Archives de catégorie : Traduction

LE CHANSONNIER SONNET 166 (Première Partie) CANZONIERE PETRARCA 166 – SONNET CLXVI

*
Pétrarque Chansonnier Petrarca

Pétrarque CANZONIERE Petrarca LE CHANSONNIER (Sommaire)

FRANCESCO PETRARQUE

Francesco PETRARCA
1304 – 1374

Traduction Jacky Lavauzelle

——–


Canzoniere Petrarca  Sonetto 166

LE CHANSONNIER PETRARQUE Sonnet 166
CLXVI

Rerum vulgarium fragmenta

Fragments composés en vulgaire

Rime In vita di Madonna Laura

PRIMA PARTE
Première Partie

166/263

Dante Boccace Petrarque Guido Cavalvanti Cino da Pistoia Guittone dArezzo Trecento Italien 1544 Giorgio Vasari

S’i’ fussi stato fermo a la spelunca

Si j’étais demeuré immobile dans la caverne
là dove Apollo diventò profeta,
où Apollon est devenu prophète,
Fiorenza avria forse oggi il suo poeta,
Florence aurait aujourd’hui son poète,
non pur Verona et Mantoa et Arunca;
Comme Vérone, Mantoue et Sessa Aurunca ;

**

ma perché ’l mio terren piú non s’ingiunca

mais ma terre ne reçoit plus
de l’humor di quel sasso, altro pianeta
les bienfaits du Parnasse, une autre destin
conven ch’i’ segua, et del mio campo mieta
je vais suivre et que l’on récolte de mon champ
lappole et stecchi co la falce adunca.
buissons et maquis avec une faux crochue.

**


**

L’oliva è secca, et è rivolta altrove

L’olive est sèche et ailleurs dérivée
l’acqua che di Parnaso si deriva,
l’eau qui vient du Parnasse,
per cui in alcun tempo ella fioriva.
qui jadis l’avait fait prospérer.

**

Cosí sventura over colpa mi priva

Ainsi le malheur et la culpabilité me prive
d’ogni buon fructo, se l’etterno Giove
de tout bon fruit, si l’éternel Jupiter,
de la sua gratia sopra me non piove.
au-dessus de moi, ne m’arrose de sa bienveillance.

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CANZONIERE PETRARCA
Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
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Ritratto_di_francesco_petrarca,_altichiero,_1376_circa,_padova

canzoniere Petrarca 166
le chansonnier Pétrarque Sonnet 166
canzoniere poet

FRANCESCO PETRARQUE


UN CORBEAU DANS UN CIEL SI PUR – SONNET SHAKESPEARE – SONNET 70 – SONNET LXX ou SONNET 89 SONNET LXXXIX- That thou art blam’d shall not be thy defect

SONNET SHAKESPEARE
THE SONNETS
THE SONNETS – LES SONNETS

LES SONNETS SHAKESPEARE THE SONNETS – SOMMAIRE – INDICE

Sonnet shakespeare

Illustration du Phénix par Friedrich Justin Bertuch
*

sonnet shakespeare


WILLIAM SHAKESPEARE
[1564 – 1616]

Traduction JACKY LAVAUZELLE


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SONNET 70 – SONNET LXX ou SONNET 89 – SONNET LXXXIX 

The Sonnets SHAKESPEARE
Les Sonnets de SHAKESPEARE
That thou art blam’d shall not be thy defect

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UN CORBEAU DANS UN CIEL SI PUR
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1598 

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That thou art blam’d shall not be thy defect,
Peu importe que tu sois blâmé,
For slander’s mark was ever yet the fair;
Car la beauté attire toujours la calomnie ;
The ornament of beauty is suspect,
L’ornement de la beauté est suspect,
A crow that flies in heaven’s sweetest air.
Comme un corbeau dans un ciel si pur.

*

So thou be good, slander doth but approve
Alors sois vertueux, la calomnie ne fait que confirmer
Thy worth the greater being woo’d of time;
Ton mérite que le temps bonifie ;
For canker vice the sweetest buds doth love,
Comme le chancre préfère le plus doux bourgeon,
And thou present’st a pure unstained prime.
Ton printemps se présente ainsi pur et sans tache.

*


*

Thou hast passed by the ambush of young days
Tu as passé les embuscades de la jeunesse
Either not assail’d, or victor being charg’d;
Sans être assailli, en restant victorieux ;
Yet this thy praise cannot be so thy praise,
Mais ta louange ne peut être totalement tienne,

*

To tie up envy, evermore enlarg’d,
Pour lier l’envie, qui toujours s’accroît,
If some suspect of ill mask’d not thy show,
Si un voile maléfique ne te recouvrait pas,
Then thou alone kingdoms of hearts shouldst owe.
Alors tu gouvernerais seul aux royaumes des cœurs.

*


 

*****

L’ENIGME DES SONNETS DE SHAKESPEARE

Les sonnets de Shakespeare sont encore aujourd’hui une énigme pour les historiens et pour les critiques. La dédicace mystérieuse qui les accompagnait dans la première édition, le désordre involontaire ou préconçu dans lequel ils parurent, l’obscurité de certains passages ont donné lieu à mille interprétations diverses. Les uns ont déclaré que ces sonnets étaient uniquement adressés à une femme ; les autres, qu’ils étaient adressés uniquement à un homme ; ceux-ci en ont attribué l’inspiration à un personnage bizarre qui n’aurait été ni homme, ni femme, ou plutôt qui aurait été l’un et l’autre ; ceux-là y ont vu autant de petits poëmes séparés, adressés à diverses personnes ; d’autres enfin, et ce sont les plus nombreux, ont soutenu qu’ils étaient dédiés à des créatures imaginaires, n’ayant jamais existé que dans le cerveau du poëte. Déroutée par tant de contradictions, la postérité, si curieuse pourtant de tout ce qui porte le nom de Shakespeare, a fini par perdre patience : ne pouvant résoudre l’énigme, elle a donné sa langue aux chiens et jeté par dépit ce livre impertinent qu’elle ne comprenait pas. C’est ainsi que les sonnets qui, au temps d’Élisabeth, étaient plus celèbres que les drames même de Shakespeare, sont aujourd’hui tombés dans un oubli complet. Un écrivain distingué de l’Angleterre nous disait dernièrement qu’il n’y avait peut-être pas cent de ses compatriotes qui les eussent lus en entier…

Nous l’avouons, en lisant ces admirables poésies où le plus grand poëte du moyen âge a, suivant l’expression de Wordsworth, donné la clef de son cœur, nous nous sommes indigné de cet oubli de la postérité, et nous aurions cru manquer à un devoir si nous n’avions pas au moins essayé de réparer ce qui nous semblait presque une ingratitude. D’ailleurs, nous nous sentions attiré vers cette œuvre étrange par le mystère même qui avait rebuté tant d’autres.

