LES QUAIS DE MALACCA – Tebing sungai Melaka

Tebing sungai Melaka




Pelancongan di Malaysia

Voyage en Malaisie

PHOTOS JACKY LAVAUZELLE

 




 

  MALACCA
MELAKA

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LES QUAIS DE MALACCA
Tebing sungai Melaka

马六甲河

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De Malacca
Voyage aux Indes orientales et à la Chine
au XVIIIe siècle
par l’explorateur
Pierre Sonnerat

MALACCA est situé dans la partie méridionale de la presqu’île Malaise. Les Hollandais tirent peu d’avantage de cet établissement, la plus grande partie est habitée par les Chinois, race paresseuse, & l’autre par les Malais, naturellement méchants : la seule crainte d’une nation qu’ils redoutent, les tient sous une espèce de discipline qu’ils ne connaissent point entre eux.
Il y a deux cents ans que la presqu’île Malaise était très- peuplée : les ports étaient remplis toute tannée de vaisseaux Chinois, Cochinchinois, Indiens & Siamois, mais la tyrannie des Souverains leur fit abandonner ce pays d’esclavage, pour aller établir différentes colonies fur les îles voisines. Achem, Sumatra, Bornéo, Célèbes, les Moluques & les Philippines en grande partie, sont habitées par des Malais.
Malacca était autrefois la résidence des Souverains, & tenait le premier rang entre les places Indiennes; les Portugais y bâtirent une bonne citadelle, & leur commerce s’y soutint l’espace de cent vingt années.




Les Hollandais les en chassèrent en 1641. Pour prix de sa victoire, le vainqueur eût la tête tranchée à son retour en Hollande, on lui fit un crime d’avoir permis à des Religieuses , dont le couvent était dans la citadelle, d’en sortir en procession, portant un cierge allumé, parce qu’ayant fait faire de très-gros cierges creux, elles les remplirent de diamants & de l’or que chacun avait mis en dépôt dans leur monastère.




Les Hollandais établirent la tolérance religieuse dans le pays qu’ils venaient de soumettre. Ils crurent avec juste raison que la politique exige qu’on souffre des gens de toutes les nations & de toutes les sectes, lorsqu’on veut faire fleurir un établissement ; on y trouve encore la ville chrétienne & une église romaine.
La Citadelle est bonne, elle devrait renfermer six cents hommes de garnison, mais ce nombre n’est jamais complet: d’ailleurs, on est obligé d’en tirer des détachements pour les petits comptoirs répandus fur la côte. Une rivière qui remonte jusqu’à quatre-vingt lieues dans les terres, baigne les murs delà citadelle; elle n’est pas large, & l’entrée en est fort incommode : échoué sur un banc, on est forcé d’attendre la pleine- mer pour arriver au débarcadère ; peut-être est-ce par politique que les Hollandais n’y creusent point un canal qui rendrait cette place d’un accès trop facile.
C’est un des pays les plus favorisés de la Nature; elle y fait régner un printemps continuel. Ses productions de toutes espèces s’y montrent & s’y multiplient dans toutes les saisons. Il est coupé par plusieurs rivières & couvert de forêts impénétrables : c’est par cette raison qu’il est peu connu des Européens; les habitants même ne peuvent pénétrer bien loin, parce que ces immenses forêts qui bordent les établissements, font un vaste repaire de bêtes féroces & de reptiles venimeux. Les productions animales & végétales sont presque les mêmes qu’aux Philippines, & le pays a beaucoup de rapport avec cet Archipel, ce qui fait présumer qu’il en a été séparé par quelque, violente secousse.




Les Hollandais ne se sont pas attachés à faire briller l’agriculture dans cette colonie comme dans la plupart des autres ; les environs de la ville n’offrent pas un seul jardin: ils font couverts de bois comme l’intérieur des terres, ce qui fait que les tigres, les buffles &les éléphants s’y logent aussi commodément que partout ailleurs ; outre cela quantité de marais qu’on ne peut dénicher doivent les rendre très malsains.




