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Poésie Tchèque : KYTICE Karel Poème de Jaromir Erben ERBEN

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Poésie TchèquePoésie Tchèque : KYTICE Karel Poème de Jaromir Erben ERBEN - JACKY LAVAUZELLE




 

Traduction Jacky Lavauzelle

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Karel Jaromir Erben
1811-1870


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KYTICE 
***

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Poésie Tchèque : KYTICE Karel Poème de Jaromir Erben ERBEN Jan Vilímek Karel Jaromír Erben Kytice Artgitato

Český-Francouzský
Texte Tchèque & Traduction Française

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Zemřela matka a do hrobu dána,
 La mère est morte ; dans sa tombe on la déposa –
siroty po ní zůstaly ;
Restent des orphelins après son séjour sur terre ;
i přicházely každičkého rána
 Ils sont venus chaque matin 
a matičku svou hledaly.
A la recherche de leur mère.

I zželelo se matce milých dítek ;
La mère si affligée pour ses chers garçons 
duše její se vrátila
Que son âme s’est retournée
a vtělila se v drobnolistý kvítek,
Et s’est réincarnée en fleur,
jímž mohylu svou pokryla.
En recouvrant son monticule de terre.

Poznaly dítky matičku po dechu,
Les enfants reconnurent leur mère et eurent le souffle coupé,
poznaly ji a plesaly ;
Ils savaient et ils chantèrent ;
a prostý kvítek, v něm majíc útěchu,
Une simple fleur porte en elle tant de consolation
mateří-douškou nazvaly. –
Ils l’appelèrent : « l’âme maternelle« .

Mateří-douško vlasti naší milé,
« 
L’âme maternelle« , chère à notre patrie bien-aimée,
  vy prosté naše pověsti !
Votre récit simple est le nôtre !
  Natrhal jsem tě na dávné mohyle –
Tirerez-je de cet ancien tumulus
 komu mám tebe přinésti ?
Ce
que je dois vous apporter ?

Ve skrovnou já tě kytici zavážu,
Un modeste bouquet je vous livre,
ozdobně stužkou ovinu ;
Décoré d’un ruban;
do šírých zemí cestu ti ukážu,
Dans ces vastes pays, il vous montre un chemin,
kde příbuznou máš rodinu.
Où vous trouverez une famille.

Snad že se najde dcera mateřina,
Vous trouverez peut-être une fille ,
jíž mile dech tvůj zavoní ;
Attirée agréablement par votre souffle ;
snad že i najdeš některého syna,
Peut-être trouverez-vous un fils,
jenž k tobě srdce nakloní !
Qui se penche sur votre cœur!

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Traduction française Jacky Lavauzelle
Artgitato

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« Dissiper la nuit qui enveloppait le sort des paysans
et des classes asservies »

Après s’être prodigué durant plus de cinquante ans au service de l’histoire, Palacky tâcha d’en dégager la vérité pour la faire pénétrer dans l’âme du peuple, qui avait besoin d’un tel appui moral dans la lutte engagée pour reconquérir son autonomie d’autrefois. Le vrai but que Palacky poursuivit en écrivant son histoire fut de donner aux aspirations nationales une base solide : le droit historique.

Les historiens tchèques venus après lui, Tomek, Gindelly, Erben, Emler, Kalousek, Goll, s’attachèrent à faire mieux connaître, d’une part, les institutions urbaines et les tendances de la bourgeoisie, — telle fut l’œuvre de Celakovsky, qui écrivit le Corpus juris municipalis regni bohemiæ, de Winter, etc., — et d’autre part, ils s’efforcèrent de dissiper la nuit qui enveloppait le sort des paysans et des classes asservies. Parmi ces derniers historiens prennent rang Kalousek et Pekar. Palacky, ayant été nommé historiographe par les Etats, donna une place peut-être trop large, dans son histoire, aux classes privilégiées, laissant dans L’ombre la bourgeoisie et les ruraux.

François Palacky, historien de la Bohême (1798-1876)
Henri Hantich
Revue des Deux Mondes
Tome 10, 1912

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DALIBOR de Smetana – Intégrale Acte I -Tchèque-Français

  – OPERA –
Česká opera
Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO

 Bedřich Smetana
DALIBOR
(FrançaisTchèque)
překlad – Traduction
Francouzštinačeština

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DĚJSTVÍ PRVNÍ
ACTE I
 (Hradní dvůr obsazený stráží. V pozadí královský trůn, ohrazený zábradlim, vedle po obou stranách sedadla. Před zábradlím lid, mezi ním Jitka)
(La cour du château est occupé par des gardes. Au fond, le trône royal, clôturé par une balustrade de chaque côté. La foule se presse, nous y retrouvons Jitka)
1- Výstup
Scène 1
(Lid- Jitka- Le Peuple & Jitka)
LID – Le Peuple
Dnes ortel bude provolán
Aujourd’hui, le verdict sera proclammé
a právu viník v oběť dán !
Et le coupable sera sacrifié !
Dalibor! Dalibor!
Dalidor ! Dalidor !
Však nechal se i prohřešil.
Cependant, s’il a péché
udatný, slavný rek to byl.
Il fut ce vaillant héros célèbre
Dalibor! Dalibor!
Dalidor ! Dalidor !
JITKA

(jež stála zamyšlená o samotě)
(Seule, elle reste pensive)
Opuštěného sirotka malého
Petite orpheline, abandonée
našel ve troskách starobylých sten.
Il m’a trouvée dans de vieilles ruines
ujal se mne a pod ochranou jeho
Il m’a prise sous sa protection
jsem vstoupila v života krásný sen.
J’ai connu alors une vie merveilleuse.
On chtěl mi v pout’ života chotě dáti,
Il voulait me trouver un mari
jenž nejdražším byl duši pokladem,
Qui était mon trésor le plus précieux
mela jsem štěstí nejvyššího znáti
J’ai eu la chance de connaître le bonheur
ve vlastním dome s drahým manželem.
Dans ma maison avec mon bien aimé.


A ted’- ó běda mi –

Et désormais – Oh, quel malheur ! –
v nepřátel padne moc,
L’ennemi s’empare de lui
snad časně – běda mi –
Peut-être bientôt – Quel malheur-
jej pojme hrobu noc.
La nuit sera son tombeau.

LID – Le Peuple
Dnes ortel bude provolán
Aujourd’hui, le verdict sera proclammé
a právu viník v oběť dán !
Et le coupable sera sacrifié !
Dalibor! Dalibor!
Dalidor ! Dalidor !
JITKA
Však ne! Ze žaláře
Mais non ! De la prison
pokyne záře!
Un espoir scintille
Tož pádím na peruti větrové dál.
Au galop sur les ailes du vent !
A v hrobu noc temnou
Jusque dans la nuit noire de sa tombe
jdou druhové se mnou
Ses amis avec moi
a osvobodíme jej z hrobových skal !
Nous le libérerons de ses entraves !
(Trubky zazní za jevištěm ; ohlašují příchod krále a soudců.)
 
2- Výstup
Scène 2
 
(Stráže pořádají lid. Král vystoupí na trůn.Soudcové zasednou po obou stranách)
(Les gardes retiennent les gens. Le roi arrive sur son trône. Les juges s’assoient de chaque côté)
VLADISLAV
Již víte, jak to krásné království
Vous savez , combien ce beau royaume
divokých vášní obětí se stalo,
Souffre des déchaînements des passions,
a víte též, jak dlouho Dalibor
Et vous savez, que les actions de Dalidor
svévolně ruší mír, který jsem hledal,
ont perturbé la paix que je cherche constamment,
a novým zločinem se provinil.
Avec ce crime odieux dont il s’est rendu coupable.
Hrad Ploskovice přepad’ s vojsky svými,
Avec sa troupe, il a attaqué le château de Ploskovice,
pobořil hradby i purkrabího zabil.
Détruit la muraille, tué le burgrave.
Však konečně pokořila vojska,
Mais finalement, les renforts arrivèrent,
která jsem vyslal, Miladou pobádán,
Que j’envoyais à l’appel de Milada,
padlého sestrou. Až tu Dalibor
la sœur du défunt. Alors, Dalidor
po strašné, krvavé se bitvě poddal.
Après une horrible et sanglante bataille s’est rendu.
Je v moci mé. nad ním rozsoudí král!
Il est en mon pouvoir. Il attend le jugement royal !
By ale soud váš moh’ být spravedlivý,
Mais, afin d’être le plus juste possible,
před Daliborem slyšte Miladu!
Avant Dalidoir, écoutez Milada !
3- Výstup
Scène 3

(předešlí – Milada)
(Les précédents et Milada)
VLADISLAV
Již uchopte se slova
Prenez donc la parole
a vypravujte nám :
Et racontez-nous :
zde soudců sbor zasedne,
Les juges sont ici rassemblés,
by dal za právo vám.
Afin de rendre justice.
MILADA
Můj duch se děsí, ňadra má se dmou,
Mon esprit est terrifié, ma poitrine se soulève,
co dím, je pláč nad ztrátou ukrutnou!
Mes premiers mots sont pour cette perte immense !
LID-Le Peuple
Slzami oděla hněv!
Elle pleure des larmes de colère !
JITKA
(pro sebe)
(A lui-même)
Strachem již mi stydne krev!
La peur brise mon cœur !
MILADA
(vzchopivší se vší silou)
 (Rassemblant son courage)
Volám! O mějte smilování !
 Ecoutez ! Je demande miséricorde !
Vyslyšte žalné lkání !
 Ecoutez ma plainte !
Smilování !
 Ayez pitié de moi !
Slitování !
 Ayez pitié !
Pohasnul den a v hrade
Il faisait nuit et le château
vše blažilo se snem.
était endormi profondément.
Netušil nikdo zradu,
Il ne savait pas qu’une trahison
jež bděla pod hradem.
Sourdait à ses pieds.
V tom hromové jsem rány
Alors, des coups de tonnerre
zaslechla z blízkých hor,
Entendus dans les montagnes environnantes,
probudí mne výkřiky ze sna :
Je me réveille en criant :
Dalibor ! Dalibor !
Dalidor ! Dalidor !
A řinčely meče
Les épées s’affrontent

z té krvavé seče
La lutte devient sanglante
i z dáli i blíž.
Ici et ailleurs
V požáru a kouři
Dans le feu et la fumée
zde vojska bouří
Voici que les troupes se fracassent
pod hradbami již.
Déjà sous nos murs.

Bloudím a drahého bratra
Errante à la recherche de mon frère
pod hradem volala jsem,
Pleurant sous les murailles du château
tam v dáli klopýtaje kráčel
Je le vois titubant aux bras
s oddaným panošem.
De son fidèle écuyer.

Z otevřené hrozné rány
Ouvertes sont ses blessures
krev se lila z rudých žil,
Le sang coule de ses veines rougies
otevřel ústa – sklesl –
La bouche ouverte – il tombe –
a duši vypustil.
Rendant son dernier souffle.

Panoš hořekující
Le page consolant
mne odvedl v lesní šum,
M’a conduite au cœur de la forêt,
tajnými cestami
Et par des chemins secrets
jsem ušla nepřátelům.
Je marchais loin des ennemis.

A nyní svou před vámi skláním skráň,
Et maintenant je m’incline devant vous,
o poslední oloupená.  Žaluji naň.
Totalement dépourvue de tout. Voyez
Ont’ zločincem,
Le scélérat
neb jeho mstou nešťastná jsem.
Sa vengeance ne m’a apportée que le malheur.
Dalibor! Dalibor!
Dalidor ! Dalidor !

