SONNET SHAKESPEARE 33 Full many a glorious morning have I seen

LES SONNETS DE SHAKESPEARE THE SONNETS
THE SONNETS – LES SONNETS

Illustration du Phénix par Friedrich Justin Bertuch
*


WILLIAM SHAKESPEARE
[1564 – 1616]

Traduction JACKY LAVAUZELLE

**

SONNET 33

The Sonnets SHAKESPEARE
Les Sonnets de SHAKESPEARE
 Full many a glorious morning have I seen


Un Grand Matin Glorieux

1598 

**

*

Full many a glorious morning have I seen
J’ai souvent vu un grand matin glorieux
Flatter the mountain tops with sovereign eye,
Dominer les sommets des montagnes d’un oeil souverain,
Kissing with golden face the meadows green,
Embrasser d’un visage flavescent les prés émeraudes,
Gilding pale streams with heavenly alchemy;
Diaprer de pâles des ruisseaux d’une céleste alchimie ;

*







*

Anon permit the basest clouds to ride
Autorisant quelquefois de quelconques nuages à traverser
With ugly rack on his celestial face,
Avec d’hideux aspects sur sa céleste face,
And from the forlorn world his visage hide,
Et du monde oublié, cachant son visage,
Stealing unseen to west with this disgrace:
Descendant vers l’ouest avec cette disgrâce :

*

Even so my sun one early morn did shine,
Mon soleil au début du matin a ainsi brillé,
With all triumphant splendour on my brow;
Avec toute sa splendeur triomphante sur mon front ;
But out! alack! he was but one hour mine,
Mais hélas ! il n’a été mien que pendant une heure,

 






*

The region cloud hath mask’d him from me now.
Les nuages me l’ont masqué maintenant.
Yet him for this my love no whit disdaineth;
Pourtant, pour cela, mon amour, n’oppose aucun mépris ;
Suns of the world may stain when heaven’s sun staineth.
Les soleils du monde peuvent se voiler quand le soleil du ciel lui-même se cache.

*

 

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SHAKESPEARE SONNET 33

LES SONNETS DE SHAKESPEARE THE SONNETS

LUIS DE CAMOES OS LUSIADAS III-66 LES LUSIADES

*Luís de Camões Os Lusiadas Les Lusiades
OS LUSIADAS III-66 LES LUSIADES III-66
LITTERATURE PORTUGAISE

Luis de Camoes Oeuvres obras Artgitato

literatura português

Luis de Camões
[1525-1580]

Tradução – Traduction
texto bilingue

Luis de Camoes Les Lusiades

 

Obra Poética

(1556)

LES LUSIADES III-66

OS LUSIADAS III-66

A Epopeia Portuguesa

 

CHANT III
Canto Terceiro

Traduction Jacky Lavauzelle

verso 66
Strophe 66

III-66

Image illustrative de l'article Vasco de Gama

Vasco de Gama

Vasco da Gama signature almirante.svg

 

