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WILLIAM BUTTLER YEATS : THE ONLY JEALOUSY OF EMER L’UNIQUE RIVALE D’EMER (III)

*








*

LE THEÂTRE DE
WILLIAM BUTTLER YEATS

Plays for Dancers
Pièces pour Danseurs


Traduction Jacky Lavauzelle

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WILLIAM BUTTLER YEATS
(1865–1939)

THE ONLY JEALOUSY OF EMER
(III)

L’Unique Rivale d’Emer
(III)

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THE ONLY JEALOUSY OF EMER

*

 Eithne Inguba
Can you not hear my voice?
Ne peux-tu donc pas entendre sa voix ?

Emer
Bend over him.
Penche-toi sur lui.
Call out dear secrets till you have touched his heart
Rappelle-lui les secrets tendre à son cœur
If he lies there; and if he is not there
Si c’est lui qui est face à nous ; et si ce n’est pas lui
Till you have made him jealous.
Que ça le rende jaloux.

Eithne Inguba
Cuchulain, listen.
Ecoute, Cûchulainn

*




*

Emer
You speak too timidly; to be afraid
Tu parles bien trop timidement ; avoir peur
 
Because his wife is but three paces off,
Parce que sa femme est à trois pas,
 When there is so great a need, were but to prove
Quand il faut agir, prouverait
The man that chose you made but a poor choice.
A l’homme qui t’a choisie qu’il a fait le mauvais choix.
We’re but two women struggling with the sea.
Nous ne sommes que deux femmes qui luttont contre la mer.

Eithne lnguba
O my beloved, pardon me, that I
O mon bien-aimé, pardonne-moi,
Have been ashamed and you in so great need.
Pardonne ma honte, toi qui a tant besoin d’aide.
I have never sent a message or called out,
Je n’ai jamais envoyé de message ni jamais appelé,
Scarce had a longing for your company,
Ni souhaité ta compagnie,
But you have known and come. And if indeed
Mais tu l’as su et tu es venu. Et si en effet
  You are lying there stretch out your arms and speak;
Tu te trouves là-bas, tends tes bras et parle ;
Open your mouth and speak, for to this hour
Ouvre ta bouche et parle, jusqu’à cette heure
My company has made you talkative.
Ma compagnie te rendait bavard.
Why do you mope, and what has closed your ears ?
Pourquoi ce mutisme, et pourquoi es-tu sourd ?
Our passion had not chilled when we were parted
Notre passion ne s’est pas refroidie quand nous nous sommes séparés
On the pale shore under the breaking dawn.
Sur la pâle rive sous l’aube brisée.
He will not hear me: or his ears are closed
Ses oreilles peut-être n’entendent pas
And no sound reaches him.
Aucun son ne pouvant l’atteindre.

 

*








*

Emer
Then kiss that image:
Ensuite, embrasse cette image :
The pressure of your mouth upon his mouth
La pression de ta bouche sur sa bouche
May reach him where he is.
Peut l’atteindre là où il se trouve.

Eithne lnguba
starting back
Reculant
It is no man.
Ce n’est pas un homme !
I felt some evil thing that dried my heart
De mauvaises choses ont effrayé mon cœur
When my lips touched it.
Au contact de mes lèvres

 Emer
No, his body stirs;
Non, son corps bouge !
The pressure of your mouth has called him home;
La pression de tes lèvres l’on fait revenir ;
He has thrown the changeling out.
Il a repoussé l’imposteur !

Eithne lnguba
 going further off
Reculant encore
Look at that arm —
Regardez ce bras !
That arm is withered to the very socket.
Ce bras est totalement flétri !

*




*

Emer
going up to the bed
Il s’approche du lit
What do you come for, and from where?
Pourquoi viens-tu ici et d’où viens-tu ?

Figure of Cuchulain
La figure de Cûchulainn
I have come
Je viens
From Mananan’s court upon a bridleless horse.
De la cour de Mananan sur un cheval sans brides

Emer
What one among the Sidhe has dared to lie
Quel Sidhe a osé se coucher
Upon Cuchulain’s bed and take his image?
Sur le lit de Cûchulainn et prendre son image ?

*




*

Figure of Cuchulain
La figure de Cûchulainn
I am named Bricriu — not the man — that Bricriu,
Je m’appelle Bricriu – pas l’homme, mais Bricriu,
Maker of discord among gods and men,
Créateur de discorde chez les dieux et chez les hommes,
 Called Bricriu of the Sidhe.
Que l’on appelle Bricriu des Sidhes.

Emer
Come for what purpose?
Pourquoi êtes-vous ici ?

Figure of Cuchulain
La figure de Cûchulainn
 [sitting up and showing its distorted
 Se redressant et montrant la déformation
face, while Eithne Inguba goes out] :

de son visage, alors que Eithne Inguba sort
I show my face and everything he loves
Je montre mon visage et que tout ce qu’il aime
Must fly away.
Parte.




Poetry of Yeats La Poésie de Yeats William_Butler_Yeats_by_John_Singer_Sargent_1908

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WILLIAM BUTTLER YEATS
THE ONLY JEALOUSY OF EMER
(III)

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LA POESIE DE YEATS

CATULLE CATULUS XIII ad Fabullum A FABULLUS

*

CATULLE CATULLUS XIII

litterarumLittérature Latine
Catulle

Poeticam Latinam

Traduction Jacky Lavauzelle

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CATULLE – CATULLUS
84 av J.-C. – 54 av J.-C.

POESIE XIII

A FABULLUS

 

ad Fabullum

***

Cenabis bene, mi Fabulle, apud me
Comme tu dîneras bien chez moi, mon cher Fabullus,
paucis, si tibi di favent, diebus,
Bientôt, si les dieux te sont favorables,
si tecum attuleris bonam atque magnam
Si tu apportes avec toi de bons et de nombreuses
cenam, non sine candida puella
Victuailles,  une belle et jolie fille
 et vino et sale et omnibus cachinnis.
et du vin et de l’esprit et des rires pour tous.
haec si, inquam, attuleris, venuste noster,
Arrive avec toutes ces choses, mon gracieux ami,
cenabis bene: nam tui Catulli
et nous mangerons bien : car en effet ton Catulle
plenus sacculus est aranearum.
A la bourse pleine de toiles d’araignées.
sed contra accipies meros amores
Mais son affection, elle, est pure
seu quid suavius elegantiusvest:
Et tu auras quelque chose de plus suave encore :
nam unguentum dabo, quod meae puellae
Des parfums, que ma jeune maîtresse,
donarunt Veneres Cupidinesque,
A eu en don de Venus et de Cupidon ;
quod tu cum olfacies, deos rogabis,
lorsque tu prendras une bouffée de ces fragrances, tu demanderas aux dieux,
otum ut te faciant, Fabulle, nasum.
Fabullus, de te rendre ton nez.