À force de relire ces poëmes, en apparence décousus, nous finîmes par y retrouver les traces de je ne sais quelle unité perdue. Il nous sembla que les sonnets avaient été jetés pêle-mêle dans l’édition de 1609, comme ces cartes des jeux de patience dont les enfants s’amusent à remettre en ordre les fragments. Nous fîmes comme les enfants : nous nous mîmes patiemment à rapprocher, dans ces poésies, les morceaux en apparence les plus éloignés, et nous réunîmes ensemble tous ceux que le sens adaptait les uns aux autres. Tel sonnet, par exemple, marqué le xxie dans l’édition de 1609 et dans toutes les éditions modernes, nous parut faire suite à un autre marqué le cxxxe ; tel autre qui, dans ces mêmes éditions, n’avait aucun sens après le xxxiie sonnet, devenait parfaitement intelligible après le cxlive. Nous n’avons pas hésité à faire presque partout ces transpositions nécessaires. Ainsi restitués à leur unité logique et rationnelle, les sonnets, tout en conservant chacun son charme lyrique intrinsèque, auront pour le lecteur un intérêt nouveau, l’intérêt dramatique.

Les sonnets de Shakespeare contiennent en effet tout un drame. Exposition, complications, péripéties, dénoûment, rien ne manque à ce drame intime où figurent trois personnages : le poëte, sa maîtresse et son ami. Là le poëte paraît, non sous le nom que le genre humain lui donne, mais sous celui qu’il recevait dans la vie privée : ce n’est plus William Shakespeare, c’est Will que nous voyons. Ce n`est plus ]’auteur dramatique qui parle, c’est l’ami, c’est l’amant. Ce n’est plus l’homme public, c’est l’homme. Quant aux deux autres personnages, ils restent anonymes. Comment s’appelle cette femme, cette brune aux yeux noirs que Shakespeare honore de son amour ? Comment s’appelle ce jeune homme qu’il glorifie de son amitié ? L’auteur n’a pas voulu dire leurs noms…

Introduction au William Shakespeare de François-Victor Hugo
William Shakespeare
Introduction
Traduction par François-Victor Hugo
Œuvres complètes de Shakespeare, Pagnerre, 1872, 15

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SHAKESPEARE SONNET
SONNET 70 ou SONNET 89 SONNET LXXXIX

LES SONNETS DE SHAKESPEARE THE SONNETS

sonnet shakespeare

LES VOIX DES ÂMES – SONNET SHAKESPEARE – SONNET 69 – ou SONNET 86 – SONNET LXXXVI – Those parts of thee that the world’s eye doth view

SONNET SHAKESPEARE
THE SONNETS
THE SONNETS – LES SONNETS

LES SONNETS SHAKESPEARE THE SONNETS – SOMMAIRE – INDICE

Sonnet shakespeare

Illustration du Phénix par Friedrich Justin Bertuch
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sonnet shakespeare


WILLIAM SHAKESPEARE
[1564 – 1616]

Traduction JACKY LAVAUZELLE


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SONNET 69 ou SONNET 86 SONNET LXXXVI 

The Sonnets SHAKESPEARE
Les Sonnets de SHAKESPEARE
Those parts of thee that the world’s eye doth view

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LES VOIX DES ÂMES


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1598 

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Those parts of thee that the world’s eye doth view
Des parties de toi que les yeux du monde voient
Want nothing that the thought of hearts can mend;
Je ne vois rien que la pensée des coeurs puisse réparer ;
All tongues— the voice of souls— give thee that due,
Toutes les langues – ces voix des âmes – font le même constat,
Uttering bare truth, even so as foes commend.
Annoncent cette vérité nue, même de la part de tes adversaires.

*

Thy outward thus with outward praise is crown’d;
Ton apparence est couronnée par tant de louanges ;
But those same tongues, that give thee so thine own,
Mais ces mêmes langues, qui te louent si bien,
In other accents do this praise confound
Dans d’autres accents font entendre ces éloges
By seeing farther than the eye hath shown.
En voyant plus loin que ce que l’œil ne voit.

*


*

They look into the beauty of thy mind,
Ils regardent la beauté de ton âme,
And that in guess they measure by thy deeds;
Par ce qu’ils peuvent juger de tes actes;
Then— churls— their thoughts, although their eyes were kind,
Puis, leurs pensées, malgré la bienveillance des regards,

*

To thy fair flower add the rank smell of weeds:
A ta belle fleur, mêlent des effluves de mauvaises herbes :
But why thy odour matcheth not thy show,
Ton odeur ne correspond pas à ton aspect,
The soil is this, that thou dost common grow.
Le sol qui l’a fait croître est si commun.

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L’ENIGME DES SONNETS DE SHAKESPEARE

Les sonnets de Shakespeare sont encore aujourd’hui une énigme pour les historiens et pour les critiques. La dédicace mystérieuse qui les accompagnait dans la première édition, le désordre involontaire ou préconçu dans lequel ils parurent, l’obscurité de certains passages ont donné lieu à mille interprétations diverses. Les uns ont déclaré que ces sonnets étaient uniquement adressés à une femme ; les autres, qu’ils étaient adressés uniquement à un homme ; ceux-ci en ont attribué l’inspiration à un personnage bizarre qui n’aurait été ni homme, ni femme, ou plutôt qui aurait été l’un et l’autre ; ceux-là y ont vu autant de petits poëmes séparés, adressés à diverses personnes ; d’autres enfin, et ce sont les plus nombreux, ont soutenu qu’ils étaient dédiés à des créatures imaginaires, n’ayant jamais existé que dans le cerveau du poëte. Déroutée par tant de contradictions, la postérité, si curieuse pourtant de tout ce qui porte le nom de Shakespeare, a fini par perdre patience : ne pouvant résoudre l’énigme, elle a donné sa langue aux chiens et jeté par dépit ce livre impertinent qu’elle ne comprenait pas. C’est ainsi que les sonnets qui, au temps d’Élisabeth, étaient plus celèbres que les drames même de Shakespeare, sont aujourd’hui tombés dans un oubli complet. Un écrivain distingué de l’Angleterre nous disait dernièrement qu’il n’y avait peut-être pas cent de ses compatriotes qui les eussent lus en entier…

Nous l’avouons, en lisant ces admirables poésies où le plus grand poëte du moyen âge a, suivant l’expression de Wordsworth, donné la clef de son cœur, nous nous sommes indigné de cet oubli de la postérité, et nous aurions cru manquer à un devoir si nous n’avions pas au moins essayé de réparer ce qui nous semblait presque une ingratitude. D’ailleurs, nous nous sentions attiré vers cette œuvre étrange par le mystère même qui avait rebuté tant d’autres.

