SONNET 73 SONNET LXXIII – SONNETS DE SHAKESPEARE – SHAKESPEARE’S SONNETS -That time of year thou mayst in me behold

SONNET SHAKESPEARE
THE SONNETS
THE SONNETS – LES SONNETS

Sonnet shakespeare
sonnet shakespeare

WILLIAM SHAKESPEARE
[1564 – 1616]

Traduction JACKY LAVAUZELLE

SONNET 73 – SONNET LXXIII ou SONNET 141 – SONNET CXLI

The Sonnets SHAKESPEARE
Les Sonnets de SHAKESPEARE

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LE CRÉPUSCULE D’UN TEL JOUR
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1598 


That time of year thou mayst in me behold
Ce temps de l’année, tu peux en moi le voir, ce temps
When yellow leaves, or none, or few, do hang
Où les feuilles jaunissent, ou aucune, ou si peu, pendent
Upon those boughs which shake against the cold,
Sur ces branches, tremblant à la fraîcheur des vents,
Bare ruin’d choirs, where late the sweet birds sang.
Chœurs dévastés et nus où chantaient jadis les oiseaux bienveillants.

In me thou see’st the twilight of such day
En moi, tu vois le crépuscule d’un tel jour
As after sunset fadeth in the west;
Comme un coucher du soleil qui à l’ouest s’évanouit ;
Which by and by black night doth take away,
Qui, peu à peu, laisse dominer la sombre nuit,
Death’s second self, that seals up all in rest.
Cette autre mort, qui scelle tout dans la paix.


In me thou see’st the glowing of such fire,
Tu vois en moi la lueur d’un tel feu,
That on the ashes of his youth doth lie,
Qui, sur les cendres de sa jeunesse, se consume,
As the death-bed, whereon it must expire,
Tel un lit de mort où il doit expirer,


that which it was nourish’d by.
Abattu par ce qui le nourrissait.
This thou perceiv’st, which makes thy love more strong,
Tu le vois, ce qui rend ton amour plus fort,
To love that well, which thou must leave ere long.
Pour aimer au mieux ce que bientôt tu devras quitter.

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L’ENIGME DES SONNETS DE SHAKESPEARE

Les sonnets de Shakespeare sont encore aujourd’hui une énigme pour les historiens et pour les critiques. La dédicace mystérieuse qui les accompagnait dans la première édition, le désordre involontaire ou préconçu dans lequel ils parurent, l’obscurité de certains passages ont donné lieu à mille interprétations diverses. Les uns ont déclaré que ces sonnets étaient uniquement adressés à une femme ; les autres, qu’ils étaient adressés uniquement à un homme ; ceux-ci en ont attribué l’inspiration à un personnage bizarre qui n’aurait été ni homme, ni femme, ou plutôt qui aurait été l’un et l’autre ; ceux-là y ont vu autant de petits poëmes séparés, adressés à diverses personnes ; d’autres enfin, et ce sont les plus nombreux, ont soutenu qu’ils étaient dédiés à des créatures imaginaires, n’ayant jamais existé que dans le cerveau du poëte. Déroutée par tant de contradictions, la postérité, si curieuse pourtant de tout ce qui porte le nom de Shakespeare, a fini par perdre patience : ne pouvant résoudre l’énigme, elle a donné sa langue aux chiens et jeté par dépit ce livre impertinent qu’elle ne comprenait pas. C’est ainsi que les sonnets qui, au temps d’Élisabeth, étaient plus celèbres que les drames même de Shakespeare, sont aujourd’hui tombés dans un oubli complet. Un écrivain distingué de l’Angleterre nous disait dernièrement qu’il n’y avait peut-être pas cent de ses compatriotes qui les eussent lus en entier…

Nous l’avouons, en lisant ces admirables poésies où le plus grand poëte du moyen âge a, suivant l’expression de Wordsworth, donné la clef de son cœur, nous nous sommes indigné de cet oubli de la postérité, et nous aurions cru manquer à un devoir si nous n’avions pas au moins essayé de réparer ce qui nous semblait presque une ingratitude. D’ailleurs, nous nous sentions attiré vers cette œuvre étrange par le mystère même qui avait rebuté tant d’autres.

À force de relire ces poëmes, en apparence décousus, nous finîmes par y retrouver les traces de je ne sais quelle unité perdue. Il nous sembla que les sonnets avaient été jetés pêle-mêle dans l’édition de 1609, comme ces cartes des jeux de patience dont les enfants s’amusent à remettre en ordre les fragments. Nous fîmes comme les enfants : nous nous mîmes patiemment à rapprocher, dans ces poésies, les morceaux en apparence les plus éloignés, et nous réunîmes ensemble tous ceux que le sens adaptait les uns aux autres. Tel sonnet, par exemple, marqué le xxie dans l’édition de 1609 et dans toutes les éditions modernes, nous parut faire suite à un autre marqué le cxxxe ; tel autre qui, dans ces mêmes éditions, n’avait aucun sens après le xxxiie sonnet, devenait parfaitement intelligible après le cxlive. Nous n’avons pas hésité à faire presque partout ces transpositions nécessaires. Ainsi restitués à leur unité logique et rationnelle, les sonnets, tout en conservant chacun son charme lyrique intrinsèque, auront pour le lecteur un intérêt nouveau, l’intérêt dramatique.

Les sonnets de Shakespeare contiennent en effet tout un drame. Exposition, complications, péripéties, dénoûment, rien ne manque à ce drame intime où figurent trois personnages : le poëte, sa maîtresse et son ami. Là le poëte paraît, non sous le nom que le genre humain lui donne, mais sous celui qu’il recevait dans la vie privée : ce n’est plus William Shakespeare, c’est Will que nous voyons. Ce n`est plus ]’auteur dramatique qui parle, c’est l’ami, c’est l’amant. Ce n’est plus l’homme public, c’est l’homme. Quant aux deux autres personnages, ils restent anonymes. Comment s’appelle cette femme, cette brune aux yeux noirs que Shakespeare honore de son amour ? Comment s’appelle ce jeune homme qu’il glorifie de son amitié ? L’auteur n’a pas voulu dire leurs noms…

Introduction au William Shakespeare de François-Victor Hugo
William Shakespeare
Introduction
Traduction par François-Victor Hugo
Œuvres complètes de Shakespeare, Pagnerre, 1872, 15

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