******

Luís de Camões Os Lusiadas
OS LUSIADAS III-66
LES LUSIADES III-66

 *****

Précisions historiques

Camoes a évoqué du verset 42 au verset 54 la bataille d’Ourique qui sera gagné par le premier roi de Portugal sous le nom d’Alphonse Ier – Alfonso I – Afonso Henriques (1109 Guimarães /Viseu-1185  Coimbra) –
Alfonso sera couronné roi de Portugal en 1139 après la bataille d’Ourique.
Dans le sonnet, Camoes évoque la séquence suivante à partir de la bataille de Leiria. Cette bataille n’a pas la même portée symbolique d’Ourique qui méritait une dizaine de sonnets, il s’agissait de la Grande Victoire, grão vitória. Nous nous trouvons à 7 kilomètres du Campo de Ourique. Nous sommes ici à la limite entre le nouveau royaume et les possessions des musulmans Almohades. D’où les premiers vers de Camoes sur la conquête récente de la ville par les Mahométans. Paio Guterres da Cunha, un noble portugais, se fera remarquer à plusieurs reprises dans la défense du château de Leiria Nous le retrouverons aussi dans le siège par les maures de Lisbonne.
Les autres villes citées dans le sonnet 55 sont Arronches, petite ville de l’Alentejo, située à proximité de l’actuelle frontière avec l’Espagne et Scabelicastro – nommée Scalabis par les Romains, puis Shantarin par les Maures – s’appelle aujourd’hui Santarém et se trouve au nord de Lisbonne, dans le Ribatejo.
Sonnet 56, Alphonse Ier continue ses conquêtes avec Sintra et Mafra situées à une vingtaine de kilomètres au nord de Lisbonne. Sintra tombe en 1147. Les Monts de Sintra sont nommés les Montagnes de la Lune, serras da Lua ; lien fait entre Sintra et Cynthie. Cynthie est associée à Diane, la déesse de la Lune (Première Encyclopédie – Diderot – 1751 – Tome 4 : CYNTHIUS & CYNTHIA, surnoms d’Apollon & de Diane, ainsi appelés du mont Cynthie situé au milieu de l’île de Délos où ils avoient pris naissance.)
Sonnet 57, voici la ville de Lisbonne et des références à sa fondation par Ulysse. Dans la Première Encyclopédie, en 1765 (Tome 11), Louis de Jaucourt souligne à la définition Olysippo : « c’est ainsi que plusieurs auteurs écrivent le nom d’une ville très-ancienne, située à l’embouchure du Tage, & qui est aujourd’hui Lisbonne. Elle est si ancienne, que Solin a cru qu’elle avoit été fondée par Ulysse ; & Strabon même ne juge pas impossible qu’Ulysse ait été en Espagne. Dans le passage de Solin on lit : Ibi oppidum Olysipone Ulyxi conditum. Solin met ici un ablatif pour un nominatif ; car, selon l’usage de son tems, les noms de ville se mettoient à l’ablatif, & étoient regardés comme indéclinables. Ainsi Vopiscus dans la vie d’Aurelien dit, Copto & Plotemaïde urbes cepit. Dans Antonin, les noms sont de même à l’ablatif, tandis que chez les Grecs ils sont au génitif. » »
La Dardanie d’Asie Mineure est dans l’actuelle Anatolie du nord-ouest. Les Dardaniens et les Troyens sont ici confondus.
Les troupes qui viennent des régions boréales sont les troupes croisées des régions nordiques venues à la rescousse d’Alphonse Ier.
Sonnet 58 : 1147- Siège de Lisbonne -O Cerco de Lisboa –  précisions sur les troupes venues en renfort du nord de l’Europe, notamment la Germanie et la Grande-Bretagne actuelle, « la froide Bretagne« .
Sonnet 59 : 1147 – Siège de Lisbonne – précisions sur la durée du siège avec les indications lunaires – Le siège a duré presque cinq mois du 1er juillet au 25 octobre 1147.
Sonnet 60 – Lisbonne est libérée – Rappel de la résistance de cette courageuse cité. Nous parlons ici des guerriers Scythes. « On donna anciennement le nom de Scythes à tous les peuples du septentrion, principalement à ceux du septentrion de l’Asie ; car quoique plusieurs auteurs marquent des Scythes en Europe, & que Pline les donne pour des peuples limitrophes du Pont, conjointement avec les Dardaniens, les Triballiens, les Mœsiens & les Thraces ; ces Scythes sont plus souvent appelés Getes ou Sarmates, quand on veut les prendre dans un sens plus étendu. Presque toujours par le nom de Scythes, on entend des peuples Asiatiques. Aussi Pomponius Mela, lib. III. c. iv. après avoir dit que la Sarmatie était limitrophe de la Germanie, dont elle était séparée par la Vistule, ajoute, chap. v. que les confins de l’Asie se prennent à la Sarmatie, si ce n’est dans les pays perpétuellement couverts de neige, & où il faisait un froid insupportable ; pays qui étaient habités par les Scythes. » (Louis de Jaucourt & Diderot -L’Encyclopédie, Première Edition de 1751 Tome 14)
Le Bætis, ou Betis est le Guadalquivir d’aujourd’hui et représente, par extension, la province de l’Andalousie. Le texte suggère un rapprochement entre le nom Andalousie et Vandalie. C’est la thèse d’André de Resende, restaurateur des études classiques du Portugal.
Sonnet 61 – Nous restons dans la même séquence de la conquête d’Alphonse avec l’aide des troupes étrangères du nord de l’Europe. Après Lisbonne, les autres villes de l’Estrémadure, au nord de Lisbonne, moins protégées, ne pouvaient que succomber :
Óbidos (District de Leiria), Alenquer (District de Lisbonne) et Torres Vedras (District de Lisbonne).
Sonnet 62 – Les troupes avancent sur les terras Transtaganas, les terres Transtaganes, autrement dit au-delà du Tage ; il s’agit de terres fertiles placées sous la protection de la déesse Cérès, la déesse de l’agriculture, des moissons et de la fécondité. Les villes citées ici sont Elvas (district de Portalegre- on peut y admirer un édifice majestueux construit à partir de 1498 à 1622 : l’aqueduc des Amoreiras), Moura et Serpa (district de Beja), plus au sud, Alcácer do Sal (district de Setúbal) plus à l’ouest.
Sonnet 63 : après Viriatus, Quintus Sartorius (122 av J.-C. – 72 av J.-C.) est un véritable héros au Portugal.  Camoes continue la conquête et nous conduit ici dans la plaine d’Évora . Gérald sans peur , « Geraldo Sem Pavor, » mort vers 1173, aussi repris cette ville d’Evora aux maures en 1164 et ensuite Cáceres.
Sonnet 64 : 1162 -Trancoso, dans le district actuel de Guarda, qui est détruite, est vengée par la ville de Beja (30 septembre 1162), dans l’Alentejo. Cet Alentejo sera conquis entièrement en 1168.
Sonnet 65 : la conquête continue avec Sesimbra et Palmela, dans l’actuel district de Setúbal (au sud de Lisbonne) – Il s’agit de bataille contre le Taïfa de Badajoz. Le Taifa sera contrôlé par les Portugais en 1169 et 1170, avant de revenir sous le contrôle des Almohades.  C’est en 1227 que le Taifa sera définitivement perdu par les Almohades lors de la conquête chrétienne.
Sonnet 66 : les forces et le caractère du Taïfa de Badajoz.

 

Jacky Lavauzelle
Camoes Les Lusiades

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Le siège de Lisbonne
O Cerco de Lisboa

Alfredo Roque Gameiro
1917

******

« O Rei de Badajoz era alto Mouro,
« Le Taïfa de Badajoz était un éminent Maure,
Com quatro mil cavalos furiosos,
  Entouré de quatre mille chevaux piaffants,
 
Inúmeros peões, d’armas e de ouro
 De nombreux fantassins, d’armes et d’or
 
Guarnecidos, guerreiros e lustrosos.
 Garnis, combattant et rayonnant.
Mas, qual no mês de Maio o bravo touro,
  Mais, comme en mai, le taureau courageux,
 
Co’os ciúmes da vaca, arreceosos,
Jaloux de sa vache, sur ses gardes,
Sentindo gente o bruto e cego amante
Amant brut et aveugle entendant des bruits,
 
Salteia o descuidado caminhante:
Se rue sur le marcheur négligent :

*******

Vasco de Gama par Gregorio Lopes

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Luís Vaz de Camões Os Lusiadas Les Lusiades
OS LUSIADAS III-66 CAMOES LUSIADES III-66
Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
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White_Fawn_Drawing Faon Diane

LUIS DE CAMOES OS LUSIADAS LES LUSIADES

PASSION DE MAÏAKOVSKI (1917) Страсти Маяковского (Владимир Владимирович Маяковский)

Маяковский поэма
Страсти Маяковского

PASSION DE MAÏAKOVSKI


русский поэт- Poète Russe
русская литература
Littérature Russe
 

 





 

Владимир Владимирович Маяковский
Vladimir Maïakovski

1893-1930

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE
стихотворение Лермонтова

 




 Poème de Vladimir Maïakovski

Страсти Маяковского
La Passion de Maïakovki
1917

**

 Слышите?
Entendez-vous ?
Слышите лошажье ржанье?
Entendez-vous hennir les montures ?
Слышите?
Entendez-vous ?
Слышите вопли автомобильи?
Entendez-vous les crissements des voitures ?
Это идут,
Voilà
идут горожане
Les citoyens
выкупаться в Его обилии.
Qui se baignent dans Son abondance.