À force de relire ces poëmes, en apparence décousus, nous finîmes par y retrouver les traces de je ne sais quelle unité perdue. Il nous sembla que les sonnets avaient été jetés pêle-mêle dans l’édition de 1609, comme ces cartes des jeux de patience dont les enfants s’amusent à remettre en ordre les fragments. Nous fîmes comme les enfants : nous nous mîmes patiemment à rapprocher, dans ces poésies, les morceaux en apparence les plus éloignés, et nous réunîmes ensemble tous ceux que le sens adaptait les uns aux autres. Tel sonnet, par exemple, marqué le xxie dans l’édition de 1609 et dans toutes les éditions modernes, nous parut faire suite à un autre marqué le cxxxe ; tel autre qui, dans ces mêmes éditions, n’avait aucun sens après le xxxiie sonnet, devenait parfaitement intelligible après le cxlive. Nous n’avons pas hésité à faire presque partout ces transpositions nécessaires. Ainsi restitués à leur unité logique et rationnelle, les sonnets, tout en conservant chacun son charme lyrique intrinsèque, auront pour le lecteur un intérêt nouveau, l’intérêt dramatique.

Les sonnets de Shakespeare contiennent en effet tout un drame. Exposition, complications, péripéties, dénoûment, rien ne manque à ce drame intime où figurent trois personnages : le poëte, sa maîtresse et son ami. Là le poëte paraît, non sous le nom que le genre humain lui donne, mais sous celui qu’il recevait dans la vie privée : ce n’est plus William Shakespeare, c’est Will que nous voyons. Ce n`est plus ]’auteur dramatique qui parle, c’est l’ami, c’est l’amant. Ce n’est plus l’homme public, c’est l’homme. Quant aux deux autres personnages, ils restent anonymes. Comment s’appelle cette femme, cette brune aux yeux noirs que Shakespeare honore de son amour ? Comment s’appelle ce jeune homme qu’il glorifie de son amitié ? L’auteur n’a pas voulu dire leurs noms…

Introduction au William Shakespeare de François-Victor Hugo
William Shakespeare
Introduction
Traduction par François-Victor Hugo
Œuvres complètes de Shakespeare, Pagnerre, 1872, 15

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SHAKESPEARE SONNET
SONNET 69 ou SONNET 86 SONNET LXXXVI

LES SONNETS DE SHAKESPEARE THE SONNETS

sonnet shakespeare

LA CARTE DES JOURS PASSES – SONNET SHAKESPEARE – SONNET 68 ou SONNET 88 LXXXVIII – Thus is his cheek the map of days outworn

SONNET SHAKESPEARE
THE SONNETS
THE SONNETS – LES SONNETS

LES SONNETS SHAKESPEARE THE SONNETS – SOMMAIRE – INDICE

Sonnet shakespeare

Illustration du Phénix par Friedrich Justin Bertuch
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sonnet shakespeare


WILLIAM SHAKESPEARE
[1564 – 1616]

Traduction JACKY LAVAUZELLE


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SONNET 68 ou SONNET 88 SONNET LXXXVIII  

The Sonnets SHAKESPEARE
Les Sonnets de SHAKESPEARE
Thus is his cheek the map of days outworn

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LA CARTE DES JOURS PASSES
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1598 

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Thus is his cheek the map of days outworn,
Ainsi sa joue est devenue la carte des jours passés,
When beauty lived and died as flowers do now,
Quand la beauté vivait, mourait, telle une fleur,
Before these bastard signs of fair were born,
Avant que l’on ne porte ces bâtards insignes,
Or durst inhabit on a living brow;
Qui s’affichaient sur le front des vivants ;

*

Before the golden tresses of the dead,
Avant les cheveux d’or des morts, en effet,
The right of sepulchres, were shorn away,
Dans la règle des sépulcres, étaient coupés,
To live a second life on second head;
Pour qu’ils vivent une seconde vie sur une seconde tête ;
Ere beauty’s dead fleece made another gay: 
La toison d’une beauté morte pour une autre beauté :

*



*

In him those holy antique hours are seen,
On voit en lui les heures antiques et sacrées,
Without all ornament, itself and true,
Sans nul ornement, que d’être soi-même et vrai,
Making no summer of another’s green,
Ne cherchant pas l’été d’un verdoyant ailleurs.

*

Robbing no old to dress his beauty new;
Ne dérobant pas le passé pour habiller sa beauté nouvelle ;
And him as for a map doth Nature store,
Et lui, comme une toile, la Nature le garde,
To show false Art what beauty was of yore.
Montrant au faux Art ce qu’était la beauté d’antan.

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L’ENIGME DES SONNETS DE SHAKESPEARE

Les sonnets de Shakespeare sont encore aujourd’hui une énigme pour les historiens et pour les critiques. La dédicace mystérieuse qui les accompagnait dans la première édition, le désordre involontaire ou préconçu dans lequel ils parurent, l’obscurité de certains passages ont donné lieu à mille interprétations diverses. Les uns ont déclaré que ces sonnets étaient uniquement adressés à une femme ; les autres, qu’ils étaient adressés uniquement à un homme ; ceux-ci en ont attribué l’inspiration à un personnage bizarre qui n’aurait été ni homme, ni femme, ou plutôt qui aurait été l’un et l’autre ; ceux-là y ont vu autant de petits poëmes séparés, adressés à diverses personnes ; d’autres enfin, et ce sont les plus nombreux, ont soutenu qu’ils étaient dédiés à des créatures imaginaires, n’ayant jamais existé que dans le cerveau du poëte. Déroutée par tant de contradictions, la postérité, si curieuse pourtant de tout ce qui porte le nom de Shakespeare, a fini par perdre patience : ne pouvant résoudre l’énigme, elle a donné sa langue aux chiens et jeté par dépit ce livre impertinent qu’elle ne comprenait pas. C’est ainsi que les sonnets qui, au temps d’Élisabeth, étaient plus celèbres que les drames même de Shakespeare, sont aujourd’hui tombés dans un oubli complet. Un écrivain distingué de l’Angleterre nous disait dernièrement qu’il n’y avait peut-être pas cent de ses compatriotes qui les eussent lus en entier…

Nous l’avouons, en lisant ces admirables poésies où le plus grand poëte du moyen âge a, suivant l’expression de Wordsworth, donné la clef de son cœur, nous nous sommes indigné de cet oubli de la postérité, et nous aurions cru manquer à un devoir si nous n’avions pas au moins essayé de réparer ce qui nous semblait presque une ingratitude. D’ailleurs, nous nous sentions attiré vers cette œuvre étrange par le mystère même qui avait rebuté tant d’autres.

