins et les destinées de l’humanité. Lui-même l’a dit, le seul reproche que pourront lui adresser les ennemis de l’Irlande sera d’avoir, comme Othello, — « aimé non point sagement, mais trop bien. On se persuade trop facilement, en lisant certaines poésies de Moore, que l’homme qui les a écrites appartient au parti ultra-radical, erreur qui a causé plus d’un mécompte parmi certains esprits exaltés. Il y a chez le barde d’Erin une élégance innée, a native elegance, comme disent nos voisins d’outre-Manche, qui s’oppose instinctivement aux mœurs républicaines, et c’est encore un trait distinctif du caractère irlandais, qui, au milieu des complots, des émeutes et de tous les plus funestes excès d’une guerre civile continuelle, trouve moyen de conserver toujours ses allures chevaleresques, cette insouciance de grand seigneur qui ont fait si souvent comparer l’Irlande et la France. Tant et si bien existent chez Moore ces goûts aristocratiques, cet éloignement pour les aspérités et les incorrections si je puis employer le mot, d’une société primitive, que lorsqu’en 1803 les whigs lui donnèrent la place de régistrateur de l’amirauté aux Bermudes, le séjour qu’il fit aux États-Unis, avant de se rendre à son poste, ne lui laissa que des souvenirs pleins d’amertume et de dégoût. L’aspect de ce peuple enfant, de cette nationalité ébauchée, ne le frappa par aucun de ses côtés vraiment grands ; il en saisit toutes les imperfections et les vices, comme plus tard mistriss Trollope en a saisi les incohérences et les ridicules : « J’allai en Amérique, dit Moore dans la préface des Odes et Epîtres, publiées en 1806, sans aucune prévention défavorable ; au contraire, je me livrais à certaines illusions touchant la pureté du gouvernement et le bonheur primitif du peuple… Mon attente fut entièrement trompée, et j’avais envie de dire à l’Amérique comme Horace à sa maîtresse : Intentata nites. » On devine à ce début le ton que prendra Moore plus tard vis-à-vis de cette race factieuse, pauvre d’esprit et prodigue de paroles, née pour être esclave et ambitieuse du pouvoir. » Oubliant sans doute que l’Amérique était la sœur légitime de l’Irlande, qu’elle s’était courbée sous le même joug et qu’elle l’avait secoué, qu’elle avait souffert les mêmes injustices et qu’elle venait de les venger ; oubliant enfin que, si le peuple irlandais avait su en profiter, la capitulation de York-Town ouvrait à la malheureuse Erin le chemin de la liberté, Moore, dans la VIIIe épître adressée à M. Spencer, s’exprime de la manière suivante sur la patrie de Washington : « Tout ce que la création éternellement variée contient de grand ou d’aimable fleurit et se développe ici ; les montagnes s’élèvent avec fierté, les jardins s’épanouissent dans leur éclatante richesse ; de beaux lacs s’étendent, de grands fleuves roulent leurs ondes victorieuses. L’âme (the mind), l’âme seule, sans laquelle le monde n’est qu’un désert, l’homme que de la boue ; l’âme, l’âme seule, enfouie dans un repos stérile, ne fleurit ni ne s’élève, ne s’épand ni ne brille ! Prenez-les tous, chrétiens, mohawks et démocrates, depuis le wigwam jusqu’à la chambre du congrès, depuis l’homme sauvage (esclave ou libre) jusqu’à l’homme civilisé, moins apprivoisé que lui, ce n’est partout que même chaos ténébreux, que même lutte inféconde entre la vie à moitié civilisée et moitié barbare, où tous les maux de l’ancien monde se mêlent à toutes les grossièretés du monde nouveau, tout pervertit, bien que peu de choses séduisent, et où du luxe rien n’est connu que le vice. »

POETES ET ROMANCIERS MODERNES
DE LA GRANDE-BRETAGNE
Signé R. S.
Revue des Deux Mondes
Tome 2
1843

A se stesso GIACOMO LEOPARDI Mon cœur épuisé 1836

A se stesso
Giacomo Leopardi

Traduction – Texte Bilingue
LITTERATURE ITALIENNE

 

Letteratura Italiana

giacomo-leopardi-poesie-poesia-artgitato-ferrazzi-casa-leopardi

ritratto A Ferrazzi
Portrait de Ferrazzi
casa Leopardi
Recanati
Via Giacomo Leopardi

****

GIACOMO LEOPARDI
29 juin 1798 Recanati 14 juin 1837 Naples
Recanati 29 giugno 1798 –
Napoli 14 giugno 1837

Traduction Jacky Lavauzelle

——–


A se stesso Giacomo LeopardI
« Canti » XXVIII

1836

Mon cœur épuisé
« Les Chants » XXVIII

OEUVRE DE GIACOMO LEOPARDI

 ******

a-se-stesso-giacomo-leopardi-artgitato-caspar-david-friedrich-herbstabend-am-see-1805Caspar David Friedrich
Herbstabend am See
1805

***

XXVIII
A se stesso

Or poserai per sempre,
Repose-toi éternellement,
Stanco mio cor. Perì l’inganno estremo,
Mon cœur épuisé. Périt l’extrême méprise,
Ch’eterno io mi credei. Perì. Ben sento,
Qu’éternelle je croyais. Elle périt. Je sens bien
In noi di cari inganni,
Qu’en nous les chers égarements,
Non che la speme, il desiderio è spento.
L’espoir, le désir sont éteints.
Posa per sempre. Assai
Gisant à jamais. Toujours
Palpitasti. Non val cosa nessuna
Palpitant. Elle ne vaut aucun
I moti tuoi, nè di sospiri è degna
De tes mouvements, elle n’est digne de soupirs
La terra. Amaro e noia
La terre. Amertume et ennui
 La vita, altro mai nulla; e fango è il mondo
La vie, n’a jamais rien été d’autre ; et le monde une boue
T’acqueta omai. Dispera
Qui t’apaise désormais. Disparaît
  L’ultima volta. Al gener nostro il fato
Une dernière fois. Ce que donne le destin
   Non donò che il morire. Omai disprezza
N’est que le don de mourir. Désormais méprise
  Te, la natura, il brutto
Toi-même, la nature, le laid
  Poter che, ascoso, a comun danno impera
Qui ordonne, caché, le mal
E l’infinita vanità del tutto
Et la vanité infinie de tout.

——–


ALFRED DE MUSSET GRAND LECTEUR DE GIACOMO LEOPARDI
DEUX ÂMES SOEURS

Outre les sonnets de Michel-Ange, Alfred relisait sans cesse, jusqu’à les savoir par cœur, les poésies de Giacomo Leopardi, dont les alternatives de sombre tristesse et de douce mélancolie répondaient à l’état présent de son esprit. Lorsqu’il frappait sur la couverture du volume, en disant : « Ce livre, si petit, vaut tout un poème épique, » il sentait que l’âme de Leopardi était sœur de la sienne. Les Italiens ont la tête trop vive pour aimer beaucoup la poésie du cœur. Il leur faut du fracas et de grands mots. Plus malheureux qu’Alfred de Musset, Leopardi n’a pas obtenu justice de ses compatriotes, même après sa mort. Alfred en était révolté. Il voulut d’abord écrire un article, pour la Revue des Deux-Mondes, sur cet homme qu’il considérait comme le premier poète de l’Italie moderne. Il avait même recueilli quelques renseignements biographiques, dans ce dessein ; mais, en y rêvant, il préféra payer en vers son tribut d’admiration et de sympathie au Sombre amant de la Mort. De là sortit le morceau intitulé Après une lecture, qui parut le 15 novembre 1842.
En faisant la part de son exagération naturelle et de son excessive sensibilité, il faut pourtant reconnaître que, dans cette fatale année 1842, les blessures ne furent pas épargnées à Alfred de Musset. Il se plaignait que, de tous les côtés à la fois, lui venaient des sujets de désenchantement, de tristesse et de dégoût. « Je ne vois plus, disait-il, que les revers de toutes les médailles. »

Paul de Musset
Biographie de Alfred de Musset
Troisième partie
1837-1842
Charpentier, 1888
pp. 185-284

TRADUCTION RUSSE Jacky Lavauzelle Французский перевод текстов на русском языке

**************************
Traduction Russe Jacky Lavauzelle
Жаки Лавозель
ARTGITATO
Французский перевод текстов на русском языке
**************************





Traductions Artgitato Français Portugais Latin Tchèque Allemand Espagnol

*******




TRADUCTION RUSSE

Французский перевод текстов на русском языке

*******

**

 Анна Ахматова
Anna Akhmatova

Тихо льется тихий Дон Coule tranquillement le calme Don
Любовь – L’Amour (1911)
Музыка – La Musique (1958)

**

Alexandre Blok
Алекса́ндр Алекса́ндрович Блок

В море – En Mer (1898)
Девушка пела в церковном хоре – Elle chante dans le chœur de l’Eglise (1905)
По берегу – Sur le Rive (1903)
скифы – les Scythes (1918)