Разлив людей.
Une foule qui se déverse.
Затерся в люд,
Une foule qui m’étouffe,
расстроенный и хлюпкий.
Frustrée et visqueuse.
Хватаюсь за уздцы.
Je tends les rênes.
Ловлю
Je pêche
за фалды и за юбки.
Les basques et les jupes.


Что это?
Qui est-ce ?
Ты?
Est-ce toi ?
Туда же ведома?!
Tu sembles désinvoltes ?!
В святошестве изолгалась!
Désinvolture blasphématrice !
Как красный фонарь у публичного дома,
Comme la lumière rouge d’un bordel,
кровав
Se colorent
налившийся глаз.
Mes yeux irrigués.

Зачем тебе?
Pourquoi es-tu ici ?
Остановись!
Stop !
Я знаю радость слаже!
Je sais de plus douces joies !
Надменно лес ресниц навис.
Des forêts de cils hautainement suspendus.
Остановись!
Stop !
Ушла уже…
Elle est déjà emportée …



 

Там, возносясь над головами, Он.
Là-bas, s’élevant au-dessus des têtes, le voici.

Череп блестит,
Crâne scintillant,
хоть надень его на ноги,
A s’en même mettre sur ses pieds !
безволосый,
Sans un poil sur le caillou
весь рассиялся в лоске.
Tout brille en lui.
Только
Seulement
у пальца безымянного
Sur l’annulaire
  на последней фаланге
Sur la dernière phalange
 три
Trois
 из-под бриллианта –
– à côté des brillants-
выщетинились волосики.
Poils hirsutes.



Вижу – подошла.
Je vois – elle s’approche.
Склонилась руке.
Elle attrape sa main.
Губы волосикам,
Puis approche ses lèvres des trois poils,
шепчут над ними они,
Qui chuchotent sur chacun d’eux,
   « Флейточкой » называют один,
« Ma belle flûte » pour l’un,
« Облачком » – другой,
« Mon petit nuage » – pour l’autre,
 третий – сияньем неведомым
Au troisième – un éclat inconnu
 какого-то,
Pour lequel,
только что
Je viens juste
 мною творимого имени.
De lui donner un nom.




*******

Poème de Vladimir Maïakovski
PASSION DE MAÏAKOVSKI
Страсти Маяковского




PASSION DE MAÏAKOVSKI

GIOVANNI PASCOLI – NEBBIA – LA BRUME – Canti di Castelvecchio

Giovanni Pascoli

Traduction – Texte Bilingue
Poesia e traduzione

LITTERATURE ITALIENNE

Letteratura Italiana

GIOVANNI PASCOLI
1855-1912

Giovanni Pascoli artgitato poesie poesia

Traduction Jacky Lavauzelle

——-




NEBBIA
La Brume

Canti di Castelvecchio

**

Nascondi le cose lontane,
Tu dissimules les choses lointaines,
tu nebbia impalpabile e scialba,
Toi brume impalpable et terne,
 tu fumo che ancora rampolli,
Toi nuée d’où partent encore,
su l’alba,
A l’aube,
da’ lampi notturni e da’ crolli
Des lumières nocturnes d’où s’écroulent
d’aeree frane!
Des pans du ciel !






Nascondi le cose lontane,
Tu dissimules les choses lointaines,
 nascondimi quello ch’è morto!
Voile-moi ce qui est mort !
 Ch’io veda soltanto la siepe
Que je ne vois que la silhouette
dell’orto,
Du verger,
la mura ch’ha piene le crepe
Que les fissures dans les murs pleines
 di valerïane.
De valériane.



Nascondi le cose lontane:
Dissimule les choses lointaines :
  le cose son ebbre di pianto!
Les choses ivres de larmes !
Ch’io veda i due peschi, i due meli,
Que je vois mes deux pêchers, mes deux pommiers,
 soltanto,
Seulement,
che dànno i soavi lor mieli
Qui donnent la douceur au miel
 pel nero mio pane.
Sur mon pain noir.



 Nascondi le cose lontane
Dissimule les choses lointaines
che vogliono ch’ami e che vada!
Qui veulent que j’aime, qui veulent que j’aille !
Ch’io veda là solo quel bianco
Que je ne vois que le blanc
  di strada,
De la rue,
che un giorno ho da fare tra stanco
Qu’un jour je prendrai aux désenchantés
don don di campane…
Sons les cloches …



Nascondi le cose lontane,
Dissimule les choses lointaines,
 nascondile, involale al volo
Dissimule-les, vole-les au vol
del cuore! Ch’io veda il cipresso
Du cœur ! Laisse-moi voir le cyprès
    là, solo,
Là, seulement,
qui, solo quest’orto, cui presso
Ici, seulement ce jardin, où, à côté,
  sonnecchia il mio cane.
Mon chien sommeille.