À force de relire ces poëmes, en apparence décousus, nous finîmes par y retrouver les traces de je ne sais quelle unité perdue. Il nous sembla que les sonnets avaient été jetés pêle-mêle dans l’édition de 1609, comme ces cartes des jeux de patience dont les enfants s’amusent à remettre en ordre les fragments. Nous fîmes comme les enfants : nous nous mîmes patiemment à rapprocher, dans ces poésies, les morceaux en apparence les plus éloignés, et nous réunîmes ensemble tous ceux que le sens adaptait les uns aux autres. Tel sonnet, par exemple, marqué le xxie dans l’édition de 1609 et dans toutes les éditions modernes, nous parut faire suite à un autre marqué le cxxxe ; tel autre qui, dans ces mêmes éditions, n’avait aucun sens après le xxxiie sonnet, devenait parfaitement intelligible après le cxlive. Nous n’avons pas hésité à faire presque partout ces transpositions nécessaires. Ainsi restitués à leur unité logique et rationnelle, les sonnets, tout en conservant chacun son charme lyrique intrinsèque, auront pour le lecteur un intérêt nouveau, l’intérêt dramatique.

Les sonnets de Shakespeare contiennent en effet tout un drame. Exposition, complications, péripéties, dénoûment, rien ne manque à ce drame intime où figurent trois personnages : le poëte, sa maîtresse et son ami. Là le poëte paraît, non sous le nom que le genre humain lui donne, mais sous celui qu’il recevait dans la vie privée : ce n’est plus William Shakespeare, c’est Will que nous voyons. Ce n`est plus ]’auteur dramatique qui parle, c’est l’ami, c’est l’amant. Ce n’est plus l’homme public, c’est l’homme. Quant aux deux autres personnages, ils restent anonymes. Comment s’appelle cette femme, cette brune aux yeux noirs que Shakespeare honore de son amour ? Comment s’appelle ce jeune homme qu’il glorifie de son amitié ? L’auteur n’a pas voulu dire leurs noms…

Introduction au William Shakespeare de François-Victor Hugo
William Shakespeare
Introduction
Traduction par François-Victor Hugo
Œuvres complètes de Shakespeare, Pagnerre, 1872, 15

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SHAKESPEARE SONNET
SONNET 68 ou SONNET 88 SONNET LXXXVIII

LES SONNETS DE SHAKESPEARE THE SONNETS

sonnet shakespeare

LES OMBRES DE ROSE – SONNET SHAKESPEARE – SONNET 67 ou SONNET 87 SONNET LXXXVII – Ah! wherefore with infection should he live

SONNET SHAKESPEARE
THE SONNETS
THE SONNETS – LES SONNETS

LES SONNETS SHAKESPEARE THE SONNETS – SOMMAIRE – INDICE

Sonnet shakespeare

Illustration du Phénix par Friedrich Justin Bertuch
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sonnet shakespeare


WILLIAM SHAKESPEARE
[1564 – 1616]

Traduction JACKY LAVAUZELLE


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SONNET 67 ou SONNET 87 SONNET LXXXVII 

The Sonnets SHAKESPEARE
Les Sonnets de SHAKESPEARE
Ah! wherefore with infection should he live

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LES OMBRES DE ROSE
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1598 

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Ah! wherefore with infection should he live,
Ah! pourquoi vivre dans cette insanité,
And with his presence grace impiety,
Et par sa présence apporter tant de grâce à tant d’impiété,
That sin by him advantage should achieve,
Qu’ainsi de nombreux avantages pareraient le péché,
And lace itself with his society? 
Qu’il s’en glorifierait en se montrant à ses côtés ?

*

Why should false painting imitate his cheek,
Pourquoi le fard imiterait-il sa joue,
And steel dead seeming of his living hue?
Et le terne métal sa vive couleur ?
Why should poor beauty indirectly seek
Pourquoi la pauvre beauté devrait-elle rechercher
Roses of shadow, since his rose is true?
Les ombres de rose, quand elle possède la véritable rose ?

*


*

Why should he live, now Nature bankrupt is,
Pourquoi vivre dans cette Nature en faillite
Beggar’d of blood to blush through lively veins?
Manquant de sang pour rougir ses veines vives ?
For she hath no exchequer now but his,
Car il n’y a d’autre trésor que le sien,

*

And proud of many, lives upon his gains.
Et si fier, elle vit de ce capital.
O! him she stores, to show what wealth she had
Elle le garde, montrant la richesse qu’elle avait
In days long since, before these last so bad.
Les jours passés,  avant que tout ne se détériore.

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L’ENIGME DES SONNETS DE SHAKESPEARE

Les sonnets de Shakespeare sont encore aujourd’hui une énigme pour les historiens et pour les critiques. La dédicace mystérieuse qui les accompagnait dans la première édition, le désordre involontaire ou préconçu dans lequel ils parurent, l’obscurité de certains passages ont donné lieu à mille interprétations diverses. Les uns ont déclaré que ces sonnets étaient uniquement adressés à une femme ; les autres, qu’ils étaient adressés uniquement à un homme ; ceux-ci en ont attribué l’inspiration à un personnage bizarre qui n’aurait été ni homme, ni femme, ou plutôt qui aurait été l’un et l’autre ; ceux-là y ont vu autant de petits poëmes séparés, adressés à diverses personnes ; d’autres enfin, et ce sont les plus nombreux, ont soutenu qu’ils étaient dédiés à des créatures imaginaires, n’ayant jamais existé que dans le cerveau du poëte. Déroutée par tant de contradictions, la postérité, si curieuse pourtant de tout ce qui porte le nom de Shakespeare, a fini par perdre patience : ne pouvant résoudre l’énigme, elle a donné sa langue aux chiens et jeté par dépit ce livre impertinent qu’elle ne comprenait pas. C’est ainsi que les sonnets qui, au temps d’Élisabeth, étaient plus celèbres que les drames même de Shakespeare, sont aujourd’hui tombés dans un oubli complet. Un écrivain distingué de l’Angleterre nous disait dernièrement qu’il n’y avait peut-être pas cent de ses compatriotes qui les eussent lus en entier…

Nous l’avouons, en lisant ces admirables poésies où le plus grand poëte du moyen âge a, suivant l’expression de Wordsworth, donné la clef de son cœur, nous nous sommes indigné de cet oubli de la postérité, et nous aurions cru manquer à un devoir si nous n’avions pas au moins essayé de réparer ce qui nous semblait presque une ingratitude. D’ailleurs, nous nous sentions attiré vers cette œuvre étrange par le mystère même qui avait rebuté tant d’autres.

À force de relire ces poëmes, en apparence décousus, nous finîmes par y retrouver les traces de je ne sais quelle unité perdue. Il nous sembla que les sonnets avaient été jetés pêle-mêle dans l’édition de 1609, comme ces cartes des jeux de patience dont les enfants s’amusent à remettre en ordre les fragments. Nous fîmes comme les enfants : nous nous mîmes patiemment à rapprocher, dans ces poésies, les morceaux en apparence les plus éloignés, et nous réunîmes ensemble tous ceux que le sens adaptait les uns aux autres. Tel sonnet, par exemple, marqué le xxie dans l’édition de 1609 et dans toutes les éditions modernes, nous parut faire suite à un autre marqué le cxxxe ; tel autre qui, dans ces mêmes éditions, n’avait aucun sens après le xxxiie sonnet, devenait parfaitement intelligible après le cxlive. Nous n’avons pas hésité à faire presque partout ces transpositions nécessaires. Ainsi restitués à leur unité logique et rationnelle, les sonnets, tout en conservant chacun son charme lyrique intrinsèque, auront pour le lecteur un intérêt nouveau, l’intérêt dramatique.