LID – Le Peuple
Soucit budí tento zjev.
Nous ne pouvons que compatir à sa douleur.
JITKA
(pro sebe)
(à part)
Strachem stydne moje krev.
La peur brise mon cœur !
VLADISLAV
Milado, tešte se! Kdo ranil vás,
Milada, soyez rassurée ! Celui qui vous a blessée,
je vězněm mým. Mé zbrani žehnal Pán
Est mon prisonnier. Mes armes sont bénies
a tím i vám i zemi požehnal.
Et ainsi mon royaume et vous-même.
At’ vstoupí Dalibor sem ku přiznání  !
Que pénètre Dalidor, écoutons sa défense !
MILADA
Mám jej snad zříti ?
Dois-je le contempler ?
Tot’ bratra vrah,
Le bourreau de mon frère,
Jak bouří krev mi
La tempête est dans mes veines
v útrobách !
Dans mes entrailles !
JITKA
(pro sebe)
(à part)
Stůj Bůh nyní při mně!
Que Dieu soit avec moi !
duši mou spas.
Et qu’il sauve mon âme.
Zjeviti nesmím
Je ne peux pas révéler
ňader mých hlas.
Ce que j’ai dans mon cœur.
MILADA
Jak bouří krev mi
La tempête est dans mes veines
v útrobách !
Dans mes entrailles !
Mám jej snad zříti ?
Dois-je le contempler ?
Tot’ bratra vrah.
Le bourreau de mon frère.
4-Výstup
Scène 4
 
(předešlí – Dalidor)
(Les précédents et Dalidor)
(Dalibor vstoupí s lehkými okovy na rukoua postoupí tiše i hrdě před trůn královský)
(Dalidor pénètre dans la pièce. Tranquille et fier, il s’approche du trône royal)
MILADA
(Prekvapena pohledem, v boji zapasicich pocitu)
Jaký to zjev! To netušil můj zrak.
Quel homme ! Mes yeux n’en reviennent pas.
LID -Le Peuple
(mezi sebou)
(entre eux)
Bud’ viny jeho sebevíc,
Malgré l’évidence de sa culpabilité,
jak klidně patří osudu vstříc.
Comme il avance serein devant son destin.
VLADISLAV
Na obžalobu tuto odpověz!
J’attends ta réponse à ton accusation !
Hrad Ploskovice tajně přepadl jsi,
Tu as donné l’assaut sur le château de Ploskovice,
hrad pobořil jsi
Un château que tu as détruit
a purkrabího zabil jsi.
Tu as tué son burgrave.
Omluv se, můžeš-li, před námi hned!
Si tu le peux, devant nous, disculpe-toi !
DALIBOR
Zapírat nechci, nejsem zvyklý lháti.
Je ne nierai rien, je n’ai jamais eu l’habitude de mentir.
Ját’ přísahal jsem pomstu
J’ai juré la vengeance.
a přísahu co rádný muž jsem splnil.
J’ai tenu ma parole comme il se doit chez un homme d’honneur.
Vždy odolal jsem čarozraku žen.
J’ai toujours résisté aux charmes des femmes.
Po příteli můj duch toliko toužil.
Je cherchais une amitié
Mé přání splněno, přátelství sen
Mon souhait fut rempli au-delà des espérances,
jsem snil, u Zdeňka v ňader tůň se hroužil.
 une amitié de rêve, qu’avec Zdenek j’ai trouvée.
Když Zdeněk můj v svatém nadšení
Lorsque Zdenek dans ces moments magiques
zvuk rajský loudil v mysl rozháranou,
Les vibrations de son instrument me rassérénaient,
rozplýval jsem se v sladkém toužení,
Une douce tendresse m’habitait,
povznesen tam, kde hvězdy jasné planou.
 Exalté, je m’élevais jusqu’au firmament.
Však slyš ! Už dávný čas jsem vedl hádku
Ecoutez pourtant ! Il y a longtemps j’ai eu une querelle
s litoměřickou radou zpyšnělou
Avec des conseillers prétentieux
a opět v boj jsem šel, po boku Zdeněk,
Je suis rentré dans ce combat, Zdenek à mes côtés.
můj drahý Zdeněk, nerozdílný druh.Mon cher Zdenek, mon ami inséparable.Boj počal zuřit hněvem. Zdeněk pad’
La lutte s’est engagée férocement. Zdenek qui
v nepřátel moc a vášeň surová
Combattait l’ennemi avec puissance et passion
mu stala hlavu, mne pak v potupu
S’est fait trancher la tête, Et à ma grande tristesse
ji narazila na hradbách na kůl.
Elle s’est retrouvée empalée sur les remparts.
Hrůz obraze,
Quelle affreuse œuvre,
který jsem pníti
J’ai dû endurer
tam musel zříti !
A le voir ainsi !
Tím zděšením
Cette horreur
nevím, zda bdím !
Je ne sais pas, si je suis éveillé !
Marně oko slze volá,
Mes yeux en vain attendent une larme,
by si ulevila ňadra má !
Afin d’apaiser mon âme !
MILADA
(pro sebe)
(à part)
Ta žaloba pronikla ňadra moje!
Ce cri pénètre mon cœur !
DALIBOR
Tu přísahal jsem pomstu, hroznou pomstu!
J’ai juré vengeance ! Une terrible vengeance !
Že Ploskovice Litoměřicům
Parce que Ploskovice, de ces assassins
pomáhaly-polehly popelem.
S’est fait aider – il devait périr dans les cendres.
Pochodeň k hrobu Zdeňka! Purkrabí pak
Le flambeau dans la tombe de Zdenek ! Par la mort
splatil svou krví hlavu Zdeňkovu.
du burgrave, la vengeance a été faite.
VLADISLAV
Zločinem tak pomáhals sobe sám!
Par le crime tu t’es fait justice !
DALIBOR
Muž právo k tomu vzíti si nenechá !
L’homme a le droit de se faire justice !
VLADISLAV
Tys vedl vzpouru proti svému králi !
Tu as dirigé une rébellion contre ton roi !
DALIBOR
Moc proti moci! Tak to káže svět!
La force contre la force ! Ainsi va le monde !
Prohláším sám to, nepadnu-li zde,
Je déclare en ces lieu, que si je sors vivant,
v hrob Zdeňkův, pykat musí Litoměř!
A la mort de Zdenek, suivront d’autres trépas !
A kdybys v tom mi, králi v cestě stál,
Y compris toi, mon roi, si tu te mets sur mon chemin
na trůne bezpečně bys neseděl!
Ton trône lui-même sera en péril !
MILADA
Co dí ?
Que dit-il ?
LID – Le Peuple
Tím slovem na se mec vytasil!
Par ces paroles, il va s’attirer les foudres !
 SOUDCOVÉ – Les Juges
Tys ortel smrti sobe sám prohlásil !
Tout seul, tu te proclames la mort !
DALIBOR
Nicím je mi život,
Ma vie n’est plus rien,
co Zdeněk můj klesl,
Depuis que Zdenek est tombé,
vše jedno, zda zemru
Ce n’est rien, si je meurs
snad zítra či dnes !
Peut-être ce sera demain, peut-être aujourd’hui !
MILADA
Co dí? Co dí?
Que dit-il ? Que dit-il ?
DALIBOR
Až do dna vyčerpán
Jusqu’au fond est épuisée
radosti pohár,
La Coupe de la Joie
tož zahodím od úst
Je jette loin de ma bouche
ten šalebný dar !
Ce présent sans valeur désormais !
JEDEN ZE SOUDCU – Un des Juges
Tak, Dalibore, zni soud jednohlasně :
Ainsi Dalidore, la cour unanime :
V žaláři temném hyn. Až dokonáš !
 Dans un donjon sombre, tu termineras ta vie !
LID – Le Peuple
(mezi sebou)
(entre eux)
Již zříti nemá slunce tvář.
Son visage ne contemplera plus le soleil.
milosti jej se netkla tvář!
Plus de grâce dans son regard !
DALIBOR
Slyšels to příteli, tam v nebes kůru’?
Avez-vous entendu mon ami dans l’écorce du ciel ?
Již chystají mi cestu k tobě zas!
Déjà je passe ma route et j’arrive !
Již cítím povznesen se vzhůru,
Déjà je me sens pousser vers les cieux,
již zřím tě v oblacích, slyším tvůj hlas !
Déjà je pénètre les nuages et j’entends ta voix !
Již piju opet piju strun tvých čarozvuky !
Je me régale déjà du son de tes cordes !
Slavněj než zde zní písen tvoje tam!
Plus célèbre qu’ici tu chantes ta chanson !
LID – Le peuple
Jaký to zjev, jaký to zjev!
Quelle prestance ! Quelle prestance !
DALIBOR
Nuž, ved’te mne v žaláře noc a muky,
Eh bien, mettez-moi en prison, dans la douleur de la nuit,
tou cestou pílím k nebes výšinám!
Ainsi je m’approcherai des cieux !
(Odejde.)
 (Il sort)
LID– Le peuple
Jaký to zjev, jaký to zjev !
Quelle prestance ! Quelle prestance !
Slavný rek, udatný rek to byl !
Ce héros, vaillant homme qu’il était !
5-Výstup
Scène 5
MILADA
(která už se přemoci nemuže, před králem a soudci)
(Elle n’en peut plus, et s’adresse au roi et aux juges)
U svých mne zde vidíte nohou!
Je me jette à vos pieds !
Odpust’te mu tak jako já,
Donnez-lui la grâce que je vous demande,
jen dobré chtít ty oči mohou,
Ces yeux ne peuvent vouloir que du bien,
odpust’te mu, at’ volnost má !
Graciez-le, rendez-lui sa liberté !
SOUDCOVÉ – Les juges
On hrozil krále šedinám,
Il a menacé notre roi
za zločin ten at padne sám!
Par sa vie, il doit payer !
MILADA
U svých mne zde vidíte nohou!
Je me jette à vos pieds !
jen dobré chtít ty oči mohou !
Ces yeux ne peuvent vouloir que du bien !

Odpust’te mu,  at’ volnost má,

Donnez-lui la grâce, donnez-lui la liberté.
Milost, milost, odpust’te mu tak jako já !
Grâce ! Grâce ! Comme je vous la demande !
SOUDCOVÉ – Les Juges
On hrozil krále šedinám,
Il a menacé notre roi,
za zlocin ten at padne sám!
Pour ses crimes, il doit payer !
MILADA
Milost, milost, at volnost má,
Grâce ! Grâce ! Rendez-lui la liberté,
odpustte mu tak jako já !
En pardonnant comme je le  fais moi-même !
VLADISLAV
Porádek, zákon vlásti musí,
L’autorité et la loi doivent régner,
zlorádem zem nejvíce zkusí,
Les abus épuisent le pays,
tož povinnost nám zákonem,
Notre obligation, c’est la loi
bychom preslechli nader hlasy,
La pitié ici n’a pas sa place,
zlocin nesmírí, neuhasí,
Le crime ne sera réparé
jen kdo jej schvátí ortelem.
Que par ce qui sortira du verdict.
(Odstoupí ; za ním soudcove a straže. Lid se rozejde. Jitka zůstane sama s Miladou)
(Il se retire, puis les juges et les gardes. Les gens se dispersent. Seule,  Jitka reste avec Milada)
6-Výstup
Scène 6
 