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CONTRE ASINUS

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Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO












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Catulle – Catullus
XIII

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LA CANAILLE & LES DELICATS
par Ferdinand Brunetière
1882

On a voulu faire de Catulle, sans arguments bien solides, un poète aristocratique, un poète du grand monde, comme de sa Lesbie, sur des inductions plutôt que sur des preuves, ce que Brantôme appelait « une grande et honnête dame. » Je persiste à ne pas croire, pour ma part, que Lesbie fût la célèbre Clodia, mais je crois que bon nombre des fréquentations de Catulle furent parmi la bohème littéraire de Rome. Au surplus, la conciliation n’est pas si difficile. Ce que nous savons, en effet, c’est que, lorsque l’adolescent de Vérone arriva de sa province dans la capitale, il y subsistait, sous le raffinement de quelques habitudes, sous l’étalage du luxe et sous l’apparence de la civilisation, un grand fonds d’antique brutalité romaine. Si nous en pouvions douter, nous rapprendrions au moins de certaines épigrammes de Catulle lui-même, plus grossières que mordantes, et dont l’outrageuse crudité passe tout. C’est bien fait à M. Rostand de nous les avoir traduites. On ne peut pas juger d’un poète en commençant par faire exception de toute une partie de son œuvre, qui peut-être est celle que les contemporains en ont presque le plus goûtée. Là où Catulle est bon, il va jusqu’à l’exquis, et c’est bien de lui que l’on peut dire aussi justement que de personne qu’il est alors le mets des délicats ; mais là où il est grossier, il l’est sans mesure, et c’est bien encore de lui que l’on peut dire qu’il est le charme de la canaille. Or, à Rome, en ce temps-là, dans le sens littéraire de l’un et l’autre mot, la canaille et les délicats, c’était presque tout un. On ne distinguait pas encore, selon le mot d’Horace, la plaisanterie spirituelle de l’insolente rusticité. La curiosité de l’intelligence, vivement éveillée, capable de goûter les finesses de l’alexandrinisme, était en avance, pour ainsi dire, sur la rudesse des mœurs et la vulgarité des habitudes mondaines. Quand on grattait ces soupeurs qui savaient apprécier les jolies bagatelles du poète, on retrouvait le paysan du Latium, qui s’égayait, au moment du vin, à faire le mouchoir. La raillerie, comme à la campagne, s’attaquait surtout aux défauts ou disgrâces physiques. Je sais bien que, jusque dans Horace, la grossièreté du vieux temps continuera de s’étaler, mais ce ne sera plus de la même manière naïvement impudente. Au temps de Catulle, la délicatesse n’avait pas encore passé de l’esprit dans les manières. Quand il s’élevait seulement un nuage sur les amours du poète et de sa Lesbie, le docte traducteur de Callimaque s’échappait en injures de corps de garde. Cette société très corrompue ne s’était pas encore assimilé la civilisation grecque. Elle s’essayait à la politesse, elle n’y touchait pas encore. Et sous son élégance toute superficielle, elle manquait étrangement de goût. — Il me paraît que, si l’on examinée quel moment de notre histoire la plupart de ces traits conviennent, on trouvera que c’est au XVIe siècle, dans le temps précis que le contact des mœurs italiennes opérait sur la cour des Valois le même effet qu’à Rome, sur les contemporains de César, le contact des mœurs de la Grèce.

Ferdinand Brunetière
Revue littéraire
À propos d’une traduction de Catulle
Revue des Deux Mondes
Troisième période
Tome 54 –  1882

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SONNETS DE SHAKESPEARE 27 Weary with toil LOURD DE FATIGUE

LES SONNETS DE SHAKESPEARE THE SONNETS
THE SONNETS – LES SONNETS

Illustration du Phénix par Friedrich Justin Bertuch
*


WILLIAM SHAKESPEARE
[1564 – 1616]

Traduction JACKY LAVAUZELLE

**

SONNET 27

The Sonnets SHAKESPEARE
Les Sonnets de SHAKESPEARE
Weary with toil

LOURD DE FATIGUE

1598 

**

*

Weary with toil, I haste me to my bed,
Lourd de fatigue, je me précipite vers mon lit,
The dear repose for limbs with travel tir’d;
Cher repos pour mes membres froissés par le voyage ;
But then begins a journey in my head
Mais commence un autre voyage dans ma tête
To work my mind, when body’s work’s expired:
Qui use mon esprit, dès que le travail du corps expire :

*








*

For then my thoughts—from far where I abide—
Car, alors, mes pensées – loin d’où je demeure –
Intend a zealous pilgrimage to thee,
Commencent un pèlerinage vers toi,
 And keep my drooping eyelids open wide,
Et gardent mes paupières ensommeillées pourtant ouvertes,
Looking on darkness which the blind do see:
En regardant les ténèbres visibles par les aveugles seuls :

*

Save that my soul’s imaginary sight
Ce que voit mon âme imaginaire
Presents thy shadow to my sightless view,
Présente ton ombre à ma vue aveugle,
Which, like a jewel hung in ghastly night,
Qui, comme un bijou accroché dans la nuit horrible,

*






*

Makes black night beauteous, and her old face new.
Rend la nuit noire étincelante, et rajeunit son vieux visage.
Lo! thus, by day my limbs, by night my mind,
Ainsi, le jour mon corps, la nuit mon cœur,
 For thee, and for myself, no quiet find.
Par toi, par moi, sont sans repos.

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SHAKESPEARE SONNET 27

LES SONNETS DE SHAKESPEARE THE SONNETS

LUIS DE CAMOES OS LUSIADAS III-58 LES LUSIADES

*Luís de Camões Os Lusiadas Les Lusiades
OS LUSIADAS III-58 LES LUSIADES III-58
LITTERATURE PORTUGAISE

Luis de Camoes Oeuvres obras Artgitato

literatura português

Luis de Camões
[1525-1580]

Tradução – Traduction
texto bilingue

Luis de Camoes Les Lusiades

 

Obra Poética

(1556)

LES LUSIADES III-58

OS LUSIADAS III-58

A Epopeia Portuguesa

 

CHANT III
Canto Terceiro

Traduction Jacky Lavauzelle

verso 58
Strophe 58

III-58

Image illustrative de l'article Vasco de Gama

Vasco de Gama

Vasco da Gama signature almirante.svg

 

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Luís de Camões Os Lusiadas
OS LUSIADAS III-58
LES LUSIADES III-58