**

 Prince Alexandre Chakhovskoy

Le Cosaque poète
Saint-Pétersbourg – 1812

**

Sergueï Essénine
Сергей Александрович Есенин

LA POESIE de Sergueï Essénine
поэзия есенина  

**

Ivan Krylov

le Magasin à la mode

**

Mikhaïl Lermontov
Михаил Юрьевич Лермонтов

La Poésie de Lermontov
Стихи Лермонтова

**

Vladimir Maïakovski
Владимир Владимирович Маяковский

Poèmes
Поэмы

**

Ossip Mandelstam
О́сип Эми́льевич Мандельшта́м

стихи о сталине
Poème sur Staline
novembre 1933





**

B Okoudjava & V Kikabidze

  LES PEPINS DE RAISIN
Виноградную косточку

**

Alexandre Pouchkine
Александр Сергеевич Пушкин

Poésie – Поэзия А. С. Пушкина
poemes-de-alexandre-pouchkine-artgitatopushkin-alexander

**

 Anton Tchekhov
Антон Павлович Чехов

Les pièces de Théâtre – Театр

**

Fiodor Tiouttchev
Федор Тютчев

La poésie de Fiodor Tiouttchev
стихи федор тютчев

Fiodor Tiouttchev Poèmes Poésie Artgitato Les poèmes de Fiodor Tiouttchev

**

Ivan Tourgueniev
Иван Сергеевич Тургенев

Собака – Mon Chien (février 1878)
русский язык – La Langue Russe (juin 1882)

**

Vladimir Vyssotski
Владимир Семёнович Высоцкий

Les Coupoles – Купола

**





Boulat Okoudjova
Булат Шалвович Окуджава

Tant que la terre continue de tourner

**

Vladislav Ozerov
Владислав Александрович Озеров

Fingal
Tragédie en trois actes
1805

**

 Denis Fonvizine
Денис Иванович Фонвизин

Le Dadais ou l’Enfant gâté
1782

*****

Французский перевод текстов на русском языке

TRADUCTION RUSSE

***********************

DE L’ART DE TRADUIRE LE RUSSE

Je viens d’indiquer la double valeur des écrits de Pouchkine : l’auteur de Poltava a renouvelé, comme prosateur, la langue russe, en même temps qu’il ouvrait à ses contemporains, comme poète, des sources nouvelles d’inspiration. On sait aussi quel accueil la Russie a fait à cet interprète de la pensée nationale. Quant à l’Europe, il faut le dire, elle est restée trop indifférente au rôle que Pouchkine a joué dans son pays. La France surtout n’a eu longtemps qu’une idée vague de ce grand mouvement littéraire commencé et dirigé par un seul homme. Ici même cependant, une étude biographique sur Pouchkine avait déjà indiqué l’importance de ses travaux. Pendant longtemps, on a pu s’étonner qu’une plume française ne cherchât point à le traduire. Aujourd’hui cette tâche a été abordée ; mais peut-on la regarder comme remplie ? L’auteur de la traduction française de Pouchkine qui vient d’être publiée n’a point paru se douter des difficultés que présentait un pareil travail. Il y avait là des écueils et des obstacles qui imposaient au traducteur un redoublement d’efforts. L’art de traduire, surtout lorsqu’il s’applique à la poésie, suppose une sorte d’initiation qui ne s’achète qu’au prix de veilles laborieuses. Les vulgaires esprits seuls peuvent s’imaginer qu’il suffit, pour traduire un poète, de rendre ses vers dans un autre idiome, sans s’inquiéter d’ailleurs de la physionomie, du mouvement, des nuances infinies de la pensée, des mille finesses du style. Or, ce ne sont point-là des choses qui aient leur vocabulaire écrit et ce sont pourtant des choses qu’il faut traduire, ou du moins indiquer : elles demandent une intelligence vive et délicate pour les saisir, une plume habile et souple pour les rendre. Pour transporter d’ailleurs dans son propre idiome les richesses d’une langue étrangère, il y a une première condition à remplir ; est-il besoin de la rappeler ? C’est la connaissance parfaite de la langue dont on veut révéler à son pays les richesses littéraires. Qu’on y songe, l’idiome russe est le plus difficile des idiomes européens, il est difficile même pour les Russes qui n’en ont pas fait l’objet d’une étude sérieuse. C’est une langue dont le sens positif varie à l’infini et dont le sens poétique varie encore davantage : langue souple et rude, abondante et imagée, dont l’origine, les accidents, l’esprit, l’allure, les procédés, n’offrent aucune analogie avec nos langues d’Occident. Le traducteur français des œuvres de Pouchkine a échoué pour n’avoir point compris les exigences de sa tâche. Il importe qu’on ne l’oublie pas, une traduction de ce poète exige une connaissance intime et approfondie, non-seulement de la grammaire et du vocabulaire russes, mais des finesses et des bizarreries de la langue ; elle exige aussi un long commerce avec ce génie si original, si en dehors de toute tradition européenne. Tant que cette double condition n’aura pas été remplie, notre pays, nous le disons à regret, ne connaîtra qu’imparfaitement la valeur et l’originalité du poète russe.

Pouchkine et le mouvement littéraire en Russie depuis 40 ans
Charles de Saint-Julien
Revue des Deux Mondes
Œuvres choisies de Pouchkine, traduites par M. H. Dupont
T.20 1847

AUSTERLITZ SLAVKOV u BRNA 奥斯特利茨 Аустерлиц アウステルリッツ- Le Château – Les Jardins – La Bataille d’Austerlitz

Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato (3)TCHEQUIE – Česká republika
AUSTERLITZ
SLAVKOV u BRNA
奥斯特利茨
アウステルリッツ
Аустерлиц

——
La Bataille d'Austerlitz Par François Gérard

La Bataille d’Austerlitz par François Gérard

La Capitulation du général Mack et le défilé des troupes autrichiennes devant Napoléon Charles Thévenin
La Capitulation du général Mack et le défilé des troupes autrichiennes devant Napoléon
, par Charles Thévenin

Les Bivouacs d'Austerlitz par Louis-François LejeuneLes Bivouacs d’Austerlitz par Louis-François Lejeune

 

 

*****
Photos de Slavkov u Brna Jacky Lavauzelle
*****

*

 


AUSTERLITZ
アウステルリッツ
Аустерлиц
奥斯特利茨
SLAVKOV u BRNA

Le Château d’Austerlitz et son parc
Slavkovský zámek Zámecký park

La Ville de Slavkov u Brna
La Bataille d’Austerlitz
Bitva u Slavkova

Photos Jacky Lavauzelle
Artgitato





Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato (2)
Letecký pohled na centrum Slavkova

Vue aérienne du centre de Slavkov u Brna

Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Eglise (1) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Eglise (2) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Eglise (3)

kaple sv. Jana Křtitele
Chapelle saint Jean-Baptiste

Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Eglise (4) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Le Jardin du Château d'Austerlitz (1) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Le Jardin du Château d'Austerlitz (2)

 

Slavkovský zámek – pohled z parku
Château de Slavkov – Vue du Parc

Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Le Jardin du Château d'Austerlitz (3)

Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Le Jardin du Château d'Austerlitz (4) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Le Jardin du Château d'Austerlitz (5) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Le Jardin du Château d'Austerlitz (6) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Le Jardin du Château d'Austerlitz (7) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Le Jardin du Château d'Austerlitz (8)

pohled z parku
Vue du Parc du Château

 

Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Le Jardin du Château d'Austerlitz (9) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Le Jardin du Château d'Austerlitz (10) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Le Jardin du Château d'Austerlitz (11) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Le Jardin du Château d'Austerlitz (12) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Le Jardin du Château d'Austerlitz (13)

Zámecký park
Parc du Château
Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Le Jardin du Château d'Austerlitz (14)
Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Le Jardin du Château d'Austerlitz (15) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Le Jardin du Château d'Austerlitz (16) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Le Jardin du Château d'Austerlitz (17) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Le Jardin du Château d'Austerlitz (18) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Le Jardin du Château d'Austerlitz (19) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Le Jardin du Château d'Austerlitz (20) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Le Jardin du Château d'Austerlitz (21) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Le Jardin du Château d'Austerlitz (22) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Le Jardin du Château d'Austerlitz (23) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Le Jardin du Château d'Austerlitz (24) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Zamek Le Château (1) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Zamek Le Château (2) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Zamek Le Château (3) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Zamek Le Château (4) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Zamek Le Château (5) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Zamek Le Château (6) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Zamek Le Château (7) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Zamek Le Château (8) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Zamek Le Château (9) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Zamek Le Château (10) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Zamek Le Château (11) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Zamek Le Château (12) Slavkov u Brna Austerlitz Tchéquie République Tchèque Artgitato Zamek Le Château (13)

**********************


***********




La Bataille d’Austerlitz

AVANT LA BATAILLE

Soldats, l’armée russe se présente devant vous pour venger l’armée autrichienne d’Ulm. Ce sont ces mêmes bataillons que vous avez battus à Hollabrunn, et que depuis vous avez constamment poursuivis jusqu’ici.