MILADA
(vzchopivši se opět, aniž by Jitku byla pozorovala)
(Elle reprend, mais ne remarque pas Jitku)
Jaká to bouře ňadra mi plní
Quelle est ce tourment qui m’agite
že krev mi v žilách staví beh !
Et ce sang dans mes veines qui se glace !
On usmrtil, zabil mi bratra,
Il a tué mon frère de ses mains !
a přec mne k němu cosi má.
Mais il y a quelque chose en lui.
Ó nehroz, ó nehroz mi, ó bratře!
Ô ne m’agite plus, ne m’agite plus, Ô frère !
A jen vinou mou
C’est par moi seulement
odňat mi nyní zcela,
Que pour toujours je le perds,
zhynouti má ted’ pro mne jen
A cause de moi, il va périr
v žaláři a v mucírnách tela,
Dans les donjons, le corps torturé,
jen pro mne zhynouti má !
A cause de moi, il va mourir !
JITKA
Tot’ láska ! Láskou rady zvíš,
Tu l’aimes ! Ecoute les conseils de l’Amour,
a vzmuž se, vzmuž se k cinu již !
Reprends-toi, passe à l’action !
MILADA
Neznám te!
Je ne te connais pas !
JITKA
Jindy povím víc!
Une autre fois, je t’en dirai plus !
MILADA
Co žádáš!?
Que voulez-vous ?
JITKA
Skutkem díky řic’!
Par mon action !
Ze žaláře
Sa prison
pokyne záře,
peut s’ouvrir
tož pádím na peruti větrové dál.
Je galope sur les ailes du vent.
MILADA
A z hrobu žaláře
Sa prison sombre
pokyne záře
peut s’ouvrir
tož pádím na peruti větrové dál.
Je galope sur les ailes du vent .
Obě Tous les deux
A v hrobu noc temnou
Une tombe dans la nuit noire
jdou druhové se mnou
Nous descendrons ensemble
a osvobodíme jej z hrobových skal !
Le libérer de son rocher !
Fin du premier acte-
Traduction Argitato

Camões : Les Lusiades (Chant I, 1 à 8) OS LUSIADAS -Texte Bilingue de luis de Camoes

LITTERATURE PORTUGAISE
literatura português

Luis de Camões

Luis de Camoes Les Lusiades

OS LUSIADAS
(1556)

LES LUSIADES

CHANT I
Canto Primeiro

1

Des soldats dans des combats acharnés et féroces
As armas e os barões assinalados,
Des plages du Portugal d’où partirent nos frères
Que da ocidental praia Lusitana,
Par des mers avant nous vierges encore
Por mares nunca de antes navegados,
Au-delà de l’île de Ceylan, s’engouffrèrent
Passaram ainda além da Taprobana,
Par les périls et les guerres endurcis

Em perigos e guerras esforçados,
Plus que ne le permettait aucune force humaine d’ici
Mais do que prometia a força humana,
Et, parmi ces peuples lointains, ils édifièrent
E entre gente remota edificaram
Ce nouveau royaume qu’eux seuls sublimèrent ;
Novo Reino, que tanto sublimaram;

2
E aussi les mémoires et le passé glorieux
E também as memórias gloriosas
De ces rois qui ont imposé au-delà des mers

 Daqueles Reis, que foram dilatando
Et la foi et l’Empire sur les terres
A Fé, o Império, e as terras viciosas
impies d’Afrique à d’Asie
De África e de Ásia andaram devastando;
Et aussi les œuvres et les actes valeureux
 E aqueles, que por obras valerosas
au-delà des lois même de la mort et de la vie
Se vão da lei da morte libertando;
C’est pour eux que je chanterai de toutes parts
 Cantando espalharei por toda parte,
M’accompagnant du seul génie et des arts.
Se a tanto me ajudar o engenho e arte.

 3

Cessons de savoir qui des Grecs ou des Troyens
Cessem do sábio Grego e do Troiano
Fit le plus long et le plus difficile voyage

As navegações grandes que fizeram;
Qui d’Alexandre, de Trajan, ou d’autres anciens
 Cale-se de Alexandro e de Trajano
Eut la plus grandiose victoire avec une telle rage
A fama das vitórias que tiveram;
Je chante ici les enfants de Lusus et leurs victoires
Que eu canto o peito ilustre Lusitano,
A qui obéirent et Mars et Neptune en pleine gloire
A quem Neptuno e Marte obedeceram:
Et pour qui la Muse a chanté les exploits fièrement
Cesse tudo o que a Musa antiga canta,
Y  a-t-il en ce monde de plus grands évènements ?
 Que outro valor mais alto se alevanta.


4

Et vous, mes nymphes sorties du Tage maternel
E vós, Tágides minhas, pois criado
Vous m’enflammez  d’une ardeur nouvelle
Tendes em mim um novo engenho ardente,
Ne laissez jamais retomber cette si grande ferveur
 Se sempre em verso humilde celebrado
En m’inondant maintenant de hauts faits glorieux
Foi de mim vosso rio alegremente,
Plongez-moi dans votre rivière en pleine splendeur
Dai-me agora um som alto e sublimado,
Afin de me donner un style actuel et lumineux
Um estilo grandíloquo e corrente,
Afin que votre rivage fasse oublier à notre Apollon épique
Porque de vossas águas, Febo ordene
Les eaux d’Hippocrène, source des muses féériques.
Que não tenham inveja às de Hipocrene.

 5

 Donnez-moi une grande et terrible fureur
Dai-me uma fúria grande e sonorosa,
Et laissez les sons rudes aux humbles labeurs

E não de agreste avena ou frauta ruda,
Afin que je souffle belliqueux dans le cor enflé
Mas de tuba canora e belicosa,
Jusqu’à ce que ma poitrine à ce point gonflée ;

Que o peito acende e a cor ao gesto muda;
Engendre une  chanson telle qu’elle fera la puissance
Dai-me igual canto aos feitos da famosa
De ton peuple, qui aida Mars à dompter sa violence ;

  Gente vossa, que a Marte tanto ajuda;
Elle se propagera et se chantera  dans l’univers
Que se espalhe e se cante no universo,
A ce seul prix naîtront nos sublimes vers.
Se tão sublime preço cabe em verso.

6

Toi, Sébastien, qui nâquis entouré d’attention
E vós, ó bem nascida segurança
Dans ce Portugal libéré, protecteur
Da Lusitana antiga liberdade,
Qui attend et espère ta fougueuse ambition
E não menos certíssima esperança
Et pour ta religion, être une nouvelle naissance
De aumento da pequena Cristandade;
Toi, qui du Maure sera la nouvelle terreur.
Vós, ó novo temor da Maura lança,
Merveilleuse vision de notre époque et de sa puissance
Maravilha fatal da nossa idade,
Arrivé au monde grâce à Dieu, tu partiras en quête
Dada ao mundo por Deus, que todo o mande,
De laisser à Dieu de nouvelles conquêtes.
Para do mundo a Deus dar parte grande;

7

Toi, nouvelle branche florissante et renommée
Vós, tenro e novo ramo florescente
Qui pousse sur la vision d’Alphonse lumineuse

De uma árvore de Cristo mais amada
A donné à cet arbre une allure majestueuse

 Que nenhuma nascida no Ocidente,
Que pas un César n’avait encore possédée  ;

 Cesárea ou Cristianíssima chamada;
Voyez le royal escudo qui représente l’exploit ;

(Vede-o no vosso escudo, que presente
Comment de Dieu, il entendit la voix,

  Vos amostra a vitória já passada,
Comment il donna une victoire à notre illustre Roi,

 Na qual vos deu por armas, e deixou
Etincelante en se guidant de la Croix.
 As que Ele para si na Cruz tomou)

8

Toi, puissant Roi, dont l’immense empire
Vós, poderoso Rei, cujo alto Imperio
S’étend des terres où le soleil inspire ;
O Sol, logo em nascendo, vê primeiro;
Aux terres du milieu de notre hémisphère
Vê-o também no meio do Hemisfério,
Jusqu’aux espaces où expirent les feuilles dernières
E quando desce o deixa derradeiro;
Toi, qui t’apprêtes à combattre pour l’Etat
Vós, que esperamos jugo e vitupério
Le cavalier Chiite, le Turc et le Païen scélérat
Do torpe Ismaelita cavaleiro,
Qui étanchent leur soif dans le fleuve sacré
Do Turco oriental, e do Gentio,
Porte leur l’opprobre et ton joug pour l’éternité ;
Que inda bebe o licor do santo rio;

 *********************
Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
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luis de camoes literatura português os lusiadas

 

Boulat Okoudjava – Tant que la terre continue de tourner – Булат Окуджава – Пока Земля ещё вертится

CHANSON
Пока Земля ещё вертится

Булат Окуджава 

(Boulat Okoudjava)

 Пока Земля
ещё вертится

Пока Земля ещё вертится, пока ещё ярок свет,
Tant que notre terre continue de tourner, que la lumière est vive encore

Господи, дай же ты каждому чего у него нет.
Seigneur, donne à chacun ce qu’il n’a jamais eu.

Умному дай голову, трусливому дай коня,
Donne au lâche la force qui lui manque,

Дай счастливому денег и не забудь про меня.
Donne de l’argent, de la chance et ne m’oublie pas.

Пока Земля ещё вертится, Господи, твоя власть,
Tant que notre terre continue de tourner, Seigneur, tu le peux :

Дай рвущемуся к власти навластвоваться всласть.
Laisse la folle espérance à ceux qui luttent pour le pouvoir

Дай передышку щедрому хоть до исхода дня,
Donne-nous une pause, le temps de cette journée

Каину дай раскаянье и не забудь про меня.
A Caïn permet le repentir et ne m’oublie pas.

Я знаю, ты всё умеешь, я верую в мудрость твою,
Je crois en ta sagesse, vous le savez tous,

Как верит солдат убитый, что он проживает в раю.
Laisse aux soldats morts les illusions de plaisirs paradisiaques,

Как верит каждое ухо тихим речам твоим,
Que chaque créature soit bercée par ta langueur

Как веруем и мы сами, не ведая, что творим.
Comme nous le croyons, ne sachant plus ce que nos mains font.

 Господи, мой Боже, зеленоглазый мой,
Seigneur, mon Dieu, aux yeux éclatants,

Пока Земля ещё вертится и это ей странно самой.
Tant que notre terre continue de tourner, et pourquoi est-ce donc ainsi.

Пока ещё хватает времени и огня,
Pourtant, de ce temps, de ce feu,

Дай же ты всем понемногу и не забудь про меня.  (bis)
Offres-en juste un peu et ne m’oublie jamais.

(traduction Jacky Lavauzelle)

 

L’ENFER de Henri BARBUSSE : ET LE CHEF D’ŒUVRE A FAILLI…

Henri BARBUSSE

1873-1935
L’Enfer

Henri BARBUSSE L'ENFER (2)

 

 

 

 

 

 

Et le CHEF D’ŒUVRE a failli …

L’Enfer reste une œuvre amputée. Amputée d’un trop plein. Amputée d’une trop grande ambition. Quand Barbusse nous embarque en Enfer, il nous prend, totalement, carrément, dans le premier chapitre, à nous donner l’ivresse, la saoulerie de cette nouveauté artistique, à nous faire oublier le beau et nous faire découvrir le désir, à nous dissimuler les corps pour inventer le corps.

LA PLUME GONFLEE DE DESIR

Nous ne nous y attendons pas, nous partons dans un marathon sprinté de bout en bout, d’une plume qui gonfle et enfle. L’idée, c’est la faille, l’ouverture vaginale, le mur qui ne sépare plus. Le narrateur devient voyeur, tout puissant, divin. Le vide du néant se remplit. Et ce plein envahit la chambre, puis la ville et le monde. Il encercle nos cœurs de lecteurs dans le battement des rideaux et fait battre nos cils par les éclats de lumière de cette chambre d’à côté.