Les sonnets de Shakespeare contiennent en effet tout un drame. Exposition, complications, péripéties, dénoûment, rien ne manque à ce drame intime où figurent trois personnages : le poëte, sa maîtresse et son ami. Là le poëte paraît, non sous le nom que le genre humain lui donne, mais sous celui qu’il recevait dans la vie privée : ce n’est plus William Shakespeare, c’est Will que nous voyons. Ce n`est plus ]’auteur dramatique qui parle, c’est l’ami, c’est l’amant. Ce n’est plus l’homme public, c’est l’homme. Quant aux deux autres personnages, ils restent anonymes. Comment s’appelle cette femme, cette brune aux yeux noirs que Shakespeare honore de son amour ? Comment s’appelle ce jeune homme qu’il glorifie de son amitié ? L’auteur n’a pas voulu dire leurs noms…

Introduction au William Shakespeare de François-Victor Hugo
William Shakespeare
Introduction
Traduction par François-Victor Hugo
Œuvres complètes de Shakespeare, Pagnerre, 1872, 15

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SHAKESPEARE SONNET
SONNET 67 ou SONNET 87 SONNET LXXXVII

LES SONNETS DE SHAKESPEARE THE SONNETS

sonnet shakespeare

Fatigué de tout ça ! SONNET SHAKESPEARE – SONNET 66 – ou SONNET 48 XLVIII – Tired with all these for restful death I cry

SONNET SHAKESPEARE
THE SONNETS
THE SONNETS – LES SONNETS

LES SONNETS SHAKESPEARE THE SONNETS – SOMMAIRE – INDICE

Sonnet shakespeare

Illustration du Phénix par Friedrich Justin Bertuch
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sonnet shakespeare


WILLIAM SHAKESPEARE
[1564 – 1616]

Traduction JACKY LAVAUZELLE


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SONNET 66 ou SONNET XLVIII SONNET 48

The Sonnets SHAKESPEARE
Les Sonnets de SHAKESPEARE
Tired with all these for restful death I cry

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FATIGUE DE TOUT CA !
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1598 

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Tired with all these, for restful death I cry,
Fatigué de tout ça, j’implore une mort paisible,
As to behold desert a beggar born,
Observant comme le mérite naît dans la mendicité,
And needy nothing trimm’d in jollity,
Comme le néant dans la joie se trouve travesti,
And purest faith unhappily forsworn,
Et la foi la plus pure, se trouve malheureusement abandonnée,

*

And gilded honour shamefully misplac’d,
Et l’honneur doré honteusement égaré,
And maiden virtue rudely strumpeted,
Et la jeune fille férocement brutalisée,
And right perfection wrongfully disgrac’d,
Et la perfection du droit injustement bafouée,
And strength by limping sway disabled
Et la force paralysée par un pouvoir diminué

*


*

And art made tongue-tied by authority,
Et la liberté de l’art contrainte par l’autorité,
And folly—doctor-like—controlling skill,
Et la folie – comme un docteur – qui maîtrise le savoir,
And simple truth miscall’d simplicity,
Et la simple vérité simplifiée à sa seule simplicité,

*

And captive good attending captain ill:
Et le bien captif d’un mal devenu son maître :
Tir’d with all these, from these would I be gone,
Fatigué de tout ça, je voudrais partir,
Save that, to die, I leave my love alone.
Sauf que, en mourant, je laisserais seul mon amour.

*


 

*****

L’ENIGME DES SONNETS DE SHAKESPEARE

Les sonnets de Shakespeare sont encore aujourd’hui une énigme pour les historiens et pour les critiques. La dédicace mystérieuse qui les accompagnait dans la première édition, le désordre involontaire ou préconçu dans lequel ils parurent, l’obscurité de certains passages ont donné lieu à mille interprétations diverses. Les uns ont déclaré que ces sonnets étaient uniquement adressés à une femme ; les autres, qu’ils étaient adressés uniquement à un homme ; ceux-ci en ont attribué l’inspiration à un personnage bizarre qui n’aurait été ni homme, ni femme, ou plutôt qui aurait été l’un et l’autre ; ceux-là y ont vu autant de petits poëmes séparés, adressés à diverses personnes ; d’autres enfin, et ce sont les plus nombreux, ont soutenu qu’ils étaient dédiés à des créatures imaginaires, n’ayant jamais existé que dans le cerveau du poëte. Déroutée par tant de contradictions, la postérité, si curieuse pourtant de tout ce qui porte le nom de Shakespeare, a fini par perdre patience : ne pouvant résoudre l’énigme, elle a donné sa langue aux chiens et jeté par dépit ce livre impertinent qu’elle ne comprenait pas. C’est ainsi que les sonnets qui, au temps d’Élisabeth, étaient plus celèbres que les drames même de Shakespeare, sont aujourd’hui tombés dans un oubli complet. Un écrivain distingué de l’Angleterre nous disait dernièrement qu’il n’y avait peut-être pas cent de ses compatriotes qui les eussent lus en entier…

Nous l’avouons, en lisant ces admirables poésies où le plus grand poëte du moyen âge a, suivant l’expression de Wordsworth, donné la clef de son cœur, nous nous sommes indigné de cet oubli de la postérité, et nous aurions cru manquer à un devoir si nous n’avions pas au moins essayé de réparer ce qui nous semblait presque une ingratitude. D’ailleurs, nous nous sentions attiré vers cette œuvre étrange par le mystère même qui avait rebuté tant d’autres.

À force de relire ces poëmes, en apparence décousus, nous finîmes par y retrouver les traces de je ne sais quelle unité perdue. Il nous sembla que les sonnets avaient été jetés pêle-mêle dans l’édition de 1609, comme ces cartes des jeux de patience dont les enfants s’amusent à remettre en ordre les fragments. Nous fîmes comme les enfants : nous nous mîmes patiemment à rapprocher, dans ces poésies, les morceaux en apparence les plus éloignés, et nous réunîmes ensemble tous ceux que le sens adaptait les uns aux autres. Tel sonnet, par exemple, marqué le xxie dans l’édition de 1609 et dans toutes les éditions modernes, nous parut faire suite à un autre marqué le cxxxe ; tel autre qui, dans ces mêmes éditions, n’avait aucun sens après le xxxiie sonnet, devenait parfaitement intelligible après le cxlive. Nous n’avons pas hésité à faire presque partout ces transpositions nécessaires. Ainsi restitués à leur unité logique et rationnelle, les sonnets, tout en conservant chacun son charme lyrique intrinsèque, auront pour le lecteur un intérêt nouveau, l’intérêt dramatique.