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Précisions historiques

Camoes a évoqué du verset 42 au verset 54 la bataille d’Ourique qui sera gagné par le premier roi de Portugal sous le nom d’Alphonse Ier – Alfonso I – Afonso Henriques (1109 Guimarães /Viseu-1185  Coimbra) –
Alfonso sera couronné roi de Portugal en 1139 après la bataille d’Ourique.
Dans le sonnet, Camoes évoque la séquence suivante à partir de la bataille de Leiria. Cette bataille n’a pas la même portée symbolique d’Ourique qui méritait une dizaine de sonnets, il s’agissait de la Grande Victoire, grão vitória. Nous nous trouvons à 7 kilomètres du Campo de Ourique. Nous sommes ici à la limite entre le nouveau royaume et les possessions des musulmans Almohades. D’où les premiers vers de Camoes sur la conquête récente de la ville par les Mahométans. Paio Guterres da Cunha, un noble portugais, se fera remarquer à plusieurs reprises dans la défense du château de Leiria Nous le retrouverons aussi dans le siège par les maures de Lisbonne.
Les autres villes citées dans le sonnet 55 sont Arronches, petite ville de l’Alentejo, située à proximité de l’actuelle frontière avec l’Espagne et Scabelicastro – nommée Scalabis par les Romains, puis Shantarin par les Maures – s’appelle aujourd’hui Santarém et se trouve au nord de Lisbonne, dans le Ribatejo.
Sonnet 56, Alphonse Ier continue ses conquêtes avec Sintra et Mafra situées à une vingtaine de kilomètres au nord de Lisbonne. Sintra tombe en 1147. Les Monts de Sintra sont nommés les Montagnes de la Lune, serras da Lua ; lien fait entre Sintra et Cynthie. Cynthie est associée à Diane, la déesse de la Lune (Première Encyclopédie – Diderot – 1751 – Tome 4 : CYNTHIUS & CYNTHIA, surnoms d’Apollon & de Diane, ainsi appelés du mont Cynthie situé au milieu de l’île de Délos où ils avoient pris naissance.)
Sonnet 57, voici la ville de Lisbonne et des références à sa fondation par Ulysse. Dans la Première Encyclopédie, en 1765 (Tome 11), Louis de Jaucourt souligne à la définition Olysippo : « c’est ainsi que plusieurs auteurs écrivent le nom d’une ville très-ancienne, située à l’embouchure du Tage, & qui est aujourd’hui Lisbonne. Elle est si ancienne, que Solin a cru qu’elle avoit été fondée par Ulysse ; & Strabon même ne juge pas impossible qu’Ulysse ait été en Espagne. Dans le passage de Solin on lit : Ibi oppidum Olysipone Ulyxi conditum. Solin met ici un ablatif pour un nominatif ; car, selon l’usage de son tems, les noms de ville se mettoient à l’ablatif, & étoient regardés comme indéclinables. Ainsi Vopiscus dans la vie d’Aurelien dit, Copto & Plotemaïde urbes cepit. Dans Antonin, les noms sont de même à l’ablatif, tandis que chez les Grecs ils sont au génitif. » »
La Dardanie d’Asie Mineure est dans l’actuelle Anatolie du nord-ouest. Les Dardaniens et les Troyens sont ici confondus.
Les troupes qui viennent des régions boréales sont les troupes croisées des régions nordiques venues à la rescousse d’Alphonse Ier.
Sonnet 58 : précisions sur les troupes venues en renfort du nord de l’Europe, notamment la Germanie et la Grande-Bretagne actuelle, « la froide Bretagne« .

Jacky Lavauzelle
Camoes Les Lusiades

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« Lá do Germânico Albis, e do Rene,
« De l’Elbe et du Rhin germaniques,
E da fria Bretanha conduzidos,
  Et de la froide Bretagne froide était portée
 
A destruir o povo Sarraceno,
La volonté de détruire le Peuple Sarrasin,
Muitos com tensão santa eram partidos.
De nombreux guerriers partis saintement.
Entrando a boca já do Tejo ameno,
Ils entrèrent par la douce bouche du Tage,
Co’o arraial do grande Afonso unidos,
  Pour s’unir avec les troupes du grand Alphonse,
Cuja alta fama então subia aos Céus,
  Dont la grande renommée montait aux Cieux,
 
Foi posto cerco tos muros Ulisseus.
Et mirent le siège aux murs Ulysséens.

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Vasco de Gama par Gregorio Lopes

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Luís Vaz de Camões Os Lusiadas Les Lusiades
OS LUSIADAS III-58 CAMOES LUSIADES III-58
Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
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White_Fawn_Drawing Faon Diane

LUIS DE CAMOES OS LUSIADAS LES LUSIADES

SONNET DE PEIRE GODOLIN Poète Occitan XVIIe siècle – SONET

PEIRE GODOLIN
LITTERATURE OCCITANE

*


PEIRE GODOLIN
Pierre Goudouli
Pierre Goudelin

[1580 Toulouse – 1649 Toulouse]

*
Traduction JACKY LAVAUZELLE

**

SONNET
SONET




Epitaphes – Epitafas

 

Jos aqueste grand roc es rebondula l’òssa
Sous le grand roc, les os reposent
D’Enceladanle fier, la glòria del Gigants
Du fier Encelade, la gloire des Géants
Que, per tirar del Cèl les prumières estatjants
Qui, pour sortir du Ciel les premiers habitants,
Enjoquèc Pelion sur la grand cima d’òssa.
A poser Pélion sur les hautes cimes de l’Osse.




*

Ja levava l’un pè le descarat colòssa,
Le voici avançant, colosse effrayant,
Per sautar dins le cèl vesin de quatre palms,
Sautant dans le ciel voisin de quatre pans
Quand Jupiter sasic un fòlze de tres brands
Quand Jupiter saisit le feu du trident
Que, flésc ! li fèc bronzir pel mièi de la cabóça.
Et vlan !, lui jeta en pleine tête.

*

Del brave Jupiter le cèl forèc gardat ;
Le Ciel fut préservé par le brave Jupiter
Car, perquanta de Mars que se fa tant soldat
Car Mars, qui se prétend si grand soldat,
El s’arrucava tot, quand ausiá las campanhas
Se terra aux bruits des campagnes




*

Retronir jots l’aprèst d’un tan cruèl assaut,
Succombant au poison d’un si cruel assaut,
E peisson se mudèc, plus regde qu’un lebraud,
En poisson se mue, plus rapide qu’un levreau,
Quand vic al crabimè carrejar las montanhas.
Quand sur le dos l’on portait les montagnes.