*

*************

GIOVANNI PASCOLI
par
PAUL HAZARD
en 1912

« Il aimera toute la nature« 

Cet art très objectif est tout pénétré de sentiment. Ce pourrait être la haine de la nature marâtre, qui met au inonde les créatures pour les torturer, si nous ne nous rappelions ici la bonté essentielle de Pascoli : il ne se lasse jamais d’exprimer sa douleur, parce qu’il ne l’oublie jamais : mais de sa souffrance, plutôt qu’à la légitimité de la révolte, il conclut à la nécessité du pardon. Désirer la vengeance, blasphémer ou maudire, ne serait-ce pas perpétuer le mal sur la terre, et prendre rang parmi les coupables ? Ayant éprouvé qu’il y a dans la vie un insondable mystère, ils doivent se serrer les uns contre les autres, ceux que le même mystère angoisse ; ils doivent se chérir et s’entr’aider, pour prendre leur revanche contre le sort. La pitié, la tendresse, la douceur, voilà donc les sentimens qui pénétreront les vers du poète, et qui, partant des hommes, aboutiront aux choses. Parmi les hommes, il s’intéressera d’abord aux victimes, aux orphelins, aux malades ; puis aux humbles, aux pauvres, aux misérables ; puis encore, aux simples et aux primitifs. Pareillement, il aimera les arbres qui frémissent au vent, les fleurs qui tremblent sur leur tige, et la faiblesse gracieuse des oiseaux : comme saint François d’Assise, puisqu’on a dit de lui qu’il était un Virgile chrétien, ou un saint François païen ; comme ce Paolo Uccollo dont il a écrit la touchante histoire. Il aimera toute la nature : soit qu’il aperçoive en elle des symboles, et veuille voir des berceaux dans les nids ; soit qu’il manifeste une reconnaissance émerveillée pour les tableaux de beauté qu’elle lui présente ; soit qu’il l’associe aux hommes dans la lutte contre le mystère qui l’enveloppe elle-même, il finit par la considérer comme une mère très douce, qui nous berce encore à l’heure où nous nous endormons. « Ah ! laissons-la faire, car elle sait ce qu’elle fait, et elle nous aime !… » Ce sentiment-là, il nous le communique sans prétendre nous l’imposer. En effet, cet artiste épris d’exactitude, connaissant la valeur de la précision, en connaît aussi les limites. Il sait qu’au-delà du terme où l’analyse peut atteindre, il y a les forces presque inconscientes qu’il faut laisser agir par elles-mêmes après les avoir mises en mouvement. Il possède la pudeur rare qui consiste à ne pas vouloir tout dire ; à faire crédit à la sensibilité du lecteur ; à se taire lorsqu’il a provoqué le rêve, afin de ne le point troubler.
Giovanni Pascoli
Paul Hazard
Revue des Deux Mondes Tome 10-  1912




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Il sogno della vergine
Le Rêve de la vierge



Traduction Jacky Lavauzelle
artgitato
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GIOVANNI PASCOLI – LE RÊVE DE LA VIERGE -V- Il sogno della vergine (Canti di Castelvecchio)

Giovanni Pascoli

Traduction – Texte Bilingue
Poesia e traduzione

LITTERATURE ITALIENNE

Letteratura Italiana

GIOVANNI PASCOLI
1855-1912

Giovanni Pascoli artgitato poesie poesia

Traduction Jacky Lavauzelle

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Il sogno della vergine
Le Rêve de la vierge
V

Canti di Castelvecchio

**

Il lume inquieto ora salta
L’inquiète clarté lumière oscillante
guizzando, ora crepita e scende:
Illumine, puis crépite et décroît :
s’è spento. Quiete più alta.
Enfin, disparaît. Sérénité souveraine.

Nell’ombra già rara, già scialba
Dans l’ombre déjà rare, déjà livide
traverso le immobili tende
A travers la toile immobile
si sfuma la nebbia dell’alba.
Disparaît la brume de l’aube.




 


Il fiore improvviso, non sorto
Soudain la fleur, non engendrée
da seme, non retto da stelo….
D’une semence, non portée d’une tige….
svanito! Non nato, non morto:
Disparaît ! Non née ni morte :



svanito nell’alito chiaro
Disséminée dans la claire respiration
dell’alba! svanito dal cielo
De l’aube! Disparue dans le ciel
notturno del sogno! — Cantarono
Nocturne des rêves ! – Alors chantèrent

i galli, rabbrividì l’aria,
Les coqs, dans l’air glacial,
s’empì di scalpicci la via;
Puis la rue s’anima ;
da lungi squillò solitaria
Au loin un son solitaire :
 la voce dell’Avemaria —
La voix de l’Ave-maria.

*

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GIOVANNI PASCOLI
par
PAUL HAZARD
en 1912

« Il aimera toute la nature« 

Cet art très objectif est tout pénétré de sentiment. Ce pourrait être la haine de la nature marâtre, qui met au inonde les créatures pour les torturer, si nous ne nous rappelions ici la bonté essentielle de Pascoli : il ne se lasse jamais d’exprimer sa douleur, parce qu’il ne l’oublie jamais : mais de sa souffrance, plutôt qu’à la légitimité de la révolte, il conclut à la nécessité du pardon. Désirer la vengeance, blasphémer ou maudire, ne serait-ce pas perpétuer le mal sur la terre, et prendre rang parmi les coupables ? Ayant éprouvé qu’il y a dans la vie un insondable mystère, ils doivent se serrer les uns contre les autres, ceux que le même mystère angoisse ; ils doivent se chérir et s’entr’aider, pour prendre leur revanche contre le sort. La pitié, la tendresse, la douceur, voilà donc les sentimens qui pénétreront les vers du poète, et qui, partant des hommes, aboutiront aux choses. Parmi les hommes, il s’intéressera d’abord aux victimes, aux orphelins, aux malades ; puis aux humbles, aux pauvres, aux misérables ; puis encore, aux simples et aux primitifs. Pareillement, il aimera les arbres qui frémissent au vent, les fleurs qui tremblent sur leur tige, et la faiblesse gracieuse des oiseaux : comme saint François d’Assise, puisqu’on a dit de lui qu’il était un Virgile chrétien, ou un saint François païen ; comme ce Paolo Uccollo dont il a écrit la touchante histoire. Il aimera toute la nature : soit qu’il aperçoive en elle des symboles, et veuille voir des berceaux dans les nids ; soit qu’il manifeste une reconnaissance émerveillée pour les tableaux de beauté qu’elle lui présente ; soit qu’il l’associe aux hommes dans la lutte contre le mystère qui l’enveloppe elle-même, il finit par la considérer comme une mère très douce, qui nous berce encore à l’heure où nous nous endormons. « Ah ! laissons-la faire, car elle sait ce qu’elle fait, et elle nous aime !… » Ce sentiment-là, il nous le communique sans prétendre nous l’imposer. En effet, cet artiste épris d’exactitude, connaissant la valeur de la précision, en connaît aussi les limites. Il sait qu’au-delà du terme où l’analyse peut atteindre, il y a les forces presque inconscientes qu’il faut laisser agir par elles-mêmes après les avoir mises en mouvement. Il possède la pudeur rare qui consiste à ne pas vouloir tout dire ; à faire crédit à la sensibilité du lecteur ; à se taire lorsqu’il a provoqué le rêve, afin de ne le point troubler.
Giovanni Pascoli
Paul Hazard
Revue des Deux Mondes Tome 10-  1912