J’AI LE CERVEAU MALADE

Certains ont écrit des chefs d’œuvre inachevés, Barbusse a achevé, dans le sens de tuer, le sien. Partir aussi léger et arriver aussi pataud, presque crotté. Il est passé à côté des œuvres comme celles de Kafka ou de Céline, avec une même puissance, une même envie. Mais c’est un roman de jeunesse, écrit à trente-cinq ans, son premier roman et Barbusse a voulu tout mettre, de la poésie, de la littérature, de la philosophie, des sciences. Et à vouloir composer une œuvre unique, englobant le savoir, ce qu’il a failli faire, il a écrit une œuvre désormais quasiment oubliée. Une volonté de réaliser la somme que réalisera Céline en 1932 avec son Voyage. Il aurait pu créer ce voyage immobile au cœur de la faille. Un style novateur aussi, en cette année 1908, sept ans avant la parution de la Métamorphose de Kafka, avec un style descriptif très similaire. « Je reprends mon équilibre par un effort de volonté…Alors, j’entends un chant murmuré tout près de mon oreille. Il me semble que quelqu’un, penché sur mon épaule, chante pour moi, pour moi seul, confidentiellement. Ah ! une hallucination…Voilà que j’ai le cerveau malade… C’est la punition d’avoir pensé tout à l’heure. Je suis debout, la main crispée sur le bord de la table, étreint par une impression de surnaturel ; je flaire au hasard, la paupière  battante, attentif et soupçonneux. Le chantonnement est là, toujours ; je ne m’en débarrasse pas. Ma tête se tourne…Il vient de la chambre d’à côté…Pourquoi est-il si pur, si étrangement proche… » A la nuance près que Kafka a su donner de la normalité à l’impossible et que Barbusse va donner de l’extraordinaire à la banalité.

Dans le rythme effréné, de ces rencontres visuelles et olfactives du début, nous nous heurtons, au tiers du roman, à une montagne, le chapitre VIII. Une montagne de discours, une suite de raisonnements grandiloquents dans un couple. Le roman continue de plus belle, verbeux et lourd, pesant, indigeste. Notre souffle est coupé. Désarçonnés, nous ne comprenons plus. Nous attendons la suite, grisés par le rythme précédent.

Nous nous pencherons donc sur la première partie du roman, époustouflante, généreuse et novatrice. Un roman à redécouper, à reprendre de fond en comble. Garder les sept premiers chapitres, le dernier, le dix-septième, et des dix chapitres intermédiaires en recomposer un ou deux. Un peu comme certains ont recomposé le Capital de Marx avec un sens de lecture, en précisant les articles les plus indigestes.

L’ANEANTISSEMENT DE LA LEGERETE INITIALE

Le roman entame une introspection qui dénature la volatilité et la légèreté du roman lui-même. « J’irai dans la terre », « je me plonge dans le détail », « je revois des faces dans le de profundis du soir, émerger comme des victoires suprêmes », Les questions aussi légères que : « la science…Qu’est-ce que la science ? Pure, c’est une organisation de la raison par elle-même ; appliquée, c’est une organisation de l’apparence » ; Des propos à base philosophique comme : «  la méditation était la même chose que moi ; elle prouvait la grandeur de la pensée qui la pensait, et pourtant elle disait que l’être pensant n’est rien. Elle m’anéantissait, moi qui la créais ! »

UNE CHUTE INFINIE

L’ensemble dans un moment de chute qui n’en finit pas : « j’ai l’air de marcher ; mais il semble que je tombe. » Et toujours avec de nombreuses discussions interminables : « la conversation des invités se centralise en un petit clan où l’on baisse légèrement la voix ; on parle du maître de maison. » Des discussions irréelles, tellement lourdes  dans le quotidien d’une conversation.

Mais les sept premiers chapitres sont d’une grâce et d’une majesté voluptueusement érotique. Quand nous prenons la barque de l’Enfer, Barbusse ne nous livre rien d’emblée. « L’hôtesse, Madame Mercier, me laissa seul dans ma chambre, après m’avoir rappelé en quelques mots tous les avantages matériels et moraux de la pension de famille Lemercier. » Nous sommes encore dans un roman réaliste du siècle passé. Quand arrive la chambre, la fameuse chambre, théâtre des observations, et nous montons dans notre cage.

LA CHAMBRE EST USEE

Le lieu ordinaire que constitue cette chambre n’a aucun charme, « la chambre est usée, il semble qu’on y soit indéfiniment venu. Depuis la porte jusqu’à la fenêtre, le tapis laisse voir la corde ; il a été piétiné, de jour en jour, par une foule…Cette chambre, on la retrouve à chaque pas. C’est la chambre de tout le monde. On croit qu’elle est fermée, non : elle est ouverte aux quatre vents de l’espace. Elle est perdue au milieu des chambres semblables, comme de la lumière dans le ciel, comme un jour dans les jours, comme moi partout. » Le narrateur va donner de ce lieu presque public une nouvelle dimension, il va découvrir le pouvoir de cet endroit, de sa magie, de sa spiritualité. Un lieu qui va transformer notre narrateur, personnage quelconque, « si chacun était comme moi, tout irait bien»,  en le divinisant. La nouvelle naissance aura lieu prochainement.

AU CONTACT DE L’HOMME, LES CHOSES S’EFFACENT

Le premier chapitre décrit le vide, le néant. Le néant des lieux comme du personnage.  De l’ordinaire au rien. « Tout cela m’était inconnu ; comme je connaissais tout cela, pourtant : ce lit de faux acajou, cette table de toilette, froide, cette disposition inévitable des meubles et ce vide entre ces quatre murs… »

Le lieu s’est effacé, «  au contact des hommes, les choses s’effacent, avec une lenteur désespérante. Elles s’obscurcissent aussi. » Le narrateur, aussi, semble être resté trop souvent, trop longtemps, au contact des hommes, passant du trop-plein de sa jeunesse, qui submerge de son être, au vide du temps présent. « Je me souviens que, du temps où  j’étais enfant, j’avais des illuminations de sentiments, des attendrissements mystiques, un amour maladif à m’enfermer en tête-à-tête avec mon passé. Je m’accordais à moi-même une importance exceptionnelle ; j’en arrivais à penser que j’étais plus qu’un autre ! Mais tout cela s’est peu à peu noyé dans le néant positif des jours. Me voici maintenant… J’aperçois, dans le décor que la pénombre commence à envahir, le modelé de mon front, l’ovale de mon visage et, sous ma paupière clignante, mon regard par lequel j’entre en moi comme dans un tombeau. La fatigue, le temps morne (j’entends de la pluie dans le soir), l’ombre qui augmente ma solitude et m’agrandit malgré tous mes efforts, et puis quelque chose d’autre, je ne sais quoi, m’attristent. Cela m’ennuie d’être triste. Je me secoue. Qu’y a-t-il donc ? Il n’y a rien. Il n’y a que moi.»

REGARDER EN FACE LA DESTINEE

Dans cet effacement, cet appel du vide, la mort règne. La vie s’est enfuie par tous les espaces possibles, entre les lattes du parquet, comme dans les jointures des fenêtres, à chacun des carreaux. «Mourir ! L’idée de la mort est décidément la plus importante de toutes les idées. » Pourtant, le narrateur ne semble pas tenté par le suicide : « Je mourrai un jour. Y ai-je jamais pensé ? Je cherche. Non, je n’y ai jamais pensé. Je ne peux pas. On ne peut plus regarder face à face la destinée que le soleil, et pourtant, elle est grise. »

ME JETER ET ME MULTIPLIER

Ce qui fait résistance, ce qui freine le narrateur dans l’accomplissement d’un acte ultime, c’est l’attente, le désir d’un quelque chose, le rêve d’un amour passionné. Ce quelque chose qui pourrait illuminer la noirceur des lieux, de la vie et du monde. « Je n’ai pas de génie, pas de mission à remplir, de grand cœur à donner. Je n’ai rien et je ne mérite rien. Mais je voudrais, malgré tout, une sorte de récompense…De l’amour ; je rêve d’une idylle inouïe, unique, avec une femme loin de laquelle j’ai jusqu’ici perdu tout mon temps, dont je ne vois pas les traits, mais dont je me figure l’ombre, à côté de la mienne, sur la route. De l’infini, du nouveau ! Un voyage extraordinaire, où me jeter, où me multiplier.»

LA CHAMBRE VOISINE S’OFFRE A MOI, NUE

Le second chapitre sera celui de la découverte, celle de la faille, de la vie, d’un autre monde. Mais celle-ci vient à lui sous la forme d’une voix qui lui caresse l’oreille. Est-ce un rêve ? Est-ce les rêves de l’agitation nocturne ? A l’étonnement, « j’étouffe un cri de surprise », suivra la contemplation de ce nouveau monde. Le narrateur se découvre Christophe Colomb devant la première terre, roi mage rentrant dans la grotte de Bethléem. « En haut, près du plafond, au-dessus de la porte condamnée, il y a une lumière scintillante. Le chant tombe de cette étoile. La cloison est trouée là, et par ce trou, la lumière de la chambre voisine vient dans la nuit de la mienne…Je regarde…je vois…La chambre voisine s’offre à moi, toute nue…Elle s’étend devant moi, cette chambre qui n’est pas à moi…Dans le lointain, la table semble une île. Les meubles bleuâtres, rougeâtres, m’apparaissent de vagues organes, obscurément vivants, disposés là. »

LA DECOUVERTE DE LA TELE-REALITE

Cette simple et banale découverte va transformer sa vie, lui donner un but, un sens. Enfin, il possède quelque chose, il maîtrise. Il peut voir sans être vu. Il peut observer les autres dans leur banalité. Le narrateur vient de découvrir la téléréalité. Et comme la téléréalité, les personnages inintéressants vont prendre une autre dimension, une autre envergure.

QUAND LA MALEDICTION DEVIENT BENEDICTION

La première personne qu’il épie sera la bonne venant s’occuper de son ménage. Il vient de la croiser  dans l’escalier. Plus qu’ordinaire, il la trouvait laide et crasseuse. La fente va changer sa vision. « Tout à l’heure, sur le palier, j’ai entrevu cette fille qui, pliée, frottait la rampe, sa figure enflammée proche de ses grosses mains. Je l’ai trouvée repoussante, à cause de ses mains noires, et des besognes poussiéreuses où elle se penche et s’accroupit…Je l’ai aperçue aussi dans un couloir. Elle allait devant moi, balourde, des cheveux traînants, laissant siller une odeur fade de toute sa personne qu’on sentait grise et empaquetée dans du linge sale. Et maintenant, je la regarde. Le soir écarte doucement la laideur, efface la misère, l’horreur ; change, malgré moi, la poussière en ombre, comme une malédiction en bénédiction. Il ne reste d’elle qu’une couleur, une brume, une forme ; pas même : un frisson et le battement de son cœur. D’elle, il ne reste plus qu’elle. C’est qu’elle est seule. Chose inouïe, un peu divine, elle est vraiment seule. Elle est dans cette innocence, dans cette pureté parfaite : la solitude. Je viole sa solitude, des yeux, mais elle n’en sait rien, et elle n’est pas violée. »

REGARDER SANS VOIR ET AVOIR CE QU’ON N’A PAS

Le pouvoir de la faille s’est d’embellir, de sublimer les choses. Barbusse utilisera donc les contradictions et les oppositions, l’union des contraires, l’inversion des valeurs et des codes dans la description afin de mieux rendre compte du bouleversement qui s’opère. « Cette lettre est dans le crépuscule, la plus blanche des choses qui existent…la lettre blanche pliée dans sa main grise…ils craignent la brusque apparition de quelque divinité, ils sont malheureux et heureux…Il semblait un de ces êtres doux, qui pensent trop, et qui font le mal…Et tout ce qui m’attire m’empêche de m’approcher…Il faut que je sois à la fois un voleur et une victime…leur union apparut plus brisée que s’ils ne s’étaient pas connus…Je passais deux jours vides, à regarder sans voir…Avoir ce qu’on n’a pas…Je comprends que beaucoup de choses que nous situons en dehors de nous, sont en nous, et que c’est là le secret… »

L’ODEUR DE L’AMOUR

Mais la découverte visuelle n’est rien, absolument rien sans la présence olfactive. Les fragrances qui viennent de la chambre amplifie et change la nature des choses observées. Et inversement, les situations ont des correspondances avec des parfums. « D’elle exhalait un parfum qui m’emplissait, non plus le parfum artificiel dont sa toilette est imprégnée, le parfum dont elle s’habille, mais l’odeur profonde d’elle, sauvage, vaste, comparable à celle de la mer – l’odeur de sa solitude, de sa chaleur, de son amour, et le secret de ses entrailles…Demi close, attentive, un peu voluptueuse de ce qui, d’elle, émane déjà de volupté, elle semble une rose qui se respire. On voit jusqu’aux genoux ses jambes fines, aux bas de fil jaune, sous la robe qui enveloppe son corps en le présentant bouquet…La chambre, tout en chaos, est pleine d’un mélange d’odeurs : savon, poudre de riz, senteur aiguë de l’eau de Cologne, dans la lourdeur du matin enfermé… »