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PEIRE GODOLIN

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NOTICES HISTORIQUES
SUR
PIERRE GODOLIN

Pierre de Godolin naquit à Toulouse l’an 1579, dans la maison de la rue Pargaminières, contiguë au coin de celle de Notre-Dame-du-Sac ; élevé au collège des Jésuites, il y étudia les belles-lettres, et se fit remarquer par la vivacité de son esprit, par l’élégance des compositions, et la facilité avec laquelle il était parvenu à placer dans sa mémoire la majeure partie des œuvres de Virgile ; i étudia, hélas ! bien à contre cœur, mais enfin, il étudia jusqu’au bout la jurisprudence, prit la licence, et se fit recevoir avocat au parlement. Arrivé là, les épines que Thémis présente à ses favoris, ne purent convenir à une âme passionnée qui aimait à se perdre dans les rêves de son imagination ; il crut avoir assez montré de courage. Les muses vinrent le prendre, et le bon Godolin s’abandonna à leur aimable séduction. Contemporain du Tasse, il ne suivit pas seulement, comme ce célèbre poète, le penchant de son génie, mais comme lui, il chercha une route nouvelle. La langue d’oc était tombée avec le pouvoir des comtes de Toulouse ; le patois de nos provinces, n’étant plus soutenu ni par la majorité de la nation, ni par l’imprimerie, était devenu le partage du peuple, et cette langue si douce, si harmonieuse, véritable fille de celle que les troubadours avaient parlée, semblait être délaissée pour employer la langue générale du pays. Mais Godolin, qui connaissait les trésors de la linguistique qu’elle renfermait, avant de la laisser se perdre, voulut en sauver les débris ; il la préféra donc à la langue française, qui, froide, sèche et sans charmes, sortait à peine de la grossièreté de son premier âge ; car, suspendue encore aux mamelles de l’antiquité, elle n’était guère alors que du grec ou du latin, traduit en français ; il refusa de jeter ses gracieuses créations dans le moule grec ou romain. Il fallait à son génie un nouvel horizon. Sous la plume de notre compatriote, cette langue parut étincelante de nouvelles beautés ; elle se prêta à tous les tons et devint tour à tour grave, moelleuse, fière ou mélancolique ; son génie lui fit surmonter les difficultés qu’entraîne un dialecte peu usité, et les cordes de sa lyre furent assez dociles pour chanter, avec un talent varié, le ciel, les grands, les bergères et ses amis. Toujours élégant, il a employé avec adresse les fictions et les métaphores les pus ingénieuses. Imitateur heureux de Pindare, d’Horace et d’Anacréon, ses odes sont élevées d’un style noble et soutenu ; ses idylles respirent  la molle délicatesse, la grâce et l’abandon ; ses chansons sont enjouées, élégantes et faciles, et a mélopée, sou ses doigts, se transforme, se module et se ploie à toutes les inspirations, à toutes ses fantaisies. Enfin, tantôt enjoué, tantôt badin, mais toujours énergique, il surprend par la noblesse de ses expressions, dans une langue condamnée à ramper parmi le vulgaire.




Œuvres Complètes de Pierre Godolin
Notes historiques et littéraires par J.-M. Cayla et Paul Cléobule
Editeur Delboy à Toulouse en 1843

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PEIRE GODOLIN

CATULLE CATULLUS XII CONTRE ASINUS

*

CATULLE CATULLUS XII

litterarumLittérature Latine
Catulle

Poeticam Latinam

Traduction Jacky Lavauzelle

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CATULLE – CATULLUS
84 av J.-C. – 54 av J.-C.

POESIE XII

ASINUS

CONTRE ASINUS

 

***

Marrucine Asini, manu sinistra
Asinus, toi le Marrucin*, à la main gauche
non belle uteris: in ioco atque vino
Si preste, frétillant gaiement sous les effets du vin
tollis lintea neglegentiorum.
Tu subtilises les mouchoirs des convives négligents.
Hoc salsum esse putas? Fugit te, inepte:
Trouves-tu cela plein d’esprit ? Quel sot tu fais !
 quamvis sordida res et invenusta est.
Quelle vilénie sordide !
Non credis mihi? Crede Pollioni
Tu ne me crois pas ? Alors crois Pollion,
 fratri, qui tua furta vel talento
Ton frère, que tes larcins, en talents,
mutari velit—est enim leporum
Tente d’effacer – connaisseur, lui aussi
differtus puer ac facetiarum.
Des farces et de la bonne humeur.
Quare aut hendecasyllabos trecentos
Alors maintenant, tu peux attendre trois cents
exspecta, aut mihi linteum remitte,
Billets de ma part, ou retourne-moi vite mon mouchoir,
quod me non movet aestimatione,
Nullement à cause du prix,
verum est mnemosynum mei sodalis.
Mais car il s’agit d’un cadeau de mes amis.
Nam sudaria Saetaba ex Hiberis
En fait, un mouchoir de Sétabis** en Hibérie
miserunt mihi muneri Fabullus
Envoyé par Fabullus
et Veranius; haec amem necesse est
et Veranius ; j’y tiens donc comme tout ce qui me vient
ut Veraniolum meum et Fabullum.
De Verannius et de Fabullus.

*****

* Marrucin

Les Marrucins est une tribu de l’Italie (Est) -Ce sont des descendants des Ausones et des Sabins : « Par ces Sabelli ou Samnites, il faut entendre ceux que l’on appelait Hirpini, qui touchaient la Pouille au nord, & la Lucanie à l’est. Tous ces peuples descendaient originairement des Ausones, qui depuis prirent le nom d’Osques, & ensuite celui de Sabins ; ceux-ci formèrent différentes peuplades, qui furent les Aurunces, les Fidicins, les Samnites, les Picentins, les Vestins, les Marrucins, les Pélignes, les Marses, les Eques, & les Herniques ; les Samnites produisirent les Trentaniens, les Lucaniens, les Campaniens, & les Hirpins ; enfin les Lucaniens donnèrent naissance aux Bruttiens. » (Louis de Jaucourt  L’Encyclopédie Première Edition 1751 – Tome 14)

** Sétabis

Sétabis ou Saetabis, aujourd’hui Xàtiva en Espagne, dans la Province de Valence.