Les positions que nous occupons sont formidables; et, pendant qu’ils marcheront pour tourner ma droite, ils me présenteront le flanc.

Soldats, je dirigerai moi-même tous vos bataillons ; je me tiendrai loin du feu, si, avec votre bravoure accoutumée, vous portez le désordre et la confusion dans les rangs ennemis ; mais, si la victoire était un moment incertaine, vous verriez votre Empereur s’exposer aux premiers coups, car la victoire ne saurait hésiter, dans cette journée surtout où il y va de l’honneur de l’infanterie française, qui importe tant à l’honneur de toute la nation.

Que, sous prétexte d’emmener les blessés, on ne dégarnisse pas les rangs, et que chacun soit bien pénétré de cette pensée, qu’il faut vaincre ces stipendiés de l’Angleterre qui sont animés d’une si grande haine contre notre nation.

Cette victoire finira notre campagne, et nous pourrons reprendre nos quartiers d’hiver, où nous serons joints par les nouvelles armées qui se forment en France; et alors la paix que je ferai sera digne de mon peuple, de vous et de moi.

Proclamation au bivouac avant la bataille d’Austerlitz
Napoléon Bonaparte
1er décembre 1805

*

APRES LA BATAILLE

Soldats,
Je suis content de vous. Vous avez à la journée d’Austerlitz justifié tout ce que j’attendais de votre intrépidité. Vous avez décoré vos aigles d’une immortelle gloire. Une armée de cent mille hommes commandée par les empereurs de Russie et d’Autriche a été en moins de quatre heures ou coupée ou dispersée. Ce qui a échappé à votre fer s’est noyé dans le lac. 40 drapeaux, les étendards de la Garde impériale de Russie, 120 pièces de canon, vingt généraux, plus de trente mille prisonniers sont le résultat de cette journée à jamais célèbre. Cette infanterie tant vantée et en nombre supérieur n’a pas résisté à votre choc, et désormais vous n’avez plus de rivaux à redouter, ainsi en deux mois cette troisième coalition a été vaincue et dissoute. La paix ne peut plus être éloignée, mais, comme je l’ai promis à mon peuple, avant de passer le Rhin, je ne ferai qu’une paix qui nous donnera une garantie et amènera des récompenses à nos alliés.

Soldats, lorsque le Peuple français plaça sur ma tête la Couronne impériale, je me confiais à vous pour la maintenir toujours dans ce haut éclat de gloire qui seul pouvait lui donner du prix à mes yeux. Mais dans le même moment nos ennemis pensaient à la détruire et à l’avilir, & cette Couronne de fer conquise par le sang de tant de Français, ils voulaient m’obliger à la placer sur la tête de vos plus cruels ennemis, projets de souverains et insensés que le jour même de l’anniversaire du Couronnement de votre Empereur, vous avez anéantis et confondus. Vous leur avez appris qu’il est plus facile de vous braver et de vous menacer que de vous vaincre.

Soldats, lorsque tout ce qui est nécessaire pour assurer le bonheur & la prospérité de notre patrie sera accompli, je vous renverrai en France ; là, vous serez l’objet de ma plus tendre sollicitude. Mon peuple vous reverra avec des transports de joie, et il vous suffira de dire : j’étais à la bataille d’Austerlitz pour que l’on réponde : voilà un brave.
De notre camp impérial d’Austerlitz le 12 frimaire an 14.
Napoléon.

Napoléon Bonaparte
Proclamation après la bataille d’Austerlitz
3 décembre 1805

***************




Les positions françaises (en blanc) et austro-russes (en noir) à la veille de la bataille
Les positions françaises (en blanc) et austro-russes (en noir) à la veille de la bataille

***

NAPOLEON A AUSTERLITZ

 En l’année 1804, Napoléon fut élu empereur par le peuple français. Comme les Autrichiens étaient encore en guerre avec nous, il voulut aller les battre dans leur pays.
Il les attaqua près d’Austerlitz. Vous le voyez sur son cheval ; quelques officiers sont derrière lui.
Il est coiffé d’un petit chapeau sans galons, ni dorure.
Il est vêtu d’une simple redingote grise. Il regarde au loin ses soldats qui attaquent les ennemis rangés sur une colline.
Il écoute le bruit des coups de fusil et des coups de canon, et la voix de ses soldats qui chantent :
« On va leur percer le flanc. Ra ta plan, tire lire lire. »
Les musiques accompagnent la chanson des soldats.
C’est un bruit d’enfer. Il est content, l’Empereur. Nos soldats ont escaladé la colline, baïonnette en avant ; les ennemis se sauvent.
Il est content.
Il lève le bras. Savez-vous pour quoi faire ?
Il va priser. Toutes les fois qu’il était content, il prenait prise sur prise de tabac.
Le lendemain, il dit à ses soldats : « Soldats, je suis content de vous ! Quand vous serez retournés en France, il vous suffira de dire : « J’étais à Austerlitz », pour qu’on vous réponde : « Voilà un brave ».

Ernest Lavisse
Histoire de France 
Cours élémentaire
Armand Colin
1913 pp. 146-152

 

L’ENFANT MOURANT – Poème de HANS CHRISTIAN ANDERSEN – Det døende Barn

Denmark- Danemark – Danmark
arbejde Hans Christian Andersen
Œuvre de Hans Christian Andersen
Det døende Barn
L’Enfant Mourant
Poème de Hans Christian Andersen
Hans Christian Andersen silhouette 3

Traduction – Texte Bilingue
Hans Christian Andersen Poésie Poesi
LITTERATURE DANOISE POESIE DANOISE
dansk litteratur dansk poesi danske digte

 

Andersen Hans Christian Andersen Oeuvre Arbejde Artgitato 2

Hans Christian Andersen
1805 – 1875
Hans_Christian_Andersen_Signature_svg

Traduction Jacky Lavauzelle

Det døende Barn
L’Enfant mourant

Arbejde                                        Hans Christian Andersen
Œuvre de Hans Christian Andersen

Det døende Barn L'Enfant mourant poème de Hans Christian Andersen Artgitato Munch_Det_Syke_Barn_1885-86

Edvard Munch
Det Syke Barn
L’Enfant malade
Nasjonalmuseet
1885-86

Poème de Hans Christian Andersen

**

Moder, jeg er træt, nu vil jeg sove,
Mère, je suis fatigué, maintenant je veux dormir,
Lad mig ved dit Hjerte slumre ind;
Laisse-moi sommeiller sur ton cœur ;
Græd dog ei, det maa Du først mig love,
Ne pleure pas, n’aie pas peur,
Thi din Taare brænder paa min Kind.
Tes larmes brûlent sur ma joue.
Her er koldt og ude Stormen truer,
Voici la froid et la tempête menace,
Men i Drømme, der er Alt saa smukt,
Mais dans mon rêve, il fait si beau,
Og de søde Englebørn jeg skuer,
Et  je vois l’ange illuminé,
Naar jeg har det trætte Øie lukt.
Quand mes yeux fatigués se ferment.

*

Moder, seer Du Englen ved min Side?
Mère, ne vois-tu pas l’ange à mes côtés ?
Hører Du den deilige Musik?
Entends-tu cette délicieuse musique ?
See, han har to Vinger smukke hvide,
Regarde les deux belles ailes blanches,
Dem han sikkert af vor Herre fik;
Que notre Seigneur a dû faire ;
Grønt og Guult og Rødt for Øiet svæver,
Du vert, de l’or et du rouge dansent devant mes yeux,
Det er Blomster Engelen udstrøer!
Voilà des fleurs que l’ange disperse !
Faaer jeg ogsaa Vinger mens jeg lever,
Aurais-je des ailes dès maintenant,
Eller, Moder, faaer jeg naar jeg døer?
Ou, Mère, les aurais-je à ma mort ?

*

Hvorfor trykker saa Du mine Hænder?
Pourquoi serres-tu mes mains ?
Hvorfor lægger Du din Kind til min?
Pourquoi ces soupirs sur ma joue ?
Den er vaad, og dog som Ild den brænder,
Elle est humide, et pourtant le feu brûle,
Moder, jeg vil altid være din!
Mère, je serai toujours à toi !
Men saa maa Du ikke længer sukke,
Mais il ne faut plus soupirer,
Græder Du, saa græder jeg med Dig.
Tu pleures et je pleure avec toi.
O, jeg er saa træt! — maa Øiet lukke –
Oh, je suis si fatigué ! – je dois fermer les yeux –
 — Moder — see! nu kysser Englen mig!
– Mère – regarde ! maintenant c’est l’ange qui m’embrasse !