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Il sogno della vergine
Le Rêve de la vierge



Traduction Jacky Lavauzelle
artgitato
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GIOVANNI PASCOLI – LE RÊVE DE LA VIERGE -IV- Il sogno della vergine (Canti di Castelvecchio)

Giovanni Pascoli

Traduction – Texte Bilingue
Poesia e traduzione

LITTERATURE ITALIENNE

Letteratura Italiana

GIOVANNI PASCOLI
1855-1912

Giovanni Pascoli artgitato poesie poesia

Traduction Jacky Lavauzelle

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Il sogno della vergine
Le Rêve de la vierge
IV

Canti di Castelvecchio

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Si dondola dondola dondola
Oscillant, se balançant, se ballotant
senza rumore la cuna
Sans bruit le berceau
nel mezzo al silenzio profondo;
Au cœur du profond silence ;

così, come tacito al vento,
Ainsi, comme le vent taciturne,
nel tacito lume di luna,
Au clair de la silencieuse lune,
si dondola un cirro d’argento.
Se balance un cirrus d’argent.


Oh! dormi col tremolìo muto
Oh ! Dors au silence tremblant
dell’esile cuna che avesti!
Du fragile nid que fut le tien !
non piangerlo tutto, il minuto
Ne pleure pas sans cesse la minute




che avesti, dell’esile vita!
Qui fut la tienne, de cette fragile vie !
nel cuore di mamma non resti
Dans le cœur de la mère ne demeure
quell’eco di pianto, infinita!
Que l’écho des pleurs, sans fin !

Sorridile, guardala; appressati
Souris et regarde ; s’approche
a mamma, ch’ormai non ha più,
La maman, qui ne possède plus,
per vivere un poco ancor essa,
Pour vivre un peu plus encore,
che il poco di fiato ch’hai tu!
Qu’un peu de ton souffle !

*

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GIOVANNI PASCOLI
par
PAUL HAZARD
en 1912

« Il aimera toute la nature« 

Cet art très objectif est tout pénétré de sentiment. Ce pourrait être la haine de la nature marâtre, qui met au inonde les créatures pour les torturer, si nous ne nous rappelions ici la bonté essentielle de Pascoli : il ne se lasse jamais d’exprimer sa douleur, parce qu’il ne l’oublie jamais : mais de sa souffrance, plutôt qu’à la légitimité de la révolte, il conclut à la nécessité du pardon. Désirer la vengeance, blasphémer ou maudire, ne serait-ce pas perpétuer le mal sur la terre, et prendre rang parmi les coupables ? Ayant éprouvé qu’il y a dans la vie un insondable mystère, ils doivent se serrer les uns contre les autres, ceux que le même mystère angoisse ; ils doivent se chérir et s’entr’aider, pour prendre leur revanche contre le sort. La pitié, la tendresse, la douceur, voilà donc les sentimens qui pénétreront les vers du poète, et qui, partant des hommes, aboutiront aux choses. Parmi les hommes, il s’intéressera d’abord aux victimes, aux orphelins, aux malades ; puis aux humbles, aux pauvres, aux misérables ; puis encore, aux simples et aux primitifs. Pareillement, il aimera les arbres qui frémissent au vent, les fleurs qui tremblent sur leur tige, et la faiblesse gracieuse des oiseaux : comme saint François d’Assise, puisqu’on a dit de lui qu’il était un Virgile chrétien, ou un saint François païen ; comme ce Paolo Uccollo dont il a écrit la touchante histoire. Il aimera toute la nature : soit qu’il aperçoive en elle des symboles, et veuille voir des berceaux dans les nids ; soit qu’il manifeste une reconnaissance émerveillée pour les tableaux de beauté qu’elle lui présente ; soit qu’il l’associe aux hommes dans la lutte contre le mystère qui l’enveloppe elle-même, il finit par la considérer comme une mère très douce, qui nous berce encore à l’heure où nous nous endormons. « Ah ! laissons-la faire, car elle sait ce qu’elle fait, et elle nous aime !… » Ce sentiment-là, il nous le communique sans prétendre nous l’imposer. En effet, cet artiste épris d’exactitude, connaissant la valeur de la précision, en connaît aussi les limites. Il sait qu’au-delà du terme où l’analyse peut atteindre, il y a les forces presque inconscientes qu’il faut laisser agir par elles-mêmes après les avoir mises en mouvement. Il possède la pudeur rare qui consiste à ne pas vouloir tout dire ; à faire crédit à la sensibilité du lecteur ; à se taire lorsqu’il a provoqué le rêve, afin de ne le point troubler.
Giovanni Pascoli
Paul Hazard
Revue des Deux Mondes Tome 10-  1912




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Il sogno della vergine
Le Rêve de la vierge



Traduction Jacky Lavauzelle
artgitato
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GIOVANNI PASCOLI – LE RÊVE DE LA VIERGE -III- Il sogno della vergine (Canti di Castelvecchio)

Giovanni Pascoli

Traduction – Texte Bilingue
Poesia e traduzione

LITTERATURE ITALIENNE

Letteratura Italiana

GIOVANNI PASCOLI
1855-1912

Giovanni Pascoli artgitato poesie poesia

Traduction Jacky Lavauzelle

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Il sogno della vergine
Le Rêve de la vierge
III

Canti di Castelvecchio

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Un figlio! che posa nel letto
Un fils ! Sur son lit
suo vergine! e cerca assetato
De vierge ! Assoiffé, il cherche
le fonti del vergine petto!
La source de la vierge poitrine !