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CONTRE ASINUS

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Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO












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Catulle – Catullus
XII

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LA CANAILLE & LES DELICATS
par Ferdinand Brunetière
1882

On a voulu faire de Catulle, sans arguments bien solides, un poète aristocratique, un poète du grand monde, comme de sa Lesbie, sur des inductions plutôt que sur des preuves, ce que Brantôme appelait « une grande et honnête dame. » Je persiste à ne pas croire, pour ma part, que Lesbie fût la célèbre Clodia, mais je crois que bon nombre des fréquentations de Catulle furent parmi la bohème littéraire de Rome. Au surplus, la conciliation n’est pas si difficile. Ce que nous savons, en effet, c’est que, lorsque l’adolescent de Vérone arriva de sa province dans la capitale, il y subsistait, sous le raffinement de quelques habitudes, sous l’étalage du luxe et sous l’apparence de la civilisation, un grand fonds d’antique brutalité romaine. Si nous en pouvions douter, nous rapprendrions au moins de certaines épigrammes de Catulle lui-même, plus grossières que mordantes, et dont l’outrageuse crudité passe tout. C’est bien fait à M. Rostand de nous les avoir traduites. On ne peut pas juger d’un poète en commençant par faire exception de toute une partie de son œuvre, qui peut-être est celle que les contemporains en ont presque le plus goûtée. Là où Catulle est bon, il va jusqu’à l’exquis, et c’est bien de lui que l’on peut dire aussi justement que de personne qu’il est alors le mets des délicats ; mais là où il est grossier, il l’est sans mesure, et c’est bien encore de lui que l’on peut dire qu’il est le charme de la canaille. Or, à Rome, en ce temps-là, dans le sens littéraire de l’un et l’autre mot, la canaille et les délicats, c’était presque tout un. On ne distinguait pas encore, selon le mot d’Horace, la plaisanterie spirituelle de l’insolente rusticité. La curiosité de l’intelligence, vivement éveillée, capable de goûter les finesses de l’alexandrinisme, était en avance, pour ainsi dire, sur la rudesse des mœurs et la vulgarité des habitudes mondaines. Quand on grattait ces soupeurs qui savaient apprécier les jolies bagatelles du poète, on retrouvait le paysan du Latium, qui s’égayait, au moment du vin, à faire le mouchoir. La raillerie, comme à la campagne, s’attaquait surtout aux défauts ou disgrâces physiques. Je sais bien que, jusque dans Horace, la grossièreté du vieux temps continuera de s’étaler, mais ce ne sera plus de la même manière naïvement impudente. Au temps de Catulle, la délicatesse n’avait pas encore passé de l’esprit dans les manières. Quand il s’élevait seulement un nuage sur les amours du poète et de sa Lesbie, le docte traducteur de Callimaque s’échappait en injures de corps de garde. Cette société très corrompue ne s’était pas encore assimilé la civilisation grecque. Elle s’essayait à la politesse, elle n’y touchait pas encore. Et sous son élégance toute superficielle, elle manquait étrangement de goût. — Il me paraît que, si l’on examinée quel moment de notre histoire la plupart de ces traits conviennent, on trouvera que c’est au XVIe siècle, dans le temps précis que le contact des mœurs italiennes opérait sur la cour des Valois le même effet qu’à Rome, sur les contemporains de César, le contact des mœurs de la Grèce.

Ferdinand Brunetière
Revue littéraire
À propos d’une traduction de Catulle
Revue des Deux Mondes
Troisième période
Tome 54 –  1882

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SONNETS SHAKESPEARE SONNET 26 LORD OF MY LOVE – SEIGNEUR DE MON AMOUR

LES SONNETS SHAKESPEARE THE SONNETS
THE SONNETS – LES SONNETS

Illustration du Phénix par Friedrich Justin Bertuch
*


WILLIAM SHAKESPEARE
[1564 – 1616]

Traduction JACKY LAVAUZELLE

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SONNET 26

The Sonnets SHAKESPEARE
Les Sonnets SHAKESPEARE
LORD OF MY LOVE

 

SEIGNEUR DE MON AMOUR

1598 

**

*

Lord of my love, to whom in vassalage
Seigneur de mon amour, en vassal
Thy merit hath my duty strongly knit,
Ton mérite a puissamment attaché mon devoir,
To thee I send this written embassage,
A toi, j’envoie cette missive protocolaire,
To witness duty, not to show my wit:
Comme preuve de ma loyauté, non pour montrer mon esprit :

*








*

Duty so great, which wit so poor as mine
Devoir si conséquent, qu’un esprit pauvre comme le mien
May make seem bare, in wanting words to show it,
Peut paraître nu, sans avoir les mots pour le décrire,
But that I hope some good conceit of thine
Mais j’espère qu’une bonne pensée de toi,
In thy soul’s thought, all naked, will bestow it:
Dans ton âme, toute nue, l’acceptera :

*

Till whatsoever star that guides my moving,
Jusqu’à ce que l’étoile qui guide mes mouvements,
Points on me graciously with fair aspect,
Luise gracieusement et favorablement,
And puts apparel on my tatter’d loving,
Et habille enfin mon amour morcelé,

*






*

To show me worthy of thy sweet respect:
Pour qu’il se montre digne de ton doux respect :
Then may I dare to boast how I do love thee;
Alors oserais-je me vanter de mon amour pour toi ?
Till then, not show my head where thou mayst prove me.
Jusque-là, je ne me montrerai pour qu’à l’épreuve je ne m’expose.

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SHAKESPEARE SONNET 26

LES SONNETS SHAKESPEARE THE SONNETS

LUIS DE CAMOES OS LUSIADAS III-57 LES LUSIADES

*Luís de Camões Os Lusiadas Les Lusiades
OS LUSIADAS III-57 LES LUSIADES III-57
LITTERATURE PORTUGAISE

Luis de Camoes Oeuvres obras Artgitato

literatura português

Luis de Camões
[1525-1580]

Tradução – Traduction
texto bilingue

Luis de Camoes Les Lusiades

 

Obra Poética

(1556)

LES LUSIADES III-57

OS LUSIADAS III-57

A Epopeia Portuguesa

 

CHANT III
Canto Terceiro

Traduction Jacky Lavauzelle

verso 57
Strophe 57

III-57

Image illustrative de l'article Vasco de Gama

Vasco de Gama

Vasco da Gama signature almirante.svg

 

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Luís de Camões Os Lusiadas
OS LUSIADAS III-57
LES LUSIADES III-57

