Mercure Amélie Nothomb : LA MECANIQUE DE LA PESANTEUR

AMELIE NOTHOMB

Mercure Amélie Nothomb La mécanique de la Pesanteur Artgitato

Critique Jacky Lavauzelle

MERCURE Amélie Nothomb

La Mécanique de la Pesanteur

 

Amélie Nothomb propose avec son Mercure une traversée dans la Beauté et la Laideur d’un Triangle Amoureux composé de Hazel, jeune orpheline de guerre, récupérée par un Capitaine richissime qui habite sur son île Mortes-Frontières et une infirmière, Françoise, qui viendra la soigner tous les jours et qui finira elle-même par se retrouver séquestrée par notre vieux et laid capitaine.

Nous sommes sur une île.

Amélie Nothomb nous liste alors en long et en large la littérature sur les thématiques de l’évasion, de l’amour impossible : Le Comte de Monte-Cristo, la Chartreuse de Parme, Carmilla de Joseph Le Fanu. Nous retrouvons de cette dernière œuvre des points communs comme l’amour, la beauté exquise de Carmilla, son arrivée dans la demeure de Laura suite à un accident, le mystère, etc.

Le premier inconvénient à la lecture de Mercure est son côté théâtral et aujourd’hui daté. Avec Mercure nous pensons à une sorte de Reine Morte de Montherlant, même si nous préférons de loin les corps de Ferrante et d’Inès à ceux du Capitaine et de sa première captive Adèle.

Le livre Mercure lui est lourd comme du plomb ; le style de Nothomb manque de légèreté, d’un gramme d’humour et de folie. Il en est mécanique. Une sorte de recette éculée qui à force de vouloir toucher l’absolu, ne nous touche absolument plus.

Les phrases se suivent lourdement métaphysiques entraînant, malgré nous, des rictus entre énervement et lassitude ; il y a du lourd et du grave : « la littérature a un pouvoir plus que libérateur : elle a un pouvoir salvateur…je veux que tu sois libre de mon souvenir…Tu es la morte et la vivante…en me tuant, tu croirais t’émanciper de moi, quand cet acte même me fixerait à jamais dans ta mémoire…à quoi servirait les morts, sinon à aimer les vivants davantage ?…il a répondu que sa haine de la mer était de celles qui s’apparentent à l’amour…la jeune fille ne parvenait pas à baisser son arme, comme si ce prolongement métallique de son bras était le dernier cordon ombilical qui la reliât encore au Capitaine…Quel est le serpent qui parle à mon Eve ?…vous sauriez que les pucelles adorent les mises en scène définitives…Vous êtes plus intéressante que le monde… »

Il ne manque que les roulements de tambours.

Tout le livre est ainsi fait avec des pensées bien modérées et relatives. A cela il faut ajouter son lot de comparaison entre le corps laid et l’âme belle, la pureté et la laideur, la liberté et l’emprisonnement, l’île « cosmopolite de New-York » et « l’île la plus fermée à l’univers extérieur », le mal et le bien, « Adèle fut mon péché, Adèle est ma rédemption », « Adèle est venue sous les traits de Hazel », faire du bien sans faire du mal, « pourquoi est-il impossible de faire du bien à quelqu’un sans lui faire du mal ? »,  le caché, le secret, un peu de numérologie, lui 77 ans et elle 23 ans = 100 ans…

Arrêtons de nous faire ainsi du mal. Si vous avez compris, Mercure est de ces romans que l’on peut facilement éviter.

Quand Amélie Nothom écrit : « marcher c’est lever le pied, s’effondrer et se retenir au dernier instant. » Nous pourrions dire dans la même veine : Ecrire, c’est lever le stylo de temps en temps et se retenir jusqu’à l’ultime instant.

Jacky Lavauzelle