O figlio d’un intimo riso
Ô fils d’un rire intime
dell’anima! o fiore non nato
De l’âme ! Ô fleur, non formée
da seme, e sbocciato improvviso!
D’une graine, qui soudain s’épanouit !


Tu fiore non retto da stelo,
Toi, fleur sans tige tenue,
tu luce non nata da fuoco,
Toi, lumière non d’un feu issue,
tu simile a stella del cielo;
Toi, semblable à une étoile dans le ciel ;




dal cielo dell’anima, ov’ora
Du ciel de l’âme, tu t’éveillas
sbocciasti improvviso, tra poco
Soudainement, bientôt
tu dileguerai nell’aurora.
Dans l’aurore tu t’évanouiras.

 In tanto tu vivi per una
Tu vis pourtant
breve ora; in un’anima, in tanto,
Un bref moment ; en une âme, pourtant,
di vergine: in quella tua cuna
de vierge : en ton berceau
tu piangi il tuo tacito pianto.
Tu pleures tes silencieuses larmes.

*

*************

GIOVANNI PASCOLI
par
PAUL HAZARD
en 1912

« Il aimera toute la nature« 

Cet art très objectif est tout pénétré de sentiment. Ce pourrait être la haine de la nature marâtre, qui met au inonde les créatures pour les torturer, si nous ne nous rappelions ici la bonté essentielle de Pascoli : il ne se lasse jamais d’exprimer sa douleur, parce qu’il ne l’oublie jamais : mais de sa souffrance, plutôt qu’à la légitimité de la révolte, il conclut à la nécessité du pardon. Désirer la vengeance, blasphémer ou maudire, ne serait-ce pas perpétuer le mal sur la terre, et prendre rang parmi les coupables ? Ayant éprouvé qu’il y a dans la vie un insondable mystère, ils doivent se serrer les uns contre les autres, ceux que le même mystère angoisse ; ils doivent se chérir et s’entr’aider, pour prendre leur revanche contre le sort. La pitié, la tendresse, la douceur, voilà donc les sentimens qui pénétreront les vers du poète, et qui, partant des hommes, aboutiront aux choses. Parmi les hommes, il s’intéressera d’abord aux victimes, aux orphelins, aux malades ; puis aux humbles, aux pauvres, aux misérables ; puis encore, aux simples et aux primitifs. Pareillement, il aimera les arbres qui frémissent au vent, les fleurs qui tremblent sur leur tige, et la faiblesse gracieuse des oiseaux : comme saint François d’Assise, puisqu’on a dit de lui qu’il était un Virgile chrétien, ou un saint François païen ; comme ce Paolo Uccollo dont il a écrit la touchante histoire. Il aimera toute la nature : soit qu’il aperçoive en elle des symboles, et veuille voir des berceaux dans les nids ; soit qu’il manifeste une reconnaissance émerveillée pour les tableaux de beauté qu’elle lui présente ; soit qu’il l’associe aux hommes dans la lutte contre le mystère qui l’enveloppe elle-même, il finit par la considérer comme une mère très douce, qui nous berce encore à l’heure où nous nous endormons. « Ah ! laissons-la faire, car elle sait ce qu’elle fait, et elle nous aime !… » Ce sentiment-là, il nous le communique sans prétendre nous l’imposer. En effet, cet artiste épris d’exactitude, connaissant la valeur de la précision, en connaît aussi les limites. Il sait qu’au-delà du terme où l’analyse peut atteindre, il y a les forces presque inconscientes qu’il faut laisser agir par elles-mêmes après les avoir mises en mouvement. Il possède la pudeur rare qui consiste à ne pas vouloir tout dire ; à faire crédit à la sensibilité du lecteur ; à se taire lorsqu’il a provoqué le rêve, afin de ne le point troubler.
Giovanni Pascoli
Paul Hazard
Revue des Deux Mondes Tome 10-  1912




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Il sogno della vergine
Le Rêve de la vierge



Traduction Jacky Lavauzelle
artgitato
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GIOVANNI PASCOLI – LE RÊVE DE LA VIERGE -II- Il sogno della vergine (Canti di Castelvecchio)

Giovanni Pascoli

Traduction – Texte Bilingue
Poesia e traduzione

LITTERATURE ITALIENNE

Letteratura Italiana

GIOVANNI PASCOLI
1855-1912

Giovanni Pascoli artgitato poesie poesia

Traduction Jacky Lavauzelle

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Il sogno della vergine
Le Rêve de la vierge
II

Canti di Castelvecchio

**

 




Stupisce le placide vene
Stupéfiant les placides veines
quel flutto soave e straniero,
Quel étranger flux suave,
quel rivolo, labile, lene,
Quel léger filet labile,

d’ignota sorgente, che sembra
De source inconnue, qui semble
che inondi di blando mistero
Inonder d’un fade mystère
  le pie sigillate sue membra.
Ses membres pieusement scellés.