Les sonnets de Shakespeare contiennent en effet tout un drame. Exposition, complications, péripéties, dénoûment, rien ne manque à ce drame intime où figurent trois personnages : le poëte, sa maîtresse et son ami. Là le poëte paraît, non sous le nom que le genre humain lui donne, mais sous celui qu’il recevait dans la vie privée : ce n’est plus William Shakespeare, c’est Will que nous voyons. Ce n`est plus ]’auteur dramatique qui parle, c’est l’ami, c’est l’amant. Ce n’est plus l’homme public, c’est l’homme. Quant aux deux autres personnages, ils restent anonymes. Comment s’appelle cette femme, cette brune aux yeux noirs que Shakespeare honore de son amour ? Comment s’appelle ce jeune homme qu’il glorifie de son amitié ? L’auteur n’a pas voulu dire leurs noms…

Introduction au William Shakespeare de François-Victor Hugo
William Shakespeare
Introduction
Traduction par François-Victor Hugo
Œuvres complètes de Shakespeare, Pagnerre, 1872, 15

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SHAKESPEARE SONNET
SONNET 66 ou SONNET 

LES SONNETS DE SHAKESPEARE THE SONNETS

sonnet shakespeare

TRIOLET SENTIMENTAL- POEME GEORGIEN DE VALERIAN GAPRINDASHVILI – ვალერიან გაფრინდაშვილი

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Peinture de David Maisashvili დავით მაისაშვილი Brouillard Fog 1991 – 101×75 – Tbilissi
POEME GEORGIEN DE VALERIAN GAPRINDASHVILI
ვალერიან გაფრინდაშვილი
LITTERATURE GEORGIENNE
ქართული ლიტერატურა
POESIE GEORGIENNE
ქართული პოეზია

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POEME GEORGIEN DE VALERIAN GAPRINDASHVILI - ვალერიან გაფრინდაშვილი
Géorgie
საქართველო

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

POEME GEORGIEN DE VALERIAN GAPRINDASHVILI - ვალერიან გაფრინდაშვილი

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POESIE GEORGIENNE
ქართული პოეზია

VALERIAN GAPRINDASHVILI
ვალერიან გაფრინდაშვილი

21 décembre 1888 – 31 janvier 1941
21 დეკემბერი, 1888 – 31 იანვარი, 1941

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

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TRIOLET SENTIMENTAL
სენტიმენტალური ტრიოლეტი
santimentaluri trioleti   

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ვარ მოწყენილი, ვით ზამთარში ნაზი ბეღურა,
var mots’q’enili, vit zamtarshi nazi beghura,
Je suis triste, comme le doux moineau d’hiver,
ვით შემოდგომის ღამეებში თეთრი ვერსალი,
vit shemodgomis ghameebshi tetri versali,
dans la nuit d’automne, comme dans un Versailles blanc,
შენ სილამაზეს ჩემი ტრფობა ესაფეხურა.
shen silamazes chemi t’rpoba esapekhura.
Mon amour regarde le reflet de ta beauté.
   ვარ მოწყენილი ვით ზამთარში ნაზი ბეღურა.
var mots’q’enili vit zamtarshi nazi beghura.
Je suis triste, comme le doux moineau d’hiver,
მე განშორების ცივი თოვლი დიდხანს მეხურა.
me ganshorebis tsivi tovli didkhans mekhura.
enseveli par la neige glaciale de notre séparation.
ვტიროდი ხარბათ _ მარტოობით ნაალერსალი.
vt’irodi kharbat _ mart’oobit naalersali.
J’ai crié fort, j’ai crié solitaire.
ვარ მოწყენილი, ვით ზამთარში ნაზი ბეღურა,
var mots’q’enili, vit zamtarshi nazi beghura,
Je suis triste, comme le doux moineau d’hiver,
ვით შემოდგომს ღამეებში თეთრი ვერსალი.
vit shemodgoms ghameebshi tetri versali.
Comme un blanc Versailles dans une nuit d’automne.

საქართველოს აღმოჩენა

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POEME GEORGIEN DE VALERIAN GAPRINDASHVILI
ვალერიან გაფრინდაშვილი
LITTERATURE GEORGIENNE
ქართული ლიტერატურა
POESIE GEORGIENNE
ქართული პოეზია

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POEME GEORGIEN DE VALERIAN GAPRINDASHVILI - ვალერიან გაფრინდაშვილი
Géorgie
საქართველო

TRADUCTION JACKY LAVAUZELLE

POEME GEORGIEN DE VALERIAN GAPRINDASHVILI - ვალერიან გაფრინდაშვილი

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PETRARQUE LE CHANSONNIER SONNET 168 (1ère Partie) CANZONIERE PETRARCA 168 – SONNET CLXVIII

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Pétrarque Chansonnier Petrarca

Pétrarque CANZONIERE Petrarca LE CHANSONNIER (Sommaire)

FRANCESCO PETRARQUE

Francesco PETRARCA
1304 – 1374

Traduction Jacky Lavauzelle

——–


Canzoniere Petrarca  Sonetto 168

LE CHANSONNIER PETRARQUE Sonnet 168
CLXVIII

Rerum vulgarium fragmenta

Fragments composés en vulgaire

Rime In vita di Madonna Laura

PRIMA PARTE
Première Partie

168/263

Dante Boccace Petrarque Guido Cavalvanti Cino da Pistoia Guittone dArezzo Trecento Italien 1544 Giorgio Vasari

Amor mi manda quel dolce pensero

Amour m’envoie cette douce pensée
che secretario anticho è fra noi due,
De cet antique secrétaire, notre confident,
et mi conforta, et dice che non fue
et cette pensée me réconforte et me dit que jamais
mai come or presto a quel ch’io bramo et spero.
Je ne fus plus près de ce que je désire et attends.

 

**

Io, che talor menzogna et talor vero

Moi qui sais que, parfois mensonge et parfois vérité,
ò ritrovato le parole sue,
sa parole souvent utilisait,
non so s’i’ ’l creda, et vivomi intra due,
Je ne sais pas si je dois le croire, et je vis entre les deux,
né sí né no nel cor mi sona intero.
ni le oui ni le non ne sont dans mon cœur pleinement.

**


**

In questa passa ’l tempo, et ne lo specchio

Et le temps passe, et dans le miroir
mi veggio andar ver’ la stagion contraria
Je vois la saison contraire
a sua impromessa, et a la mia speranza.
à sa promesse et à mon espoir.

 

**

Or sia che pò: già sol io non invecchio;

Advienne que pourra : je ne vieillis pas seul ;
già per etate il mio desir non varia;
déjà l’âge n’a pas changé mon désir ;
ben temo il viver breve che n’avanza.
et je crains plutôt la courte vie qui reste.