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Précisions historiques

Camoes a évoqué du verset 42 au verset 54 la bataille d’Ourique qui sera gagné par le premier roi de Portugal sous le nom d’Alphonse Ier – Alfonso I – Afonso Henriques (1109 Guimarães /Viseu-1185  Coimbra) –
Alfonso sera couronné roi de Portugal en 1139 après la bataille d’Ourique.
Dans le sonnet, Camoes évoque la séquence suivante à partir de la bataille de Leiria. Cette bataille n’a pas la même portée symbolique d’Ourique qui méritait une dizaine de sonnets, il s’agissait de la Grande Victoire, grão vitória. Nous nous trouvons à 7 kilomètres du Campo de Ourique. Nous sommes ici à la limite entre le nouveau royaume et les possessions des musulmans Almohades. D’où les premiers vers de Camoes sur la conquête récente de la ville par les Mahométans. Paio Guterres da Cunha, un noble portugais, se fera remarquer à plusieurs reprises dans la défense du château de Leiria Nous le retrouverons aussi dans le siège par les maures de Lisbonne.
Les autres villes citées dans le sonnet 55 sont Arronches, petite ville de l’Alentejo, située à proximité de l’actuelle frontière avec l’Espagne et Scabelicastro – nommée Scalabis par les Romains, puis Shantarin par les Maures – s’appelle aujourd’hui Santarém et se trouve au nord de Lisbonne, dans le Ribatejo.
Sonnet 56, Alphonse Ier continue ses conquêtes avec Sintra et Mafra situées à une vingtaine de kilomètres au nord de Lisbonne. Sintra tombe en 1147. Les Monts de Sintra sont nommés les Montagnes de la Lune, serras da Lua ; lien fait entre Sintra et Cynthie. Cynthie est associée à Diane, la déesse de la Lune (Première Encyclopédie – Diderot – 1751 – Tome 4 : CYNTHIUS & CYNTHIA, surnoms d’Apollon & de Diane, ainsi appelés du mont Cynthie situé au milieu de l’île de Délos où ils avoient pris naissance.)
Sonnet 57, voici la ville de Lisbonne et des références à sa fondation par Ulysse. Dans la Première Encyclopédie, en 1765 (Tome 11), Louis de Jaucourt souligne à la définition Olysippo : « c’est ainsi que plusieurs auteurs écrivent le nom d’une ville très-ancienne, située à l’embouchure du Tage, & qui est aujourd’hui Lisbonne. Elle est si ancienne, que Solin a cru qu’elle avoit été fondée par Ulysse ; & Strabon même ne juge pas impossible qu’Ulysse ait été en Espagne. Dans le passage de Solin on lit : Ibi oppidum Olysipone Ulyxi conditum. Solin met ici un ablatif pour un nominatif ; car, selon l’usage de son tems, les noms de ville se mettoient à l’ablatif, & étoient regardés comme indéclinables. Ainsi Vopiscus dans la vie d’Aurelien dit, Copto & Plotemaïde urbes cepit. Dans Antonin, les noms sont de même à l’ablatif, tandis que chez les Grecs ils sont au génitif. » »
La Dardanie d’Asie Mineure est dans l’actuelle Anatolie du nord-ouest. Les Dardaniens et les Troyens sont ici confondus.
Les troupes qui viennent des régions boréales sont les troupes croisées des régions nordiques venues à la rescousse d’Alphonse Ier.

Jacky Lavauzelle
Camoes Les Lusiades

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« E tu, nobre Lisboa, que no Mundo
« Et toi, noble Lisbonne, dans le Monde
Facilmente das outras és princesa,
Des autres cités, une princesse,
 Que edificada foste do facundo,
  Edifiée par le héros,
  Por cujo engano foi Dardânia acesa;
 Qui par la duperie, embrasa la ville Dardanienne ;
Tu, a quem obedece o mar profundo,
 Toi qui obéit à la mer profonde,
Obedeceste à força Portuguesa,
  Obéit à la force Portugaise,
 Ajudada também da forte armada,
Secondée par la forte armée,
Que das Boreais partes foi mandada.
  Que les régions Boréales envoyèrent.

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Vasco de Gama par Gregorio Lopes

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Luís Vaz de Camões Os Lusiadas Les Lusiades
OS LUSIADAS III-57 CAMOES LUSIADES III-57
Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
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White_Fawn_Drawing Faon Diane

LUIS DE CAMOES OS LUSIADAS LES LUSIADES

THE ONLY JEALOUSY OF EMER THEÂTRE DE YEATS L’UNIQUE RIVALE D’EMER (II)

*








*

LE THEÂTRE DE
WILLIAM BUTTLER YEATS

Plays for Dancers
Pièces pour Danseurs


Traduction Jacky Lavauzelle

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WILLIAM BUTTLER YEATS
(1865–1939)

THE ONLY JEALOUSY OF EMER
(II)

L’Unique Rivale d’Emer
(II)

*****

THE ONLY JEALOUSY OF EMER

EMER
speaking
parlant
Come hither, come sit down beside the bed
Viens ici, viens t’asseoir à côté du lit
You need not be afraid, for I myself
Tu n’as pas à avoir peur, c’est moi
Sent for you, Eithne Inguba.
Qui t’ai envoyé chercher, Eithne Inguba.

Eithne Inguba
No, Madam,
Non, Madame,
I have too deeply wronged you to sit there.
Je vous ai trop injustement blessée pour m’asseoir là-bas.

Emer
Of all the people in the world we two,
De toutes les personnes au monde, nous deux,
And we alone, may watch together here,
Nous deux seulement, pouvons rester ensemble ici,
Because we have loved him best.
Car nous l’avons aimé vraiment.

Eithne Inguba
And is he dead?
Est-il mort ?

Emer
Although they have dressed him out in his grave-
clothes
Bien qu’ils l’aient habillé de cette tenue funeste
And stretched his limbs, Cuchulain is not dead.
Que ses membres soient étendus là, Cûchulainn n’est pas mort.
The very heavens when that day’s at hand,
Les cieux à la proximité de ce jour,
So that his death may not lack ceremony,
Pour que sa mort ne manque pas de cérémonial,
Will throw out fires, and the earth grow red with blood.
Tireront les feux, et la terre deviendra rouge sang.
There shall not be a scullion but foreknows it
Il ne doit y avoir personne qui ignore
Like the world’s end.
Qu’il s’agit de la fin du monde.

Eithne Inguba
How did he come to this?
Comment en est-il arrivé là ?

*****

ENTER Musicians, with musical instruments. 
Les musiciens entrent avec des instruments de musique.
The First Musician pauses at the centre and stands with a
cloth between his hands.
Le premier musicien fait une pause au centre et se tient debout avec un drap entre ses mains.
The stage can be against the wall of any room.
La scène peut se jouer contre le mur de n’importe quelle pièce.




Emer
Towards noon in the assembly of the kings
Vers midi, à l’assemblée des rois
He met with one who seemed a while most dear.
Il a rencontré quelqu’un qui semblait sincère.
The kings stood round; some quarrel was blown up;
Les rois se tenaient debout ; Une querelle explosa ;
He drove him out and killed him on the shore
Il l’a chassé et l’a tué sur le rivage
 At Baile’s tree. And he who was so killed
À l’arbre de Baile. Et celui qu’il a tué
 Was his own son begot on some wild woman
N’était autre que son propre fils engendré avec une sauvageonne
 When he was young, or so I have heard it said.
Quand il était jeune, ai-je entendu dire.
 And thereupon, knowing what man he had killed,
Et alors, sachant quel homme il avait tué,
 And being mad with sorrow, he ran out;
I a été foudroyé de chagrin et il s’est enfui;
 And after to his middle in the foam,
Et se jetant au milieu de l’écume,
 With shield before him and with sword in hand,
Un bouclier dans une main et son épée dans l’autre,
 He fought the deathless sea. The kings looked on
Il a combattu la mer à mort. Les rois l’ont regardé
 And not a king dared stretch an arm, or even
Et pas un n’a bougé, ni même
Dared call his name, but all stood wondering
Prononcé son nom, mais tous se tenaient debout
 In that dumb stupor like cattle in a gale;
Dans cette stupide stupeur comme du bétail dans le vent ;
 Until at last, as though he had fixed his eyes
Jusqu’à la fin, comme s’il avait fixé de ses yeux
 On a new enemy, he waded out
Un nouvel ennemi, il pénètre plus encore
 Until the water had swept over him.
Dans les eaux qui le submergent.
But the waves washed his senseless image up
Puis les vagues effacèrent la folie de son visage
 And laid it at this door.
Et le déposèrent devant cette porte.