**************

Poème de Hans Christian Andersen

Œuvre de Hans Christian Andersen – Arbejde Hans Christian Andersen

Denmark– Danemark – Danmark
arbejde Hans Christian Andersen
Œuvre de Hans Christian Andersen

Hans Christian Andersen silhouette 3

Traduction – Texte Bilingue
Hans Christian Andersen
Poésie Poesi

LITTERATURE DANOISE POESIE DANOISE
dansk litteratur dansk poesi danske digte

Hans_Christian_Andersen_Signature_svg

Hans Christian Andersen
1805 – 1875

Traduction Jacky Lavauzelle

Andersen Hans Christian Andersen Oeuvre Arbejde Artgitato 2



Arbejde Hans Christian Andersen
Œuvre de Hans Christian Andersen

 

Den lille pige med svovlstikkerne
La Petite Fille aux allumettes
1845

Det var så grueligt koldt; det sneede og det begyndte at blive mørk aften;
Il faisait terriblement froid ; il avait neigé toute la journée et la nuit tombait déjà ;
det var også den sidste aften i året, nytårsaften.
c’était la dernière nuit de l’année, le nuit du Nouvel An.

La Petite Fille aux allumettes Den lille pige med svovlstikkerne Hans Christian Andersen Bayes 1889

**

Det døende Barn
L’Enfant mourant

Moder, jeg er træt, nu vil jeg sove,
Mère, je suis fatigué, maintenant je veux dormir,
Lad mig ved dit Hjerte slumre ind;
Laisse-moi sommeiller sur ton cœur ;

Det døende Barn L'Enfant mourant poème de  Hans Christian Andersen Artgitato Munch_Det_Syke_Barn_1885-86

**

Moderen med Barnet
La Mère et l’Enfant

Hist, hvor Veien slaaer en Bugt,
Là-bas où la route fait un crochet,
Ligger der et Huus saa smukt. 
Il y a  une maison si belle.

Moderen med Barnet La Mère et l'Enfant Hans Christian Andersen Anna Ancher Soleil dans la pièce bleue 1891 Skagen Museum Danemark

**********

NOTICE SUR ANDERSEN

Un jour, à Copenhague, je vis entrer dans ma chambre un grand jeune homme dont les manières timides et embarrassées, le maintien un peu lourd, eussent pu déplaire à une petite-maîtresse, mais dont le regard caressant et la physionomie ouverte et candide inspiraient au premier abord la sympathie. C’était Andersen. J’avais un volume de ses œuvres sur ma table. La connaissance entre nous fut bientôt faite. Après avoir passé avec moi plusieurs heures dans une de ces conversations poétiques qui ouvrent le cœur et appellent les épanchements, Andersen me parla des douleurs qu’il avait éprouvées ; et, comme je le priai de me raconter sa vie, il me fit le récit suivant :

« Je suis né, me disait-il, en 1805, à Odensée, en Fionie. Mes aïeux avaient été riches ; mais, par une longue suite de malheurs et de fausses spéculations, ils perdirent tout ce qu’ils possédaient, et il ne leur resta que le douloureux souvenir de leur première condition. J’ai plus d’une fois entendu ma grand’mère me parler de ses parents d’Allemagne et du luxe qui les entourait. C’était une triste chose que de la voir ainsi s’entretenir des joies de la jeunesse dans la pauvre demeure que nous habitions. Mon père, qui, à sa naissance, semblait destiné à jouir d’un bien-être honorable, fut obligé d’entrer en apprentissage et de se faire cordonnier. Quand il se maria, il était si pauvre qu’il ne pouvait acheter un lit. Un riche gentilhomme venait de mourir ; on avait exposé son corps sur un catafalque, et, quelque temps après, ses héritiers vendirent à l’encan tout ce qui avait servi à ses funérailles. Mon père réunit le fruit de ses épargnes et acheta une partie du catafalque pour en faire un lit de noces. Je me rappelle encore avoir vu ces grandes draperies noires, déjà vieilles, déjà usées, et sillonnées par des taches de cire. C’est là que je suis né. Mon père continuait son état, qui allait tantôt bien, tantôt mal, selon le temps et selon les pratiques. Nous vivions dans un état de gêne presque continuel, mais enfin nous vivions ; et le soir, quand l’heure du repas était venue, quand ma mère posait sur la table notre frugal souper, il y avait encore parfois entre nous des heures de gaieté que je ne me rappelle pas sans émotion. Lorsque je fus en âge de travailler, on me mit dans une fabrique. J’y passais la plus grande partie du jour. Le reste du temps j’allais à l’école des pauvres, j’apprenais à lire, à écrire, à compter. Un de nos voisins, qui m’avait pris en amitié, me prêta quelques livres, et je lus avec ardeur toutes les comédies que je pus me procurer et toutes les biographies d’hommes célèbres. Cette lecture éveilla en moi d’étranges sensations. Je levai les yeux au-dessus de l’état de manœuvre auquel j’étais astreint, et il me sembla que je pouvais aussi devenir un homme célèbre. Mon père mourut lorsque j’avais douze ans ; je restai seul avec ma mère, continuant mon travail et mes rêves. J’avais une voix d’une pureté remarquable. Souvent, quand je chantais, le maître d’école m’avait loué, et les passants s’étaient arrêtés pour m’entendre. Je m’étais exercé aussi à réciter quelques-uns des principaux passages que je trouvais dans les comédies ; et les voisins, qui assistaient aux répétitions et qui me voyaient faire de si grands gestes et déclamer si haut, affirmaient que j’avais d’admirables dispositions pour devenir acteur. Ma pauvre mère, qui n’avait jamais quitté sa ville natale, qui n’avait jamais rêvé pour moi qu’une honnête profession d’artisan, fondit en larmes en apprenant cette nouvelle : mais je persistai dans ma résolution. J’amassai patiemment schelling par schelling tout ce que je pouvais avoir à ma disposition ; et quand je fis un jour la récapitulation de ma caisse, je n’y trouvai pas moins de treize rixdalers (environ trente-trois francs). C’était une fortune, une fortune qui me semblait inépuisable. Je ne songeai plus qu’à partir. Ma mère essaya en vain de m’arrêter. Elle m’avait procuré, disait-elle, une excellente place d’apprenti chez un tailleur : dans peu de temps je pourrais gagner un salaire suffisant pour me faire vivre ; dans quelques années je pourrais être premier ouvrier ; et qui sait ? par la suite, je pourrais peut-être avoir une maîtrise. Tous ces riants projets, qui avaient plus d’une fois fait tressaillir de joie le cœur de ma bonne mère, ne me séduisaient pas. J’avais quatorze ans, j’étais seul, je ne connaissais personne au monde capable de me protéger ; mais une voix intérieure me disait que je devais partir. Avant de me donner la permission que je sollicitai d’elle, ma mère voulut encore faire une épreuve. Il y avait dans la ville que nous habitions une vieille femme renommée à plusieurs lieues à la ronde pour sa science magique. C’était notre sibylle de Cumes, notre Meg-Merrilies ; et, quoique les bons chrétiens d’Odensée la regardassent comme un peu entachée de sorcellerie, tout le monde pourtant avait recours à elle, et tout le monde parlait d’elle avec une sorte de vénération ; car elle pouvait deviner l’avenir par le moyen des cartes, par des invocations mystérieuses qu’on ne comprenait pas. Elle disait aux jeunes filles quand elles devaient se marier, et aux vieillards combien de temps durerait l’hiver et comment serait la récolte. Ma mère alla prier cette parente des enchanteurs de vouloir bien l’honorer d’une visite ; et quand elle la vit venir, elle la prit par la main, la fit asseoir sur le bord de son lit et lui servit du café dans sa plus belle tasse ; puis elle lui expliqua ma situation et lui demanda conseil. La magicienne mit ses lunettes sur le bout de son nez, prit ma main gauche, la regarda attentivement, puis la regarda encore, et dit, d’une voix solennelle, qu’un jour on illuminerait la ville d’Odensée en mon honneur.

