GIOVANNI PASCOLI – NEBBIA – LA BRUME – Canti di Castelvecchio

Giovanni Pascoli

Traduction – Texte Bilingue
Poesia e traduzione

LITTERATURE ITALIENNE

Letteratura Italiana

GIOVANNI PASCOLI
1855-1912

Giovanni Pascoli artgitato poesie poesia

Traduction Jacky Lavauzelle

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NEBBIA
La Brume

Canti di Castelvecchio

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Nascondi le cose lontane,
Tu dissimules les choses lointaines,
tu nebbia impalpabile e scialba,
Toi brume impalpable et terne,
 tu fumo che ancora rampolli,
Toi nuée d’où partent encore,
su l’alba,
A l’aube,
da’ lampi notturni e da’ crolli
Des lumières nocturnes d’où s’écroulent
d’aeree frane!
Des pans du ciel !






Nascondi le cose lontane,
Tu dissimules les choses lointaines,
 nascondimi quello ch’è morto!
Voile-moi ce qui est mort !
 Ch’io veda soltanto la siepe
Que je ne vois que la silhouette
dell’orto,
Du verger,
la mura ch’ha piene le crepe
Que les fissures dans les murs pleines
 di valerïane.
De valériane.



Nascondi le cose lontane:
Dissimule les choses lointaines :
  le cose son ebbre di pianto!
Les choses ivres de larmes !
Ch’io veda i due peschi, i due meli,
Que je vois mes deux pêchers, mes deux pommiers,
 soltanto,
Seulement,
che dànno i soavi lor mieli
Qui donnent la douceur au miel
 pel nero mio pane.
Sur mon pain noir.



 Nascondi le cose lontane
Dissimule les choses lointaines
che vogliono ch’ami e che vada!
Qui veulent que j’aime, qui veulent que j’aille !
Ch’io veda là solo quel bianco
Que je ne vois que le blanc
  di strada,
De la rue,
che un giorno ho da fare tra stanco
Qu’un jour je prendrai aux désenchantés
don don di campane…
Sons les cloches …



Nascondi le cose lontane,
Dissimule les choses lointaines,
 nascondile, involale al volo
Dissimule-les, vole-les au vol
del cuore! Ch’io veda il cipresso
Du cœur ! Laisse-moi voir le cyprès
    là, solo,
Là, seulement,
qui, solo quest’orto, cui presso
Ici, seulement ce jardin, où, à côté,
  sonnecchia il mio cane.
Mon chien sommeille.

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GIOVANNI PASCOLI
par
PAUL HAZARD
en 1912

« Il aimera toute la nature« 

Cet art très objectif est tout pénétré de sentiment. Ce pourrait être la haine de la nature marâtre, qui met au inonde les créatures pour les torturer, si nous ne nous rappelions ici la bonté essentielle de Pascoli : il ne se lasse jamais d’exprimer sa douleur, parce qu’il ne l’oublie jamais : mais de sa souffrance, plutôt qu’à la légitimité de la révolte, il conclut à la nécessité du pardon. Désirer la vengeance, blasphémer ou maudire, ne serait-ce pas perpétuer le mal sur la terre, et prendre rang parmi les coupables ? Ayant éprouvé qu’il y a dans la vie un insondable mystère, ils doivent se serrer les uns contre les autres, ceux que le même mystère angoisse ; ils doivent se chérir et s’entr’aider, pour prendre leur revanche contre le sort. La pitié, la tendresse, la douceur, voilà donc les sentimens qui pénétreront les vers du poète, et qui, partant des hommes, aboutiront aux choses. Parmi les hommes, il s’intéressera d’abord aux victimes, aux orphelins, aux malades ; puis aux humbles, aux pauvres, aux misérables ; puis encore, aux simples et aux primitifs. Pareillement, il aimera les arbres qui frémissent au vent, les fleurs qui tremblent sur leur tige, et la faiblesse gracieuse des oiseaux : comme saint François d’Assise, puisqu’on a dit de lui qu’il était un Virgile chrétien, ou un saint François païen ; comme ce Paolo Uccollo dont il a écrit la touchante histoire. Il aimera toute la nature : soit qu’il aperçoive en elle des symboles, et veuille voir des berceaux dans les nids ; soit qu’il manifeste une reconnaissance émerveillée pour les tableaux de beauté qu’elle lui présente ; soit qu’il l’associe aux hommes dans la lutte contre le mystère qui l’enveloppe elle-même, il finit par la considérer comme une mère très douce, qui nous berce encore à l’heure où nous nous endormons. « Ah ! laissons-la faire, car elle sait ce qu’elle fait, et elle nous aime !… » Ce sentiment-là, il nous le communique sans prétendre nous l’imposer. En effet, cet artiste épris d’exactitude, connaissant la valeur de la précision, en connaît aussi les limites. Il sait qu’au-delà du terme où l’analyse peut atteindre, il y a les forces presque inconscientes qu’il faut laisser agir par elles-mêmes après les avoir mises en mouvement. Il possède la pudeur rare qui consiste à ne pas vouloir tout dire ; à faire crédit à la sensibilité du lecteur ; à se taire lorsqu’il a provoqué le rêve, afin de ne le point troubler.
Giovanni Pascoli
Paul Hazard
Revue des Deux Mondes Tome 10-  1912




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Il sogno della vergine
Le Rêve de la vierge



Traduction Jacky Lavauzelle
artgitato
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