***

À la louange de Laure et de Pétrarque

par Paul Verlaine
À la louange de Laure et de Pétrarque
Jadis et Naguère, Léon Vanier, 1884

Chose italienne où Shakspeare a passé
Mais que Ronsard fit superbement française,
Fine basilique au large diocèse,
Saint-Pierre-des-Vers, immense et condensé,

Elle, ta marraine, et Lui qui t’a pensé,
Dogme entier toujours debout sous l’exégèse
Même edmondschéresque ou francisquesarceyse,
Sonnet, force acquise et trésor amassé,

Ceux-là sont très bons et toujours vénérables,
Ayant procuré leur luxe aux misérables
Et l’or fou qui sied aux pauvres glorieux,

Aux poètes fiers comme les gueux d’Espagne,
Aux vierges qu’exalte un rythme exact, aux yeux
Épris d’ordre, aux cœurs qu’un vœu chaste accompagne.

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CANZONIERE PETRARCA
Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
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Ritratto_di_francesco_petrarca,_altichiero,_1376_circa,_padova

canzoniere Petrarca 168
le chansonnier Pétrarque Sonnet 168
canzoniere poet

FRANCESCO PETRARQUE


ALPHONSE V NOUVEL HÉRACLÈS – OS LUSIADAS IV-55 LES LUSIADES LUIS DE CAMOES – Este pôde colher as maçãs de ouro

*

ALPHONSE V DE PORTUGAL

Ferdinand de Portugal traduction Jacky LavauzelleOS LUSIADAS CAMOES CANTO IV
Os Lusiadas Les Lusiades
OS LUSIADAS IV-55 LES LUSIADES IV-55
LITTERATURE PORTUGAISE

Os Lusiadas Traduction Jacky Lavauzelle Les Lusiades de Luis de Camoes




Ferdinand de Portugal Os Lusiadas Traduction Jacky Lavauzelle Les Lusiades de Luis de Camoes

literatura português

Luis de Camões
[1525-1580]

Tradução – Traduction
texto bilingue




Luis de Camoes Les Lusiades Trad Jacky Lavauzelle

 Obra Poética  (1556)




OS LUSIADAS IV-55
A Epopeia Portuguesa

 

Traduction Jacky Lavauzelle

Ferdinand de Portugal Camoes Traduction Jacky Lavauzelle
Vasco de Gama

 

Traduction Jacky Lavauzelle

 

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Alphonse V l’Africain


ALPHONSE V DE PORTUGAL

L’AFRICAIN
Sintra 15 janvier 1432 – Sintra 28 août 1481
succède à Edouard I son père en 1438

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ALPHONSE V NOUVEL HÉRACLÈS

« Este pôde colher as maçãs de ouro,

« Alphonse a pu récolter les pommes d’or du Jardin des Hespérides,
Que somente o Tiríntio colher pôde:
Que seul auparavant Héraclès, le héros de Tirynthe, s’était emparé :
Do jugo que lhe pôs, o bravo Mouro
A cause du joug qu’il lui imposa, le courageux Maure
 A cerviz inda agora não sacode.
Ne relève plus le cou désormais.
Na fronte a palma leva e o verde louro
Sur le front s’illuminent la palme et le vert laurier
Das vitórias do Bárbaro, que acode
Des victoires sur le peuple Barbare, venu
A defender Alcácer, forte vila,
Défendre Alcacer, ville fortifiée,
Tângere populoso e a dura Arzila.
La bouillonnante Tanger et la dure Arzila. 

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Traduction Jacky Lavauzelle
Nuno Álvares Pereira

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OS LUSIADAS CANTO IV

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Ferdinand de Portugal Traduction Jacky Lavauzelle

Vasco de Gama par Gregorio Lopes

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LA MORT DU VETERAN CAMOES

Et puis, pour qu’un royaume ait des gens de lettres, il lui faut de l’argent pour les pensionner. Le Portugal, qui épuisait son épargne en flottes, en armées, en constructions de citadelles, ne pouvait avoir dans son budget un chapitre d’encouragemens aux lettres et aux arts. Bientôt même l’état ruiné par ses conquêtes, obéré par la victoire, n’eut plus de quoi suffire aux besoins de ses armées : il finit par ne pouvoir plus nourrir ceux qui l’avaient servi. Camoens mourut à l’hôpital, ou à-peu-près ; mais ce ne fut pas comme poète ; ce ne fut pas comme Gilbert et Maifilâtre à côté d’autres écrivains largement rentes: ce fut comme un vétéran dont la solde manque, ou dont la pension de retraite est suspendue.il mourut comme beaucoup de ses compagnons d’armes, comme mouraient les vice-rois eux-mêmes, qui n’avaient pas toujours (témoin dom Joâo de Castro) de quoi acheter une pouie dans leur dernière maladie.

« Qu’y a-t-il de plus déplorable que de voir un si grand génie si mal récompensé ? Je l’ai vu mourir dans un hôpital de Lisbonne, sans avoir un drap pour se couvrir, lui qui avait si bravement combattu dans l’Inde orientale et qui avait fait cinq mille cinq cents lieues en mer. Grande leçon pour ceux qui se fatiguent à travailler nuit et jour et aussi vainement que l’araignée qui ourdit sa toile pour y prendre des mouches. »
Il peut résulter de cette apostille que José Indio a vu Camoens à l’hôpital, sans qu’il faille prendre à la lettre les mots je l’ai vu mourir.
Ce fut dans ces circonstances que le désastre d’AIkacer Kébir (4 août 1578) frappa de mort le Portugal. Il restait encore à Camoens une larme pour sa patrie : Ah ! s’écria-t-il, du moins je meurs avec elle ! Il répéta la même pensée dans la dernière lettre qu’il ait écrite. « Enfin, disait-il, je vais sortir de la vie, et il sera manifeste à tous que j’ai tant aimé ma patrie, que non-seulement je me trouve heureux de mourir dans son sein, mais encore de mourir avec elle. »
Il ne survécut que peu de mois à ce désastre, et mourut au commencement de 1579, à l’âge de cinquante-cinq ans.
Il fut enterré très pauvrement dans l’église de Santa Anna, dit Pedro de Mariz, à gauche en entrant et sans que rien indiquât sa sépulture. Ses malheurs firent une impression si profonde, que personne ne voulut plus occuper la maison qu’il avait habitée. Elle est restée vide depuis sa mort. Les prévisions de Camoens ne tardèrent pas à s’accomplir. Le Portugal, ce royaume né d’une victoire et mort dans une défaite, tomba bientôt sous le joug de Philippe IL Ce monarque visitant ses nouvelles provinces, s’informa du poète, et, en apprenant qu’il n’existait plus, il témoigna un vif regret….