Il est surprenant que les Hollandais aient pu se soutenir jusqu’à ce jour dans un pays habité par des hommes aussi médians & aussi rebelles. Les Malais naturellement féroces aiment beaucoup l’opium ; cette boisson les rend furieux, quand ils en ont pris une certaine quantité ils ne connaissent plus de frein & se vouent à la mort; c’est une espèce de maladie qu’on pourrait appeler rage. Ils courent les rues un kriss dans chaque main , en criant amoc , ce qui veut dire en Malais, je mets tout à mort : dans cet état, les yeux pleins de feu leur sortent de la tête, leur bouche écume, ils agitent les deux bras, & tuent tout ce qu’ils trouvent sur leur passage. On fuit, on ferme les portes, le Gouverneur expédie un détachement qui vient à la rencontre du furieux, mais celui-ci, loin de retourner sur ses pas, pour éviter une mort assurée, se précipite sur les baïonnettes jusqu’à ce qu’il expire.
Cette férocité naturelle n’influe point fur l’idiome des Malais ; ils parlent la langue la plus douce de la terre.




Il existe des mines d’or & d’argent dans l’intérieur du pays, mais elles ne sont pas exploitées. On trouve une espèce d’étain que l’on porte en Chine, c’est le seul commerce dont la Compagnie retire quelque profit encore n’est-il pas assez fort pour payer les employés, & couvrir les dépenses qu’elle est obligée de faire pour se soutenir sur cette côte. Celui des joncs est si peu de chose, qu’il s’est vu forcer de l’abandonner aux habitants moyennant quelques droits. Les îles voisines lui fournissent du bols d’aigle, de fandal & de fapan. Quelques Malais y font le commerce en interlope, ceux qui font connus sous le nom de Bouguis, vont aux Moluques chercher des épiceries, qu’ils portent ensuite à Achem & à Quéda; ceux qui font celui du câlin, croisent dans les détroits, & le vendent aux vaisseaux Européens, qui y passent pour aller en Chine. Afin d’empêcher le progrès « de ce commerce frauduleux, la Compagnie entretient des Garde-côtes, qui tâchent d’intercepter leurs bateaux.
On trouve à Malacca des anthropophages reconnus, de même que des êtres qui n’ont que la figure humaine; ils vivent sur les arbres, & si quelqu’un passe sous leur retraite, ils descendent & les dévorent : il y en a qui sont moins féroces; errant dans les bois, ne se liant pas même avec les êtres qui les ressemblent, ils te nourrissent de fruits & de racines, & n’habitent avec les femmes que quand la nature les y invite ; ce qui semblerait prouver que dans l’état de nature, les hommes ont un temps marqué pour leurs amours comme les autres animaux : quelques-uns de ces sauvages se sont un peu familiarisés, & trafiquent avec les Malais, mais sans avoir de communication ensemble. Ils mettent au pied de l’arbre qu’ils habitent le calin qu’ils ont ramassé sur les montagnes ; les Malais y déposent en échange quelques fruits ou d’autres bagatelles que le sauvage vient ramasser aussitôt qu’ils sont partis. Leur idiome n’est pas connu des Malais. J’en ai vu un qu’on avait pris fort jeune, & qui est aujourd’hui domestique d’un Conseiller, mais très-paresseux.
On trouve encore dans les terres une espèce d’hommes, dont les pieds font presque tournés en sens contraire des nôtres ; quoique ce fait m’ait été certifié par le Commandant de la place, je crois qu’il demanderait à être confirmé par de nouvelles observations.




Malacca produit quelques bons fruits, tels que le rambé, le ramboutan & le mangoustan, ce dernier est le meilleur, & surpasse tous les fruits de l’Inde par sa délicatesse.

Pierre Sonnerat
explorateur, auteur de récits de voyages et dessinateur français
(1748 – 1814)
Voyage aux Indes orientales et à la Chine
Tome II
CHAPITRE VI
DE L’ILE DE CÉYLAN, DES MALDIVES ET DE MALACCA

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