Plaute – LE SOLDAT FANFARON – LE MAÎTRE PRETENTIEUX &L’ESCLAVE MALICIEUX

PLAUTE
MILES GLORIOSUS
LE SOLDAT FANFARON

buste de Plaute

Le Maître
prétentieux




&
L’esclave
malicieux

 

 

 

Pour approcher Pyrgopolinice, le meilleur

conseil vient de Palestrion, son nouvel esclave :

il faut louer sa beauté et son allure, s’émerveiller de ses vertus (conlaudato formam et faciem, et virtutes conmemorato). Alors les portes de son cœur s’ouvrent. Et la citadelle s’effrite de tous côtés.

Aetna mons non aeque altus

Il a de bien nombreux défauts, mais pas tous. Il se glorifie d’exploits guerriers et de nombreuses aventures (Alazon graece huic nomen est comoedia, id nos latine Gloriosum dicimus). Il ne se glorifie pas d’être riche, par exemple ; il n’est pas cupide (non mihi avaritia unquam ingnata est ; satis est divitiarum. Plus mi auri mille est modiorum Philippei), même s’il ne se montre pas tout-à-fait désintéressé par l’argent. Palestrion avoue que cette richesse est bien supérieure encore, plus haute que des montagnes, et dépasse même l’Etna (Aetna mons non aeque altus). Il est capable de laisser un véritable petit trésor pour assouvir sa soif de conquête féminine en laissant Philocomasie, l’amante de l’athénien Pleuside,



Nepos sum Veneris

Il se veut  le fils de Mars et le petit-fis de Vénus (nepos sum Veneris). Il est la force et la beauté. Personne ne lui résiste. Les femmes se pâment et les hommes tombent en charpie. Il se veut invincible et séducteur, il n’est qu’un fanfaron.
Le monde autour de lui se joue de sa bêtise qui se fortifie un peu plus chaque jour.

 Ce Fils de Mars, chante ses exploits divins de surhomme à la première scène  et se retrouvera humilié par des esclaves, dans la maison de Périplectomène,  dans  la dernière scène dans l’impossibilité de se défendre.

 Pour l’art de la guerre, tout commença si bien aidé de son bouclier resplendissant les rayons du soleil (Curate, ut splendor meo sit clupeo clarior, quam solis radii esse olim, quom sudum ’st, solent), avant que son épée ne fende l’ennemi pour en faire du hachis. Pyrgopolinice plus qu’un fils des dieux est un dieu lui-même. Il rayonne et inonde. Il parle à son épée et à son bouclier. Nul besoin d’une armée. Il suffit. Il est là par-dessus la bataille. Il est le Don Quichotte de ce IIIe siècle avant J-C. Il croit avoir trouvé son Sancho Panza en Artorogus. Il se dit fidèle (heic est ; stat propter virum fortem atque fortunatum, et forma regia), il sera sa perte. Artorogus, l’esclave stratège, organisera la défaite de Pyrgopolinice. Celui-ci n’est pas un menteur comme le souligne Artorogus, il est dans son monde, à moitié fou. Il est persuadé d’être ce divin guerrier et ce séducteur émérite. Les moqueries des autres ne sont pas comprises, mal interprétées ; elles alimentent sa croyance.

 Venus me amat !





Dans l’art de l’amour, il est conseillé par Vénus (Venus me amat), il dépasse Alexandre en beauté et il sait que son charme est à peine supportable pour les femmes qui ne peuvent s’empêcher de lui courir après telles des furies (Itaque Alexandri praestare praedicat fornam suam : itaque omneis se ultro sectari in Epheso memorat mulieres – Atque ejus elegantia (Acrotéleutie))

 CAECA AMORE EST

Sa seule vue fait défaillir (Quia stare nequeo, ita animus per oculos meos defit (Acrotéleutie)). Autant les hommes sur le champ de bataille que les femmes sur le terrain amoureux (Viri quoque armati idem istuc faciunt ; ne tu mirere plus mulierem. Sed quid volt me agere ?). Il brille tant qu’il aveugle,  mais l’amour n’est –il pas aveugle ? (Caeca amore est)