« Ces paroles de la sibylle dissipèrent toutes les craintes de ma mère. Elle me donna sa bénédiction, et je partis. Je saluai avec enthousiasme les plaines fécondes qui se déroulaient à mes regards, la mer qui s’ouvrait devant moi. Mais quand je fus arrivé au delà du second Belt, je me jetai à genoux sur le rivage, je fondis en larmes, et je priai Dieu de ne pas m’abandonner. J’entrai à Copenhague avec mes treize écus dans ma bourse, et tout mon bagage dans un mouchoir de poche. Je m’installai dans la première auberge qui s’offrit à ma vue, et, comme je ne savais rien de la vie pratique, je me fis servir sans hésiter tout ce dont j’avais besoin. Quelques jours après j’étais ruiné : il ne me restait qu’un écu. J’avais été me présenter au directeur du théâtre, qui, me voyant si jeune et si inexpérimenté, ne se donna même pas la peine de m’interroger, et répondit que je ne pouvais entrer au théâtre, parce que j’étais trop maigre. Il était temps d’aviser aux moyens de vivre, et je passai de longues heures à y réfléchir. Un matin, j’appris par hasard qu’un tailleur cherchait un apprenti. J’allai le trouver ; il me prit à l’essai et me mit à l’ouvrage. Mais, hélas ! à peine y eus-je passé quelques heures, que je me sentis horriblement triste et ennuyé. Tous mes rêves d’artiste, assoupis un instant par la nécessité, se ranimèrent l’un après l’autre. Je rendis au tailleur l’aiguille qu’il m’avait confiée, et je descendis dans la rue avec la joie d’un captif qui recouvre sa liberté. Je commençais pourtant à comprendre que toutes mes fantaisies poétiques ne me procureraient pas la plus petite place dans les hôtels de Copenhague et qu’il fallait me chercher un emploi, m’astreindre au travail. Tandis que je m’en allais ainsi cheminant le long de l’Amagertorv, en songeant à ce que je pourrais devenir, je me rappelai qu’on avait souvent, à Odensée, vanté ma voix, et il me sembla que c’était là un don du ciel dont je devais savoir profiter. Je m’en allai du même pas frapper à la porte de notre célèbre professeur de musique, Siboni. Je racontai naïvement, à la domestique qui vint m’ouvrir, toute mon histoire et toutes mes espérances. Elle rapporta fidèlement mon récit à son maître, et j’entendis de grands éclats de rire. Siboni avait ce jour-là plusieurs personnes à dîner chez lui, entre autres Weyse, le compositeur, et Baggesen, le poëte. Tout le monde voulut voir cet étrange voyageur qui s’en venait ainsi chercher fortune, et l’on me fit entrer. Weyse me prit par la main, Baggesen me frappa sur la joue en riant et en m’appelant petit aventurier. Siboni, après m’avoir entendu chanter, résolut de m’enseigner la musique et de me faire entrer à l’Opéra. Je sortis de cette maison avec l’ivresse dans l’âme. Tous mes songes d’artiste allaient donc se réaliser, la vie s’ouvrait devant moi avec des couronnes de fleurs et de chants harmonieux ; et le lendemain, Weyse, qui avait fait une collecte chez ses amis, m’apporta soixante-dix écus. Il m’engagea à me mettre sérieusement au travail, à me chercher une demeure au sein d’une famille honnête ; et je tombai dans un mauvais gîte. Mais je n’y restai pas longtemps. Je perdis un jour ma voix et toutes mes espérances. Siboni voulait que je m’en retournasse à Odensée ; moi je voulais rester et devenir acteur. J’entrai à l’école de danse du théâtre ; je figurai dans quelques ballets. Je remplissais gauchement mon rôle, hélas ! et j’étais malheureux. Je ne gagnais pas plus de six francs par mois, et, dans les jours rigoureux d’hiver, je n’avais qu’un pantalon de toile. Mais j’espérais toujours que la voix me reviendrait. Je voulais être acteur à tout prix, et, quand je rentrais dans ma chétive mansarde, je m’enveloppais dans la couverture de mon lit pour me réchauffer ; je lisais et je répétais des rôles de comédie. À cette époque, j’avais encore toute la candeur, toute l’ignorance et toutes les naïves superstitions d’un enfant. J’avais entendu dire que ce qu’on faisait le 1er janvier, on le faisait ordinairement toute l’année. Je me dis que, si je pouvais entrer le 1er janvier sur le théâtre, ce serait d’un bon augure. Ce jour-là, tandis que toutes les voitures circulaient dans les rues, tandis que les parents allaient voir leurs parents et les amis leurs amis, je me glissai par une porte dérobée dans la coulisse, je m’avançai sur la scène. Mais alors le sentiment de ma misère me saisit tellement, qu’au lieu de prononcer le discours que j’avais préparé, je tombai à genoux et je récitai en pleurant mon Pater noster.

« Cependant mon sort allait changer ; le vieux poëte Guldberg m’avait pris en affection. Il me donna les honoraires d’un livre qu’il venait de publier ; il me fit venir chez lui, et m’engagea à lire des ouvrages instructifs, puis à écrire. Mon éducation élémentaire n’était pas encore faite ; j’ignorais jusqu’aux règles grammaticales de ma langue, et quand je voulus m’exercer à écrire, j’écrivis une tragédie. Guldberg la lut, et la condamna d’un trait de plume. Je me remis aussitôt à l’œuvre, et dans l’espace de huit jours j’en écrivis une autre que j’adressai à la commission théâtrale. Quelque temps après, M. Collin, directeur du théâtre, m’engagea à passer chez lui. Il me dit que ma tragédie ne pouvait être jouée, mais qu’elle annonçait des dispositions, et qu’il avait obtenu pour moi une bourse dans un gymnase de petite ville.

« Dès ce moment, j’entrai dans la vie sérieuse. J’allais chercher l’instruction dont j’avais besoin, j’allais poser les bases de mon avenir. Jusque-là je n’avais eu qu’une existence incertaine et hasardée : je devais marcher désormais par un sentier plus ferme. Je le compris, et je remerciai M. Collin avec toute l’effusion d’un cœur reconnaissant. Mais le temps que j’ai passé à cette école, où j’entrai par une faveur, spéciale, est celui qui me pèse encore le plus sur le cœur : jamais je n’ai tant souffert, jamais je n’ai tant pleuré. J’avais dix-neuf ans ; je commençais mes études avec des écoliers de dix ans, parmi lesquels je ne pouvais trouver ni un camarade ni un ami. J’étais seul dans la maison du recteur, et cet homme semblait avoir pris à tâche de m’humilier, de me faire sentir à toute heure le poids de ma pauvreté et de mon isolement. Que Dieu lui pardonne d’avoir traité avec tant de barbarie l’orphelin sans défense qui lui était confié ! Pour moi, je lui ai pardonné depuis longtemps, et je me souviens sans colère et sans haine qu’il a fait pour moi ce qui me semblait impossible : il m’a fait regretter les jours d’hiver où je gagnais six francs par mois, où je n’avais pas de feu pour me réchauffer et point de vêtements pour me couvrir.

« Enfin ce temps d’épreuves passa. Je subis mes examens d’une manière satisfaisante. J’entrai à l’université de Copenhague, et je fus noté comme un bon élève. J’avais publié quelques poésies dont on parla dans le monde. Plusieurs hommes distingués me prirent sous leur patronage ; plusieurs maisons me furent ouvertes. Je continuai mes études avec calme, avec joie. Je ne savais encore où elles me mèneraient, mais je sentais le besoin de m’instruire. Quand elles furent terminées, Œhlenschlœger, Œrstedt, Ingemann, me recommandèrent au roi. J’obtins par leur entremise ce que nous appelons un stipende de voyage (reise stipendium). Je visitai, en 1833 et 1834, l’Allemagne, la Suisse, la France, l’Italie, étudiant la langue, les mœurs, la poésie des lieux où je passais. Maintenant me voilà bourgeois de Copenhague. Je n’ai ni place ni pension, j’écris dans une langue peu répandue et pour un public peu nombreux ; mais tôt ou tard les romans que j’écris s’écoulent, et Reitzel, le libraire, me paye exactement. Souvent, quand je regarde les jolis rideaux qui décorent ma chambre de Nyhavn et les livres qui m’entourent, je me crois plus riche qu’un prince. Je bénis la Providence des voies par lesquelles elle m’a conduit et du sort qu’elle m’a fait. »

Dans l’espace de quelques années, Andersen a publié plusieurs ouvrages qui lui ont assuré une place honorable parmi les écrivains du Danemark. Il est jeune encore ; il a compris le besoin d’étudier pour écrire, et ses dernières poésies, ses derniers romans, annoncent un progrès. Comme romancier, il ne manque pas d’une certaine facilité d’invention. Il a tracé avec bonheur des caractères originaux, des situations vraies et dramatiques. Il sait observer, il sait peindre et jeter sur toutes ses peintures un coloris poétique. Il a surtout le grand talent de pénétrer dans la vie du peuple, de la sentir et de la représenter sous ses différentes faces. Son Improvisateur est un tableau vif et animé d’une existence aventureuse d’artiste au milieu de la nature italienne, au milieu d’une populace ignorante et passionnée, au milieu des ruines antiques, des magnifiques scènes de la campagne de Rome et des environs de Naples. Son roman qui a pour titre O. T. est une peinture un peu moins animée, mais non moins attrayantes, des sites de la Fionie, des mœurs danoises. Ces deux romans représentent très-bien le contraste des deux natures du Midi et du Nord. Le premier a toutes les teintes chaudes d’un paysage napolitain ; le second a plus de repos et des nuances plus tendres. Il ressemble à une de ces plaines du Danemark qu’on voit en automne éclairées par un beau soleil et ombragées ça et là par quelques rameaux d’arbres qui commencent à jaunir. Le style d’Andersen a de la souplesse et de l’abandon, mais il pourrait être plus ferme et plus concis.