Eithne Inguba
How pale he looks!
Comme il est pâle !

Emer
He is not dead.
Il n’est pas mort.

Eithne Inguba
You have not kissed his lips
Vous n’avez pas embrassé ses lèvres
Nor laid his head upon your breast.
Ni reposé sa tête sur votre poitrine.








Emer
It may be
Il s’agit peut-être
An image has been put into his place,
D’un masque plaqué sur sa face,
A sea-born log bewitched into his likeness,
Une épave de la mer ayant subtilisé son image,
Or some stark horseman grown too old to ride
Ou un cavalier aguerri devenu trop vieux pour chevaucher
Among the troops of Mananan, Son of the Sea,
Parmi les troupes de Mananan, le Fils de la Mer,
Now that his joints are stiff.
Maintenant que ses articulations sont devenues rigides.

Eithne Inguba
Cry out his name.
Criez son nom !
All that are taken from our sight, they say,
Tout ceux qui sont loin de nous, dit-on,
Loiter amid the scenery of their lives
Ceux qui partent ainsi au milieu de leur vie,
For certain hours or days ; and should he hear
Reviennent certaines heures ou certains jours ; Et s’il nous entendait
He might, being angry, drive the changeling out.
Peut-être pourrait-il, en se mettant en colère, faire déguerpir l’intrus.

Emer
It is hard to make them hear amid their darkness,
Il est difficile de se faire entendre d’eux au milieu de leur obscurité,
And it is long since I could call him home;
Et il y a si longtemps que je ne peux plus les appeler ;
I am but his wife, but if you cry aloud
Je ne suis que sa femme, mais si toi, tu pleures
With that sweet voice that is so dear to him
Avec cette voix douce qui lui est si chère
He cannot help but listen.
Il ne pourra s’empêcher d’écouter.

Eithne Inguba
He loves me best
Il m’aime plus
Being his newest love, but in the end
Car je suis son plus récent amour, mais à la fin
Will love the woman best who loved him first
Il aimera celle qu’il a aimée en premier
 And loved him through the years when love seemed lost.
Et l’a aimée au cours de ces années où l’amour semblait perdu.




Emer
I have that hope, the hope that some day and somewhere
J’ai cet espoir, l’espoir qu’un jour et quelque part
We’ll sit together at the hearth again.
Nous nous assiérons à nouveau devant la cheminée.

Eithne Inguba
Women like me when the violent hour is over
Les femmes telles que moi quand l’heure de la passion est terminée,
Are flung into some corner like old nut-shells.
Sont jetées dans un coin comme des coquilles vides.
Cuchulain, listen
Cûchulainn, écoute.

Emer
No, not yet — for first
Non, pas encore – d’abord
 
I’ll cover up his face to hide the sea;
Je couvrirai son visage pour lui cacher la mer ;
And throw new logs upon the hearth, and stir
Et je jetterai de nouvelles bûches dans le foyer et attiserai
  The half burnt logs until they break in flame.
Les bûches à demi brûlées jusqu’à ce qu’elles repartent en flammes.
Old Mananan’s unbridled horses come
Les chevaux débridés du vieux Mananan arrivent
Out of the sea, and on their backs his horsemen ;
Sortent de la mer, et sur leur dos, ses cavaliers ;
But all the enchantments of the dreaming foam
Mais toutes les enchantements de l’écume s’évanouissent
Dread the hearth fire.
Au milieu du foyer.




[She pulls the curtains of the bed so as to hide the sick
man’s face, that the actor may change his mask unseen.
[Elle tire les rideaux du lit afin de cacher le visage de l’homme, ce qui permet à l’acteur de changer son masque sans être vu.
She goes to one side of platform and moves her hand as though
putting logs on a fire and stirring it into a blaze.
Elle va vers un côté de la scène et ensuite mime en mettant des bûches sur un feu et puis l’attise.
While she makes these movements the Musicians play, marking the movements with drum and flute perhaps.
Tandis qu’elle fait de ces mouvements, les musiciens jouent, marquant ses mouvements avec un tambour et de une flûte éventuellement.
Having finished, she stands beside the imaginary fire at a distance from Cuchulain and Eithne Inguba.]
Après avoir terminé sa gestuelle, elle se tient tout à côté du feu imaginaire à distance de Cûchulainn et de Eithne Inguba.]
Call on Cuchulain now.
Appelle donc Cûchulainn maintenant.




Poetry of Yeats La Poésie de Yeats William_Butler_Yeats_by_John_Singer_Sargent_1908

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THE ONLY JEALOUSY OF EMER (II)

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LA POESIE DE YEATS

三国志演义 LES TROIS ROYAUMES 羅貫中 Luo Guanzhong – I-5

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LUO GUANZHONG
[1320年-1400年]

Traduction JACKY LAVAUZELLE

 

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 三国志演义
I-5

三國志演義
三国志演义
LES TROIS ROYAUMES

Roman Chinois du XIVe siècle
Début dynastie MING
明朝 [
1368-1644]

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 三国志演义
Sān guó zhì yǎn yì
LES TROIS ROYAUMES
I-5

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  `且說張角一軍,前犯幽州界分。
Qiě shuō zhāng jiǎo yījūn, qián fàn yōu zhōu jiè fēn.
L’armée de Zhang Jio avait attaqué des aux frontières de État.
‘幽州太守劉焉,乃江夏竟陵人氏,漢魯恭王之後也;
Yōu zhōu tài shǒu liú yān, nǎi jiāng xià jìng líng rén shì, hàn lǔ gōng wáng zhī hòu yě;
Liu Yan, préfet de You Zhou était originaire de Jingling dans la province de Jiangxia et de la famille du prince Gong Lu, un Han lui aussi,
當時聞得賊兵將至,召校尉鄒靖計議。
dāng shí wén de zéi bīng jiāng zhì, zhào xiào wèi zōu jìng jì yì. 
et alors que les rebelles approchaient, il fit appeler le capitaine Zou Jing pour reconsidérer la situation.
靖曰:
Jìng yuē:
Jing  dit:
「賊兵眾,我兵寡,明公宜作速招軍應敵。」
`Zéi bīng zhòng, wǒ bīng guǎ, míng gōng yi zuò sù zhāo jūn yìng dí.
« Les rebelles sont plus nombreux que nos quelques soldats, nous devrions rapidement engager de nouvelles recrues

*

*

 劉焉然其說,隨即出榜招募義兵。
Liú yān rán qí shuō, suíjí chū bǎng zhāo mù yì bīng.
Liu Yan demanda donc un nouveau recrutement de soldats.
榜文行到涿縣,引出涿縣中一個英雄。
Bǎng wén xíng dào zhuō xiàn, yǐn chū zhuō xiàn zhōng yīgè yīng xióng.
Une affiche placardée dans la sous-préfecture de Zhuo qui attira l’attention de l’un de nos héros.