RIEN

Mais à l’heure où nous découvrons la faille, le chaos semble reculer, le néant s’anéantir, et la nuit s’effacer. Mais le vide est et restera le plus fort, au bout du bout il sera le vainqueur. « Je crois qu’en face du cœur humain et de la raison humaines, faits d’impérissables appels, il n’y a que le mirage de ce qu’ils appellent. Je crois qu’autour de nous, il n’y a de toutes parts qu’un mot, ce mot immense qui dégage notre solitude et dénude notre rayonnement : Rien. »

Mais juste après ce RIEN, Barbusse termine par une dernière phrase qui illumine, qui ouvre. Mais une  phrase où s’amasse notre existence, notre libre-arbitre, notre liberté et tout le poids de nos responsabilités : « je crois que cela ne signifie pas notre néant ni notre malheur, mais au contraire, notre réalisation et notre divinisation, puisque tout est en nous. »

CE QU’EST UNE FEMME

Revenons donc à notre émerveillement du début et reprenons notre odyssée. La naissance du sublime, la découverte de l’autre, mais surtout de la femme. Car après la bonne, déjà entourée d’un nouvel halo chargé d’étonnement et de merveilleux, arrive une jeune et belle femme. Viens la découverte, le dépouillement de ce corps, sa nudité. « Je reste là, tout enveloppé de sa lumière, tout palpitant d’elle, tout bouleversé par sa présence nue, comme si j’avais ignoré jusque-là ce que c’est qu’une femme. »

Mais avant la découverte de cette nudité, Barbusse décrit l’accouplement des ombres, « c’était plutôt mon ombre qui s’accouplait à la sienne », la découverte lente et enivrante de chacune des parties du corps, la tension sensuelle, sexuelle de l’observateur.

LE VENTRE COMME CRI

Dans le corps, Barbusse se focalise sur le ventre de la femme. « Un cri m’occupait tout entier : Son ventre ! Son ventre ! Que m’importaient son sein, ses jambes ! Je m’en souciais aussi peu que de sa pensée et de sa figure, déjà abandonnées. C’est son ventre que je voulais et que j’essayais d’atteindre comme le salut. »

Mais du ventre au sexe de cette femme, le chemin n’est pas loin et Barbusse, véritable serpent, s’y glisse sournoisement. « Mes regards, que mes mains convulsives chargeaient de leur force, mes regards lourds comme de la chair, avaient besoin de son ventre. Toujours, malgré les lois et les robes, le regard mâle se pousse et rampe vers le sexe des femmes comme un reptile dans son trou. Elle n’était plus, pour moi, que son sexe. Elle n’était plus pour moi que la blessure mystérieuse qui s’ouvre comme une bouche, saigne comme un cœur, et vibre comme une lyre. »

A travers cette faille, Barbusse nous amène dans la sexualité, mais aussi nous ouvre les portes de l’humanité toute entière, sur la piste qui part loin, tout là-bas, vers l’infini et au-delà. Comme cette pluie devenue immobile à force de trop tomber, comme ces êtres qui se regardent dos-à-dos et se comprennent. Mais de l’infini à la divinité, la route n’a pas besoin de raccourci. Nous partons loin, et comme nous l’avons vu, nous reviendrons à nous-mêmes, au cœur du Moi.

 Jacky Lavauzelle

 

 

Luís de Camões : L’Amour, ce feu qui ardemment nous brûle

Luis de Camões
Tradução – Traduction
texto bilingue

Luís de
Camões

Luís de Camões d'après François Gérard Amor Amour

Amor é fogo que arde sem se ver,
é ferida que dói, e não se sente;
é um contentamento descontente,
é dor que desatina sem doer.

É um não querer mais que bem querer;
é um andar solitário entre a gente;
é nunca contentar-se de contente;
é um cuidar que ganha em se perder.

É querer estar preso por vontade;
é servir a quem vence, o vencedor;
é ter com quem nos mata, lealdade.

Mas como causar pode seu favor
nos corações humanos amizade,
se tão contrário a si é o mesmo Amor? 

L’Amour, ce feu qui ardemment nous brûle sans aucune flamme
Et qui nous enflamme sans qu’on le sente
Qui nous soulage dans des soupirs
L’Amour, cette douleur sans ce mal qui fait souffrir
 
L’Amour ce n’est pas tant vouloir que de bien vouloir
C’est marcher seul au milieu des autres
Ne jamais se satisfaire d’être seulement satisfait
Et ne jamais oublier que tout ce qui est gagné peut tout se perdre à jamais

L’Amour, c’est vouloir s’emprisonner par la seule volonté
C’est servir le vaincu quand nous sommes vainqueur
Et garder la foi en celui qui nous touche.

Mais comment dans nos cœurs
Une amitié sincère peut éclore
D’un Amour à lui-même si contraire ?

*********************
Traduction Jacky Lavauzelle
ARTGITATO
*********************

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PLAUTE – MOSTELLARIA – LE REVENANT (pièce en 5 actes)

PLAUTE

 LE REVENANT – MOSTALLERIA
vers 190 av. J.-C.





Plautus Plaute Artgitato Mostellaria Le Revenant

Traduction Jacky Lavauzelle

ACTE I
Scène 1

GRUMIO – GRUMION
Fermier de la Maison Theuropide
à la porte de la maison de Theuropide

Exi e culina, sis, foras, mastigia,

Sors de ta cuisine, canaille !

Qui mi inter patinas exhibes argutias.

 Qui fait le beau au milieu des casseroles.

 Egredere, erilis permities, ex aedibus.

Sors ! Fléau de ton maître !

Ego, pol,  te ruri, si vivam, ulciscar probe.

 Moi, par Pollux, si je vis, je me vengerai à la ferme !

Exi, inquam, nidor, e culina. quid lates?                  



Sors, te dis-je, des odeurs de ta cuisine ! Que caches-tu donc ?

                                                                                                                              

TRANIO – TRANION
Servant-Esclave- de la maison de Theuropide
Il sort

Quid tibi, malum, hic ante aedis clamitatiost?

 Qu’est-ce que tu as à crier devant notre maison ?

An ruri censes te esse? abscede ab aedibus.

Où crois-tu être ? Fous le camp !

Abi rus, abi,  dierecte, abscede ab janua.

Retourne aux champs !, allez ! Crétin ! Pars !

Hem, hocine volebas?

Tiens ! C’est ça ce que tu veux ?
(il le frappe)

 

GRUMION

Perii ! Cur me verberas?

Aïe ! Je meurs ! Pourquoi me frappes-tu ?

 

TRANION

Quia, tu, vis.

Parce que tu vis encore !

 

GRUMION

Patiar ! Sine modo adveniat senex

Je souffre ! Quand notre vieux maître rentrera



Sine modo venire salvom, quem absentem comes.

Sain et sauf, il verra que tu le dévores pendant son absence !

 

TRANION

 Nec veri simile loquere, nec verum, frutex,

Qu’est-ce que tu racontes ? Frustre ! C’est n’importe quoi !

 Comesse quemquam ut quisquam absentem possiet.

On ne dévore pas quelqu’un qui n’est pas là !



 

GRUMION

Tu urbanus vero scurra, deliciae popli,             

Toi, qui fait le beau, le  sophistiqué de la ville !

Rus mihi tu objectas? sane hoc, credo, Tranio,

Tu te crois supérieur aux paysans ? Tu crois vraiment, Tranion,

Quod te in pistrinum scis actutum tradier.

Tu seras un jour envoyé au moulin !

Cis, hercle, paucas tempestates, Tranio,

Par Hercule ! Dans peu de temps, Tranion,

Augebis ruri numerum, genus ferratile.

Tu rejoindras la populace des champs !

Nunc, dum tibi lubet licetque, pota, perde rem,    

Maintenant,  fais à ta guise, puisque tu veux tout perdre ainsi

Corrumpe herilem filium, adulescentem optumum.

Détruis le fils de notre maître, cet adolescent si prometteur !

Dies noctesque bibite, pergraecamini,

Jours et nuits, vous buvez, vous vivez à la grecque !

Amicas emite, liberate, pascite

Achetez des filles, puis les affranchir, vous gavez

Parasitos, obsonate pollucibiliter.

Les parasites, videz les marchés pour vos orgies !



Haeccine mandavit tibi, quom peregre hinc iit, senex?    

Est-ce ce ça qu’a demandé, avant de partir, notre vieux maître ?

Hoccine modo hic rem, curatam obfendet suam?

Est-ce ainsi qu’il entend que ses biens soient gérés ?

Hoccine boni esse opficium servi existumas,

Est-ce ainsi que l’on sert bien les intérêts de son maître ?

 Ut heri sui conrumpat et rem et filium?

En corrompant ainsi et la fortune et le fils ?

Nam ego illum conruptum duco, quom his factis studet;

Il est désormais corrompu, avec ce qu’il a fait !

Quo nemo adaeque juventute ex omni Attica                

Lui qui n’avait pas son pareil dans toute la jeunesse d’Attique

Antehac est habitus parcus, nec magis continens ;

Jusqu’à présent  qui avait l’habitude d’être économe

Is nunc in aliam partem palmam possidet.

Et qui maintenant c’est dans une autre partie qu’il obtient la palme.

Virtute id factum tua et magisterio tuo.

Et c’est grâce à tes actions et à tes leçons !

 

TRANION

Quid tibi, malum, me aut quid ego agam curatio’st ?

Qu’est-ce que tu as, malheureux, à être curieux ainsi de ce que je fais ?

An ruri quaeso non sunt, quos cures, bovis?                

Ne peux-tu donc pas t’occuper à soigner tes bœufs ?

Lubet potare, amare, scorta ducere.

Et s’il me plaît à moi de boire, d’aimer, et d’être escorter par de belles et jolies filles.

Mei tergi facio haec, non tui, fiducia.

C’est mon dos qui répondra de tout ça, non le tien, fais-moi confiance.

 

GRUMION

Quam confidenter loquitur ! Fue !

Comme tu parles hardiment ! Fi !



 

TRANION
(soudain écœuré, recule)

 At te Jupiter

Que Jupiter,

Dique omneis perduint, fu, oboluisti,  allium.

Et tous les Dieux réunis t’anéantissent, ce que tu pues l’ail !

Germana inluvies, rusticus, hircus, hara suis

Misérable, rustre, bouc, porcherie ambulante !

Canes capro conmista.

Mélange de chien et de bouc !

 

GRUMION

Quid tu vis fieri?

Et alors que veux-tu que j’y fasse ?

Non omneis possunt olere unguenta exotica,

Tout le monde ne peut pas sentir l’odeur des parfums exotiques,

Si tu oles, neque superior adcumbere,

Comme toi, ni occuper la meilleure place à table

Neque tam facetis, quam tu vivis,  victibus.

Ni être aussi spirituel quand tous les aliments à disposition.

Tu tibi istos habeas turtures, pisceis, aveis :          

Tu peux garder tes tourterelles, tes poissons et tes volailles :

Sine me alliato fungi fortunas meas.

Laisse-moi mon ail et vivre ma vie !

Tu fortunatus, ego miser : patiunda sunt.

Tu es un homme heureux et moi un misérable : c’est ainsi.

Meum bonum me, te tuum maneat malum.         

Mais à moi les bonnes choses à venir, et pour toi de grands malheurs.