Charles Magnin
Luiz de Camoëns
Revue des Deux Mondes
Période Initiale, tome 6

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Traduction Jacky Lavauzelle

ARTGITATO
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Ferdinand de Portugal Camoes Os Lusiadas IV Traduction Jacky Lavauzelle

ALPHONSE V DE PORTUGAL

 OS LUSIADAS IV

LUIS DE CAMOES LES LUSIADES


Camoes Canto III

LA MAIN DESTRUCTRICE DU TEMPS – SHAKESPEARE SONNET 64 ou SONNET 149 SONNET CXLIX – When I have seen by Time’s fell hand defac’d

 SHAKESPEARE SONNET
THE SONNETS
THE SONNETS – LES SONNETS

LES SONNETS SHAKESPEARE THE SONNETS

Sonnet shakespeare Sonnet

Illustration du Phénix par Friedrich Justin Bertuch
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sonnet shakespeare sonnet


WILLIAM SHAKESPEARE
[1564 – 1616]

Traduction JACKY LAVAUZELLE


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SONNET 64 ou SONNET 149 SONNET CXLIX

The Sonnets SHAKESPEARE
Les Sonnets de SHAKESPEARE
When I have seen by Time’s fell hand defac’d

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LA MAIN DESTRUCTRICE DU TEMPS
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1598 

**

*

When I have seen by Time’s fell hand defac’d
Quand je vois la main destructive du Temps
The rich-proud cost of outworn buried age;
Avilir ce que la richesse et la fierté des hommes ont construit ;
When sometime lofty towers I see down-raz’d,
Quand j’observe les somptueuses tours élevées,
And brass eternal slave to mortal rage;
Et l’airain éternel frappés par cette rage mortelle ;

*

 

When I have seen the hungry ocean gain
Quand je vois l’océan affamé
Advantage on the kingdom of the shore,
Prendre l’avantage sur le royaume du rivage,
And the firm soil win of the watery main,
Et le sol ferme gagner sur les étendues marines,
Increasing store with loss, and loss with store;
Les gains et les pertes se compensent mutuellement ;

 

*


*

When I have seen such interchange of state,
Quand je vois de tels bouleversements,
Or state itself confounded, to decay;
Ou l’état lui-même s’effondre pour se décomposer ;
Ruin hath taught me thus to ruminate—
Les ruines m’apprennent finalement

*

That Time will come and take my love away.
Que le temps viendra et enlèvera mon amour.
This thought is as a death which cannot choose
Cette pensée est comme une mort qui ne peut rien entreprendre
But weep to have, that which it fears to lose.
Mais ne peut que pleurer d’avoir ce qu’elle craint de perdre.

 

*


 

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L’ENIGME DES SONNETS DE SHAKESPEARE

Les sonnets de Shakespeare sont encore aujourd’hui une énigme pour les historiens et pour les critiques. La dédicace mystérieuse qui les accompagnait dans la première édition, le désordre involontaire ou préconçu dans lequel ils parurent, l’obscurité de certains passages ont donné lieu à mille interprétations diverses. Les uns ont déclaré que ces sonnets étaient uniquement adressés à une femme ; les autres, qu’ils étaient adressés uniquement à un homme ; ceux-ci en ont attribué l’inspiration à un personnage bizarre qui n’aurait été ni homme, ni femme, ou plutôt qui aurait été l’un et l’autre ; ceux-là y ont vu autant de petits poëmes séparés, adressés à diverses personnes ; d’autres enfin, et ce sont les plus nombreux, ont soutenu qu’ils étaient dédiés à des créatures imaginaires, n’ayant jamais existé que dans le cerveau du poëte. Déroutée par tant de contradictions, la postérité, si curieuse pourtant de tout ce qui porte le nom de Shakespeare, a fini par perdre patience : ne pouvant résoudre l’énigme, elle a donné sa langue aux chiens et jeté par dépit ce livre impertinent qu’elle ne comprenait pas. C’est ainsi que les sonnets qui, au temps d’Élisabeth, étaient plus celèbres que les drames même de Shakespeare, sont aujourd’hui tombés dans un oubli complet. Un écrivain distingué de l’Angleterre nous disait dernièrement qu’il n’y avait peut-être pas cent de ses compatriotes qui les eussent lus en entier…

Nous l’avouons, en lisant ces admirables poésies où le plus grand poëte du moyen âge a, suivant l’expression de Wordsworth, donné la clef de son cœur, nous nous sommes indigné de cet oubli de la postérité, et nous aurions cru manquer à un devoir si nous n’avions pas au moins essayé de réparer ce qui nous semblait presque une ingratitude. D’ailleurs, nous nous sentions attiré vers cette œuvre étrange par le mystère même qui avait rebuté tant d’autres.

À force de relire ces poëmes, en apparence décousus, nous finîmes par y retrouver les traces de je ne sais quelle unité perdue. Il nous sembla que les sonnets avaient été jetés pêle-mêle dans l’édition de 1609, comme ces cartes des jeux de patience dont les enfants s’amusent à remettre en ordre les fragments. Nous fîmes comme les enfants : nous nous mîmes patiemment à rapprocher, dans ces poésies, les morceaux en apparence les plus éloignés, et nous réunîmes ensemble tous ceux que le sens adaptait les uns aux autres. Tel sonnet, par exemple, marqué le xxie dans l’édition de 1609 et dans toutes les éditions modernes, nous parut faire suite à un autre marqué le cxxxe ; tel autre qui, dans ces mêmes éditions, n’avait aucun sens après le xxxiie sonnet, devenait parfaitement intelligible après le cxlive. Nous n’avons pas hésité à faire presque partout ces transpositions nécessaires. Ainsi restitués à leur unité logique et rationnelle, les sonnets, tout en conservant chacun son charme lyrique intrinsèque, auront pour le lecteur un intérêt nouveau, l’intérêt dramatique.

Les sonnets de Shakespeare contiennent en effet tout un drame. Exposition, complications, péripéties, dénoûment, rien ne manque à ce drame intime où figurent trois personnages : le poëte, sa maîtresse et son ami. Là le poëte paraît, non sous le nom que le genre humain lui donne, mais sous celui qu’il recevait dans la vie privée : ce n’est plus William Shakespeare, c’est Will que nous voyons. Ce n`est plus ]’auteur dramatique qui parle, c’est l’ami, c’est l’amant. Ce n’est plus l’homme public, c’est l’homme. Quant aux deux autres personnages, ils restent anonymes. Comment s’appelle cette femme, cette brune aux yeux noirs que Shakespeare honore de son amour ? Comment s’appelle ce jeune homme qu’il glorifie de son amitié ? L’auteur n’a pas voulu dire leurs noms…

Introduction au William Shakespeare de François-Victor Hugo
William Shakespeare
Introduction
Traduction par François-Victor Hugo
Œuvres complètes de Shakespeare, Pagnerre, 1872, 15

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SHAKESPEARE SONNET
SONNET 64 ou SONNET 149 CXLIX

LES SONNETS DE SHAKESPEARE THE SONNETS

sonnet shakespeare