Le gracili membra non sanno
Ses gracieux membres ignorent
  lo schianto, non sanno l’amplesso:
L’intrusion, ignore l’étreinte :
  nel cuore, sì forse un affanno
Dans le cœur, probablement une fatigue




c’è, l’ombra di un palpito, l’orma
L’ombre d’une palpitation, la cicatrice
  d’un grido: il respiro sommesso
d’un cri : le souffle infime
  d’un vago ricordo che dorma;
d’un vague souvenir ensommeillé ;

 

che dorma nel cuore ed esali
Il dort dans le coeur et expire
 nel cuore il suo sonno romito.
Dans le cœur de son sommeil solitaire.
La vergine sogna: ecco, un alito
Rêve la vierge : un souffle, ici
piccolo, accanto… un vagito…
Si ténu, si proche… un gémissement…

*

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GIOVANNI PASCOLI
par
PAUL HAZARD
en 1912

« Il aimera toute la nature« 

Cet art très objectif est tout pénétré de sentiment. Ce pourrait être la haine de la nature marâtre, qui met au inonde les créatures pour les torturer, si nous ne nous rappelions ici la bonté essentielle de Pascoli : il ne se lasse jamais d’exprimer sa douleur, parce qu’il ne l’oublie jamais : mais de sa souffrance, plutôt qu’à la légitimité de la révolte, il conclut à la nécessité du pardon. Désirer la vengeance, blasphémer ou maudire, ne serait-ce pas perpétuer le mal sur la terre, et prendre rang parmi les coupables ? Ayant éprouvé qu’il y a dans la vie un insondable mystère, ils doivent se serrer les uns contre les autres, ceux que le même mystère angoisse ; ils doivent se chérir et s’entr’aider, pour prendre leur revanche contre le sort. La pitié, la tendresse, la douceur, voilà donc les sentimens qui pénétreront les vers du poète, et qui, partant des hommes, aboutiront aux choses. Parmi les hommes, il s’intéressera d’abord aux victimes, aux orphelins, aux malades ; puis aux humbles, aux pauvres, aux misérables ; puis encore, aux simples et aux primitifs. Pareillement, il aimera les arbres qui frémissent au vent, les fleurs qui tremblent sur leur tige, et la faiblesse gracieuse des oiseaux : comme saint François d’Assise, puisqu’on a dit de lui qu’il était un Virgile chrétien, ou un saint François païen ; comme ce Paolo Uccollo dont il a écrit la touchante histoire. Il aimera toute la nature : soit qu’il aperçoive en elle des symboles, et veuille voir des berceaux dans les nids ; soit qu’il manifeste une reconnaissance émerveillée pour les tableaux de beauté qu’elle lui présente ; soit qu’il l’associe aux hommes dans la lutte contre le mystère qui l’enveloppe elle-même, il finit par la considérer comme une mère très douce, qui nous berce encore à l’heure où nous nous endormons. « Ah ! laissons-la faire, car elle sait ce qu’elle fait, et elle nous aime !… » Ce sentiment-là, il nous le communique sans prétendre nous l’imposer. En effet, cet artiste épris d’exactitude, connaissant la valeur de la précision, en connaît aussi les limites. Il sait qu’au-delà du terme où l’analyse peut atteindre, il y a les forces presque inconscientes qu’il faut laisser agir par elles-mêmes après les avoir mises en mouvement. Il possède la pudeur rare qui consiste à ne pas vouloir tout dire ; à faire crédit à la sensibilité du lecteur ; à se taire lorsqu’il a provoqué le rêve, afin de ne le point troubler.
Giovanni Pascoli
Paul Hazard
Revue des Deux Mondes Tome 10-  1912




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Il sogno della vergine
Le Rêve de la vierge



Traduction Jacky Lavauzelle
artgitato
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GIOVANNI PASCOLI – LE RÊVE DE LA VIERGE -I- Il sogno della vergine (Canti di Castelvecchio)

Giovanni Pascoli

Traduction – Texte Bilingue
Poesia e traduzione

LITTERATURE ITALIENNE

Letteratura Italiana

GIOVANNI PASCOLI
1855-1912

Giovanni Pascoli artgitato poesie poesia

Traduction Jacky Lavauzelle

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Il sogno della vergine
Le Rêve de la vierge
I

Canti di Castelvecchio

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La vergine dorme. Ma lenta
La vierge dort. Mais indolente
la fiamma dal puro alabastro
La flamme d’albâtre pur tente
le immemori palpebre tenta;
De pénétrer ses paupières inconscientes ;

bussa alla chiusa anima. Il lume
Frappe à l’âme close. La lumière
vacilla nell’ombra, come astro
vacille dans l’ombre, comme une étoile
di vita tra un velo di brume.
De vie dans un voile de brume.


Echeggia nell’anima, invasa
Des échos dans l’âme envahissent
dal sonno, quel battere, e pare
Ce sommeil, un rythme qui semble
destare la tacita casa.
Réveiller la silencieuse maison.



La casa si desta: un sorriso
La maison s’est éveillée : un sourire
s’accende, si muove ed appare
S’ouvre, se déplace et apparaît
via via qua e là per il viso…
peu à peu, ici et là sur le visage …

 

La vergine sogna; ed un rivo
Rêve la vierge quand un courant
di sangue stupisce le intatte
De sang sidère les chastes
vene, d’un sangue più vivo,
veines, un sang plus vif,
più tiepido: come di latte…
plus chaud : tel du lait …

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GIOVANNI PASCOLI
par
PAUL HAZARD
en 1912