 

TRANION





Quasi invidere mihi hoc videre, Grumio,         

Mais tu désires vivre comme moi, Grumion,

Quia mihi bene est, et tibi male est ; dignissumum’st.

Pour moi la vie est facile, et toi tu vis chichement.

Decet me amare, et te bubulcitarier ;

Je suis fait pour aimer, et toi conduire les bœufs ;

Me victitare polchre, et te miseris modis.

A moi de vivre agréablement, et à toi de vivre misérablement.

 

GRUMION

O carnuficium cribrum, quod credo fore :

Par mille tortures ! Je crois que ce sera l’inverse :

Ita te forabunt patibulatum per vias

Ils te traîneront dans les rues, le carcan sur ton dos

 Stimulis, si huc reveniat senex.

En te piquant, si notre vieux maître revient.

 

TRANION

Qui scis  an tibi istuc prius evenat quam mihi ?

Comment sais-tu tout ce qui nous arrivera ?

 

GRUMION

Quia numquam merui, tu meruisti et nunc meres.

Parce que je ne le mérite pas et que toi tu l’as mérité et que tu le mérites aussi maintenant.

 

TRANION

Orationis operam compendi face,

Abrège ton discours,

Nisi te mala re magna mactari cupis.

Sauf si tu souhaites une plus grande correction.

 

GRUMION

Ervom daturin’ estis, bubus quod feram?

Est-ce vous qui donnerez le fourrage qu’attendent mes bœufs ?

Date aes, si non estis : agite, porro, pergite

Donnez-moi de l’argent, si vous n’en êtes pas capable : eh bien ! en avant ! continuez !

Quomodo obcoepistis : bibite, pergraecamini,

Comme vous avez commencé : buvez, vivez comme des grecs

Este, ecfercite vos, saginam caedite.     

Bouffez, saoulez-vous, tuez ce qui est gras.               

 

TRANION





Tace, atque rus abi : ego ire in Piraeum volo,

Tais-toi ! Rentre dans ta campagne ! Je veux aller au Pirée

In vesperum parare piscatum mihi.

Acheter du poisson pour ce soir.

Ervom tibi aliquis cras faxo ad villam adferat.

Quelqu’un demain t’apportera du fourrage.

Quid est? quid tu me nunc obtuere, furcifer?

Qu’est-ce que c’est ? Pourquoi me regardes-tu ainsi, maraud ?

 

GRUMION

Pol, tibi istuc credo nomen actutum fore.    

Par Pollux ! Je crois que ce sera bientôt le nom que tu porteras.

 

TRANION

Dum interea sic sit, istuc actutum sino.

Pourvu que je jouisse maintenant, ce bientôt m’est égal.

 

GRUMION

Ita est : sed unum hoc scito, nimio celerius

Qu’il en soit ainsi : mais sache seulement ceci

Veniet quod molestum’st,  quam id quod cupide petas.

Les ennuis arrivent souvent plus vite que ce nous désirons ardemment..

 

TRANION

Molestus ne sis : nunc jam i rus, teque amove.

Tu m’ennuies. Retourne aux champs et laisse-moi respirer.

Ne tu erres, hercle,  praeterhac mihi non facies moram.

Crois-moi, par Hercule, que je me retiens encore un instant.

 

GRUMION
(enfin seul)

Satin’ abiit, neque quod dixi flocci existumat !

Il est parti, sans tenir compte de ce que j’ai dit !

Pro Di inmortaleis, obsecro vostram fidem ;

Par les Dieux Immortels, je demande votre aide ;

Facite huc ut redeat noster quamprimum senex,

Faîtes donc que notre vieux maître,

Triennium qui jam hinc abest, priusquam omnia

Après trois longues années, revienne bientôt

Periere, et aedis, et ager : qui nisi huc redit,       

Terres et maisons : que tout cela  ne soit pas encore dévoré   



Paucorum mensium sunt relictae reliquiae.

S’il ne revient pas dans les mois à venir,  il n’en restera que des reliques

Nunc rus abibo : nam eccum herilem filium

Maintenant je rentre à la ferme : voici le fils de mon maître

Video  corruptum heic ex adulescente optumo.

Que je vois aujourd’hui corrompu, lui, autrefois, si droit.

 

ACTE I
Scène 2

PHILOLACHES
(Fils du maître Theuropide & amant de Philématie)

 

 

Recordatus multum et diu cogitavi

J’ai beaucoup et longtemps réfléchi

Argumentaque in pectus multa institui

J’ai pris le temps du raisonnement

Ego, atque in meo corde, si est quod mihi cor,

Moi, j’ai questionné mon cœur, si tant est que j’en possède un,

Eam rem volutavi et diu disputavi,

J’ai examiné et j’ai cherché

Hominem quojus rei, quando gnatus esset,

L’homme qui vient de naître, à quoi puis-je le comparer ?

Similem esse arbitrarer simulacrumque habere.

Il ressemble en fait à un bâtiment neuf.

Id reperi jam exemplum.  

J’ai trouvé cette comparaison intéressante ;

Novarum aedium esse arbitror similem ego hominem,

J’aime cette similitude entre le bâtiment et l’homme,

Quando hic gnatus est : ei rei argumenta dicam,

Quand celui-ci vient de naître : vous serez persuadé bientôt de ce que je dis,

Aque hoc haud videtur veri simile vobis :

Et je tiens à vous démontrer ce que j’avance :

At ego id faciam esse ita ut credatis.

Une fois que je vous aurez entendu, vous me croirez.

Profecto ita esse, ut praedico, vera vincam.

Vous serez d’accord avec moi

Atque hoc vosmetipsi, scio,

Vous aussi, j’en suis certain

Proinde uti nunc ego esse autumo, quando

Serez persuadé de la justesse de ma pensée. Quand



Dicta audietis mea, haud aliter id dicetis.

Vous entendrez mes paroles, pas moins vous raconterez.

Auscultate, argumenta dum dico ad hanc rem :

Ecoutez, les arguments que j’expose dans cette affaire;

Simul gnarureis vos volo esse hanc rem mecum.     

Que vous voyiez les choses telles que je les voie.

Aedeis quom extemplo sunt paratae, expolitae,

Le bâtiment est enfin prêt, habitable,                        

Factae probe, examussim,

Bien fait selon les règles de l’art,

Laudant fabrum, atque aedeis probant.

On approuve l’ouvrage et on le couvre de louange.

Inde exemplum expetunt sibi quisque simile,

Si bien que tous veulent en avoir un similaire,

Suo usque sumtu : operae ne parcunt suae.

Quel qu’en soit le prix : rien n’est épargné.

Atque ubi illo immigrat nequam homo, indiligensque,                      

Ensuite qu’arrive un homme sans morale, négligent

Cum pigra familia, immundus, instrenuus,

Avec des esclaves à son image, impurs, sans âme

Heic jam aedibus vitium additur,

A quoi s’ajoutent la négligence et la saleté,

Bonae quom curantur male.

Le bâtiment se détériore de si peu d’entretien.

Atque illud saepe fit, tempestas venit,

Et d’ailleurs, ce qui est souvent le cas, une tempête survient,

Confringit tegulas imbricesque : ibi

Cassant les tuiles de la toiture

Dominus indiligens reddere alias nevolt.

Le maître négligent  n’en remet pas d’autres.

Venit imber, lavit parietes, perpluunt,

La pluie tombe, lave les murs,

Tigna, putrefacit, aer operam fabri.

Les poutres  se putréfient, l’air les pourrit.

Nequior factus jam est usus aedium ;

Il en est fini des beaux travaux de l’architecte

Atque haud est fabri culpa ; sed magna pars

Ce n’est pas la faute de l’architecte ; mais une grande partie

Moram hanc induxerunt, si quid numo sarciri potest,    

Des gens reportent à plus tard, des travaux qui ne coûteraient pas si cher au départ

Usque mantant, neque id faciunt, donicum

Ils attendent et ne font rien

Parietes ruunt: aedificantur aedeis totae denuo.

Les murs sont en ruines : il faut détruire l’édifice et tout rebâtir.

Haec argumenta ego aedificiis dixi : nunc etiam volo

Voici mon argumentation sur les édifices : maintenant je souhaite

Dicere, ut homines aedium esse simileis arbitremini,

Montrer les similitudes entre les gens de sa maison et le bâtiment,

Primumdum, parenteis fabri liberum sunt,     

Premièrement, les parents fabriquent en quelque sorte les enfants,

Et fundamentum, substruunt, liberorum,

Les fondations, la  base,  de leurs enfants,

Extollunt, parant sedulo in firmitatem,

Ils accordent une attention particulière à la solidité de celle-ci,

Ut et in usum boni, et in speciem populo

Et afin qu’ils aient une réelle utilité, et une belle apparence

Sint ; sibique aut materiae non parcunt,

Tous les matériaux sont choisis avec soin,

Nec sumtus sibi sumtui esse ducunt ;         

Aucune dépense n’est jugée extravagante

Expoliunt, docent literas, iura, leges,

Pour les perfectionner, enseigner les lettres, les droits, les lois,

Sumtu suo et labore nituntur, ut

Tous les frais, tout le travail, pour s’efforcer

Alii sibi esse illorum simileis expetant.

Que les autres en souhaitent de semblables.

Ad legionem quom itant, adminiculum eis danunt

Et puis, quand ils partent à la légion, ils se font accompagner

Tum jam aliquem congnatum suum.                               

Par quelqu’un de la famille.

Eatenus abeunt a fabris.

A partir de maintenant l’ouvrier n’est plus maître de son ouvrage.

Unum ubi emeritum ‘st stipendium, igitur tum

Arrive la première campagne militaire, alors

Specimen cernitur, quo eveniat aedificatio.

On juge le spécimen et ce que l’édifice deviendra.

Nam ego ad illud frugi usque et probus fui,

Moi jusqu’à présent, j’étais un honnête homme,

In fabrorum potestate dum fui.

Tant que je restai dans les mains de l’ouvrier.

Posteaquam immigravi in ingenium in meum,          

Plus tard, quand je fus livré à moi-même

Perdidi operam fabrorum inlico oppido.

J’ai perdu ce qu’avait construit l’architecte, immédiatement

Venit ingnavia, ea mihi tempestas fuit,

Je me suis glissé dans la facilité, la tempête sur ma tête,

Ea mihi adventu suo grandinem imbremque adtulit ;

Et a apporté avec elle la grêle ;

Haec verecundiam mihi et virtutis modum

Ainsi, se sont détruits et ma vertu et mes principes

Deturbavit,  texit detexique a me inlico ;                      

J’étais à découvert immédiatement ;

Postilla obtegere eam neglegens fui :

Plus tard, j’ai été négligeant :

Continuo pro imbre amor advenit in cor meum.

L’amour, soudainement, est tombé sur mon cœur comme la pluie sur mon corps.

Is usque in pectus permanavit, permadefecit

Il m’a recouvert la poitrine et m’a pénétré profondément

Cor meum : nunc simul res, fides,  virtus,

Jusqu’au cœur ; maintenant ma raison, ma foi et ma vertu,

Decusque deseruerunt : ego sum in usu

M’ont déserté : je ne suis plus bon à rien

Factus nimio nequior :  atque edepol, ita,

Bien pire encore : pour cet édifice,

Haec tigna humide putent: non videor mihi

Ces poutres humides sont si pourries, que je ne suis plus

Sarcire posse aedeis meas, quin totae

En mesure de réparer la maison dans sa totalité

Perpetuae ruant, quin cum fundamento

L’humidité pénétrant, jusque dans ses fondations

Perierint, nec quisquam esse auxilio queat.

Et périssant, sans que quiconque puisse le sauver.