Comme poëte, Andersen appartient à cette école mélancolique et rêveuse qui préfère aux grands poëmes les vers plaintifs sortis du cœur comme un soupir et les élégies d’amour composées dans une heure d’isolement. Il a essayé d’écrire quelques pièces humoristiques ; mais il nous semble que sa muse ne sait pas rire et qu’elle s’accommode mal de ce masque d’emprunt qu’il a voulu lui donner. Sa vraie nature est de s’associer aux scènes champêtres qu’il observe. Il est poëte quand il chante les forêts éclairées par un dernier rayon du crépuscule, les oiseaux endormis sous la feuillée et la douce et vague tristesse qui nous vient à l’esprit dans les ombres du soir. Il est poëte quand il représente la vie comme une terre étrangère, où l’homme se sent mal à l’aise et aspire à retourner dans sa lointaine patrie. Il est poëte, surtout, quand il chante, comme les lakistes, la grâce, l’amour et le bonheur des enfants ; car sa poésie est élégiaque, tendre, religieuse, mais parfois un peu trop molle, trop négligée et trop enfantine.

Xavier Marmier
Contes d’Andersen
Traduction par David Soldi.
Librairie Hachette et Cie
1876 pp. 1-12

 

LA PETITE FILLE AUX ALLUMETTES -ANDERSEN – Den lille pige med svovlstikkerne

Denmark- Danemark – Danmark
arbejde Hans Christian Andersen
Œuvre de Hans Christian Andersen
Den lille pige med svovlstikkerne
La Petite Fille aux allumettes
Hans Christian Andersen silhouette 3

Traduction – Texte Bilingue
Hans Christian Andersen Poésie Poesi
LITTERATURE DANOISE POESIE DANOISE
dansk litteratur dansk poesi danske digte

Andersen Hans Christian Andersen Oeuvre Arbejde Artgitato 2

Hans Christian Andersen
1805 – 1875
Hans_Christian_Andersen_Signature_svg

Traduction Jacky Lavauzelle

Den lille pige med svovlstikkerne
La Petite Fille aux allumettes
1845

Arbejde Hans Christian Andersen
Œuvre de Hans Christian Andersen

 La Petite Fille aux allumettes Den lille pige med svovlstikkerne Hans Christian Andersen Bayes 1889
Illustration A. J. Bayes 1889

******************

Det var så grueligt koldt; det sneede og det begyndte at blive mørk aften;
Il faisait terriblement froid ; il avait neigé toute la journée et la nuit tombait déjà ;
det var også den sidste aften i året, nytårsaften.
c’était la dernière nuit de l’année, le nuit du Nouvel An.
I denne kulde og i dette mørke gik på gaden en lille, fattig pige med bart hoved og nøgne fødder;
Dans le froid et l’obscurité de cette rue une pauvre petite fille marchait, tête et pieds nus;
ja hun havde jo rigtignok haft tøfler på, da hun kom hjemme fra;
elle avait pris une paire de pantoufles quand elle quitta sa maison ;
men hvad kunne det hjælpe!
mais que pouvait-elle y faire?
det var meget store tøfler, hendes moder havde sidst brugt dem, så store var de, og dem tabte den lille, da hun skyndte sig over gaden, idet to vogne fór så grueligt stærkt forbi;
ses pantoufles étaient bien trop grandes, qu’elle les perdit lorsqu’elle se précipita pour éviter plusieurs voitures ;
den ene tøffel var ikke at finde og den anden løb en dreng med;
une pantoufle était introuvable et l’autre avait été dérobée par un garçon ;
han sagde, at den kunne han bruge til vugge, når han selv fik børn.
qui lui criait qu’il pourrait les mettre dans un berceau quand il aurait des enfants.

Dér gik nu den lille pige på de nøgne små fødder, der var røde og blå af kulde;
La petite fille continua les pieds nus, devenus rouges et bleus avec le froid ;
i et gammelt forklæde holdt hun en mængde svovlstikker og ét bundt gik hun med i hånden;
Dans un vieux tablier qu’elle portait s’y trouvait un certain nombre d’allumettes, et elle tenait même un paquet dans ses mains ;
ingen havde den hele dag købt af hende;
elle n’avait pas eu un seul acheteur de toute la journée ;
ingen havde givet hende en lille skilling;
personne ne lui avait donné un seul sou ;
sulten og forfrossen gik hun og så så forkuet ud, den lille stakkel!
la faim et les engelures la firent partir de la rue, la pauvre petite !
Snefnuggene faldt i hendes lange gule hår, der krøllede så smukt om nakken, men den stads tænkte hun rigtignok ikke på.
Les flocons de neige étaient tombés sur ses longs cheveux blonds, les boucles tombant sur ses épaules.
Ud fra alle vinduer skinnede lysene og så lugtede der i gaden så dejligt af gåsesteg;
De toutes les fenêtres brillaient des lumières, et il y avait dans la rue une agréable o’odeur d’oie rôtie ;
det var jo nytårsaften, ja det tænkte hun på.
c’était bien la veille du Nouvel An, oui, elle s’en souvenait à présent.

Henne i en krog mellem to huse, det ene gik lidt mere frem i gaden end det andet, der satte hun sig og krøb sammen;
Dans un coin, entre deux maisons, elle s’assit et se mit en boule ;
de små ben havde hun trukket op under sig, men hun frøs endnu mere og hjem turde hun ikke gå, hun havde jo ingen svovlstikker solgt, ikke fået en eneste skilling, hendes fader ville slå hende og koldt var der også hjemme, de havde kun taget lige over dem og der peb vinden ind, skønt der var stoppet strå og klude i de største sprækker.
elle rentre ses jambes courtes sous elle, mais elle a encore plus froid, et elle n’osait pas rentrer chez elle,  car n’ayant rien vendu, n’ayant pas un sou d’argent, son père sûrement la battrait et il faisait tout aussi froid à la maison ; ils avaient seulement un toit pour les couvrir du vent, malgré la paille et les chiffons qui remplissaient les plus grands trous.
Hendes små hænder var næsten ganske døde af kulde.
Ses petites mains étaient presque gelées par le froid.
Ak! en lille svovlstik kunne gøre godt.
Ah ! peut-être une allumette pourrait-elle la réchauffer.
Turde hun bare trække én ud af bundtet, stryge den mod væggen og varme fingrene.
Si elle pouvait en tirer une du paquet et la gratter contre le mur pour réchauffer ses doigts.
Hun trak én ud, “ritsch!” hvor sprudede den, hvor brændte den!
Elle en sortit une et la gratta !
det var en varm, klar lue, ligesom et lille lys, da hun holdt hånden om den;
c’était chaud, une lumière vive, comme une petite bougie ;
det var et underligt lys!
ce fut une merveilleuse lumière!
Den lille pige syntes hun sad foran en stor jernkakkelovn med blanke messingkugler og messingtromle;
La petite fille pensa alors qu’elle était assise devant un grand poêle en fonte, avec des perles en laiton poli ;
ilden brændte så velsignet, varmede så godt! nej, hvad var det!
quel feu béni !
– Den lille strakte allerede fødderne ud for også at varme disse, –
– La petite étendit ses pieds pour les réchauffer également, –
– da slukkedes flammen, kakkelovnen forsvandt, –
– puis la flamme s’éteignit et le poêle disparut –
hun sad med en lille stump af den udbrændte svovlstik i hånden.
elle se retrouvait assise avec un petit morceau du soufre brûlé dans sa main.

En ny blev strøget, den brændte, den lyste, og hvor skinnet faldt på muren, blev denne gennemsigtig, som et flor;
Elle en prit une nouvelle qui brûla brillamment, et la lumière tombait sur le mur qui devenait plus transparent qu’une fleur;
hun så lige ind i stuen, hvor bordet stod dækket med en skinnende hvid dug, med fint porcelæn, og dejligt dampede den stegte gås, fyldt med svesker og æbler!
elle pouvait voir directement dans le salon où la table était couverte d’une nappe de blanche comme la neige, de porcelaines fines, et d’un rôti d’oie  farci aux pommes et prunes séchées !
og hvad der endnu var prægtigere, gåsen sprang fra fadet, vraltede hen af gulvet med gaffel og kniv i ryggen;
et, ce qui était encore plus merveilleux, l’oie sauta sur le sol et se dandinait sur le sol avec une fourchette et un couteau dans le dos ;
lige hen til den fattige pige kom den;
juste au-dessus de la petite fille ;
da slukkedes svovlstikken og der var kun den tykke, kolde mur at se.
Puis l’allumette s’éteignit et il n’y avait plus qu’une paroi épaisse et froide devant elle.

