Giovanni Pascoli – POESIE – Selezione di poesie – Traduction

Giovanni Pascoli

Traduction – Texte Bilingue
Poesia e traduzione

LITTERATURE ITALIENNE

Letteratura Italiana

GIOVANNI PASCOLI
1855-1912

Giovanni Pascoli artgitato poesie poesia

Traduction Jacky Lavauzelle

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Sélection de Poèmes
selezione di poesie


La felicità
 La Félicité

Quando, all’alba, dall’ombra s’affaccia,
Lorsque, à l’aube, de l’ombre elle surplombe,
discende le lucide scale
descendant les escaliers polis

*

Lapide
La Pierre tombale

Dietro spighe di tasso barbasso,
Derrière un amas de molène,
   
tra un rovo, onde un passero frulla
parmi les ronces, où un moineau s’agite

*

Novembre

Gemmea l’aria, il sole così chiaro
Air cristallin, soleil si clair
che tu ricerchi gli albicocchi in fiore,
Que tu recherches les abricotiers en fleurs,

*

Nebbia
La Brume
Canti di Castelvecchio

Nascondi le cose lontane,
Tu dissimules les choses lointaines,
tu nebbia impalpabile e scialba,
Toi brume impalpable et terne,

*

Il Gelsomino Notturno
Le Jasmin dans la nuit

 E s’aprono i fiori notturni,
Et les fleurs nocturnes s’ouvrent,
nell’ora che penso ai miei cari.
Alors qu’à mes proches je pense.

*

La Tessitrice
La Tisseuse

1897

Mi son seduto su la panchetta
Je me suis assis sur le banc
come una volta… quanti anni fa?
comme jadis … quand était-ce donc ?

*

Gloria
Gloire
LE GIOIE DEL POETA
LES JOIES DU POETE
Myricae
1891

— Al santo monte non verrai, Belacqua? —
– Sur la sainte montagne, ne viendras-tu pas, Belacqua ? –




Io non verrò: l’andare in su che porta?
Non, je ne viendrai pas : pourquoi la gravirais-je ?

*

 IL BACIO DEL MORTO
LE BAISER DU MORT

I

È tacito, è grigio il mattino;
C’est ainsi, le matin est gris ;
 
la terra ha un odore di funghi;
Les champignons parfument la terre ; …

II

Chi sei, che venisti, coi lievi
Qui es-tu, qui es venu, à petits
 tuoi passi, da me nella notte?
Pas vers moi dans la nuit ? …

III

Chi sei? donde vieni? presente
Qui es-tu ? D’où viens-tu ? Présent ici
tuttora? mi vedi? mi sai?
encore ? Me vois-tu ? Me connais-tu ?…

*

Temporale – Orage
IN CAMPAGNA
XII
Myricae
1891

Un bubbolìo lontano…
Au loin, un grondement…

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Il sogno della vergine
Le Rêve de la vierge
Canti di Castelvecchio

I

La vergine dorme. Ma lenta
La vierge dort. Mais indolente
la fiamma dal puro alabastro
La flamme d’albâtre pur tente

II

Stupisce le placide vene
Stupéfiant les placides veines
quel flutto soave e straniero,
Quel étranger flux suave,

III

Un figlio! che posa nel letto
Un fils ! Sur son lit
suo vergine! e cerca assetato
De vierge ! Assoiffé, il cherche

IV

Si dondola dondola dondola
Oscillant, se balançant, se ballotant
senza rumore la cuna
Sans bruit le berceau

V

Il lume inquieto ora salta
L’inquiète clarté lumière oscillante
guizzando, ora crepita e scende:
Illumine, puis crépite et décroît :

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GIOVANNI PASCOLI
par
PAUL HAZARD
en 1912

« Il aimera toute la nature« 

Cet art très objectif est tout pénétré de sentiment. Ce pourrait être la haine de la nature marâtre, qui met au inonde les créatures pour les torturer, si nous ne nous rappelions ici la bonté essentielle de Pascoli : il ne se lasse jamais d’exprimer sa douleur, parce qu’il ne l’oublie jamais : mais de sa souffrance, plutôt qu’à la légitimité de la révolte, il conclut à la nécessité du pardon. Désirer la vengeance, blasphémer ou maudire, ne serait-ce pas perpétuer le mal sur la terre, et prendre rang parmi les coupables ? Ayant éprouvé qu’il y a dans la vie un insondable mystère, ils doivent se serrer les uns contre les autres, ceux que le même mystère angoisse ; ils doivent se chérir et s’entr’aider, pour prendre leur revanche contre le sort. La pitié, la tendresse, la douceur, voilà donc les sentimens qui pénétreront les vers du poète, et qui, partant des hommes, aboutiront aux choses. Parmi les hommes, il s’intéressera d’abord aux victimes, aux orphelins, aux malades ; puis aux humbles, aux pauvres, aux misérables ; puis encore, aux simples et aux primitifs. Pareillement, il aimera les arbres qui frémissent au vent, les fleurs qui tremblent sur leur tige, et la faiblesse gracieuse des oiseaux : comme saint François d’Assise, puisqu’on a dit de lui qu’il était un Virgile chrétien, ou un saint François païen ; comme ce Paolo Uccollo dont il a écrit la touchante histoire. Il aimera toute la nature : soit qu’il aperçoive en elle des symboles, et veuille voir des berceaux dans les nids ; soit qu’il manifeste une reconnaissance émerveillée pour les tableaux de beauté qu’elle lui présente ; soit qu’il l’associe aux hommes dans la lutte contre le mystère qui l’enveloppe elle-même, il finit par la considérer comme une mère très douce, qui nous berce encore à l’heure où nous nous endormons. « Ah ! laissons-la faire, car elle sait ce qu’elle fait, et elle nous aime !… » Ce sentiment-là, il nous le communique sans prétendre nous l’imposer. En effet, cet artiste épris d’exactitude, connaissant la valeur de la précision, en connaît aussi les limites. Il sait qu’au-delà du terme où l’analyse peut atteindre, il y a les forces presque inconscientes qu’il faut laisser agir par elles-mêmes après les avoir mises en mouvement. Il possède la pudeur rare qui consiste à ne pas vouloir tout dire ; à faire crédit à la sensibilité du lecteur ; à se taire lorsqu’il a provoqué le rêve, afin de ne le point troubler.
Giovanni Pascoli
Paul Hazard
Revue des Deux Mondes Tome 10-  1912