Cor dolet, quom scio ut nunc sum, atque ut fui :

Mon cœur est douloureux, quand je vois ce que maintenant je suis devenu, et ce que je fus :

Quo neque industrior de iuventute erat             

Lorsque parmi toute cette jeunesse            

Arte gymnastica, disco, hastis, pila,

Dans l’art de la gymnastique, du disque, de la lance, du javelot,

Cursu, armis, equo : victitabam volupe :

De la course, du maniement des armes, de l’équitation :

Parsimonia et duritia discipulinae aliis eram,

Je servais d’exemple pour que les autres endurent ces dures disciplines et la fatigue,

Optumi quique expetebant a me doctrinam sibi.   

Les leaders cherchaient à suivre ma doctrine.      

Nunc, postquam nihili sum, id vero meopte ingenio reperi.

Maintenant, je suis plus rien, et c’est moi qui en suis responsable.

ACTE I

Scène 3

 PHILOLACHES

SCAPHA  (« Ancilla », vieille courtisane au service de Philématie)

PHILEMATIUM – PHILEMATIE (Courtisane affranchie par Philolachès et amante de Philématie)

PHILEMATIE

Jampridem, ecastor, frigida non lavi magis lubenter,

Il y a bien longtemps, par Castor, que je n’ai eu autant de plaisir de me laver à l’eau froide,

Nec quom me melius, mea Scapha, rear esse defoecatam.

 Ni ne m’être, ma chère Scapa, aussi bien lavée.

SCAPHA

 Eventus rebus omnibus, velut horno messis magna

C’est le résultat de toutes choses, comme la moisson de cette année

Fuit.

Fut belle.

PHILEMATIE

Quid ea messis adtinet ad meam lavationem ? 

Quel est le rapport entre la moisson et mon bain ?

SCAPHA

Nihilo plus,  quam lavatio tua ad messim.

Rien de plus que ton bain avec la moisson.              

PHILOLACHES

(Elle voit Philématie – à part)

O Venus venusta !

Ô belle Vénus,

Haec illa est tempestas mea, mihi quae modestiam omnem

 Voici ma tempête, qui a modestement mis à nu

 Detexit, tectus qua fui, quam Amor et Cupido

 Ma couverture ; que l’Amour et Cupidon

In pectus perpluit meum, neque jam umquam optegere possum.

En mon sein, ruissellent, que déjà maintenant je ne puis plus me protéger.

Madent jam in corde parietes : periere hae oppido aedeis.             

Les murs déjà dans le cœur sont détrempés : l’édifice de la maison est en ruine.

 

PHILEMATIE

Contempla, amabo, mea Scapha, satin’ haec me vestis deceat ?

 Contemple, je t’en prie, ma chère Scapha, cette robe me met-elle en valeur ?

 Volo me placere Philolachi, meo ocello, meo patrono.

 Je veux plaire à Philolachès, ma prunelle de mes yeux, mon patron.

 

SCAPHA

Quin tu te exornas moribus lepidis, quom lepida tota es?

 Pourquoi se parer de si beaux ornements, plutôt que d’être soi-même?

 Non vestem amatores mulieris amant, sed vestis fartum.

 Les amants aiment moins le vêtement, que ce qui le remplit.

PHILOLACHES
(à part)

Ita me di ament, lepida est Scapha !  sapit scelesta multum.   

 Par les dieux qui me protègent ! Quelle Scapha ! La coquine a bien du bons sens.

 Ut lepide res omneis tenet, sententiasque amantum !

 Elle connaît toutes les manières et les opinions des amants !

 

PHILEMATIE

Quid nunc?

 Que faire maintenant ?

 

SCAPHA

Quid est?

Qu’est-ce ?

 PHILEMATIE

Quin me adspice et contempla, ut haec me decet.

Regarde et contemple, comme elle me va bien !

 

SCAPHA

Virtute formae id evenit, te ut deceat quidquid habeas.

 Avec de si belles formes, tout te va bien.

 

PHILOLACHES
(Toujours à part)

Ergo hoc ob verbum te, Scapha, donabo ego perfecto hodie aliquî :

 Pour ces bons mots, Scapha, je te ferai don d’un cadeau aujourd’hui :

 Neque patiar te istanc gratiis laudasse, quae placet mihi.  

 Je ne peux pas laisser sans récompense cet éloge à ma belle, qui me plaît.                 

   

PHILEMATIE

Nolo ego te adsentari mihi.

Je ne veux pas que tu me flattes.

 

SCAPHA

Nimis tu quidem stulta es mulier.

 Tu es bien bête !

 Eho mavis vituperari falso, quam vero extolli ?

 Préfères-tu des mensonges, plutôt que des vérités ?

 Equidem, pol, vel falso tamen laudari multo malo,

 En effet, par Pollux, je préfère encore à tort être louée,

 Quam vero culpari, aut alios meam speciem inridere.

 Qu’être justement critiquée,  et que l’on se moque de mon apparence.   

                     

PHILEMATIE

Ego verum amo, verum volo dici mihi, mendacem odi. 

 J’aime la vérité, je veux que la vérité me soit dite, j’ai le mensonge en horreur.

 

 SCAPHA

Ita tu me ames, ita Philolaches tuus te amet, ut venusta es.

 De cette façon, par l’amitié que tu me portes, par l’amour que Philolachès te porte, tu es charmante.

 

 PHILOLACHES

Quid ais, scelesta? Quomodo adjurasti ? Ita ego istam amarem !

 Que dis-tu, méchante ? Qu’as-tu dis ? Par amour pour elle !

 Quid istaec me, id cur non additum ‘st? infecta dona facio.

 Et son amour pour moi, pourquoi vous ne l’as-tu pas ajouté? Je reprends mes cadeaux.

 Periisti ! Quod promiseram, tibi donum, perdidisti.                      

 Perdus ! Ce que je t’avais promis comme cadeaux, tu viens de les perdre.

 

 SCAPHA

Equidem, pol, miror tam catam, tam doctam te, et bene eductam,

En effet, par Pollux, je suis surprise, toi avec autant d’intelligence, et bien éduquée,

Non stultam, stulte facere. 

Qui n’es pas sotte, te conduises comme une sotte.

 

PHILEMATIE

Quin mone, quaeso, si quid erro.

 En outre, dis-moi, je te prie, pourquoi suis-je dans l’erreur.

 

SCAPHA

Tu, ecastor, erras, quae quidem illum exspectes unum, atque illi

 Toi, par ma foi, tu as tort, de ne penser exclusivement qu’à lui, de n’attendre que lui

Morem praecipue sic geras, atque alios asperneris.

Et de négliger les autres, jusqu’à les rejeter.

Matronae, non meretricium ‘st unum inservire amantem.              

Beaucoup de femmes, qui ne se sont pas des courtisanes,  ne sont pas au service d’un seul amant.

 

PHILOLACHES

Pro Juppiter ! Nam quod malum versatur meae domi illud?

Par Jupiter !  Le mal est au cœur de la maison ?

Di deaeque me omnes pessumis exemplis interficiant,

Que les dieux et les déesses, me foudroient,

Nisi ego illam anum interfecero siti fameque atque algu.

Si je ne lui fais pas son compte  à la vieille grue par la soif, la faim ou le froid.

 

PHILEMATIE

 Nolo ego mihi male te, Scapha, praecipere. 

Ne me montre pas de mauvais commandements, Scapha.

 

SCAPHA

Stulta es plane, quae

 Tu es complètement stupide,

Illum tibi aeternum putes fore amicum et benevolentem.  

 De penser qu’il restera pour toujours ton ami bienveillant.  

 Moneo ego te : te deseret ille aetate et satietate.
Je te préviens :  il t’abandonnera avec le temps et l’abondance.

PHILEMATIE

Non spero.
J’espère que non.

SCAPHA

Insperata adcidunt magis saepe quam quae speres.
L’inattendu se produit plus souvent que ce que l’on attendait.

Postremo, si dictis nequis perduci, ut vera haec credas,
Enfin, si mes mots ne te persuadent pas, pour voir la vérité,

Mea dicta ex factis gnosce : rem vides, quae sim, et quae fui ante.
Mes mots ne te renseignent en rien : regarde les choses, comme je suis et comme je fus auparavant.

Nihilo ego quam nunc tu, amata sum, atque uni modo gessi morem,
Je n’étais pas différente de toi maintenant, j’étais aimée, par un seul amant,

Qui, pol, me, ubi aetate hoc caput colorem commutavit,
Lui, par Pollux, dès que sa couleur de cheveux changea,

Reliquit, deseruitque me : tibi idem futurum crede.
Me laissa tomber : je crois que la même chose va t’arriver.

PHILOLACHES

Vix comprimor, quin involem illi in oculos stimulatrici.
Je peine à me retenir ! Mais mes ongles aimeraient arracher les yeux de ce phénomène.

PHILEMATIE

Solam illi me soli censeo esse oportere obsequentem.
C’est à lui seul, que je suis sensée obéir.

Solam ille me soli sibi suo liberavit.
Seulement lui m’a affranchie.

PHILOLACHES

Pro di immortaleis, mulierem lepidam, et pudico ingenio !
Par les dieux immortels, la modeste femme, ce chaste génie !

Bene, hercle,  factum, et gaudeo mihi nihil esse hujus causa.
Je suis heureux, par Hercule,  et je me réjouis avoir tout donné pour une si belle cause.

 

SCAPHA

 Inscita, ecastor, tu quidem es.
Par Castor, tu n’y es vraiment pas.

PHILEMATIE

Quapropter ?
Pourquoi?         

SCAPHA

Quae istuc cures,
Parce que ta seule inquiétude,

Ut te ille amet.
C’est qu’il t’aime.

PHILEMATIE

Cur, obsecro,  non curem?
Pourquoi, je t’en prie,  ne pas m’en inquiéter ?

SCAPHA

Libera es jam.
Tu es libre désormais.

Tu jam quod quaerebas habes ; ille, te nisi amabit ultro,
As-tu ce que tu voulais ; lui, n’aime que lui-même,

Id pro capite tuo quod dedit, perdiderit tantum argenti.
Et sur ta tête ce qu’il a payé, est autant d’argent perdu.

PHILOLACHES

Perii, hercle, ni ego illam pessumis exemplis enicasso.
Je suis fait, par Hercule, si je ne l’a fait pas périr dans d’atroces souffrances.

Illa hanc corrumpit mulierem malesuada  vitilena.
Elle me la corrompt, fieffée maquerelle.

PHILEMATIE

Numquam ego illi possum gratiam referre, ut meritu’st de me.
Je ne pourrai jamais le remercier, de tout ce qu’il m’a donnée.

Scapha, id tu mihi ne suadeas, ut illum minoris pendam.
Scapha, tu ne me persuaderas pas, de moins tenir à lui.

SCAPHA

At hoc unum facito cogites, si illum inservibis solum,
Mais réfléchis bien, tu ne vis seulement que pour lui

Dum tibi nunc haec aetatula’st, in senecta male querere.
Tandis que tu es dans ta tendre jeunesse, viendront les désillusions de la vieillesse.

PHILOLACHES

In anginam ego nunc me velim verti, ut veneficae illi
Je voudrais maintenant me transformer en angine de poitrine, afin de l’étouffer,

Fauceis prehendam, atque enicem scelestam stimulatricem.
La prendre par le cou, jusqu’à l’étouffement de cette scélérate.

PHILEMATIE

Eundem animum oportet nunc mihi esse gratum, ut inpetravi,
Je désire maintenant lui conserver ma gratitude, qu’il a acquise,

Atque olim, priusquam id extudi, quom illi subblandiebar.
Comme dans le passé, lorsque je plaidais avec force, afin de l’adoucir.

PHILOLACHES

Di me faciant quod volunt, ni ob istam orationem
Que les dieux fassent de moi ce qu’ils veulent, si je pouvais pour ce discours

Te liberasso denuo, et nisi Scapham enicasso.
T’affranchir à nouveau, et étrangler Scapha.