Hun tændte en ny.
Elle en alluma une autre.
Da sad hun under det dejligste juletræ;
Elle se retrouvait assise sous un bel arbre de Noël ;
det var endnu større og mere pyntet, end det hun gennem glasdøren havde set hos den rige købmand, nu sidste jul;
il était plus grand et plus beau que celui, à travers la porte vitrée qu’elle avait vu au dernier Noël, du riche marchand ;
tusinde lys brændte på de grønne grene og brogede billeder, som de der pynter butiksvinduerne, så ned til hende.
mille feux au-dessus des branches vertes, et des images comme celles qui décorent les vitrines des magasins.
Den lille strakte begge hænder i vejret
La petite étendit les deux mains en l’air
– da slukkedes svovlstikken;
– l’allumette s’éteignit ;
de mange julelys gik højere og højere, hun så de var nu de klare stjerner, én af dem faldt og gjorde en lang ildstribe på himlen.
Les lumières de Noël partaient de plus en plus haut, elle les voyait maintenant comme de lumineuses étoiles, l’une d’entre elles retomba, laissant derrière elle une trace dans le ciel.

“Nu dør der én!”
« Quelqu’un va mourir ! »
sagde den lille, for gamle mormor, som var den eneste, der havde været god mod hende, men nu var død, havde sagt:
se dit la jeune fille ; sa vieille grand-mère, qui était la seule à l’avoir aimée, et qui était maintenant morte, le lui avait dit :
Når en stjerne falder, går der en sjæl op til Gud.
Quand une étoile tombe, une âme monte vers Dieu.

Hun strøg igen mod muren en svovlstik, den lyste rundt om, og i glansen stod den gamle mormor, så klar, så skinnende, så mild og velsignet.
Elle gratta une autre allumette contre le mur, une lumière resplendit tout autour, et dans la lumière se retrouvait sa vieille grand-mère, claire, brillante, douce et aimante.

“Mormor!” råbte den lille,
«Grand-mère», cria la petite,
“Oh tag mig med!
« Oh ! prends-moi avec toi !
jeg ved, du er borte, når svovlstikken går ud;
Je sais que tu partiras quand l’allumette aura brûlé ;
borte ligesom den varme kakkelovn, den dejlige gåsesteg og det store velsignede juletræ!”
tu disparaîtras comme le poêle chaud, l’oie rôtie, et le grand, le glorieux arbre de Noël !  »
og hun strøg i hast den hele rest svovlstikker, der var i bundtet, hun ville ret holde på mormor;
– et elle se hâta d’allumer l’ensemble des allumettes qui se trouvaient encore dans la boîte, tant elle voulait garder sa grand-mère ;
– og svovlstikkerne lyste med en sådan glans, at det var klarere end ved den lyse dag.
Et les allumettes brillaient d’une lumière qui était plus brillante que le jour le plus lumineux.
Mormor havde aldrig før været så smuk, så stor;
La grand-mère n’avait jamais été aussi belle et grande ;
hun løftede den lille pige op på sin arm, og de fløj i glans og glæde, så højt, så højt;
Elle prit sa petite fille dans ses bras, et ils éclatèrent de joie si haut, si haut ;
og der var ingen kulde, ingen hunger, ingen angst, 
et il n’y avait plus de froid, plus de faim, plus de peur
– de var hos Gud!
– ils étaient avec Dieu!

Men i krogen ved huset sad i den kolde morgenstund den lille pige med røde kinder, med smil om munden
Mais dans le coin de la maison, assise dans le froid matin, se trouve la petite fille aux joues rouges, avec un sourire sur son visage
– død, frosset ihjel den sidste aften i det gamle år.
– elle était morte de froid le dernier soir de l’année qui venait de s’écouler.
Nytårsmorgen gik op over det lille lig, der sad med svovlstikkerne, hvoraf et knippe var næsten brændt.
Le matin du Nouvel An se leva sur ce petit cadavre, assis avec ses allumettes, dont le paquet était presque tout brûlé.
Hun har villet varme sig! sagde man ;
« Elle a essayé de se réchauffer ! « dit un passant;
ingen vidste, hvad smukt hun havde set, i hvilken glans hun med gamle mormor var gået ind til nytårs glæde!
Personne n’imaginait les belles choses qu’elle avait vues, ni dans quelle gloire elle et sa grand-mère s’en étaient allées la veille du Nouvel An!

********************

Den lille pige med svovlstikkerne
La Petite fille aux allumettes

Den lille pige med svovlstikkerne
La Petite Fille aux allumettes
1845

Arbejde Hans Christian Andersen
Œuvre de Hans Christian Andersen

 

LA CHAPELLE POEME DE LUDWIG UHLAND -DIE KAPELLE LUDWIG UHLAND

Poème de Ludwig Uhland
Die Kapelle Ludwig Uhland

Traduction – Texte Bilingue

Traduction Jacky Lavauzelle


LITTERATURE ALLEMANDE
Deutsch Literatur

Gedichte – Poèmes

Ludwig Uhland Gedichte Poèmes Artgitato

 

Ludwig Uhland
 1787-1862

 

Die Kapelle

La Chapelle

 

DIE KAPELLE LUDWIG UHLAND

Die Kapelle La Chapelle Ludwig Uhlland Artgitato Vincent van Gogh L'Eglise d'Auvers sur Oise

*

Droben stehet die Kapelle,
Là-haut se trouve la chapelle,
Schauet still ins Tal hinab.
Contemplant tranquillement la vallée.
Drunten singt bei Wies’ und Quelle
En contre-bas, chantant la prairie et la source,
Froh und hell der Hirtenknab’.
Heureux et illuminé, le berger.

*

Traurig tönt das Glöcklein nieder,
Des austères sons de la cloche,
Schauerlich der Leichenchor,
Terrifiant chœur de mort,
Stille sind die frohen Lieder,
Silence des chansons joyeuses,
Und der Knabe lauscht empor.
Et ce garçon qui écoute.

*

Droben bringt man sie zu Grabe,
Là-haut, partent à la tombe,
Die sich freuten in dem Tal.
Ceux qui se réjouissaient dans la vallée.
Hirtenknabe, Hirtenknabe!
Berger, berger!
Dir auch singt man dort einmal.
On chantera aussi pour toi.

 

******

Die Kapelle Ludwig Uhland

 

Antonio CANOVA VENUS VICTRIX – La Vénus Borghèse – La Venere Vincitrice – GALERIE BORGHESE – GALLERIA BORGHESE

ROME – ROMA –
罗马(四)—博吉斯画廊和几个教堂
Venus Venitrix Antonio Canova
拿破伦妹妹的雕像
LA VILLA BORGHESE

Armoirie de Rome

 Photos  Jacky Lavauzelle

——-

Flag_of_Lazio


LA GALERIE BORGHESE
GALLERIA BORGESE
博吉斯画廊

Antonio CANOVA
1757-1822

Antonio CANOVA VENUS VICTRIX - La Vénus Borghèse - La Venere Vincitrice - GALERIE BORGHESE - GALLERIA BORGHESE artgitato (15)

VENUS VENITRIX
LA VENUS BORGHESE
La Venere Vincitrice
拿破伦妹妹的雕像

Antonio CANOVA VENUS VICTRIX - La Vénus Borghèse - La Venere Vincitrice - GALERIE BORGHESE - GALLERIA BORGHESE artgitato (1)

Paolina Borghese Bonaparte
rappresenta come Venere Vincitrice

Pauline Bonaparte Borghèse
Représentée comme Vénus Venitrix

Sœur de Napoléon Bonaparte
1780-1825



François-Joseph Kinson Pauline_Bonaparte Pauline Bonaparte, principessa Borghese, duchessa di Guastalla
peinture de 1808 de François-Joseph Kinson

Marbre
Marmo Statuario
1805-1808

Antonio CANOVA VENUS VICTRIX - La Vénus Borghèse - La Venere Vincitrice - GALERIE BORGHESE - GALLERIA BORGHESE artgitato (4)