Pour autant, Palestrion lui rappelle qu’il ne doit pas céder facilement aux avances de ces dames. Il a un prestige à préserver. Il ne doit pas se compromettre si rapidement, il doit garder de la hauteur et ne point se déprécier en courant le jupon (Nam tu te vilem feceris, si tu ultro largiere. Sine ultro veiat, quaeritet, desideret, exspectet. Submovere istam vis gloriam quam habes ? cave, sis, faxis. Nam nulli mortali scio obtigisse hoc, nisi duobus, tibi et Phaoni Lesbio, tam misere ut amarentur. (Palestrion))

 UN ETALON HUMAIN

En mélangeant le guerrier et l’amoureux, il ne pourra engendrer que des enfants résistants et magnifiques qui vivront des centaines d’années, voire mille ans. Il est l’étalon humain (nam tu quidem ad equas fuisti scitus admissarius (Palestrion), celui qui engendra une race nouvelle. Une race pure de héros, invincibles (Meri bellatores gignuntur, quas hic praegnateis fecit, et pueri annos octingentos vivont (Palestrion) – Quin mille annorum perpetuo vivont, ab seclo ad seclum (Pyrgopolinice))



LE MAÎTRE E(S)T L’ESCLAVE

L’esclave est le maître. C’est lui qui décide et qui prend toutes les décisions importantes (siccam, succidam, quam lepidissumam potes), et le vieil homme libre qui l’écoute et demande des précisions (lautam vis, an quae nondum sit lauta ?). Son nouveau maître lui aussi demande toujours des conseils (loquere, et consilium cedo). C’est Artrogrus qui montre la voie, qui dirige (Tum te hoc facere oportet –  Tibi sum obediens (Pyrgopolinice)- Id nos ad te, si quid velles, venimus (Acrotéleutie)).

 INPETRABIS, INPERATOR
Volo! Tace!

Il est même appelé Général, Empereur (Inpetrabis, inperator, quod ego potero, quod voles (Acroteleutium)).

 Il décide seul (Volo) et pour cela fait taire son maître comme s’il était un vulgaire valet (Tace !)

 Palestrion est le metteur en scène de la pièce. La pièce centrale. Il ouvre et referme, avance et retire. Il est l’architecte, non pas seulement quand il se présente à Acrotéleutie, mais du début à la fin de la pièce (Salve, architecte…Nam, mi patrone, hoc cogitato : ubi probus est architectus, bene lineatam si semel carinam conlocavit)

QUANTAS RES TURBO!



Sa décision n’est jamais contestée. Il tranche. Personne ne lui résiste, aucun esclave, aucun homme libre. Cette pensée parfois l’interpelle, ainsi que le poids de sa responsabilité (Quantas res turbo ! Quantas moveo machinas !) Mais l’action ne s’arrête pas. Il est inutile de réfléchir trop  longtemps.

 Il fait sortir et rentrer à sa guise les personnages (St, tace ! aperiuntur foreis, concede huc clanculum). Il guide Pyrgopolinice comme un caniche (sequere hac me ergo – pedisequos tibi sum).

 CONFIDO CONFUTURUM

Il est le lien. Il joint les personnages. Affecte les rôles. Libère les prisonniers. Il est le malicieux qui tisse. Il sait que sur ce terrain-là il est imbattable. Il sait comment nouer des alliances indéfectibles (Confido confuturum. Ubi facta erit conlatio nostrarum malitiarum, haud vereor, ne nos subdola perfidia pervincamur).  Il négocie secrètement avec les autres personnages, en s’entourant d’un nuage mystérieux (Nam hoc negoti clandestino, ut agerem, mandatum ‘st mihi)

 TUIS VIDEO ID

Il est même visionnaire. Il a des connaissances parfaites sur la nature humaine (Gnivi indolem nostri ingenii). Il voit ce qui va arriver. Palestrion est un prophète ! (Bonus vates poteras esse ; nam quae sunt futura, dicis. (Acrotéleutie))

 En tant que vision, il est l’œil par lequel les autres voient la réalité. Pyrgopolinice ne voit plus qu’à travers ses yeux, tel un aveugle (Tuis video id, quod crebo tibi. ). Ce que je crois, je le crois car je l’ai vu à travers toi.

Jacky Lavauzelle