SCAPHA

Si tibi sat abceptum ‘st, fore, victum tibi sempiternum,
S’il était certain que tu aies assez de victuailles éternellement,

Atque illum amatorem tibi proprium futurum in vita,
Et que tu doives posséder ton amant pour toute ta vie future, 

Soli gerundum censeo morem, et capiundos crineis.
J’entends alors que tu sois à lui jusqu’à la mort et que tu te fasses pousser les cheveux.

PHILEMATIE

Ut fama est homini, exin solet pecuniam invenire.
Si la réputation d’un homme est bonne, il trouvera facilement de l’argent.

 Ego si bonam famam mihi servasso, sat ero dives.
Si j’ai conservé ma réputation, alors je serai suffisamment riche.

PHILOLACHES

 Siquidem, hercle,  vendundu ’st, pater  vaenibit multo potius,
Je le jure, par Hercule, je vendrais mon père, je le vendrais le plus tôt possible,

 Quam te, me vivo, umquam sinam egere, aut mendicare.
Que de te laisser, moi vivant,  être dans le besoin ou dans la mendicité.                

SCAPHA

Quid illis futurum ‘st caeteris, qui te amant ?
Que deviendront les autres, ceux qui t’aiment ?

PHILEMATIE

Magis amabunt,
Ils m’aimeront davantage,

Quom  videbunt gratiam referri.
Quand ils verront que je me réfère au bien.

PHILOLACHES

Utinam meus nunc mortuus pater ad me nuncietur !
Je voudrais seulement que  dès, maintenant, on m’annonce la mort de mon père !

 Ut ego exhaeredem meis bonis me faciam, atque haec sit haeres.
Pour que je me déshérite, afin qu’elle devienne l’unique bénéficiaire.

SCAPHA

Jam ista quidem absumta res erit : diesque nocteisque estur,
Les ressources seront vite épuisées : nuit et jour, on mange

Bibitur, neque quisquam parsimoniam adhibet : sagina plane ‘st.
On boit, personne ne pense dépenser avec parcimonie : c’est de l’engraissement.

PHILOLACHES

In te, hercle, certum ’st, principium, ut sim parcus, experiri.
Ma foi, par Hercule, il est certain, que la première tu seras à expérimenter notre économie.

Nam neque edes quidquam, neque bibes apud me hisce diebus.
Ne plus rien manger,  ni boire chez moi pendant dix jours.

PHILEMATIE

Si quid tu in illum bene voles loqui, id loqui licebit :
Si tu souhaites parler de lui en bien, je t’autorise à parler:

Nec recte si illi dixeris, jam, ecastor, vapulabis.
Si tel n’est pas le cas, par Castor, tu seras battue.                

PHILOLACHES

Edepol, si summo Jovi vovi argento sacruficassem,
Par Pollux, si j’avais sacrifié l’argent au grand Jupiter,

Pro illius capite quod dedi, numquam aeque id bene conlocassem.
Celui que j’ai mis sur sa tête, que je lui ai donnée, il aurait été moins bien utilisé.

Ut videas eam medullitus me amare ! Oh ! Probus homo sum :
Vous la voyez comme elle m’aime ! Oh ! Je suis un homme heureux :

Quae pro me causam diceret, patronum liberavi.
C’est la raison pour laquelle je dis qu’elle affranchit son maître.

SCAPHA

Video te nihili pendere prae Philolache omneis homines.
Je vois qu’à part Philolachès aucun autre homme ne compte.

Nunc, ne ejus causa vapulem, tibi potius adsentabor,
Et maintenant, de peur d’être battue, je serai d’accord sur tout,

Si abceptum sat habes, tibi fore illum amicum sempiternum.
Si tu as la certitude qu’il sera ton ami pour toujours.

PUBLILIUS SYRUS : IN LUXURIAM – CONTRE LE LUXE

Publilius Syrus

IN LUXURIAM
Contre le luxe

Publilius Syrus Contre la luxure In Luxuriam Argitato

Traduction Jacky Lavauzelle – artgitato.com

Luxurie victa Martis marcent moenia.

Rome est affaiblie par le luxe.

Tuo palato clausus pavo pascitur,

Pour ton palais, le paon est mis en cage,

Plumato amictus aureo, Babylonico ;

Cet oiseau aux plumes dorées, de Babylone ;

Gallina tibi Numidica, tibi gallus spado ;

Pour vous la pintade de Numidie, pour vous le chapon ;

Ciconia etiam grata, peregrina hospita,

La cigogne est la bienvenue aussi, cet étranger dans ta maison,

Pietaticultrix, gracilipes, crotalistria,

Qui a de la piété filiale, grêle, joueuse de castagnettes,

Avis exsul hiemis, titulus tepidi temporis,

Cette exilée de l’hiver, qui annonce la saison chaude,

Nequitiae nidum in cacabo fecit meo.

La  dépravation le niche maintenant dans ton chaudron.

Quo margarita cara, tribacca, et Indica ?

Pourquoi  vendre si chères les perles, les pendants d’oreilles ?

Au ut matrona ornata phaleris pelagiis

La matrone ornée de coquillages s’encanaille

Tollat pedes indomita in strato extraneo ?

Prenant son pied avec un étranger dans son lit ?

Smaragdum ad quam rem viridem, pretiosum vitrum ?

La verte émeraude, ce verre précieux, la posséder, mais dans quel but ?

Quo Carchedonios optas ignes lapideos,

Nous voulons des agates, ces pierres au feu ressemblantes,

Nisi ut scintillent ? Probitas est carbunculus.

N’est-ce pas pour qu’elles nous fassent scintiller? L’honnêteté est la plus belle des pierres.

Aequum est induere nuptam ventum textilem ?

Est-il juste que la tenue de la mariée  laisse ainsi passer le vent ?

Palam prostare nudam in nebula linea ?

Et elle, manifestement exposée nue dans un nuage de lin ?

 

Affiche à partir du tableau de Thomas Couture, Les Romains de la décadence, Musée Orsay 1847

PUBLILIUS SYRUS – SENTENCES SUR L’AVARICE, L’AVIDITE et L’ARGENT

PUBLILIUS SYRUS
SENTENCES – SENTENTIAE
Sur l’avarice, l’avidité et l’argent

Publilius Syrus Sentences Sententiae Sur l'argent l'avidité l'avarice Artgitato

Avarus ipse miseriae causa est suae.
L’avare est lui-même la cause de sa misère.

Avarus, nisi quum moritur, nil recte facit.

L’avare, sauf quand il meurt, ne fait rien de bien.

Avidum esse oportet neminem, minime senem.

Personne ne devrait être avide, pas même un vieil homme.

Auro suadente nil potest oratio.

L’or persuade, là où le discours est impuissant.

Avaro quid mali optes, ni ut vivat diu ?

Que souhaiter à l’homme cupide, si ce n’est qu’il vive longtemps ?

Avarum facile capias, ubi non sis idem.

L’avare peut être une proie facile, si vous n’en n’êtes pas un vous-même.

Avarum irritat, non satiat pecunia.

L’argent ne satisfait pas l’avare, il l’irrite.

Avarus damno potius quam sapiens dolet.

L’avare pleure les pertes, pas le sage.

Auferri et illud, quod dari potuit, potest.

Ce qui a été accordé peut être repris.

An dives, omnes quaerimus : nemo, an bonus.

Est-il riche, demandent-ils tous ; personne ne demande : est-il bon ?

Amissum quod nescitur, non amittitur.

Ce qui est perdu sans qu’on le sache, n’est pas perdu.

Alterius damnum, gaudium haud facias tuum.

Ne fais pas ton bonheur sur le malheur des autres.

Alienum aes homini ingenuo acerba servitus.

Une dette pour l’homme libre est un amer esclavage.

Alienum est omne, quicquid optando evenit.

Le bien que nous obtenons par la volonté ne nous appartient pas en propre.

Alienum nobis, nostrum plus aliis placet.

Le bien des autres nous plaît, le nôtre plaît aux autres.

Aes debitorem leve, grave inimicum facit.

Un petit débiteur fait un obligé, un grand débiteur fait un ennemi sérieux.

 

Traduction Jacky Lavauzelle

PLINE L’ANCIEN : Quand le Parfum devient luxe – HISTOIRE NATURELLE

PLINE L’ANCIEN
HISTORIARUM MUNDI

HISTOIRE NATURELLE
NATURALIS HISTORIAE

Pline L'ancien Histoire naturelle Klimt Parfum Luxe Artgitato

Livre XIII

Quanta in unguentis luxuria
Quand le parfum devient luxe

IV-3

Haec est materia luxus e cunctis maxime supervacui.

En matière de luxe, quel est l’élément le plus superflu.

Margaritae enim gemmaeque ad heredem tamen transeunt :

Les perles et les bijoux, au moins, sont hérités,

Vestes prorogant tempus : unguenta illico exspirant,

Les vêtements durent dans le temps: l’huile précieuse, elle, de suite, s’évapore,

ac suis moriuntur horis.

et meure au bout de quelques heures.

Summa commendatio eorum,

Leur grand mérite,

ut transeunte femina odor invitet etiam aliud agentes :

d’être sentie par une passagère, et ainsi d’attirer son intérêt :

exceduntque quadragenos denarios librae.

plus de quarante deniers la livre !

Tanti emitur voluptas aliena :

Tant d’argent pour le plaisir des autres ;

etenim odorem qui gerit, ipse non sentit.

car celui qui la porte, ne la sent pas !

Sed et haec aliqua differentia signanda sunt.

Mais il y a quelques divergences, et plus encore.

In M. Ciceronis monumentis invenitur,

Dans les Mémoires de Cicéron, nous voyons

unguenta gratiora esse, quae terram, quam quae crocum sapiant :

qu’il est plus acceptable, pour les parfums, de sentir la terre, que l’odeur de safran:

quando etiam corruptissimo in genere magis tamen juvat quaedam ipsius vitii severitas.

c’est ainsi que, au cœur de la corruption, la gravité plaît au vice.

Sed quosdam crassitudo maxime delectat, spissum appellantes :

Mais certains apprécient une certaine épaisseur, l’appelant densité :

linique jam, non solum perfundi, unguentis gaudent.

préférant, non seulement être humectés d’essences, mais s’enduire de parfums.

Vidimus etiam vestigia pedum tingui :

Nous avons vu se parfumer les plantes des pieds,

quod M. Othonem monstrasse Neroni principi ferebant.

ce qu’Othon montrât, dit-on, au dernier des Césars.

Quaeso ut qualiter sentiretur, juvaretque, ab ea parte corporis ?

Je vous demande comment a pu être sentie cette partie du corps ?

Nec non aliquem ex privatis audivimus jussisse,

Et nous en avons vu un citoyen inonder,

spargi parietes balinearum unguento :

de parfums les murs d’une salle de bains ;

atque Caium principem, solia temperari :

jusqu’à Caligula lui-même dans son bain ;

ac ne principale videatur hoc bonum,

il semble que ce n’est pas seulement un privilège impérial,

et postea quemdam ex servis Neronis.

puisque c’est arrivé aussi à un des serviteurs de Néron.

Maxime tamen mirum est, hanc gratiam penetrasse et in castra.

Il n’est même plus étrange que ce luxe pénètre dans les camps.

Aquilae certe ac signa, pulverulenta illa,

Les aigles, ces drapeaux poussiéreux,

et custodibus horrida, inunguntur festis diebus :

aux mains de gardes patibulaires, sont parfumés les jours de fête ;

utinamque dicere possemus, quis primus instituisset !

Et si seulement nous pouvions dire, qui a d’abord établi cet usage!

Ita est, nimirum hac mercede corruptae terrarum orbem devicere aquilae.

C’est donc sous la corruption de ces parfums que nos aigles ont conquis le monde.

Ista patrocinia quaerimus vitiis,

Grâce à cette protection qui accompagne nos vices,

ut per hoc jus sumantur sub casside unguenta.

nous sommes autorisés  à nous parfumer sous le casque.

Traduction Jacky Lavauzelle