LE CRIME DE MONSIEUR LANGE (Renoir)

JEAN RENOIR
LE CRIME DE MONSIEUR LANGE
(1935)

Le Crime de Monsieur Lange Renoir 1935 Artgitato

LA LIBERTE DERRIERE LES DUNES

Le passage de la frontière. Amédée Lange (René Lefèvre) et Valentine (Florelle) arrivent au café-hôtel de La Frontière afin d’échapper à la police qui les recherchent pour le crime du crapuleux Batala (Jules Berry).

APRES LES DUNES, LA FRONTIERE !

Derrière, le monde libre. « Là-bas, vous avez les dunes et derrière les dunes, la frontière, et la frontière passée, c’est la liberté ! ». Valentine raconte et se livre aux clients du Bar. C’est la parole qui sauve, plus forte que l’envie et que la récompense. Comme dans toutes les grandes épopées, ici comme dans Les Mille et Une nuitsoù le peuple est sauvé par l’ardeur et la puissance du conte et du verbe de Schéhérazade. C’est ici la solidarité d’un monde qui se retrouve unie dans les mêmes souffrances d’avant le Front Populaire.

LA SOLUTION EST DANS LE COLLECTIF

La frontière est à quelques mètres, à quelques dunes de là. Pourtant cette distance minimale devra être franchie avec le consentement de la communauté du bar. La liberté se pense par le collectif. Les autres rendent possible un autre départ dans la vie. Ce sont les autres qui autorisent la fuite à l’imprimerie comme à la frontière. L’être égoïste, c’est Batala, le tout pour moi, sans moralité.

LA-BAS, C’EST LA LUTTE AU COUTEAU ! ET ICI ?

La frontière c’est l’Arizona qu’Amédée a dans sa tête. La vie est trop triste, trop ennuyante. Il faut lui donner d’autres couleurs. « Ici, vous avez le désert de la mort. La frontière du Mexique et tout ça : l’Arizona ! Là-bas, des outlaws, des bandits qui détroussent ! Là-bas, la vie est dure, effroyable, c’est la lutte au couteau ! » A son excitation, Valentine le reprend :« – Et la vie ici, comment est-elle ? Et le pauvre monde qui c’est qui le détrousse ? – Je ne sais pas moi, je sors jamais, enfin rarement. ». Amédée recrée d’autres lieux si lointains et pourtant si conformes. Se libérer, n’est pas partir, c’est lutter.

UNE BULLE DE NAÏVETE DANS UNE TENDRE FRAÎCHEUR

Ce film respire cette bulle de naïveté qui explose de-ci de-là, remplissant l’atmosphère de cette tendre fraîcheur. Amédée est dans son monde, dans sa chambre, sur sa machine à écrire. Il est seul, ne voyant même pas Valentine qui lui tourne autour comme un papillon. Il va découvrir l’autre, l’amour, le groupe, la coopérative, la solidarité.

Le passage de l’argent de l’entreprise d’imprimerie dans les poches de Batala à des fins personnelles ; celui de l’argent et de la réclame des pilules Ranimax dans le roman Arizona Jim d’Amédée.

L’ARGENT, C’EST L’ARGENT. IL FAUT PASSER PAR LA !

La loi des affaires : « L’argent, c’est l’argent. Il faut passer par là ! ». Le passage d’une économie de marché pourrie à la solidarité de la coopérative. Le passage des fins de mois difficiles, aux sourires et aux chants. Tous ensemble et Noël tous les jours.

ET MOI, EST-CE QUE JE SUIS VIVANTE ?

Le passage enfin de la vie à la mort pour revenir à la vie. « – Drôle de mort ! Quand je pense que cet après-midi … – …Il était vivant, on dit toujours ça quand il y a un mort ! Et moi, est-ce que je suis vivante ? – Toi, tu es la plus vivante ! »

Jacky Lavauzelle