DOMINO de Marcel ACHARD – A L’ECOLE DES FAUSSAIRES

Marcel ACHARD

Marcel Achard


Domino
(1931)

 

Comédie des
Champs-Elysées
 

A L’Ecole des
faussaires

Quand Pindare disait dans ses Odes néméennes que la vérité ne gagne pas à montrer son visage, il parlait à l’oreille de Lorette.

Acte I Domino (Louis Jouvet) Lorette (Valentine Tessier) et Fernande (Nilda Duplessy)

LE VRAI DU FAUX

Incapable de faire taire la jalousie de son mari, Heller, elle invente un stratagème afin de dévier ses soupçons sur un autre homme, un inconnu. Le gagnant du casting sera Domino, un autre qui déjà se définit dans la contradiction : « J’ai trop d’énergie pour travailler » (Acte I, scène 9).

Le mari lui-même trempe dans la contradiction : « Heller a l’air absolument furieux. Mais, même dans ses pires moments, il doit être sympathique. C’est un brave homme qui souffre. »(Acte II).

Et pour parfaire le tout, Lorette n’est pas mal non plus :  » tu as eu un mot malheureux, ma petite. Un mot vraiment maladroit pour quelqu’un d’aussi adroit que toi … » (Acte II, scène 3).

Acte II Heller (Pierre Renoir) & Lorette (Valentine Tessier)

VOTRE MOUTON EST UN TIGRE !

Mais tout le monde est très malin et diablement stratège, à commencer par Lorette : « Il n’est pas si malin que toi », lui dit Heller dans la scène 3 de l’acte II.

Tout est réuni pour se mélanger dans le grand bain du faux, qui parfois prend les habits du vrai, en véritable camouflage : « votre mouton est un tigre ! »

Acte III Crémone (Jean Devalde)

(Domino, Acte III, scène 1),  « Vous vous ébattez au milieu de tous ces mensonges comme s’il n’y avait pas de danger, comme si vous n’en voyez que le plaisir. » (Crémone, Acte III, scène 2), « Mais puisque je vous dis que c’est

Acte III Domino (Louis Jouvet)

faux. » (Mirandole, Acte III, scène 4), « avec ce qui est faux je saurai ce qui est vrai » (Heller, Acte III, scène 4), «  Vous êtes vraiment bizarre. Je vous dis que rien n’est vrai. » (Mirandole, Acte III, scène 4)

D’UN AMOUR MEDIOCRE
A UN AMOUR MERVEILLEUX

Mais le faux, de quiproquo en quiproquo, débouchera sur l’amour. Le faux amant deviendra le vrai, qui laissera le vrai dans les mains du mari, le mensonge sordide deviendra véritable : « cet amour médiocre qui étais ma honte, vous en avez fait quelque chose de merveilleux. »(Lorette, Acte III, Scène 6)

LA VERITE COMME
ACCIDENT DE L’ERREUR

Le jeu est fini. L’amour a triomphé. Peu importe qu’il soit né d’une mise en scène peu reluisante de Lorette. L’amour est là qui emporte les amants, loin des tumultes et de la foudre de Heller, le mari, qui ne voit rien, « le vrai peut quelquefois n’être pas vraisemblable » (Boileau, Art poétique, III, 48) :  

Domino : « Je vais jouer tout seul maintenant. C’est maintenant que je vais vivre la vie de François Dominique. Celle que je vous ai racontée : les trois ans passés dans la brousse, pour vous, ils vont commencer demain…Ce sera la première fois qu’on verra ça. On raconte l’histoire d’abord. Et puis, elle arrive… »

Domino : « il y a entre nous trop de choses, Lorette. Trop de faux malentendus, trop de vrais caprices, trop de fausses lettres, trop de vrai chagrin…Trop de baisers donnés et pas reçus, Lorette. »

Que les amants partent seuls sur la voie de la vérité après tant de faussetés et de mensonges : « L’erreur est la règle, la vérité est l’accident de l’erreur » (Georges Duhamel)

Jacky Lavauzelle

 

Domino a été représenté, pour la première fois, le 2 février 1931 à la Comédie des Champs-Elysées.

Photos de LA PETITE ILLUSTRATION n°582 du 25 juin 1932.

La première : Louis Jouvet (Domino),Valentine Tessier (Lorette), Pierre Renoir (Heller), Jean Devalde (Crémone), Eugène Chevalier (Mirandole), Véra Ossipova (Christiane) et Nilda Duplessy (Fernande)