LA RENCONTRE DE CANOVA AVEC BONAPARTE

« Antonio Canova était âgé de quarante ans, et commençait déjà à régner sans rival dans l’art italien de son temps lorsque, le 6 août 1797, il entra pour la première fois en rapports avec le futur empereur. Il était né dans un village des environs de Venise, d’une humble famille de paysans ; et sa rapide fortune avait eu comme point de départ un Lion de Saint Marc qu’il avait sculpté dans une motte de beurre, pour décorer la table d’un dîner dans la villa d’un sénateur vénitien, — début auquel l’on serait tenté d’attribuer une portée presque symbolique si l’on ne se rappelait qu’à la mollesse, vraiment un peu « beurrée, » d’un trop grand nombre des gracieuses productions du sculpteur, s’est plus d’une fois substituée, dans son art, la simple et virile beauté de figures du genre du Napoléon milanais ou des admirables lions couchés du monument funéraire du pape Clément XIII…
Mais cinq années devaient se passer encore avant que Canova fût admis à connaître personnellement son glorieux admirateur. Celui-ci, du reste, à la date de cette première lettre, n’avait guère eu l’occasion d’apprécier par soi-même les « grands talens » d’un artiste dont la renommée seule était parvenue jusqu’à lui ; et ce n’est sans doute que durant l’été de 1802 que l’œuvre du sculpteur s’est vraiment révélée à lui, sous les espèces de ces deux groupes de Psyché et l’Amour qui, aujourd’hui encore, représentent pour nous au Louvre l’art du maître vénitien, — aussi fidèlement admirés des visiteurs du dimanche qu’ils sont désormais dédaignés du public, plus « raffiné, » des jours de semaine. Les deux groupes, en effet, avaient été rapportés de Rome par le général Murat, qui les avait somptueusement installés dans sa maison de Villiers ; et à peine Napoléon les eut-il aperçus, qu’aussitôt le désir lui vint de s’attacher, en qualité de « sculpteur ordinaire, » l’auteur de compositions où il croyait retrouver la plus pure fleur du génie antique. Au début de septembre 1802, Canova apprit de l’ambassadeur français à Rome, François Cacault, que le Premier Consul voulait bien l’appeler à Paris, afin d’y exécuter à la fois son buste et sa statue. Le pauvre Canova eut beau, à l’extrême étonnement du diplomate, essayer par tous les moyens de se dérober à cet honneur imprévu, qu’il considérait comme incompatible avec ses sentimens de patriote vénitien : force lui fut d’obéir à la volonté formelle de son maître, le pape Pie VII, et d’accepter enfin une tâche qui devait, d’ailleurs ; lui être payée avec une libéralité toute princière, 120 000 francs et le remboursement de tous les frais du voyage. »
Théodore de Wyzewa
Revues étrangères

A propos d’une nouvelle biographie de Canova
Revue des Deux Mondes
6ème période – Tome 2
publication 1911 – Paris (p911-922)

 

 

Antonio CANOVA VENUS VICTRIX - La Vénus Borghèse - La Venere Vincitrice - GALERIE BORGHESE - GALLERIA BORGHESE artgitato (6)

« Si la princesse Pauline Borghèse a posé sans voile devant Canova pour la Vénus Victrix, placée aujourd’hui à la villa Borghèse, pourquoi Diane de Poitiers n’aurait-elle pas posé aussi librement devant Jean Goujon ? Quant à la fidélité de l’imitation, je ne suis pas disposé à l’accepter. »

Peintres et sculpteurs modernes de la France – Jean Goujon
Gustave Planche
Revue des Deux Mondes
Tome 7 – 1850

Antonio CANOVA VENUS VICTRIX - La Vénus Borghèse - La Venere Vincitrice - GALERIE BORGHESE - GALLERIA BORGHESE artgitato (7)

« Le rais incandescent traversa le centre impressionné du verre par l’ouverture qui lui faisait face, ressortit, coloré, par l’autre jour qu’entourait le cône évasé d’un projectif, ― et, dans un vaste cadre, sur une toile de soie blanche, tendue sur la muraille, apparut alors, en grandeur naturelle, la lumineuse et transparente image d’une jeune femme, ― statue charnelle de la Venus Victrix, en effet, s’il en palpita jamais une sur cette terre d’illusions. »
Auguste de Villiers de L’Isle-Adam
L’Eve future – III – Apparition
Bibliothèque-Charpentier
Eugène Fasquelle éditeur, 1909 (nouv. éd.) (pp. 89-93).

Antonio CANOVA VENUS VICTRIX - La Vénus Borghèse - La Venere Vincitrice - GALERIE BORGHESE - GALLERIA BORGHESE artgitato (8)

« George, qui tout un soir a soudain rajeuni
Un parterre de rois qu’on vit tressaillir d’aise ;
La reine Caroline et Pauline Borghèse,
Ces déesses qu’aimaient dans un siècle fini
Les héros disparus, et la Celiani
Que Prudhon fait sourire au soleil qui la baise. »

Théodore de Banville
Œuvres de Théodore de Banville
Alphonse Lemerre, éditeur, 1890
(Le Sang de la coupe. Trente-six Ballades joyeuses.
Le Baiser, pp. 3-165).

Antonio CANOVA VENUS VICTRIX - La Vénus Borghèse - La Venere Vincitrice - GALERIE BORGHESE - GALLERIA BORGHESE artgitato (9) Antonio CANOVA VENUS VICTRIX - La Vénus Borghèse - La Venere Vincitrice - GALERIE BORGHESE - GALLERIA BORGHESE artgitato (11) Antonio CANOVA VENUS VICTRIX - La Vénus Borghèse - La Venere Vincitrice - GALERIE BORGHESE - GALLERIA BORGHESE artgitato (12) Antonio CANOVA VENUS VICTRIX - La Vénus Borghèse - La Venere Vincitrice - GALERIE BORGHESE - GALLERIA BORGHESE artgitato (13)

Dictionnaire Universel d’Histoire et de Géographie
Bouillet Chassang
1878
Lettre C
Pages 309 à 488
CANOVA (Antoine), sculpteur italien,ne en 1757 à Possagno, dans l’Etat vénitien, mort à Venise en 1822, fut appelé à Rome en 1779, après avoir remporté plusieurs prix à l’Académie des beaux-arts de Venise. Il y donna successivement plusieurs ou-vragesquilemirent bientôt au premier ranç des scui-teurs modernes, et dans lesquels il sut allier limitation de la nature avec les beautés idéales de 1 antique. Ses principaux ouvrages sont : Thésée assis sur le Minotaure vaincu; le mausolée de Clément III, dans la basilique de Saint-Pierre, le mausolée de Clément XIV, en marbre, dans l’église des Saints-Apôtres; Psyché enfant, debout, tenant par les ailes un papillon posé dans sa main ; le mausolée d’Alfieri, dans l’église de Santa-Croce à Florence; Washington, pour le sénat de la Caroline, la Madeleine, Orphée et Eurydice, Dédale et Icare, Adonis et Vénus, Endymion , Vénus victorieuse (Pauline Bonaparte), Polymnie (ÉUsa Bonaparte),etc. Il cultiva aussi la peinture avec succès. Canova avait été appelé plusieurs fois à Paris par Bonaparte : il revint en 1815, chargé par le pape de présider à la reconnaissance et à la translation des monuments enlevés à l’Italie et que réclamait le gouvernement pontifical. Cet artiste se distingue par la pureté des contours, l’élégance des formes, la sagesse de la composition, l’expression des physionomies, l’habileté à donner au marbre le poli et le moelleux de la nature vivante ; quelques-uns lui refusent la vigueur et l’originalité. Il était associé étranger de l’Institut. Son OEuvre a été publiée en 1824 par Réveil et Dela-touche. Quatremère de Quincy a donné une étude sur Canova et ses ouvrages, et le comte de Cico-gnara sa Biographie, Venise, 1825.  Antonio CANOVA VENUS VICTRIX - La Vénus Borghèse - La Venere Vincitrice - GALERIE BORGHESE - GALLERIA BORGHESE artgitato (16) Antonio CANOVA VENUS VICTRIX - La Vénus Borghèse - La Venere Vincitrice - GALERIE BORGHESE - GALLERIA BORGHESE artgitato (18) Antonio CANOVA VENUS VICTRIX - La Vénus Borghèse - La Venere Vincitrice - GALERIE BORGHESE - GALLERIA BORGHESE artgitato (19)

LES RELATIONS ENTRE CANOVA ET L’EMPEREUR

La vérité est que ces « dispositions » du tout-puissant Empereur eurent pour effet d’épouvanter le pauvre Canova. ainsi que nous le prouve assez clairement sa réponse affolée à la lettre de Daru. « Sa Majesté, y écrivait-il, peut me commander de consacrer à son service exclusif tout le reste de mes jours : j’obéirai, car ma vie lui appartient. Mais Elle ne saurait, sans contredire son cœur magnanime et sans violer la splendeur de son nom, Elle ne saurait, dis-je, vouloir vraiment que je renonce à moi-même, à mon art, à ma gloire. Si seulement mes travaux ont mérité d’obtenir d’Elle un gracieux égard, Elle daignera consentir à me laisser dans ma pacifique retraite, en songeant que cette retraite m’est indispensable pour me rendre moins indigne de sa protection. » Et peut-être cet homme d’un cœur doux et timide aurait-il trouvé le courage de résister jusqu’au bout à la volonté du vainqueur de l’Europe, sans l’énergique-pression exercée sur lui par tous ses confrères de Rome et de Florence, désireux d’exploiter à leur propre profit l’influence de leur glorieux ami auprès de l’Empereur.
Théodore de Wyzewa
Revues étrangères
A propos d’une nouvelle biographie de Canova
Revue des Deux Mondes
6ème période – Tome 2
publication 1911 – Paris (p911-922)