DÉMONS- Poème de Pouchkine (1830) Бесы

*

ALEXANDRE POUCHKINE POEME

*
1830
 

Alexandre Pouchkine
русский поэт- Poète Russe
русская литература
Littérature Russe

poemes-de-alexandre-pouchkine-artgitatopushkin-alexander

ALEXANDRE POUCHKINE  1830
pushkin poems
стихотворение  – Poésie
 Пушкин 

 

 

POUCHKINE – Пу́шкин
Алекса́ндр Серге́евич Пу́шкин
1799-1837

[создатель современного русского литературного языка]

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

 

LA POESIE DE POUCHKINE

СТИХИ АЛЕКСАНДРА СЕРГЕЕВИЧА ПУШКИНА
Пушкин 


Бесы 
1830

****


DÉMONS
****

 

Мчатся тучи, вьются тучи;
Les nuages se précipitent, les nuages planent ;
Невидимкою луна
Sous l’invisible lune
Освещает снег летучий;
La neige couvre son vol ;
Мутно небо, ночь мутна.
Se noircit le ciel, se noircit la nuit.
Еду, еду в чистом поле;
Mon traîneau avance dans le vent ;
Колокольчик дин-дин-дин…
Les grelots entonnent des din-din-din …
Страшно, страшно поневоле
Qui terribles, terribles retentissent
Средь неведомых равнин!
Au milieu des plaines inconnues !

*

« Эй, пошел, ямщик!.. » – « Нет мочи:
« Hé, va, cocher..! » – « Impossible :
Коням, барин, тяжело;
Les chevaux, monsieur, sont épuisés ;
Вьюга мне слипает очи;
Le blizzard m’aveugle ;
Все дороги занесло;
Toutes les routes ont disparu ;
Хоть убей, следа не видно;
Nous avons perdu la piste ;
Сбились мы. Что делать нам!
Nous sommes perdu ! Que pouvons-nous faire !
В поле бес нас водит, видно,
Le démon nous conduit, il est clair
Да кружит по сторонам.
Que nous tournons en rond.

*

Посмотри: вон, вон играет,
Regarde : il est là-bas qui joue,
Дует, плюет на меня;
Qui maintenant me crache dessus ;
Вон – теперь в овраг толкает
Regarde – il nous attire près du ravin
Одичалого коня;
Pour y plonger nos chevaux ;
Там верстою небывалой
Regarde, le vois-tu
  Он торчал передо мной;
Droit devant moi ;
Там сверкнул он искрой малой
Il illumine comme une étincelle
И пропал во тьме пустой ».
Qui disparaît dans l’obscurité du vide « .

*

Мчатся тучи, вьются тучи;
Les nuages se précipitent, les nuages planent ;
Невидимкою луна
Sous l’invisible lune
Освещает снег летучий;
La neige couvre son vol ;
Мутно небо, ночь мутна.
Se noircit le ciel, se noircit la nuit.
Сил нам нет кружиться доле;
Mon traîneau s’arrête net ;
Колокольчик вдруг умолк;
Les grelots sont devenus muets ;
Кони стали… « Что там в поле? » –
Tout se pose… « Qu’est-ce donc ? » –
«  « Кто их знает? пень иль волк? »
« Qui sait ? Un tronc d’arbre ou une bête ? »

*

Вьюга злится, вьюга плачет;
Déferle le blizzard , déferle la tempête ;
Кони чуткие храпят;
Ronflement de nos montures ;
Вот уж он далече скачет;
Le démon galope au loin ;
Лишь глаза во мгле горят;
Seuls ses yeux dans l’obscurité apparaissent ;
Кони снова понеслися;
Les chevaux reprennent leur course ;
Колокольчик дин-дин-дин…
Les grelots entonnent à nouveau les din-din-din …
Вижу: духи собралися
Vois donc : les esprits là-bas se sont réunis
Средь белеющих равнин.
Au milieu des plaines blanchies.

*

 

Бесконечны, безобразны,
De nombreux démons, laids et terrifiants,
В мутной месяца игре
Flottant, éructant…
Закружились бесы разны,
Une ronde de démons tourbillonnants,
Будто листья в ноябре…
Comme les feuilles de novembre …
Сколько их! куда их гонят?
Comme ils sont nombreux ! D’où viennent-ils ?
Что так жалобно поют?
Pourquoi leurs chants sont-ils si plaintifs ?
Домового ли хоронят,
Enterrent-ils un farfadet ?
 Ведьму ль замуж выдают?
Est-ce le mariage d’une sorcière ?

*

Мчатся тучи, вьются тучи;
Les nuages se précipitent, les nuages planent ;
Невидимкою луна
Sous l’invisible lune
Освещает снег летучий;
La neige couvre son vol ;
Мутно небо, ночь мутна.
Se noircit le ciel, se noircit la nuit.
Мчатся бесы рой за роем
Une foule de démons s’est rassemblée
В беспредельной вышине,
Dans les hauteurs infinies,
Визгом жалобным и воем
Cette plainte qui hurle à travers la plaine
Надрывая сердце мне…
Déchire mon coeur …

 

 **********

POUCHKINE
 1830  

********

LES JUGEMENTS DE Tolstoï
SUR LES POEMES DE POUCHKINE

Ayons donc pleine confiance dans le jugement du comte Tolstoï sur les poèmes de Pouchkine, son compatriote ! Croyons-le, encore, quand il nous parle d’écrivains allemands, anglais, et scandinaves : il a les mêmes droits que nous à se tromper sur eux. Mais ne nous trompons pas avec lui sur des œuvres françaises dont le vrai sens, forcément, lui échappe, comme il échappera toujours à quiconque n’a pas, dès l’enfance, l’habitude de penser et de sentir en français ! Je ne connais rien de plus ridicule que l’admiration des jeunes esthètes anglais ou allemands pour tel poète français. Verlaine, par exemple, ou Villiers de l’Isle-Adam. Ces poètes ne peuvent être compris qu’en France, et ceux qui les admirent à l’étranger les admirent sans pouvoir les comprendre. Mais il ne résulte pas de là, comme le croit le comte Tolstoï, qu’ils soient absolument incompréhensibles. Ils ne le sont que pour lui, comme pour nous Lermontof et Pouchkine. Ce sont des artistes : la valeur artistique de leurs œuvres résulte de l’harmonie de la forme et du fond : et si lettré que soit un lecteur russe, si parfaite que soit sa connaissance de la langue française, la forme de cette langue lui échappe toujours.

Léon Tolstoï
Qu’est-ce que l’art ?
Traduction par T. de Wyzewa.
 Perrin, 1918
pp. i-XII

*****

ALEXANDRE POUCHKINE POEME

DÉMONS
1830
Пушкин