« Il aimera toute la nature« 

Cet art très objectif est tout pénétré de sentiment. Ce pourrait être la haine de la nature marâtre, qui met au inonde les créatures pour les torturer, si nous ne nous rappelions ici la bonté essentielle de Pascoli : il ne se lasse jamais d’exprimer sa douleur, parce qu’il ne l’oublie jamais : mais de sa souffrance, plutôt qu’à la légitimité de la révolte, il conclut à la nécessité du pardon. Désirer la vengeance, blasphémer ou maudire, ne serait-ce pas perpétuer le mal sur la terre, et prendre rang parmi les coupables ? Ayant éprouvé qu’il y a dans la vie un insondable mystère, ils doivent se serrer les uns contre les autres, ceux que le même mystère angoisse ; ils doivent se chérir et s’entr’aider, pour prendre leur revanche contre le sort. La pitié, la tendresse, la douceur, voilà donc les sentimens qui pénétreront les vers du poète, et qui, partant des hommes, aboutiront aux choses. Parmi les hommes, il s’intéressera d’abord aux victimes, aux orphelins, aux malades ; puis aux humbles, aux pauvres, aux misérables ; puis encore, aux simples et aux primitifs. Pareillement, il aimera les arbres qui frémissent au vent, les fleurs qui tremblent sur leur tige, et la faiblesse gracieuse des oiseaux : comme saint François d’Assise, puisqu’on a dit de lui qu’il était un Virgile chrétien, ou un saint François païen ; comme ce Paolo Uccollo dont il a écrit la touchante histoire. Il aimera toute la nature : soit qu’il aperçoive en elle des symboles, et veuille voir des berceaux dans les nids ; soit qu’il manifeste une reconnaissance émerveillée pour les tableaux de beauté qu’elle lui présente ; soit qu’il l’associe aux hommes dans la lutte contre le mystère qui l’enveloppe elle-même, il finit par la considérer comme une mère très douce, qui nous berce encore à l’heure où nous nous endormons. « Ah ! laissons-la faire, car elle sait ce qu’elle fait, et elle nous aime !… » Ce sentiment-là, il nous le communique sans prétendre nous l’imposer. En effet, cet artiste épris d’exactitude, connaissant la valeur de la précision, en connaît aussi les limites. Il sait qu’au-delà du terme où l’analyse peut atteindre, il y a les forces presque inconscientes qu’il faut laisser agir par elles-mêmes après les avoir mises en mouvement. Il possède la pudeur rare qui consiste à ne pas vouloir tout dire ; à faire crédit à la sensibilité du lecteur ; à se taire lorsqu’il a provoqué le rêve, afin de ne le point troubler.
Giovanni Pascoli
Paul Hazard
Revue des Deux Mondes Tome 10-  1912




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Il sogno della vergine
Le Rêve de la Vierge



Traduction Jacky Lavauzelle
artgitato
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GIOVANNI PASCOLI – Temporale – Orage – IN CAMPAGNA XII -Myricae (1891)

Giovanni Pascoli

Traduction – Texte Bilingue
Poesia e traduzione

LITTERATURE ITALIENNE

Letteratura Italiana

GIOVANNI PASCOLI
1855-1912

Giovanni Pascoli artgitato poesie poesia

Traduction Jacky Lavauzelle

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TEMPORALE
ORAGE

 IN CAMPAGNA
XII

1891
Myricae
*

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Un bubbolìo lontano…
Au loin, un grondement…

Rosseggia l’orizzonte,
Rougit l’horizon
come affocato, a mare:
Radieux vers la mer,
nero di pece, a monte,
Fuligineux vers la montagne,
stracci di nubi chiare:
Débris de nuages diaphanes :
tra il nero un casolare:
Dans le noir, un chalet :
un’ala di gabbiano.
Une aile de mouette.







 

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GIOVANNI PASCOLI
par
PAUL HAZARD
en 1912

« Il aimera toute la nature« 

Cet art très objectif est tout pénétré de sentiment. Ce pourrait être la haine de la nature marâtre, qui met au inonde les créatures pour les torturer, si nous ne nous rappelions ici la bonté essentielle de Pascoli : il ne se lasse jamais d’exprimer sa douleur, parce qu’il ne l’oublie jamais : mais de sa souffrance, plutôt qu’à la légitimité de la révolte, il conclut à la nécessité du pardon. Désirer la vengeance, blasphémer ou maudire, ne serait-ce pas perpétuer le mal sur la terre, et prendre rang parmi les coupables ? Ayant éprouvé qu’il y a dans la vie un insondable mystère, ils doivent se serrer les uns contre les autres, ceux que le même mystère angoisse ; ils doivent se chérir et s’entr’aider, pour prendre leur revanche contre le sort. La pitié, la tendresse, la douceur, voilà donc les sentimens qui pénétreront les vers du poète, et qui, partant des hommes, aboutiront aux choses. Parmi les hommes, il s’intéressera d’abord aux victimes, aux orphelins, aux malades ; puis aux humbles, aux pauvres, aux misérables ; puis encore, aux simples et aux primitifs. Pareillement, il aimera les arbres qui frémissent au vent, les fleurs qui tremblent sur leur tige, et la faiblesse gracieuse des oiseaux : comme saint François d’Assise, puisqu’on a dit de lui qu’il était un Virgile chrétien, ou un saint François païen ; comme ce Paolo Uccollo dont il a écrit la touchante histoire. Il aimera toute la nature : soit qu’il aperçoive en elle des symboles, et veuille voir des berceaux dans les nids ; soit qu’il manifeste une reconnaissance émerveillée pour les tableaux de beauté qu’elle lui présente ; soit qu’il l’associe aux hommes dans la lutte contre le mystère qui l’enveloppe elle-même, il finit par la considérer comme une mère très douce, qui nous berce encore à l’heure où nous nous endormons. « Ah ! laissons-la faire, car elle sait ce qu’elle fait, et elle nous aime !… » Ce sentiment-là, il nous le communique sans prétendre nous l’imposer. En effet, cet artiste épris d’exactitude, connaissant la valeur de la précision, en connaît aussi les limites. Il sait qu’au-delà du terme où l’analyse peut atteindre, il y a les forces presque inconscientes qu’il faut laisser agir par elles-mêmes après les avoir mises en mouvement. Il possède la pudeur rare qui consiste à ne pas vouloir tout dire ; à faire crédit à la sensibilité du lecteur ; à se taire lorsqu’il a provoqué le rêve, afin de ne le point troubler.
Giovanni Pascoli
Paul Hazard
Revue des Deux Mondes Tome 10-  1912




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TEMPORALE  – ORAGE



Traduction Jacky Lavauzelle
artgitato
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"podrá no haber poetas; pero siempre habrá poesía" Gustavo Adolfo Bécquer