*





*

 那人不甚好讀書;
Nà rén bù shèn hǎo dú shū;
Notre homme ne passait pas ses loisirs à lire;
性寬和,寡言語,喜怒不言於色;
xìng kuān hé, guǎ yán yǔ, xǐ nù bù yán wū sè;
Calme et posé, aucune expression de joie ou de colère ne marquait son visage ;
素有大志,專好結交天下豪傑;
sù yǒu dà zhì, zhuān hǎo jié jiāo tiān xià háo jié;
il avait de nobles ambitions, et agissait pour rendre le monde meilleur ;
生得身長七尺五寸,兩耳垂肩,雙手過膝,目能自顧其耳,面如冠玉,唇如塗脂;
shēng de shēn cháng qī chǐ wǔ cùn, liǎng ěrchuí jiān, shuāng shǒu guò xī, mù néng zì gù qí ěr, miàn rú guān yù, chún rú tú zhī;

d’une très grande taille, des oreilles démesurées, des mains  impressionnantes qui tombaient sous ses genoux, une tête d’où ressortaient des grands yeux qui démontraient une réelle intelligence ;
中山靖王劉勝之後,漢景帝閣下玄孫:
zhōng shān jìng wáng liú shèng zhīhòu, hàn jǐng dì géxià xuán sūn:
Du prince Jing de Zhongshan, il descendait par Liu Sheng, c’était donc un arrière petit enfant des Han:
姓劉,名備,字玄德。
Xìng liú, míng bèi, zì xuán dé.
du nom de Liu, on le surnommait Xuande.




*

*

 昔劉勝之子劉貞,漢武時封涿鹿亭侯,後坐酌金失侯,因此遺這一支在涿縣。
Xī liú shèng zhīzǐ liú zhēn, hàn wǔ shí fēng zhuō lù tíng hóu, hòu zuò zhuó jīn shī hóu, yīncǐ yí zhè yī zhī zài zhuō xiàn.
Liu Sheng avait un fils, Liu Zhen, gouverneur de Zhuo, pendant le règne de l’Empereur Wu, fils de Xi, mais ayant commis une faute, il fut dépossédé de ses titres et quitta son fief, laissant toutefois quelques membres de sa famille dans le district de Zhuo.
‘玄德祖劉雄,父劉弘。
Xuán dé zǔ liú xióng, fù liú hóng.
Liu Xiong était le grand-père de Xuande, et Liu Hong était son père.
弘曾舉孝廉,亦嘗作吏,早喪。
Hóng céng jǔ xiào lián, yì cháng zuò lì, zǎo sàng.

Hong avait atteint un grade de lettré et travaillé comme fonctionnaire, mais était mort prématurément.
玄德孤幼,事母至孝;
Xuán dé gū yòu, shì mǔ zhì xiào;
Jeune enfant Xuande sans père, se rapprocha de sa mère, lui vouant une grande piété ;
家貧,販屨織席為業。
jiā pín, fàn jù zhī xí wèi yè. 
Très pauvre, il confectionnait des sandales de paille.
家住本縣樓桑村。
Jiāzhù běn xiàn lóu sāngcūn.
Avec sa mère, ils habitaient dans le hameau de Lou Sang.
其家之東南,有一大桑樹,高五丈餘,遙望之,童童如車蓋。
Qí jiā zhī dōng nán, yǒuyī dà sāng shù, gāo wǔ zhàng yú, yáo wàng zhī, tóng tóng rú chē gài.
Au sud-est de la maison se trouvait un grand mûrier, dépassant cinquante pieds, qui, de loin, ressemblait à un char prestigieux,.
相者云:
Xiāng zhě yún:
Ce qui fit dire à un sage :
「此家必出貴人。」
`Cǐ jiā bì chū guì rén.’
« Cette maison sera honorée par une grande personne. »




*

*

 玄德幼時,與鄉中小兒戲於樹下,曰:
Xuán dé yòu shí, yǔ xiāng zhōng xiǎo érxì wū shù xià, yuē:
Xuande, enfant,  jouant à proximité de  l’arbre, déclara :
「我為天子,當乘此車蓋。」
  `Wǒ wéi tiānzǐ, dāng chéng cǐ chē gài.’  
« Je suis le Fils du Ciel, je monterai dans ce char. »
叔父劉元起奇其言,曰:
Shú fù liú yuán qǐ qí qí yán, yuē:
Son oncle Liu Yan Qi à ses paroles, ajouta :
「此兒非常人也!」
`Cǐ er fēi cháng rén yě!’ 
« Cet enfant ne sera pas comme les autres ! »
因見玄德家貧,常資給之。
 Yīn jiàn xuán dé jiā pín, cháng zī gěi zhī.
Pour cette raison, l’oncle aida Xuande financièrement.
年十五歲,母使游學,嘗師事鄭玄、盧植,與公孫瓚等為友。
Nián shí wǔ suì, mǔ shǐ yóu xué, cháng shī shì zhèng xuán, lú zhí, yǔ gōng sūn zàn děng wéi yǒu. 
A quinze ans, sa mère l’envoya faire des voyages d’étude, auprès des professeurs Zheng Xuan et Lu Zhi, et il devint l’ami de Gong Sun Tsan.
 及劉焉發榜招軍時,玄德年已二十八歲矣。
Jí liú yān fā bǎng zhāo jūn shí, xuán dé nián yǐ èr shí bā suì yǐ.
C’est alors que les publications furent placardées pour rejoindre l’armée ; Xuande avait vingt-huit ans.

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VOCABULAIRE

之子 zhī zǐ  – le fils
Mǔ – la mère
yòu – enfant
zǔ – ancêtre
you – amical – ami
– jūn- l’armée
Shù – l’arbre
家  Jiā – maison
pín- pauvre
hǎo- bon / bonne
讀書  dú shū- lecture
  Shū – le livre
bīng – les militaires – les soldats

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 三国志演义
LES TROIS ROYAUMES